Merci à Sophie…Transmission de pensées ou pas…Voici la suite…

Chapitre 40.

Peter passa les deux jours suivants à attendre patiemment la visite de Neal. Il avait retrouvé l'intégralité de ses souvenirs et il avait besoin de se rassurer et de voir, de ses yeux, que son ami allait bien. Jones avait été chargé de reprendre l'enquête de Mester.

Cette mesure exceptionnelle faisait suite à l'évincement du policier qui, sous le coup d'une sanction, s'était vu mis à pieds.

L'agent du FBI était un peu débordé par l'ampleur de l'affaire qui semblait toucher les hautes sphères politiques et judiciaires de la ville. Après son réveil Frey s'était mis à table et quitte à tomber, il était bien déterminé à entraîner les autres dans sa chute. Des noms et des preuves commençaient à s'accumuler. Jones en avait parfois la nausée. On parlait de meurtres, enlèvements, séquestrations, tortures sur des enfants parfois très jeunes.

Il avait gardé Peter à l'écart ne lui révélant que le strict nécessaire sur ordre d'Elisabeth qui gardait un œil vigilant sur lui. A son grand étonnement, Neal n'avait même pas évoqué la possibilité de rendre visite à Peter. Son silence et sa passivité inquiétaient Jones mais, cela aussi, il l'avait caché à Peter.

Ce matin-là, lorsqu'il poussa la porte de la chambre, il trouva Peter plongé dans son journal qu'il essayait, tant bien que mal de tenir d'une seule main.

-Il devrait proposer un format pour les grands blessés.

-Ce n'est pas très gentil de se moquer de son patron, Jones.

Peter sourit avant de reprendre son sérieux. Jones avait, lui aussi, lu les grandes lignes de la presse ce matin et il savait ce qui tracassait Peter.

-L'affaire commence à faire du bruit.

-Oui, difficile de garder le secret bien longtemps dans une affaire de cette ampleur. Ce qui est rassurant c'est que l'on n'a trouvé aucun cas récent. Ce « groupe » aurait été dissous il y a quelques années mais les personnes impliquées sont toujours très influentes.

-Il va falloir un dossier en béton à présenter au juge.

-Je ne me fais pas de souci pour ça. Frey est un maniaque. Il a gardé tous ces carnets avec les noms de ses clients, une description détaillée de chaque enfant et des tarifs en lien avec des « prestations ». C'est une véritable horreur…

-Raison de plus de bien faire le ménage…sans pitié… Et rendre justice à ces enfants.

-On se concentre maintenant sur la recherche des enfants. Tout ceux qu'on a retrouvés sont, hélas, morts…Mais la liste est encore longue et le battage médiatique jouera peut-être en notre faveur.

Peter resta un long moment plongé dans ses pensées, le regard fixé sur l'article en première page. Jones savait quelle question lui brûlait les lèvres, celle qu'il lui posait tous les jours avec cette même crainte.

-Comment va Neal ?

-Ça peut aller. Il se remet doucement.

Les jours précédents, Peter s'était contenté de cette réponse en partie parce qu'il ne se sentait pas la force d'en entendre une autre. Mais pas aujourd'hui… Il savait que cet article et le reste de l'affaire étaient un véritable supplice pour son ami.

-Jones, tu es un terrible menteur. C'est gentil à toi d'essayer de m'épargner mais j'ai besoin de connaître la vérité. Comment va-t-il ?

-Difficile de savoir. Il est complètement renfermé sur lui-même. Il n'y a bien que Charlie qui parvint à lui soutirer deux mots.

-Il faut que je lui parle.

-Peter, ça va être compliqué. Il n'est pas sorti de l'appartement depuis le jour où je l'ai ramené chez lui. Je crois que ce passage en cellule l'a bien plus affecté qu'il ne veut le dire.

Ça et le fait qu'Elisabeth l'ait accusé d'être responsable de ma blessure…Plus deux ou trois petites choses qui aurait traumatisées même le plus coriace des hommes.

Peter ne prononça pas ces mots à voix haute mais Jones put aisément les lire sur son visage.

-Alors c'est moi qui vais me déplacer.

Peter joignit les actes à la parole et commença à repousser les draps. Jones n'eut pas besoin de le retenir car sa vision se troubla et il se rallongea précipitamment.

-Je vais peut-être attendre un peu…

-Je crois que c'est plus sage. Je te promets de faire de mon mieux pour te l'amener.

-Merci…

Peter sembla hésiter à poursuivre et Jones comprit qu'il avait une autre requête.

