Chapitre 12.
Pour la première fois depuis bien longtemps, Peter ne savait pas comment réagir. Il se sentait terriblement impuissant. Neal était à peine conscient, la fumée blanchâtre continuait à envahir la pièce. Il s'assit à côté de Neal, tenant fermement sa main dans la sienne.
-Tu…dois…parti.
Sa voix était faible mais Peter était heureux de l'entendre.
-Hors de question. Les secours vont bientôt arrivés. L'incendie a déjà dû être signalé.
Neal secoua la tête. Il n'avait pas vraiment les idées claires mais il devait avouer que la présence de Peter le rassurait. Si quelqu'un était capable de le sortir de là, c'était bien l'Agent Spécial Peter Burke. L'homme qui l'avait poursuivi pendant des années et avait fini par le rattraper et le mettre derrière des barreaux. L'homme à qui il avait finalement réussi à avouer ses sentiments.
La porte de la pièce fut soudain secouée par des coups de pieds. Peter se leva, soulagé. Les secours avaient été plus rapides qu'il ne l'aurait pensé. Mais lorsque la porte finit par s'ouvrir, ce fut la silhouette de Karl qui se dessina dans la lumière de l'incendie. L'homme s'était visiblement battu, il portait des traces de coups sur le visage.
-Sortez d'ici tous les deux. On va faire une petite ballade.
-Neal ne peut pas marcher.
-Alors tu vas devoir le porter si vous ne voulez pas finir grillés.
L'homme face à lui était armé et semblait toujours aussi instable et dangereux mais il n'y avait pas à hésiter. Il se dirigea vers Neal et l'aida à se lever. Le jeune homme grimaça de douleur mais il comprit vite qu'ils n'avaient aucune chance de s'en sortir s'ils ne faisaient pas ce que Karl ordonnait.
Ses jambes refusèrent tout d'abord de répondre.
-Neal, je ne vais pas pouvoir te porter. Il faut que tu m'aides.
-J'essaie.
-Je sais mon grand et tu fais un super boulot.
Neal ne put retenir un sourire en entendant les encouragements de son ami. Peter lui parlait souvent comme il parlerait à un enfant et il aimait bien ça.
Après quelques secondes d'efforts, il réussit à faire quelques pas chancelants. En sortant de la pièce, les deux hommes réalisèrent que l'incendie était concentré, pour le moment dans un espace assez restreint. Ils réussirent à se frayer un chemin jusqu'à la porte de derrière. Karl les suivait, les menaçant toujours avec son arme.
Lorsque Peter se retourna et vit les deux gros bras allongés sur le sol.
-Que s'est-il passé ?
-Les questions peuvent attendre, Agent Burke. Avancez. La voiture nous attend dehors.
-On ne va pas les laisser là.
-Ils sont morts.
Peter n'insista pas. Cet homme avait tué ses complices et il était maintenant prêt à les laisser brûler dans cet entrepôt.
Arrivés à la voiture, Peter installa Neal à l'arrière aussi confortablement qu'il put. Karl lui fit signe de prendre le volant. Peter fut parcouru d'un frisson quand il le vit s'asseoir à côté de son ami.
-On va où ?
-Roulez vers le Nord. Je vous donnerai d'autres indications en chemin.
Peter mit le contact, cherchant le regard de Neal dans le rétroviseur. Le jeune homme lui sourit. Il essayait de rassurer Peter mais il savait bien que ses efforts étaient inutiles. Il pouvait sentir l'haleine de l'homme assis à côté de lui. Karl s'était approché. Il avait même posé une main sur son genou droit.
Les pensées de Peter tournaient à toute allure sous son crâne. Peut-être qu'il pourrait jeter cette voiture sur le premier arbre venu. Mais Neal n'avait pas de ceinture de sécurité et, dans son état, un nouveau choc pourrait être fatal. Pour le moment, il devait juste suivre les instructions de ce malade et attendre la bonne occasion pour intervenir. Karl était seul, il réussirait bien à la maîtriser.
