Comme j'ai plusieurs chapitres de retard sur ce site, voici déjà la suite ^^

Bonne lecture !


Chapitre 4 : Une soirée mouvementée

Je regardais avec attention la pièce de métal froid que je tenais fermement ; si cette chose pouvait inspirer de la crainte, elle était pour moi synonyme de délivrance. Je n'avais nulle envie de m'arrêter pour réfléchir à l'absurdité de mon geste, je ne voulais plus penser. Certes, je ne doutais pas qu'avec du temps j'aurais pu faire mon deuil, mais l'annonce trop récente était comme la plaie laissée à vif d'un poignard qu'on m'aurait planté en plein cœur. Je ne voulais plus rien imaginer, surtout pas un futur où elle n'apparaîtrait pas. Je méritais amplement ce sort, j'avais pris tant de vies à Ishbal que je ne méritais pas de survivre à mes victimes. À moins que ce ne soit là ma punition pour le mal que j'avais causé ; vivre dans la douleur. Je me fermai à tout ce qui pourrait m'empêcher de lever le bras et presser la détente. Je ne pensais pas à mes voisins qui ne manqueraient pas d'entendre la détonation et qui accourraient pour découvrir mon cadavre. Je ne voulais plus rien attendre de cette vie qui m'avait déjà tellement pris. Déterminé, je restai immobile, debout au milieu de mon salon, l'arme à la main. Mille choses auraient pu retenir mon geste mais je les rejetai toutes ; à cet instant précis, plus rien n'avait d'importance pour moi.

Alors que je levais le bras pour presser le canon contre ma tempe, la sonnerie métallique retentit dans l'entrée. Je me figeai à cette interruption inattendue, qui pouvait bien venir m'emmerder dans un moment pareil ? Sans doute un voisin à qui il manquait du sucre ou je ne savais quoi. Je résolus de feindre l'absence et d'attendre qu'il s'éloigne pour mettre mon projet à exécution. Alors que je retenais presque mon souffle pour faire le moins de bruit possible, le son grinçant s'éleva de nouveau ; mon visiteur tenait visiblement à ce que j'ouvre la porte. Je considérai un instant l'arme que je tenais, si je laissais entrer cet importun, ma résolution s'envolerait certainement et je n'aurais plus qu'à oublier la délicieuse délivrance que je m'étais promis. Je savais pertinemment que cet acte désespéré n'apporterait rien, mais ma vie m'appartenait après tout, libre à moi d'y mettre un terme prématurément. C'était peut-être égoïste, mais à cet instant précis je ne souhaitais plus que fermer les yeux pour ne plus jamais les ouvrir. Des coups portés à ma porte vinrent soutenir le son grinçant de la sonnerie qui ne cessait plus. Je resserrai ma prise sur la crosse comme pour raffermir ma résolution de ne pas me laisser perturber par l'intrus. Je pris une profonde inspiration ; si cette personne ne voulait pas s'en aller alors tant pis, elle entendrait la détonation, cela m'importait peu à vrai dire. J'allais relever l'arme quand une voix familière me parvint à travers le bois.

Je stoppai mon geste ; je ne voulais pas que mon ami soit témoin de ce que je m'apprêtais à faire. Nous étions seulement séparés par une porte, je le connaissais suffisamment pour savoir qu'il se sentirait coupable de ne pas être entré pour m'empêcher de commettre l'irréparable. Je n'avais pas le droit de lui infliger ce souvenir. Encore tremblant, je me laissai tomber sur le canapé sans lâcher mon arme. Je ne me sentais pas capable de faire face à mon ami après ce qu'il avait interrompu. Je ne savais même pas si cela remettait définitivement en question ma décision ; étais-je encore capable de le faire ? Je laissai choir le pistolet qui s'écrasa au sol que je fixais sans le voir. J'avais l'impression de m'éveiller d'un mauvais rêve, l'esprit encore engourdi par le sommeil et la vraisemblance troublante d'un songe. Je restai ainsi déboussolé au point de ne pas entendre la porte d'entrée s'ouvrir, ni les pas sur le parquet qui s'approchaient de moi.

