Chapitre 55.

Neal eut une nuit plutôt agitée mais Peter parvint à éviter le pire et sa présence à ses côtés le rassura suffisamment pour qu'ils puissent prendre, tous les deux un peu de repos. Au petit matin, Neal fut le premier à se lever. Il regarda un long moment Peter, endormi à ses côtés avant de se décider à se lever. Il sortit sur la terrasse à pas feutrés et admira le soleil se lever sur la ville.

A cette heure matinale, tous les bruits semblaient amplifiés. On pouvait même, chose rare entendre quelques oiseaux, mais, déjà le bruit de la circulation emplissait l'air. Son téléphone, posé sur la table se mit à vibrer et il hésita à décrocher, voyant l'identité de son correspondant masquée. Il finit par tendre la main vers l'appareil avec le pressentiment que cet appel allait lui gâcher la journée.

La voix qu'il entendit alors le glaça d'effroi. Surgie du passé, il reconnut immédiatement celui qui hantait ses cauchemars.

-Surtout ne dis rien Nicholas… Je sais que tu m'as reconnu. Comment aurais-tu pu oublier ? Je suis certain que tu repenses à moi souvent ces derniers jours. Je savais qu'un jour tu reviendrais.

Neal serra les dents. Il aurait aimé avoir la force de raccrocher ou, au moins, de lui répondre mais il ne pouvait rien faire d'autre que d'écouter et de replonger inexorablement dans ce cauchemar.

-Tu es un bon garçon. Tu vas bien m'écouter. Je vais t'envoyer une petite photo que tu pourras garder quand tu ne sauras plus ce que tu dois faire. J'ai ton ami avec moi et nous allons passer un agréable moment ensemble. Je suis sûr que tu sauras prendre les bonnes décisions après avoir vu ce cliché. Mais, au cas où tu n'aurais pas compris, je vais être plus clair. Si tu parles, ce cher Monsieur Haversham, sera retrouvé en petits morceaux aux quatre coins du pays.

Neal sentit son sang se glacer dans ses veines. Il s'était étonné de ne pas voir Mozzie mais il avait pensé que, comme souvent, il avait eu besoin de se mettre un peu au vert. Au lieu de ça, il était aux mains de ce monstre.

-Si ça ne suffit pas à te convaincre, je trouverai un moyen de m'occuper de Charlie aussi. Ce cher Charlie… Tu te rappelles comment tu m'as supplié de t'emmener à sa place. Est-ce que tu me supplieras aussi aujourd'hui ? Comme j'aimerais entendre ça. Tu te souviens des bons moments qu'on a passés ensemble ? Tu as toujours été spécial, Nicholas.

Neal essaya de se détendre, sa main crispée sur le téléphone serrait tellement l'appareil qu'il commençait à avoir mal. Il était révolté par les mots que cet homme osait prononcer, mais il était surtout terrorisé par ce qu'il pourrait faire à son ami… Par ce qu'il pourrait faire à Charlie…à Peter…

-Je t'ai vu l'autre jour. Au début, j'ai un peu douté. Tu as tellement changé mais, ensuite, j'ai vu tes yeux et je t'ai reconnu immédiatement. Toujours ce même regard, cette intensité. Je crois que jamais je n'aurais pu t'éliminer… Quand ce médecin m'a proposé d'effacer ta mémoire, j'y ai vu une bonne solution mais je ne pouvais me résoudre à accepter que tu m'oublies complètement, alors je lui ai demandé de ne pas aller au bout du processus pour que tu aies une chance de te souvenir, un jour.

Neal n'en croyait pas ses oreilles. Tcherkov avait poussé la perversion jusqu'à s'assurer qu'il se souviendrait de lui et qu'il pourrait, à nouveau, venir hanter ses cauchemars.

Il restait muet, assis sur cette chaise, se demandant s'il devait prévenir Peter, s'il devait se lever et aller réveiller son ami. Mais la voix à l'autre bout du fil ne lui laissa pas le temps de réfléchir.

-Ne cherche pas de solution. La seule chose que tu peux faire c'est obéir…Tu le sais bien. Tu sais comment ça fonctionne. Si te essaie de prévenir quelqu'un, ton ami sera tué. Si tu parles à ton frère ou à ton ami, l'agent du Fbi, il meurt…Si tu témoignes contre moi, il meurt…

Neal savait qu'il ne parviendrait pas à mentir à Peter, ni à son frère. Il lui serait difficile de cacher cet appel et la menace qui pesait sur Mozzie.

