Merci à Sophie pour ses commentaires encourageants et toujours sympathiques.

La fin de cette histoire est écrit mais je ne suis pas certain de ne pas retoucher et changer encore deux ou trois choses.

A mon Ange à moi…

Chapitre 31.

Neal passa l'heure suivante assis sur une chaise feuilletant le dossier transmis par l'enquêteur qui, lui, discutait avec Peter dans le bureau. En voyant tous ces visages qu'il avait croisé, tous ces amis qu'il n'avait pas eu le temps de connaître et qui, aujourd'hui étaient probablement morts. Il jetait un œil par moment vers Peter, essayant de deviner ce qui pouvait se dire.

Peter finit par lui faire signe de les rejoindre. Il monta lentement les marches menant au bureau où il s'était si souvent assis attendant que les reproches pleuvent. Aujourd'hui, l'attente était différente même si la peur était semblable.

-Neal, je te présente l'officier Mester. Il a repris l'enquête après la sortie de prison de Patrick Frey. Voici Neal Caffrey…Il travaille avec moi sur ce dossier.

Peter n'avait pas parlé de son implication dans l'affaire et il ne savait pas trop quoi dire face à cet homme qui semblait le dévisager.

-Je ne peux pas m'empêcher de trouver ça étrange que votre équipe s'intéresse à cette enquête.

Peter regarda Neal lui laissant prendre l'initiative de révéler ou non l'origine de leur implication. Après un moment d'hésitation, Neal se décida à parler. S'ils voulaient compter sur la collaboration de l'officier Mester, ils devaient être honnête avec lui. Le FBI n'avait, en effet, aucune raison de mettre son grain de sel dans ce genre d'enquête.

-Mon véritable…nom est…Nicholas Seaver.

L'homme se leva et marcha jusqu'à la fenêtre, les poings sur les hanches.

-Vous savez que nos services ont passé des années à votre recherche. Comment avez-vous pu vous cacher toutes ces années. Au moment du procès de Frey, votre témoignage aurait pu tout changé.

Voyant Neal se tasser sur sa chaise, Peter reprit le contrôle de la conversation.

-Après leur fuite,Neal… Enfin, Nicholas a déposé son frère, Charlie à l'hôpital puis il a essayé de convaincre certains de vos collègues qu'ils étaient en danger. En sortant du commissariat, alors que personne n'a accepté de l'écouter, Frey ou l'un de ses complices s'est chargé de le faire taire.

-Comment ça ? Je ne comprends pas… Charlie Seaver est officiellement mort.

-Une explication à la fois, s'il vous plaît.

L'officier Mester se tut, comprenant que ses reproches envers Neal ne seraient pas tolérés.

-Des officiers de police refusant de l'écouter et un accident à quelques mètres du commissariat… Je pense qu'il y aurait beaucoup à dire dans la manière dont a été menée cette enquête. Neal n'a retrouvé ses souvenirs que récemment. Voilà pourquoi nous nous intéressons à cette enquête.

-Je vois… et pour Charlie Seaver… ?

-Ce n'est pas son corps qui a été retrouvé dans cette cave mais celui d'un certain Bill Josith.

Après quelques secondes d'un silence pesant, l'officier revint s'asseoir.

-On est vraiment passé à côté de cette enquête. Ce n'est pas la seule erreur commise. Depuis le début, j'ai l'impression que quelqu'un ne veut pas voir cette enquête aboutir. Il est très difficile d'obtenir des informations. Je me heurte en permanence à des commentaires déplacés sur le fait que personne ne s'est soucié de ces gamins à l'époque alors à quoi bon remuer ça maintenant.

Neal dut inspirer profondément pour refouler la nausée qui montait dans sa gorge. Même après toutes ces années, on continuait de bafouer la mémoire de ces victimes innocentes dont le seul tort avait été de croiser la route de monstres qui avaient profité de leur vulnérabilité.

-Frey aurait dû être enfermé pour très longtemps. Au lieu de ça, il est libre et mène une petite vie tranquille dans un pavillon de banlieue. Avez-vous retrouvé votre frère ?

Neal hocha la tête. Il se sentait totalement incapable d'aligner deux mots. S'il avait ouvert la bouche, aucun son n'aurait pu en sortir à cet instant. Se retrouver face à un homme qui connaissait toute l'histoire était bien plus éprouvant que ce qu'il avait imaginé.

