Chapitre 29.

Difficile d'attendre patiemment dans un couloir d'hôpital quand votre ami est en train de passer un scanner afin de déterminer s'il est seulement victime de crises de migraine ou si une tumeur était en train de dévorer son cerveau. Peter allait et venait dans ce couloir depuis ce qui lui semblait une éternité.

Neal s'était réveillé après une heure de sommeil induite par le traitement. La douleur avait laissé place à une grande fatigue et Peter avait dû s'y reprendre a deux fois avant de pouvoir lui expliquer ce que le médecin avait dit. Le jeune homme n'avait pas vraiment réagi quand il lui avait parlé du scanner mais Peter avait appris à reconnaître et percevoir les plus petits signes d'angoisse sur le visage de son ami.

Alors qu'une infirmière conduisait le fauteuil dans lequel il était installé, Peter put lire l'appréhension dans les yeux bleus fixés sur lui. Il croisait les doigts alors qu'Elisabeth essayait de le distraire en racontant les dernières anecdotes dont Mozzie lui avait fait part la veille. Peter essayait de l'écouter mais ses pensées revenaient toujours vers Neal et cette menace qui se logeait peut-être dans son cerveau.

Le jeune homme fut ramené à sa chambre après son examen et ils durent attendre qu'un médecin vienne leur parler. Elisabeth était partie pour un rendez-vous en ville et Peter avait repris sa place à côté de Neal.

-Peter…Je suis…sûr que tout…va bien.

-Oui, j'en suis sûr aussi, mon grand.

Neal se força à sourire mais le cœur n'y était pas vraiment. Il essayait de se convaincre que tout irait bien, qu'il ne s'agissait que de migraines et qu'il apprendrait à vivre avec ces compagnes parfois encombrantes et handicapantes. Mais le doute envahissait son cœur. Depuis quelques jours, il se sentait particulièrement fatigué et il ne pouvait s'empêcher de se demander si tout tournait rond dans sa tête.

La fièvre de la nuit précédente lui avait fait voir des choses qui n'étaient pas réelles mais ce n'était pas la première fois. Comment ne pas penser que quelque chose d'anormal poussait son cerveau à créer ces images, à faire revivre ces souvenirs de manière tellement réelle. Il sentit la main de Peter prendre la sienne.

-Je peux aller voir si le médecin pense venir nous voir.

-Non…je peux…attendre.

Peter faillit remarquer que c'était lui qui allait avoir du mal à attendre. De longues minutes s'écoulèrent avant que le médecin ne pousse la porte de la chambre.

-Comment vous sentez-vous, Monsieur Caffrey ?

-Plus de douleur mais j'ai l'impression d'avoir du coton à la place du cerveau.

-C'est pas totalement anormal… Après la crise dont vous avez souffert, nous avons un peu dut forcer la dose…Nous allons nous pencher sur la suite du traitement.

Le médecin finit par prendre une chaise et Peter essaya de ne pas y voir un mauvais signe. Mais pas besoin d'être assis pour annoncer une bonne nouvelle…Tout va bien Monsieur Caffrey, on va juste vous donner des petites pilules à prendre en cas de nouvelle crise… Pas besoin d'une chaise pour dire ça.

-Votre scanner n'a rien révélé de probant.

-Pas de tumeur… ?

-Non cette hypothèse-là est écartée. Il y a cependant des anomalies qu'on a du mal, pour le moment à expliquer et qui pourraient être à l'origine de vos différents symptômes.

-Anomalies ? Quel genre d'anomalies ?

-On a pu observer des tâches blanches qui peuvent expliquer les migraines, la perte de concentration mais elles peuvent aussi provoquer des troubles de la vue et de l'élocution…

Neal semblait réfléchir et quand il parla sa voix était troublée par l'émotion.

-A quoi…sont dues…ces tâches ?

-Il faudra d'autres examens pour affiner le diagnostique mais il est possible qu'on ne parvienne pas à mettre la main sur l'origine de ces tâches. La première hypothèse est la possibilité d'une SEP.

-SEP… ?

Peter commençait à s'agacer sur sa chaise. Il détestait par dessus tout le jargon professionnel dans le lequel les médecins avaient tendance à se perdre quand ils n'étaient sûrs de rien.