-Je ne dirai rien…

-Parfait, Nicholas. Je savais que tu étais un garçon intelligent. J'aimerais tellement te voir, te parler…

-On est en train de parler.

Le rire au bout du fil, le glaça. L'homme avait toujours cette habitude de rire à gorge déployée. Un rire sonore, bruyant.

-Je veux te voir…Juste toi et moi…

Le ton était redevenu sérieux, cassant et Neal savait qu'il ne lui donnerait pas le choix.

-Relâchez d'abord mon ami. Quand il sera en sécurité, je viendrai.

Neal aurait voulu que sa voix ne tremble pas, il aurait aimé ne pas sentir les larmes le long de ses joues mais il ne pouvait contrôler cette peur.

-Viens me retrouver et je le libèrerai.

Neal essayait de réfléchir, de trouver une autre solution, un autre moyen de sauver Mozzie mais il n'en voyait aucun. Il ne parvenait plus à réfléchir, à penser de manière rationnelle. Il s'était toujours flatté d'avoir une capacité d'analyse supérieure à la normale mais, aujourd'hui, il n'arrivait plus à voir d'issue à cette affaire… En tout cas, aucune qui lui permette de sauver sa vie.

-Où ?

-J'enverrai une voiture te chercher. Débrouille-toi pour semer tes baby-sitters. Ce soir à 19 heures précises, une voiture t'attendra au bout de la rue. Si tu n'es pas au rendez-vous, Monsieur Haversham n'aura plus que quelques heures à vivre. Si tu es suivi, il mourra aussi et je me chargerai aussi de l'agent Burke, sa femme, ta logeuse et bien sûr je réserverai un traitement tout particulier à ce cher Charlie…

-Je serai là.

-J'ai hâte de te retrouver…

Neal ne trouva rien à répondre et l'homme raccrocha. Le jeune homme resta immobile, le téléphone à la main, pendant de longues minutes. Comment allait-il se sortir de ce piège ? Le pouvait-il ? La vie de Mozzie était en jeu et s'il parlait à Peter, son ami serait tué. Il ne pouvait pas mettre en doute la parole de Nicholaï. Il savait que ce monstre était capable de mettre ses menaces à exécution et qu'il n'hésiterait pas une seconde à tuer ses amis.

Peter le surprit en pleine réflexion et Neal eut du mal à faire comme si rien d'anormal ne venait de se passer. Il était persuadé que son ami pourrait lire sur son visage que quelque chose n'allait pas mais Peter ne semblait pas très réveillé et il se contenta de se pencher vers Neal et de l'embrasser tendrement. Neal aimait ces moments et la facilité avec laquelle, Peter et lui étaient parvenus à se faire confiance et à trouver leurs marques.

Peter s'assit face à lui et son regard se perdit un instant, contemplant le spectacle qui s'offrait à lui. Son regard revint rapidement à Neal et un sourire éclaira son visage. Il avait eu un peu peur la veille que la nouvelle de l'évolution de l'enquête ne perturbe son ami au point de le faire basculer à nouveau dans le mutisme de la veille. Mais Neal avait surmonté cette annonce et Peter était heureux d'avoir pu compter sur l'aide précieuse de Charlie.

-Quelque chose ne va pas ?

La question de Peter le fit sursauter mais il essaya d'afficher une expression neutre. Il se rappelait très bien la dernière fois qu'il avait essayé de cacher quelque chose à Peter. L'histoire avait très mal tournée et il avait fini par perdre la confiance de son ami et c'est bien cela qui avait été le plus douloureux. Mais, une fois encore, il n'avait pas le choix s'il voulait sauver la vie de son ami.

-Non, Peter. Tout va bien. Je crois que j'ai un peu de mal à me réveiller.

-Tu es sûr ? Tu as cette ride, là au milieu de ton front… Celle qui signifie que quelque chose te tracasse.

-Je me fais du souci pour Charlie.

Peter sembla réfléchir quelques secondes comme s'il doutait que ce soit vraiment la raison de cette moue triste. Mais au fil des jours, il avait vu s'éloigner ses doutes et la méfiance qu'il avait pu, autrefois éprouver envers Neal.

-Nous allons le surveiller et tout ira mieux après l'opération. J'en ai parlé avec Tobias et, l'opération est plutôt commune et il pourra vivre tout à fait normalement après ça.

-C'est le moment où il a précisé qu'il n'était pas assez bien pour subir cette opération pour le moment qui m'inquiète.