Maes s'arrêta près de moi, silencieux, contemplant le pitoyable spectacle qu'offrait un homme anéanti au bord du gouffre pour une chose aussi futile que l'amour. Comme je m'en voulais de réagir si excessivement, pourtant, j'avais l'impression de ne plus me contrôler. Il se baissa pour ramasser mon arme abandonnée qu'il posa sur la table basse devant moi, murmurant qu'il était manifestement arrivé au bon moment. Honteux de m'être laissé aller à ma faiblesse, je n'osais plus lever les yeux pour ne pas croiser les siens. Il se releva avec un soupir avant de s'éloigner sans un commentaire. Je gardais les yeux perdus dans le vide sans plus penser à rien. Je n'avais rien besoin de dire, il savait déjà tout pour avoir été témoin de notre première idylle alors que nous n'étions encore que des enfants. Il revint rapidement au salon avec deux verres qu'il déposa sur la table basse. Il m'en présenta alors un rempli à un quart d'un liquide ambré qui n'était sans me rappeler les yeux de Liza. Je m'en saisis en levant enfin la tête vers lui. À son air accablé, je compris qu'il savait déjà tout. Il s'assit en face pour vider son verre d'une traite, lui aussi en avait besoin. Avec un soupir il désigna la bouteille qui trônait fièrement sur la table basse entre les deux fauteuils.

« J'ai pensé que t'aurais besoin de ça. »

Je vidai mon verre à mon tour puis le remerciai d'un regard. Nous restâmes ainsi quelques instants sans échanger un mot. Il nous resservit et nous bûmes une seconde rasade de whisky. Pour briser le silence qui devenait pesant, nous échangeâmes quelques banalités tout en nous efforçant de ne pas paraître trop ébranlé par la terrible nouvelle, mais aucun de nous n'était dupe. Il tenta une légère pointe d'humour en me demandant si j'avais enfin choisi celle qui remplacerait Liza, mais il ne parvint qu'à remuer le couteau dans la plaie ; à présent je n'avais d'autre choix que de lui trouver une remplaçante puisqu'elle ne reviendrait jamais réintégrer sa place. Je ne voulais pas parler, et même si j'appréciais son geste, sa maladresse n'avait eu d'autre effet que de m'accabler davantage. La semaine passée, Gracia m'avait avoué que depuis qu'ils avaient appris sa grossesse, il l'appelait toutes les heures pour s'assurer que tout allait bien, je choisis donc d'user de ce prétexte en lui demandant si elle savait qu'il était là à boire pour noyer son chagrin. Affalé dans le fauteuil en face de moi, le lieutenant-colonel répliqua que c'était mon chagrin qu'il était venu noyer et qu'elle devait l'appeler si quelque chose n'allait pas ; elle lui avait assuré qu'à environ un mois de grossesse elle ne risquait pas grand chose.

Embarrassé par une telle attention, je plongeai mon regard dans le liquide qui tournoyait entre mes mains, objectant que j'allais très bien et que ce n'était pas la peine qu'il vienne perdre sa soirée avec moi. En guise de réponse il eut un petit rire nerveux ; s'il était arrivé à peine quelques minutes plus tard, qui sait jusqu'où j'aurais pu aller. La solitude n'était pas le meilleur des remèdes, mais je me sentais si vide que toute compagnie devenait indisposante. Je voulais tant que le monde s'arrête de tourner que le simple fait de voir la vie continuer autour de moi me paraissait une aberration innommable. Cette insupportable évidence n'avait de cesse de me rappeler que le temps faisant son office, des dizaines de vies s'éteignaient chaque jour, parfois même trop tôt, beaucoup trop tôt. Je voulais faire taire le bruit autour de moi, étouffer toute trace de vie et m'enfermer dans une parenthèse bienfaitrice où ma pensée s'égarerait jusqu'à s'éteindre et où tout souffrance s'effacerait. C'était sans compter sur celui qui croyait encore en l'avenir.

