Bonne lecture à tous et à toutes et un grand merci à Sophie. Pour répondre à ta question, je n'ai pas vraiment situé cette histoire dans le temps de la série. Je me suis un peu détaché de la chronologie de la série.

Chapitre 26.

Neal hésita un long moment devant la porte. Un léger souffle de vent provenant d'une fenêtre ouverte parvenait jusqu'à eux. Peter ne voulait pas précipiter les choses, il posa cependant une main sur l'épaule du jeune homme, lui manifestant sa présence et son soutien. Le directeur Evans se tenait en retrait observant attentivement les deux hommes.

Neal finit par pousser la porte et entrer dans la petite pièce. Un grand lit sur la gauche, une petite table couverte de livres sur la droite et devant la fenêtre un fauteuil roulant dans lequel un jeune homme était assis. Il semblait observer le décor bucolique devant lui mais ses yeux ne semblaient fixés sur rien de particulier. Peter suivait Neal de très près attentif à chacun de ses mouvements.

Charlie ne bougea pas et ne donna aucun signe d'avoir entendu leur arrivée. Neal s'avança de quelques pas avant de s'arrêter.

-Il aime regarde le jardin. C'est pour ça qu'on l'installe souvent ici.

-Est-ce qu'il sait qu'on est là?

-Je ne sais pas. Il n'a pas parlé, ni fait aucun mouvement volontaire depuis sa tentative de suicide.

Peter et le directeur observaient Neal alors qu'il s'approchait du fauteuil. Il s'accroupit et prit la main de son frère dans la sienne et posa sa tête sur ses genoux. Peter l'entendit murmurer et sangloter. Peter s'approcha à son tour.

Il retint un cri de surprise en voyant le jeune homme cloué dans ce fauteuil. Plus aucun doute ne subsistait sur leur gémellité. Charlie et Neal étaient physiquement identiques...la même taille, la même finesse de traits dans le visage... Cependant, la vie avait quitté les yeux de Charlie comme si la vivacité et la joie de vivre qui avaient animé son regard s'étaient éteintes.

Il dût se secouer mentalement pour revenir à la réalité et se pencher sur Neal. Il devait se concentrer sur son ami pour l'empêcher de sombrer.

-Je t'ai retrouvé... Personne ne pourra nous séparer maintenant...

Peter sentit, à cet instant qu'il devait trouver un moyen de retenir Neal près de lui, le garder mentalement dans le présent. Il s'agenouilla à côté de son ami, un bras autour de ses épaules, une main sur le bras de Charlie.

-Bonjour, Charlie. Mon nom est Peter, je suis un ami de Nicholas.

Neal cala sa tête contre l'épaule de Peter.

-Il est content de te connaître.

Peter avait encore un peu de mal avec cette histoire de voix entre les deux frères. Il croyait son ami et les propos du médecin avait confirmé les affirmations de Neal mais il lui était encore difficile d'imaginer que son ami puisse communiquer avec ce jeune homme dont les seuls signes de vie étaient les battements de son cœur et quelques clignements de paupières.

Ils n'avaient aucun moyen de savoir si Charlie les entendait ou s'il était même conscient de leur présence à ses côtés. Peter entendit le directeur Evans s'avancer vers eux.

-Il semble plus détendu...

Peter se releva et se dressa devant Evans.

-Quels soins lui sont apportés exactement?

-Un médecin vient toutes les semaines pour vérifier que tout va bien. Le principal risque, dans son état, est celui d'une infection pulmonaire qui pourrait dégénérer. Un masseur, kinésithérapeute est là tous les jours pour l'aider à conserver un certain tonus musculaire.

Neal n'avait pas bougé et Peter soupçonnait qu'il était en grande "conversation" avec son frère. L'agent du FBI ne savait pas vraiment s'il devait s'en réjouir ou s'en inquiéter. Il voulait croire que Neal et Charlie communiquaient d'une certaine manière mais il ne pouvait faire taire ses doutes et ses craintes. Il avait peur de voir son ami s'enfoncer dans un délire dont il ne parviendrait plus à sortir.

