Un chapitre difficile à écrire…Mais j'espère qu'il vous plaira…
Bonne lecture…Je me lance de ce pas dans le chapitre suivant.
Chapitre 52.
Après de longues minutes de négociation, Neal était toujours assis sur la terrasse, les genoux recroquevillés contre sa poitrine, la tête enfouie dans ses bras. Peter désespérait de pouvoir le rassurer et le faire rentrer. Il avait fini par s'asseoir à côté de lui et il continuait à lui parler doucement essayant de le convaincre qu'il était en sécurité. Ses jambes étaient engourdies et il commençait à avoir froid.
Lorsque Tobias arriva en milieu de matinée, ils n'avaient pas bougé et le médecin s'approcha prudemment, prit une chaise et s'installa à côté de Peter.
-Que s'est-il passé ?
-Il était plutôt calme à son réveil mais il s'est très vite agité. Il s'est mis à dessiner et quand il a terminé ce portrait, il s'est réfugié ici. Depuis il n'a pas bougé. Il ne semble même pas m'entendre.
Peter montra le dessin au médecin.
-Vous savez qui est cet homme ?
-Non et je préfère attendre avant de lancer une recherche.
-A-t-il dit quelque chose ?
-Non, pas un mot et c'est bien ce qui m'inquiète.
-Comment réagit-il quand vous le touchez ?
-Je n'ai même pas essayé.
Le médecin lui fit un signe de tête et, maintenant qu'il était près d'eux, Peter osa avancer une main vers le jeune homme. Au moment où sa main entra en contact avec son dos, Neal se replia sur lui-même, s'allongeant sur le sol. Ce mouvement fut accompagné d'un gémissement à fendre le cœur. Peter retira sa main immédiatement et Tobias lui fit signe de le suivre.
-Je pense que le cauchemar d'hier n'était pas comme les autres. Un autre événement a dû lui revenir en mémoire et il ne parvient pas à gérer ce traumatisme.
-Comment pouvons-nous l'aider ?
-En découvrant qui est cet homme et ce qui s'est passé.
-Je pense pouvoir vous aider…
La voix de Jones les interrompit et Peter se retourna vers lui. Son collègue n'avait pas pris la peine de frapper et son regard noir laissait penser que ce qu'il avait à leur dire n'allait pas leur plaire.
-Nous avons fini de fouiller la clinique et le logement de Penhurst et nous avons retrouvé de nombreuses vidéos de séances avec ses patients.
-Quelque chose concernant notre affaire ?
-J'en ai bien peur. Vous devriez voir ça.
Jones s'était adressé à son patron et au médecin ce qui finit d'inquiéter Peter.
-Je ne veux pas laisser Neal tout seul.
Charlie s'avança et posa une main sur le bras de Peter.
-Je vais rester avec lui.
Peter et Tobias suivirent Jones à l'intérieur. Ils s'installèrent sur la table de la cuisine et Jones alluma son ordinateur portable. Il s'apprêtait à ouvrir un fichier vidéo quand il se tourna vers Peter.
-Nous avons trouvé ce fichier sur une clé USB cachée dans un tiroir fermé à clé. Je n'ai regardé que les premières minutes mais ça m'a suffit.
Son collègue avait l'air secoué par ce qu'il avait vu mais il finit par ouvrir le fichier vidéo. Dès les premières secondes, Peter sentit sa respiration s'accélérer. La vidéo s'ouvrait sur l'image d'une grande pièce vide, un laboratoire au centre duquel se tenait un fauteuil muni de sangles. Un homme de haute taille amena un jeune garçon qu'il tenait par la taille et qu'il devait aider à marcher. Peter reconnut immédiatement Nicholas et son sang se glaça dans ses veines.