Il avait en premier lieu croisé mon équipe visiblement atterrée par il ne savait quelle tragédie ; il n'avait pas pu les aborder tant le hall était encombré et qu'ils s'étaient dépêchés de sortir. En fin de journée il avait surpris une conversation entre sa secrétaire et l'adjudant Cooper qui expliquait qu'elle avait pu quitter ses fonctions plus tôt du fait du décès d'un ancien membre de l'équipe dans laquelle elle postulait. Peu d'équipes étaient incomplètes en ce moment, aussi avait-il rapidement établi un lien entre cette déclaration et la mine défaite de mes gars. Après un énième verre, il m'avoua n'avoir pas été capable de rentrer seul et avoir appelé Gracia afin qu'elle vienne le chercher au QG. Il n'avait encore eu le courage de l'annoncer à qui que ce soit, et pourtant, c'était sans doute à lui de le faire, il serait mal venu de ma part de réapparaitre dans des vies que j'avais quittées depuis trop longtemps seulement pour leur faire part d'un message funeste.

Alors que je l'écoutais, pas un mot ne me vint pour réconforter mon ami qui en avait pourtant autant besoin que moi. Je n'avais jamais été très à l'aise dans ce genre de situation, sans doute ne s'étonnait-il pas que je sois à présent incapable de lui rendre son soutien. Plus la soirée avançait et plus mon verre se remplissait alors que celui de Maes, qui faisait le service, restait vide. Après qu'il m'ait resservi plusieurs verres sans m'accompagner, je lui fis la remarque que s'il continuait ainsi j'allais finir par être complètement ivre. Tout en saisissant la bouteille pour me resservir, il me répondit avec un léger sourire qu'il préférait ne pas boire pour m'en laisser plus et qu'il avait effectivement l'intention de me saouler. Il me connaissait suffisamment pour savoir que je n'extériorisais jamais mes sentiments, bien qu'il ne soit pas toujours bon de garder ses tracas pour soi. Il comptait donc sur l'ivresse pour me faire parler.

Je ne me rappelle pas bien le reste de la soirée, seulement que je devins soudainement très bavard, peut-être même un peu trop au goût de Maes qui eut alors à subir les descriptions inattendues de certains de mes fantasmes. Je vidais verre sur verre sans plus m'en rendre compte et plus la bouteille se vidait, moins je contrôlais mes paroles qui se déversaient dans un flot incessant comme si elles se précipitaient toutes pour enfin se libérer de la prison dans laquelle ma fierté les enfermait. Puis, plus rien ; je m'étais assoupi sur le canapé. Je ne me rappelle pas avoir rêvé cette nuit-là tant j'étais assommé par l'alcool.

À six heures et demi, je fus tiré de mon doux sommeil par la sonnerie du réveil qui n'eut aucune pitié pour mon colossale mal de tête, dû à l'excès de boisson de la nuit. Je n'avais plus bu comme ça depuis longtemps et à présent je me félicitais de ne pas en avoir fait une habitude. Je roulai sur le dos, constatant que j'étais confortablement installé dans mon lit avec un bon oreiller moelleux pour soutenir ma tête endolorie. Un petit sourire étira mes lèvres ; mon ami avait dû me porter jusqu'ici. Alors que je m'étirai dans un long bâillement sonore, ma main heurta quelque chose placé à côté de moi. Intrigué, je m'en saisis pour porter devant mes yeux un cadre en bois contenant un vieux souvenir ; Maes Hughes le maniaque des photos avait encore frappé. Pourtant, celle-là ne m'agaçait nullement, bien au contraire, je savais d'ores et déjà qu'elle trônerait fièrement sur ma table de nuit et ce pour longtemps. Je regardais avec nostalgie les quatre adolescents qui posaient pour l'anniversaire d'un brun à lunettes. Assis devant son gâteau, Maes s'apprêtait à souffler ses dix-sept bougies, un sourire jusqu'aux oreilles. Derrière lui, un autre brun tenait enlacé une jolie blonde un peu plus jeune que lui tandis qu'une autre blonde tenait un gros cadeau apporté pour l'occasion. De nouvelles larmes perlèrent à mes yeux pour libérer ma peine. Il était loin le temps où l'on errait aux alentours du village dans la campagne avoisinante.

