Chapitre 2.
Lorsqu'il reprit conscience, il était allongé sur un sol froid et humide. Un bandeau l'empêchait de voir quoi que ce soit. Petit à petit, les souvenirs de son agression lui revenaient en mémoire. Il avait eu la visite surprise de Sarah, ils avaient discuté en dégustant un verre de vin. Puis la jeune femme était partie.
Quelques minutes après son départ, quelqu'un avait frappé à la porte. Neal se rappelait avoir pensé que Sarah avait oublié quelque chose. Il avait ouvert la porte sans se méfier mais, à sa grande surprise, deux hommes se tenaient devant lui. Il leur demanda ce qu'ils voulaient mais ils ne prirent pas la peine de lui répondre.
La suite restait, pour le moment, assez flou. Il se rappelait avoir été violemment bousculé et être tombé en arrière. Sa tête avait heurté le bord de la table. Il avait du perdre connaissance quelques secondes car il s'était ensuite retrouvé sur la terrasse, allongé à même le sol. Les deux hommes au-dessus de lui le rouaient de coups de pieds. Une fois de plus il sombra dans l'inconscience.
Il n'avait aucun moyen de savoir où il était et il n'avait aucune idée de l'identité de ses agresseurs. Il essaya de s'asseoir mais un violent élancement au niveau des côtes le stoppa dans son mouvement. Ses mains étaient liées dans son dos. Il essaya de faire, mentalement, le tour des différentes zones douloureuses. Il avait probablement des côtes cassées, sa main droite semblait engourdie et le choc de sa tête avec la table de sa cuisine avait donné naissance à une migraine.
Il essaya de ne pas paniquer en pensant qu'avec son bracelet électronique, Peter l'aurait vite retrouvé. Il ne pouvait rien voir de précis mais il distinguait la lumière du jour. On était lundi matin et son absence au bureau n'avait pas pu passer inaperçu. Des bruits de pas annoncèrent le retour de ces agresseurs. Neal ne put retenir un frisson d'appréhension quand ils s'approchèrent de lui.
-Enfin réveillé…?
Neal ne répondit pas. L'un des hommes le tira violemment par le bras pour le faire asseoir sur une chaise et lui ôta son bandeau. Ses deux agresseurs étaient debout face à lui, un troisième homme se tenait derrière eux. Celui-ci s'avança vers lui, un verre d'eau à la main. Neal aurait voulu le lui lancer au visage mais il savait qu'il devait être prudent. Après avoir avalé quelques gorgées d'eau, l'homme qui tenait toujours le verre, recula d'un pas.
-Bonjour, M. Caffrey. Je vous présente mes excuses pour la brutalité de mes camarades. Ils avaient pour mission de vous ramener mais ils ne peuvent s'empêcher de faire du zèle.
Neal ne répondit pas. Assez étrangement, les propos de cet homme lui faisaient plus peur que la présence des deux gros bras. Quelque chose de pervers dans ses yeux lui glaçait le sang.
L'homme s'approcha à nouveau. Neal eut un mouvement de recul lorsqu'il tenta de passer une main dans ses cheveux. Le jeune homme n'aimait vraiment pas la tournure que prenaient les événements. Il avait appris à faire face à la violence physique. Ces années de prison avaient parfois mis face à des situations dangereuses.
Mais l'attitude de cet homme le mettait très mal à l'aise. Il savait qu'il n'était pas de taille à s'opposer physiquement à cet homme et il sentait qu'il ne pourrait le raisonner en lui parlant.
-Vous avez perdu votre langue ?
-Non, mais je ne vois pas ce que vous voulez que je dise.
-Je suppose que vous avez de nombreuses questions… Vous devez vous demander qui nous sommes et pourquoi nous vous avons enlevé…
-Je ne pensais pas vraiment m'attarder ici…
Le rire de son kidnappeur le fit frissonner. L'homme posa la main sur sa cuisse et souleva la jambe droite de son pantalon. Il profita de ce geste pour caresser discrètement le genou de Neal.
Le jeune homme sentit la nausée lui retourner l'estomac. Le geste de l'homme ne laissait que peu de place au doute quant à ses intentions mais Neal fut bouleversé de constater que son bracelet électronique avait disparu.
