Chapitre 23.

Peter resta éveillé toute la nuit. Le docteur Penhurst lui avait dit que Neal ne se réveillerait pas avant des heures mais il ne pouvait pas fermer l'œil. Il voulait être là si Neal faisait un mauvais rêve où si ses angoisses le sortaient du sommeil. Le médecin devait revenir le lendemain matin tôt, afin d'aider Peter à gérer la situation et prendre les décisions qui s'imposeraient. Peter avait passé les dernières heures à ressasser les derniers événements, les dernières révélations.

Nicholas Seaver... Pendant des années, Neal avait tout fait pour oublier ce nom, oublier son passé. Mais aujourd'hui, il ne pouvait plus reculer. Il allait devoir faire face à nouveau à ce cauchemar qu'a été son enfance. Neal commença à s'agiter peu avant le lever du soleil. Peter était angoissé et impatient de pouvoir entendre la voix de son ami. Il avait besoin de savoir ce qui allait se passer maintenant, comment ils allaient pouvoir gérer la suite.

Le docteur Penhurst frappa à la porte peu avant 8 heures. Neal s'était retourné à plusieurs reprises mais il n'avait pas ouvert les yeux et Peter fut soulagé de voir le médecin s'asseoir à ses côtés.
-Comment va-t-il?
-Il ne s'est pas encore réveillé. Il est un peu agité depuis à peu près une heure.
-C'est normal. Après l'épisode d'hier soir, il risque de ne pas vraiment savoir où il est et il risque d'être un peu incohérent pendant un moment.

En attendant que Neal se réveille, les deux hommes s'installèrent à la cuisine pour prendre un café. La tension était palpable et quand Neal rejeta les draps et se redressa dans le lit, Peter se précipita vers lui, suivi de près par le médecin.
-Tout va bien, Neal. Tu es en sécurité...
Le jeune homme le regarda longuement et Peter eut la désagréable impression qu'il ne savait plus vraiment qui était l'homme face à lui.

-Neal, s'il te plait, dis quelque chose...
Le cœur de Peter manqua un battement en entendant la voix apeurée de son ami.
-Qui est Neal...?
Le docteur Penhurst s'approcha à son tour.
-Nicholas...?
Le jeune homme pencha la tête sur le côté, observant les deux hommes assis sur le lit. Il semblait essayer de déterminer s'il pouvait leur faire confiance. Ils avaient face à eux un enfant triste et effrayé.

Neal regardait la pièce autour de lui comme s'il la voyait pour la première fois.
-C'est chez toi ici?
Peter réalisa que la question lui était adressée. Le médecin lui fit un signe de tête lui indiquant de jouer le jeu pour le moment.
-Non, c'est l'appartement d'un ami.
-C'est joli...
-Oui, c'est très joli.
-Où est Charlie?
-Je ne sais pas. Peut-être que tu pourrais nous aider à le retrouver.

Neal secoua violemment la tête, des larmes se formèrent et coulèrent le long de ses joues. Peter ne savait plus s'il devait continuer à lui parler ou le prendre dans ses bras pour le consoler. Il n'était pas certain que Nick, puisqu'il s'agissait bien de lui, accepte de lui faire confiance. Il devait voir l'ensemble des adultes comme une menace. Il fut distrait par la sonnerie de son téléphone. Immédiatement, Neal se réfugia sous les draps. Peter posa une main sur son dos.
-Ne t'inquiètes pas, c'est juste mon téléphone.

Peter s'éloigna un peu avant de décrocher.
-Peter... J'ai le dossier. Je l'ai scanné et je te l'ai envoyé par mail. Tu devrais déjà l'avoir reçu.
-Merci, Jones.
-Comment va Neal?
-Difficile à dire mais il va avoir besoin de temps.
-Et de ton aide...
Peter remercia son collègue et raccrocha avant de s'installer sur la table de la cuisine devant son l'ordinateur portable de Neal.

