Chapitre 41.

Après avoir vu partir Neal entouré du médecin et d'un infirmier, les trois amis étaient restés un long moment dans la salle d'attente, incapables de mettre des mots sur cette inquiétude que tous ressentaient. Peter énumérait inlassablement les bonnes raisons qui l'avaient poussé à prendre cette décision. Il ne cessait de se répéter que ce n'était que temporaire, l'histoire de quelques jours et que, dès qu'il serait sorti, il pourrait aller le chercher.

Neal lui avait parlé de son passage dans un tel établissement et des mauvais souvenirs qu'il en avait gardés mais c'était différent cette fois. Il connaissait le Docteur Penhurst et il semblait avoir confiance en lui. L'homme paraissait honnête et bien intentionné… Tous ces mots étaient vrais et auraient dû le rassurer…alors pourquoi se sentait-il aussi mal ? Pourquoi avait-il l'impression d'avoir livré Neal à un ennemi encore bien plus redoutable que ceux qu'il avait affronté jusqu'ici.

Il secoua la tête… Ces dernières semaines l'avaient rendu parano et il commençait à voir le mal partout. Il inspira profondément avant de lever les yeux vers Charlie. Le jeune homme semblait dans le même état que lui. La tristesse et la peur dans ses yeux faisaient peine à voir. Lui aussi avait subi un énorme traumatisme et Peter avait du mal à imaginer ce qu'il pouvait ressentir face à cet internement forcé de son frère, ce nouvel éloignement alors qu'ils venaient tout juste de se retrouver.

-Ils vont bien s'occuper de lui.

-C'est moi que tu essaies de convaincre, Peter ou toi-même.

-Un peu des deux, sans doute.

Jones s'approcha du fauteuil et commença à le pousser vers la sortie.

-Je te ramène dans ta chambre. Je pense que tu as eu assez d'émotions fortes pour aujourd'hui.

Peter se laissa guider. Jones avait raison, il se sentait fatigué et désemparé. Charlie les suivit jusqu'à la chambre où les attendait Elisabeth.

-Je me demandais où tu étais parti…

-Bonjour, chérie. Neal était en bas, aux urgences. J'étais descendu lui parler.

Elisabeth vit immédiatement sur le visage de son mari que quelque chose n'allait pas mais elle ne parvenait pas à s'en soucier. La seule chose qui la gênait vraiment était de voir le chagrin dans les yeux de l'homme qu'elle aimait. Mais elle parviendrai à le consoler, ils reprendraient leur vie et tout redeviendrait comme avant.

-Tu devrais te recoucher, tu as l'air épuisé.

Peter serra les dents en voyant que sa femme ne demandait même pas où se trouvait leur ami. Il savait que sa colère n'était pas retombée et qu'elle aurait du mal à passer outre et accepter à nouveau la présence de Neal dans leur vie. Mais de là à montrer une telle indifférence, c'était plus qu'il n'en pouvait supporter.

Une fois installé dans son lit, il se tourna vers sa femme.

-Pour répondre à la question que tu n'as pas pris la peine de poser, Neal s'est blessé en essayant de déterrer à mains nues les restes du garçon que son père adoptif a assassiné sous ses yeux quand il avait dix ans.

Peter vit sa femme grimacer et faire un pas en arrière devant l'agressivité contenue dans ces quelques mots.

-Où est-il ?

La voix était un peu tremblante mais Peter ne regrettait pas d'avoir un peu remis les choses à leur place. Sa rancœur et son amertume n'avaient que peu de poids face à ce que Neal pouvait ressentir en ce moment.

-J'ai du appeler un médecin afin qu'il soit hospitalisé dans une clinique spécialisée pour quelques jours.

Cette fois la jeune femme semblait vraiment alarmée.

-Je ne pensais pas qu'on en était arrivé à ce point-là. Il paraissait distant et anormalement silencieux mais je pensais qu'avec un peu de repos, ça irait mieux.

-Nous le pensions tous mais je crois qu'il a tenu bon jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'on avait de quoi boucler cette affaire. Il a fini par lâcher prise.