-Charlie a caché son identité pendant des années mais apparemment, des hommes impliqués dans cette affaire ont retrouvé sa trace. Par l'intermédiaire du directeur du foyer où il vivait, il a été réduit au silence à coup de médicaments. Nous l'avons retrouvé et son état s'est amélioré même s'il est loin d'avoir retrouvé tous ses moyens.

-Vous avez interrogé le directeur du foyer ?

-Il est actuellement notre invité mais je crains qu'il ne sache pas grand chose. Trois agents sont partis chercher Patrick Frey pour qu'on puisse le confronter aux nouveaux éléments en notre possession. Nous verrons bien ce qu'il peut nous dire.

-J'aimerais être présent lorsque vous l'interrogerez.

Neal se leva et quitta le bureau sans un mot. Il lui était impossible de rester assis là, à les écouter parler de cet homme, celui qui avait fait de son enfance un enfer. Mais en essayant de fuir le bureau de Peter, il tomba nez à nez avec ce monstre, menotté, emmené pour interrogatoire par Jones et deux autres agents. S'il ne sembla pas le reconnaître, Neal, lui, se retrouva plongé dans son passé au moment où il croisa ce regard glacial.

Peter se précipita derrière lui, le soutenant alors que Frey était conduit dans une salle d'interrogatoire.

-Neal…

Il entendait la voix de Peter mais sa vue se troublait, sa respiration s'accélérait. Il avait conscience qu'il devait se reprendre sinon, il allait finir par perdre connaissance. Il essaya de se concentrer sur la main de Peter posée sur sa poitrine, sur sa voix teintée d'inquiétude.

-Neal essaie de rester avec moi, mon grand.

La peur dans la voix de son ami l'aida à garder les yeux ouverts, il inspira profondément et se sentit poussé vers une chaise où il fut soulagé de pouvoir s'asseoir. Peter s'accroupit devant lui, une main sur son genou.

-Je suis désole. J'aurais dû dire à Jones de l'amener directement en salle d'interrogatoire.

-Non…ça…va.

Le rire de Peter le surprit et en levant les yeux il croisa le regard sceptique de l'officier Mester.

-Si tu voyais ta tête, tu n'oserais pas dire que ça va. Même pour un acteur aussi bon que toi…ça va être difficile de mentir.

Neal concéda un timide sourire. S'il avait l'air aussi mal en point qu'il se sentait, ça ne devait pas être beau à voir, en effet.

-Vas…

-Où ?

-L'interroger…

-Il peut attendre un peu. Je veux d'abord être sûr que tu ne vas pas tourner de l'œil dès que je me serais éloigné.

Neal fit une moue vexée en entendant son ami douter de sa capacité à rester conscient en son absence mais il devait admettre qu'il se sentirait mieux si Peter restait à ses côtés.

L'agent du FBI se tourna vers l'officier de police.

-Vous qui le connaissez, comment aborder cet interrogatoire ?

-Ce type est un malin et un habitué des salles d'interrogatoire mais, il y a une chose dont je suis certain…

L'homme parut hésiter avant de continuer. Il regardait alternativement Neal et Peter. Le jeune homme avait encore du mal à contrôler les tremblements de ses mains et il savait que ce qu'il s'apprêtait à dire allait l'affecter.

-Il n'a jamais digéré la disparition de Nicholas. C'est le seul et unique moment de mes entretiens avec lui où il a manifesté une réelle émotion. Cet homme est un bloc de glace mais perdre Nicholas a été très difficile pour lui.

Peter vit les poings de Neal se serrer et il posa une main sur les mains de son ami.

-Neal, il est hors de question de se servir de toi pour le faire parler.

Neal leva la tête et le sourire qu'il adressa à Peter, à cet instant, lui glaça le sang.

-On…n'aura pas…le choix…et tu le…sais.

-Désolé, Neal mais tu te trompes. Je suis responsable de cette enquête et j'ai le choix.

Peter se redressa comme pour appuyer son propos mais il savait que, face à un Neal déterminé, il n'aurait, de toute façon, pas le dernier mot.