Il hésita avant d'ouvrir le dossier que Jones venait de lui envoyer. Il avait peur de ce qu'il était sur le point de découvrir et, même s'il savait qu'il devait connaître toute la vérité pour pouvoir aider Neal, il ne pouvait s'empêcher de craindre ce moment où il allait apprendre la vérité sur l'enfance de son ami.
Les premières pages exposaient le témoignage d'un homme venant signaler la disparition de celui qu'il présenta comme son fils adoptif. Le petit Nicholas Seaver n'était pas rentré d'une course qu'il l'avait envoyé faire. Il avait parcourut tout le quartier à sa recherche et après avoir attendu son retour toute la nuit, il s'était décidé à signaler sa disparition à la police.

Nicholas avait 16 ans. Au moment de sa disparition, il portait un pull bleu marine et un jeans, des baskets blanches. L'homme signalait que le garçon était d'un naturel méfiant et qu'il était peu probable qu'il ait suivi un inconnu. L'officier avait alors évoqué la possibilité d'une fugue. Impossible, Nick n'avait aucune raison de s'enfuir... La page suivante était une photo de l'adolescent. Si Peter avait encore eu quelques doutes, ils s'évanouirent en voyant ce regard bleu azur, ce sourire timide, cette petite cicatrice presque invisible au-dessus de son sourcil droit.

C'était bien Neal... Cet adolescent, disparu presque quinze ans auparavant, était bien son ami, son collègue, son partenaire... L'homme qu'il avait recherché, envoyé en prison pour finir par revenir le chercher et en faire son consultant. La suite du dossier concernait la perquisition qui avait eu lieu chez l'homme ayant signalé la disparition de Nicolas. Cet homme, un certain Patrick Frey, avait été dénoncé par un coup de fil anonyme signalant que la disparition de Nicholas n'était pas la seule chose bizarre qui se passait dans l'environnement de cet homme.

Lors de la perquisition de nombreuses photos avaient été prises. L'habitation était sordide, sombre et sale. Les détritus envahissaient l'ensemble des pièces, donnant une idée de l'environnement dans lequel cet enfant avait été élevé. Les forces de l'ordre avaient inspecté toutes les pièces sans rien trouver d'anormal jusqu'au moment où l'un d'entre eux avait ouvert une porte menant à une cave.

L'agent qui avait rédigé le rapport parlait d'une odeur atroce qui devenait insupportable au fur et à mesure qu'ils descendaient les marches. Les photos suivantes montraient une cave, basse de plafond, éclairée par les projecteurs de la police scientifique. Le corps d'un enfant était allongé à même le sol. Peter eut du mal à regarder ces clichés malgré ses années d'expérience et les nombreuses affaires qu'il avait couvertes. Le corps de ce garçon était couvert d'hématomes et des plaies à peine cicatrisées.

D'après le rapport, il s'agissait de Charlie... Charles Andrew Seaver comme le leur confirma le propriétaire de la maison. Le rapport d'autopsie détaillait les supplices que cet enfant avaient subi. Il n'avait pas mangé à sa faim depuis des mois, il avait été frappé de manière régulière et répétée. Sa mort était due à une pneumonie mal soignée... Les poumons de ce pauvre gosse s'étaient peu à peu remplis d'eau. Peter ferma les yeux en pensant au supplice qu'avait enduré ce garçon. Ses pensées se reportèrent presque immédiatement vers son frère, celui qui avait assisté, impuissant à l'agonie de son jumeau.

Peter n'était pas capable d'aller plus loin pour le moment. Il allait avoir besoin de temps pour digérer ces informations. Il se leva pour rejoindre le docteur Penhurst qui n'avait pas quitté son poste d'observation. Neal n'avait pas bougé de sous les draps, ne leur laissant apercevoir que quelques mèches de cheveux. Peter se rassît sur le lit et posa l'ordinateur à côté de lui.
-Neal, j'ai besoin que tu regardes une photo.
Le jeune homme finit par quitter son refuge et lever les yeux vers Peter.
-Pourquoi tu m'appelles Neal?

