Chapitre 3.
Peter tournait en rond comme un lion en cage. Il avait passé des dizaines de coups de téléphone et il ne comptait plus le nombre de fois où on lui avait raccroché au nez après qu'il se soit un peu énervé.
Il avait signalé à ses collègues du FBI s'occupant du dossier Faran l'enlèvement de Neal et l'ultimatum posé par ses complices. Et tout ce que ces abrutis avaient réussi à faire avait été de demander au juge le transfert du prisonnier. Ils avaient aussi cru utile de convoquer la presse. Peter avait essayé d'intervenir et d'empêcher ce transfert mais rien à faire, ils refusaient même d'envisager une opération pour libérer Neal.
Après deux heures de parlotte avec ses supérieurs, Peter avait perdu tout sens de la diplomatie. Il ne savait plus quoi faire et ce sentiment d'impuissance le rendait fou. Neal était aux mains de truands sans scrupules et dans quelques heures, ils allaient l'exécuter. Il était dans son bureau quand Jones franchit la porte.
-Du nouveau ?
-Rien. L'équipe qui a enquêté sur Faran et sa bande nous a envoyé leurs dossiers mais rien n'indique qu'ils aient eu une planque dans le secteur.
Peter poussa un profond soupir.
-Ils ne me laisseront pas interroger Faran.
Jones ouvrit la bouche mais il sembla hésiter avant de poursuivre.
-Peut-être que, cette fois, les voix légales ne nous mèneront à rien ?
-Que proposes-tu ?
-Mozzie a des contacts qui pourraient peut-être nous aider. Je suis sûr qu'il est déjà en train de mener son enquête.
-C'est risqué.
-Peter, il s'agit de Neal. On peut penser ce qu'on veut de ses actes passés mais il ne mérite pas de payer pour un type comme Faran. On a eu des moments difficiles mais il fait parti de notre équipe et il est hors de question que je reste là à ne rien faire.
Peter sourit en entendant les mots de son collègue.
-Merci, Clinton. J'ai contacté Mozzie. Il a une piste mais il a refusé de m'en dire plus au téléphone. Je dois le rejoindre à l'appartement dans une demi-heure.
-Et tu comptais y aller seul ?
-Je ne voulais pas vous impliquer dans quelque chose qui pourrait vous coûter votre carrière.
-Peter…
Peter leva la main pour interrompre son ami.
-Je sais…Je ne laisserai pas Neal entre leurs mains et je suis prêt à mettre en jeu mon boulot pour le libérer. Mais je ne peux pas te demander d'en faire autant.
La voix de Diana les interrompit tous les deux.
-Que les hommes sont stupides. Patron, tu n'es pas le seul qui tient à Neal. Je sais qu'un lien particulier vous unit et, si vous tentez quelque chose, je veux être de la partie.
Une fois de plus, Peter était heureux d'être si bien entouré. Il pouvait compter sur ses collègues et il savait qu'ils feraient ce qu'il fallait pour sortir Neal de ce piège sain et sauf.
Il sourit à la jeune femme devant lui signifiant son approbation et sa gratitude.
-D'accord. Il vaut mieux qu'on parte séparément et qu'on se rejoigne chez June.
Les deux agents acquiescèrent avant de quitter son bureau. Quelques secondes plus tard, son, téléphone sonna. Il grimaça en voyant le numéro masqué. Les complices de Faran avaient sans doute vu le flash d'information annonçant le transfert de leur chef.
-Vous avez fait une grosse erreur, Agent Burke et c'est M. Caffrey qui va payer.
-Je n'y suis pour rien. Vous savez bien que je ne suis pas en charge de cette affaire.
-La vie de votre ami a donc si peu d'importance pour vous ?
-Croyez-moi, si vous touchez à un cheveu de Neal, vous le paierez cher…
L'homme au bout du fil éclata d'un rire grinçant.
-Ne vous inquiétez pas. Je me suis déjà bien occupé de lui.
-Qu'avez-vous fait ?
Peter sentit son inquiétude grimper encore d'un degré. Le ton qu'avait employé cet homme ne laissait que peu de place au doute. Neal avait été malmené mais Peter avait le pressentiment qu'il avait subi pire que quelques coups.
-Je veux parler à Neal. Je veux une preuve qu'il est encore en vie.
Un long silence succéda à cette demande, Peter sembla distinguer le bruit d'une porte qu'on ouvre.
-Peter… ?
-Mon Dieu, Neal. Comment vas-tu ? Est-ce qu'ils t'ont fait du mal ?