-Neal, le directeur Evans et moi allons discuter un moment dans son bureau. Tu restes avec Charlie...

Peter n'obtint pas de réponse et tourna les talons à regret, jetant un dernier regard inquiet vers son ami toujours agenouillé près de son frère.

Il suivit le directeur jusqu'à son bureau où celui-ci sortit un épais dossier qu'il tendit à Peter.

-J'ai consigné tous les entretiens que j'ai eu avec Charlie. J'ai aussi des enregistrements vidéos.

Sans attendre la demande de Peter, l'homme glissa une clé USB dans son ordinateur et lança une première vidéo. Il tourna l'écran vers Peter et celui-ci put voir le visage souriant et détendu de Charlie. La ressemblance avec Neal était stupéfiante. Seule la voix était différente, plus hésitante, plus douce que celle de son ami.

Sur cette vidéo, Charlie décrivait la manière dont l'homme, dont il refusait de dire le nom, les avait forcé lui et Nicholas à obéir sans résister, à se plier à chacune de ses demandes. Au milieu de cet entretien, Charlie eut ce même geste de défense qu'il avait vu Neal adopter à plusieurs reprises. Les deux poings serrés sur les tempes. La séance se terminait sur un plan resserré du visage du jeune homme inondé de larmes.

Evans s'apprêtait à diffuser un autre enregistrement mais Peter lui fit signe de ne pas le faire. Il en avait assez vu pour le moment et il aurait le temps de jeter un œil sur ces enregistrements. Ce qu'il avait besoin d'établir pour le moment c'était qui s'occupait de Charlie et de quelle manière. Ce qu'Evans avait fait pour le jeune homme partait d'un bon sentiment mais il avait aussi fait ce geste suite à un profond sentiment de culpabilité et il voulait s'assurer que tout était mis en place pour soutenir au mieux ce jeune homme.

-La présence de son frère va certainement l'aider à aller mieux.

-Je vois dans ce dossier que son dernier examen neurologique date de 6 mois.

-Oui, nous l'avons conduit à l'hôpital mais les examens n'ont montré aucun changement.

-Et depuis 6 mois plus rien...?

-Non, nous n'avons pas pensé utile de lui faire à nouveau subir un aller retour à l'hôpital. Tous ces déplacements le fatiguent beaucoup.

Peter se leva. Il avait du mal à cerner cet homme. Essayait-il d'aider Charlie ou se contentait-il de le cacher ici en le maintenant sous contrôle pour éviter que le jeune homme ne lui reproche ses erreurs? Il eut un début de réponse quand il vit débarquer Neal, furieux dans le bureau.

Son ami se dirigea vers Evans sans même le regarder. Peter n'avait jamais vu Neal réagir violemment aussi fut-il trop surpris pour bouger quand il le vit pousser l'homme contre le mur, le tenant fermement par le col.

-Qui vous a demandé de le garder ici? Qui donne les ordres?

En entendant la voix de Neal trembler de colère, Peter revint à la réalité. Il s'avança et posa une main sur l'épaule de son ami.

-Neal, que se passe-t-il?

Le jeune homme ne répondit pas immédiatement, trop occupé à menacer Evans.

-Qui...derrière...tout ça?

Neal avait placé ses mains autour du cou du directeur et celui-ci commençait visiblement à manquer d'air.

-Neal, tu dois le lâcher. Il ne pourra pas te répondre s'il s'évanouit.

La voix de Peter finit par parvenir jusqu'à lui. Il secoua la tête comme s'il se réveillait d'un mauvais rêve. Il tourna un visage couvert de larmes vers Peter avant de relâcher son étreinte. Peter passa un bras autour de sa taille et le guida jusqu'au fauteuil.

Evans toussait dans son dos, essayant de reprendre son souffle mais Peter ne s'en préoccupa pas. La seule chose qui comptait pour le moment était de calmer son ami et de comprendre ce qui l'avait mis dans cet état.