Peter décida d'ignorer la question et tourna l'écran vers lui.
-Est-ce que c'est toi?
Un hochement de tête fut sa seule réponse.
-Qui a pris cette photo?
-Paddy. Il voulait qu'on sourit...
-C'est mieux de sourire sur une photo.
-Je voulais pas...
-Pourquoi?

Neal ne répondit pas et Peter commença à se demander à quoi cette photo était censée servir. Il garda cette question pour plus tard.
-Qu'est-ce que je fais ici?
Peter ne savait pas comment s'y prendre. Devait-il jouer le jeu et continuer à parler à Nick où devait-il essayer de ramener Neal à la réalité. Il laissa le docteur Penhurst prendre le relai. Neal écoutait le médecin mais il ne quittait pas Peter des yeux.

-Votre nom est Neal Caffrey. Vous travaillez avec le FBI.
-Non, mon nom est Nicholas et je dois retrouver Charlie. Il est malade et il a besoin de voir un médecin. Tu es docteur...?
-Oui, je suis médecin.
-Alors, il faut que tu viennes aider Charlie.
Peter était perdu et trop ému pour réfléchir normalement. Il tourna l'écran vers le médecin, lui montrant les photos de Charlie. Le médecin prit une profonde inspiration avec d'adresser un hochement de tête à Peter.

-Nick, j'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer. Charlie était très malade. Quand les policiers l'ont retrouvé il était déjà mort...
Neal le regardait fixement. Sa respiration s'accéléra et Peter vit que ses mains s'étaient mises à trembler. Des larmes coulaient en silence de ses yeux. Pas de cri, pas de grands gestes mais une douleur silencieuse et violente qui semblait le consumer de l'intérieur.
-Je suis désolé... J'aurais aimé qu'on puisse le sauver.

Neal tendit une main vers l'ordinateur et, avant que Peter ait pu faire un geste, il retourna l'écran vers lui. La terreur qui passa dans son regard glaça le sang de Peter. Il reprit l'ordinateur et le donna au médecin qui alla le poser sur la table. Neal regardait maintenant ses mains essayant de retenir les sanglots qui montaient dans sa gorge.
-Tu as le droit de pleurer. Quand on est triste, pleurer ça aide à se sentir mieux.
Neal secoua vivement la tête.
-On doit pas pleurer. Paddy veut pas.

Peter n'y tenant plus, s'approcha de son ami et le prit dans ses bras. Il n'était pas prêt à la violente réaction du jeune homme. Il se dégagea vivement et se réfugia sous la table de la cuisine.
-Neal, tu n'as rien à craindre. Je voulais juste te réconforter...
Peter s'était agenouillé sur le sol de la cuisine et il pouvait voir Neal, assis, les genoux contre sa poitrine, la tête cachée dans ses bras.
-Je sais que je dois être gentil avec les amis de Paddy mais je veux pas...
-Qu'est-ce que tu ne veux pas?

Peter sentait la nausée lui nouer l'estomac. Qu'avait subi Nicholas entre les mains de cet homme?
-Je te promets que je ne te demanderais rien. Je ne suis pas un ami de Paddy.
Neal sembla réfléchir un instant, il se détendît visiblement mais il refusait toujours de quitter son refuge. Peter s'assit à côté de la table, se rapprochant autant qu'il le pût de son ami.
-Si je te promets de ne pas m'approcher, est-ce que tu accepterais de sortir de là dessous?
-Je sais pas qui vous êtes... Le docteur... Il dit que je m'appelle Neal...
-C'est un peu compliqué à expliquer.
-Je ne suis pas un bébé...

