Fautes corrigées... ;-)
Chapitre 6.
Les jours suivants passèrent lentement. Ils parurent même interminables pour Peter qui passait la majeure partie de son temps assis dans la chambre de Neal aux côtés du jeune homme qui restait désespérément muet.
Après un examen plus complet, les médecins avaient conclu que son aphasie ne serait probablement que temporaire et qu'elle était due au choc de l'agression et aux violences qu'il avait subies.
Le traumatisme crânien avait provoqué une importante amnésie mais il était difficile de dire qu'elle part était liée à la blessure par balle et qu'elle part due au choc psychologique. Peter restait perplexe. Neal était parfois très agité et frustré de ne pas pouvoir s 'exprimer correctement. La présence de Peter l'apaisait et l'agent du FBI était le seul qui pouvait s'approcher de lui sans provoquer un mouvement de recul.
Ce matin-là, Peter pénétra dans la chambre de Neal, une tasse de café à la main. Il trouva le jeune homme, comme tous les autres jours, assis sur son lit, bien callé contre les oreillers. Ses yeux fixaient le plafond. Il semblait perdu dans ses pensées et l'entrée de Peter ne le détourna pas de ses réflexions.
Peter ne voulait pas le surprendre. Neal avait parfois des réactions brutales lorsqu'il était surpris. Peter toussa doucement pour signaler sa présence.
-A quoi tu penses ?
Peter avait procuré à Neal une tablette numérique munie d'un logiciel permettant de lire ce qui était tapé à l'écran. Neal rechignait à s'en servir, essayant malgré les consignes des médecins de parler.
-J'essaie de me souvenir.
-Des résultats ?
Neal soupira et Peter n'eut pas besoin d'une réponse plus précise.
-Il ne faut pas trop forcer les choses. Certains souvenirs reviendront bientôt, j'en suis sûr.
Peter tenta de changer de sujet.
-Je t'ai amené un café. Ce n'est qu'un décaféiné mais c'est mieux que rien.
Neal eut un petit rictus et fronça les sourcils indiquant ses doutes sur la qualité du café. Mais il prit quand même le gobelet que Peter lui tendait.
Il trempa doucement les lèvres dans le liquide noir, savourant la chaleur du liquide. Il trouvait quelque chose de réconfortant dans l'odeur du café chaud, la sensation de chaleur dans sa main.
Je ne sais même pas si j'aime le café. C'est Peter qui m'a dit que j'en buvais et que j'avais des goûts très précis dans ce domaine. J'ai l'impression de me heurter en permanence à des murs invisibles. Impossible de me souvenir de quoi que ce soit. Après tout, il est même possible que Neal Caffrey ne soit pas mon véritable nom.
Peter s'approcha du lit et posa une main sur l'épaule de Neal essayant de le ramener à la réalité. Il avait tendance à « s'évader » par moment. Les yeux dans le vide, il se perdait dans ses pensées. Neal soupira en sentant le contact de la main de Peter.
Je ne connais pas cet homme et pourtant j'ai la très nette impression que nous sommes proches. Je me sens mieux quand il est près de moi.
-Neal, il faut que tu arrêtes de te torturer l'esprit. Dans quelques jours, tu pourras sortir d'ici. Peut-être qu'en revenant chez toi, en voyant des endroits connus, les souvenirs te reviendront.
-Peut-être.
-Elisabeth t'envoie le bonjour.
Neal baissa les yeux. Il savait où son ami voulait en venir. Ça faisait trois jours qu'il insistait pour que Neal accepte de recevoir des visiteurs. Ses amis s'impatientaient mais le jeune homme avait fermement refusé toute visite.
Je ne connais pas ces gens dont il me parle. Elisabeth est la femme de Peter, Jones et Diana des collègues avec qui nous travaillons. Il m'a parlé aussi d'un certain Mozzie que je suis censé connaître depuis des années. Peut-être qu'en les voyant, j'arriverais à me souvenir. Mais je ne parviens pas à contrôler cette peur à chaque fois que quelqu'un s'approche de moi. C'en est ridicule. Même les infirmières me terrorisent. Que vont dire mes amis si je me mets à paniquer en leur présence.
Peter semblait lire dans les pensées de son ami. Il s'assit sur le bord du lit.
-Neal, nous sommes tes amis. Tu n'as pas besoin de faire semblant devant nous. Ils savent que tu as subi un choc violent…
Justement, c'est bien ça le problème. Eux, ils savent…Pas moi. Personne ne veut me dire ce qui m'est arrivé. J'ai essayé de poser des questions mais les réponses sont restées évasives. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'a tiré dessus et la blessure à la tête est la cause de mon amnésie.