-Il vaudrait mieux qu'il ne croise pas Elisabeth. Il n'a pas besoin d'entendre de nouveaux reproches.

-Elle lui en veut toujours autant ?

-Je pense que ça va bien plus loin que cette affaire…

Jones sentit que son patron avait besoin de se confier. Ce n'était pas vraiment dans ses habitudes mais il avait besoin d'une oreille amie.

-Notre relation est un peu tendue…Elle l'était avant ma blessure.

-A cause de Neal… ?

-En partie, oui… Mais en partie seulement. C'est un peu compliqué à expliquer…

-Elisabeth n'accepte pas ta relation avec Neal... Le fait que vous soyez devenus si proches… ?

Peter aurait dû se douter que les changements dans ses rapports avec Neal n'avaient pas échappé à son collègue. Il le remercia silencieusement pour sa discrétion.

-Oui, elle fait de lui la cause principale de tout ce qui a pu se passer de travers ces dernières années…

-Sur certains points elle n'a pas tort. Neal n'a pas toujours fait des choix de vie très judicieux et il t'a parfois entraîné dans des situations périlleuses.

-Je sais mais elle peut être très violente dans ses propos et Neal ne le mérite pas.

Jones approuva d'un hochement de tête. Même s'il pouvait comprendre la réaction d'Elisabeth, ce sentiment de trahison, il était aussi bien conscient de la fragilité des on ami.

-Tu penses pouvoir le faire venir aujourd'hui ?

-Ça risque d'être compliqué. Il doit nous aider dans l'enquête.

-Comment ça ?

-Nous n'avons toujours pas retrouvé le corps d'Ethan et il nous faut cette preuve pour rajouter une ligne sur l'acte d'inculpation de Frey.

-Neal a accepté de vous aider ?

Le doute dans la voix de Peter était compréhensible. Jones venait de lui dire que Neal n'avait pas mis le nez dehors ces derniers jours.

-En fait, je ne lui en pas encore parlé. Mais j'espère trouver les mots pour le convaincre de nous accompagner sur les lieux.

-Est-ce vraiment nécessaire ?

-J'en ai peur. Frey soutient toujours que c'est Nicholas qui a tiré et pour le moment nous n'avons que la parole de Neal à lui opposer…

-Et ça ne pèsera pas bien lourd devant un juge…

Peter aurait aimé qu'ils puissent trouver une autre solution mais il faisait confiance à son collègue et il savait que Jones avait, tout autant que lui, à cœur de voir Neal se sortir de ce cauchemar.

-Garde un œil sur lui. Je pense que cet épisode, avec les moments passés dans cette maison, est le pire instant de sa vie. Un épisode qu'il a recréé ou revécu à plusieurs reprises.

Jones fronça les sourcils. Il avait du mal à suivre le raisonnement de Peter.

-Tu te souviens quand je t'ai demandé ces recherches sur Tom Philipps ? Le rapport d'enquête précise qu'il a été tué par balles et ils ont conclu que c'était sa compagne qui l''avait abattu.

-Oui, il a reçu deux balles. La seconde a été mortelle.

-Je pense qu'ils se sont trompés dans le nom du tireur. C'est probablement Neal Caffrey…Le vrai Neal Caffrey… qui a tué son beau-père après l'avoir vu frapper sa mère. Neal a dû raconter cet épisode à Nicholas quand ils étaient dans cet hôpital.

-Tu penses que c'est ce lien qui a poussé Nicholas à s'approprier l'identité de Neal… ?

Peter hocha la tête.

-Dans cette maison, il s'est à nouveau retrouvé avec une arme dans les mains…

-Et je pense que te voir blessé l'a beaucoup touché aussi. Charlie m'a parlé de cauchemars récurrents…

Jones hésita avant de poursuivre et de confier à Peter ce que le jeune homme lui avait dit.

-Il se réveille plusieurs fois par nuit et la plupart du temps c'est toi qu'il appelle.

Ces mots finirent de convaincre Peter de la nécessité d'une discussion avec son ami.

-Jones, il faut que tu parviennes à le convaincre. Je dois lui parler.

-Je vais essayer d'être convaincant. Mais s'il accepte de se rendre jusqu'à la cabane, je doute qu'il soit en état pour une autre promenade ce soir.

-Peut-être qu'il serait utile de demander au Docteur Penhurst de vous accompagner. Il connaît le passé de Neal et je pense qu'il lui fait confiance.

-J'y ai pensé mais je préfère en parler à Neal d'abord.