Il ne pensait pas que la disparition de cette chose enserrant sa cheville lui causerait une telle détresse. L'espoir de voir Peter franchir la porte d'une minute à l'autre s'envolait. Il devait se rendre à l'évidence, il allait devoir passer plus de temps que prévu avec ces hommes. S'ils avaient voulu le tuer, ce serait probablement déjà fait. Ils attendaient donc quelque chose de lui.
-Que voulez-vous ?
-Enfin la bonne question, Neal…Je peux vous appeler Neal ?
Neal hocha la tête. Il ne voulait pas contrarier l'homme face à lui.
-Parfait. Vous n'avez qu'à m'appeler Karl. Vous allez nous servir de monnaie d'échange. Notre leader est en prison et nous voulons obtenir sa libération.
Neal avait des dizaines de questions mais il décida de garder le silence. Il ne souhaitait pas créer de lien avec Karl.
-Nous avons contacté l'Agent Burke.
Neal fut soulagé d'entendre le nom de Peter et d'apprendre que son ami était au courant de son enlèvement. Il avait toute confiance en Peter et il savait qu'il ferait tout son possible pour le retrouver. Il devait juste essayer de rester en vie jusque là.
-Ne vous réjouissez pas trop. Il n'a aucun moyen de nous trouver ici.
-Vous ne connaissez pas Peter.
Karl s'approcha, son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien. Neal pouvait sentir son souffle sur sa joue.
-vous semblez avoir une très haute opinion de l'homme qui vous a envoyé en prison. Ou y a-t-il autre chose derrière cette admiration ?
Neal avala difficilement sa salive. La proximité de cet homme lui était insupportable. Tout dans son attitude était menaçant t d'une manière bien plus violente et insidieuse que l'air méchant des deux autres.
-Je vois…
Il se redressa et se tourna vers ces deux acolytes.
-Laissez-nous…
Il n'y avait aucun respect dans son regard et lorsqu'il s'adressa à eux, les deux autres s'exécutèrent immédiatement en grimaçant.
Neal les regarda quitter la pièce et refermer la porte derrière eux. Il essaya de contrôler l'angoisse qui lui nouait l'estomac.
-Alors, comme ça, vous avez un faible pour l'Agent Burke… ? Il est au courant ?
-Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
Neal aurait aimé ne pas entendre le tremblement dans sa propre voix mais il était au bord de la panique et lorsque Karl posa une main sur sa joue, il ne put réprimer un gémissement de peur.
-Doucement, Neal. Je ne te ferai aucun mal.
-Peter et moi travaillons ensemble, rien de plus.
-Ce n'est pas ce que je lis dans tes yeux.
Karl glissa son pouce droit sur les lèvres de Neal. Il pouvait voir le désir dans ses yeux et il savait très bien ce que cet homme avait l'intention de faire. Neal regarda autour de lui à la recherche d'une issue ou d'un objet pouvant servir d'arme. Ses mains étaient toujours liées. Il lui aurait été facile, en temps normal, de se défaire de ses liens mais sa main droite était douloureuse et chaque mouvement lui envoyait des décharges électriques dans le poignet.
Il n'avait pas le choix, il fallait qu'il gagne du temps en espérant que Peter le retrouverait avant que le pire ne se produise. Le seul moyen de gagner un peu de temps était de lui parler et de le faire parler.
-Peter ne sait rien à propos de mes sentiments pour lui. A vrai dire, il n'a pas vraiment confiance en moi.
-C'est vrai que tu as été un mauvais garçon…
Karl aida Neal à se lever et le guida vers le lit installé au fond de la pièce. Neal recula et Karl dût le pousser en avant pour qu'il s'y assoie.
-On sera plus à notre aise, ici.
Karl vint s'asseoir à côté de lui et sa main revint se placer sur son genou.
-Tu n'as jamais rien dit à L'Agent Burke. Pour quelle raison ?
-Je vous l'ai dit. Peter ne voit en moi qu'un consultant et je ne veux pas qu'il me renvoie dernière les barreaux si je lui parle de mes sentiments.
-Comment peut-il résister à ce regard ?