-Peter, qu'est-ce qui s'est passé ?
-Neal, les médecins pensent qu'il vaut mieux que tu te souviennes par toi-même…Il ne faut…
-Peter, j'ai besoin de savoir…Savoir pourquoi j'ai aussi peur.
Peter baissa les yeux. Il en avait discuté avec le médecin en charge de Neal et celui-ci l'avait convaincu qu'il valait mieux que Neal recouvre la mémoire par lui-même.
Mais il était de plus en plus difficile de lui cacher la vérité, de ne pas tout lui dire. Peter avait toujours eu du mal à résister au charme du jeune homme et aux dons qu'il savait déployer pour arriver à ses fins. Mais aujourd'hui c'était différent, Neal semblait vraiment désespéré. Il ne mentait pas, il avait besoin de savoir la vérité.
-D'accord, Neal. Mais on va y aller étape par étape.
Neal hocha la tête. Peter lui prit la main.
-D'abord, je voudrais que tu me dises si tu te souviens de quelque chose.
-Parfois, dans mes rêves, je vois un homme mais je ne vois pas son visage. Il me semble entendre sa voix.
Peter sentit un frisson remonter le long de son dos. Il savait de quel homme Neal parlait et il n'était pas convaincu de la nécessité de faire revivre ce souvenir.
-Dimanche dernier, des hommes t'ont agressé chez toi. Ils t'ont enlevé pour obtenir la libération de leur chef. On ne sait pas exactement ce qui s'est passé mais ils t'ont emmené dans une cabane que l'un d'eux possédait.
-Je me rappelle l'odeur du bois, des feuilles mortes.
-On t'a retrouvé dans un bois. L'un des hommes t'a tiré dessus. Tu avais aussi d'autres blessures.
Neal regarda sa main.
-Oui, ta main s'est probablement cassée quand tu as essayé de te défendre. Tu as aussi deux côtes cassées, ce qui a provoqué une hémorragie interne. Tu as plusieurs hématomes dans les dos et sur les jambes.
Il me cache quelque chose mais je ne suis pas certain d'avoir envie d'en savoir plus. Je connais déjà la liste de mes blessures et il y en a une que Peter a passée sous silence.
-Tu te souviens de plus de choses que tu ne veux le dire.
Cet homme doit lire dans mes pensées. Oui Peter…ce ne sont pas des souvenirs clairs, plutôt des sensations, des impressions. Je devine plus que je ne sais…Mais je ne suis pas encore prêt à en parler.
-Rien de précis.
-D'accord, je n'insiste pas. Elisabeth aimerait venir te voir. J'arrive à retenir Jones, Diana ou June mais je suis impuissant devant ma propre femme.
Les propos se voulaient légers mais Neal sentait la tension dans la voix de Peter.
-Quelque chose ne va pas avec Elisabeth ?
Il aurait facile de trouver un joli mensonge et de le faire passer avec un sourire et une boutade mais Peter ne voulait pas mentir à Neal.
-C'est difficile pour elle d'être mise à l'écart. Entre le temps que je passe au bureau et ici…Tu la connais…
-Non, pas vraiment mais je comprends. Elle ne te voit pratiquement pas…Je suis désolé.
-Ce n'est pas de ta faute, Neal. Elle a besoin de se rendre utile et je crois qu'elle est frustrée de ne pas pouvoir s'occuper de toi.
-D'accord…
Neal se fatiguait rapidement et après ce court échange, il ferma les yeux. Peter sourit en imaginant le visage d'Elisabeth quand il lui dirait qu'elle peut venir rendre visite au jeune homme. Neal dormait lorsque Peter quitta la pièce une heure plus tard.
Elisabeth n'eut pas besoin que Peter le lui répète deux fois. Dès le lendemain matin, elle frappait à la porte de la petite chambre. Elle avait à peine dormi, essayant de trouver la meilleure manière de se présenter, de parler à Neal, un homme qu'elle connaissait bien. Mais comment refaire connaissance avec quelqu'un dont les souvenirs avaient été effacés après une expérience traumatisante.
Au bout de quelques secondes sans réponse, elle poussa doucement la porte. Neal était endormi. El dut placer une main devant sa bouche pour retenir un cri de surprise. Le jeune homme, allongé devant elle, avait un épais bandage autour du crâne, son œil droit était bleu et gonflé, sa main droite était enserrée dans une attèle et on devinait, sous les draps fin, le bandage qui entourait sa poitrine.