Peter dut se mordre la lèvre pour ne pas laisser échapper le sanglot qui s'était formé dans sa gorge. Il essayait de toutes ses forces de ne pas en vouloir à Elisabeth mais il savait qu'elle avait parlé à son ami et que ses mots avaient eu raison de ses dernières forces. Ils avaient éteint la dernière lueur d'espoir qui le tenait encore accroché à la réalité.

Elisabeth s'assit sur le bord du lit et essaya de prendre la main de son mari. Mais celui-ci s'écarta vivement.

-Je crois que tu devrais partir. Je pourrais dire des mots que je finirais par regretter.

-Peter, je ne suis pas responsable de ce qui arrive à Neal.

-Tu as raison…en partie…Mais tu n'as pas essayé de comprendre, tu as refusé de voir à quel point il était fragile. Tu as essayé de l'éloigner de moi…Tu as profité de sa faiblesse pour tenter de te débarrasser de lui.

Jones et Charlie s'étaient reculés dans le fond de la pièce, pas vraiment certains d'être à leur place mais n'osant pas faire un mouvement pour quitter la pièce. Peter n'avait pas haussé le ton. Sa voix était posée, calme et d'une froideur à faire peur.

-En lui disant ces mots, tu lui as laissé entendre qu'il était responsable de tout ce qui m'était arrivé de mauvais jusqu'à maintenant…

Les mots coulaient comme s'ils avaient été retenus trop longtemps et Peter ne semblait pas prêt de s'arrêter.

-Tu ne comprends pas ce qu'il y a entre nous…

Il vit un petit rictus ironique se dessiner aux coins des lèvres de la jeune femme.

-Neal a besoin de moi tout autant que j'ai besoin de lui. Je ne vais pas te dire que c'est normal, ni te demander de l'accepter mais je ne peux pas te laisser lui faire du mal.

-Ce n'était pas mon intention.

Cette fois, ce fut au tour de Peter de sourire. Il connaissait bien sa femme et il savait que sous ses dehors doux et son regard charmeur, se cachait une véritable guerrière. Lorsqu'elle avait été enlevée, elle n'avait pas hésité à jouer de son charme et de ruse pour embobiner son gardien et s'enfuir par ses propres moyens.

Elle n'avait sans doute pas voulu faire de mal à Neal mais elle avait quand même utilisé tous les moyens dont elle disposait pour lui faire comprendre qu'il devait se tenir à distance de Peter. Ce genre de stratégie est acceptable mais seulement si l'adversaire est en mesure de se défendre. Ce qui était loin d'être le cas de Neal.

-Quand les médecins l'ont emmené, il n'a même pas protesté, il n'a même pas ouvert la bouche pour nous dire au revoir.

Ce souvenir lui fit monter les larmes aux yeux.

-Il a vu sa vie s'effondrer et la seule chose à laquelle il pouvait s'accrocher lui a été enlevée.

Une larme coula le long de la joue de la jeune femme. Bien sûr, elle avait de la peine en comprenant dans quel état se trouvait celui qu'elle avait considéré, pendant longtemps, comme un ami, mais surtout parce qu'elle réalisait que Peter s'éloignait d'elle et que, quoi qu'elle fasse, elle ne pourrait effacer le fait, qu'à ses yeux, elle avait aggravé l'état dans lequel se trouvait Neal.

-Je te crois quand tu dis que tu ne voulais pas lui nuire mais le résultat est le même.

-Peter, je regrette la manière dont j'ai parlé à Neal mais pas les mots que j'ai dit. Ces dernières années, il t'a entraîné dans de nombreuses affaires périlleuses qui auraient pu te coûter ta carrière ou la vie.

-Tu exagères…

-Non, je pense plutôt que c'est toi qui n'es pas objectif. Quand il s'agit de Neal tu laisses parler tes sentiments avant ta raison et c'est une attitude dangereuse.

Elisabeth semblait avoir retrouvé toute sa fougue et son énergie.

-Neal a trahi ta confiance à de nombreuses reprises, tu as douté de lui, souvent. Mais à chaque fois, tu es revenu vers lui. Tu as raison, Peter, je ne comprends pas ce que vous unis et ce que je ne comprendrais jamais c'est pourquoi, un homme aussi intelligent que toi, ne voit pas que cet homme te mènera à ta perte. D'une manière ou d'une autre sa présence à tes côtés te fera du tort. J'ai seulement essayé de te protéger, de nous protéger.

