Chapitre 27.

Peter se réveilla seul dans le lit et se redressa, les sens en alerte, recherchant Neal du regard. Le bruit de l'eau qui coulait dans la salle de bains le rassura mais il lui fallut quelques secondes avant que son cœur ne parvienne à se calmer un peu. Il n'allait pas faire de vieux os s'il continuait à s'inquiéter de la sorte.

En y repensant bien, il avait commencé à découvrir de nouveaux cheveux blancs dès le début de sa collaboration avec Neal. Celui-ci avait le don de se mettre dans des histoires pas possibles, bien évidement dangereuses et Peter ne comptait plus le nombre de nuits blanches passées à s'inquiéter pour son consultant, puis pour son ami et dernièrement pour l'homme qui s'était emparé de son cœur.

Il se leva et prépara le café quand quelqu'un frappa à la porte. Il fut surpris de trouver sa femme sur le palier, le dévisageant d'un regard furieux.

-Bonjour, Peter. Je m'excuse de venir déranger votre petit bonheur mais je voulais savoir si tu pensais rentrer à la maison...

Belle entrée en matière... Peter n'était pas certain de vouloir avoir ce genre de conversation au saut du lit mais il vit dans son regard que la jeune femme ne renoncerait pas. Il lui fit signe d'entrer en espérant que Neal prenne son temps pour finir sa douche.

-Désolé, chérie. J'aurais dû t'appeler mais les événements se sont un peu précipités ces derniers temps.

-Je vois...

Peter s'assit lourdement, inspira profondément avant de tenter d'expliquer à sa femme le passé de Neal, les retrouvailles avec Charlie, Patrick Frey et ce qu'il soupçonnait avoir été son rôle dans le calvaire des deux frères. La jeune femme pâlit au fur et à mesure du récit et lorsque Peter eut terminé, il ne restait plus aucune trace de colère dans ses yeux.

-Tu sais que si quelqu'un d'autre que toi m'avait raconté cette histoire, je n'en aurais pas cru un mot. C'est tout simplement...incroyable...

Elle n trouvait pas d'autres mots.

-Je sais... J'ai encore du mal à garder les idées claires mi-même.

Et encore... Il ne lui avait pas parlé de la manière un peu étonnante dont ils avaient obtenu certains renseignements. Neal choisit ce moment pour sortir de la salle de bains vêtu simplement d'une serviette nouée autour de la taille.

Le jeune homme avait décidé de ne pas lui faciliter la tâche. L'eau ruisselait de ses cheveux et, malgré une perte de poids notable, les gouttes d'eau suivaient le tracé de muscles parfaitement dessinés. Peter essaya de se détourner de cette vision pour se concentrer sur Élisabeth mais il ne pût retenir un sourire en la voyant elle aussi hypnotisée par le jeune homme à demi nu devant elle.

-Bon...jour...désolé...je...vais...

Neal fit demi tour en direction de la salle de bains sans attendre de réponse.

-Comment va-t-il?

Peter reprit son sérieux. L'inquiétude dans la voix de la jeune femme était sincère et il lui devait une réponse honnête.

-Il est très secoué. Tu l'as entendu toi-même...

-Je pensais que ça allait mieux...

Peter se leva et remplit leurs tasses de café.

-La journée d'hier a été très difficile pour lui et les souvenirs qui reviennent petit à petit ne l'aident pas à se sentir mieux.

-Qu'est-ce qui va se passer maintenant?

-On va continuer à enquêter...rechercher le cerveau qui se caché derrière cette affaire...en espérant que Charlie puisse bientôt nous aider.

-Tu penses qu'il se souviendra de quelque chose?

-Je ne suis même pas certain qu'il parvienne à nous parler un jour...

C'était la première fois que Peter parvenait à verbaliser ses doutes et il se rendit compte à quel point la présence d'Elisabeth à ses côtés lui avait manquée. Ils continuèrent à parler de l'enquête.

-Tu devrais peut-être aller voir ce qu'il fait.

Élisabeth avait raison. Ça faisait presque vingt minutes que Neal était dans la salle de bains. Peter se leva et lorsqu'il frappa à la porte de la pièce, il n'obtint aucune réponse.

-Neal... Tout va bien?