-J'ai le choix et je ne te livrerais pas en pâture à ce monstre…

L'officier Mester semblait mal à l'aise et il comprit qu'il allait devoir jouer un rôle qu'il n'aimait pas quand Neal se leva et se plaça devant lui. Il ne pouvait s'empêcher de chercher dans ce regard bleu, le petit garçon qu'ils avaient cherché toutes ces années. Ce petit bonhomme traumatisé et perdu, qu'ils avaient tous cru mort. Et qui, aujourd'hui, se tenait devant lui, en proie à des démons qu'il n'osait pas imaginer.

-Officier…vous êtes chargé…de cette…enquête…Je vous demande…de faire…ce qui doit être…fait pour…

Neal ne put terminer sa phrase mais le sens en était parfaitement clair et malgré le regard furieux que Peter posait sur lui, il ne put qu'approuver d'un hochement de tête. Sans avoir la prétention de comprendre la démarche de ce jeune homme, il pouvait percevoir sa détermination et son envie de voir cette affaire réglée.

-Vous êtes sûr de pouvoir faire ça, Nicholas ?

Neal sourit en entendant ce prénom oublié depuis si longtemps. Jamais Peter ne parviendrait à l'appeler Nicholas. Charlie l'avait toujours surnommé Nick. C'était la première fois depuis longtemps qu'il s'entendait appeler ainsi et, contrairement à ce qu'il aurait pu imaginer, ça lui faisait plutôt plaisir.

Voyant son ami hésiter avant de donner sa réponse, Peter espéra un instant qu'il avait changé d'avis. Mais lorsqu'il vit ce délicieux sourire illuminer son visage, il se rendit compte que Neal avait décidé de dépasser ses propres appréhensions et d'assumer complètement ce passé sombre, à commencer par ce prénom.

-Pas vraiment…sûr mais…c'est ce qu'il…faut faire.

Il sentit la main de Peter saisir la sienne et il fut plus que surpris que son ami ose avoir un tel geste au beau milieu de cet espace ouvert où tous leurs collègues pouvaient les voir. Mais à ce moment, l'agent du FBI n'avait que faire des rumeurs et ce que pourrait penser sa hiérarchie. Il devait montrer à Neal que, quoi qu'il décide il serait présent à ses côtés et qu'il ferait tout son possible pour lui rendre les choses plus faciles.

-Très bien. Agent Burke, comment voulez-vous procéder ?

-Je pense que vous devriez commencer. Histoire de lui faire croire qu'il est en terrain conquis. Je serais présent mais je vous laisse le questionner. On évite de parler de la raison première de sa présence dans les bureaux du FBI. Je me chargerai de lui expliquer mais je veux d'abord voir à qui on a à faire.

Mester fit une grimace signifiant qu'il n'allait probablement pas être déçu par le personnage.

Neal n'avait pas bougé. Il semblait ne pas trop savoir ce qu'il devait faire maintenant que les deux enquêteurs avaient décidé de la marche à suivre.

-N'y pense même pas.

-Hein ?

-Je sais ce que tu es en train de te dire. Tu es sur le point de demander à assister à l'interrogatoire.

Ce n'est qu'en entendant les mots de Peter qu'il réalisa que c'était ce dont il avait besoin. Il était nécessaire pour lui d'entendre ce que Frey avait à dire. Il devait voir son visage au moment où Peter lui révèlerait sa présence, lui dirait que Charlie était sorti de sa léthargie provoquée.

-Je veux…l'entendre…Peter. Il faudra…bien que je…sois confronté…

Peter poussa un profond soupir. Si Neal avait été un témoin ordinaire, il n'aurait pas hésité une seconde. Rien de tel pour déstabiliser un suspect que de le confronter à ses victimes. Mais c'était différent quand quelqu'un de proche était concerné. Il ne pouvait pas livré son ami à cet homme et se servir de lui pour faire avancer son enquête.

-Je veux que Jones reste avec toi et tu restes derrière la vitre.

Neal hocha la tête. Il avait déjà été secoué de se retrouver face à face avec Paddy, il n'avait pas l'intention d'entrer dans cette salle. Il suivit Peter et Mester qui se dirigeaient vers la salle d'interrogatoire et attendit sagement dans le couloir que Jones le rejoigne.

