Chapitre 44.
Neal n'avait pas bougé du canapé où il attendait patiemment que Peter le rejoigne. Encore un signe qui serrait le cœur de Peter. Le Neal qu'il connaissait et côtoyait depuis quelques années, n'aurait jamais patienter de cette manière. Peter comprit un peu mieux quand il vint s'asseoir à côté du jeune homme.
Neal posa sa tête contre l'épaule de son ami et saisit sa main.
-Je ne veux pas savoir, Peter…pas maintenant.
-Comme tu veux mais je pense que tu te sentirais mieux si tu savais la vérité.
Neal secoua la tête et Peter n'insista pas. Ils passèrent l'heure suivante dans la même position profitant simplement de ce moment de calme.
Charlie interrompit cette quiétude un peu avant midi.
-Tout va bien ? Vous ne deviez pas sortir faire une promenade ?
-On a été arrêté dans notre élan.
Neal n'avait pas quitté son refuge et Peter doutait même qu'il ait remarqué la présence de son frère. Le jeune homme posa la poche qu'il transportait sur la table.
-Je me suis arrêté prendre quelque chose pour manger.
Charlie vint s'asseoir sur le rebord du canapé, les yeux fixés sur son frère. Neal avait fermé les yeux mais Peter savait que le jeune homme ne dormait pas.
-Que s'est-il passé ? Pourquoi avoir annulé votre promenade ?
-Une journaliste nous a cueilli quand on a essayé de sortir.
-Il n'y avait personne quand je suis rentré.
-C'est une bonne chose.
Charlie fit un signe de tête en direction de son frère, interrogeant silencieusement Peter sur la raison de son état. Peter ne répondit pas directement.
-Neal, Charlie a ramené notre déjeuner. Tu dois avoir faim ?
-Pas vraiment.
-Pourtant, il faut que tu te nourrisses.
Le jeune homme se redressa et suivit Peter jusqu'à la table de la cuisine.
Charlie attendit avant de poser la question à nouveau.
-Que voulait cette journaliste ?
Neal gardait les yeux baissés sur son assiette dans laquelle reposait sa fourchette qu'il n'avait pas encore touchée. Peter répondit à sa place.
-Apparemment, elle a des informations sur Neal Caffrey et elle menace de les publier si je ne réponds pas à ses questions.
Charlie releva la tête. Ils n'avaient vraiment pas besoin de ce genre de problèmes.
-Elle a parlé de Tom Philipps et des circonstances de sa mort. Elle a insinué que Neal pourrait être le responsable de son décès.
-Quelles preuves pourrait-elle avoir ?
-Aucune sans doute mais il suffit de lire le rapport de police pour avoir des doutes.
Neal courba un peu plus les épaules. Il n'arrivait pas à se décider à manger. Il avait l'impression que son estomac se tordait dans tous les sens et que s'il essayait seulement de prendre sa fourchette, il allait être malade. Peter et Charlie continuaient leur conversation mais Neal n'arrivait plus à se concentrer. Des bribes de phrases lui parvenaient mais rien ne faisait de sens.
Il n'avait aucune idée de qui était Tom Philipps mais ce qu'il avait compris c'est que cette femme pensait qu'il était responsable de sa mort. Encore une fois, ce qu'il apprenait de son passé ne lui plaisait pas. Son chemin était parsemé de morts et de violence et il n'était pas certain de pouvoir y faire face. Ce n'était pas lui. Au fond de lui, il sentait qu'il détestait cette violence qui semblait le suivre.
La main de Peter le sortit de sa rêverie.
-Tu n'as pas tué cet homme. Neal l'a fait. C'était avant ta rencontre avec lui. Tom Philipps était un homme violent et Neal a cherché à défendre sa mère. Elle y a laissé sa vie. C'est à la suite de cet événement que Neal a été amené dans cette clinique où tu as fait sa connaissance.
Une fois de plus, Peter avait su lire dans ses pensées et, même si les mots se voulaient rassurants, ils n'évoquaient rien de précis pour lui.
-Je ne me souviens pas de lui.
-Ça viendra.
-Comment va-t-on faire ? Si des journalistes commencent à avoir vent de cette histoire, il faudra bien que je parle, qu'on leur dise la vérité.