-Neal, pourquoi t'en es-tu pris aussi violemment à cet homme?

-Charlie... Il a dit...

Neal semblait avoir du mal à trouver ses mots et Peter comprit à cet instant qu'il aurait de grandes difficultés à savoir ce qui s'était exactement passé.

-Que t'a dit Charlie?

-Ça fait des années qu'il est... Comme ça... Ils...

-Ok, essaie de te calmer un peu. Respire doucement.

Peter attendit de longues secondes mais Neal ne parvenait toujours pas à contrôler sa respiration. Evans s'approcha derrière eux, ce qui n'aida pas le jeune homme à se calmer.

-Eloignez-vous...

-Nous avons un médecin dans l'établissement. Voulez-vous que je l'appelle?

-Je...vais...bien.

Peter fit une grimace en entendant son ami buter sur chaque mot. Ses troubles de l'élocution avaient disparu et il s'alarmait de voir ressurgir ses difficultés. Peter se souvint de la manière dont il était parvenu à calmer un tel accès de panique quelques jours auparavant. Il saisit la main de Neal et la posa sur sa poitrine. Il fit de même, posant la paume de sa main droite sur la poitrine tremblante du jeune homme.

-Concentre-toi sur ma respiration.

Neal ferma les yeux essayant de suivre les conseils de Peter. Petit à petit, sa respiration reprit un rythme normal.

-Très bien... Maintenant essaie de m'expliquer ce qui s'est passé avec Charlie.

Neal prit une profonde inspiration, ouvrit puis ferma la bouche à plusieurs reprises. Cette fois, ce fut le cœur de Peter qui s'accéléra. Il savait ce que les médecins avaient dit. Le traumatisme qu'il avait subi pouvait ressurgir à tout moment et ses difficultés d'élocution en étaient le témoignage.

Le jeune homme commença à s'énerver devant son incapacité à aligner trois mots. Ce n'était le moment de montrer une telle faiblesse. Son frère était cloué dans un fauteuil à l'étage, incapable de se défendre seul et lui n'arrivait même pas à l'aider parce qu'il ne pouvait pas parler correctement.

-Neal, essaie de ne pas t'énerver. Tu sais que ça risque juste de rendre les choses plus difficiles pour toi.

-Je... Sais...

Après une nouvelle tentative infructueuse, Neal se leva et renversa la moitié des objets présents sur le bureau d'Evans. Il finit par trouver ce qu'il cherchait et, d'une main tremblante, il commença à écrire. Quand il eut fini, il tendit le carnet à Peter.

Ils donnent des médicaments à Charlie pour le garder dans cet état. Ils ne veulent pas qu'il aille mieux.

Peter tendit le carnet à Evans qui pâlit en lisant ces mots.

-Est-ce vrai?

Il lui aurait été facile de nier. Après tout, qui croirait un homme, psychologiquement affaibli qui prétendait communiquer avec son frère par la pensée. Un frère jumeau qui n'avait manifesté aucun signe de conscience depuis des années. Aucun enquêteur sain d'esprit ne donnerait un quelconque crédit à ce genre d'accusation. Mais il avait gardé le secret depuis des années et, aujourd'hui, le fardeau était trop,lourd à porter. Evans s'assit lourdement à son bureau.

-Oui, c'est la vérité. Peu après sa tentative de suicide, j'ai reçu la visite d'un homme qui m'a clairement fait comprendre qu'il avait les moyens de faire fermer mon établissement. Ce que nous faisons ici est important. Nous aidons ces jeunes... Je ne pouvais pas prendre de risques.

Peter sentit que Neal commençait à s'agacer à ses côtés. Et, il devait avouer qu'il n'était pas loin de sauter lui-même à la gorge de ce type.

-Qui était cet homme?

-Aucune idée. Encore aujourd'hui je ne sais pas qui c'est. Mais depuis cette date, il nous a fait de généreuses donations tout les ans à la même date. Tant que Charlie reste dans cet état, il nous laisse tranquille.