Peter sourit, retrouvant un peu de la spontanéité et du répondant de son ami.
-Je sais mais pour le moment tu es caché sous la table de la cuisine... Alors c'est difficile de s'en rendre compte.
Neal leva les yeux vers lui et marcha à quatre pattes jusqu'à lui. Fidèle à sa promesse Peter s'écarta pour le laisser se relever même s'il mourait d'envie de le serrer contre lui.
-Tu peux m'expliquer maintenant...
Peter lui fit signe de s'asseoir sur la chaise. Il avait face à lui un adolescent dans le corps d'un homme. Il ne savait pas comment son esprit parvenait à gérer les incohérences de cette situation. Le cerveau est une machine puissante mais Neal ne pouvait ignorer que son corps n'était pas celui d'un enfant. Il imaginait mal comment ce conflit entre ce qu'il imaginait et la réalité se gérait sous son crâne.

-J'ai une petite question pour toi d'abord... En quelle année sommes-nous?
-Facile...
Mais la réponse ne vint pas. Neal serra son poing droit et le plaça sur sa tempe. Peter l'avait déjà vu faire ce geste auparavant. Sans doute une manifestation de la bataille qui était en train de se dérouler sous son crâne.
-Nous sommes en 2013...
-Pourquoi tu mens?

Peter sentait que son ami avait une irrésistible envie de retourner se cacher sous la table. Cette simple date ne collait pas avec ce qu'il s'imaginait vivre. Dans son esprit, il avait une quinzaine d'années, il vivait chez cet homme et il s'était enfui pour aller chercher un médecin pour sauver son frère.
-Charlie est mort il y a presque 15 ans et le garçon nommé Nicholas Seaver a disparu. Personne n'a eu de ses nouvelles depuis sa fuite. Mais, à peu près à la même époque, un jeune garçon est arrivé à New York. Il s'appelait Neal Caffrey... Il a rencontré des gens, il s'est fait des amis... Et puis il a fait quelques bêtises et on l'a envoyé en prison... Mais aujourd'hui, il travaille avec le FBI...

Neal avait maintenant les deux poings serrés contre ses tempes. La souffrance qu'il ressentait à ce moment était presque physique, comme si son cerveau cherchait à sortir de son crâne. Il ne parvenait plus à savoir où était la vérité. L'homme assis à côté de lui, lui inspirait confiance, il n'avait pas l'air méchant mais Paddy lui avait déjà présenté tellement d'hommes qui avaient fait semblant d'être gentils avec lui. S'il disait la vérité et qu'il était bien ce Neal Caffrey alors pourquoi n'arrivait-il pas à se rappeler ces 15 dernières années?

Il avait décidé de s'enfuir parce que Charlie n'allait pas bien. Il devait trouver un médecin mais il avait promis à Charlie de revenir. Si ce que racontait cet homme était vrai, il n'était jamais revenu chercher Charlie. Il avait abandonné son frère... Ça ne pouvait pas être vrai. Jamais il n'aurait laissé Charlie mourir tout seul. Il lui avait promis de revenir.

Neal se frappait la tête de ses poings et Peter jeta un regard en direction du médecin qui s'avança vers sa trousse posée sur la table.
-Ce Neal Caffrey, c'est toi. Je ne sais pas comment, ni pourquoi tu as choisi ce nom mais tu as effacé tous les souvenirs de Nicholas jusqu'à il y a quelques jours.
Le jeune homme se décida à lever les yeux vers Peter après de longues minutes de silence.

-Tout se mélange dans ma tête. Je peux pas être Neal... Je veux pas que Charlie soit mort... J'avais promis de revenir le chercher... Pourquoi je l'ai abandonné?
-Je ne sais pas... On ne sait pas exactement ce qui s'est passé... Il n'y a que toi qui peux te souvenir.
-Non... Je veux pas... Ça fait trop mal...
-Qu'est-ce qui fait mal?
À nouveau Neal se replia sur lui même, la tête entre les bras, sanglotant. Quand Peter posa une main sur son épaule, il se leva et se jeta dans ses bras, s'accrochant à sa veste comme si sa vie en dépendait.