-Sclérose en plaques… Mais ce n'est qu'une hypothèse parmi d'autres. Le fait d'avoir écarté la possibilité d'une tumeur est une bonne nouvelle. Mais, comme je vous le disais, il est possible qu'on ne parvienne pas à poser un diagnostique plus précis.

-Que pensez-vous faire maintenant ?

-Une ponction lombaire est programmée pour cet après midi.

Peter sentit Neal se tendre. Il en avait marre d'avoir mal. Depuis des semaines, la douleur ne le quittait pas et il voulait juste qu'on le laisse tranquille. Mais à voir le regard du médecin et celui de Peter il sentait bien que ce n'était pas une option.

-Et après… ?

-S'il s'agit d'une SEP, il faudra surveiller l'évolution des symptômes avec des IRM réguliers. Si le diagnostique n'est pas confirmé, il faudra chercher ailleurs.

-Je vois…

Chercher ailleurs ça voulait dire d'autres examens et un peu plus de temps à passer dans les couloirs de l'hôpital. D'après ce que semblait insinuer le médecin, il était possible qu'ils ne trouvent jamais l'origine de ses anomalies. La médecine avait encore des progrès à faire concernant le fonctionnement et les atteintes dont pouvait souffrir le cerveau,

Peter et le médecin continuaient à parler mais Neal ne les écoutait plus. Il ferait les examens demandés mais, s'ils ne trouvaient rien, il était hors de question qu'il reste plus longtemps dans ce lit en attendant que la recherche avance suffisamment pour lui dire de quoi il souffrait. Il essaya de se reconcentrer sur la conversation qui se poursuivait à côté de lui.

-Est-ce que ces lésions pourraient avoir été causées par l'agression et le coup de feu dont il a été victime?

-Peu probable mais possible. Mais je pencherais plutôt pour une autre hypothèse... Le choc de l'agression n'a fait que révéler et accentuer des symptômes ou une pathologie déjà présents.

Neal ferma les yeux, essayant de se soustraire à cette réalité qui devenait un peu trop complexe et sombre pour lui. Il voulait rentrer chez lui, il voulait s'asseoir sur la terrasse et discuter avec son frère en dégustant un café. Il ne revint au présent que lorsque Peter posa une main sur son épaule. Le médecin avait quitté la pièce, il ne l'avait pas entendu partir.

-C'est une bonne nouvelle...

Neal pouvait entendre l'hésitation dans la voix de Peter. Son ami semblait essayer de se convaincre... Certes, il valait mieux souffrir d'une maladie invalidante et progressive, que de devoir affronter la perspective d'une tumeur, potentiellement cancéreuse. Mais Neal n'avait pas vraiment le cœur à se réjouir pour le moment. Il ne savait pas grand chose de cette maladie mais les images qu'il avait en tête n'étaient guère encourageantes.

-Oui...en effet.

Il ne devait pas avoir l'air vraiment convaincant car il vit une grimace déformer le visage de Peter.

-Neal, je suis sûr qu'ils vont trouver ce qui ne va pas. Ensuite on rentre à la maison.

Le jeune homme hocha la tête et ferma, à nouveau les yeux, pour couper court à la conversation. Il n'avait aucune envie d'entendre les paroles rassurantes de Peter. Il savait que la situation n'était pas facile à vivre pour lui non plus mais il n'était pas d'humeur à faire semblant.

En début d'après midi, une infirmière vint lui expliquer comment la ponction allait se passer. Il n'était plus un enfant mais en voyant l'aiguille qu'elle lui présenta, il ne pût retenir une grimace. Le médecin allait enfoncer cette longue aiguille creuse entre la 4ème et la 5eme vertèbre lombaire afin de recueillir du liquide en vue des analyses. Après l'examen, il allait devoir rester allonger pendant au moins 6 heures afin de favoriser la cicatrisation.

-Est-ce qu'il a des risques? Des effets secondaires?

On pouvait toujours compter sur Peter pour poser les bonnes questions.

-Les risques sont minimes. Parfois le patient peut souffrir de maux de tête après la ponction.

