Chapitre 45.

Les deux jours suivants furent horribles pour Peter. Le docteur Werner venait leur rendre visite régulièrement mais Charlie et lui avaient dû faire face à la douleur de Neal. Le jeune homme avait passé une partie de sa première nuit à délirer à cause de la fièvre. Les deux hommes avaient fini par l'allonger sur une couverture sur la terrasse pour essayer de maintenir sa température à un niveau acceptable.

Peter s'était endormi avec son ami dans ses bras, assis contre le rebord de la terrasse. Le résultat avait été positif pour Neal car, au matin la fièvre avait presque disparue mais Peter avait récolté un sérieux mal de dos. Le plus difficile avait été d'essayer de nourrir le jeune homme.

Neal était conscient mais la crise de migraine était si violente que le moindre mouvement, le moindre bruit lui était très pénible. Ils étaient parvenus à lui faire avaler un peu de soupe et de l'eau sucrée mais guère plus. A plusieurs reprises, Peter avait craint qu'ils ne puissent pas lui éviter un séjour à l'hôpital mais ils étaient parvenus à le maintenir hydraté.

Peter se réveilla aux premiers rayons du soleil. Neal dormait paisiblement, Charlie allongé près de lui. Le jeune homme n'avait pas quitté son frère durant ces deux jours et il avait, lui aussi, bien besoin de repos. Peter se leva et, comme tous les matins, son premier réflexe fut de jeter un œil sur son téléphone. Il réalisa qu'il y avait, depuis la veille un message d'Elisabeth.

Chéri,

Je suis chez ma sœur. Je serai de retour demain dans la journée. Je pense que nous parler.

Je t'aime.

Demain…C'est à dire aujourd'hui… Le retour de sa femme n'allait pas lui simplifier la tâche. Elle lui manquait, bien sûr. Mais comment Neal allait-il réagir ? Il ne pouvait faire taire son inquiétude pour son ami. Il ne parvenait plus à faire passer son mariage avant le bien-être et la santé du jeune homme. Et il était bien conscient que ce n'était pas la réponse qu'Elisabeth attendait.

Neal se réveilla peu de temps après. Peter avait repris son poste de garde, sur une chaise, à côté du lit, un magasine entre les mains, un café posé sur la table de chevet. Il n'aurait su dire la joie qu'il éprouva quand il vit, enfin les yeux de son ami se poser sur lui et son visage s'éclairer d'un sourire.

Il s'approcha pour poser une main sur son front. La fièvre avait disparu.

-Bonjour, vous…

-Bonjour.

Neal ne semblait pas très vaillant mais c'était compréhensible après les deux jours qu'il venait de passer.

-Comment tu te sens ?

Neal regarda autour de lui et l'angoisse de Peter grandit quand il vit les questions qui s'imposaient à lui au fur et à mesure qu'il découvrait son environnement. Le docteur Werner n'avait pas évoqué de problèmes qui auraient pu être causés par ces drogues autres que la fièvre et ces douleurs qui l'avaient tiraillées ces deux derniers jours. Peter ne pouvait s'empêcher d'envisager le pire avec fois qu'il lisait le doute dans les yeux de son ami.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

-De quoi te souviens-tu ?

-Toujours la même stratégie, Peter… ?

Au moins, il se souvient de mon prénom. Peter l'aida à s'asseoir dans le lit. Visiblement, la douleur, elle aussi avait disparu, même si, Neal fit une grimace lorsqu'un rayon de soleil l'aveugla.

-Tu veux une description détaillée de mes souvenirs ou te dire que tout est à peu près revenu te suffira ?

-Tout ?

Peter n'osait y croire. Il n'était pas certain que ces mots signifient la même chose pour Neal et pour lui.

-En tout cas, suffisamment, pour savoir que je te dois des excuses pour mon attitude… Pour ce que j'ai fait…

Peter était surpris et il lui fallut quelques secondes pour comprendre de quoi parlait son ami.

-Tu n'as aucune excuse à me faire. Tu n'étais pas toi-même.

-C'est bien ça le problème. C'était bien moi… Une partie, en tout cas.

Neal n'attendit pas la réponse de Peter et il commença à se lever. Charlie qui s'était réveillé en entendant les deux hommes parler, regardait attentivement son frère.

