Voici la suite... Je me suis replongé dans cette histoire, pensant qu'il était temps de se pencher sur les sentiments d'Elisabeth et d'envisager sa réaction...
Bonne lecture... Et j'adore les reviews...
Chapitre 14.
Peter aida Neal à s'installe confortablement dans son lit. Le jeune homme semblait heureux de pouvoir retrouver son appartement mais l'inquiétude le saisit quand il vit Peter se diriger vers la porte d'entrée. Il se sentait encore très faible et la peur ne le quittait pas. Il savait que Karl était mort, il l'avait tué lui-même. Mais il tremblait encore en pensant aux événements des derniers jours.
Il avait convaincu les médecins qu'il allait bien et qu'il n'avait aucun besoin de parler à un psy. Il savait bien qu'il n'avait pas réussi à convaincre Peter mais celui-ci semblait avoir décidé de laisser tomber cette idée pour le moment. Ce qui l'inquiétait le plus c'était les difficultés qu'il éprouvait à parler de manière fluide. Il l'avait évoqué avec son médecin et celui-ci lui avait précisé qu'il n'était pas anormal qu'un traumatisme provoque une angoisse telle que des troubles du langage apparaissent.
Ce constat ne l'aida pas vraiment et, à chaque fois qu'il essayait de faire une phrase, il ne pouvait s'empêcher de s'énerver devant son incapacité à aligner deux mots. Son autre problème était le besoin qu'il avait de sentir Peter près de lui. Ils n'avaient pas vraiment eu l'occasion de parler depuis la mort de Karl et Neal n'était pas certain de ce que Peter avait décidé de faire de leur relation.
C'est ce doute qui provoquait parfois des montées d'angoisse incontrôlables. Comme en ce moment alors que Peter s'était absenté. Son ami ne lui avait rien dit et, même s'il savait qu'il n'était sans doute pas bien loin, il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir peur qu'il ne l'ait abandonné. Il se détestait d'être aussi en demande, aussi dépendant. Il ferma les yeux et essaya de ralentir sa respiration. Il sursauta quand la main de Peter se posa sur son front.
-Désolé, je ne voulais pas te réveiller.
-Je...
Neal dût prendre une profonde inspiration pour se calmer.
-Doucement... Tout va bien.
-Dormais pas.
Peter sourit mais ce sourire masquait mal son inquiétude. Neal semblait encore très fragile et Peter avait l'impression que sa présence le stressait plus qu'elle ne l'aidait. Le médecin avec qui il avait parlé de ses doutes avait tenté de le rassurer et l'avait encouragé à parler avec son ami. Pour lui, Neal avait besoin de mettre des mots sur son traumatisme, sur ses angoisses pour les évacuer et apprendre à les gérer.
-Tu veux manger quelque chose?
-Non...
-D'accord... Que dirais-tu d'une petite sieste?
Neal secoua vivement la tête et Peter vit l'angoisse réapparaître dans ses yeux.
-Qu'est-ce qui ne va pas?
Le jeune homme continua à secouer la tête et ferma les yeux. Peter était conscient qu'il s'agissait, pour lui d'une manœuvre de diversion pour éviter de parler de ce qui le tracassait vraiment.
Peter n'était pas le spécialiste en ce qui concernait les conversations à cœur ouvert mais il ne devait pas laisser Neal s'enfermer dans le silence.
-Neal, s'il te plait... Dis moi ce qui ne va pas.
-Pas parler...
Le jeune homme joignit le geste à la parole en posant une main sur sa gorge, pointant sa difficulté à s'exprimer correctement.
-C'est ça qui t'angoisse à ce point? Le médecin a dit qu'avec du repos et l'aide d'un orthophoniste ça devrait rapidement s'améliorer. Il faut juste que tu te laisses un peu de temps.
Neal répondit par un grognement que Peter prit pour un signe de désaccord.
-Ok... Je comprends que ce soit frustrant mais tu pourrais momentanément écrire quand parler te paraît trop difficile.
-Rien... À dire...
Peter essaya de ne pas répliquer vertement à son ami. Il oubliait parfois que l'attitude de son ami n'était pas le résultat d'un caprice. Il lui suffisait de repenser à son regard quand Karl s'était tenu près de lui dans cette cabane pour comprendre qu'il ne maîtrisait pas ses réactions.
-Je sais que tu as, au contraire, beaucoup de choses à dire et j'espère que tu me feras suffisamment confiance pour me parler de ce qui te perturbe.
Neal semblait perdu dans ses pensées et Peter ne savait que trop bien les souvenirs qui devaient le hanter. Il aurait tellement aimé pouvoir l'aider, lui faire oublier ces terribles événements. Mais la seule chose qu'il pouvait faire était de rester à ses côtés, de l'écouter quand il serait prêt.
-Peter...?
-Je suis là... Je reste avec toi...
Neal se laissa submerger par le sommeil. Peter se glissa à côté de lui et le jeune homme se blottit contre lui. Il le sentit se détendre, caressant distraitement ses cheveux. L'agent du FBI finit par s'endormir lui aussi et lorsqu'il rouvrît les yeux il sentit la présence d'une personne dans l'appartement. Un signal d'alarme se déclencha dans son cerveau et il scruta son environnement. Il croisa le regard azur de sa femme.
Ils avaient longuement discuté de leur situation alors que Neal était hospitalisé et Elisabeth avait semblé accepter sa décision de rester près de Neal pendant sa convalescence. Peter se dégagea délicatement de l'étreinte de Neal. Le jeune homme était profondément endormi car il ne réagit pas lors de ce changement de position.
Peter rejoint sa femme, assise à la table de la cuisine.
-Que fais-tu ici?