Neal essaya de reculer mais Karl glissa sa main gauche derrière sa tête et l'empêcha de bouger.
-Comment peut-il résister à ces lèvres ?
L'homme s'approcha pour l'embrasser. La peur décupla les forces de Neal qui réussit à se lever et se réfugia contre le mur.
-Ne faites pas ça…
Neal détestait se tenir aussi vulnérable mais il n'avait aucun moyen de se défendre. Son mal de tête empirait, il avait du mal à se tenir debout. Il savait parfaitement que Karl arriverait à ses fins sans qu'il puisse opposer une quelconque résistance. Karl se leva et avança vers lui.
-Et qui va m'en empêcher ? Je te l'ai dit, le FBI ne te retrouvera pas ici. Il n'y a que toi et moi.
L'homme lui sourit et, en posant une main sur son bras, il le tourna, face au mur. Neal avait du mal à contrôler le tremblement dans ses bras et jambes. Karl dénoua les liens qui lui tenaient les mains. Neal fut soulagé de retrouver une partie de sa mobilité.
Une partie seulement car, quand il baissa les yeux vers sa main droite, il comprit d'où venait la douleur. Sa main était rouge et gonflée, les articulations à peine visibles.
-Je pense qu'elle est cassée.
Neal faillit rire. Il était évident que sa main était cassée. Karl retourna s'asseoir sur le lit. Il n'avait pas besoin de garder Neal entravé et ce constat alarma le jeune homme. Il savait que, même s'il tentait quelque chose, il n'irait pas loin.
-Viens t'asseoir, Neal.
Face à l'hésitation du jeune homme, sa voix se fit plus froide et insistante.
-Tu sais que tu n'arriveras pas à t'enfuir. Il n'y a cinquante manières de gérer la situation. Sois tu fais ce que je te demande, sois j'utilise la force.
Au moins, cette fois, la menace était claire. D'une certaine manière, Neal en fut soulagé. Il ne bougea pas.
Même s'il hésita l'espace d'une seconde, Neal était résolu à se battre. Il ne donnerait pas à cet homme ce qu'il voulait sans se défendre. Karl sembla lire sa détermination dans son regard.
-Tu ne fais qu'aggraver la situation.
Après les menaces verbales, Karl se leva, menaçant Neal physiquement. Il s'approcha lentement, savourant à chaque pas la détresse qu'il grandissait dans le regard du jeune homme face à lui.
-Je ne veux rien de plus que ce que tu attends de l'Agent Burke…
-J'aime Peter…ça n'a rien à voir avec ce que vous voulez.
Karl le plaqua violement contre le mur. Le poids de son corps contre le sien, l'empêchait de bouger et il lui était difficile de reprendre son souffle.
-Tu ne m'échapperas pas.
Un coup frappé à la porte, interrompit Karl alors qu'il glissait une main le long de la cuisse de Neal.
-Quoi ?
-Karl, tu devrais venir voir.
A contrecœur, l'homme relâcha son étreinte et Neal se laissa glisser le long du mur. Une fois assis au sol, il s'autorisa à respirer plus calmement. Karl referma la porte derrière lui.
Neal pouvait entendre le son d'un téléviseur de l'autre côté la porte. Les trois hommes devaient regarder un flash d'information. Il savait que son répit serait de courte durée et il profita de ces quelques minutes pour chercher des yeux un moyen de se défendre.
La pièce était vide hormis quelques meubles. Ils n'avaient rien laissé au hasard.
Lorsque Karl ouvrit à nouveau la porte, la colère se dessinait sur son visage. Il marcha vers Neal, lui attrapa les cheveux et le traîna jusqu'au lit.
-Ton cher Agent Burke n'a rien compris. Il pense peut-être qu'on bluffe.
-Qu'est-ce qui…se…passe ?
Neal avait du mal à articuler alors que l'homme au-dessus de lui, lui pressait le visage contre l'oreiller.
-Il devait nous rendre Ed. Au lieu de ça, ils ont décidé de le transférer dans une prison de haute sécurité…Finalement tu avais peut-être raison…Il n'a pas l'air de beaucoup tenir à toi.