Peter lui avait parlé de la gravité de l'agression que Neal avait subie mais ce qu'elle avait sous les yeux rendait les mots plus réels. Elle savait que son mari ne lui avait pas tout dit et elle n'osait imaginer ce que ses yeux ne pouvaient voir.
-Elisabeth ?
La voix métallique et désincarnée de la machine surpris la jeune femme.
-Oui. C'est moi. Comment tu te sens ?
Neal fronça les sourcils alors qu'il essayait de se redresser.
-Reste allongé. Tu seras plus à l'aise.
El s'était approchée et Neal dut respirer lentement pour contrôler l'angoisse qui lui serrait l'estomac.
-Si je reste allongé, je vais me rendormir en moins de 5 minutes.
Il faut que tu essaies de te maîtriser mon vieux. C'est Elisabeth, la femme de Peter. Comment pourrait-elle être une menace ? Je déteste me sentir aussi fragile et vulnérable. J'ai parfois l'impression que je vais me mettre à pleurer et me pelotonner sous les draps.
-Peter m'a dit qu'ils allaient bientôt te laisser sortir. Il doit te tarder de rentrer chez toi ?
-Je ne sais pas.
Elisabeth s'assit sur le lit. La respiration de Neal s'accéléra mais il essaya de garder le contrôle et de ne pas montrer son angoisse à la jeune femme.
-Tu dois te sentir un peu perdu. Mais je suis sûre qu'avec du repos et du temps, les choses vont revenir à la normale.
-Perdu c'est le mot…Je dois faire confiance aux personnes autour de moi mais je ne me souviens de rien de ma vie avant mon réveil il y a quatre jours.
-Vraiment rien ?
-Quelques impressions très floues… des sentiments
-Quel genre ?
Comment dire à cette femme que mes seuls sentiments positifs sont liés à son mari. Que les seuls moments où je me sens bien sont les instants passés avec Peter, que mon cœur cesse de battre la chamade quand sa main est dans la mienne. Elle ne pourrait pas comprendre et elle trouverait probablement ça dérangeant.
-Je crois que je me rappelle avoir eu très peur.
-Mon dieu, Neal. Je suis désolée. Peter a eu très peur aussi. Il ne parle pas beaucoup mais il était terrifié à l'idée de te perdre.
-C'est bizarre mais je savais qu'il viendrait me chercher.
-Oui, Peter a toujours réussi à te trouver.
Oui, je sais…Le procès, la prison, l'évasion…Et Peter m'a renvoyé en prison avant de me faire sortir avec un contrat en or…et une chaîne à la cheville. Et maintenant que je ne sers plus à rien au FBI, mon avenir se résume probablement à une cellule de quelques mètres carrés et de jolis barreaux.
-Tu devrais te reposer un peu. Je repasserais plus tard. Tu as besoin de quelque chose ?
-Tu as des photos des dernières années ? Ça m'aiderait peut-être à faire remonter des souvenirs.
-Parfait. Je vais fouiller.
Elisabeth se pencha vers lui, déposa un léger baiser sur son front et quitta la pièce. Neal ferma les yeux et inspira aussi profondément que ses côtes cassées le lui permettaient.
Ça s'est plutôt bien passé. J'ai pas trop paniqué…en tout cas j'ai pas essayé de sauter hors de mon lit. Pas sûr que j'en sois capable. Peut-être que je devrais faire un essai.
Le jeune homme avait du mal à bouger. Les seuls mouvements qu'il avait réussi à faire consistaient à se redresser quand l'infirmière lui changeait son bandage. Il lui fallut de longues minutes avant de réussir à s'asseoir au bord du lit. Il était tellement essoufflé qu'il commençait à voir des petits points noirs danser devant ses yeux.
Il resta quelques secondes immobiles avant d'essayer de poser un pied au sol. Sa cheville était encore un peu gonflée mais elle pourrait sûrement porter son poids jusqu'à la salle de bains.
Il regretta son initiative au bout de trois pas. Il était debout au milieu de sa chambre d'hôpital, chancelant sur ses jambes, incapable d'avancer.
Espèce d'idiot, à quoi tu joues. Qu'est-ce que tu essaies de prouver ? Que tu pourras t'enfuir si ils reviennent ? Ces trois types n'ont eu aucun mal à te tabasser et t'enlever la première fois… S'ils reviennent finir le travail, tu ne pourras rien faire. Tu tiens à peine debout.
