J'ai beaucoup hésité en écrivant ce chapitre. J'aime bien le personnage d'Elisabeth et je lui fait jouer un vilain rôle...mais elle va se reprendre... :-)
Chapitre 8.
Le reste de la journée s'était passée calmement. Peter n'avait pas abandonné l'idée de faire parler Neal mais il savait qu'il n'obtiendrait rien en forçant le jeune homme. La nuit commençait à tomber lorsque le téléphone de Peter sonna. Jones l'appelait pour l'informer qu'ils avaient une piste concernant les agresseurs de Neal. Peter lui demanda de communiquer ces renseignements à la police et de garder un œil sur ce qu'ils en feraient.
-Du nouveaux… ?
-Jones et Diana pensent avoir trouver l'endroit où les hommes qui t'ont attaqués se planquent.
Neal se contenta de hocher la tête comme si cette information lui était indifférente.
-On va les arrêter. Ils vont payer pour ce qu'ils t'ont fait.
Peter semblait se parler à lui même et Neal ne l'écoutait pas vraiment. Il ne souvenait pas de son enlèvement et il ferait un témoin pitoyable.
Peter vint s'asseoir sur le canapé à côté de son ami qui faisait semblant de lire un magazine.
-Ça faisait une demi-heure que tu lis la même page.
Neal leva la tête et sourit.
-Très…intéressant…
-Je n'en doute pas. Quand on les aura attrapés, il faudra que tu essaies de les reconnaître. Tu n'auras pas besoin de raconter ce qui s'est passé, on a le rapport du médecin…
Neal saisit la tablette. Peter était surpris de voir de la colère dans ce geste.
-Tu ne me croies pas quand je te dis que je ne me souviens pas. Même si je voulais, je serais incapable de témoigner. Je ne fais pas semblant, Peter.
-Ce n'est pas ce que j'ai dit.
-Non, c'est ce que tu penses et c'est bien pire. J'ai bien compris que je n'ai pas réussi à gagner ta confiance. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter autant de méfiance mais je suppose que c'est justifié. Mais cette fois je ne mens pas. Je ne pourrais pas reconnaître ces hommes.
-Peut-être qu'en les voyant…
-Tu ne comprends pas. Je ne veux pas me souvenir. Je ne veux pas essayer de me rappeler.
Peter ne trouva rien à répondre à ça. Si Neal avait pu parler plus facilement, il aurait sans doute hurlé ces derniers mots.
-Neal, je comprends mais on ne peut pas les laisser s'en sortir…Et sans ton témoignage…
-Va-t'en…Laisse moi…seul.
Si tu n'es pas capable de me croire, je n'ai pas besoin de ton jugement.
Peter fut surpris par la dureté des mots de son ami mais ce qui le choqua encore plus fut de le voir soudain si calme. Le jeune homme lui faisait face et semblait plus déterminé qu'il ne l'avait été ces derniers jours. Peter se leva sans ajouter un mot. Arrivé à la porte, il se retourna. Neal n'avait pas bougé.
-Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m'appelles. Promis ?
Neal ne répondit pas. Il ferma les yeux et essaya de reprendre le contrôle de sa respiration quand il entendit la porte d'entrée se refermer derrière Peter.
Peter arriva chez lui quelques minutes plus tard. Il était encore perturbé par la réaction de Neal. Il comprenait la frustration de son ami mais il était persuadé que Neal se souvenait de bien plus de détails qu'il ne voulait l'avouer.
Elisabeth était assise sur le canapé plongée dans un de ces romans policier qu'elle affectionnait.
-Bonsoir chérie.
-Bonsoir.
Lorsqu'elle leva les yeux vers son mari, elle réalisa immédiatement que quelque chose n'allait pas. Elle n'avait pas besoin de poser la question pour savoir que Neal était la cause de l'inquiétude de son mari. Au cours des dernières semaines, elle avait essayé de ne pas faire de reproches à Peter mais elle avait de plus en plus de mal à accepter la place que Neal prenait dans leur vie.
Peter avait passé des années à le traquer, essayant d'en savoir le plus possible sur le jeune homme afin d'anticiper ses actions. Elle savait que cela faisait parti de son travail mais elle réalisait aujourd'hui que Neal était devenu bien plus qu'un collègue de travail pour son mari.
Elle avait d'abord mis en doute son propre jugement. Elle connaissait bien Peter et elle savait qu'il pouvait s'impliquer émotionnellement dans son travail bien plus qu'il ne le devrait. Mais c'était différent avec Neal. Son comportement envers son consultant avait changé ces derniers mois. Ils passaient plus de temps ensemble en dehors du travail.