-Je pense que tu vas avoir besoin d'aide si tu veux te lever.

-Bonjour, Charlie… Pourquoi je me sens aussi fatigué ?

-Tu viens de passer les deux derniers jours, à moitié conscient…

Etrangement Neal ne posa pas d'autres questions et il laissa son frère le soutenir jusqu'à la salle de bains. Le jeune homme aurait aimé se jeter sous la douche mais il n'était pas assez stable sur ses jambes pour espérer réussir à faire ça seul.

De retour dans le salon, ils prirent place autour de la table de la cuisine. Charlie avait bien essayé de ramener son frère dans le lit mais celui-ci y avait opposé un refus catégorique. Il avait passé de longues heures, allongé et il avait besoin de forcer son corps à rester éveillé. Il se serait certainement endormi s'il était retourné dans son lit.

-Tu penses que tu pourrais manger quelque chose.

Neal sembla réfléchir un instant mais le bruit que fit son estomac, à ce moment, fournit la réponse à sa place.

-Je crois que j'ai une petite faim.

Peter leur prépara le petit déjeuner et il fut soulagé de voir Neal manger de bon appétit.

Jones frappa à la porte en milieu de matinée. Charlie était sorti et Neal et Peter s'était installés dehors. Le jeune homme, allongé sur une chaise longue, somnolait pendant que Peter feuilletait le dossier de l'affaire. Ils n'avaient pas vraiment reparlé de ce dont Neal se souvenait mais des signes encourageants, laissaient pensé à Peter que Neal avait, en effet, retrouvé une bonne partie de ses souvenirs.

-Bonjour, Peter.

Voyant Neal le regarder, Jones eut un mouvement de recul. Il était venu régulièrement pour prendre des nouvelles ces deux derniers jours, s'inquiétant, lui aussi, de voir son ami dans cet état. Mais ce qu'il craignait ce matin, c'était de provoquer le même genre de réaction que lors de l'une de ses visites. Le sourire de son ami le rassura suffisamment pour qu'il s'avance et vienne lui serrer la main.

-Neal, ravi de te voir hors de ton lit.

-Merci. Ça fait du bien de prendre un peu l'air.

L'agent du FBI n'osa pas poser la question qui lui brûlait les lèvres. Il obtiendrait sûrement toutes les réponses à ses interrogations plus tard. Pas la peine de harceler son ami. Il s'avança vers Peter et posa le journal du jour, ouvert, devant lui.

-Je crois qu'on a un problème.

Peter posa les yeux sur le quotidien mais il avait déjà une idée de ce qu'il allait y trouver. A la seconde page, une photo légèrement floue de Neal, sous-titrée Mais qui est vraiment cet homme ? Peter parcourut l'article. Les informations étaient parcellaires mais certaines étaient suffisamment précises pour laisser supposer qu'elles provenaient d'une source proche de l'enquête.

-Je crois qu'il y a eu des fuites.

-C'est la conclusions à laquelle j'en suis arrivé moi aussi.

Neal s'était levé et regardait le journal par-dessus l'épaule de Peter.

-C'est la journaliste qui nous attendait en bas l'autre jour ?

-Non et c'est encore plus inquiétant. Celui-ci semble ben mieux informé.

Neal tendit la main et retourna s'asseoir, le journal en mains. Plongé dans sa lecture, Peter et Jones observaient attentivement ses réactions. Jones se pencha vers Peter.

-Comment va-t-il ?

-Physiquement bien mieux… Pour le reste, difficile à dire.

-Tu crois qu'il est sage de le laisser lire ça ?

-De quel droit pourrions-nous le lui cacher ?

Peter avait raison mais il aurait bien aimé, lui aussi, pouvoir protéger son ami de ce genre d'événement. Neal ne semblait pas affecté par l'article qu'il était en train de lire même s'il fronçait, par moment le sourcils. Après un long moment, il releva la tête vers ses amis.

-Tout est vrai ?

-En grande partie… oui…

Le jeune homme sembla accuser le coup mais sa vois était ferme et déterminée quand il prit la parole.