-Désolé que tu aies dû voir ce sale type. Je pensais que tu serais dans le bureau avec Peter.

-Tu ne…pouvais pas…savoir…

-Tu es sûr de vouloir entendre ce qu'il va dire ?

-Non…pas vraiment…Mais je ne…pourrais pas…être en paix…si je ne…le fais pas…

Neal sentait que son collègue avait des dizaines de questions à lui poser mais il lui fut reconnaissant de se retenir. Il essaierait de lui expliquer, plus tard, quand il aurait, lui même réussi à faire le tri dans ses idées.

Peter laissa Mester entrer en premier et se plaça volontairement au fond de la pièce. Debout, observant cet homme, il se rendit compte qu'il aurait aimé se retrouver avec lui, dans un autre contexte. Qu'on le laisse quelques minutes, seul avec ce monstre pour qu'il ait le temps de lui faire regretter ses actes. Il essaya de se détendre mais, les poings serrés, il ne parvenait pas à faire taire sa colère.

-Officier Mester, quel plaisir de vous revoir. Vous avez changé d'affectation ? Mon dossier a été transmis au FBI ?

-C'est moi qui pose les questions. Je voulais juste prendre de vos nouvelles.

-Et vous avez besoin de me faire venir, menotté dans les locaux du FBI pour ça ?

-Si on vous a menotté, c'est que les agents responsables de votre transport l'ont jugé nécessaire.

Etalant son dossier sur la table devant lui, Mester prit son temps avant de poser sa première question. Peter sentait Frey impatient de savoir pour quelle raison il avait été arrêté. L'homme semblait suffisamment intelligent pour comprendre que cette interpellation avait été provoquée par de nouvelles avancées dans le dossier.

-Vous travaillez toujours à la bibliothèque ?

-Oui mais vous le savez très bien puisque vos amis sont venus m'arrêter sur mon lieu de travail.

-Qu'avez-vous fait depuis votre sortie de prison ?

-J'ai dû subir un suivi psychologique et je me suis rendu à tous les rendez-vous. Vous n'avez rien à me reprocher de ce côté là.

-Pas de contact avec vos anciens amis ?

-Je ne vois pas de qui vous parlez.

Peter pouvait sentir la tension monter et il décida de rentrer dans le vif du sujet. Il s'avança vers la table et prit place sur la deuxième chaise.

-Nous parlons des personnes qui étaient chargées de donner des directives à Monsieur Evans.

-A qui ai-je l'honneur de parler ?

Le regard de cet individu était glacial et Peter ne put retenir un frisson quand il posa les yeux sur lui. Il imaginait assez facilement l'effet que pouvait avoir ce genre d'expression sur un enfant apeuré.

-Agent Peter Burke. Dois-je vous reposer la question ?

-Non, j'ai très bien entendu et je ne connais personne du nom d'Evans.

-Bill Josith, Enzo Thigart, Ethan Murto… Ces noms vous disent quelque chose ?

Peter sentit l'homme se redresser sur sa chaise mais ce mouvement avait été à peine perceptible et, s'il n'avait pas été si attentif, il serait peut-être passé à côté.

-Non…Je ne connais pas ces personnes. Mais je vois beaucoup de monde passer depuis que je travaille à la bibliothèque… Alors peut-être…

Peter décida d'ignorer cette tentative de diversion. Il se pencha vers Frey, plongeant son regard dans le sien.

-Et Charlie Seaver… ? Vous connaissez bien Charlie ?

-Mon fils est mort. Je suis responsable de sa mort et j'ai passé les dix dernières années à payer pour ça…

Quel acteur…Peter était persuadé qu'il avait trompé plus d'un avocat avec ce genre de comédie. Il maîtrisait parfaitement l'art du mensonge et du prétendu chagrin.

-Charlie n'était pas votre fils.

-J'ai toujours traité mes deux anges comme mes propres enfants.

Peter sentit la nausée monter dans sa gorge en l'entendant parler ainsi de Neal et son frère, des sanglots dans la voix, alors qu'il les avait livré sans états d'âmes à des pervers.

-Charlie n'est pas mort mais je ne vous apprends rien.

L'homme tenta de feindre la surprise mais aucun des deux enquêteurs ne fut dupe.