Mais ce changement était devenu évident quand elle avait rendu visite à Neal un soir à l'hôpital. En poussant la porte de sa chambre, elle avait trouvé Neal paisiblement endormi dans les bras de Peter. La scène n'avait rien de choquant. Juste un ami en réconfortant un autre dans un moment difficile mais elle donnait un éclairage nouveau sur une multitude de petites choses.
Elisabeth ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine jalousie. Elle ne savait pas comment aborder le sujet avec son mari. Elle était consciente que Neal avait besoin de l'aide de ses amis mais elle était bien décidée à ne pas laisser Peter s'éloigner d'elle.
-J'ai déjà mangé mais tu veux que je te prépares quelque chose ?
-Je n'ai pas très faim.
Ça faisait plusieurs jours que Peter se contenter de grignoter. L'inquiétude lui nouait l'estomac et perturbait son sommeil.
Elisabeth se glissa à cheval sur les genoux de l'homme qu'elle avait épousé quelques années plus tôt.
-Tu te fais trop de soucis. Le médecin a dit que Neal allait bien et que ses souvenirs allaient revenir.
-Je sais mais il semble si fragile. En rentrant de l'hôpital, il s'est endormi et quand il s'est réveillé, il ne savait plus où il était. Il était très confus.
Elisabeth essaya de ne pas montrer son exaspération. Elle aurait aimé avoir toute l'attention de Peter mais, depuis des jours, elle passait au second plan.
-Il lui faut un peu plus de temps.
-Il m'a mis à la porte.
-Peter, Neal est un grand garçon. S'il pense qu'il peut se débrouiller tout seul, tu dois le laisser faire. C'est plutôt bon signe.
Peter soupira. Il doutait de l'objectivité de sa femme mais il comprenait aussi son besoin de réaffirmer son rôle et sa position.
-Que dirais-tu d'oublier tous tes soucis et de partir en week-end à la campagne ? Un client m'a proposé de nous prêter sa maison pour quelques jours.
-Je ne peux pas partir maintenant…
-Peter, s'il te plaît. Tu l'as dit toi-même, Neal t'as demandé de le laisser seul.
-Je sais ce qu'il a dit mais tu aurais dû voir la peur dans ses yeux…
La jeune femme se tut et se leva pour se diriger vers la cuisine. Elle commença à préparer une assiette de salade pour son mari. Lorsqu'elle revint au salon, Peter était en conversation téléphonique avec Mozzie.
Elisabeth tenta de se concentrer sur sa lecture tout en écoutant d'une oreille la conversation entre les deux hommes. Peter demandait des renseignements sur un certain Tom qui aurait joué un rôle important dans la vie de Neal.
Le reste de la soirée se passa en silence. Peter finit par manger le léger repas préparé par Elisabeth. Ils allèrent se coucher tôt, espérant pouvoir profiter d'une bonne nuit de sommeil.
Le lendemain matin, Elisabeth se leva en essayant de ne pas réveiller son mari. Peter avait besoin de repos et il n'avait pas besoin de savoir où elle se rendait. Quelques minutes plus tard, elle frappait à la porte de l'appartement de Neal. Le jeune homme lui ouvrit après de longues secondes d'attente. Elisabeth comprit immédiatement pourquoi il avait mis si longtemps à lui répondre. L'homme face à elle, avait visiblement passé une très mauvaise nuit et il dut se retenir à la table pour ne pas tomber avant de s'asseoir lourdement sur une chaise.
Elle comprenait mieux l'inquiétude de Peter. Il était évident que Neal n'allait pas bien mais elle était déterminée à ne pas se laisser attendrir. Si elle devait se battre pour sauver son mariage, elle le ferait, sans état d'âme.
-Je te sers un café ?
-Avec plaisir.
Neal se leva péniblement et, avec des gestes lents, prépara deux tasses de café. Lorsqu'il revint s'asseoir, le jeune homme semblait au bord de l'évanouissement.
-Je suppose que tu n'es pas venue uniquement pour savourer mon café ?
-Peter s'inquiète beaucoup pour toi.
-Je lui ai dit que tout irait bien.
-Neal, je sais que ce n'est pas facile pour toi mais Peter…
-Je sais, Elisabeth. Crois-moi, je suis conscient des soucis que je lui cause mais je ne vois pas très bien ce que je peux faire de plus.
-Je suis certaine que tu vas trouver.
Le ton se voulait amical mais Neal n'était pas dupe. Que pouvait-il ajouter ? Il savait très bien qu'il n'arriverait pas à convaincre Elisabeth qu'il avait besoin de l'amitié et du soutien de son ami et rien de plus.