-Je me souviens d'une partie de ce qui est dit… Il n'y a qu'une chose qui me chagrine là-dedans…

Une seule… ? Peter était stupéfait. Tout cet article le chagrinait, lui. Le journaliste avait retracé l'enfance de Nicholas en des termes crus et choquants…Volontairement, sans doute pour frapper le lecteur. Il avait aussi évoqué son accident, son hospitalisation, Neal Caffrey. Avec de nombreux détails, il avait rappelé la carrière criminelle du jeune homme. C'est cet épisode qui avait fait craindre à Peter une réaction de son ami. Ces moments de sa vie étaient les premiers qu'il avait oubliés.

L'auteur avait conclu en se demandant dans quelles circonstances Neal Caffrey avait disparu et quelle était l'implication de Nicholas dans cette disparition. Pas un mot sur les clients impliqués dans ce sordide trafic alors que beaucoup d'entre eux étaient derrière les barreaux ou en attente de leur inculpation. Le nom de Patrick Frey n'était pas mentionné alors que celui de Neal y était, en toutes lettres.

Peter était en colère mais il fut surpris de ne voir, dans les yeux de Neal, qu'une profonde fatigue et une certaine résignation.

-Laquelle ?

-Le passage sur la mort de Neal Caffrey.

-Je ne peux pas t'en dire plus là-dessus… Jones a interrogé le docteur Penhurst mais il refuse d'en parler. Il admet volontiers t'avoir drogué afin que tu oublies mais il refuse d'expliquer ce qui est arrivé à Neal.

Neal se tourna vers Jones.

-Tu l'as interrogé toi-même ?

-Oui, à plusieurs reprises…

-On pourrait essayer le sérum de vérité… Ce sale type aime bien ce genre de truc.

C'était la première fois que Peter entendait son ami parler ainsi d'un de ses bourreaux et il ne put s'empêcher de sourire. C'était une bonne chose, pour lui, d'en vouloir à ces hommes pour ce qu'ils lui avaient fait subir au lieu de s'en prendre à lui-même.

Il se leva pour reposer le journal sur la table.

-En tout cas, c'est bien qu'il ne parle pas de Charlie. Mais je ne comprends pas pourquoi il n'a pas exposé toute l'affaire. Il y a bien plus à dire là-dessus que de, seulement expliquer le déroulement de ma vie. Le côté positif c'est que, si je perds à nouveau la mémoire, j'aurais toujours cet article comme pense-bête.

Le ton se voulait léger et humoristique mais Peter voyait bien que cette lecture l'avait affecté. Il prit place sur une chaise entre ses deux amis.

-La seule chose qui manque c'est ce qui me manque aussi… La mort de Neal. Je n'arrive pas à me souvenir.

-Mais tu te souviens de tout le reste ?

-Pas en détails mais j'ai les grandes lignes. Certaines périodes restent très floues…

Jones observait son ami, celui avec qui il avait travaillé toutes ces années, celui qu'il avait appris à connaître, à apprécier… à se méfier aussi. Quelque chose avait changé. Il retrouvait des attitudes, des expressions mais quelque chose de nouveau perçait derrière le masque habituel. Malgré les épreuves traversées, le jeune homme paraissait plus ouvert, plus enclin à parler de ses sentiments. Comme si ces souvenirs revenus avaient fissuré sa carapace.

-C'est une bonne chose…Enfin, je ne parle pas… Enfin…

Neal se mit à rire et le visage de Peter s'éclaira. Jones ne savait exactement ce qui se passait entre eux mais il sentait que les événements des derniers jours avaient resserré le lien qui les unissait. Devait-il s'en réjouir ou craindre pour la suite ?

La situation de Neal était compliquée et elle risquait de ne pas s'améliorer dans les prochains jours. Maintenant que son identité avait été révélée au grand jour, ils n'allaient sans doute pas pouvoir lui éviter de témoigner. Cette enquête avait pris trop d'ampleur, elle touchait à des sphères trop élevées pour qu'un tel article soit passé sous silence.

-C'est très clair, Peter… Merci pour cette remarque.

Neal se tourna vers Jones.

-Quand as-tu prévu de prendre ma déposition ?

L'assurance dans la voix du jeune homme les surprit tous les deux. Ils n'avaient pas encore parlé de cette éventualité et ils auraient aimé s'en dispenser. Peter laissa Jones répondre.

-J'aurais préféré ne pas en avoir besoin.