-Doucement, Neal. Tout va bien.
-Ils...vont...nous faire...du mal.
-Qui veut te faire du mal? Paddy...?
-Non... Les autres...
Peter serrait Neal dans ses bras essayant de calmer ses sanglots mais rien n'y faisait. Les souvenirs qui revenaient par vagues le terrorisaient. Des images atroces s'imposaient à ses yeux et il n'arrivait pas à y mettre un quelconque sens. Le passé de Nicholas et celui de Neal se mêlaient et il devenait difficile de faire la distinction entre passé et présent.

Il savait qu'il était Neal Caffrey, que l'homme qui le tenait contre lui était Peter, son ami mais le petit garçon qui pleurait et hurlait dans sa tête le suppliait de se méfier, de ne pas faire confiance à cet homme. Il fallait retrouver Charlie... Il ne pouvait pas être mort...
-Jamais...je ne...l'aurais...laissé là-bas...
-Neal, tu as vu les photos... Je suis désolé...
Le jeune homme sembla se calmer et s'écarta doucement de Peter. Il leva vers lui des yeux remplis de larmes mais Peter sut, à cet instant, qu'il avait, à nouveau, face à lui Neal Caffrey.

-Peter, je ne me rappelle pas de tout mais je suis certain que je n'aurais pas abandonné Charlie dans cette cave.
-Il a pu se passer énormément de choses qui ont pu t'empêcher de revenir.
-Tu ne comprends pas... Charlie était plus que mon frère jumeau... C'est difficile à expliquer avec des mots et ça va probablement te paraître étrange mais depuis qu'on est en âge d'avoir des souvenirs... Charlie et moi, on se parlent...

Peter fronça les sourcils en entendant son ami employer le présent pour parler de son jumeau. Neal n'avait pas besoin d'un nouveau traumatisme.
-Neal, les policiers ont retrouvé le corps de Charlie dans la cave... Une autopsie a été faite... Il n'y a aucun doute sur sa mort.
-Sauf si ce n'est pas Charlie... Peter... Cette voix dans ma tête... C'est lui, j'en suis sûr... Je ne pouvais plus l'entendre... Enfin, Neal ne pouvait plus l'entendre... Mais il est là...
Le jeune homme pointa son index sur sa tempe et Peter ne savait pas s'il devait demander au docteur Penhurst de l'enfermer ou plonger avec lui dans ce délire...

Il vit le médecin faire un mouvement pour s'approcher dans son dos.
-Neal, on peut vous aider... Ces voix dans votre tête n'existent pas...
Le jeune homme ne lâchait pas Peter des yeux. Il savait ce que le médecin avait prévu pour lui...une joli chambre sans fenêtre où ils pourraient, à leur guise, lui donner toute sorte de petites pilules pour faire taire la voix de Charlie... Ils l'avaient déjà fait... Il l'avait déjà effacé de sa mémoire...

-Peter, je ne te mens pas... Ne le laisse m'emmener.
-C'est pour votre bien, Neal. Il ne vous sera fait aucun mal.
-Peter, il faut que tu m'aides à retrouver Charlie... Je sais que c'est beaucoup demander et si j'étais à ta place je ne me croirais probablement pas. Mais Charlie m'appelle... Je sens qu'il a besoin de moi... C'est pour ça que ça arrive maintenant...
Neal était de plus en plus agité et le docteur Penhurst avait déjà préparé une nouvelle injection. Peter devait prendre une décision rapidement.

Neal s'immobilisa et le fixa, les yeux brillants comme s'il était fiévreux. Peter y vit tout le désespoir de son ami...la peur de ne pas être cru...
-Tu sais ce qu'ils vont me faire, Peter. Je connais ces endroits où ils abrutissent ton esprit jusqu'à ce que tout s'efface...
-C'est ce qui s'est passé quand tu t'es enfui... Tu as essayé de trouver de l'aide et on ne t'a pas cru...?
-Je ne sais plus, Peter...