-Rien ne t'y oblige pour le moment. Nous jugerons ce qu'il convient de faire le moment venu.
-Qu'est-ce qui va m'arriver ?
Peter n'était pas surpris par la question mais, une nouvelle fois, c'est la détresse dans sa voix qui le choqua.
-Il ne va rien se passer, Neal. Tu n'as rien à te reprocher. Dans cette histoire tu es la principale victime et j'espère que nous parviendrons à boucler cette affaire sans que tu aies besoin de témoigner.
-Mais je ne suis pas Neal…
La remarque était fondée et il était temps de poser la question au jeune homme.
-Je sais et si tu le souhaites, on peut faire une demande officielle pour que puisse reprendre le nom de Nicholas Seaver.
-Je ne sais pas…Qu'est-ce que ça impliquera ?
-A vrai dire, je ne sais pas vraiment. Ça risque d'être compliqué mais nous avons des gens qui pourront nous renseigner au sein du FBI.
-Pourquoi m'aideraient-ils ?
A nouveau cette incertitude dans la voix du jeune homme.
-Tu es un membre de mon équipe et tu nous as permis de mettre de nombreux criminels derrière les barreaux. Je pense que le bureau te doit bien ça.
Le jeune homme paraissait sceptique mais il ne fit aucun commentaire. Devait-il suivre les conseils de Peter ? Après tout, il ne savait pas qui était Neal Caffrey mais c'était celui que Peter connaissait et qu'il appelait son ami. Eprouverait-il la même chose s'il se contentait d'être Nicholas Seaver ?
Neal se rendit compte que le regard de Peter et ses sentiments à son égard étaient la seule chose qui importait pour lui. Il lui était bien indifférent qu'on l'appelle Neal ou Nicholas mais il ne voulait pas contrarier Peter.
-Tu as le temps de réfléchir. Rien ne presse.
Neal hocha la tête et baissa à nouveau le regard sur son assiette.
-Nick, il faut vraiment que tu manges quelque chose.
-Je n'ai pas très faim.
-Neal, s'il te plaît…
Neal eut un mouvement de recul et Peter eut du mal à comprendre ce qui pouvait causer ce malaise qu'il percevait chez lui.
-Qu'est-ce qui ne va pas ?
-Rien…
-Neal…
Nouveau mouvement de recul et cette fois, Peter eut l'impression d'avoir le début de sa réponse.
-Tu préfères que je t'appelle Nicholas ? Je ne suis pas certain d'y arriver mais je peux essayer.
Neal se leva précipitamment et se dirigea vers la salle de bain. Il eut à peine le temps d'y entrer que son estomac se souleva. Il n'avait rien mangé depuis la veille et les spasmes qui lui tordaient le ventre n'en étaient que plus douloureux. Il sentit la main de Peter se poser sur son front et le soutenir jusqu'à ce que son malaise se dissipe.
-Neal, parle-moi…Qu'est-ce qui ne va pas ?
-Je ne sais pas. C'est peut-être la fatigue…
-Ou cette saloperie que Penhurst t'a administré…
Peter sortit son téléphone et composa le numéro de Jones.
-Jones…est-ce que tu as reçu les résultats des analyses faites sur la perfusion saisie à la clinique ?
-Pas encore mais je vais leur dire de se presser. Quelque chose ne va pas avec Neal ?
-Il est malade et je préfèrerais m'assurer que ce n'est pas un effet secondaire de ces drogues.
-Je descends au labo et je te rappelle.
Peter reporta son attention sur son ami qui se tenait au lavabo. Il avait visiblement du mal à se tenir sur ses deux jambes.
Peter porta, à nouveau une main à son front et il grimaça en le sentant fiévreux. Les ambulanciers lui avaient dit de l'amener à l'hôpital au moindre signe anormal et il avait donné sa promesse. Il connaissait déjà la réponse du jeune homme mais il devait, quand même évoqué cette éventualité.
-Neal, il faudrait que tu voies un médecin. Le mieux serait d'aller à l'hôpital, ils pourraient faire des analyses…
Neal se contenta de lever la main avant de prendre une profonde inspiration.
-Hors de question… La dernière blouse blanche que j'ai croisée a essayé d'effacer ma mémoire.