-Vous avez donc maintenu ce garçon dans cet état pendant toutes ces années parce qu'un homme dont vous ne connaissez même pas le nom vous menaçait de fermer votre foyer? -J'ai d'abord refusé... Mais quelques jours après, mon fils et ma fille ont été emmené à la sortie de l'école. Deux hommes dans une voiture noire sont venus les chercher devant leur école, ils les ont emmené faire un tour et les ont ramené à la maison. Il ne leur a été fait aucun mal mais j'ai compris le message.

Peter réfléchit un long moment sur ce qu'il venait d'entendre. Si cet homme disait la vérité, cela signifiait que Patrick Frey n'était pas le seul mêlé à cette sordide affaire. Il avait passé les dix dernières années en prison. Ce n'était donc pas lui qui avait exercé un tel chantage sur Evans. Neal se leva et s'avança vers Evans. Peter eut un mouvement pour le retenir mais Neal repoussa sa main. Le jeune homme se plaça devant le directeur.

-Pouvez...vous...le..ramener?

-Vous ne comprenez pas... Si je fais ça, ils s'en prendront à ma famille. Même après toutes ces années, ils sont toujours là... Je le sais.

Peter posa une main sur l'épaule de Neal car il sentait bien que sa patience était à bout et que le jeune homme n'hésiterait pas à le bousculer à nouveau.

-Neal, on va emmener Charlie à l'hôpital. Des médecins compétents pourront l'examiner.

-Vous ne pouvez pas faire ça...Clark est sous ma responsabilité, vous n'avez pas le droit de le faire sortir...

Cette fois Peter prit les devants. Il attrapa Evans par le col de sa veste, le soulevant de la chaise sur laquelle il était assis.

-Vous avez le choix... Soit vous nous préparez tous les papiers pour qu'on puisse s'occuper de Charlie... Soit je passe un coup de fil à mes collègues et d'ici quelques minutes, vous allez voir débarquer des dizaines d'agents du FBI dans votre cher établissement.

-Vous ne pouvez pas...faire ça...

-Vous avez torturé ce pauvre garçon pendant des années, vous n'avez pas hésité à mettre sa vie en danger et vous avez été payé pour faire ça... Soyez assuré que cette affaire n'en restera pas là. Mais pour le moment, ne devons sortir Charlie de cet endroit.

Peter relâcha Evans qui se rassit, hochant la tête. Neal glissa sa main dans celle de Peter. -Après toutes ces années, il y a peu de chance qu'il reste encore quelque chose du Charlie d'avant...

Peter sentit la main de Neal serrer la sienne. Il avait du mal à imaginer ce qui était en train de se passer dans la tête de son ami. Il venait juste de retrouver son frère jumeau après quinze ans. Et il se rendait compte qu'on l'avait maintenu volontairement à l'état de légume pendant des années.

-Je me passerais de vos commentaires. Occupez-vous de signer les papiers pendant qu'on prépare Charlie.

Peter entraîna Neal à l'extérieur du bureau. Ils montèrent les escaliers en silence. Peter prit le bras de son ami avant que Neal ne pousse la porte de la chambre.

-Neal, je ne vais pas prétendre comprendre comment tu parviens à communiquer avec Charlie mais je pense qu'un fois à l'hôpital, il vaudrait mieux garder profil bas et ne pas trop attirer l'attention sur vos "capacités". Le but est d'obtenir un diagnostique précis sur l'état de Charlie.

Neal hocha la tête. Il avait bien conscience que peu de personne aurait la même capacité que Peter à le comprendre et à accepter ses excentricités. Charlie n'avait, évidement pas bougé de son fauteuil. Les deux hommes vinrent s'asseoir près de lui. Neal fit un signe de tête à Peter, l'encourageant à prendre la parole.