Peter s'avança vers lui et posa une main sur ses épaules, l'obligeant à stopper ces oscillations qui donnaient l'impression qu'il allait finir par s'effondrer.
-Neal, les médecins veulent seulement t'aider...
-Ils ont fait taire les voix... Ils ont effacé mes souvenirs... C'est pas moi qui ait inventé cette histoire...
-De quoi tu parles?
-Neal Caffrey...ce sont eux qui l'ont créé...
-C'est une grave accusation.
-Et je n'ai aucune preuve, je sais. Mais ce n'est pas important pour le moment. Il faut que tu me croies. Charlie n'est pas mort dans cette cave... Je l'entends encore... Il m'appelle...

Peter inspira profondément et se tourna vers le docteur Penhurst. Celui-ci s'avança, seringue en mains. Neal leva des yeux résignés vers lui puis fixa, à nouveau Peter.
-Je ne résisterai pas, Peter.
-Neal, tu as besoin qu'on t'aide...
-Oui, Peter. J'ai besoin que tu m'aides, je n'ai pas besoin de leurs médicaments...
Neal posa une main sur la joue de son ami avant de s'approcher pour un tendre baiser.
-Mais je comprends ta décision... Quand ils auront fini leur travail, tu pourras retrouver le Neal que tu connais...

Le docteur posa une main sur le bras du jeune homme qui, sans montrer aucune résistance, tendit sa main vers le bas, exposant le creux de son bras.
-Allez-vous en... Laissez-nous seuls...
Les mots de Peter raisonnèrent dans le silence de la pièce et Neal sentit son cœur faire des bonds dans sa poitrine. Peter le croyait... Pour la première fois quelqu'un croyait à son histoire...il allait peut-être enfin pouvoir démêler les fils de sa propre existence.

-Agent Burke, votre ami est malade... Il a besoin d'une aide médicale et je ne pense pas qu'il soit bon de donner foi à ses divagations...
-J'ai dit, sortez d'ici...
-Vous ne pensez tout de même pas que ce qu'il dit est vrai... Il entend des voix... La voix de son frère, mort il y a 15 ans...

Peter se tourna vers le médecin, faisant discrètement passer Neal derrière lui.
-J'ai entendu tout ça, docteur. Mais je connais Neal et j'ai probablement compris bien plus de choses que vous dans ce qu'il vient de dire... Vous avez raison, il a besoin d'aide et, comme vous l'avez dit plus tôt, il n'y a qu'en essayant de comprendre ce qui s'est passé dans son enfance que nous pourrons l'aider... Alors c'est ce que je vais faire... Et sans vos drogues...

Le médecin capitula devant la détermination des deux hommes et quitta l'appartement après leur avoir demandé de l'appeler en cas de problèmes. En tant que médecin, il avait l'impression d'abandonner un patient qui avait besoin de lui mais il était aussi bien conscient des limites de la psychiatrie et de toutes ces substances utilisées pour faire taire les fantômes qui hantaient certaines âmes. Il espérait sincèrement qu'en découvrant la vérité, Neal retrouverait une forme de sérénité.

-Qu'est-ce qu'on fait maintenant, Neal?
Le jeune homme face à lui s'assit lourdement sur le canapé, la tête entre les mains. Peter prit place à côté de lui et posa une main sur son épaule.
-Merci, Peter. J'ai vraiment cru que ça allait recommencer.
-Tu n'arrêtes pas de répéter que c'est déjà arrivé... Mais qu'est-ce qui s'est passé exactement?
-Je n'arrive pas vraiment à me rappeler... Mais j'ai déjà vécu ça...les médecins, les psy, les sédatifs...