L'homme en blouse blanche installa le patient sur le fauteuil et attacha ses poignets et ses chevilles. Il glissa ensuite une sangle plus large autour de sa poitrine. Ainsi retenu, Nicholas n'avait aucune chance de s'échapper, s'il en avait été physiquement capable. Mais l'homme ne s'arrêta pas là et il enserra son front avec un nouveau lien.
Un autre homme entra et rien qu'à sa démarche, Peter reconnut Penhurst. Il s'approcha de son jeune patient.
-Tu es un bon garçon, Nicholas. Quand on aura fini nos petites séances, tu te sentiras bien mieux.
-Neal…
La voix de Nicholas était à peine audible et ses yeux avaient du mal à se fixer.
-Oui, Nicholas… On va ramener Neal mais tu dois me laisser faire…
Le médecin installa une perfusion dans son bras droit et, après seulement quelques secondes le regard de Nicholas se troubla et une grimace de douleur déforma ses traits. Les cris qui emplirent à ce moment le laboratoire rappelèrent à Peter ceux qu'il avait entendus la veille. Et il réalisa qu'ils avaient sous les yeux le souvenir qui avait provoqué le cauchemar de la veille.
Peter faillit arrêter la vidéo mais il savait que, s'il voulait aider son ami, il devait aller au bout de ce cauchemar. Tobias s'était tendu à côté de lui et lorsqu'ils virent le docteur Penhurst s'approcher de son patient avec un instrument que Peter ne connaissait pas, il ne put retenir une exclamation.
-Comment a-t-il pu lui faire ça ?
La scène qui suivit permit à Peter de mieux comprendre l'indignation du médecin. Il vit Nicholas se tordre de douleur alors que le médecin appliquait sur ses tempes de puissantes décharges électriques. Une image s'imposa à l'esprit de Peter. Il revit Neal les poings serrés sur ses tempes dans un geste défensif. Comment ne pas faire le lien ?
La vidéo durait plus de deux heures. L'enregistrement avait été coupé à plusieurs reprises ce qui donnait une durée totale de trois jours… Trois jours de calvaire durant lesquels Nicholas avait été drogué et soumis à des électrochocs. Certaines scènes montraient le jeune garçon, les paupières maintenues ouvertes par des adhésifs. Des images défilaient devant ses yeux. Ils ne pouvaient pas voir de quelles images il s'agissait mais la pièce était remplie de bruits sourds, le volume poussé à son maximum.
Peter n'en pouvait plus, il arrêta l'enregistrement et ferma les yeux. Tobias posa une main sur son épaule.
-Je suis désolé, Peter. Je ne pensais pas qu'il avait osé aller jusque là.
-Qu'est-ce qu'il lui a fait ?
-C'est assez difficile à expliquer. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les nazis ont mené des expériences pour tenter de « reformater » l'esprit humain. La technique principale consistait en une hyper stimulation des sens et l'utilisation répétée des électrochocs. Ces recherches ont été dénoncées par la communauté internationale mais on a retrouvé des preuves que certaines expériences ont été poursuivies pendant la Guerre Froide.
Peter n'en croyait pas ses oreilles… La Seconde Guerre Mondiale…il avait entendu parler des expériences menées par les scientifiques au service du Reich…Que de telles expériences aient été poursuivies en secret ne l'étonnait guère… Mais infliger ça à un gamin…Un jeune homme d'à peine 16 ans qui avait seulement eut le tort de tomber entre les mains de brutes, de monstres…
-Quel était son but ?
-Reprogrammer sa mémoire… Et faire revenir Neal Caffrey.
-Il y est parvenu.
-Pas tout à fait puisque ses souvenirs sont revenus et la personnalité de Nicholas n'a pas été effacée. Le but de ces expériences était d'effacer totalement la personnalité de quelqu'un avant de lui re-fabriquer des souvenirs et de lui faire croire qu'ils étaient les siens.
Jones n'avait pas bougé de devant l'écran et continuait de faire défiler les images. Il vit soudain un nouvel homme entrer dans la salle à plusieurs reprises. Son visage à quelques centimètres de celui de Nicholas, il semblait lui parler. Quand il se retourna, son visage apparu enfin à la caméra.