-Ça me paraîtrait compliqué à justifier. Surtout maintenant…

L'agent du FBI ne pouvait que s'incliner face à cette logique. Neal était intelligent et il avait cette capacité étonnante lui permettant de voir l'ensemble de la situation et d'en analyser chaque paramètre avec lucidité.

-Nous pouvons attendre que tu sois prêt. Tu viens de traverser des moments difficiles et notre enquête est en bonne voie. Rien ne presse pour le moment.

Jones hésita avant de poursuivre.

-Et, comme tu l'as dit toi-même, il te manque un morceau du puzzle et c'est, précisément ce qui nous manque pour finir d'inculper Penhurst. Pour le moment, nous n'avons pas grand chose contre lui.

-Mes souvenirs reviendront peut-être. Je ne maîtrise pas vraiment tout.

-On a le temps.

-Pas tant que ça certainement. Vous n'allez pas pouvoir le garder derrière les barreaux bien longtemps si vous n'avez que ça.

Peter regarda son ami, l'air étonné. Une fois de plus, Neal passait sous silence ce qui lui était arrivé.

-Il a quand même essayé de te tuer.

-Je ne pense pas qu'il cherchait vraiment à me tuer ou il aurait trouvé un moyen plus efficace.

Jones se permit d'intervenir.

-Ce qu'il a fait n'en reste pas moins une tentative de meurtre et, si on ajoute ce qu'il avait déjà lors de ton premier séjour…il sera sûrement condamné à une longue peine. Mais si on parvient à prouver qu'il est responsable de la mort de Neal, il ne sortira pas de si tôt.

-La seule chose dont je me souvienne c'est qu'il n'était pas seul. Mais pas moyen de me rappeler de qui il s'agissait.

-Comme je te disais plus tôt, nous avons le temps.

Neal semblait douter mais il ne dit rien. Après tout, l'agent du FBI savait mieux que lui gérer son enquête.

-Est-ce que Frey en a dit un peu plus ?

A nouveau, Jones hésitait. Il jeta un regard vers Peter, comme s'il cherchait son accord avant de continuer son rapport. Peter semblait perdu dans ses pensées mais comme son collègue il était bien incapable de savoir s'il était bon ou non de communiquer ce genre d'information au jeune homme.

-Je comprendrais que tu ne veuilles pas me parler d'une enquête en cours mais, si tu hésites pensant me préserver en ne disant rien, tu te trompes. J'ai besoin de savoir, de tout savoir. Il n'y a que de cette manière que je parviendrais à passer à autre chose, à faire la paix avec moi-même.

-J'espère que tu as raison. Je ne voudrais pas que l'inverse se produise.

Neal sourit et regarda son ami. Il était ému devant tant de sollicitude.

-Je te remercie mais je ne pense pas pouvoir me sentir plus mal. Cette sensation de ne rien savoir, que quelque chose m'échappe, est insupportable. J'ai besoin de remettre toutes les pièces du puzzle en place.

Jones se contenta de hocher la tête. Il pouvait comprendre le besoin de son ami mais il pensait aussi que celui-ci surestimait un peu ses capacités et ses forces à se jeter dans cette bataille.

-J'ai interrogé Frey à plusieurs reprises. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'est pas avare de paroles. Maintenant qu'il a commencé à parler, il déballe tout. Parfois bien plus que ce qu'on aurait besoin de savoir. J'ai la transcription de ces interrogatoires si tu veux les lire.

-Il vaut mieux vérifier qu'il n'a pas menti. La dernière chose que je souhaite c'est qu'il tente d'impliquer des innocents dans cette affaire.

Peter et Jones se regardèrent. Ils n'avaient pas envisagé cette possibilité et Neal avait, une fois de plus, souligné un point important.

-Cette affaire est suffisamment sordide comme ça… Pas la peine de rajouter une injustice de plus dans ce cauchemar.

-Tu as raison Neal mais ce n'est peut-être pas à toi de faire ce travail. Nous sommes déjà en train de vérifier ces informations.

-Ça va vous prendre des mois et, la plupart des informations, des preuves ont certainement disparu depuis des années.

Il n'avait pas tort mais pouvaient-ils, pour autant, mettre Neal dans une situation difficile, mettant sur ses épaules une pression supplémentaire dont il n'avait certainement pas besoin. Peter prit la parole. Il voulait offrir à son ami la possibilité de choisir, de dire non. Il ne voulait pas qu'il se sente obliger de faire plus qu'il n'était nécessaire.