-Je comprends mais ce n'est pas vraiment surprenant. Durant les dernières années, il a été drogué et maintenant dans un état léthargique. Il va lui falloir du temps. Je trouve même que, dans de telles circonstances, il se porte plutôt bien.

Neal ne pouvait qu'être d'accord et vu son passé médical, il était étonnant que les séquelles ne soient pas plus lourdes. Nicholas avait souvent menti sur l'état de santé de son frère pour lui éviter de subir les assauts de ces monstres mais ça n'avait pas toujours été le cas. Charlie avait été souvent malade et leurs conditions de vie n'avaient rien amélioré.

-C'est mon frère, je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter. Tout comme je me fais du souci pour toi quand je te vois grimacer à chaque mouvement.

Evidemment, Neal avait noté ce genre de détails. Peter avait fait un mauvais mouvement alors qu'il essayait de rattraper son ami et, depuis, son épaule était douloureuse.

-Ça va aller. Je vais avoir besoin de quelques séances de rééducation pour refaire fonctionner ça normalement. Mais tu n'as aucune raison de t'inquiéter.

Neal fronça les sourcils.

-C'est probablement dans mes gènes, je n'y peux rien. J'aimerais tellement que tout s'arrange et redevienne comme avant.

Peter ne put s'empêcher de noter la pointe de regret dans la voix de son ami comme s'il pressentait que cela n'arriverait jamais. Peter se pencha vers lui et posa une main sur sa joue.

-Tout redeviendra normal. Dès que cette affaire sera bouclée, nous prendrons quelques jours de vacances, au calme…

-Et ensuite… ?

Neal savait qu'il n'y aurait pas de suite, pas plus que de vacances au calme mais il avait envie d'entendre Peter lui raconter une belle histoire. Juste pour quelques minutes, il avait besoin de penser que tout ça serait possible, qu'un jour ils pourraient profiter l'un de l'autre sans menace, sans pression.

Peter lui prit la main et embrassa sa paume comme il l'avait fait la veille.

-Ensuite, on reprend le travail, toi et moi, comme avant. On pourra peut-être essayer de se trouver une petite maison, un refuge où nous pourrons nous retrouver à la sortie du bureau. Peut-être un petit jardin pour recevoir les amis, une pièce lumineuse qui pourra te servir d'atelier, où tu pourras peindre et dessiner.

Neal se laissa bercer par la voix de Peter, par ce doux rêve qui ne verrait jamais le jour. il aurait voulu y croire mais quand son cœur se laissait aller à cet espoir, la douleur face à l'impossibilité de tout ça, revenait de plus belle.

-On prévoira une chambre d'amis pour recevoir Charlie et, peut-être qu'au début, il pourra habiter avec nous.

Neal n'était pas certain que Peter croie vraiment à ce qu'il était en train de dire. Neal ferma les yeux et laissa ses larmes couler.

-Pourquoi ces larmes ?

Neal rouvrit les yeux et essaya de sourire. Vu les circonstances ce n'était pas facile et il n'était pas sûr du résultat que ce timide essai pouvait donner.

-J'aime beaucoup tes plans. Tu penses vraiment ce que tu dis ?

-Tu doutes de moi ? Je pensais que tu avais compris que j'étais sincère.

-Je l'ai compris Peter et je n'ai aucun doute sur tes sentiments mais ce dont tu parles…

-Neal, je t'aime et cette vie avec toi, j'ai vraiment envie qu'on se donne les moyens de la vivre.

-J'en ai très envie aussi…

Les larmes coulaient à nouveau et Peter l'enlaça de ses bras essayant de le rassurer.

-Tout va s'arranger, Neal. Je suis sûr que dans quelques jours nous y verrons plus clair.

Il aurait tellement voulu y croire mais il ne pouvait pas dire à Peter que tout cela n'arriverait jamais, qu'ils ne pourraient pas construire cette vie ensemble. Neal aurait voulu lui offrir ce rêve mais il ne pourrait pas.

Je suis tellement désolé, Peter. Mon Dieu, comment pourras-tu me pardonner ?

Il inspira profondément, la tête toujours enfouie contre la poitrine de Peter. Il attendit encore quelques secondes avant de relever la tête.

-Je l'espère.

Pour toute réponse, Peter se pencha pour l'embrasser. Ils se laissèrent tous les deux aller à savourer le moment jusqu'à ce qu'ils entendent tousser discrètement derrière eux. Charlie se tenait un peu en retrait, les observant avec un franc sourire.