Il fut tiré de ses réflexions quand il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir. Son cœur manqua un battement. Il essaya de se retourner pour voir de qui il s'agissait mais le brusque mouvement lui fit perdre l'équilibre. Des bras puissants le retirent dans sa chute.
-Qu'est-ce que tu fais ? Tu as l'intention de partir en promenade ?
Neal ne put répondre à son ami. Il aurait lui dire à quel point il était rassuré que ce soit lui. Il se sentait idiot et épuisé. Peter passa un bras autour de sa taille et l'aida à regagner son lit. Neal ne put retenir un soupir de soulagement quand il s'allongea et posa la tête sur son oreiller.
-Où tu voulais aller ? Tu as besoin de quelque chose dans la salle de bains ?
-Non. C'était juste un test.
-Un test ?
-Je voulais savoir si je pouvais marcher.
Peter s'assit sur le bord du lit.
-Tu vas avoir besoin de repos avant de pouvoir partir faire une ballade. Pour quelle raison tu as éprouvé le besoin de faire ce test ?
Neal se sentait mal à l'aise devant l'insistance de Peter et il avait un peu honte de dévoiler ses angoisses devant lui.
-Neal, s'il te plaît.
-Je voulais savoir si je pouvais…
-Si tu pouvais quoi ? Neal tu es en sécurité, ici. Il y a un agent posté à ta porte.
-Je sais…Mais…
Peter pouvait voir la peur dans les yeux de Neal et cette vision lui était insupportable. Même s'il ne lui avait rien dit, il sentait que les souvenirs de son agression revenaient petit à petit.
Peter prit son téléphone, se leva et sortit dans le couloir. Neal ferma les yeux. Sa petite escapade l'avait fatiguée et avait réveillée la douleur dans toutes les parties meurtries de son corps. Peter revint quelques minutes plus tard et s'installa dans le fauteuil qui était devenu son poste de surveillance ces derniers jours.
-Je croyais que tu étais parti ?
-Non, j'ai appelé le bureau pour leur dire que je travaillerai chez moi aujourd'hui.
-C'est une bonne idée. Elisabeth et toi devez passer plus de temps ensemble.
-Elisabeth travaille toute la journée. Je pensais plutôt rester avec toi.
Neal ne savait pas quoi répondre. Il savait que Peter avait très bien compris dans quel état de stress il se trouvait en son absence.
-Neal, je vais te poser quelques questions et j'aimerais une réponse honnête. Tu penses que tu peux faire ça ?
Le jeune homme hocha timidement la tête.
-Très bien. Le docteur Werner m'a dit que tu ne dormais pas bien. Est-ce que tu fais des cauchemars ?
-Parfois…
-La vérité, Neal…
-Oui, à chaque fois que je ferme les yeux.
-Est-ce que je peux faire quelque chose pour t'aider ?
Neal s'était attendu à des questions sur la nature de ses rêves et les propos de Peter le surprirent un peu. Il devait la vérité à Peter mais il n'était pas facile d'avouer à l'homme en face de lui que la seule chose qui le rassurait était sa présence.
-Neal, je sais que c'est difficile mais il faut que tu essaies de me parler.
Le jeune homme posa les mains sur son clavier et hésita avant de se lancer.
-J'ai peur…tout le temps. Je ne sais pas exactement de quoi mais cette peur ne me quitte pas.
Peter lui prit la main. Neal ferma les yeux. L'agent du FBI crut ce mouvement mettait le jeune homme mal à l'aise et il relâcha son étreinte.
-Non.
-Quoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
-Ta main…
-Je suis désolé, Neal.
-Non…Tu ne comprends…pas.
Neal commençait à s'agiter, il n'arrivait pas à se faire comprendre. Il était tellement fatigué qu'il ne voyait plus les touches sur le clavier. Ses yeux piquaient et il se rendit compte qu'il pleurait lorsqu'une larme alla s'écraser sur sa main.
Ne me lâche pas la main Peter, s'il te plaît. J'ai besoin de toi.
Peter prit la tablette des mains du jeune homme, l'objet était devenu inutile. Face à la détresse de Neal, les mots seraient insuffisants. Peter n'était pas certain de faire ce qu'il fallait mais il devait réconforter son ami.
Il s'assit doucement sur le lit et cala la tête de Neal contre son torse. Ses bras enlacèrent le plus délicatement le torse meurtri de son ami. Le jeune homme se détendit petit à petit et Peter ne put retenir un léger sourire quand il l'entendit ronfler doucement.