Peter approuva. C'était, en effet, plus judicieux. Jones resta à ses côtés encore quelques minutes avant de prendre la direction de l'appartement que son ami n'avait pas quitté depuis presque trois jours. Il monta lentement les marches et frappa à la porte. Charlie vint lui ouvrir et l'invita à entrer. Jones n'eut pas besoin de vérifier, il savait qu'à cette heure il trouverait son ami sur la terrasse, là où il passait la plus grande partie de son temps.

Après les banalités d'usage, Jones rejoignit Neal sur la terrasse.

-Bonjour.

Le jeune homme leva des yeux fatigués vers lui et esquissa un timide sourire. Alors que Jones prenait place sur une chaise, Neal se redressa un peu. L'agent du FBI avait, à plusieurs reprises, remarqué une certaine tension quand quelqu'un s'approchait trop près.

-Je me suis arrêté à l'hôpital en venant.

Jones n'en dit pas plus, attendant les questions que Neal n'aurait pas manqué de poser en temps normal. Mais rien n'était plus normal aujourd'hui et l'homme assis à ses côtés ne manifesta aucune intention d'entretenir la conversation.

-Peter va mieux. Il en a déjà marre de rester allongé. Les médecins le laisseront probablement sortir à la fin de la semaine.

Toujours ce silence anormal et angoissant. Jones ne savait pas vraiment ce qui aurait pu provoquer une réaction chez son ami.

-Tu as vu le journal ?

Neal se contenta de hocher la tête et de pointer l'édition du matin encore pliée sur la table.

-On poursuit les recherches mais on les tient presque tous. Il ne nous manque plus qu'une seule chose.

Comme à chacune de leurs « conversations », Jones s'inquiétait et s'agaçait en même temps de l'absence de réaction de Neal.

-On va avoir besoin de ton aide pour retrouver Ethan. Je ne peux pas laisser autant de personnes sur place pour chercher un corps avec aussi peu d'indication sur l'endroit où il a été enterré.

Neal semblait ne pas l'entendre, ne pas le comprendre mais Jones avait compris que, malgré les apparences, son ami était parfaitement conscient de ce qui se passait autour de lui.

-Si tu pouvais venir avec moi là-bas et essayer de nous indiquer un endroit…Ou, au moins de délimiter une zone.

Après de longues secondes de silence, Jones s'apprêtait à continuer son argumentation lorsque la voix de Neal le surprit.

-D'accord.

L'agent du FBI savait qu'il n'obtiendrait pas mieux et il se leva pour montrer au jeune homme qu'il comptait partir rapidement. Avant de rentrer dans le salon, il se rappela la suggestion de Peter.

-Est-ce que tu veux que j'appelle le Docteur Penhurst pour qu'il nous accompagne. Peut-être que sa présence pourrait t'aider.

Neal se leva à son tour et se plaça devant Jones. Celui-ci réalisa que c'était la première fois depuis des jours que le jeune homme le regardait dans les yeux.

-Allons-y.

Il n'y avait aucune agressivité dans sa voix, aucune hésitation. Mais il s'agissait bel et bien d'une façade derrière laquelle se cachaient toutes ses peurs, ses cauchemars. Jones faillit changer d'avis et laisser Neal tranquille.

Mais le jeune homme le devança dans les escaliers. Jones se tourna vers Charlie qui avait entendu la conversation.

-Clinton, est-ce vraiment nécessaire ?

Durant ces derniers jours, les deux hommes avaient appris à se connaître et ils avaient sympathisé. Charlie était heureux de pouvoir parler à quelqu'un qui comprenait sa situation.

-Tu sais que s'il y avait eu une autre solution, je ne serais jamais venu le chercher. Il vaudrait mieux que tu viennes avec nous.

Les trois hommes s'installèrent en silence dans la voiture. Neal avait pris place sur la banquette arrière, le regard tourné vers l'extérieur comme s'il s'agissait d'une simple balade. Charlie, en le voyant aussi distant ne pouvait s'empêchait de se demander à quel moment le vernis allait craquer. Il craignait ce jour et, en même temps, il le savait inévitable.

Arrivé sur place, Charlie fut le premier à descendre. Il avait peu de souvenirs de cet endroit. Quelques images lui revenaient en mémoire mais, durant leur séjour ici, il était déjà très malade et durant ses brefs moments de conscience, il n'avait pas eu l'occasion de sortir. Il réalisa soudain que Neal n'avait pas bougé. Il fixait les bois, la douleur se lisant sur son visage.