Après de longues secondes d'attente, le jeune homme finit par sortir. Peter remarqua immédiatement ses yeux rougis et les tremblements qui agitaient ses mains. La présence d'Elisabeth ne le mettait pas très à l'aise et il dût prendre son courage à deux mains pour sortir de la salle de bains.

Il se servit un café et finit par venir s'asseoir à la table de la cuisine sous le regard attentif de Peter. Élisabeth essaya de lui prendre la main mais le jeune homme recula vivement.

-Neal... Je voulais juste...

Le jeune homme reposa vivement la tasse sur la table et, les deux coudes sur la table, il pressa ses poings contre ses tempes. Peter commençait à détester ces moments où la peur prenait le pas sur tout autre sentiment et laissait son ami sans autre défense que d'essayer de se protéger du monde extérieur.

-Peter, qu'est-ce qui se passe? Est-ce que j'ai fait quelque chose...

-Ce n'est pas de ta faute... Il a ce genre de réaction quand le présent est trop difficile à gérer. Il a encore du mal à accepter son passé ou plutôt celui de Nicholas... Enfin c'est compliqué à expliquer...

-Oui et encore plus compliqué à vivre.

Peter s'approcha de son ami tout en gardant une certaine distance.

-Tout va bien, Neal...

Quand il releva la tête, Élisabeth sentit des larmes se former au coin de ses yeux. Elle avait devant elle un homme qu'elle ne parvenait pas à reconnaître. Elle avait souvent perçut une fêlure, une fragilité chez Neal et c'est sûrement pour cette raison qu'elle avait si vite sympathisé avec le partenaire de son mari. Mais aujourd'hui, cette brèche s'était transformée en un gouffre, un puits de souffrance qui menaçait de l'engloutir. Neal se mordait la lèvre pour retenir les sanglots qui se formaient dans sa gorge.

Il reprit sa tasse et serra ses mains autour de l'objet comme s'il cherchait à y puiser la force qui lui manquait. Après avoir pris une profonde inspiration, il regarda Élisabeth.

-Pardon... El...

La jeune femme fut sur le point de lui dire qu'il n'avait rien à se faire pardonner mais elle le savait bien trop intelligent pour ne pas comprendre qu'il s'agirait d'un mensonge. Elle le savait fragile et elle avait conscience que seule la présence de Peter à ses côtés le maintenait encore debout. Mais elle ne pouvait pas cacher sa rancœur et sa colère.

-Neal, tu n'as pas...

Une main levée du jeune homme fit taire Peter. Cette situation n'était pas confortable pour lui et Neal savait qu'il essaierait coûte que coûte d'arrondir les angles. Mais ce n'était pas ce dont il avait besoin et Élisabeth méritait mieux.

-Peter... Tu dois... Retourner chez...toi...

-Neal, il est hors de question que je te laisse seul ici.

-Je...pas...rester...ici.

Cette fois, Peter était perdu. Il ne comprenait absolument pas où Neal voulait en venir et ce n'est pas avec quelques mots murmurés au prix d'un énorme effort qu'il parviendrait à comprendre. Comme d'habitude Elisabeth réagit plus vite que lui. Elle se leva pour se saisir de l'ordinateur présent sur la table basse et le posa devant Neal. Lorsqu'il lâcha sa tasse ils se rendirent compte qu'il n'allait pas être beaucoup plus facile pour leur ami de taper ce qu'il voulait dire tant ses mains tremblaient.

-Pourquoi ne veux-tu pas rester ici?

J'ai besoin d'aide, Peter. Je n'arrive plus à y voir clair.

-Que veux-tu dire? Tu veux que j'appelle le docteur Penhurst?

Neal hocha la tête et continua à taper sous l'œil surpris et inquiet de ses amis.

La nuit dernière, tu dormais... Je me suis réveillé...

Les larmes coulaient sur le clavier de l'ordinateur et Peter ressentit au fond de lui cette même terreur qu'il avait ressentie quelques jours auparavant quand il avait vu son ami sur le point de sauter dans le vide. Il savait ce que Neal allait dire et il faillit hurler en pensant qu'il n'avait rien entendu, rien vu...

-Neal qu'est-ce que tu as fait?