-Et si je promets de rester avec toi…
Neal tourna la tête vers lui avec un sourire que Peter aurait eu du mal à qualifier.
-Tu ne peux pas me protéger de tout.
-Neal, tu as de la fièvre et on ne sait pas encore ce que ce type t'a injecté.
-Ton collègue aura bientôt le résultat des analyses… Attendons de voir ce que disent vos spécialistes…
Même malade et visiblement affaibli, il gardait cette capacité d'analyse et une certaine lucidité qui lui avait sans doute souvent sauvé la vie.
Au moment où il se tourna pour rejoindre le salon, ses jambes refusèrent de le porter et il atterrit maladroitement contre Peter qui tenta de le retenir de son mieux.
-Charlie, on aurait besoin de ton aide…
Le jeune homme ne mit dans longtemps à arriver et s'il n'avait pas lu la douleur dans les yeux de Peter qui essayait d'empêcher son frère de tomber, il aurait sourit de les voir ainsi enlacés.
-Désolé, Peter. Je pensais au moins pouvoir me tenir debout.
Charlie passa un bras autour de sa taille et l'aida à se redresser. Peter poussa un soupir de soulagement sentant la pression sur son épaule blessée s'alléger.
-Je t'ai fait mal.
-Non, ça va.
-Tu es un piètre menteur… Je t'apprendrai si tu veux.
Charlie entraîna son frère vers le canapé avant que Peter ne puisse répliquer. Cette manière de se réfugier derrière l'humour était souvent la stratégie utilisée par Neal et ces signes de la présence, quelque part, de la personnalité de l'homme qu'il connaissait le rassurait.
Il rejoignit les deux frères dans le salon. Charlie semblait en colère. Peter lui lança un regard interrogateur mais le jeune homme prit la fuite et alla se réfugier à la cuisine où il finit de débarrasser la table. Une autre stratégie que Neal savait utiliser à la perfection.
Un trait de caractère familial visiblement. Peter prit place à côté de son ami qui avait laissé sa nuque reposer contre le dossier, le regard planté au plafond.
-Tu vas peut-être pouvoir m'éclairer sur un point…
Avant qu'il ait pu terminer sa phrase, Neal lui coupa la parole. Il parlait à voix basse.
-Tu veux savoir pourquoi Charlie est en colère ?
-Euh…Oui. J'aurais une autre question ensuite…
-Comment j'ai fait pour deviner ?
Neal tourna la tête vers lui et Peter fut à deux doigts de l'embrasser. Il était certain que Neal l'avait compris car il fixa sur lui un regard perçant, comme s'il n'attendait que ça. Peter devait avouer qu'il était perdu devant l'attitude de son ami. Il ne savait pas qui il avait face à lui.
Certains signes laissaient penser qu'il s'agissait de Neal…Son assurance…La manière dont il s'adressait à lui… Mais ses souvenirs récents manquaient toujours à l'appel et même s'il semblait avoir repris le dessus et qu'il donnait l'impression de plutôt bien gérer la situation, il n'en restait pas moins fragilisé et confus.
-J'ai vu le regard que tu as lancé à Charlie en arrivant et la manière dont tu l'as regardé quand il s'est éloigné. Tu étais sur le point de lui poser directement la question.
-Bien observé.
-Observation et déduction… Toi qui te demandais comment m'appeler…Essaie Sherlock…
Encore cet humour pour éviter de répondre directement à une question mais Peter n'était pas du genre à abandonner.
-Alors pourquoi est-il en colère ?
-Ce n'est pas contre toi…
-Ce n'est pas ce que j'ai demandé.
-Je sais mais je ne suis pas certain de bien savoir pour quelles raisons il m'en veut, cette fois.
-Cette fois ? Qu'est-ce que tu veux dire ? J'avais plutôt l'impression que vous vous entendiez bien.
Neal sembla réfléchir. Il n'était pas sûr de pouvoir expliqué avec des mots la relation qu'il entretenait avec son frère. Leur enfance avait été pour le moins particulière et ces circonstances avaient largement influé sur la nature de leur lien.