-Peter…
L'agent reporta son regard vers l'écran et ne fut presque pas surpris de voir l'homme dessiné par Neal.
-Tu connais cet homme ?
-Moi non mais Neal oui…
Peter lui montra le dessin.
-Tu crois qu'il se souvient.
-Je suis sûr que ce qu'on vient de voir c'est ce qu'il a cru revivre hier. Ce dont il n'arrive pas à se détacher encore aujourd'hui.
-Ce que ces hommes lui ont fait est ignoble. Avec un tel enregistrement, Penhurst finira ses jours en prison. Nous devons retrouver cet homme.
-Attendons un peu avant de lancer des recherches.
Jones ne comprenait pas bien la prudence de son patron.
-Pourquoi ?
-Je pense qu'il s'agit de notre chainon manquant… De l'homme à la tête de cet odieux trafic et s'il est parvenu à sortir son épingle du jeu et à rester aussi discret toutes ces années, c'est qu'il a su inspirer une peur incontrôlable à tous ses collaborateurs.
-Il faudra quand même bien l'arrêter…
-Oui mais imagine ce qu'il pourrait faire s'il apprenait que quelqu'un peut témoigner contre lui. S'il savait que ce garçon qu'il pensait avoir sous son contrôle, à qui il avait ôté les souvenirs, a fini par retrouver la mémoire.
Neal serait certainement en grand danger mais ils n'avaient aucun moyen d'être sûr que ce n'était pas déjà le cas.
-Les journaux ont déjà publié des noms, il est possible qu'il soit déjà au courant.
-Je sais mais je préfère en parler avec Neal d'abord. Tu peux commencer des recherches mais discrètement… Rien d'officiel pour le moment…
Jones approuva même s'il n'était pas certain de pouvoir empêcher les rumeurs de courir.
Peter retourna sur la terrasse. Charlie était assis à côté de Neal qui, lui n'avait pas bougé. Le jeune homme était toujours allongé sur le sol, roulé en boule.
-Qu'y a-t-il sur cette vidéo ?
Même s'il s'était attendu à la question, Peter ne savait pas vraiment quelle réponse lui donner.
-Penhurst a filmé ce qu'il a fait subir à Nicholas pour effacer sa mémoire.
-C'est pour ça qu'il est comme ça ?
Peter n'eut pas le temps de répondre. Il entendit la voix de Tobias derrière lui.
-Probablement. Hier, peut-être à cause de la fatigue, de la fièvre, les dernières barrières de son esprit se sont effondrées. La bonne nouvelle c'est que Nicholas et Neal se sont certainement enfin retrouvés. Mais je ne suis pas certain que son esprit parvienne à appréhender cette situation et ces nouveaux souvenirs.
-Que pouvons-nous faire ?
Le médecin s'approcha et s'agenouilla devant son patient. Neal cachait toujours son visage.
-Nicholas, nous savons ce que Penhurst t'a fait. Je suis tellement désolé de ne pas pouvoir t'aider mais il va falloir que tu reviennes vers nous. Je sais que tu en es capable, je sais que tu peux le faire. J'ai vu avec quel courage tu as fait face à toutes ces épreuves et je suis sûr que tu auras encore la force de te battre. Ne le laisse pas gagner.
Les paroles du médecin semblaient raisonner dans le vide. Neal n'eut aucune réaction pendant de longues minutes. Peter ne pouvait plus supporter ce silence, il repoussa doucement le médecin et Charlie et il s'allongea près de Neal. Il cala sa tête contre la sienne. A son grand soulagement, Neal ne recula pas.
-Moi aussi je sais à quel point tu es courageux… Tu m'as dit que ma voix te ramènerait toujours vers le présent… Je ne sais pas où tu es, en ce moment, mais j'ai besoin de toi. Je t'en prie… J'ai besoin d'entendre ta voix…
Peter réprima un sanglot avant de continuer.