-Je vous ai préparé une salade. J'ai pensé que tu n'aurais pris le temps de t'arrêter faire les courses.
Le geste partait d'un bon sentiment mais Peter était conscient de la jalousie qui pointait dans sa voix. Il aimait tendrement sa femme et rien ne changerait ça mais il savait aussi qu'Elisabeth était une farouche combattante. Neal n'était pas en état de livrer ce combat et c'était à lui de le protéger.
-Merci, chérie.
Peter se retourna vers Neal qui commençait à bouger.
-Comment va-t-il?
-Physiquement ça va mais le traumatisme est profond.
Comme pour souligner ses propos, Neal gémit dans son sommeil. Peter s'approcha du lit, posant une main sur le bras de son ami. Élisabeth était juste derrière lui, témoin muet de la confiance nouvelle qui s'était instaurée entre les deux hommes. Son cœur se serra quand elle vit le sourire radieux que Neal adressa à son mari.
Il s'était débattu dans son cauchemar, incapable d'arrêter Karl alors qu'il pointait son arme sur Peter et appuyait sur la détente. Il avait fait ce même rêve à plusieurs reprises ces derniers jours. Cette fois, Peter était près de lui à son réveil ce qui lui apaisa immédiatement son angoisse. Il perçut un mouvement derrière Peter et il se figea en voyant le sourire d'Elisabeth.
-Bonjour... El...
Élisabeth s'avança et s'assit sur le lit à côté de Neal. Peter se recula mais resta dans le champ de vision du jeune homme. Il savait qu'Elisabeth ne ferait rien qui puisse blesser Neal mais il voyait la tension qui parcourait le corps de son ami.
-Comment tu te sens?
-Ça va...
Élisabeth aurait voulu ressentir de la colère voire de la haine envers cet homme qui avait pris autant d'importance dans la vie et dans le cœur de son mari. Mais il était si affaibli, il semblait si vulnérable qu'elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle avait promis à Peter de leur laisser le temps, de ne pas intervenir mais c'était plus fort qu'elle. Il fallait qu'elle voit de ses propres yeux, qu'elle soit certaine. En voyant le regard que les deux hommes avaient échangé, en voyant la facilité avec laquelle Neal était sorti de son cauchemar à ce simple contact.
-Je suis heureuse qu'ils t'aient laissé sortir de l'hôpital. Je suis sûre que tu seras mieux dans ton lit pour te reposer.
Neal acquiesça. Il n'était pas vraiment à l'aise face à la jeune femme. Peter ne le lâchait pas des yeux, ce qui ne facilitait pas les choses. Sa respiration s'accélérait, ses mains tremblaient. Élisabeth prit sa main dans la sienne mais ce geste accentua encore sa détresse.
-Dé...so..lé...
-De quoi? Neal tu n'as pas à être désolé... Tout va bien.
Élisabeth se tourna vers Peter alors que celui-ci s'approchait pour tenter de rassurer le jeune homme.
-Elisabeth a raison, Neal. Tout va bien.
-Non...
-El, tu devrais nous laisser seul.
-Non... Peter... Tu dois...
Peter posa une main sur l'épaule de sa femme l'invitant à lui la place près de Neal. Il savait qu'il était le seul à pouvoir calmer son ami avant que son angoisse ne prenne le dessus.
-Neal... Écoute-moi bien.. Tu peux faire ça?
Le jeune homme hocha la tête incapable de donner sa réponse verbalement.
-Très bien. Élisabeth et moi avons pris le temps de parler. Elle sait que j'ai besoin d'être près de toi. Elle sait que je t'aime... Il n'y a aucun secret entre nous... Tout va bien, tu n'as pas à te sentir coupable.
Il fallut à Neal de longues secondes avant de reprendre une respiration normale. Quand Peter se retourna, il vit les larmes qui brillaient dans les yeux de sa femme. Cette situation était très inconfortable pour lui mais il réalisa, pour la première fois, à quel point elle était difficile pour sa femme. Elle avait accepté de le laisser s'installer chez Neal en renonçant à une de ses prérogative en tant qu'épouse. Peter savait qu'elle avait fait ce sacrifice par amour pour lui.
Voyant que Neal respirait mieux, Peter se leva et s'avança vers Élisabeth.
-Il vaut mieux que tu partes. Merci pour la salade.
La jeune femme serra les dents devant cette affront. Son mari, après avoir avoué son amour à son partenaire, venait de lui demander de partir sans plus de cérémonie. Elle était prête à faire de nombreux sacrifices pour sauver son mariage mais la rudesse avec laquelle Peter la traitait était difficile à supporter.
-Peter, je n'avais aucune intention de lui faire du mal.
-Je sais, El. Mais Neal est fragile...
-Peter...
-El... Je pensais qu'on était d'accord...?
-Bien sûr mais tu peux aussi comprendre que je m'inquiète pour un ami. Tu peux aussi comprendre qu'il soit difficile pour moi de t'entendre dire à une autre personne que moi que tu l'aimes.
-On en a déjà parlé. Je ne peux plus faire semblant, El.
La jeune femme ne voulait pas se laisser emporter mais elle avait du mal à croire que son mari puisse la traiter aussi froidement. Elle devait lui faire comprendre que, pour elle, cette situation n'était que temporaire.
-Je vais partir, Peter. Mais je n'abandonnerait pas... Nous sommes mariés et je t'aime. Je ne renoncerais jamais à ça. Je ferais ce qu'il faudra pour que les choses reprennent leur place... Comme avant.
La jeune femme ne laissa pas le temps à Peter de répondre. Elle quitta l'appartement sans ajouter un mot laissant son mari méditer sur ses dernières paroles.