-En fait, biologiquement, c'est lui le grand frère. Mais c'était plus fort que moi, il a toujours fallu que je cherche à le protéger. Je pense que c'est la principale raison de sa colère.
Peter pouvait comprendre que Charlie ait mal vécu le fait de devoir compter sur Nicholas pour le protéger mais, de là à lui en vouloir de la sorte, des années après…
-Paddy était la seule référence paternelle que nous ayons et je dois dire que je cherchais souvent à capter son attention. Charlie en a beaucoup souffert.
Neal avait repris sa position, les yeux au plafond. Il parlait sans vraiment se soucier que son frère l'entende. Le silence dans la cuisine, indiqua à Peter que Charlie était probablement attentif à ce que Neal était en train de livrer.
-Mais je préférais cent fois qu'il me déteste que de laisser ce sale type poser ses mains sur lui. Tant que j'étais dans sa ligne de mire, il laissait Charlie tranquille.
-Tu n'as rien fait de mal.
-Tu ne comprends pas, Peter… Paddy était notre père…et j'étais son préféré…
Des larmes coulaient le long de ses joues…Une révolte silencieuse contre cette injustice cruelle dont il avait été victime.
Peter entendit les pas de Charlie dans son dos. Le jeune homme posa une main sur la joue de son frère et lui parla d'une voix.
-Tu te trompes, Nick…La seule chose qui me mettait en colère c'était de te voir risquer ta vie et ta santé pour me préserver. On aurait pu faire face tous les deux. On aurait été plus forts ensemble.
-Tu n'en as jamais rien dit.
-J'avais bien trop peur pour parler. J'ai profité de la situation et je pensais que tu me détestais pour ça.
Neal se redressa et se tourna vers son frère. Le brusque mouvement fit vaciller la pièce autour de lui et il dut fermer les yeux un instant avant de pouvoir parler.
-Jamais je n'ai pensé ça. Comment aurais-je pu t'en vouloir pour ça… C'était mon choix…
-Et celui de maman…
-C'est vrai qu'elle m'avait demandé de prendre soin de toi mais si j'ai fait ce choix c'est parce que tu es bien plus important pour moi que tout le reste… J'aurais beaucoup plus souffert si je l'avais laissé te faire du mal.
Peter regardait attentivement les deux frères. Il n'y avait aucun doute à avoir sur la sincérité de Neal. Il ne faisait qu'exposer la stricte vérité. Il préférait souffrir des mains de celui qui se prétendait leur protecteur que de penser un instant à son frère subissant la même chose. Cet homme l'avait torturé physiquement et psychologiquement mais il l'avait aussi contraint à endosser un rôle que personne ne devrait avoir à jouer.
Neal ne regardait pas vraiment son frère, le regard dans le vide il semblait soudain absent. Peter essayait de ne pas s'inquiéter mais il ne pouvait s'empêcher de noter les tremblements de ses mains et la difficulté avec laquelle il parlait. Il ferma les yeux et Peter s'approcha.
-Neal…
La réponse tarda à venir et lorsqu'il posa une main sur le front de son ami, Peter sentit que la fièvre était encore montée d'un cran.
Il se leva et prit son téléphone. Neal a mentionné son refus de retourner à l'hôpital mais il n'avait rien dit concernant la venue d'un médecin. Peter composa le numéro du Docteur Werner, le seul qui connaissait suffisamment l'affaire pour comprendre la situation et la réticence du jeune homme à fréquenter les hôpitaux.
Peter lui expliqua rapidement les derniers événements et le fait que Neal ait été drogué. Le médecin lui conseilla d'allonger le jeune homme et d'utiliser des poches de glace pour essayer de faire descendre sa température. Il précisa aussi qu'il lui serait difficile de poser un diagnostique sans connaître la nature des drogues. Peter lui précisa qu'ils attendaient les résultats des analyses et, après avoir raccroché, il contacta Jones qui promit de mettre la pression sur le labo et de lui apporter lui-même les résultats.
Il ne leur restait plus qu'à installer Neal sur son lit. Le jeune homme se laissa faire et la grimace sur son visage en disait long sur son état. Charlie retourna à la cuisine pour préparer une poche de glace. Peter se pencha sur son ami.
-Neal… Est-ce que tu as mal en quelque part ?