-Ce n'est pas le Neal que je connais que tu décris là.

Elisabeth se leva. La tristesse sur son visage avait laissé place à une froide indifférence.

-Je ne parviendrais pas à t'ouvrir les yeux. Je vais prendre quelques jours de vacances loin d'ici. A mon retour, nous parlerons.

-Où comptes-tu aller ?

-Je t'enverrais un message dans les prochains jours.

Peter se contenta de hocher la tête et regarda sa femme partir.

Jones et Charlie ne savaient pas vraiment quoi faire. Ils étaient un peu gênés d'avoir assister à cette discussion. Charlie fut le premier à réagir. Il savait les sentiments qui unissaient Peter et son frère pour en avoir eu, lui-même un aperçu. Il posa une main sur le bras de Peter.

-Ça va aller ?

-Il n'y avait pas d'autre issue. Je devais lui dire le fond de ma pensée.

Charlie chercha les mots pour tenter de rassurer son ami mais il avait du mal à voir une issue favorable à cette histoire. Peter aimait sa femme mais il ne pouvait pas faire une croix sur sa relation avec Neal, aussi bancale qu'elle puisse être. Charlie, tout comme Peter, savait que les deux alternatives s'excluaient l'une l'autre. Il ne pouvait vivre deux amours d'une telle intensité.

Neal avait entendu Peter lui dire au revoir sans vraiment comprendre ce qui se passait autour de lui. Deux hommes l'emmenèrent dans un véhicule qu'il ne connaissait pas. Il aurait dû se fier, ressentir une certaine crainte mais le seul sentiment qu'il parvenait à ressentir était l'indifférence.

Lorsque la voiture s'arrêta, il comprit qu'on venait de l'amener dans une clinique. Elle ressemblait étrangement à celle où il avait passé quelques mois dans son adolescence, l'endroit où il avait croisé le chemin de Neal Caffrey. Le même parc arboré, le même calme…du moins en apparence. Car Neal savait bien qu'à l'intérieur l'ambiance était tout autre.

Il avait vécu ces longues heures d'attente, l'esprit trop embrumé pas les médicaments pour manifester aucune volonté…Ces nuits emplies de cris de détresse, les aller-retour des infirmiers qui vérifiaient en pleine nuit que tous les patients étaient bien endormis.

Ces regards sans vie qu'on croisait dans les couloirs et ces entretiens interminables avec les divers médecins censés vous comprendre et vous aider.

Neal se laissa guider vers sa nouvelle résidence. Il finit par reconnaître le docteur Penhurst. Une fois installés dans son bureau, celui-ci s'adressa à lui.

-Je vais bien m'occuper de toi, Nicholas.

Le regard baissé, Neal n'avait entendu que la voix du médecin et il mit quelques minutes avant de réaliser qu'il avait déjà entendu ce timbre, cet accent…

Il essaya de garder son calme quand il se rendit compte que, pour lui, cette voix était associée à une peur incontrôlable. Il n'arrivait pas à ce rappeler dans quelles circonstances il avait déjà eu à faire à cet homme mais il était lié à son passé. Comment avait-il pu passer à côté de cet élément ?

Neal n'avait pas entendu l'infirmier s'approcher et ce n'est que lorsqu'il sentit l'aiguille se planter dans son cou qu'il réalisa qu'il était bel et bien en danger. Sa vue se troublait mais il vit le médecin s'avancer vers lui et approcher son visage du sien.

-Je t'ai reconnu immédiatement… Je suis sûr que tu finiras par te souvenir toi aussi. Pour le moment tu dois dormir.

Neal se sentit soulevé du sol et transporté. Il finit par sombrer dans un sommeil sans rêve.

Le lendemain matin, Peter ne tenait plus en place. Il avait besoin de sortir de cet hôpital, d'aller voir Neal et s'assurer qu'il allait bien. Ce pressentiment ne l'avait pas quitté, au contraire il n'avait fait que s'accroître. Il repassait dans sa tête tous les moments passés avec le Docteur Penhurst et plus il y pensait plus il trouvait son attitude étonnante. Il décrocha son téléphone pour appeler le docteur Werner qui avait contacté le psychiatre.