-Bonjour… Désolé de vous interrompre…

Neal comprit que son frère n'en pensait rien et qu'il était ravi de les avoir surpris. Charlie vint s'asseoir avec eux et son regard s'assombrit soudain en voyant les yeux rougis de son frère.

-Qu'est-ce qui ne va pas ?

Peter répondit à la place de Neal ce qui le soulagea grandement car il aurait été incapable d'affronter le regard de son frère alors qu'il devait lui cacher la vérité. Comme Charlie l'avait noté la veille, il était parfaitement capable de tromper son frère en lui dissimulant certains faits.

-Tout va bien, Charlie.

Le jeune homme se tourna vers son frère pour avoir confirmation.

-Je suis un peu émotif, c'est tout…

Charlie sembla satisfait, pour le moment et les trois hommes s'attelèrent à préparer un petit déjeuner qu'ils dégustèrent sur la terrasse. Neal essaya de participer à la discussion mais ses pensées persistaient à s'évader.

Il devait trouver un moyen de sortir de l'appartement sans que son frère ni Peter ne s'en rendent compte, sans que personne ne le suive. Vu la surveillance dont il était l'objet ça n'allait pas être facile. Il pourrait peut-être proposer à Peter de faire une promenade et le semer à ce moment. Il ne pourrait, de toute façon, pas sortir sans que les agents, postés dans la rue ne le repèrent.

-Neal… ?

La voix de Peter le ramena à la réalité.

-Ton café va refroidir…

Neal baissa les yeux vers sa tasse, encore pleine. Il n'avait plus vraiment envie de quoi que ce soit mais il se força à finir sa tartine et retourna à la cuisine pour remplir, à nouveau sa tasse.

A peine eut-il quitté la table que Charlie se tourna vers Peter.

-Il y a quelque chose qui ne va pas.

-Comment ça ?

-Je ne sais pas. Ce n'est qu'un sentiment mais j'ai l'impression qu'il nous cache quelque chose.

Peter essaya de le rassurer mais il n'était pas convaincu, non plus, que Neal ait été parfaitement honnête avec lui.

-Il s'inquiète beaucoup pour toi, pour nous…Tant que cette affaire ne sera pas bouclée, il ne pourra pas avoir l'esprit tranquille.

-J'en suis bien conscient mais là, c'est différent. Il semble soucieux…

Neal revint et interrompit la conversation. Mais les mots de Charlie avaient mis le doute dans l'esprit de Peter et il posa un regard nouveau sur Neal quand il s'assit à ses côtés.

Le jeune homme semblait, en effet soucieux mais les dernières semaines pouvaient aisément expliquer cette inquiétude. Cependant, plus il l'observait, plus Peter notait sa nervosité. Ses mains s'agitaient, son regard évitait de se fixer sur lui ou sur Charlie. Que pouvait-il bien leur cacher ? Ils ne l'avaient pas quitté depuis plusieurs jours. Neal n'avait pas passé une minute seul.

-A quelle heure tu t'es levé ce matin ?

-Pas longtemps avant toi…

La réponse n'avait rien d'anormal si ce n'est qu'elle semblait volontairement évasive. Peter passa rapidement en revue tout ce qui aurait pu se passer durant les quelques minutes qui avaient précédées son réveil. Neal n'avait pas quitté l'appartement et il n'avait pas reçu de visite. Peter aurait entendu si quelqu'un était entré.

-Des nouvelles de Mozzie ?

La question lui était venue sans qu'il y réfléchisse vraiment. La veille, il s'était interrogé sur l'absence du petit homme. Il vit la mâchoire de Neal se crisper et il comprit qu'il avait vu juste. Que s'était-il passé ? Mozzie avait-il appelé ?

-Il a dû prendre des vacances.

Encore une réponse qui n'en était pas vraiment une. Peter hésita à creuser la question. Neal souffrait peut-être de ne pas avoir de nouvelles de son ami alors qu'il aurait bien eu besoin de son soutien en ce moment.

-Il pourrait quand même appeler…Il sait que tu traverses des moments difficiles.

-Tu le connais, Peter. Il reviendra probablement bientôt…

-Encore une source d'inquiétude… ?

Peter s'était à nouveau penché vers lui. Neal serra les dents. Il ne pouvait pas laisser passer une telle occasion. Peter lui offrait une parfaite excuse pour expliquer la raison de son comportement.

-Je pensais compter un peu plus pour lui.