Pas de réponse. Peter tendit l'oreille. Il lui sembla entendre un gémissement ou un sanglot. Peter se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Mais Neal avait besoin de sentir son soutien pas son angoisse.
-Neal, s'il te plaît, parle- moi.
Après quelques secondes, la voix de Neal lui parvint, faible et tremblante.
-Je vais bien, Peter. Ne t'inquiète pas.
Il avait toujours su quand Neal lui mentait.
-On va te retrouver, je te le promets…
-Peter…il faut que je te dise…
-Tu auras tout le temps de me dire tout ça autour d'une bonne bière…
-Peter…
Neal ne put terminer sa phrase, l'émotion lui serrait la gorge. Entendre la voix de Peter était plus qu'il ne pouvait supporter pour le moment. Il avait renoncé à tout espoir de fuite après la seconde visite de Karl. Il avait essayé de l'amadouer, de lui faire croire qu'ils voulaient la même chose que lui mais il avait sous estimé l'intelligence et la perversion de son geôlier.
Karl avait abusé de lui avec une violence distillée avec soin. Il l'avait laissé affaibli, humilié et désespéré. Maintenant il le regardait en souriant, se délectant visiblement de sa détresse.
-Neal, écoute moi bien. Je vais venir te chercher. Tu m'entends ?
-Il ne faut pas…t'inquiéter pour moi…
-Ne dis pas ça Neal. Je m'inquiète, on s'inquiète tous pour toi.
Karl lui arracha le téléphone.
-Comme c'est touchant. Vous auriez dû vous soucier de lui avant que je m'en occupe, Peter.
-Que lui avez-vous fait, sale brute ?
-Rien qu'il ne désirait pas secrètement au fond de lui.
Tout en parlant à Peter, Karl caressait doucement la joue de Neal. Le jeune homme serrait les dents. Il ne voulait pas que Peter l'entende pleurer et gémir de peur.
-Vous ne savez pas ce que vous perdez, Agent Burke…
Il n'y avait plus aucun doute dans l'esprit de Peter. Il s'assit lourdement sur sa chaise en réalisant l'horreur de ce qu'avait vécu son partenaire. Il vivait la pire journée de sa vie mais ce n'était rien comparé à ce que Neal avait subi aux mains de ce pervers.
-Je vous tuerez…Vous m'entendez ?
-Je vous crois, Peter mais avant ça j'aurais tué ce cher Neal…En prenant mon temps…Notre marché ne tient plus…Adieu, Agent Burke.
Sur ces mots, l'homme raccrocha et Peter resta de longues secondes, le regard dans le vide, son téléphone à la main.
Il descendit jusqu'au parking, marchant au milieu d'un épais brouillard. Il entendait encore l'angoisse dans la voix de Neal. Le plus douloureux avait été de constater que la principale source de stress pour le jeune homme était que Peter ne s'inquiète pas. Peter savait très bien que son ami avait dissimulé l'étendu de ses blessures et la gravité de son état.
Peter ne se préoccupa guère des limitations de vitesse en conduisant jusque chez June. Au moment où il franchit la porte de l'appartement de Neal, il trouva Mozzie, Jones et Diana en grande discussion, assis autour de la table du salon.
Peter regarda autour de lui, remarquant que les meubles avaient été remis en place.
-J'ai pensé que Neal n'aimerait pas voir tout en désordre à son retour.
Peter était sur le point de prendre Mozzie dans ses bras tant le petit homme semblait perdu et mort d'inquiétude. Son propre regard devait refléter la même angoisse car les trois amis jetèrent sur lui des yeux interrogateurs. Jones fut le premier à parler.
-Du nouveau, patron ?
-Ils m'ont appelé.
Peter prit un moment pour trouver les mots justes. Il ne voulait pas alarmer ses amis mais il avait besoin de partager son inquiétude.
-C'est pas bon. Ils ont vu le flash d'info et ils savent qu'on ne pourra pas leur rendre Faran. Il faut absolument qu'on retrouve Neal le plus vite possible. Par n'importe quel moyen.
La tension monta d'un cran dans la pièce et Mozzie ne perdit pas de temps en digression.
-J'ai une piste. C'est mince mais, apparemment, c'est tout ce qu'on a. Un ami à moi a entendu dire que Faran et sa bande s'étaient lancés dans le braquage il y a deux ans. Avant ça, ils n'étaient que de petits délinquants.
-Qu'est-ce qui les a décidé à changer de secteur ?
-Pas quoi…qui ? Un certain Karl Atkinson…Le véritable cerveau de la bande. Mon ami a eu à faire à lui une ou deux fois. Il le décrit comme un pervers, violent mais très intelligent.