Peter jeta un œil dans le rétroviseur et vit, à nouveau, la peur dans les yeux de Neal. Karl lui caressait la joue. L'homme s'était penché vers lui et semblait lui parler doucement à l'oreille.
-Laissez-le tranquille…
-Sinon, quoi, Agent Burke ?
Peter serra les dents. Il ne laisserait pas ce type s'en sortir.
-Prenez à gauche.
Visiblement, Karl avait décidé de les amener faire un tour dans les bois. Peter réalisa soudain qu'ils prenaient la direction de la cabane dans laquelle ils avaient retenu Neal prisonnier.
-On rentre à la maison, Neal.
Le jeune homme ne fit aucun commentaire. Il lui fallait toute son énergie pour ne pas crier à chaque fois que cet homme s'approchait de lui. Lorsqu'ils arrivèrent devant la cabane, Peter coupa le contact et descendit pour aider Neal à sortir.
-Doucement, Neal.
-Peter…mal…
-Je sais, Neal. Je sais. On va entrer et tu pourras t'allonger.
Karl enfonça le canon de son arme dans le dos de Peter le forçant à avancer plus vite. Une fois à l'intérieur, il allongea Neal sur le canapé avant de poser délicatement une couverture sur lui.
-Comment tu te sens ?
-Mieux.
Karl tournait en rond dans la pièce. L'homme semblait sur le point de perdre le peu de raison qui lui restait. Il parlait tout seul.
-Ça n'aurait pas dû finir comme ça. Ces abrutis…j'étais obligé…
-Que s'est-il passé, Karl ?
Le rire de l'homme était glacial.
-Ils ont essayé de me doubler. Ils voulaient tout abandonné. Ils ont dit qu'on ne pourrait pas libérer Ed.
Karl parlait tout en continuant à arpenter la pièce de long en large. Peter était sur le point de lui sauter dessus lorsqu'il sentit la main de Neal sur son bras.
-Trop…risqué.
-Neal, tu as besoin d'un médecin. On ne peut pas attendre ici sans rien faire.
Neal secoua la tête. Il ne pouvait pas laisser Peter prendre le moindre risque. Karl s'approcha et fit signe à Peter de s'écarter du canapé. Lorsque celui-ci ne bougea pas il utilisa la crosse de son arme pour le frapper au visage.
-Vous devriez faire ce que je demande Peter. Pour votre propre bien et pour le bien de Neal.
Peter était un peu sonné par le coup reçu mais ce qui lui faisait le plus mal était de voir les larmes dans les yeux de Neal.
-D'accord Karl mais ne faites pas de mal à Neal.
-Mais je ne veux faire aucun mal à Neal…Au contraire.
Karl posa une main sur le front de Neal, à l'endroit de sa blessure, toujours couvert par un épais bandage.
-Tu m'as obligé à faire ça, Neal. Je ne pouvais pas te laisser partir.
Peter se rendait compte que Karl était de plus en plus instable et ses réactions devenaient imprévisibles. Leur situation était particulièrement précaire.
Neal ne put retenir un frisson lorsque la main de Karl glissa à l'arrière de son cou, l'attirant à lui. Le jeune homme tenta de résister mais les mots de son agresseur ne lui laissaient pas le choix.
-Tu ne voudrais pas qu'il arrive quelque chose à ton cher Peter.
Karl pointait son arme vers l'agent du FBI, assis sur le sol.
Neal se redressa et s'assit sur le canapé au prix de douloureux efforts. Il avait toujours l'impression d'avoir la tête dans du coton, sa vue se troublait par moment mais l'arme pointée vers l'homme qu'il aimait lui avait redonné du courage et de l'énergie. Il se força à regarder Karl. Il avait toujours été un bon acteur mais il allait devoir être très convaincant cette fois car la vie de Peter était en jeu.
-Karl, laisse-le partir. Je resterai avec toi. On pourra être ensemble si tu laisses partir Peter.
La facilité avec laquelle il avait prononcé ces mots le surprit lui-même. Ses mains tremblaient mais Karl ne le remarqua pas.