Chouette... Après une migraine, il avait bien besoin de ça. La seule question qu'il aurait aimé poser était de savoir s'il allait avoir droit de manger quelque chose. Il était déjà 14h et il mourrait de faim. Mais il renonça, redoutant de ne pas parvenir à s'exprimer correctement.

Le médecin arriva quelques minutes plus tard. Il aurait aimé que Peter reste avec lui mais il refusait de laisser cette émotivité et cette vulnérabilité prendre le dessus. Assis, le dos courbé pour donner un accès plus aisé au médecin, il essaya d'inspirer profondément. La sensation de piqure n'était pas très agréable mais la douleur pas aussi importante qu'il aurait pu le craindre. Tout se passa assez rapidement et, une fois allongé dans son lit, il se détendît totalement, ne prêtant que peu d'attention à ce qui se passait autour de lui.

Le médecin quitta la pièce après lui avoir dit quelque chose que le jeune homme n'entendit pas. Il retrouva Peter qui faisait les cent pas dans le couloir.

-Nous aurons les résultats demain matin. Il faut veiller à ce qu'il reste allongé sur le dos pendant les prochaines heures. La ponction à fait une brèche qui doit cicatriser.

-Comment est-il?

-Je pense qu'il appréhendait la ponction même s'il n'en a rien dit. Quand je suis sorti je lui ai demandé s'il souhaitait manger quelque chose mais il ne pas répondu. Il semblait ailleurs. Je vais demander à une infirmière de lui amener quelque chose de léger à manger.

-Ça m'inquiète de le voir se retirer du monde extérieur comme ça.

Le médecin passa une main sur son visage. Il avait, lui aussi remarqué que son patient avait de plus en plus tendance à se fermer à ce qui l'entourait mais il attribuait plutôt ça au traumatisme subi qu'à une quelconque maladie.

-Faisait-il ce genre de choses avant son enlèvement?

-Non... Enfin, peut-être...

Peter se souvint de quelques épisodes après la mort de Kate où il avait eu l'impression que Neal "s'échappait" dans ses souvenirs par moment.

-Son amie est morte dans un accident dont il a été témoin. Après sa mort, il a traversé des moments très difficiles.

-Durant cette période, a-t-il eu d'autres symptômes comparables à ceux qu'il peut avoir aujourd'hui?

-Non, rien de tel. Il m'a confié qu'il avait du mal à dormir. Ses mains tremblaient parfois mais j'ai attribué ça au choc de l'accident.

-Et vous aviez sans doute raison. Les analyses nous aideront à y voir plus clair. Enfin, j'espère.

Le médecin s'éloigna alors que Peter poussait la porte de la chambre. Neal n'avait pas bougé depuis le départ des infirmières et il ne sembla pas se rendre compte de la présence de Peter à côté de lui. Un plateau repas fut amené et Peter fut tenté de grignoter un biscuit.

-Pas touche...

La voix de Neal le fit sourire.

-Je n'ai rien touché.

-Non...mais n'oublie pas...que je lis...dans tes pensées...

-J'avoue que ce biscuit semblait le tendre les bras.

Peter se leva pour redresser légèrement le lit et permettre à son ami de manger. Neal entama son repas avec appétit mais Peter se rendit vite compte qu'il ne finirait pas le plateau, pourtant léger, qu'on lui avait apporté. En le voyant froncer les sourcils, Peter comprit que les effets secondaires présentés comme rares, ne l'épargneraient pas. Il écarta le plateau et saisit la télécommande pour rabaisser le lit. Une fois en positon allongée, Neal poussa un soupir de soulagement.

-Comment tu te sens?

-Mieux...couché...

-C'est une bonne chose parce que tu as interdiction de bouger de là pendant les prochaines heures.

-Bien.

Le lendemain matin, Neal se sentait bien mieux et il décida d'aller faire une petite promenade et de rendre visite à Charlie. Peter lui avait amené quelques vêtements de rechange la veille et il enfila une veste avant de s'aventurer dans le couloir. Il avait du mal à se repérer dans ce dédale de couloirs et il dût s'armer de son plus beau sourire pour demander son chemin à deux reprises.