-J'ai vu ce que cet homme t'a fait et je te promets de le faire payer pour ça… la vidéo qu'on a trouvé chez Penhurst… L'homme que tu as dessiné, il était là aussi.
Peter sentait la tension quitter peu à peu le corps de Neal mais toujours aucun mouvement.
-On va le retrouver et le mettre hors d'état de nuire. Je te promets, je ne laisserais personne te faire du mal. Je sais que tu as confiance en moi, tout comme j'ai confiance en toi.
Les trois hommes témoins de cette scène ne savaient pas quoi faire. Tobias réalisa, à cet instant, que s'ils perdaient Neal, ils perdraient probablement Peter aussi… Charlie serait le suivant. Le jeune homme n'en était certainement pas conscient mais son l'état de son frère avait des conséquences directes sur lui et son état de santé.
-Neal, je t'en prie… Fais-moi un signe…Montre-moi que tu es toujours là…
Peter pleurait et Jones sentit son cœur se serrer. Neal semblait s'être réfugié très loin d'eux, loin de ce monde. Après ce qu'il avait vu sur cet enregistrement, il n'était pas vraiment surpris qu'un tel souvenir ait provoqué un choc trop violent, trop difficile à supporter. Il redoutait le moment où il devrait prendre des décisions drastiques pour sauver Peter même si ça signifiait les séparer.
Jones devait faire quelque chose. Il s'avança et se pencha vers Peter.
-Peter, je ne suis pas sûr qu'il t'entende. Vous devriez rentrer, tous les deux. Je peux le porter jusqu'au lit…
Peter avait fermé les yeux et, bien qu'il entendît les mots de Jones, il ne parvenait pas à y donner de sens. Son univers se limitait à Neal, sa respiration lente qu'il percevait, la chaleur qui émanait de son corps, l'odeur de son shampoing. Rien d'autre ne comptait.
Jones commença à s'inquiéter. Il ne pouvait pas laisser ses amis comme ça et il attrapa le bras de Peter pour l'aider à se lever. Le cri qu'il entendit l'arrêta net. Neal s'était accroché à la veste de Peter refusant de le laisser s'éloigner. Au moins, il avait provoqué une réaction. Peter se retrouva assis, Neal dans ses bras.
Jones s'écarta laissant le médecin s'approcher.
-Nicholas, est-ce que tu m'entends ?
Neal avait enfoui son visage contre a poitrine de Peter. Celui-ci n'osait plus faire un geste. Il plaça une main protectrice derrière la tête de son ami. Comment pourrait-il le rassurer alors qu'il affrontait l'horreur … Le moment où sa vie avait basculé, où il avait perdu une partie de lui-même, où on lui avait réinventé une identité…
-Peter, il faudrait peut-être envisager une nouvelle injection…
-Non, ça va aller. Vous avez vu la vidéo, vous avez vu ce qu'ils lui ont fait… On ne peut pas… on ne doit pas…
Peter était au bord des larmes et des deux hommes devant lui, le médecin se demandait lequel était le plus fragile à ce moment. Il posa une main sur l'épaule de Peter.
-D'accord, Peter mais vous ne pouvez rester là. Neal est fragile et il risque de tomber malade et il n'a vraiment pas besoin de ça.
Peter ne voyait pas très bien comment ils pourraient amener Neal à se lever et rentrer de lui-même et le forcer, d'une manière ou d'une autre serait une catastrophe. Ils n'eurent pas le temps de réfléchir plus avant car la silhouette d'Elisabeth s'avançait sur la terrasse. La première pensée de Peter fut de se dire qu'au tableau dramatique du moment, il ne manquait plus que sa femme.
-Peter, qu'est-ce qui se passe ?