Jones ouvrit la portière et Neal finit par sortir. Sans un mot il se dirigea vers l'arrière de la maison. Jones fit signe à deux hommes de le suivre avec leur matériel. Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres dans les bois, Neal s'arrêta face à un tronc d'arbre, une main posée sur l'écorce. Lorsqu'il s'approcha derrière lui.

Sur l'écorce des traces d'impact de balles étaient encore visibles.

-C'est ici ?

Neal ne répondit pas et continua de marcher dans la même direction pendant encore quelques mètres. Jones, Charlie et les deux agents l'observaient de loin et ils le virent s'agenouiller et commencer à gratter frénétiquement le sol.

Jones fut le premier à réagir et à rejoindre le jeune homme.

-Neal, ça va. On va prendre la relève.

-Il est là. Il faut le sortir de là…

Neal ne s'adressait à personne en particulier. Sa voix tremblait, les sanglots entrecoupant les mots.

Quand Jones essaya de le relever de force, Neal s'écarta vivement et continua à creuser.

-Neal, tu n'arriveras pas à creuser à mains nues. Tu vas finir par te blesser.

Jones n'avait pas tort. L'acharnement avec lequel le jeune homme creusait la terre durcie, faisait déjà saigner ses doigts. Il lui saisit les mains et après une faible résistance il se laissa faire. Jones l'entraîna un peu plus loin, le tenant serré contre lui. Le jeune homme tremblait de tous ses membres et regardait ses mains en sang. Les deux agents qui avaient assisté muets à la scène, commencèrent à creuser en silence.

Charlie revint avec une trousse de premier secours, récupérée dans la voiture. Il essaya de s'approcher de son frère pour le soigner mais celui-ci se recroquevilla serrant ses mains contre sa poitrine. Jones avait toujours un bras autour des épaules secouées de sanglots de son ami.

-Neal, laisse Charlie désinfecter tes mains.

Après quelques secondes d'hésitation, Neal laissa son frère s'occuper de ses blessures.

A quelques mètres du trou que les deux agents étaient en train de creuser, les trois hommes restaient assis, à même le sol.

Neal ne se sentait pas vraiment là, ni même ailleurs. Il fixait les pelles qui s'activaient. Charlie avait bandé ses deux mains et il les gardait serrer contre lui. Jones le soutenait et il lui en était reconnaissant car il doutait d'avoir la force de se tenir assis seul. Il avait reconnu l'endroit immédiatement. Il n'avait eu aucune hésitation. C'était comme si tout s'était déroulé hier.

Il revoyait encore Ethan étendu là. Il entendait ses cris, ses supplications puis un coup de feu. Il aurait voulu revenir en arrière, tourner son arme vers Paddy et faire feu. Il aurait pu les libérer tous, ce jour-là. Tout aurait été différent…Il serait parti avec Charlie. Ils auraient trouvé un moyen de survivre…Il était débrouillard…Ils auraient pu grandir ensemble.

Mais comme il y a quelques jours dans cette maison, il n'en avait pas eu le courage. Il avait bien levé son arme mais il n'avait pas trouvé le courage d'appuyer sur la gâchette.

-On a trouvé quelque chose.

Jones fit signe à Charlie de venir le remplacer aux côtés de Neal et il se leva pour aller voir ce que ses collègues avaient déterré. Il comprit immédiatement qu'ils avaient finalement trouvé ce qu'ils cherchaient depuis plusieurs jours. Il avait sous les yeux un crâne de petite taille…celui d'Ethan…

Jones sentit une présence derrière lui. Il se retourna pour voir un Neal instable, soutenu par Charlie s'avancer vers lui.

Il essaya de l'empêcher d'avancer. Il n'avait pas besoin de voir ce qu'il restait du corps de son ami. Il n'avait surtout pas besoin de voir, ce que les trois agents avaient immédiatement remarqué, ce trou témoignant d'une blessure par balle qui ornait le côté droit du crâne. Mais le regard suppliant du jeune homme le fit reculer et il laissa Neal avançait jusqu'au bord du trou.

Il était bien là…Ce petit garçon au regard si triste qui avait partagé quelques mois de leur existence. Il parlait peu mais il aimait écouter Charlie raconter des histoires. Il avait vite compris que Neal tenait le rôle de grand frère, de protecteur et il trouvait souvent refuge près de lui, lui prenant la main.