Peter se leva et s'affaira quelques minutes à la cuisine.
-Tu vas d'abord essayer de manger quelque chose. Ensuite, une bonne douche et après ça... Tu me raconteras tout... Sans rien oublier...
Neal hocha la tête. S'il voulait que Peter l'aide il devait lui faire entièrement confiance. Et même si ses souvenirs étaient encore confus, il était bien décidé à tout lui dire. Pour la première fois, il avait l'impression que quelqu'un le croyait vraiment et même si son ami semblait sceptique, au moins était-il prêt à l'écouter.

Quand il sortit de la salle de bains, une heure plus tard, Neal se sentait déjà mieux. Il aurait presque pu dire qu'il se sentait enfin lui-même, mais il n'était pas sûr que cela ait vraiment un sens aujourd'hui. Peter était installé sur la terrasse, une tasse de café en main et Neal prit un moment pour l'observer. Cet homme lui avait tendu la main aux pires moments de sa vie et il venait, à nouveau, de prendre un risque en lui faisant confiance.

Neal s'assit sur la chaise face à Peter et se servit une tasse de ce liquide noir qu'il regarda tourner pendant quelques secondes, cherchant par où commencer son récit.
-Dans mes plus vieux souvenirs, on vivait dans une grande maison avec maman. Elle travaillait beaucoup et elle n'était pas souvent à la maison. Il y avait une voisine qui restait avec nous. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais un jour, maman nous a amené dans une maison où il y avait d'autres enfants et elle nous a laissé là. On pensait qu'elle reviendrait nous chercher mais on ne l'a jamais revue.

Peter regardait attentivement les réactions et les gestes de son ami. Sa jambe droite s'agitait et il jouait nerveusement avec la cuillère qu'il tenait dans la main droite.
-Elle ne vous a rien dit?
-Non ou je ne m'en souviens pas. Mais tant qu'on était tous les deux, on n'avait pas peur.
-Comment avez-vous atterri chez cet homme?
-Je ne sais pas vraiment. On nous a amené chez lui en disant qu'on allait habiter dans cette maison. On avait une grande chambre pour nous... Au début, tout allait bien. Il s'occupait bien de nous. D'autres enfants venaient parfois passer la journée. Une dame venait, au début, pour voir comment on allait...

Neal trempa ses lèvres dans son café mais Peter se rendit compte qu'il cherchait surtout à gagner du temps. Peter le laissa prendre le temps dont il avait besoin.
-Un jour tout a changé. Il a déménagé les meubles de notre chambre et il nous a fait dormir dans la cave. La journée on devait rester dans la cuisine et le soir quand il rentrait on devait descendre à la cave.
Peter serra les dents. Il sentait qu'il n'avait pas encore entendu le pire.

-Personne n'a rien remarqué, personne n'a rien dit?
-Non, ils devaient penser que cet homme était digne de confiance. Au début, il s'est contenté de nous enfermer. Parfois il criait mais un jour, il a fait venir un homme qui a emmené Charlie. Quand il est revenu, il avait l'air tellement triste. J'ai essayé de le consoler mais il m'a repoussé. C'était la première fois qu'il faisait ça. J'ai mieux compris la semaine suivante quand ce fut mon tour d'accompagner un visiteur.

Neal ferma les yeux. Le souvenir semblait douloureux mais ce qui le blessait le plus c'était le rejet de son frère. Peter n'osait pas poser la question qui lui brûlait les lèvres même s'il savait qu'une part importante de l'histoire se cachait derrière ces mots.
-Neal, que voulaient ces hommes?
-Ça fait partie des choses dont j'ai du mal à me souvenir. Je me souviens juste que je me suis senti différent après. Il n'y avait que Charlie avec qui je pouvais parler.
-Tu m'as dit que tu entendais Charlie te parler dans ta tête...?