Trainer au lit ne m'apporterait rien, même si je n'avais pour l'instant aucune envie de le quitter. Il fallait que je me change les idées, que je m'occupe l'esprit, et même si le führer en personne nous avait accordé notre journée, je décidai de me rendre au QG, mais pour ça, il fallait avant tout que je parvienne à me lever. Prenant mon courage à deux mains, je me trainai jusqu'à la salle de bain où j'ignorai le miroir, déterminé à ne pas savoir quelle image de mort-vivant il me renverrait. En appuie contre l'une des parois de la douche, je restai un moment ainsi immobile à laisser l'eau chaude couler et m'envelopper de vapeur. Je ne sais exactement combien de temps je restai à somnoler ainsi, mais je fus brutalement ramené à la réalité par un manque d'eau chaude. Bien réveillé, je me précipitai sur le robinet pour le fermer.

Une fois sec, j'enfilai mon uniforme avant de me rendre à la cuisine où je préparai du café comme un automate. Je ne pris pas la peine de faire griller le moindre toast ni de chercher le moindre petit truc à grignoter. Mon estomac restait désespérément noué depuis la veille. À bien y réfléchir, j'avais bu près de la moitié d'une bouteille de whisky sans rien avoir avalé avant, pas étonnant que je n'aie pas fait preuve d'une grande résistance. Après m'être emparé d'une tasse, je versai le liquide noir à l'intérieur et la portai à mes lèvres d'un geste mécanique pour boire une gorgée brûlante. Je me raidis de surprise alors que la boisson enflammait ma gorge. Je pris une profonde inspiration pour me calmer et pris le parti d'attendre que le café refroidisse avant d'en avaler la moindre goutte. Je passai mes mains sur mon visage avant de saisir mon crâne qui me faisait toujours atrocement souffrir. Trainant des pieds, je retournai à la salle de bain où j'ouvris tous les placards pour partir à la recherche de ma trousse à pharmacie. Après une fouille minutieuse, je la trouvai enfin bien cachée sous une étagère d'où elle avait dû tomber. J'en sortis un tube de cachets contre le mal de tête et le fourrai dans ma poche ; j'en aurais également très certainement besoin au QG.

De retour dans la cuisine je me saisis d'un verre que je remplis d'eau pour en avaler un, espérant que son effet ne se fasse par trop désirer. Une fois cela fait, je réitérai l'expérience du café que je pus enfin boire puisqu'il avait légèrement tiédi. Je goûtai avec délice ce liquide chaud et bienfaiteur qui coulait en moi, humant son parfum qui réveillait peu à peu mon esprit embrumé. Je me tournai vers la fenêtre pour voir le soleil qui s'annonçait resplendissant en cette matinée d'août. Je ne voulais pas qu'il fasse beau. J'aurais voulu que le ciel se couvre de lourds nuages gris et menaçants, que la terre pleure la perte qu'elle venait de subir.

Une fois dehors je pris une profonde inspiration. Respirer me faisait du bien, je me sentais vivant et soulagé de l'être toujours. Étrangement j'étais reconnaissant envers mon ami d'être arrivé à temps pour m'empêcher de commettre l'irréparable ; même si c'était difficile, je devais surmonter cette épreuve et aller de l'avant, si le monde s'était arrêté de tourner pour l'instant, il reprendrait bien sa course un jour. Je ne me sentais pas capable de conduire, je n'avais pas les idées suffisamment claires, autant du fait de ma peine que de l'alcool. Je décidai donc de me rendre au QG à pieds, je n'habitais pas si loin que ça, ce n'était pas si désagréable de marcher, et puis l'air frais du matin me ferait du bien.