Des larmes amères noyèrent son regard. Il ne servait à rien d'avoir des regrets, rien ne changerait le passé. Mais il ne pouvait s'empêcher de pleurer en voyant ce gâchis, cette vie brisée par pure cruauté. Il se sentit tiré en arrière et il suivit Charlie vers la cabane. Son frère essaya de le mener à l'intérieur mais il était hors de question qu'il remette les pieds dans cette maison. Il s'écarta de son frère et s'avança vacillant vers la voiture. Il parvint jusqu' au véhicule et ouvrit la portière, prenant place à l'arrière.

Ses mains commençaient à le faire souffrir mais il fut un peu rassuré de ressentir quelque chose…En tout cas autre chose que ce vide… Cet espèce de gouffre dans lequel il se sentait tomber sans que personne ne puisse le retenir. Il n'était pas certain d'aimer cette sensation mais il savait qu'il n'aurait pas la force de freiner cette chute ni même de vouloir que quelqu'un lui tende la main.

C'était pour cette raison qu'il ne pouvait pas aller voir Peter. Il savait que celui-ci chercherait à l'aider et qu'il parviendrait certainement à raviver cette envie, cet espoir. Mais Neal ne voulait pas souffrir à nouveau, le jour où Peter se rendrait compte que ce qu'il souhaitait vraiment c'était de finir ses jours aux côtés de sa femme.

Jones et Charlie vinrent le rejoindre quelques minutes plus tard et ils reprirent la route en silence. Neal ne savait pas combien de temps ils étaient restés sur place. Il se sentait fatigué et ce sentiment occultait tous les autres. Il voulait juste dormir et oublier la réalité. Il aurait juste aimé que ses cauchemars le laissent un pue tranquille. Chaque nuit, ils envahissaient son esprit lui rappelant les pires moments de sa vie.

Mais celui qu'il craignait le plus était celui où il ne parvenait pas à stopper Frey avant qu'il ne tue Peter comme il avait été incapable de l'arrêter quand il avait achevé Ethan. Dans la confusion du sommeil, ces deux souvenirs se mélangeaient et se mêlaient étrangement.

Neal revint à la réalité quand la voiture s'arrêta et il fut surpris de voir Jones garer la voiture sur le parking de l'hôpital. Jones se retourna, pointa un doigt sur ses bandages qui se teintaient déjà de sang.

-Il faut qu'un médecin jette un œil sur tes blessures. Il y a des risques important d'infection et il vaudrait mieux éviter ça.

Jones était assez fier de la diversion qu'il avait trouvée. Certes, Neal avait besoin d'être examiné mais c'était aussi le moyen idéal de provoquer une discussion entre lui et Peter.

Alors que les deux frères patientaient dans la salle d'attente des urgences, Jones se dirigea vers la chambre de Peter. Il fut soulagé de le trouver seul. Il n'aurait pas aimé devoir affronter Elisabeth.

-Déjà de retour ?

-Neal n'a pas été difficile à convaincre. Une fois sur place, tout a été très vite. Nous avons retrouvé le corps d'Ethan. J'ai organisé son transport. Nous verrons ce que le rapport du légiste dira mais le crâne présente un impact de balle sur le côté droit. Les agents sur place vont balayer la zone pour retrouver d'éventuelles balles.

-Après aussi longtemps…

-Nous retrouverons sûrement celle qui était à l'intérieur du corps lors du décès.

Jones n'était pas très à l'aise. Il regarda autour de lui et fut soulagé de voir un fauteuil roulant à côté du lit.

-Prêt pour une promenade… ?

-Ça dépend…Pour aller où ?

-Neal est en bas…

-Quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

-Il va bien. Ça a un peu dérapé. Quand il a reconnu l'endroit, il s'est mis à creuser avec ses mains. Il s'est blessé… Je ne pense pas qu'il y ait de graves lésions mais c'était l'occasion de l'amener ici sans qu'il proteste.

Peter ne pouvait que remarquer l'esprit d'à-propos de son collègue mais l'idée que Neal soit à nouveau blessé, lui serrait le cœur. Il prit place dans le fauteuil et laissa Jones le guider jusqu'aux urgences. Quand ils arrivèrent, Charlie était seul dans la salle d'attente.

-Comment vas-tu, Peter ?

-Beaucoup mieux. Je devrais sortir bientôt. Comment va Neal ?

Charlie réfléchit un moment avant de retrouver les bons mots mais ces mots-là n'existaient probablement pas.

-Il se coupe du monde extérieur en pensant sûrement que cela l'empêchera de souffrir.

Ces paroles ne le surprirent pas mais quand il vit revenir Neal, les deux mains bandées, il eut du mal à cacher sa surprise.