-C'est vrai mais ce travail est possible et nous avons des équipes spécialisées dans ce genre de recherches. Ils trouveront ce qui peut encore être recueilli.

Neal hocha la tête mais son visage se referma presque immédiatement. La question qu'il posa alors était celle que Jones redoutait depuis le début de cette discussion.

-Avez-vous retrouvé certains des enfants ?

A nouveau, Jones eut un regard vers Peter mais il savait bien que la réponse devait venir de lui. Cela faisait partie des informations qui ne figuraient pas encore dans le dossier qu'il avait transmis à son patron la veille.

-Nous avons retrouvé la trace d'Enzo mais, hélas, il est décédé il y a deux ans d'une overdose. Nous avons pu parler à sa femme. C'est elle qui nous a appris la nouvelle.

-Les autres ?

Cette fois, Peter sentit que c'était à son tour de parler mais, en voyant les larmes se former dans les yeux de son ami, il comprit que Neal avait déjà deviné quelle réponse allait lui être donnée.

-Les fouilles approfondies qui ont été faites autour de la cabane, ont permis de mettre à jour de nombreux ossements. Nous n'avons pas pu retrouver l'identité des victimes mais il s'agit d'enfants. D'après les légistes, il y a cinq victimes âgées entre 5 et 15 ans. Difficile pour eux d'être plus précis pour le moment.

Neal semblait sous le choc. Dans son esprit défilaient des visages, des prénoms. Il pouvait encore entendre leurs voix. Ce n'était pas la première fois qu'il lui semblait entendre clairement des voix étrangères. La seule différence aujourd'hui, c'est qu'il pouvait mettre des noms sur ses voix. Elles étaient toujours là, depuis longtemps mais leur compagnie ne lui faisait plus peur.

La main de Peter posée sur son bras le ramena à la réalité.

-Tout va bien.

-Ça ira…

Neal décida de ne rien dire sur ces voix. Il savait que son ami était déjà très inquiet pour lui, pour son équilibre mental, pas la peine d'en rajouter.

-Il va me falloir un peu de temps pour digérer tout ça. Mais je n'ai plus cette impression d'être au bord d'un gouffre.

-C'est une excellente nouvelle. Mais j'aimerais que tu me fasses une promesse.

-Encore une… ?

Le sourire de Neal lui réchauffait le cœur. Sa main n'avait pas quitté son bras. Peter savourait cet instant de proximité, de complicité. Il aurait aimé que toute cette affaire ne soit jamais arrivée, que cet enlèvement n'ait jamais eu lieu. Il s'en voulait de penser cela car, même si la situation faisait souffrir son ami, il était sans doute pire pour lui de ne plus se souvenir d'une partie de sa vie.

Neal, même s'il n'en était pas pleinement conscient, avait souffert de vivre la vie d'un autre avec ce sentiment permanent qu'une personne proche de lui était en danger. Aujourd'hui, le jeune homme avait l'opportunité de régler ses comptes avec son passé et de repartir pour une nouvelle vie. Et c'était bien ce qui perturbait Peter. Inconsciemment, il se demandait quelle place il aurait dans cette nouvelle vie.

-Oui, encore une. Je voudrais que tu me promettes de prendre ton temps avant d'envisager de témoigner. Peut-être que tu pourrais, quand tu auras pris quelques jours de repos, essayer d'aider les enquêteurs.

-Je n'ai pas besoin de plus de temps, Peter…

-S'il te plaît…Laisse-moi finir. En attendant, j'aimerais que tu essaies de dessiner les portraits des enfants dont tu te souviens. Comme tu l'as fait pour Ethan. Ça pourrait beaucoup nous aider pour les identifications.

Neal était conscient qu'il s'agissait d'une diversion mais il ne pouvait pas refuser d'aider les enquêteurs.

-A une condition… Que je puisse lire les interrogatoires de Frey.

Evidement, il fallait bien qu'il tente de négocier.

-D'accord mais là aussi, pas besoin d'aller au-delà de ce que tu es capable de supporter.

-Promis.