J'arrivai le premier dans mon bureau ; il était encore tôt et peut-être que mon équipe avait décidé de profiter de leur jour de congé, je ne pouvais pas le leur reprocher. Je m'installai dans mon fauteuil d'où je pus à loisir balayer la salle du regard. Jamais elle ne m'avait semblé si vide, si froide et l'absence de mes subordonnés n'en était en rien la cause. Cette pièce me rebutait soudainement, simplement parce qu'elle n'y paraîtrait plus. Pourquoi diable étais-je venu ? Je n'avais pas la tête à penser à mon travail, bien que l'idée initiale avait été de m'occuper l'esprit. Je m'attardai plus longtemps sur son bureau vide, pas une seule feuille, pas un seul stylo n'indiquait qu'il fût attribué. Il restait bien ses affaires dans les tiroirs, sans doute devrons-nous les vider au plus tôt. Las de penser, je posai ma tête sur mes bras croisés et fermai mes yeux fatigués. Je m'endormis aussitôt sans qu'une furie blonde ne me réveille. J'aurai pourtant préféré qu'elle soit encore là pour le faire.

Un peu plus d'une heure plus tard, je fus réveillé par mes gars qui arrivaient. J'eus alors l'impression d'avoir devant moi une équipe de zombis ; tous arboraient d'épaisses cernes noires, pas un mot ne sortait de leur bouche déformée par des rictus de tristesse. Je ne doutais pas qu'eux non plus n'avaient pas passé une très bonne nuit. Ils se forcèrent à me saluer rapidement sans aucun enthousiasme avant de s'installer. Nous restâmes ainsi tous immobiles, certains tête baissée, d'autres écroulés sur leur bureau. Je ne leur demandais même pas pourquoi ils étaient venus, sans doute pour les mêmes raisons que moi. Je ne leur fis aucune remarque quant à leur inactivité, s'ils ne voulaient pas se mettre au travail dès à présent, j'étais assez mal placé pour les y contraindre. Un silence pesant s'installa dans la salle où nous sortîmes peu à peu de quoi travailler. Fuery se pencha sur le dossier d'installation du nouveau réseau de communication Breda et Havoc rédigeaient leur compte-rendu pour une inspection effectuée quelques jours plus tôt, Falman entreprit de classer soigneusement les dossiers à amener aux archives. Quant à moi, je tentais désespérément de lire un rapport dont les mots s'effaçaient de ma mémoire aussitôt qu'ils s'y imprimaient.

En milieu de matinée, nous fûmes interrompus par trois coups timides portés contre notre porte. D'une voix lasse, j'invitai notre visiteur à entrer et une jeune femme se présenta devant mon bureau, une lettre à la main. La nouvelle. Avec ces événements, j'en avais oublié l'audition qui s'éternisait. Je sentais qu'elle n'était pas réellement à l'aise, mais son regard déterminé me laissait penser qu'elle avait la prétention de déjà se voir titulaire du poste. Je n'étais pas d'humeur à évaluer les compétences d'une incapable aujourd'hui, elle ne valait sans doute pas mieux que les autres. Je la toisai un instant, puis je décidai de lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue ; quelle incorrection de se présenter si tôt après le décès du membre qui laissait sa place.