Il poussa finalement la porte de la chambre de son frère et fut surpris de le voir installé sur le fauteuil à côté du lit. Il retint un cri en le voyant lever les yeux vers lui et lui sourire. La veille encore, les médecins n'étaient pas sûr que Charlie puisse revenir parmi eux. Et aujourd'hui, ce sourire était la preuve irréfutable de sa présence.

-Comment...? Depuis quand...?

Neal vint s'asseoir près de son frère, lui prit la main. Charlie le regarda longuement et une larme coula le long de la joue de Neal lorsqu'il entendit la voix de son frère.

-La nuit dernière... C'était comme si le brouillard se dissipait.

Charlie essuya du pouce la larme qui suivait son chemin sur la joue de Neal.

-Je suis tellement heureux que tu sois là. Ça fait tellement longtemps. Il va falloir tout me raconter.

Neal baissa les yeux. Une fois de plus, l'émotion semblait avoir chassé sa voix.

-Qu'est-ce qui ne va pas, Nick?

Charlie l'observa attentivement et se rendit compte de la tenue de son frère et du fait que l'heure des visites soit encore loin.

-Qu'est-ce que tu fais dans cet hôpital?

-Des examens...de contrôle...

Charlie ne le lâchait pas des yeux comme s'il avait peur de le voir disparaître s'il clignait des yeux. Il regarda un instant autour de lui cherchant de quoi écrire. Il renonça rapidement en voyant Neal secouer la tête.

-Je ne me souviens pas grand chose des derniers jours et les dernières années restent floues mais on a tout notre temps pour les explications. Tu as l'air fatigué.

-Un peu...

-Je vois... Toujours aussi concis dans tes explications. J'ai l'impression qu'on s'est quitté hier et, en même temps, je vois bien que des années se sont écoulées sans moi.

Neal sourit, il aurait pu passer le reste de la journée à écouter son frère parler. Charlie avait toujours le plus loquace des deux. Il pouvait parler pendant des heures, il inventait des histoires fabuleuses qui berçaient Neal quand il ne parvenait pas à dormir. La voix de son frère l'avait rassuré après des journées difficiles, l'avait maintenu en vie les jours où il avait été tenté de s'enfuir définitivement. Aujourd'hui encore, il pouvait sentir cette chaleur l'envahir et lui apporter le même réconfort.

-Toujours avec moi, Nick?

-Oui...désolé...

-Pas de problème. J'ai cru que tu t'étais endormi. Comme quand on était petit, je n'avais qu'à commencer à te raconter une histoire pour que tu t'endormes. C'était un peu vexant.

-Non...j'aime...t'écouter...

Charlie fronça une nouvelle fois les sourcils. Chaque mot prononcé semblait douloureux et il n'aimait pas voir la souffrance sur le visage de son frère.

Ils restèrent un long moment silencieux. Ils furent tous les deux sortis de leur paisible rêverie par Peter qui ouvrit la porte, essoufflé.

-Neal... Je t'ai cherché partout. Tu aurais pu laisser une note dans ta chambre pour me dire où tu étais...

-Neal...?

La voix de Charlie fit sursauter l'agent du FBI.

-Charlie? Ravi vous voir de retour parmi nous.

Peter s'assit sur le bord du lit, le temps de reprendre son souffle.

-Neal Caffrey...c'est...mon nom...maintenant.

-J'ai vraiment raté pas mal d'épisodes, on dirait. Et vous êtes?

-Peter... L'agent Peter Burke, FBI.

-Donc, si je résume, j'ai passé les dernières années dans le brouillard et, pendant ce temps, tu as changé de nom et tu travailles pour le FBI?

-C'est presque ça. Neal tu me permets de donner quelques informations à Charlie?

Neal hocha la tête, soulagé de voir Peter prendre le relai.

-Nous aurons le temps de parler plus longuement de ce qui s'est passé ces dernières années mais pour que vous ne soyez pas complètement perdu, il y a deux ou trois choses que vous devez savoir. Nicholas et vous, vous êtes enfui de chez Patrick Frey. Il vous a déposé dans un hôpital où vous avez été soigné avant d'intégrer le foyer.

-Je me souviens de cette partie... Enfin à peu près.