-Charlie, Neal nous a dit ce que ces hommes vous ont fait. On va vous emmener à l'hôpital pour faire un vrai diagnostique et voir comment on peut vous aider.

-Il... Compris...

Neal semblait plus calme mais il ne parvenait toujours pas à s'exprimer correctement. Le jeune homme ferma les yeux et un triste sourire éclaira un instant son visage.

-Qu'est-ce qui te fais sourire?

-Charlie...

-Je vois... Une blague entre frères...?

La tension dans la pièce baissa d'un cran. Evans vint les rejoindre avec les papiers autorisant la sortie de Charlie. Peter prit son téléphone pour appeler une ambulance afin de transporter le jeune homme en toute sécurité. Peter eut du mal à convaincre Neal de ne pas monter dans l'ambulance avec son frère.

Ils prirent place dans la voiture et suivirent le véhicule jusqu'à l'hôpital. Ils durent ensuite attendre de longues minutes dans le couloir mais Peter comprit vite que Neal et Charlie ne rompirent, à aucun moment, le lien qui les unissait.

Lorsque le médecin vint les trouver, Peter fut soulagé de l'entendre dire qu'avec un traitement approprié et un environnement serein, Charlie pourrait sans doute retrouver, au moins une partie, de ses capacités de mouvement et de communication. Il ne savait pas jusqu'à quel point il pourrait se remettre de ces années de mauvais traitements. Il précisa même qu'il aurait sans doute besoin d'un important suivi psychologique pour surmonter ce traumatisme.

Après le départ du médecin, Neal posa une main sur le mur et ferma les yeux. Peter se précipita vers lui craignant que son ami ne soit sur le point de faire un malaise. Il se fit, à ce moment la réflexion que Charlie ne serait pas le seul à avoir besoin d'un soutien psychologique.

-Il va s'en sortir, Neal.

Le jeune homme ne chercha même pas à répondre et se contenta de caler sa tête contre l'épaule de Peter. L'agent du FBI passa ses bras autour de sa taille et pendant quelques secondes, ils essayèrent tous les deux d'oublier leur environnement. Neal finit par rompre le contact.

-Le médecin a dit qu'on pouvait aller le voir.

Peter sourit en voyant les yeux brillants de son ami.

-Oui, moi aussi je lis dans tes pensées...

Peter lui prit la main et ils avancèrent vers la chambre où se trouvait Charlie. En entrant, Peter nota immédiatement le changement dans l'attitude du jeune homme. Charlie était allongé sur le lit. Il semblait détendu et, en le voyant comme ça, Peter s'attendait presque à le voir se lever et à leur parler. Neal prit place à côté du lit. Peter pouvait voir de nombreux signes de fatigue dans les mouvements du jeune homme et il commença à se demander comment il allait pouvoir le convaincre de rentrer à l'appartement pour prendre un peu de repos.

Neal posa une main sur le front de son frère, écartant une mèche de cheveux. La complicité muette entre les deux hommes était émouvante et quelque peu surprenante après autant d'années et d'épreuves. Ils avaient été séparés dans des circonstances dramatiques et avaient tous les deux suivi un parcours difficile. Les voir, à nouveau réunis était déjà une victoire mais Peter avait le sentiment qu'ils étaient encore loin d'avoir fait toute la lumière sur cette affaire.

-Neal, on devrait laisser Charlie se reposer et je pense que, toi aussi, tu vas avoir besoin de repos.

-Je peux...reposer...ici.

Peter s'approcha jetant un œil au jeune homme immobile dans ce lit. Il eut l'impression, l'espace d'un instant, que Charlie cherchait à lui parler, lui demandant de prendre soin de son frère.

-Qu'en pense Charlie?

Peter comprit qu'il avait trouvé le bon argument quand Neal lui répondit par un sourire.

Il sortit de la chambre pour passer un coup de fil, laissant Neal quelques minutes seul avec Charlie. Il voulait être certain que le jeune homme serait en sécurité. Après ce qu'Evans leur avait révélé, il préférait prendre des précautions. Il appela son hersa et demanda à ce que deux agents soient affectés à la protection de Charlie.