Peter se rendit compte qu'il avait crié quand il vit Neal sursauter et se tasser un peu plus sur sa chaise. Élisabeth posa une main sur le bras de son mari pour tenter de le calmer. La douleur dans les yeux de Neal lui était insupportable.

-Je...voulais pas...

Peter inspira profondément et s'avança vers le jeune homme. Il le força à se lever et le serra longuement dans ses bras, caressant son dos pour tenter d'atténuer les sanglots qui secouaient son ami.

-Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit?

Neal savait qu'il ne parviendrait pas à s'expliquer clairement alors il se rassît et entreprit d'écrire ce qu'il s'était passé la nuit dernière. Peter et Élisabeth attendirent patiemment qu'il ait terminé. Neal tourna l'écran vers Peter et Élisabeth vit son mari pâlir au fur et à mesure qu'il découvrait le texte.

Quand je me suis réveillé, je pouvais à peine respirer. Je n'arrive pas à me rappeler ce dont j'ai rêvé mais mon cerveau ne parvenait plus à revenir à la réalité. J'avais l'impression qu'il était toujours là et qu'il allait nous faire du mal. Je devais m'enfuir à tout prix. Je suis sorti sur la terrasse mais je ne reconnaissais rien autour de moi. J'étais complètement perdu.

Je n'avais plus le choix, je devais trouver un moyen d'arrêter ce cauchemar. Je suis allé dans la salle de bain. J'ai démonté le rasoir.

Le récit s'arrêtait là mais Peter n'avait pas besoin de plus de mots pour comprendre ce que Neal avait tenté de faire.

-Tout à l'heure, quand tu es retourné dans la salle de bains... Est-ce que...?

-Non... Enfin... Je ne sais pas...

-D'accord...qu'est-ce qui t'a empêché d'aller au bout de ton geste?

Neal reprit l'ordinateur.

J'ai vu mon visage dans le miroir et je pense que ça a suffit. Je me suis rendu compte de l'endroit où j'étais. Je suis revenu m'allonger près de toi... Je suis tellement désolé, Peter.

Peter lut le message et prit quelques secondes avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

-Est-ce que tu penses que tu pourrais recommencer?

Neal avait baissé les yeux mais Peter sentit son cœur se serrer en le voyant hocher la tête. De nombreuses phrases lui venaient à l'esprit mais il se retint de verbaliser ses pensées. Neal n'avait pas besoin d'entendre ses reproches. Peter s'interrogeait sur le fait que son ami puisse envisager d'abandonner une nouvelle fois Charlie, sur le fait qu'il n'avait pas pensé à la réveiller.

-Qu'est-ce que tu veux faire maintenant?

Le jeune homme se redressa sur sa chaise et après de longues secondes d'attente, il finit par parler. La voix était hésitante et Élisabeth se dit, à nouveau, que le jeune homme face à eux, n'était pas celui qu'ils côtoyaient depuis des années. Elle avait l'impression d'avoir un jeune garçon terrorisé devant elle.

-J'ai peur...des ombres. Et je sais...que je ferai tout...pour m'échapper. Je veux...qu'on aide...à les faire partir...

Neal se leva et se dirigea vers la terrasse. Il ne pouvait pas rester là, à voir la déception sur le visage de Peter. Il aurait dû être plus fort et parvenir à faire face à ses démons mais la peur était trop forte, elle l'envahissait sans prévenir et sans qu'il puisse contrôler son angoisse. Il se sentait physiquement très faible et cela renforçait son sentiment d'impuissance. Il sentit une présence dans son dos et quand il se retourna, il fut surpris de voir Élisabeth se tenir derrière lui.

-Est-ce que tu es sûr de vouloir appeler ce médecin? Peter m'a raconté ce qui s'est passé avec lui. Je pense qu'il ne lui fait pas confiance. Il risque de demander ton hospitalisation.

-Je sais...

-Si c'est vraiment ce que tu veux faire et si tu penses que ça pourra t'aider alors allons-y...

Neal se contenta de hocher la tête. Il était incapable de s'expliquer et il n'en avait pas vraiment envie. Élisabeth s'approcha, elle sembla hésiter avant de poser une main sur son bras.

-Je ne peux pas m'empêcher de penser que ce n'est pas vraiment ce que tu veux faire. Neal, regarde-moi, s'il te plait.