Neal sourit. Il s'était attendu à cette question tôt ou tard. Il comprenait que Peter soit inquiet pour sa santé mentale. Ces derniers jours il n'avait pas vraiment brillé par son équilibre émotionnel. Il sentait que Peter avait encore des doute sur le choix qu'il avait fait.
-Je sais que ça paraît bizarre.
-Neal, je ne te juge pas... Je veux juste essayer de comprendre.

Neal se leva et alla se placer au bord de la terrasse, lui tournant le dos. Sa voix lui parvint lointaine mais chargée d'émotion.
-Quand maman nous a abandonné, on était encore petits mais on a vite compris qu'on ne pourrait compter que l'un sur l'autre. Ils nous avaient mis dans des chambres séparées. Une nuit, Charlie a fait un cauchemar...

Peter se leva, s'approcha et passa les bras autour de la taille du jeune homme.
-Je l'ai entendu m'appeler. Je me suis levé mais quand je suis arrivé dans sa chambre, il dormait. J'ai cru que j'avais rêvé mais c'est arrivé d'autres fois. Petit à petit, c'est devenu une habitude.
-Comment... Enfin, je veux dire...
Neal se retourna et cala son front contre la poitrine de Peter.
-Je l'entends me parler comme s'il était dans la pièce.
-Quand as-tu recommencé à l'entendre?

Peter l'entendit pousser un profond soupir et il comprit que la réponse n'allait pas lui plaire.
-Dans cette cabane, quand Karl est venu me retrouver... J'ai cru que c'était ta voix que j'entendais... Je voulais tellement croire que tu allais me retrouver et me sortir de là... Mais c'était Charlie.
-Est-ce que tes souvenirs ont commencé à revenir à ce moment-là?
-Par vraiment... Enfin peut-être.

Peter caressait doucement la nuque de son ami. Il savait ce qu'ils devaient faire maintenant mais il n'était pas certain que Neal accepte de replonger aussi brutalement dans son passé.
-Tu te souviens où était la maison de Paddy?
-Je ne veux pas retourner là-bas, Peter...
-Je sais mais on à besoin de savoir et de comprendre ce qui s'est passé. Je ne te demande pas d'entrer dans cette maison mais j'aimerais qu'on essaie de retracer ton parcours le jour où tu es parti...

Après de longues minutes d'hésitation, Neal finit par accepter et les deux amis quittèrent New York, se dirigeant vers le sud en direction de Philadelphie. Au fur et à mesure qu'ils approchaient de leur destination, les mains de Neal se crispèrent sur ses genoux. Peter se gara finalement devant une maison de deux étages, fraîchement repeinte. Neal avait les yeux fixés sur ses mains.
-Ce jour-là, Neal, tu as décidé de partir chercher du secours pour Charlie.

Neal secoua la tête, Peter pouvait le voir se mordiller la lèvre inférieure comme un enfant qui refuse de divulguer un secret.
-Je dois lui dire... Il faut lui dire...
Le jeune homme semblait se battre, à nouveau, contre les voix dans sa tête. Sa main droite était serrée contre sa tempe.
-Tu as raison, Neal. Dis à Charlie qu'il peut me faire confiance.

Quand Neal leva les yeux vers Peter, il ne pût se retenir et il prit le jeune homme dans ses bras.
-Neal, tu sais que tu peux me faire confiance... Et Charlie aussi... Je veux t'aider... Vous aider tous les deux...
Neal s'écarta, il se mordillait toujours la lèvre mais il semblait plus sûr de lui.
-Je suis pas parti tout seul... Charlie était avec moi... Je l'ai caché... Mais chut... C'est un secret...
-Tu peux me dire où tu l'as caché...
Nicholas secoua la tête et se cala au fond du siège, relevant ses genoux devant lui. Peter ne savait pas quoi penser, ni quoi faire. Neal s'était, à nouveau, retranché dans ses souvenirs. Mais il devait maintenant vérifié très attentivement le dossier que Jones lui avait fourni. Si Charlie était parti avec Neal, qui avait été retrouvé dans cette cave et où avait-il caché Charlie?