Lorsqu'il retourna dans la chambre, il s'arrêta au pied du lit, passa une main sur son visage et sourit en voyant la scène qui s'offrait à son regard. Neal s'était allongé aux côtés de son frère. Les deux hommes semblaient dormir paisiblement. Peter s'installa sur une chaise et décida de laisser son ami dormir.

Les deux agents arrivèrent quelques minutes plus tard, accompagnés de Jones. Peter sourit en voyant arriver son collègue.

-Peter, comment va Neal?

-Mieux maintenant que Charlie et lui sont réunis. Ils dorment tous les deux mais je crois qu'on a mis le doigt sur une affaire bien plus complexe qu'on ne le pensait au départ.

Jones n'avait pas tous les éléments et Peter et lui se dirigèrent vers la salle d'attente afin de poursuivre leur entretien. Jones commença par exposer les renseignements qu'il avait récoltés.

-D'après ce qu'on sait pour le moment, Nicholas et Charlie Seaver ont été placés chez un certain Patrick Frey alors qu'ils étaient âgés de 5 ans. Leur mère les avait laissé dans un foyer après la perte de son emploi. Elle disait de plus pouvoir assumer deux enfants en bas âge. Les services sociaux n'ont plus eu aucune nouvelle d'elle après cet entretien. Concernant cet homme, rien à signaler jusqu'à la disparition de Nicholas et la découverte du cadavre d'un jeune garçon dans sa cave. Une enquête a été ouverte mais elle n'a rien donné.

Après ce qu'Evans avait dit, Peter n'était pas vraiment étonné que l'enquête n'ait pas abouti. Jones se tenait devant lui, attendant visiblement que Peter éclaircisse un peu les derniers événements.

-Je suppose que tu as deviné que cette affaire avait un rapport avec Neal. Je crois que le plus simple c'est que tu viennes voir par toi même.

Peter le guida jusqu'à la chambre où les deux frères dormaient toujours. Les deux agents entrèrent en silence mais Jones ne pût retenir un cri de surprise en constatant l'évidence qui se tenait sous ses yeux. Peter lui prit le bras et ils sortirent dans le couloir.

-Neal est Nicholas Seaver?

-En effet, Neal n'avait aucun souvenir de son enfance. C'est un peu compliqué à expliquer rapidement mais ils se sont enfuis de chez Frey. Neal a mis son frère en sécurité dans un hôpital avant de se rendre dans un commissariat mais on ne l'a pas cru. En ressortant, il a été victime d'un accident. Suite à cet accident, il semblerait que sa mémoire ait été altérée.

-Pourquoi Neal Caffrey?

-Apparemment, Nicholas a été interné dans le même hôpital que Neal Caffrey. Ils sont devenus amis et après la mort de Neal, Nicholas s'est approprié son histoire...

-Waouh... Quelle histoire... Tu penses que Neal n'avait vraiment aucun souvenir...?

Peter comprenait les doutes de son collègues même s'il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de colère en entendant la question de Jones.

-Je n'ai aucun doute. Neal a peut-être souvent menti mais pas cette fois. Il n'aurait pas pris le risque de laisser Charlie dans ce foyer s'il avait su.

-Qu'est-il arrivé à Charlie?

-Après sa sortie de l'hôpital, il a préféré cacher sa réelle identité. Il a essayé d'effacer le traumatisme qu'il avait subi mais il n'y ait pas vraiment parvenu. Une tentative de suicide l'a laissé très affaibli.

-Quel est le rôle de l'homme que tu nous as demandé d'interpeler?

Peter s'assit sur une chaise se sentant d'un coup très fatigué. Il avait du mal à mettre ses idées dans l'ordre. Les événements des derniers jours l'avaient, lui aussi, quelque peu ébranlé.