Neal serrait la main de son frère et Peter ne pouvait empêcher son regard d'aller de l'un à l'autre. La ressemblance était étonnante mais les deux hommes n'étaient pas identiques. De nombreux points permettaient de différencier les deux frères. Malgré les épreuves, Charlie avait gardé une certaine insouciance et affichait un sourire candide qui rappela à Peter ses premières rencontres avec Neal.

-C'est bien. Votre frère a ensuite essayé d'alerter la police mais ne sortant du commissariat, il a été renversé par une voiture. Cet accident l'a laissé amnésique et, au cours des années suivantes, il a tenté de se reconstruire une nouvelle vie...avec des hauts et des bas...

Neal remercia intérieurement Peter de passer certains épisodes de sa vie sous silence. Il raconterait tout à son frère mais plus tard quand ils seraient tous les deux sortis de cet hôpital et que leur situation serait un peu plus stable.

-Aujourd'hui, il travaille avec moi au FBI.

-Et son nouveau nom est Neal Caffrey...? J'aime bien... Mais pour moi tu seras toujours Nick...

-Je suis...toujours...Nick.

Les deux frères échangèrent un sourire complice et Peter se demanda l'espace d'un instant ce que cachaient vraiment ce regard.

-Alors, comme ça, tu travailles pour le FBI.

-Je ne ...suis...que...consultant.

Neal avait de plus en plus de mal à parler et Charlie adressa un regard inquiet à Peter.

-Neal, tu devrais peut-être retourner dans ta chambre pour te reposer un peu. Le médecin devrait passer te voir bientôt.

Après avoir embrassé son frère, Neal sortit de la chambre. Peter lui fit signe de partir devant et, même s'il n'aimait pas que son ami parle avec son frère dans son dos, il comprenait que celui-ci éprouve le besoin de préciser quelques points avec lui.

-Pourquoi Nick est-il ici?

-Il a été victime d'une violente crise de migraine ce matin. Le scanner a révélé la présence de tâches et hier, il lui ont fait une ponction lombaire pour en savoir plus.

-Est-ce qu'il y a des raisons d'être vraiment inquiet? J'ai bien vu qu'il avait du mal à parler et il a l'air vraiment épuisé.

-Ses difficultés d'élocution sont apparues après une affaire qui a mal tourné. Il a été enlevé par un groupe qui voulait se servir de lui comme monnaie d'échange. On a réussi à le sortir de là mais, hélas, pas avant que l'un de ces hommes ne lui fasse du mal.

Peter ne voulait pas rentrer dans les détails et, voyant son hésitation, Charlie n'insista pas.

-Peter, promettez-moi de me tenir au courant.

-Promis, Charlie. Je devrais le rejoindre.

-Oui, il a besoin de quelqu'un en qui il peut avoir confiance à ses côtés.

Peter sortit de la pièce et chercha Neal des yeux. Il ne mît pas longtemps à le repérer. Le jeune homme était assis un une chaise à quelques mètres de la chambre de son frère.

-Besoin d'aide?

-Je...t'attendais...

-Charlie s'inquiétait pour toi. Je lui ai expliqué pourquoi tu étais là.

-Ok...

Neal se leva et ils marchèrent lentement vers sa chambre. Peter se contenta de le surveiller de près mais il du soulagé de le voir arriver jusqu'à son lit sans son aide.

Les résultats de la ponction ne révélèrent rien de nouveau et après une âpre discussion, le médecin accepta de le laisser rentrer chez lui. En échange, Neal promit de revenir pour d'autres examens si de nouveaux symptômes apparaissaient ou s'il notait une aggravation de son état. Il quitta sa chambre avec une prescription pour ses migraines.

Peter ne fut pas vraiment surpris quand il vit son ami prendre la direction de la chambre de Charlie. Ils retrouvèrent le jeune homme sur son fauteuil...un sourire radieux les accueillit.

-Qu'a dit ton médecin? Apparemment, ils ont décidé de te relâcher...

-Rien...dans la...ponction.

-Et la suite?

Neal prit place sur le lit faisant signe à Peter de continuer.

-Il va falloir garder un œil sur ton frère. Les examens n'ont rien révélé mais ça ne veut pas dire que tout va bien.