-Agent Burke, ravi de vous entendre. Comment va votre ami ?

-Physiquement mieux. J'aurais une question à vous poser au sujet du psychiatre que vous avez contacté, le Docteur Penhurst.

-En fait, c'est lui qui est venu me voir. Il a insisté pour s'occuper de votre ami.

-Je pensais que c'était vous qui aviez demandé son intervention. Avez-vous eu à faire à lui avant ?

-Non, mais après son appel je me suis renseigné sur lui et je n'ai eu que des retours positifs. C'est un excellent médecin. Sa clinique a une très bonne réputation

Peter n'était toujours pas rassuré. Pourquoi ce médecin avait-il tant insisté pour voir Neal ? Non, décidément, il y avait quelque chose de louche là-dessous. Il devait en avoir le cœur net. Il sortit de son lit, testa un moment ses appuis avant de se lever. Il eut du mal à s'habiller et il était en train de se débattre avec son T-shirt quand Jones entra.

-Peter, qu'est-ce que tu fais ?

-Je dois voir Neal. J'ai appelé le docteur Mester et, en fait, ce n'est pas lui qui a appelé Penhurst. C'est le psychiatre qui a insisté pour voir. Je ne peux pas m'empêcher de penser que ce type est louche. C'est ce que j'ai cru dès le premier jour, mais Neal semblait lui faire confiance…J'aurais dû me fier à mon instinct.

Jones fronça les sourcils. Peter avait parlé à toute vitesse se battant toujours pour glisser son bras blessé dans la manche de sa veste. L'angoisse semblait avoir pris le contrôle de son ami. Il s'avança et l'aida à mettre le vêtement.

-Ok, Peter. Et si je n'étais pas arrivé, tu comptais conduire jusqu'à la clinique ?

-Je…

Jones sourit en voyant l'embarras de son patron.

-Pour être honnête, je ne suis pas vraiment rassuré depuis hier. La manière dont ils l'ont emmené… Le vide dans son regard. Ce dont il a besoin c'est de ses amis, sa famille, pas de médicaments.

Peter était un peu étonné par les paroles de Jones. Il n'aurait jamais pensé que son ami ressentait de tels sentiments envers Neal.

-Depuis hier, j'ai l'impression de l'avoir livré à un nouvel ennemi.

Après avoir signé les papiers lui permettant de sortir de l'hôpital, les deux hommes se dirigèrent vers la voiture de Jones et Peter, même s'il essayait de faire bonne figure, fut soulagé de pouvoir s'asseoir.

-Tu es sûr que ça va aller ?

-Il le faut. Je ne peux pas le laisser là-bas.

Le trajet se déroula en silence et lorsque Jones gara la voiture devant la clinique, Peter eut le sentiment d'avoir atterri dans un roman noir.

La grande allée de marronniers, les graviers crissant sous les roues, le ciel plombé qui annonçait un orage et cette bâtisse en pierres, imposante et sinistre.

-Cet endroit donne des frissons.

Une fois encore, Jones disait tout haut ce que Peter n'avait fait que penser. Ils entrèrent dans le bâtiment cherchant l'accueil.

Une secrétaire souriante les reçut mais son sourire s'effaça quand elle vit Jones sortir sa carte du FBI.

-Nous souhaitons parler au Docteur Penhurst.

-Il est avec un patient. Mais, si vous voulez bien patienter dans la salle d'attente, je suis certaine qu'il vous recevra quand il aura terminé.

-Avec quel patient ?

Peter ne voulait pas attendre. Il en avait maintenant la certitude, cet homme était dangereux et il avait laissé Neal entre ses mains.

-Je ne peux pas vous le dire.

Peter se pencha par dessus le comptoir et tendit son bras valide pour saisir l'agenda posé devant la jeune femme. Il vit immédiatement que le médecin avait réservé sa journée et qu'aucun rendez-vous n'était noté.

-Pourquoi son carnet de rendez-vous est vide pour aujourd'hui ?

-Il passe la journée avec un patient arrivé récemment qui a besoin de toute son attention.

-Où ?

-Je ne peux…

Jones prit les devants voyant Peter s'agiter à ses côtés.