Il lui fallut un long moment avant de se décider à lever les yeux vers la jeune femme.

-Tu veux que je te dises ce que je pense vraiment? Je pense que tu essaies de trouver un moyen de me rendre Peter. Désolé, le mot n'est pas joli mais c'est le seul qui me vienne à l'esprit.

Le jeune homme sentit à nouveau les larmes couler le long de ses joues. Il voulait juste qu'on le laisse tranquille, il voulait juste tout oublier, peu importe la manière d'y parvenir.

-Je sais que ce que tu viens de nous dire est la vérité et je ne pense pas être capable d'imaginer ce que tu es en train de vivre. Mais tu ne feras pas croire, qu'après ce que tu as vécu dans ton enfance, après ton passage en prison, tu puisses envisager de te faire interner dans un hôpital.

-C'est la...seule...solution...

-Pour qui, Neal?

Il ouvrit la bouche pour répondre mais le seul son qui franchit ses lèvres fut un nouveau sanglot.

-Personne ne te demande de faire un tel sacrifice. Peter et moi, nous pouvons t'aider. On peut appeler ce médecin pour qu'il t'aide mais je ne peux pas imaginer te laisser seul dans un hôpital sordide.

Peter arriva à ce moment. Il s'avança et posa une main dans le dos de sa femme, tendant une main à Neal.

-Elisabeth à raison. Peu importe ce qui se passe entre nous... Nous sommes tes amis et si je pensais qu'une hospitalisation soit la bonne solution, je serais le premier à prendre le téléphone pour appeler le médecin. Mais tu m'as dit ce qu'ils avaient fait dans cet hôpital après ton accident... Tu ne peux pas vouloir revivre ça.

La terreur dans le regard du jeune homme valait toutes les réponses et Élisabeth ne pût rester à l'écart plus longtemps. Elle s'approcha et prit son ami dans ses bras, pleurant, elle aussi, à chaudes larmes.

-Neal... Je te demande pardon... Je suis là maintenant... Nous allons t'aider...

Le jeune homme finit par se laisser aller quand il sentit les bras de Peter les enlacer tous les deux. Les deux amis l'aidèrent ensuite à s'allonger sur le canapé. Peter rassembla quelques vêtements qu'il mit dans un sac. Élisabeth et lui avaient convenu qu'il valait mieux que Neal vienne habiter chez eux tant qu'il ne se sentirait pas mieux.

Élisabeth appela Mozzie et lui donna rendez-vous en fin de journée chez eux. Ils allaient avoir besoin de l'aide de tout le monde pour garder un œil sur Neal. Il était hors de question de le laisser seul tant que son état n'était pas plus stable. Peter, de son côté, appela le docteur Penhurst qui accepta de venir parler à Neal dans la journée.

Une fois les préparatifs terminés, Peter vint s'asseoir près de Neal qui s'était assoupi. Il posa une main sur son épaule. Le jeune homme ouvrit lentement les yeux et le sourire qu'il adressa à Peter lui réchauffa le cœur. À chaque fois qu'il lui souriait de cette manière, sans masque, sans arrière pensée, Peter était persuadé d'avoir un aperçu de l'enfant que Nicholas avait dû être.

-Neal, que dirais-tu de venir passer quelques jours à la maison?

Peter savait que son ami accepterait, sans poser de questions. C'est pour cette raison qu'ils avaient tout planifié avant de lui en parler. Dans l'état où se trouvait le jeune homme, il aurait suivi ses amis n'importe où. Neal se contenta de hocher la tête mais Peter sentit que le jeune homme aurait aimé lui demander quelque chose.

-Neal, tu sais que tu as le droit de dire ce que tu veux faire...

Assis sur le canapé, Neal tenait ses mains serrées sur ses genoux.

-Je peux...voir...Charlie?

-Bien sûr... On va passer à l'hôpital avant de rentrer.

Cette simple phrase lui valut un nouveau sourire.

-Merci... Je vais...préparer...mes affaires...

Peter lui montra le sac qui était posé dans l'entrée.

-Déjà fait. Élisabeth est allée chercher la voiture. Je lui ai dit qu'on la retrouvait en bas.