-Je vois... Il a insisté pour sortir de l'hôpital contre l'avis du médecin?

-Gagné...

-Je suis...là...

-Peter et moi, on y voir clair, Nick.

-Mais il a promis de revenir si de nouveaux symptômes apparaissaient...

-C'est déjà ça.

Neal fit semblant d'être contrarié mais il ne pouvait que se réjouir de la complicité qui naissait entre Peter et Charlie. Après quelques minutes de discussion, Charlie se tourna vers Peter.

-Pourriez-vous m'aider à m'allonger. Ça fait plusieurs heures que je suis sur ce fauteuil et un peu de repos ne me ferait pas de mal.

-Bien sûr.

-Merci, mes jambes ont encore un peu de mal à se réveiller. Après des années sans bouger, il va falloir du temps avant que je puisse partir en courant.

Peter aida Charlie à s'installer sur son lit sous l'œil attentif de Neal.

-Merci, Peter. Maintenant que je suis bien installé, on pourrait parler de l'affaire.

-Rien ne presse, Charlie.

Peter n'avait pas besoin de regarder Neal pour le sentir se crisper. Charlie semblait faire preuve de plus de recul et de sang froid mais Peter commençait à se demander ce dont Charlie se souvenait réellement.

-Au contraire, je pense qu'il y a urgence. Je ne parle pas seulement de ce qui m'est arrivé, je pense aussi à Paddy. Cet homme est responsable de la mort de Bill. Et, en cherchant bien, il se pourrait qu'on en trouve d'autres.

Peter se tourna vers Neal qui, assis sur le fauteuil, regardait fixement le sol.

-Bill?

-Le garçon qui a été retrouvé dans la cave de Paddy.

-Patrick Frey a fait dix ans de prison pour ce crime.

-Je sais mais il y a bien plus que ça, Peter. Nick a du vous raconter...?

En se tournant à son tour vers son frère, Charlie fut troublé de voir ses mains trembler.

-Nick... Ça va?

Un timide hochement de tête fut la seule réponse qu'il obtint alors le jeune homme reporta son regard vers Peter.

-Neal a encore du mal à faire le tri dans ses souvenirs. Certaines informations ont refait surface mais c'est encore confus.

Devant la détresse visible de son frère, Charlie hésita à poursuivre. Mais après toutes ces années de silence, il devait parler. Il avait le sentiment que des vies étaient, aujourd'hui encore en jeu.

-Paddy participait à un odieux trafic. De nombreux enfants faisaient parti de son "catalogue" et même après dix ans de prison, je doute qu'il ait renoncé à ses penchants pervers. Il est même possible qu'il ne soit pas le seul impliqué. Des gens se sont donnés beaucoup de mal pour m'empêcher de témoigner et, je suppose que l'accident dont Nick a été victime n'en était pas vraiment un.

Peter était surpris par l'assurance du jeune homme qui contrastait avec l'agitation de Neal.

-Charlie... Tu sais...qu'on doit...rien...dire.

-Ils ne peuvent plus nous faire de mal, Nick.

Charlie fit un gros effort pour s'asseoir au bord du lit avant de se lever et de venir s'agenouiller devant son frère.

-Nick, il y a peut-être d'autres enfants qui souffrent. On ne peut pas le laisser faire.

-Il va...te faire...du mal...

-Tu n'as plus besoin de me protéger, Nick. Laisse-moi prendre son de toi, maintenant.

-Non... Je...

La terreur se lisait dans le regard de Neal et Charlie fut profondément perturbé de voir son frère aussi traumatisé.

-Nick, il ne me fera plus de mal. On doit se battre... Il faut dire ce qu'il nous a fait, ce qu'il a fait à d'autres enfants. Il faut que tu racontes ce qui s'est passé...

Neal secouait violemment la tête.

-Nick... Il faut que tout le monde sache avec quel courage tu l'as affronté, comment tu as aidé les autres enfants, comment tu m'as sauvé la vie...

Peter eut, une nouvelle fois, l'impression qu'il n'avait fait qu'effleurer la surface de cette affaire et qu'il y avait des facettes de la personnalité de son ami qu'il ne connaissait pas encore.