Karl lui maintenait toujours la tête contre l'oreiller. Son autre main s'attelait à défaire la ceinture que portait Neal. Le jeune homme était terrorisé mais il essaya de raisonner son agresseur.
-Je suis sûr que Peter fait tout son…possible mais …il va lui falloir du…temps.
-Je lui ai laissé 24 heures avant de te renvoyer en petits morceaux…En attendant, autant passer le temps agréablement.
Neal se retrouva immobilisé sur le lit. L'homme au-dessus de lui empêchait tout mouvement. Karl entreprit de lui attachait les poignets aux barreaux du lit.
-Tu ne devrais pas t'agiter comme ça.
Neal était au bord des larmes. Il dut se mordre la lèvre pour ne pas le supplier d'arrêter quand il commença à lui ôter son pantalon. Il refusait de montrer sa peur à cet homme.
-Je vais te donner ce que ton cher collègue ne te donnera jamais.
La vérité des ces mots lui fit aussi mal que le coup qu'il reçut dans le bas quand il essaya de fuir.
Karl s'agenouilla sur le lit, relâchant un peu la pression sur Neal.
-Regarde-toi. Tu es à moi. Personne ne viendra t'aider. Il ne leur a pas fallu longtemps pour décider que ta vie ne valait pas qu'on remette Ed en liberté.
Neal enfouit son visage dans l'oreiller. Il ne voulait pas que son agresseur voit les larmes de désespoir qui coulaient sur ses joues. Karl lui caressa les cheveux puis sa main glissa le long de son dos et s'immobilisa en haut de sa cuisse.
Il se pencha ensuite pour lui murmurer à l'oreille des mots qui le paralysèrent d'effroi.
-Peter t'a abandonné. Il a même escorté Ed lui-même. Il a choisi son devoir plutôt que de te sauver la vie. Moi, je vais prendre soin de toi.
Neal aurait aimé disparaître. Il essaya de trouver refuge dans ses souvenirs : les moments agréables qu'il avait partagé avec Peter, son sourire et la manière dont il fronçait les sourcils quand il le regardait. Mais les souvenirs les plus vifs étaient les reproches, les accusations et le fait que Peter n'avait pas pris la peine de le rappeler lors de son dernier coup de fil.
Quand Karl quitta la pièce, Neal ne bougea pas. Il n'essaya pas de se rhabiller. La douleur et la honte n'étaient rien devant le sentiment que Karl avait raison et que Peter n'éprouvait rien pour lui, au point de le laisser aux mains de ces brutes.
Les larmes continuaient de couler sur ses joues mais il ne prit pas la peine de les essuyer. Ça n'avait plus vraiment d'importance. Il serait mort dans quelques heures. La seule chose qu'il espérait c'est que Karl laisserait les deux colosses s'occuper de lui.
Il ferma les yeux, espérant que la fatigue l'aiderait à oublier mais il était stupide de penser qu'il pourrait dormir. Karl avait dénoué les liens entourant ses mains. Quand il commença à avoir froid, il se décida à bouger. Chaque mouvement était une torture. Il s'approcha du lavabo, se passa un peu d'eau sur le visage.
Quand il croisa son reflet dans le miroir, il fut effrayé de voir dans ses yeux autant de désespoir et de résignation. Il avait dû se battre toute sa vie. Il n'avait pas le droit de baisser les bras maintenant. Si Karl disait vrai, il devait se débrouiller seul pour trouver un moyen de s'en sortir.
Il marcha jusqu'à la porte, collant son oreille contre la paroi, il distingua le son d'une radio. Cette porte était la seule issue. Il ne voyait pas comment il pourrait amener un de ces hommes à le laisser sortir. Puis une violente nausée lui noua l'estomac quand il réalisa qu'il avait une solution toute trouvée à son problème. Mais cette idée n'était-elle pas pire que d'attendre la mort ?
Il prit une profonde inspiration, colla son front contre la porte. Après quelques secondes, il réussit à réunir assez de courage pour mettre son début de plan à exécution. Il frappa à la porte de sa main valide. Sa voix tremblait et il essayait de se convaincre qu'il n'avait pas le choix.
-Karl, il faut que je te parle. S'il te plaît.