-Je suppose qu'il n'est pas au courant de ta visite.
-Et il n'a pas besoin de le savoir.
-Je vois.
-Non je ne suis pas certaine que tu comprennes bien. Peter a déjà beaucoup donné pour t'aider. A de multiples reprises il a mis sa carrière et parfois sa vie en jeu. Il est hors de question de tu mettes à nouveau tout par terre.
-Je ne comprends pas de quoi tu parles. Je n'ai pas l'intention de faire du mal à Peter…
-C'est déjà fait. Je te l'ai dit, il se fait beaucoup de souci pour toi et je suis certaine que tu apprécies d'avoir toute son attention.
Cette fois l'insinuation était plus claire. Neal réfléchit un moment avant de taper sa réponse.
-Elisabeth je ne me souviens pas de ce à quoi ma vie ressemblait avant mon enlèvement mais il y a une chose dont je suis certain. Peter et moi sommes amis, rien de plus et, même si mes sentiments pour lui sont confus, je sais qu'il n'en est pas de même pour Peter.
-Je me moque de ce que tu éprouves pour Peter. Tu lui dois beaucoup et j'espère que tu sauras t'en souvenir le moment venu.
Neal n'était pas préparé à une telle confrontation. La pièce commençait à tourner autour de lui, son rythme cardiaque s'accélérait.
-Qu'attends-tu de moi ?
-Que tu fasses les bons choix…pour Peter…
-Et pour toi ?
-Peter et moi sommes mariés depuis 10 ans et je ne laisserais personne mettre notre mariage en danger.
-Tu penses vraiment que c'est ce que je veux ?
-A toi de me le dire, Neal. Je vous ai vu à l'hôpital.
-J'ai juste eu un mauvais réveil.
-N'essaie pas de noyer le poisson. Ça n'est pas la première fois que je surprends un regard, un sourire. Je vois comment tu l'observes, comment tu cherches son approbation en permanence. Et maintenant, cette amnésie tombe à point nommé.
Neal avait du mal à croire ce qu'il entendait.
-Tu penses que je joue la comédie ?
-Ça ne serait pas la première fois.
Neal se leva et marcha jusqu'à la terrasse. Il avait soudain besoin d'air frais, il avait du mal à respirer. Il entendit des pas derrière lui. Il s'attendait à une nouvelle attaque verbale mais la jeune femme posa une main sur son épaule.
-Je…promets…El…
-Neal, je suis désolée. Je suis allée trop loin.
Elisabeth réalisa à quel point elle avait blessé celui qu'elle considérait comme un membre de la famille quand elle vit les larmes dans les yeux de Neal. L'homme face à elle ne faisait pas semblant, le masque qu'il portait habituellement était tombé. Elle voyait maintenant ce dont Peter avait été le seul témoin jusqu'à maintenant.
-Je te demande pardon, Neal. Je suis désolée.
Elle s'approcha pour prendre son ami dans ses bras mais Neal s'éloigna aussi vite que lui permettaient ses membres endoloris.
-Non, tu…raison.
Neal fit deux pas en arrière avant de s'effondrer. Une vive douleur dans le bas du dos le fit grimacer mais ce n'était rien en comparaison du poids qui lui enserrait la poitrine. Il s'était accroché à Peter parce qu'il était le seul capable de le rassurer, de mettre fin à ses angoisses. Il n'était pas sûr de pouvoir renoncer à lui, à son soutien.
Elisabeth s'agenouilla devant lui.
-Neal, laisse-moi t'aider à te lever. Tu devrais t'allonger.
-Je…promets…Peter…toi.
Les propos du jeune homme n'étaient pas vraiment cohérents mais ce n'était pas surprenant. Comment avait-elle pu penser que Neal jouait la comédie ?
Elle finit par prendre son téléphone pour appeler Peter. Neal avait besoin d'aide et il ne l'accepterait pas venant d'elle. Elle avait tellement honte d'avoir été aussi cruelle qu'elle s'y reprit à deux fois avant de pouvoir composer le numéro.
Neal lui prit soudain la main. Elle sursauta de surprise.
-Je vais…bien.
Le jeune homme se leva péniblement. Une grimace de douleur lui déforma le visage quand il fit quelques pas vers la salle à manger. Elisabeth le suivit prête à le soutenir physiquement en cas de besoin.