Pardonne-moi, Mozzie, mais, pour le moment je doit te faire jouer le rôle du vilain.

-Tu comptes beaucoup pour lui mais tu sais qu'il a du mal à gérer les situations de crise. Il déteste te voir souffrir et il sait bien que Charlie et moi allons veiller sur toi.

-Je sais mais j'aurais aimé qu'il soit là.

Peter embrassa Neal et, rassuré d'avoir élucider le mystère de cette attitude préoccupée. Charlie ne semblait pas vraiment convaincu mais l'agent du FBI attribua ces doutes au fait qu'il ne connaissait pas les liens étranges qui unissaient Neal et Mozzie.

Neal passa le reste de la matinée à peindre. C'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour éloigner les questions de Peter et le regard inquiet que Charlie posait parfois sur lui. Il sentait que son frère n'avait pas avalé son histoire. Puis Charlie était parti rejoindre Tobias accompagné d'un agent du FBI.

Il avait eu du mal à se concentrer sur sa toile et il savait déjà que le résultat serait plus que moyen mais cela lui permettait de réfléchir à la manière dont il allait pouvoir leur fausser compagnie sans les alerter.

Il fit une pause pour grignoter une salade à midi. Il n'avait pas faim mais, encore une fois, il donna le change pour éviter les questions. Il retourna ensuite à sa toile. Il n'avait encore aucun plan quand Jones arriva. L'agent arriva avec un dossier sous le bras et le regard préoccupé d'un homme qui a peur de l'impact des nouvelles qu'il apporte.

-Neal, tu veux bien venir t'asseoir avec nous.

Peter et son collègue avaient pris quelques minutes pour parler de l'enquête et, tout à sa réflexion, Neal n'avait pas vraiment prêté attention aux mots échangés. Peter se tenait devant lui.

-Bien sûr.

Il se leva difficilement, réalisant que la position dans laquelle il avait passé les dernières heures avait réveillé la douleur dans le bas de son dos. Il alla s'installer face à Jones qui, visage fermé, le regardait gravement.

Neal commença à se demander ce que l'agent avait découvert pour arborer un air aussi morose.

-Peter t'a déjà parlé de l'avancée que nous avions fait dans nos recherches.

-Si tu veux parler de Nicholaï…Oui, en effet, il m'en a parlé ?

-Après avoir découvert son identité, nous avons cherché à le localiser. Il a de nombreuses adresses mais l'une d'elle est ici, à New York. Nous avons immédiatement fait une demande pour qu'il soit mis sur écoute.

Neal commençait à comprendre la raison de la tension qui régnait dans la pièce. Il ne fit aucun commentaire mais il pouvait lire la colère contenue sur le visage de Peter. Jones poursuivit son exposé mais Neal savait déjà ce qu'il s'apprêtait à entendre.

-Nous n'avons pas encore d'enregistrement mais nous avons retrouvé la trace d'un appel, tôt ce matin.

Neal n'osait plus regarder Peter mais il pouvait sentir son regard posé sur lui, il pouvait entendre les reproches qu'il ne manquerait pas de formuler.

-Mais tu es déjà au courant…

Le jeune homme ne savait pas quoi dire. Il se retrouvait, une fois de plus, bloqué. Ses amis allaient le harceler de questions concernant cet appel alors que lui, ne pouvait rien dire.

-Tu n'as rien à dire…Moi qui pensais que nous avions posé de nouvelles bases… ?

Le ton de Peter était calme mais Neal sentait qu'il était sur le point d'exploser.

Si seulement je pouvais te parler…

Peter se leva et commença à tourner autour de la table.

-C'est bien lui qui t'a appelé… ?

Neal hocha la tête et Peter se mit à marmonner des mots que le jeune homme essaya de ne pas entendre. Peter revint vers eux, posa les deux poings sur la table, devant le jeune homme.

-Tu comptais m'en parler à un moment ou tu pensais continuer à me mentir ?

Neal baissa les yeux et Jones vint à son secours.

-Peter, l'important est de savoir ce qu'il voulait.

L'agent jeta un regard vers son collègue. Il avait raison mais ses vieux démons ressurgissaient devant les mensonges de son ami. Il pensait vraiment qu'ils avaient dépassé ce stade, qu'il pouvait lui faire confiance. Il ne voyait pas pourquoi Neal lui avait caché cet appel. Il ne pouvait s'empêcher de penser à la manière dont il avait fait diversion en parlant de Mozzie et de son absence qui lui pesait.