L'homme ne put pas répondre car il était trop occupé à tenter de retenir Neal qui cherchait, une fois de plus à s'échapper. Son épaule blessée le lâcha au plus mauvais moment et le jeune homme en profita pour se redresser et quitter son étreinte. Tous les témoins présents retinrent un cri en le voyant enjamber le rebord de la terrasse. Peter se leva aussi vite qu'il put et tendit une main vers son ami qui se tenait à cheval sur la rambarde, une jambe dans le vide.
-Neal, s'il te plaît…Regarde-moi… Non ne regarde pas en bas…
La voix de Peter tremblait et personne derrière lui n'osait faire un mouvement de peur d'effrayer le jeune homme et de précipiter sa chute. Peter fit, à nouveau un pas en avant. Le regard de Neal se perdit dans le vide et ils le virent tanguer dangereusement.
-Je t'en prie, Neal…Prend ma main…
Les larmes coulaient maintenant le long des joues de Peter et les sanglots étaient perceptibles dans sa voix. C'est peut-être ce qui fit réagir Neal. Il leva les yeux et croisa le regard de Peter.
-Je suis là, Neal…
Peter dut se retenir pour ne pas se précipiter vers son ami. La crainte de le voir glisser, de le perdre le tenait coller au sol.
-Peter…
La voix du jeune homme semblait venir de très loin comme si ce simple mot lui avait coûté toute son énergie. Il tanguait de plus en plus et risquait à tout moment de basculer.
Au moment où le jeune homme jeta un regard vers la rue et les voitures qui continuaient de circuler, Peter se précipita vers lui et le ramena sur la terrasse.
Le jeune homme ne tenait pas sur ses jambes et Charlie s'avança pour aider Peter à le transporter jusqu'à son lit. Il savait que personne d'autre ne parviendrait à l'approcher. Quand ils posèrent Neal sur le lit, il reprit sa position refuge.
Peter se retourna vers Elisabeth, lui prit le bras sans un mot. Il l'amena jusqu'à la table de la cuisine devant l'ordinateur de Jones. Il ouvrit la vidéo qu'ils avaient visionnée un peu plus tôt et laissa la jeune femme regarder ce film.
Elle eut la même réaction que Peter et ne put supporter d'entendre les cris du jeune garçon.
-Peter, arrête ça, s'il te plaît.
-Tu m'as demandé ce qui se passait. Voilà ce qui se passe.
-Qui sont ces hommes ?
-Le médecin est celui qui a essayé, il y a quelques jours, de lui faire subir le même traitement…
-Quelle horreur !
Peter savait qu'il n'avait pas besoin d'ajouter quoi que ce soit, les images avaient parlé pour lui. Il retourna auprès de Neal qui n'avait pas bougé. Il n'était pas endormi, il était seulement absent…loin d'eux, loin de ce corps. Tobias était à ses côtés et même si Neal se laissa examiner, Peter pouvait voir son corps frissonner à chaque fois qu'une main se posait sur lui. Tobias revint vers Peter une fois son examen terminé.
-Il est très affaibli. Sa tension est très basse et son absence de réaction m'inquiète. Il va falloir garder un œil très attentif sur lui.
-Je n'avais pas l'intention de le laisser seul.
-Je sais Peter mais il va avoir besoin de plus que ce que vous pourrez lui apporter.
-A quoi pensez-vous ?
-A vrai dire, je ne sais. Une hospitalisation ferait plus de mal que de bien. Il n'est pas, non plus envisageable de l'éloigner de cette ville et de toute cette affaire.
Peter comprenait l'embarras du médecin. Il voulait ce qu'il y a de mieux pour son patient mais dans la situation actuelle, aucune des solutions qui s'imposaient à eux n'était réalisable. Ils allaient devoir faire de leur mieux avec les moyens dont ils disposaient. Elisabeth s'avança et glissa sa main dans celle de son mari. Peter savait qu'elle essayait de le rassurer, de lui montrer son soutien mais, après les mots qu'elle avait eus envers Neal, il n'était pas sûr de vouloir de son aide.