Les deux hommes descendirent lentement les escaliers. June était absente depuis quelques jours et ils prirent soin de bien refermer la porte d'entrée avant de monter dans la voiture d'Elisabeth. Neal s'installa à l'arrière et son regard tenta de se concentrer sur le paysage qui défilait sous ses yeux mais ses pensées vagabondèrent bien loin de cette voiture et de la discussion que ses mais avaient à l'avant du véhicule.

Il était soulagé que Peter et Élisabeth aient vu clair dans sa tentative de fuite. Il ne voulait pas vraiment finir enfermé dans un hôpital, abruti par des cachets mais, la nuit précédente, il avait réussi à se convaincre lui-même de la nécessité de soulager Peter. En voyant Élisabeth, sa conviction en avait été renforcée.

Il était conscient que Charlie allait avoir besoin de lui mais il savait aussi qu'il était responsable de la souffrance qu'il avait vu dans les yeux de la jeune femme. Un nouveau choix difficile s'était alors imposé. Il devait s'éloigner du couple et les laisser vivre leur bonheur sans s'interposer entre eux. Mais, une fois de plus, il n'avait pas été assez pour aller au bout de son choix. Ce sentiment de chaos permanent lui pesait. À peine avançait-il d'un pas dans la bonne direction, qu'une nouvelle épreuve se dressait sur son chemin... Et il avait le sentiment qu'il n'était pas encore au bout de son calvaire.

-Neal... On est arrivé.

Peter avait ouvert la porte arrière de la voiture et attendait que son ami revienne a la réalité. Ils avaient garé la voiture au plus près de l'entrée de l'hôpital car Peter n'était pas certain que son ami soit capable de marcher sur une longue distance. Élisabeth semblait perturbée par l'attitude du jeune homme. Elle n'avait pas l'habitude de la voir aussi vulnérable. Elle fut choquée de le voir accepter aussi facilement l'aide de son mari pour sortir de la voiture puis pour marcher jusqu'à la chambre de son frère. Mais ce qui l'étonnait le plus était de voir ce regard enfantin et naïf qu'il posait parfois sur son environnement.

Quand il sentait que quelqu'un l'observait, il revêtait son masque habituel d'insouciance et de fausse indifférence mais quand il se croyait seul, il redevenait cet enfant traumatisé qu'il avait tenté d'oublier toutes ces années. Élisabeth commençait à comprendre un peu mieux l'attitude protectrice de son mari envers le jeune homme. Une fois encore Élisabeth eut une preuve de ce traumatisme en voyant Neal trembler devant la porte de la chambre de son frère. Peter posa une main sur celle de son ami.

-Charlie va bien. Les deux agents chargés de la surveillance ont dit qu'il avait passé une bonne nuit. On pourra parler à son médecin si tu veux...

Neal hocha la tête et finit par appuyer sur la poignée. Ils entrèrent dans la chambre baignée de soleil. Élisabeth s'était préparée à faire la connaissance de Charlie mais elle fut quand même choquée de voir une telle ressemblance même si elle nota immédiatement des différences notables entre les deux frères...quelque chose dans le regard...

Neal s'avança vers le lit et serra tendrement la main de Charlie dans la sienne.

-Charlie... C'est Élisabeth...la femme...de Peter...

Le jeune homme sourit et Peter ne pût s'empêcher de se demander ce que Charlie avait bien pu répondre à cette phrase pour faire sourire Neal. Il s'avança à son tour, posant une main sur l'épaule du jeune homme.

-Tu veux que j'essaie de trouver le médecin pour lui demander des nouvelles.

Après un nouvel hochement de tête, Peter sortit de la chambre, laissant sa place à sa femme.

-Vous vous ressemblez beaucoup.

-Quand on était...petit...maman nous...confondait...

Cette remarque fit sourire le jeune homme mais Élisabeth vit toute la douleur cachée derrière ce sourire. Elle se demandait si Neal avait envisagé de rechercher sa mère mais elle se retint de poser la question.

-J'imagine que vous deviez bien vous amuser à tromper votre entourage.

-C'était...parfois...utile...

Aucun sourire n'accompagna cette phrase et Élisabeth frissonna en imaginant ce que dissimulait cette simple affirmation.

-Tu lui as sauvé la vie, Neal.

-Je l'ai...abandonné... Et il a...failli...mourir.