Il était évident que le jeune homme souffrait et Peter se sentait terriblement impuissant face à l'absence de réponse.
Il ne pouvait que deviner et faire des suppositions. Neal était sujet à de violentes et soudaines migraines depuis son enlèvement et la blessure à la tête qu'il avait reçue. Peter craignait que, suite à l'administration de ces drogues, le médecin ne puisse rien lui donner pour soulager la douleur.
Charlie revint et tendit la glace à Peter qui déposa cette poche sur le front du jeune homme.
-Il n'y a rien d'autre que l'on puisse faire ?
-Non. Il faut attendre les résultats des analyses et l'arrivée du médecin.
-Il a l'air de souffrir.
Peter réalisa que Charlie se sentait aussi désemparé que lui. Il aurait aimé pouvoir, à son tour, protéger son frère mais il ne pouvait rien faire. Ils n'eurent pas longtemps à attendre, même si ces quelques minutes parurent durer bien plus longtemps pour les deux hommes.
Jones fut le premier à arriver. Il ne prit même pas la peine de frapper à la porte et il s'approcha de Peter lui tendant le dossier renfermant les résultats tant attendus. Peter savait bien qu'il ne comprendrait probablement pas grand chose à ce charabia scientifique. Aussi se tourna-t-il vers Jones l'invitant à lui expliquer ce que le laborantin lui avait expliqué.
-D'après eux, il n'y a pas de risques majeurs pour un homme en bonne santé. Ce genre de substances se dissipe naturellement dans le sang au bout de quelques jours. Cependant, dans le cas de Neal, les effets secondaires peuvent être plus violents. Je leur ai rapidement parlé de sa blessure à la tête et les épreuves qu'il a traversées ces derniers jours…
Jones avait les yeux fixés sur son ami qui grimaçait de douleur.
-Jones, qu'ont-ils dit ?
-Il n'y a rien à faire qu'attendre. Il faut voir avec le médecin mais, pour eux, il vaut mieux ne rien lui donner d'autre. Ça pourrait ralentir l'élimination des drogues administrées.
Peter passa une main lasse sur son visage. Ils n'en verraient donc jamais le bout. Neal était-il destiné à souffrir sans qu'on puisse parvenir à l'aider ?
-J'ai appelé le Docteur Werner, il ne devrait pas tarder. Il pourra sans doute nous en dire plus.
Ils espéraient tous que le médecin trouverait un moyen de soulager le jeune homme mais lorsqu'il arriva, et après de longues minutes de lecture, le praticien arriva à la même conclusion que les spécialistes ayant effectué les analyses.
-On ne peut pas prendre le risque de lui donner quoi que ce soit. Vu les quantités de drogues qui subsistent encore dans son corps, il vaut mieux être prudent.
Le médecin s'avança ensuite vers son patient, prit son pouls. La douleur provoquait une hausse du rythme cardiaque mais rien d'anormal. Le Docteur Werner revint ensuite vers Peter. L'agent du FBI pouvait voir à quel point il regrettait de ne rien pouvoir faire mais Peter comprenait sa prudence et la dernière chose qu'il souhaitait était d'aggraver, d'une manière ou d'une autre l'état de son ami.
-En voulant bien faire nous pourrions provoquer des dégâts à long terme. Vous avez dit qu'il n'avait pratiquement aucun souvenir de sa vie en tant que Neal Caffrey ni de la manière dont il avait été amené à endosser cette identité ?
-Oui mais en même temps, je retrouve des attitudes de Neal, dans sa manière de se tenir, de parler.
-Il est probable que ces traits de sa personnalité, que vous reconnaissez, étaient ceux déjà présents chez Nicholas. Votre ami, en devenant, Neal Caffrey, n'a pris la place de ce jeune garçon. Il a tout simplement essayé d'adapter sa vie en fonction du passé qu'on lui avait attribué. Ce n'est pas cela qui a changé son caractère, ni la personne qui est vraiment.
Le médecin soulignait une évidence mais ces mots firent prendre conscience à Peter que Neal et Nicholas étaient la même personne. Alors qu'il avait essayé de les différencier, de pousser son ami à redevenir celui qu'il croyait connaître il n'avait fait que le pousser dans la mauvaise direction.