-Ecoutez, s'il le faut je peux faire venir deux ou trois équipes pour fouiller cet endroit mais je crains que cela ne dérange un peu vos patients…

Pas besoin d'en dire plus, la jeune femme consulta son ordinateur.

-Deuxième étage, salle 402.

Sans plus attendre, les deux hommes se dirigèrent vers le grand escalier qui se dressait face à l'accueil. Arrivé au premier palier, Peter réalisa qu'il n'était probablement pas assez en forme pour une telle balade. Après une courte pause, il reprit son ascension.

Savoir Neal aux mains de cet homme suffisait à lui redonner de l'énergie.

La salle était au bout du couloir et c'est la peur au ventre que Peter tourna la poignée. La première chose qu'il vit fut Neal, allongé sur un lit, les yeux clos, une perfusion accrochée à son bras gauche.

-Que faites-vous ici ?

Peter et Jones se retournèrent et virent Penhurst de l'autre côté de la pièce un dossier à la main.

Peter s'avança vers lui menaçant.

-Et vous que faites-vous ? Quel est votre lien avec Neal ?

Le médecin sourit et marcha jusqu'à son patient. Jones lui barra le passage.

-Vous ne posez pas la bonne question Agent Burke…

-Qu'y a-t-il dans cette perfusion ?

-Je cherche seulement à aider Nicholas…

Soit cet homme avait perdu la tête, soit l'utilisation de ce prénom signifiait qu'il avait un lien avec le passé de Neal. Peter fit quelques pas vers son ami. Ses paupières étaient agitées de tremblements, il semblait souffrir.

-Que lui avez-vous fait ?

-Je vais l'aider à oublier…

A ces mots Peter n'eut plus aucune hésitation et il retira la perfusion du bras du jeune homme qui ne réagit pas.

-Il est trop tard, le sérum a déjà dû agir. Il a lutté au début mais je crois qu'il avait besoin d'oublier. Je n'ai fait que lui donner une porte de sortie.

Jones s'avança vers le médecin et lui passa les menottes avant que Peter ne lui saute dessus.

-Que cherchiez vous à lui faire oublier ?

Le médecin resta muet mais Peter savait qu'il aurait l'occasion de l'interroger plus tard. Il se pencha vers Neal qui semblait revenir à lui petit à petit.

-Neal, mon grand. Ouvre les yeux.

Il fallut encore de longues minutes avant que Neal ne parvienne à garder les yeux ouverts. Il semblait perdu et lorsque Peter saisit sa main, un frisson d'appréhension parcouru tout son corps.

-Neal, c'est moi…C'est Peter.

-Ne vous attendez pas à se qu'il vous reconnaisse…

Les mots du médecin glacèrent Peter d'effroi. Laissant Neal retrouver ses esprits, il se précipita vers le l'homme menotté. Il lui saisit le col de sa main valide.

-Que lui avez-vous fait ?

-Une légère reprogrammation… Il y a certaines choses dont il ne doit pas se souvenir…

Peter eut alors une intuition.

-Comme votre implication dans le suicide de Neal Caffrey… ?

Peter vit l'homme blêmir et il comprit qu'il avait vu juste. Neal avait été témoin de quelque chose quand il avait été interné dans cette clinique après sa fuite. Peter commençait même à douter que sa perte de mémoire soit due à son accident. On lui avait volontairement effacé la mémoire. Penhurst avait son intérêt là-dedans mais Frey ne devait pas être loin derrière.

Peter avait été étonné que Frey ne cherche pas à se débarrasser de Nicholas après l'accident. Il en aurait l'occasion alors qu'il se trouvait à l'hôpital, avant son arrestation. Il avait trouvé un moyen bien plus retors de s'assurer de son silence.

-Qui a eu l'idée de lui faire endosser l'identité de Neal Caffrey ?

Cette fois le médecin se détendit et Peter sut qu'il était sur le point de passer à table. Il fit signe à Jones qui s'empressa de sortir le petit dictaphone qu'il avait toujours sur lui.