« Qu'est-ce qui vous fait croire que vous êtes meilleure que les autres ? Lui lançai-je sur un ton de défi. »

Déstabilisée, la jeune femme ne sut d'abord pas quoi répondre à cette attaque inattendue. Après une seconde d'hésitation, elle posa sur mon bureau ce qui devait être une lettre de recommandation. Mes yeux suivirent son mouvement pour s'attarder sur l'enveloppe qui portait le sceau officiel avant de refaire le chemin inverse. Je lui lançai un regard noir avant de me saisir du document que je lis attentivement. Le lieutenant Héléna Tiers avait été désignée par le généralissime en personne pour me tenir lieu d'assistante, puisque je n'avais choisi personne dans le délai imparti. Je n'avais d'autre choix que d'accepter son intégration, mais malgré cela, je ne voulais pas d'elle dans mon équipe, et les quatre hommes derrière elle semblaient du même avis que moi. Comme je ne disais toujours rien, l'intruse crut bon de prendre la parole.

« Je suis désolée colonel, mais le généralissime Bradley m'envoie remplacer...

Il n'y a personne à remplacer ici ! M'exclamai-je. »

La jeune femme se tut immédiatement, mal à l'aise et visiblement désarmée face à ma colère. Elle me donnait l'impression d'être prête à prendre ses jambes à son cou si sa nomination n'était pas venue du führer lui-même. Puisque je n'avais pas le choix, elle allait rester, mais qu'elle n'espère pas un accueil chaleureux ; je la tolèrerai, rien de plus. Avec un grognement de désapprobation, je lui ordonnai de se mettre au travail après quoi je me mis à hurler sur mon équipe pour leur enjoindre de reprendre leurs activités. Le silence reprit ses droit et le travail reprit dans la mauvaise humeur générale tandis que la nouvelle recrue se faisait la plus petite possible. Assis à ruminer ma colère, je parvenais de moins en moins à me concentrer sur ces maudits dossier. Je faillis sortir de mes gonds de la voir prendre place derrière le bureau de Liza, mais malheureusement, aucun autre n'était disponible dans la pièce. J'avais la désagréable impression que ce remplacement n'avait d'autre but que de l'effacer.

Cette première journée fut des plus pénibles pour tout le monde tant nous étions odieux avec le lieutenant Tiers qui de son côté n'osait pas nous parler de crainte de s'attirer nos foudres. Bien que je n'appréciais pas son intrusion forcée, je dus toutefois reconnaître qu'elle n'avait rien de commun avec les femmes que j'avais prises à l'essai. Elle semblait consciencieuse et travailleuse, et malgré le mauvais accueil que nous lui avions réservé, elle osa tout de même rappeler à Breda qu'il avait un compte rendu en retard à me remettre. Trop occupé à m'énerver après les incapables qui avaient défilé dans mon bureau, je n'avais pas remarqué que le reste de l'équipe se laissait aller sans plus tenir leurs obligations. Sans un regard ni un mot pour la jeune femme je les rappelai donc à l'ordre ; puisqu'ils étaient venus aujourd'hui qu'ils ne prétendent pas à l'oisiveté alors qu'ils auraient eu la possibilité de rester chez eux. Une fois mon sermon terminé je me dis qu'une mauvaise humeur valait mieux que me laisser devenir un pantin abandonné de tout volonté. Avec un léger sourire, je pensai qu'après mon service il faudrait que je pense à appeler Maes pour le remercier de son attention de la veille. Il m'avait tiré d'un bien mauvais pas, et même si la blessure n'était pas encore guérie, j'avais le sentiment qu'elle pouvait cicatriser avec du temps. Je n'avais pas le droit de ruiner les espoirs qu'il avait placés en moi puisqu'il ne me restait plus que lui. J'avais bâti ma vie sur leur soutien, je n'avais pas le droit de les trahir, et même si Liza ne pouvait plus être là pour me voir atteindre le sommet, je me devais de continuer ma route quels que soient les obstacles pour honorer les sacrifices qu'elle avait fait pour moi...


Et voilà, j'espère que ça vous a plu, merci d'avoir pris le temps de lire ce chapitre ;).

Merci également à ceux qui prennent la peine de commenter, c'est encourageant. N'hésitez pas à me laisser votre avi ^^