Le Neal Caffrey qu'il connaissait, avait oublié une partie de sa personnalité quand il avait perdu une partie de ses souvenirs mais ce qu'il avait bâti par-dessus cette identité n'était pas si éloigné de ce qu'il était vraiment. A force de tenter de raisonner, il allait finir par avoir une migraine, lui aussi.
Le médecin comprit sa confusion et il l'entraina un peu à l'écart, laissant Charlie assis sur le bord du lit, tenant la main de son frère.
-Quelle attitude a-t-il eu envers vous ?
-Que voulez-vous dire ?
Le docteur Werner savait que Peter avait parfaitement compris le sens de sa question mais il précisa quand même son propos.
-J'ai bien vu que vous étiez, tous les deux, très proches. Il a confiance en vous, en votre amitié mais il y a visiblement plus que cela.
Peter ne fit aucun commentaire mais il ne nia pas ce qui rassura le médecin. Le jeune homme allongé dans ce lit allait avoir besoin de soutien et pas des doutes de l'homme à qui il avait accordé bien plus que son amitié.
-Se souvient-il de la nature du lien qui vous unit ?
-Je ne sais pas… C'est compliqué, Docteur.
-Pour rendre les choses plus simples, je vous propose une chose…Arrêtez de m'appeler Docteur… Tobias suffira… Je pense que, dans de telles circonstances, nous avons dépassé la simple relation médecin-patient.
Peter sourit… En effet, le médecin n'avait pas dû avoir à traiter de telles situations bien souvent au cours de sa carrière.
-En fait, Nicholas a grandi dans un foyer déstructuré.
-Je crois que c'est un euphémisme, Agent Burke…
-Peter, s'il vous plaît.
-Ce jeune homme a vécu l'enfer et il est parfaitement compréhensible que cela ait des répercussions sur son comportement actuel.
-Il a demandé à plusieurs reprises comment il pouvait me faire plaisir… Et il ne parlait pas de me préparer un café…
-Je vois…
Peter, lui, ne voyait pas du tout ce que le médecin pouvait bien sous-entendre. Il était fatigué, confus et il se sentait impuissant, sentiments qu'il détestait par dessus tout. Ne pas contrôler la situation, ne pas être aux commandes, le perturbait.
-A-t-il tenté quelque chose… Je veux dire concrètement ou, en est-il resté aux paroles ?
Peter n'était pas très à l'aise pour parler de ce genre de chose mais cet homme semblait réellement vouloir les aider et il devait essayer de lui faire confiance.
-Oui. En fait, hier soir, il a voulu prendre une douche mais je n'avais pas pensé que, se voir dans le miroir pourrait lui faire un choc. Alors je suis allé le rejoindre. Nous avons parlé et… enfin… Il s'est…Comment dire ?... jeté sur moi. Il m'a embrassé mais si je ne l'avais pas stoppé je crois qu'il aurait pu aller plus loin.
-Je vais vous poser une question très personnelle, vous n'êtes pas obligé de répondre… Est-ce qu'avant cette affaire, vous étiez aussi proches ? En fait, cette question en entraine une seconde… Jusqu'où êtes-vous allés dans votre relation ?
Peter soupira. Il savait que ces questions étaient nécessaires et lui permettrait de mieux appréhender la situation. Mais il n'était vraiment pas facile pour lui de parler de ses sentiments alors même que, ceux-ci, étaient bien loin d'être clairs pour lui.
-Avant que Neal ne se fasse enlever, je n'avais aucune idée de la nature de ses sentiments envers moi, ni même des miens pour lui. C'est cette affaire qui ma ouvert les yeux. Nous avons parlé… Nous nous sommes embrassés.
-Pensez-vous que ce qui s'est passé hier était la volonté de Neal ou seulement Nicholas essayant de « récompenser» votre gentillesse ?
Si seulement il savait… Les mains qu'il avait senties sur sa peau étaient bien celles de Neal, les baisers passionnés ne lui semblaient pas feints ou dictés par la peur mais comment en être sûr.
-Je n'en sais rien et c'est bien ce qui me perturbe. Il m'a fallu un long moment pour réagir. Mon cerveau me répétait qu'il ne fallait pas que je le laisse faire mais mon cœur…mon corps… me dictait le contraire.