-C'était un cadeau du ciel, ce petit Neal. Je les voyais en consultation tous les deux et dès le début j'ai remarqué leur ressemblance. Je me suis ensuite rendu compte que la ressemblance n'était pas seulement physique, leurs traumatismes étaient similaires. Peu après que Neal ait eu cet « accident », Nicholas a commencé à faire des cauchemars.

-Il avait vu quelque chose… ?

A nouveau ce sourire…Peter réalisa que Frey avait la même manière de sourire. Un rictus glaçant et dépourvu de la plus petite once de chaleur humaine.

-Quand il m'a parlé de ses cauchemars, j'ai compris qu'il avait été témoin de quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir. A peu près au même moment, j'ai été contacté par des personnes haut-placées qui m'ont fait comprendre qu'il ne fallait que ce jeune homme ne sorte vivant de mon institution. Il était hors de question que je sois responsable d'un autre décès alors je leur ai proposé une autre solution.

-Vous avez effacé sa mémoire… ?

Peter avait du mal à croire ce qu'il entendait. Combien de malades mentaux avaient cherché à nuire à son ami ? A peine sorti des mains de Frey, il avait croisé la route de ce savant fou et aujourd'hui, il devait, à nouveau, subir leur cruauté.

-C'est ce que vous lui avez fait… ?

-Le processus n'est pas allé au bout… Et, comme je vous l'ai dit, il a lutté de toutes ses forces.

Peter revint vers Neal qui n'avait pas bougé. Il fixait le plafond mais Peter doutait qu'il le voit vraiment.

-Je vais te sortir de là, mon grand. Tu veux bien venir avec moi ?

Peter avait prononcé ces mots avec des sanglots dans la voix mais il ne put retenir un soupir de soulagement quand la main de Neal se glissa dans la sienne. Peter ne savait pas vraiment dans quel monde son ami avait trouvé refuge mais, derrière les murs qu'il avaient dressés, il avait entendu sa voix.

Jones s'occupa de l'arrestation de Penhurst et promit à Peter de se charger de l'interrogatoire. Un médecin examina Neal et une prise de sang fut faite pour connaître la nature exacte des drogues qui lui avaient été administrées depuis la veille.

-Il vaudrait mieux le conduire à l'hôpital et le garder en observation pendant quelques jours.

Peter, qui n'avait pas lâché sa main, secoua la tête. Il était hors de question que Neal passe une minute de plus dans une chambre d'hôpital.

-Je le ramène chez lui. Au moindre problème, je le conduirai moi-même à l'hôpital mais après ce qu'il a subi, il n'est pas question de le laisser entre les mains d'autres blouses blanches.

Même s'il avait de sérieux doutes sur le bien-fondé de cette décision, le médecin s'abstint de faire un commentaire.

Avec l'aide d'un infirmier, Neal fut installé à l'arrière de la voiture des agents appelés en renfort. Peter prit place à ses côtés. La main de Neal retrouva le chemin de la sienne. La pression se fit plus forte au fur et à mesure qu'ils approchaient de l'appartement et Peter avait du mal à déterminer si Neal était vraiment conscient de l'endroit où il se trouvait ou si la pression de sa main révélait simplement son angoisse.

Une fois arrivés, leur chauffeur dont Peter ne connaissait pas le nom, se retourna vers eux.

-Vous avez besoin d'aide, Agent Burke ?

-Non, je pense que ça va aller.

Peter sortit son téléphone et envoya un message à Charlie. Ils n'eurent pas longtemps à attendre avant de la voir descendre pour les rejoindre.

Le jeune homme fut surpris de voir Peter et encore plus étonné de découvrir son frère assis sur la banquette arrière.

-Je garde mes questions pour plus tard ?

-Je t'expliquerai tout mais Neal a besoin de calme et de repos.

Les deux hommes aidèrent Neal à gravir les marches les menant à l'appartement. Il se laissa guider sans opposer aucune résistance. Une fois allongé dans son lit, il enroula la couverture autour de lui et ferma les yeux.

Peter s'assit sur une chaise dans la cuisine. Il devait quelques explications à Charlie.

-Depuis hier, je n'ai cessé de penser que j'avais pris la mauvaise décision en le laissant partir. Quelque chose chez Penhurst me dérange depuis le début.

Charlie restait silencieux, jetant des coups d'œil inquiets vers le lit.