-Le directeur du foyer aurait maintenu Charlie dans cet état sous la pression d'un homme dont il prétend ne pas connaître l'identité. Neal m'a fait part de certaines choses qui se seraient passées alors qu'ils étaient enfants et sous l'emprise de Frey. Il faut qu'on éclaircisse ces points.

-Tu penses que Neal acceptera de témoigner?

Il y avait pensé, évidemment. Il aurait tellement aimé éviter cette étape mais s'ils voulaient trouver qui manipulait Frey et Evans, ils allaient avoir besoin de Nicholas et de Charlie.

-Je préfèrerais leur laisser un peu de temps pour se remettre des derniers événements. De plus Charlie ne sera probablement pas en mesure de témoigner avant un bon moment. Les médecins ne sont pas certains de ce dont il va se souvenir une fois réveillé.

-Les deux agents vont rester là pour protéger Charlie. Evans a été amené dans nos bureaux et si tu me permets, je pensais commencer à le questionner dès demain.

-Bien sûr, essaie de voir s'il peut te donner plus de précisions sur cet homme. Vérifie aussi les finances de son foyer. Il nous a dit que cet homme faisait de généreux dons tous les ans à la même date.

Jones acquiesça avant de quitter l'hôpital. Peter resta un long moment assis dans le couloir, perdu dans ses pensées avant d'être ramené à la réalité par un bruit dans la chambre. Il se leva précipitamment et ouvrit la porte. Il trouva Neal à genoux sur le sol de la chambre.

-Neal, qu'est-ce que tu fais là? Le lit était trop confortable alors tu as décidé de t'allonger par terre.

Sa tentative d'humour tomba à plat et son inquiétude grandit quand il sentit le jeune homme trembler dans ses bras. Il l'aida à se révéler lentement.

-Je vais appeler un médecin. Tu n'as pas l'air bien.

-Je veux... Rentrer...

Peter s'apprêtait à insister mais il renonça quand il vit les larmes inonder les yeux bleus fixés sur lui.

-Qu'est-ce qui ne va pas?

-Mauvais... Rêve...

-D'accord, allons-y. Il y a deux agents à la porte.

-Tu...penses...

-C'est juste pour être sûr.

Neal hocha la tête. Peter le guida vers la porte mais il sentit le jeune homme résister. Il lâcha son bras et marcha en titubant vers le lit. Il déposa un baiser sur le front de son frère avant de se tourner à nouveau vers Peter.

-Prêt?

Neal hocha la tête et ils marchèrent lentement vers le parking. Peter sentait son ami s'appuyer plus lourdement contre lui et il fut tenté, à plusieurs reprises, de rebrousser chemin. Une fois assis dans la voiture, Neal posa la mai sur celle de Peter.

-Je...vais...bien...

-Ça c'est un mensonge, Neal.

Le jeune homme ébaucha un sourire qui s'effaça bien trop vite au goût de Peter. Neal détestait cette sensation de perdre complètement le contrôle de ses émotions mais il ne parvenait pas à retenir ses larmes. Il venait de retrouver son frère après des années de séparation, il l'avait soustrait à cet homme mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur pour lui...comme quand ils étaient enfants.

-Charlie est en sécurité... Tu peux te détendre maintenant et me laisser m'occuper de toi.

Le reste du trajet se passa en silence et Neal réussit à marcher jusqu'à la porte d'entrée de l'appartement. Une fois à l'intérieur, il laissa tomber le masque et Peter eut à peine le temps de passer un bras autour de sa taille avant qu'il ne tombe. Il le porta jusqu'à son appartement où il l'allongea sur le lit. A peine sa tête eut-elle touchée l'oreiller, qu'il s'endormit. Peter tenta de relire quelques dossiers mais il ne parvenait pas à se concentrer et il finit par rejoindre Neal. Le jeune homme vint immédiatement se blottir contre lui, enfouissant sa tête contre son épaule. Peter caressa tendrement ses cheveux, savourant ce silence reposant et cette douce chaleur qu'il l'envahissait à chaque fois qu'il tenait Neal dans ses bras.