Tobias posa une main sur son bras.
-C'est parfaitement naturel. Vous avez devant vous Neal Caffrey même si je pense que, dans sa tête c'est loin d'être aussi simple. Vous ne pouvez pas vous adapter à une telle situation, personne ne le pourrait. Vous avez fait au mieux et, vu sa réaction à votre contact, cet événement ne la pas traumatisé plus qu'il ne l'est déjà. Il a peut-être seulement ajouté de la confusion dans son esprit.
Peter se sentit rassuré par ces paroles.
-Comment ça ?
-Quand il s'est réveillé après son passage entre les mains de ce… du docteur Penhurst, les souvenirs de Neal Caffrey avaient disparu, momentanément je pense. Mais se retrouver si près de vous a, sans doute ramené des sensations, des sentiments. Je pense qu'il y a probablement bien plus de Neal que de Nicholas dans ce baiser.
Peter se tourna, à nouveau vers le lit, où Neal semblait endormi et plus détendu. Charlie n'avait pas lâché sa main.
-Est-ce qu'il va s'en sortir ?
-Si votre question est de savoir s'il va redevenir l'homme avec qui vous avez travaillé ces dernières années…Probablement pas. Après ce qu'il a vécu, les souvenirs de son ancienne vie, il serait même inquiétant qu'il tente de reproduire des comportements qui n'étaient pas vraiment les siens.
Même si cela paraissait évident, il n'était sans doute pas inutile de le préciser.
-Il va certainement essayer de faire ce qu'on attend de lui, en particulier en ce qui vous concerne. Si vous lui faites penser que vous aimeriez bien retrouver « l'ancien » Neal, il risque de tout faire pour y parvenir…quitte à nier une partie de sa personnalité.
-Je serai vigilant mais comment ne pas lui faire ressentir ça. Je ne connais pas Nicholas et je ne peux pas m'empêcher de remarquer des différences.
-Donnez-lui du temps pour reprendre ses marques. Pensez que, pour lui, vous êtes un inconnu. Même s'il a des sensations, même s'il a l'impression de vous connaître, de pouvoir vous faire confiance, tout ça est très flou pour lui.
Neal bougea dans son sommeil, sa main lâchant celle de son frère. Le gémissement qu'il entendit, alerta Peter qui fit un pas vers le lit. La main de Tobias le retint.
-Laissez Charlie s'occuper de lui. Il en a besoin, lui aussi. Dans les jours à venir, Neal va certainement tenter, à nouveau de se rapprocher de vous… Parce qu'une partie de lui pense que c'est ce qu'il doit faire mais aussi parce qu'il en a besoin.
Peter ouvrit la bouche pour poser la question qui lui était spontanément venue mais Tobias répondit avant qu'il ne parle.
-Ne le repoussez pas tout en gardant une certaine distance. Je sais que ce ne sera pas facile et que les sentiments que vous avez pour lui sont sincères. Mais il n'y verrait qu'une confirmation de ce que son père lui a enseigné toutes ces années. Et il serait très compliqué de lui faire comprendre, ensuite, qu'il avait tort.
Peter hocha la tête. Les propos du médecin faisaient sens mais, dans la pratique, cela paraissait compliqué à mettre en œuvre. Il repensa soudain à la journaliste qu'ils avaient croisée et aux conséquences que pourrait avoir un éventuel article dans la presse. Il devait aussi mettre en garde le médecin.
-Nous avons été assaillis ce matin par une journaliste. Il est possible qu'elle cherche à avoir des informations par votre intermédiaire.
-Je serais prudent. Mais je n'ai pas pour habitude de ma confier à qui que ce soit au sujet de mes patients.
Peter secoua la tête.
-Ce n'était pas vraiment à cela que je pensais. Je ne remets pas en doute votre intégrité professionnelle. Je me demandais seulement l'impact que cela pourrait avoir sur Neal si un article sortait.
-Difficile à dire. Il faudrait peut-être en parler avec lui. Au moins évoquer cette éventualité.
-Est-il vraiment en état de prendre une telle décision ?
-Peut-être pas mais lui donner le choix c'est aussi lui montrer que son opinion est importante.