-Quelque chose ne va pas, Charlie ?

-Il est tellement confus…

-Tu…le ressens…?

Charlie avait les yeux fixés sur son frère, roulés en boule sur le lit.

-D'une certaine manière. C'est comme s'il était perdu dans le noir…Je le sens très loin de nous.

-Penhurst l'a drogué. Il a essayé d'effacer sa mémoire, une nouvelle fois.

-Pour quelle raison…? Attends…Tu as dit une nouvelle fois ?

-Oui. Nicholas a été interné dans la même clinique que Neal Caffrey et, apparemment, la mort de Neal est suspecte et Nicholas aurait été un témoin gênant.

-Penhurst…?

-On ne sait pas encore tout mais, oui c'était lui le médecin qui s'occupait de Neal et de Nicholas. Frey est aussi impliqué même s'il reste des points à éclaircir.

Charlie se leva et alla s'asseoir sur le lit.

-Je suis là, Nick. Tu es en sécurité maintenant. Peter est avec toi aussi.

Peter les rejoignit. Il se sentait désemparé, encore une fois, ne sachant pas comment aider son ami. Il ne savait pas ce que le médecin lui avait donné. Ce qui le rassurait c'était que, quoi qu'il ait fait la première fois pour effacer ses souvenirs, cela n'avait pas suffit et Neal avait fini par se souvenir.

Cette fois, le processus avait été stoppé avant sa phase finale. Il avait encore l'espoir de voir son ami ouvrir les yeux et lui sourire. Mais la seule réaction de Neal fut de se mettre à trembler. Le jeune homme serrait ses genoux contre sa poitrine. Il était insupportable pour les deux hommes de le voir souffrir ainsi. Tous les deux eurent la même idée et s'allongèrent sur le lit, entourant le jeune homme de leurs bras. Après quelques minutes, Neal sembla se détendre un peu.

Ce n'est qu'à la tombée de la nuit que Peter parvint à ouvrir les yeux. Neal était blotti contre lui, paisiblement endormi. Il pouvait entendre du bruit dans l'appartement. Il quitta à regret la chaleur des couvertures pour rejoindre le jeune homme à la cuisine.

-Il dort toujours ?

-Oui. Il va avoir besoin de beaucoup de repos et d'attention.

-Est-ce que ça suffira ?

-Je l'espère.

Les deux hommes furent très surpris de voir Neal les rejoindre quelques minutes plus tard. Il s'assit en silence, ne levant pas les yeux vers eux. Charlie posa une tasse de café devant lui mais Neal n'y toucha pas.

-Comment tu te sens ?

Pas de réponse…Neal continuait à tordre ses mains dans tous les sens.

-Tu veux manger quelque chose ?

Peter commençait à désespérer mais Neal finit par hocher la tête. Charlie se leva et s'attela à la préparation d'un léger repas. Peter approcha sa chaise de celle de son ami.

Il posa sa main sur les siennes essayant de calmer ces mouvements incontrôlés qui risquaient de rouvrir ses blessures à peine cicatrisées.

-Doucement Neal, tu vas te blesser.

Peter caressa doucement son avant-bras. Il espérait que son ami finisse par lui parler. Il avait besoin d'entendre sa voix, de savoir que l'homme qu'il aimait, était toujours là, quelque part.

Charlie revint avec une assiette et Neal prit la fourchette d'une main toujours tremblante. Peter faillit prendre l'ustensile et le placer dans son autre main. Neal venait de saisir l'objet de la main gauche et il semblait la manipuler aisément de cette main.

Peter leva les yeux vers Charlie. Le jeune homme comprit son interrogation. Il avait, à l'inverse était choqué de voir son frère se servir préférentiellement de sa main droite. Mais il n'en avait rien dit. Il pouvait y avoir de nombreuses explications à ce changement. Aujourd'hui, il comprenait son erreur. Cette inversion avait un sens bien plus profond. Il devait une réponse à Peter.

-Nicholas est gaucher.

Peter savait ce que ces mots signifiaient…

Neal termina son repas sans jamais lever les yeux, sans jamais croiser le regard de son frère, ni celui de Peter. L'homme aurait aimé savoir ce qui se passait, en ce moment, dans la tête de son ami.