-Chéri, je suis désolée d'avoir réagi aussi violemment. Je crois que je n'avais pas réalisé ce que Neal avait subi.
Peter se retourna vers elle. Malgré la sincérité qui semblait animer ses yeux, il avait du mal à croire ce qu'elle disait. Comment lui accorder, à nouveau sa confiance, après ce qu'elle avait dit et fait ?
-Mes sentiments pour Neal n'ont pas changé…
-Je sais, Peter mais je crois que, pour le moment, le plus important n'est pas ce que l'on éprouve ou pas. Nous devons trouver un moyen d'aider Neal. Nous aurons le temps, plus tard, de parler de notre avenir.
Peter comprit que sa femme n'avait pas renoncé et ne renoncerait jamais à l'image idéale qu'elle avait de leur mariage…Image qui, pour lui, avait bien changé ces dernières semaines. Charlie s'approcha discrètement et fixa la jeune femme.
-Je sais qu'on ne se connaît pas et ce que je vais vous dire va peut-être vous paraître cruel mais je ne pense pas que Nicholas ait besoin de votre aide.
Elisabeth s'apprêtait à répondre mais le regard de Charlie sembla la paralyser un instant.
-Vous avez vu, vous même, comment il a réagi en vous voyant arriver. Vous pensez le connaître mais il y a une chose que vous ne savez pas à propos de lui. Il serait capable de renoncer à la vie, renoncer à l'amour qu'il porte à Peter s'il pense qu'il pourrait vous faire du mal.
Le jeune homme avait les larmes aux yeux et Elisabeth comprit que ces mots, difficiles à dire pour lui, venaient du plus profond de lui-même. Ce désespoir, cette angoisse à l'idée de perdre son frère le poussait à le protéger contre tout et tous ceux qui pourraient lui nuire, volontairement ou non.
-Il m'a protégé durant toute mon enfance. La vidéo que vous avez vue n'est qu'une partie des mauvais traitements qu'on lui a infligé. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi courageux et d'aussi fort mais, aujourd'hui, il ne peut plus se battre.
-Je veux seulement l'aider.
-La meilleure aide que vous pouvez lui fournir serait de ne plus venir ici. A chaque fois qu'il vous verra, il pensera à Peter et au fait que ses sentiments pour lui vous ont éloigné de lui. Il repensera aux mots que vous avez prononcés…
Elisabeth se rappelait, elle aussi, les reproches qu'elle lui avait faits. Elle se rappelait la colère qui l'avait envahie à cet instant. Elle avait voulu le blesser, lui faire ressentir sa souffrance, ne réalisant pas que la sienne n'était rien en comparaison de celle qui assaillait son ami.
-Vous devriez partir. Neal a besoin de Peter à ses côtés mais je comprendrais qu'il veuille partir avec vous. Nicholas et moi avons survécu à ce cauchemar une fois, nous y parviendrons une nouvelle fois, ensemble.
Charlie retourna auprès de son frère. Peter savait que le jeune homme avait essayé de lui offrir une porte de sortie, une manière de recoller ce qui restait de son mariage. Il ne savait pas s'il devait être reconnaissant ou en colère. Comment pouvait-il penser qu'il pourrait abandonner son ami ?
Quand il se retourna vers sa femme qui tenait toujours sa main, il vit briller l'espoir dans ses yeux et il sen voulut de devoir la faire souffrir à nouveau. Mais ce serait bien pire de faire semblant. Il savait qu'il ne pourrait jamais vivre en paix loin de Neal.
-El, tu devrais faire ce que Charlie a dit. Je sais que tu aimerais nous aider mais Neal n'est pas en état d'accepter ton aide, pour le moment. Laisse-lui un peu de temps… Laisse-nous un peu de temps.