-Peter m'a raconté comment tu l'as sorti de cette cave, comment tu l'as amené jusqu'à cet hôpital avant de te rende au commissariat... Quel âge aviez-vous?

-15 ans...je crois...

-Il faut beaucoup de courage pour faire ce que tu as fait et je suis certaine que Charlie en ait conscient.

Élisabeth posa sa main sur les miens unies des deux frères. Les deux amis restèrent silencieux attendant le retour de Peter. Celui-ci les rejoignit quelques minutes plus tard et fut accueilli par deus regards pleins de questions. Il les entraîna dans le couloir.

-Le médecin est plutôt optimiste. Charlie réagit bien au traitement et ce matin, il a même réussi à bouger ses doigts. Il lui faudra du temps et beaucoup de repos.

Neal sourit en entendant cette bonne nouvelle et il retourna embrasser son frère avant de prendre la direction du parking.

De retour à la maison des Burke, Neal s'installa dans la chambre d'ami et prétexta une grande fatigue pour convaincre ses amis de le laisser seul. Élisabeth et Peter regagnèrent le salon et profitèrent de quelques minutes de calme. Élisabeth fut la premier à rompre le silence.

-À quelle heure le docteur Penhurst doit-il venir?

-Il ne devrait pas tarder.

-Tu penses qu'il pourra aider Neal?

-Neal lui fait confiance. C'est déjà une bonne chose.

-Mais...?

Peter sourit. Sa femme le connaissait trop bien pour laisser passer son hésitation.

-Je ne sais pas. J'ai du mal à expliquer mon sentiment... Mais je ne le sens pas ce type...

-Tu t'inquiètes pour Neal, c'est normal que tu sois méfiant.

-Sans doute... Mais j'ai bien l'intention de garder un œil sur ce médecin.

À ce moment, l'homme en question frappa à la porte. Peter le fit entrer et le suivit à l'étage où Neal les attendait. Le jeune homme n'avait jamais vraiment essayé de dormir. Il avait passé presque une heure, allongé sur le lit, les yeux fixés au plafond, essayant de faire un peu le tri dans ses pensées.

Charlie allait mieux et il était en sécurité, Peter et Élisabeth étaient réunis. Il aurait dû se sentir soulagé mais il,ne pouvait contrôler ce sentiment de danger qui lui nouait l'estomac. Il sursauta quand Peter frappa doucement à la porte de sa chambre. L'homme entra suivi par le docteur Penhurst. Neal s'assit sur le lit.

-On peut...rester...ici...?

-Bien sûr, Neal. Si vous vous sentez bien ici.

Le médecin prit place sur la chaise placée devant le petit bureau à droite du lit. Peter ne savait pas comment imposer sa présence. Il ne voulait pas forcer Neal mais il n'avait pas l'intention de laisser ce médecin seul avec son ami,

Neal lui apporta lui-même la solution en demandant au médecin à ce que son ami soit présent à ses côtés pendant l'entretien.

-Que s'est-il passé depuis notre dernière entrevue?

Neal hésita longuement avant de répondre et Peter dût se retenir de répondre à sa place.

-On a trouvé...Charlie...

-C'est une excellente nouvelle. Comment va-t-il?

Nouvelle hésitation, le médecin vint s'asseoir près de Neal sur le lit et Peter sentit son ami se tendre et il fit un pas vers le lit. Le docteur Penhurst lui fit signe de rester à distance.

-Neal... Qu'est-ce qui vous empêche de parler?

-Sais ...pas...

-Au contraire, je pense que vous savez ce qui bloque votre parole.

Le jeune homme secoua vivement la tête et Peter réalisa qu'il ne serait certainement pas facile de faire parler son ami.

-Neal, qu'est-ce qui vous fait peur au point de vous empêcher de parler?

-On doit...rien...dire...

-Vous parlez de Charlie et vous?

-Oui...

-Qui vous interdisait de parler?

Peter pensa à cet instant qu'ils n'avanceraient probablement pas beaucoup plus mais Neal le surprit.

-On...a pas le droit...

-Sinon, que se passe-t-il?

Neal s'éloigna du médecin et reprit la position défensive qu'il avait bien trop souvent utilisé ces derniers jours. Les deux poings sur les tempes il recommença à se balancer d'avant en arrière. Le docteur Penhurst se tourna vers Peter.