En seulement deux jours, le jeune homme semblait avoir vieilli. Les traits tirés, les cernes profonds sous ses yeux, son pas mal assuré, tout donnait une image terrifiante. Neal s'arrêta en voyant Peter dans la salle où il venait d'entrer. Il aurait pu faire demi-tour mais pour aller où ? Il tenait à peine debout et quand il atteignit la chaise, il s'y assit avec soulagement.

Peter vint se placer face à lui et lui prit délicatement les mains.

-Tu n'as pas trop mal ?

La douceur de la voix de son ami lui fit monter les armes aux yeux. Il regarda Peter, dégagea sa main droite et toucha son épaule blessée du bout des doigts.

-Et toi ?

-Ça va mieux. Ils devraient me relâcher bientôt.

-Bien.

Neal baissa à nouveau les yeux. Il ne parvenait pas à faire face à ce regard, à ces questions.

-C'est grâce à toi.

Neal secoua vivement la tête. Il ne voulait pas entendre ça. C'est à cause de lui si Peter était dans cet hôpital. Elisabeth avait raison… Mais Peter ne s'arrêta pas là…

-Tu m'as sauvé la vie…Si tu n'avais pas arrêté Frey il aurait fini son travail…Si tu n'avais pas fait pression sur la blessure, je me serais vidé de mon sang.

Peter prenait la mesure du fossé qui s'était creusé entre eux en seulement quelques jours. Ce fossé, Neal l'avait creusé lui-même, en partie. Peter baissa la voix et se rapprocha encore.

-Je me souviens très bien de ce qui s'est passé…de ce que j'ai dit… Et je ne regrette rien…

Neal savait très bien de quoi Peter parlait.

Comment oublier ces mots ? Ils l'avaient rempli d'espoir, de joie mais une profonde tristesse devant l'impasse dans laquelle ils se trouvaient tous les deux. Leurs sentiments étaient forts et réels mais il leur était impossible de les afficher, de les vivre librement. Peter continua à parler mais Neal n'entendait plus rien. Tout ce qui était autour de lui, lui paraissait lointain, distant. C'était la seule manière qu'il avait trouvé pour se préserver.

Les trois hommes autour de lui commencèrent à s'inquiéter quand Neal commença à se balancer d'avant en arrière. Peter l'avait déjà vu faire ça et ce n'était pas bon signe. Il se tourna vers Jones.

-Je pense qu'on va avoir besoin d'aide. Jones prête-moi ton téléphone.

Peter composa le numéro du docteur Penhurst. Il ne pouvait rien faire pour Neal tant qu'il serait dans cet hôpital mais, en attendant, le jeune homme allait avoir besoin d'aide… de l'aide d'un professionnel.

Le médecin répondit immédiatement et quand Peter lui expliqua la situation, il lui proposa d'amener Neal dans la clinique qu'il dirigeait. Il pensait que le jeune homme allait avoir besoin d'une surveillance resserrée et d'un environnement adapté. Cette décision n'était pas facile à prendre mais Peter ne voyait pas comment ils pourraient aider Neal sans un soutien extérieur.

Avant d'accepter la proposition du médecin, Peter se tourna vers Charlie et lui expliqua ce qu'il comptait faire. Le jeune homme se sentait aussi impuissant que Peter et, même si l'idée d'enfermer son frère dans une clinique psychiatrique ne lui plaisait pas, il devait admettre qu'il ne voyait pas d'autre solution.

-Neal, le docteur Penhurst va venir. Il va t'aider…

L'homme face à lui resta prostré ne manifestant ni refus, ni approbation. Après quelques minutes d'attente Penhurst arriva, accompagné d'un infirmier.

-Agent Burke, j'ai quelques papiers à vous faire signer.

Peter fronça les sourcils. Il trouvait le médecin bien préparé comme s'il avait déjà envisagé cet instant. Mais avait-il le choix ?

Il sentit son cœur se serrer quand ils emmenèrent Neal…Un Neal qui ne réagit pas lorsque l'infirmier lui prit le bras et le fit asseoir dans un fauteuil roulant. Il ne leva même pas les yeux quand ses amis lui dirent au revoir. Peter crut voir un léger mouvement quand Charlie l'embrassa sur le front.

Un sentiment étrange et particulièrement désagréable le saisit quand il vit son ami franchir les portes de l'hôpital. Il essayait de se persuader qu'ils avaient fait le bon choix mais cette appréhension ne le quittait pas…