La jeune femme essaya de ne pas céder, à nouveau à la colère. Son mariage lui échappait, elle le savait et cette brûlure au creux de son estomac était insupportable. Elle aurait voulu hurler, se jeter sur cet homme toujours immobile au milieu de ce grand lit. Elle aurait voulu le rendre responsable de sa propre douleur. Elle aurait voulu revenir en arrière et retrouver le Neal Caffrey avec qui elle pouvait passer de longues soirées à bavarder.
Mais, quand elle s'approcha du lit, elle réalisa que cet homme n'était plus celui qu'elle avait connu. Il semblait si fragile, perdu dans un monde de cauchemars, inaccessible et seul. Elle posa une main sur son front mais, le sentant frémir, elle la retira immédiatement. Une larme coula sur sa joue mais elle était incapable de dire sur quoi elle pleurait… Sur son mariage qui ne se remettrait probablement pas de cet épisode…Sur cet ami qu'elle avait perdu…Sur ce jeune garçon, sur la vidéo qui avait dû faire face à des monstres… Sur elle-même, pour avoir été aussi aveugle…
Elle se retourna et quitta l'appartement sans un mot, sans un regard pour son mari.
Peter resta un long moment, immobile au milieu de la pièce. Jones et Tobias, spectateurs impuissants de ce drame, se regardèrent ne sachant pas quoi faire. Jones fut le premier à s'approcher de Peter pour lui prendre le bras et le guider vers le canapé.
Charlie s'était assis sur une chaise près du lit et tous savaient qu'ils ne pourraient pas le déloger de son poste d'observation avant longtemps.
Peter restait là, assis, le regard fixé sur Neal, attendant une réaction. Tobias s'avança et fit à Jones de lui laissait la place près de son ami. L'agent du FBI s'exécuta mais resta à proximité. Le médecin ne pouvait qu'admirer la loyauté de cet homme qui savait être présent et discret à la fois. Il avait su apporter son aide au bon moment sans chercher à s'imposer. De telles amitiés étaient rares et précieuses.
-Peter, vous devriez essayé de manger quelque chose et vous reposer.
L'homme l'écoutait mais il ne l'entendait pas vraiment. Il ne pouvait détacher ses pensées de Neal. S'il fermait les yeux, il savait qu'il le verrait, à nouveau, sur ce balcon, prêt à basculer dans le vide. Il avait souvent fait ce cauchemar depuis le jour où il s'était réveillé pour trouver son ami dans cette même position.
Cette fois aussi, il était parvenu à le raisonner mais, dans ses cauchemars, il lui prenait la main pour la sentir glisser dans la sienne. Sans qu'il puisse rien faire d'autre qu'hurler son désespoir, il le regardait tomber, comme au ralenti. Ce cauchemar le réveillait souvent au beau milieu de la nuit et la seule chose qui parvenait à le rassurer était de poser une main sur la poitrine de Neal pour sentir battre son cœur. Il fermait les yeux et inspirait profondément jusqu'à qu'il parvienne à synchroniser les battements de leurs cœurs. Ce n'est qu'à ce moment qu'il pouvait enfin laisser le sommeil l'envahir.
Neal le laisserait-il s'allonger près de lui, à nouveau ? Il avait prononcé son nom. Alors que son esprit semblait prisonnier de ce cauchemar, il était parvenu à l'appeler. Cette pensée était la seule qui lui redonnait un semblant d'espoir.
-Peter, vous devez vous ressaisir. Neal va avoir besoin de vous… Vous ne pouvez pas l'abandonner.
Ces mots eurent l'effet désiré. Le médecin voulait provoquer une réaction, ramener cet homme assis, inerte, à la réalité. Il savait qu'en faisant appel à son sens du devoir, il réussirait à le remettre sur les rails… du moins pour le moment.
Peter se laissa convaincre de manger et même s'il grignota tout en gardant un œil sur Neal, il se sentit un peu mieux après ce repas.