-Avez-vous retrouvé Nicholas ? Ces deux-là ne se quittaient jamais. Ils se sont forcément enfuis ensemble.

-Vous admettez donc que le corps retrouvé dans votre cave n'était pas celui de Charlie ?

L'homme garda le silence un long moment essayant de se sortir de la toile dans laquelle Peter l'avait piégé. Il comprit vite qu'il ne servirait à rien de nier et qu'il valait mieux jouer le jeu afin de voir ce que les enquêteurs avaient contre lui.

-J'ai paniqué. Je ne savais pas qui était ce gamin, ni ce qu'il faisait dans ma cave alors j'ai dit qu'il s'agissait de Charlie.

Peter n'en croyait pas ses oreilles. Avec un naturel déconcertant, Patrick Frey venait de leur dire qu'il avait trouvé le corps d'un enfant dans sa cave et qu'il l'a fait passé pour l'un de ses « fils » disparu.

-Vous nous dites donc qu'un enfant, porté disparu est retrouvé mort dans votre cave et vous décidez de prétendre qu'il s'agit de Charlie et que sa mort est due à un accident. Vous avez même donné aux enquêteurs de nombreux détails sur la prétendue mort de Charlie… Et, assez étrangement, vos descriptions correspondent aux données recueillies lors de l'autopsie. Ce garçon s'appelait Bill Josith et il est bien mort des suites de mauvais traitements répétés et d'une infection pulmonaire non soignée.

-Où est Charlie ?

-Vous pensez vraiment que je vais vous donner cette information ?

-Où est Nicholas ?

Peter inspira profondément essayant de garder le contrôle de ses émotions mais il commençait à sentir ses mains le démanger. L'homme face à lui souriait, ses yeux ne lâchaient pas Peter cherchant à y lire les informations que l'agent refusait de lui donner.

-C'est lui, n'est-ce pas ?

Peter frissonna et il dut se retenir pour ne pas se tourner vers la vitre derrière laquelle Neal devait être posté.

-Tout à l'heure, quand vous m'avez amené…C'était lui…C'était mon Nicholas… ?

Peter ne répondit pas et se leva. En ouvrant la porte, Neal lui tomba littéralement dans les bras. Il crut que son ami faisait un malaise mais Peter se rendit vite compte qu'il essayait seulement de forcer le passage pour entrer dans la salle. Les yeux remplis de larmes, il se débattait cherchant à échapper aux bras mêlés de Peter et de Jones. Peter referma la porte derrière lui pour éviter que leur suspect n'entende leur conversation.

-Neal, il faut que tu te calmes. Il ne faut pas qu'il sache que tu es là. Pour le moment, tu dois rester à l'écart.

Après quelques secondes d'efforts infructueux, l'énergie sembla lui manquer et Neal finit par rendre les armes et se laisser guider vers la salle de repos où il s'assit sur un petit canapé. Jones lui apporta un verre d'eau mais les mains du jeune homme tremblaient trop pour qu'il puisse le tenir. Peter le prit des mains et s'assit à côté de lui.

Prenant ses mains dans les siennes, Peter commença à masser doucement la paume de sa main droite. Neal fixait les doigts de son ami qui glissaient sur sa peau en petits cercles réguliers. Sans un mot, Peter continua ce léger massage et quand Jones voulut prendre la parole, il lui fit un signe de tête et l'agent comprit qu'il valait mieux les laisser seuls.

Après quelques minutes, Neal finit par se détendre et il posa sa tête sur l'épaule de Peter. Celui-ci esquissa un geste pour passer son bras autour des épaules du jeune homme mais la voix affaiblie de Neal l'interrompit.

-Ne t'arrête…pas…s'il te plaît.

Souriant, Peter poursuivit son massage. Neal semblait trouver du réconfort dans ce geste répétitif et régulier…un contact rassurant.

-Tu te sens un peu mieux.

Pour toute réponse, Neal s'allongea, posant sa tête sur les genoux de Peter comme il l'avait fait quelques jours auparavant.

-Il m'a…reconnu…

-Oui, Neal. Mais ça ne veut pas dire qu'il peut te faire du mal. Ni à toi, ni à Charlie. Vous n'êtes plus des enfants, vous n'avez plus à subir son emprise.