-Tu me prends pour un imbécile ? C'est pas bien ça, Neal.
Karl lui tira violemment la tête en arrière et le força à l'embrasser.
-J'ai vu comment tu le regarde. Je ne suis pas un idiot, Neal. Peter va rester avec nous…
Karl posa à nouveau ses lèvres contre les siennes. Le geste se ovulait plus tendre mais Neal ne put retenir un sanglot lorsque Karl s'éloigna de lui.
Peter n'avait pas bougé autant parce qu'il était sous la menace d'une arme que parce qu'il était sous le choc de ce qu'il avait sous les yeux. Peter pouvait sentir toute la violence que Karl tentait de contenir. Si la situation dégénérait, cet homme pourrait réagir de manière imprévisible.
-D'accord…Karl…
Karl lui sourit, se leva et se dirigea vers Peter. Il le fit asseoir sur une chaise avant de l'attacher fermement avec une épaisse corde et de le bâillonner avec de l'adhésif. Peter se laissa faire sans lâcher Neal des yeux. Il fit une prière silencieuse pour que Jones ait l'idée de les chercher dans cette cabane.
Karl posa son arme sur la table basse et revint s'asseoir à côté de Neal.
-Je suis sûr que Peter souhaiterait être à ma place en ce moment. Tu crois qu'il aimerait ça, Neal ?
L'homme faisait glisser sa main le long de sa jambe, chuchotant à son oreille. Peter avait du mal à ne pas hurler à travers son bâillon. La détresse de Neal était évidente mais il faisait du mieux qu'il pouvait pour garder le contrôle et ne pas provoquer son agresseur. Peter était impressionné par le courage et le sang froid dont il faisait preuve.
-Tu crois qu'il aimerait voir à quel point on est fait l'un pour l'autre ?
Neal avait du mal à respirer. Il devait s'en tenir à son plan et pour cela il devait distraire Karl et s'emparer de son arme. Il croisa le regard de Peter. Son ami avait toujours été capable de lire en lui. L'agent du FBI secoua vivement la tête pour lui signifier de ne rien tenter.
Il faut que je le fasse Peter. Je ne peux pas le laisser nous détruire. Quand il aura obtenu ce qu'il veut de moi, il s'en prendra à toi. Je ne peux pas le laisser faire ça.
Neal tourna les yeux vers Karl il lui était pénible de détacher son regard de celui de Peter. Il plaça une main sur la joue de Karl et se pencha vers lui. Ce mouvement le rapprocha de la table sur laquelle l'arme était posée. Le baiser qui suivit fut presque douloureux mais Neal savait qu'il devait essayer de convaincre Karl de sa sincérité. Il fallait que son agresseur se concentre sur leur étreinte.
Sa main finit par atteindre l'arme. Il serra son poing autour de la crosse et repoussa violemment Karl, pointant l'arme sur lui.
-Tu penses vraiment être capable de me tirer dessus… ? Tu ne ferais pas ça, Neal… ?
Karl s'approchait de lui. Neal s'en voulait de ne pas réussir à appuyer sur la gâchette. Lorsque Karl tendit la main pour se saisir de l'arme, Neal tremblait tellement qu'il avait du mal à la tenir. La suite se passa trop rapidement pour que Neal en soit vraiment conscient. Karl le poussa sur le canapé, le forçant à s'allonger sur le dos. Il n'avait pas suffisamment de force pour résister.
Karl essayait de reprendre l'arme qui était coincée entre eux. Le visage de Karl n'était qu'à quelques centimètres du sien. Il souriait, certain de pouvoir avoir le dessus sur lui. L'arme commençait à lui glisser des mains.
Peter essayait désespérément de se libérer de ses liens. Il assistait, impuissant, au combat que Neal et Karl se livraient. Son sang se glaça lorsqu'il entendit le coup de feu. Il hurla malgré l'adhésif qui lui entourait la bouche. Non, ça ne pouvait pas finir comme ça. Les larmes inondaient son visage. Il entendit les sirènes au loin mais ils arrivaient trop tard.