Il s'avança ensuite vers Charlie, toujours assis sur sa chaise. Il posa une main sur son épaule. Après la discussion qu'ils avaient eu un peu plus tôt, Peter savait qu'il allait devoir surveiller de près le jeune homme. Il sentait que Charlie se laisserait complètement aller s'ils ne parvenaient pas à ramener Neal et à retrouver un certain équilibre.
-Il est tellement loin, Peter. Je n'arrive même pas à l'atteindre.
L'angoisse était perceptible dans la voix de Charlie et les mots qu'il prononçait étaient lourds de sens. Les seules périodes de leurs vies où le contact avait été rompu entre eux correspondaient aux pires instants de leurs existences. Charlie se retrouvait à nouveau seul comme lors de son séjour dans ce foyer.
Il se rappelait cet instant où il avait réalisait que Nicholas n'était plus là, avec lui. Il se souvenait de cette déchirure qu'il avait alors ressenti. Quelque chose en lui s'était brisé et il avait plongé dans un gouffre sans fond. Cette chute avait duré des années et il avait l'impression de revivre le même cauchemar aujourd'hui.
Nicholas était là, son corps était allongé devant lui mais son esprit n'y était plus. Il essayait de se raccrocher à ce mince espoir… La lueur de vie qu'il avait aperçu dans son regard quand ses yeux s'étaient posés sur Peter.
-Je suis certain qu'il est en train de se battre comme un fou pour revenir vers nous. Il va finir par nous entendre.
-J'aimerais vraiment le croire, Peter mais j'ai tellement peur.
Charlie n'avait pas besoin de le dire. La peur pouvait se lire sur son visage et Peter comprit qu'il devait lui redonner espoir même si, lui aussi était terrorisé à l'idée que Neal soit enfermé, à jamais, dans les dédales de son passé.
-Il a réussi à me voir tout à l'heure. Il était sur le point de se laisser tomber.
Peter ferma les yeux. En disant ces mots, il venait de réaliser à quel point ils étaient vrais. Il avait vu son ami prêt à abandonner, à lâcher prise. Et quand ses yeux s'étaient posés sur lui, ils semblaient lui demander la permission. Il avait presque pu l'entendre lui parler… Les mots n'avaient été prononcés mais ils étaient pourtant bien réels.
Je n'en peux plus, Peter…C'est trop dur… Laisse-moi partir…
Mais Peter avait refusé de le laisser partir. Il lui avait tendu la main et Neal avait continué le combat, pour lui. D'autres mots s'étaient formés dans l'esprit de Peter, inutile de les dire à voix haute, il savait que Neal l'entendrait.
Si tu pars…Je pars avec toi…
Il n'avait jamais envisagé le suicide comme une solution. Même dans les pires moments de sa vie, il n'avait jamais cédé au désespoir mais il savait que si Neal partait, il ne pourrait pas continuer sans lui. Cette évidence l'avait terrorisé mais, en même temps, il en avait éprouvé un profond soulagement. Ils ne pourraient jamais être séparés.
Il n'était pas sûr de croire à un haut-delà, mais l'amour qu'il éprouvait pour cet homme pourrait surmonter tous les obstacles, même celui de la mort.
Peter s'allongea à côté de Neal, sa tête calée contre la sienne. Il n'osait pas le prendre dans ses bras mais il sentait que le jeune homme avait conscience de sa présence.
Tu n'es pas seul, Neal. Je suis là et jamais je ne t'abandonnerais. Je sais que tu es en train de te battre et je suis certain que tu reviendras vers nous quand tu seras prêt. J'ai eu si peur de te perdre tout à l'heure…Je t'aime tellement…
Peter ferma les yeux et laissa le sommeil le gagner. Peu avant de plonger dans un sommeil sans rêves il lui sembla entendre une voix lointaine mais bien réelle.
Ne me laisse pas, Peter…Je t'entends mais tu es si loin…Je t'aime….