-Je sais…Mais quand il a dit…mon nom…

Peter glissa une main dans les cheveux fins de son ami, cherchant les mots justes pour tenter de le rassurer. Mais il savait bien que de nombreuses épreuves attendaient encore le jeune homme avant qu'il puisse penser à vivre paisiblement.

-Je veux lui…parler…

-C'est hors de question, Neal. D'abord parce que tu n'es pas prêt pour une telle confrontation et ensuite parce que ça pourrait nuire à l'enquête.

Peter fut surpris de ne pas l'entendre insister un peu plus. Jones les interrompit en frappant doucement à la porte. Neal se redressa d'un bond mais Peter ne manqua pas le sourire qui éclaira le visage de Jones les voyant dans cette position.

-Peter on a peut-être retrouvé un des gamin. Après notre recherche, un officier de police s'est présenté spontanément pour dire qu'il connaissait l'un des noms. Il t'attend dans la salle de réunion.

-Très bien. J'arrive.

Il se tourna vers Neal qui était toujours assis sur le canapé. Son visage était tendu et les cernes sous ses yeux dessinaient de larges ombres.

-Tu veux parler à notre nouveau témoin ?

-Non…je vais…me reposer un peu.

Même s'il eut l'impression que son ami lui mentait et qu'il préparait quelque chose, Peter écarta cette idée essayant de ne pas retomber dans ses mauvaises habitudes. Il devait apprendre à faire confiance à Neal. Il quitta la pièce suivi de Jones qui referma la porte derrière lui.

Une fois seul, Neal attendit quelques minutes avant de se glisser dans le couloir. Il savait que Paddy avait certainement été ramené dans un e des cellules à l'étage en-dessous. Il devait éviter Mester et le gardien qui surveillait au bout du couloir mais ce n'était pas vraiment un problème.

Au moment où il entrouvrit les portes de la cage d'escaliers, il vit l'officier Mester remonter le long couloir en direction des ascenseurs. Il referma la porte et attendit qu'il soit passé pour sortir à son tour dans le couloir.

Le gardien en poste était un certain Jim que Neal connaissait bien. Au fil des années, il avait appris à connaître le personnel qui peuplait ces couloirs et le rôle de chacun. Il mettait un point d'honneur à connaître leur nom et parfois certains renseignements personnels qui pouvaient toujours s'avérer utiles…comme aujourd'hui.

-Jim, comment va Lucy ?

-De plus en plus nerveuse avec l'arrivée imminente du bébé. Et elle me rend un peu nerveux aussi. Que venez-vous faire ici ? Je croyais que vous étiez en vacances.

Neal inspira avant de répondre. Il ne voulait pas que l'homme se doute que quelque chose n'allait pas en l'entendant parler.

-Des vacances forcées mais…ça va mieux. Ils ne peuvent pas…se passer de moi.

L'homme sourit. Ils avaient souvent parlé de rôle souvent reconnu des « petites mains » qui s'occupaient du sale boulot sans que personne ne montre la moindre reconnaissance en haut lieu. C'était le point faible de Jim. Un bon garçon qui faisait son travail correctement mais qui avait l'impression de ne pas être apprécié à sa juste valeur.

-Je dois voir un des suspect…

Pour donner le change, Neal sortit de sa poche le petit carnet que Peter lui avait donné la veille.

-Un certain Patrick Frey.

-Oui, ils l'ont redescendu il n'y a pas longtemps. Je ne sais pas ce qu'il a fait mais il a droit à une surveillance rapprochée. Ils m'ont même demandé de brancher les caméras de surveillance de la cellule.

Evidemment, il aurait dû se douter que ça n'allait pas être si simple. Mais, même avec ces caméras, il disposait de suffisamment de temps pour parler à Paddy avant que Peter ne se rende compte de sa présence.

Neal vit une ombre de soupçon passer sur le visage de Jim mais il lui rendit son plus charmant sourire et le gardien le laissa passer.

-Cellule 6 au fond du couloir.

-Merci Jim.

Neal essaya de garder la tête haute et de contrôler le tremblement de ses jambes. Mais, au fur et à mesure qu'il avançait, il sentait sa détermination le quitter et cette peur insaisissable et lancinante le saisir.