-Mon Dieu, Neal. Je sais que rien ne pourra excuser mon attitude mais je pensais que c'était encore une manière pour toi de…
Elle n'arrivait à trouver les mots pour expliquer son comportement. Neal se tourna vers elle, un sourire triste sur le visage. Il saisit la tablette. Il avait utilisé ce qui lui restait d'énergie pour marcher jusqu'à la table sans s'évanouir. Il n'était plus capable d'aligner deux mots.
-Tu n'as pas à t'excuser. Tu as raison, j'aime Peter bien plus que je devrais. Rien de changera mes sentiments pour lui. Mais je te promets que jamais rien ne se passera entre nous.
-Neal…
-Laisse-moi finir, s'il te plaît. Il n'y aura jamais rien entre nous. Tout d'abord parce que Peter n'as pas ce genre de sentiment pour moi et ensuite, parce que j'ai beaucoup trop de respect pour lui et pour toi pour mettre en danger ce qui vous unit. Si j'ai agit de manière inappropriée je te prie de bien vouloir m'excuser. Je vais essayer de garder mes distances.
Elisabeth était stupéfaite d'entendre cette machine traduire une pensée aussi claire alors que, quelques secondes auparavant, le jeune homme paraissait sur le point de perdre pieds. Elle réalisa que Neal était en train de jeter ses dernières forces dans la bataille.
-En ce qui concerne mon amnésie, j'aurais aimé qu'il ne s'agisse que d'une comédie. Mais je n'essaie pas de vous tromper. J'ai menti à Peter en lui disant que je ne savais pas qui était Tom mais cet homme n'a rien à voir avec l'affaire, ni avec Peter.
-Neal, je ne sais pas quoi dire. J'espère qu'un jour tu pourras me pardonner d'avoir douté de toi.
-Il n'y a rien à pardonner. Je crois que tu devrais partir, maintenant. Je te promets de ne rien dire à Peter.
Le cœur d'Elisabeth se brisa en voyant Neal se servir de la chaise comme d'une canne. Il marcha ainsi jusqu'à son lit où il se laissa tomber sous les yeux remplis de larmes de la jeune femme. Elle aurait voulu revenir en arrière, contrôler sa colère. Elle savait ce qu'elle devait faire maintenant.
Elle quitta l'appartement et conduit jusque chez elle. Peter était toujours endormi. Elisabeth s'assit sur le lit, réfléchissant quelques secondes à la manière d'expliquer la situation à Peter.
-Chéri…
Peter s'étira, ouvrit les yeux et sourit tendrement à sa main. Son visage s'assombrit quand il vit ses yeux rougis par les larmes.
-Chérie, qu'est-ce qui ne va pas ?
-J'ai fait une énorme erreur et j'ai fait du mal à un ami.
Peter s'assit sur le lit et prit la main d'Elisabeth. Il avait le sentiment que cette « erreur » avait un rapport avec Neal.
-Explique-moi ce qui s'est passé.
Elisabeth prit une profonde inspiration avant de continuer. Elle savait que Peter serait en colère. Leurs disputes étaient rares. Elle ne se souvenait même pas à quand remontait leur derrière altercation.
-Je suis allée voir Neal, ce matin. Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête. J'ai cru qu'il jouait la comédie.
-Quoi ?
-Peter, je suis désolée. Je vous ai vu à l'hôpital. J'ai vu à quel point vous étiez proches et j'ai vu rouge.
Peter prit un moment pour réfléchir. Il ne servirait à rien de déverser sa colère sur Elisabeth. Assez bizarrement, tout ce qui lui importait était de savoir comment allait Neal. Il avait besoin de savoir ce que sa femme lui avait dit. Neal n'était pas en état de faire face à des accusations injustifiées.
-Que lui as-tu dit ?
-Je lui ai dit que je savais ce qu'il éprouvait pour toi et que je ne le laisserais pas détruire notre mariage. Je lui ai dit que je pensais qu'il feignait d'être amnésique pour que tu t'occupes de lui.
Elisabeth pleurait maintenant à chaudes larmes.
-Elisabeth, tu as vu comme moi dans quel état ces types l'ont mis. Tu as vu la blessure sur son crâne. Comment allait-il quand tu es partie ?
-Il a fait un léger malaise mais il allait mieux quand je suis partie. Il était allé s'allonger.
Peter ne la laissa pas finir. Il sauta hors de son lit, enfila un jean et un teeshirt et sortit précipitamment. Il ne se retourna même pas pour jeter un dernier regard à sa femme. Il devait voir Neal, le rassurer.
Il monta quatre à quatre les marches menant à l'appartement de Neal et ne prit pas la peine de frapper. C'est la peur au ventre qu'il ouvrit la porte. Il s'arrêta net en voyant Neal étendu, inconscient sur le sol.