Peter comprit immédiatement qu'il s'agissait de l'homme à qui il avait parlé au téléphone.
-Une idée de l'endroit où ils auraient pu emmener Neal ?
-Pas vraiment. Ce type sait brouiller les pistes. On ne lui connaît pas d'adresse mais je continue à creuser.
-Jones, tu retournes au bureau et tu lances une recherche sur ce Atkinson.
Les deux agents se levèrent et quittèrent l'appartement sans plus attendre. Dès qu'ils eurent fermé la porte, Mozzie se tourna vers Peter.
-Vous avez pu lui parler ?
Peter passa une main sur son visage. Il n'avait pas la force de cacher sa détresse devant Mozzie.
-Oui, je lui ai parlé.
Peter avait du mal à parler. Il savait que Mozzie et Neal étaient très proches mais il ne voulait pas tout lui dire. Il devait laisser à Neal le choix de partager son calvaire avec son ami quand il serait de retour parmi eux.
-Il n'avait pas l'air très en forme mais il m'a dit de ne pas m'inquiéter. Je lui ai dit de tenir bon, qu'on allait le retrouver.
-J'espère qu'il vous a cru. Neal a du mal à penser qu'on peut tenir à lui.
-Il faut qu'on le retrouve, Mozzie. Je deviens fou de le savoir entre leurs mains.
A sa grande surprise, Mozzie posa une main sur son bras.
-Je sais, Peter. Si quelqu'un peut le ramener c'est bien vous et il le sait.
-Je l'espère, Mozzie. Mais sa voix…il semblait tellement…perdu…Il ne voulait pas m'inquiéter mais je le connais bien, Mozzie…
-Il compte sur vous Peter. Il faut le retrouver et le ramener. Quand il sera aves nous, on l'aidera à oublier.
Le téléphone de Peter sonna. Jones parlait tellement vite qu'il eut du mal à le comprendre.
-On a une piste. En fouillant dans le passé d'Atkinson on a découvert qu'il avait grandi dans une banlieue sordide au sein d'une famille encore plus sordide. Rien de bien consistant de ce côté-là mais, à l'âge de 15 ans, il a été placé dans une famille d'accueil. Des braves gens qui lui ont légué une cabane de chasse à leur mort.
-Tu as une localisation.
-Plus ou moins précise…mais c'est mieux que rien.
Peter ne perdit pas de temps en paroles. Il ordonna à Jones de passer le prendre. Il sentait que le temps leur manquait. Ils devaient retrouver Neal avant que ce malade ne lui fasse plus de mal. Arrivés en bas, il réalisa que Mozzie l'avait suivi.
-Mozzie, vous ne pouvez pas venir. Ça pourrait mal tourner.
-Vous pensez vraiment que je vais rester là à attendre votre coup de fil.
Peter n'avait jamais vu autant de détermination dans les yeux de l'homme à ses côtés. Il réalisa qu'il n'arriverait pas à lui faire changer d'avis et il n'avait pas le temps d'argumenter.
-D'accord mais vous attendrez dans la voiture.
-Marché conclu.
Jones arriva quelques minutes plus tard. Il arrêta la voiture, laissant à peine le temps aux deux hommes de s'installer à l'arrière. Ils partirent à toute allure.
Le silence régnait dans le véhicule. Tous savaient ce qu'ils risquaient de trouver en arrivant sur place. Ils avaient aussi conscience que, si Neal n'était pas retenu prisonnier là-bas, il ne leur resterait que très peu de temps pour trouver une autre piste.
Ils étaient tous conscients des enjeux et Peter craignait par dessus tout de ne pas avoir l'occasion de parler avec Neal. Les paroles de Mozzie résonnaient encore à ses oreilles.
Il n'avait jamais pensé que son partenaire pouvait nourrir de tels sentiments pour lui et il ne s'était, lui-même jamais interrogé sur les siens envers Neal. Mais aujourd'hui, alors qu'il risquait de le perdre, il réalisait à quel point il tenait à lui. Neal avait pris une place de plus en plus importante dans sa vie. Bien sûr, on ressentait ce genre de sentiments envers un ami très proche ou un frère mais il y avait quelque chose de plus.
Il avait besoin de le voir, de le sentir près de lui. Depuis qu'il avait entendu sa voix au téléphone, depuis qu'il avait senti sa détresse, il rêvait du moment où il pourrait le serrer dans ses bras, où il pourrait sentir sa main dans la sienne. Jamais auparavant, il n'avait pensé avoir, au fond de son cœur, de tels sentiments pour celui qui lui avait causé tant de soucis.