Mais il ne reculerait pas. Il devait aller au bout et se prouver que cet homme ne pouvait plus l'atteindre. Quand il se planta devant les barreaux, il vit un homme assis sur la chaise sur la droite de la pièce, plongé dans un livre. On aurait pu le croire dans une salle d'attente patientant gentiment. Quand il leva les yeux, Neal dut se retenir pour ne pas s'enfuir en courant.

-Bonjour, Paddy.

-Je savais bien que c'était toi.

Frey se leva et s'approcha des barreaux. Neal fit un pas en arrière mais il parvint à maîtriser sa respiration. Il n'était pas certain de réussir à parler clairement mais, il était là et c'était déjà une victoire.

-Quand je t'ai vu tout à l'heure, j'ai reconnu ce regard. Je suis tellement heureux de te revoir. Pourquoi es-tu parti sans rien dire ?

-Tu le sais…Très bien…

-Nicholas, mon ange…Tu sais que je ne voulais que votre bien, à tous les deux. Mais ce n'était pas facile. Quand votre maman vous a laissé, je vous ai recueilli et comment vous me remerciez…en vous enfuyant comme des voleurs. Ils m'ont envoyé en prison à cause de vous.

Ce genre de discours, il l'avait entendu des dizaines de fois mais les mots faisaient toujours aussi mal. Même avec le recul et après toutes ces années, il ne pouvait s'empêcher de ressentir l'emprise que cet homme avait sur lui, la manière dont son estomac se nouait à chaque vous qu'il posait les yeux sur lui.

-J'ai…juste…une…question.

Neal se rendit compte qu'il avait de plus en plus de mal à parler et il commençait à voir de petits points noirs danser devant ses yeux.

-Est-ce que…c'est…toi…mon accident… ?

-Nicholas…qu'est-ce qui t'arrive ? Toi qui a toujours eu la langue bien pendue…

L'homme passa une main à travers les barreaux et lui tendit la main comme il le faisait parfois le soir quand ils étaient à table. Les garçons savaient ce que ce geste voulait dire. La main de cet homme était une invitation, pas une de celle qu'on peut refuser… Le signe qu'ils devaient s'approcher, le laisser prendre le contrôle. Encore aujourd'hui, il ne put s'empêcher de répondre à cette invitation et de saisir cette main tendue.

Le contact de cette main rugueuse envoya des frissons dans chacun de ses muscles. Il n'était plus dans les locaux du FBI, il était de retour dans cette maison sordide. Il pouvait sentir le froid l'envahir, l'envelopper. Incapable de bouger, il regardait Frey lui sourire mais il n'y avait rien de tendre, ni de bienveillant dans ce sourire.

-C'est mieux comme ça. Tu as toujours été un bon garçon. Je l'ai toujours su. Tu as toujours essayé de protéger Charlie. Tu crois que je ne voyais pas quand tu prenais sa place ?

Neal ne pouvait détacher ses yeux de cette main qui emprisonnait la sienne, la serrant à la limite de la douleur.

-J'ai toujours su faire la différence entre vous. Contrairement à ce qu'on pourrait croire au premier coup d'œil, vous n'êtes pas identiques. Il y a une différence subtile dans les yeux…

Frey l'attira plus près. Il avait maintenant le visage à quelques centimètres du sien, le bras à l'intérieur de la cellule, retenu de force par le monstre de ses cauchemars. Il se sentait pris au piège et s'il avait eu les idées assez claires pour pouvoir réfléchir, il aurait sans doute regretté d'être descendu ici seul et contre l'avis de Peter.

Lorsque Frey approcha un peu plus son visage du sien, Neal sut qu'il avait perdu d'avance son combat contre la terreur qui était en train de le submerger. Il était redevenu cet enfant sans défense qui tremblait en entendant les pas de son bourreau descendre les marches menant à la cave. La pièce autour de lui vacilla avant que le noir l'engloutisse et qu'il s'effondre sur le sol, les mots de ce monstre résonnant encore à ses oreilles.

« Tu sais bien que c'était moi dans cette voiture et je suis sûr que tu te souviens de ce que je t'ai dit ce jour-là…Tu te rappelles…Je t'ai dis que, où que tu ailles, je te retrouverais »