Le jeune homme paraissait satisfait et son sourire s'accentua quand Jones lui tendit un épais dossier. L'agent du FBI avait prévu de le laisser à Peter mais puisque son patron avait donné son accord, Neal pouvait être le premier à lire ce que son bourreau avait raconté. Lui qui savait ce que contenait ce dossier, doutait que le sourire persiste longtemps sur le visage de son ami à la lecture de ces échanges.

Neal remercia Jones qui les quitta pour retourner au bureau. Peter et lui avaient pris rendez-vous dans les bureaux du FBI dans l'après midi pour faire le point sur les dossiers en cours.

Neal avait posé le dossier sur la table mais il ne l'avait pas ouvert. Peter le regardait du coin de l'œil, observant ses réactions.

-Je vais bien, Peter. Je respecte seulement la promesse que je viens de faire.

-Tant mieux… tu n'es pas obligé de lire ce dossier…

-Je sais… Peut-être plus tard. Je crois que je vais essayer de dormir un peu.

Le front de Peter se plissa d'inquiétude en voyant son ami se lever péniblement. Il s'avança vers lui et lui prit le bras pour le soutenir jusqu'à son lit.

-Tu aurais dû me dire que tu étais fatigué.

Neal poussa un profond soupir une fois assis sur son lit. Peter se demanda si ce soupir était dû à la fatigue ou si son ami manifestait de cette manière son agacement devant les propos de Peter. Le jeune homme s'allongea et ferma les yeux.

Le téléphone de Peter sonna et celui-ci s'éloigna pour répondre en voyant le numéro d'Elisabeth s'afficher.

-Chéri…

-Bonjour, Chérie. Tu es rentrée ?

-Je viens juste d'arriver à la maison. Je pensais t'y trouver mais je suppose que tu es chez Neal.

Le ton de reproche n'échappa pas à Peter mais il n'en attendait pas moins de la part de la jeune femme.

-Oui je suis avec Neal.

-Tu penses revenir à la maison aujourd'hui.

-Ça va être compliqué. Neal n'est pas au mieux et je dois passer au bureau en début d'après midi.

-D'accord. On se voit demain, alors ?

-Pas de problème.

Ils convinrent de se retrouver pour le petit déjeuner mais lorsque Peter raccrocha il avait le sentiment que cela avait été trop facile. Elisabeth, même si sa voix était tendue, n'avait pas insisté pour le voir le jour même.

-Tout va bien ?

La voix de Neal le fit sursauter et il réalisa qu'il venait de passer plusieurs minutes, perdu dans ses pensées. Il devait être fatigué, lui aussi.

Il plaqua un sourire rassurant sur son visage et se tourna vers Neal.

-Tu penses que tu pourrais me faire une petite place… ?

Le voile d'hésitation qui apparut, l'espace de quelques secondes, sur les traits de Neal, n'échappa pas à Peter mais le jeune homme se reprit et se serra sur le côté du lit.

-Avec plaisir, agent Burke.

Peter aurait peut-être dû faire machine arrière et laisser sa première impression le guider. Mais il avait besoin de sentir Neal contre lui, il avait besoin de le sentir sa respiration, son souffle.

Quand il s'allongea sur le lit, son corps entier sembla le remercier. Neal essayait de garder ses distances mais le lit n'était pas assez grand et leurs deux corps trouvèrent naturellement la position idéale.

Neal posa sa tête sur l'épaule de Peter et après seulement quelques minutes, il était profondément endormi. Peter tenta de résister au sommeil. Il voulait savourer ce moment, penser l'espace d'un instant qu'ils pourraient vivre ça tous les jours. Qu'ils pourraient partager ce bonheur simple en toute liberté. C'est avec cette agréable pensée qu'il finit par se laisser engloutir par le sommeil.

Il se réveilla pour trouver Neal et Charlie dans la cuisine, préparant le déjeuner. Les deux frères discutaient à voix basses. Peter les observa durant de longues minutes, prenant plaisir à les voir aussi complices. Leurs sourires étaient sincères, sans fard, sans aucune trace de duplicité. Ils parlaient et agissaient comme s'ils s'étaient quittés la veille.

Peter se leva finalement pour les rejoindre.

-Enfin réveillé, Agent Burke.

Peter se sentait un peu stupide mais il adorait lorsque Neal lui parlait de cette manière avec ce sourire charmeur qui faisait briller ses yeux.