-Fait-il ça souvent?

-Ça lui est arrivé deux fois depuis hier.

-On voit souvent ce genre de mécanisme de défense chez les enfants après de graves traumatismes. Cette manière de presser ses poings sur ses tempes, c'est sa manière de s'isoler du monde extérieur. Si je m'essayais à une hypothèse, je dirais que Nicholas à souvent été violenté d'une manière où d'une autre...violence physique et psychologique...

Le médecin reporta son attention sur Neal qui n'avait pas bougé.

-Nicholas... Tu es en sécurité ici avec Peter... Et nous ne dirons à personne que tu nous as parlé.

-Paddy...il...voulait...toujours...frapper...Charlie...

-Qu'est-ce que tu faisais dans ces moments?

-Devais...protéger...Charlie...

-Tu as fait du bon travail pour protéger Charlie...

Neal finit par s'allonger sur le lit, les genoux repliés contre sa poitrine. Le médecin se retourna vers Peter et les deux hommes sortirent de la pièce.

-Agent Burke, je pense que votre ami a passé son enfance à protéger Charlie et, probablement, à prendre des coups à sa place à chaque fois qu'il le pouvait. Aujourd'hui encore, d'après ce que j'ai compris, il cherche à vous protéger, vous et votre femme, en faisant passer son bien-être et sa santé après ce qu'il considère comme plus important.

Peter soupira. Il avait beau ne pas apprécier l'homme face à lui, il ne pouvait s'empêcher d'admirer son professionnalisme.

-Il a proposé, ce matin, de se faire interner à cause de pensées suicidaires.

-Il a attenté à ses jours?

-Il a fait un peu plus qu'y penser. Il s'est réveillé en pleine nuit sans savoir où il était. Il a dit qu'il devait trouver un moyen de s'enfuir.

-Je vois... Il va falloir être très attentif et garder un œil sur lui. Mais je ne pense pas qu'un réel passage à l'acte soit envisageable. Qu'est-ce qui l'a retenu?

-Il a vu son reflet dans le miroir et ça l'a fait revenir à la réalité.

Les deux hommes descendirent au salon où ils retrouvèrent Élisabeth.

-Je vais vous laisser des cachets pour l'aider à dormir. Je pense qu'il est important qu'il puisse avoir un sommeil serein et réparateur... Et vous aussi.

-Il n'acceptera pas de les prendre...

-Alors, ne lui dites rien. Vous ne pouvez pas rester éveillés toute la nuit. Vous avez aussi besoin de repos pour pouvoir l'aider.

Peter finit par accepter la boîte de pilules que lui tendait le médecin.

-Je sais que votre ami et vous-même, n'aimez pas ce genre de béquille mais, dans la situation actuelle, il vaut mieux ne pas prendre de risque. La première étape c'est l'aider à dormir. Ensuite, il va falloir qu'il accepte de parler, de tout dire de ce qui s'est passé.

-Vous avez vu la violence de sa réaction quand vous avez essayé de le faire parler.

-Oui et c'est normal. Je pense qu'il vaut mieux que je vienne chez vous...si vous n'y voyez pas d'objection. Et il serait préférable que vous soyez présent.

-Bien sûr...

-Je veux dire "légalement" présent. Vous êtes son ami et il se sentira plus à l'aise pour parler mais il faudrait penser à enregistrer nos entretiens pour qu'ils puissent servir de preuves dans l'éventualité d'un procès.

Peter s'en voulait de ne pas y avoir pensé mais il devait admettre que le médecin avait raison. Ce procédé éviterait à Neal de devoir renouveler un témoignage pénible pour lui. Alors que le médecin quittait la maison, Peter et Élisabeth grimpèrent les escaliers d'un même élan pour s'assurer que leur ami allait bien. Le jeune homme n'avait pas bougé et il ne fit aucun mouvement quand ses amis s'allongèrent près de lui. Ils auraient aimé faire un barrage autour de lui pour empêcher ces événements, ces souvenirs de le blesser mais la seule chose qu'ils pouvaient faire était d'être physiquement présent et de le soutenir sur le difficile chemin qu'il était en train d'emprunter.