-J'étais probablement plus fatigué que je ne le pensais.

Neal posa une assiette devant lui et les deux frères s'installèrent avec lui. Charlie leur raconta son rendez-vous de la matinée. Il avait essayé de se faire faire des papiers d'identité. Le FBI lui avait fourni les papiers nécessaires, permettant de justifier de son identité. Le récit de ses péripéties administratives fit bien rire Neal et Peter. Ils connaissaient tous les deux le genre de complication qui pouvait ralentir, voire bloquer la machine.

Mais dans le cas de Charlie, c'était bien plus compliqué. Il avait dû raconter son histoire cinq fois avant que ses interlocuteurs finissent par aller chercher le responsable du service qui ne comprit pas mieux que les autres. Charlie avait fini par renoncer car il sentait bien que, s'il insistait un peu, ils allaient finir par appeler un psy. Peter lui promit de l'accompagner lors de son prochain rendez-vous. La présence d'un agent du FBI pouvait accélérer grandement les choses.

Après le repas, Charlie partit pour son rendez-vous quotidien avec son kinésithérapeute. Le jeune homme proposa à son frère de repousser son rendez-vous pour pouvoir rester avec lui. Sachant que Peter devait, lui aussi s'absenter, il appréhendait de laisser son frère seul et Peter ne pouvait qu'être d'accord avec lui.

Mais Neal balaya leurs protestations d'un revers de la main et il finit par les convaincre qu'il pouvait parfaitement rester seul. Les deux hommes quittèrent l'appartement un peu rassurés par les mots de Neal.

Peter passa deux longues heures au bureau, à signer des rapports d'enquête. Jones finit par lui dire de rentrer, voyant les cernes sous ses yeux s'accentuer.

-Qu'est-ce qu'il nous reste à voir ?

-Rien d'urgent. Ça pourra attendre demain, Peter.

Peter pensa, un instant, le contredire et lui dire de lui amener les dossiers suivants mais il réalisa que son collègue avait raison. Il avait plus important à faire que signer des papiers.

Neal venait de passer deux heures seul et il n'avait qu'une envie, c'était de le rejoindre et de s'assurer que tout allait bien pour lui. Jones le reconduit jusqu'à l'appartement et le regarda monter les marches vers la porte d'entrée d'un pas fatigué mais qui lui paraissait plus léger à mesure qu'il approchait de l'entrée. Jones se faisait peut-être des idées mais quelque chose avait changé chez Peter. Jamais, auparavant, il n'aurait reporté au lendemain un travail aussi pénible soit-il… L'effet Neal Caffrey, sans doute… L'agent du FBI souriait en reprenant la route.

Peter monta les marches menant à l'appartement. Aucun bruit ne filtrait de l'intérieur, la porte était fermée mais pas verrouillée. Il entra sans frapper et il vit immédiatement que son ami n'allait pas bien. Il regarda autour de lui, cherchant l'origine de la détresse qu'il reconnaissait dans ces yeux bleus fixés sur lui.

Quand il vit sa femme se tenir debout, les bras croisés de l'autre côté de la pièce, il comprit. Elisabeth posait sur le jeune homme un regard froid qu'il ne lui avait jamais vu. Qu'avait-elle dit à Neal pour qu'il ressente le besoin de s'éloigner d'elle de la sorte ?

Le jeune homme était calé contre l'évier de la cuisine, les mains serrées sur le bord du plan de travail, le regard fixé sur Peter.

Peter s'avança vers Elisabeth. Il ne voulait pas crier mais il dut prendre sur lui pour ne pas s'énerver.

-Qu'est-ce que tu as fait ?

Les yeux de sa femme ne quittaient pas Neal et ce n'est que lorsque Peter lui serra le bras qu'elle daigna le regarder.

-Je lui ai juste expliqué qu'il était en train de détruire notre mariage, ta carrière et tout ce qu'on a construit durant ces dernières années…

Peter faillit se mettre à hurler mais le bruit d'une chute, dans son dos, l'empêcha d'aller plus loin. Il se retourna et vit Neal étendu sur le sol, inconscient. Il se précipita vers lui et le prit doucement dans ses bras, vérifiant qu'il ne s'était pas blessé en tombant.