Neal se leva en silence et fit quelques pas en direction de la terrasse où il avait laissé son téléphone. Peter lui attrapa le bras avant qu'il n'ait pu faire trois pas.

-Tu ne vas quand même pas nous jouer la fuite… ?

-Je vais chercher mon téléphone.

Neal avait parlé en ouvrant à peine la bouche. La tension qui parcourait son corps tiraillait ses muscles et il sentait naître, à nouveau, cet élancement à l'arrière de son crâne.

Peter lâcha son bras et le regarda attentivement alors qu'il avançait vers l'extérieur. Le jeune homme marchait d'un pas mal assuré et Peter s'en voulut de l'avoir bousculé un peu. Mais c'était plus fort que lui. Il ne pouvait s'empêcher de voir rouge quand Neal lui mentait. Neal revint et tendit l'appareil à Peter toujours en silence.

-Que veux-tu que j'en fasse ?

Neal tenait son téléphone à bout de bras et Peter pouvait le voir trembler. Il mordait sa lèvre inférieure et l'angoisse était à son maximum et visible dans chacun de ses gestes.

-Il y a une photo…

Neal avait prononcé ces mots dans un murmure. Incapable d'en supporter plus il posa le téléphone sur la table avant de se caler contre la chaise pour essayer de contrôler le vertige qui menaçait de lui aire perdre l'équilibre.

Jones se leva et Peter fut surpris de voir de la colère dans ses yeux, pas contre Neal mais contre lui. Son collègue trouvait sa réaction exagérée et disproportionnée. Neal avait changé, il en était certain. Il avait constaté les différences dans son comportement, sa manière de s'adresser aux autres et il était certain que, si le jeune homme, avait caché la vérité à Peter c'était qu'il avait une bonne raison de le faire.

Jones aida le jeune homme à s'asseoir et leva les yeux vers Peter qui n'avait toujours pas un mouvement pour prendre le téléphone.

-Peter, qu'y a-t-il sur ce téléphone ?

-Encore un mensonge sans doute…

La dureté des mots de Peter fit bien plus mal à Neal que les coups qu'il avait pu recevoir au cours de son existence.

Neal se leva pour se placer devant Peter. Il n'avait plus rien à perdre. Si Peter ne lui faisait plus confiance, il n'avait plus aucune raison de continuer. La vie de Mozzie était en jeu mais, en quelques secondes, il prit la décision de laisser les agents du FBI décider de la suite à donner à cet appel. Il n'avait pas la force de se battre si Peter le traitait de la sorte.

-Je ne t'ai pas menti, Peter. Il m'a appelé et…

Neal ne put continuer, toute la pièce autour de lui s'était mise à tourner et il dut fermer les yeux. Il sentit un bras autour de sa taille. La ferme étreinte n'était pas celle de Peter et son cœur se serra un peu en comprenant que Jones était celui qui était, une fois de plus, venu à son secours. Il prit quelques secondes pour reprendre le contrôle de sa respiration et de ses sens.

Il ouvrit les yeux et vit que Peter n'avait pas bougé. Face à lui, il semblait attendre la suite. Neal saisit le téléphone, afficha la photo de son ami prisonnier de Tcherkov et la montra à Peter.

-Il tient Mozzie…Si…je ne le retrouve pas…ce soir à 19 heures…il le tuera…

Peter ne bougeait toujours pas et Neal ne parvenait pas à déterminer s'il le croyait ou s'il envisageait sérieusement qu'il puisse s'agir d'un mensonge.

-Et que comptes-tu faire ?

Le ton lui parut froid et détaché et son cœur se brisa. Finalement, Peter lui facilitait les choses. Face à une telle attitude, la décision serait plus facile à prendre.

-Je ne pense pas avoir le choix.

-Je vois…

Peter se détourna. Il ne voulait pas que Neal voie la douleur sur son visage. Il aurait aimé avoir la force de le soutenir, il aurait voulu réussir à contenir cette colère, ce sentiment que son ami avait trahi sa confiance. Il n'avait pas cru les liens qui les unissaient assez forts pour surmonter cette épreuve. Neal avait pensé qu'il pourrait, une fois de plus, régler la situation tout seul et se sacrifier une fois de plus.

Peter était aussi en colère après lui-même. Il n'avait rien vu ou rien voulu voir…Neal tenait à peine debout et il envisageait sérieusement de se rendre à cette brute pour sauver Mozzie.

-Et tu penses qu'il respectera sa parole ?

-Je sais qu'il le tuera si je n'y vais pas.

Peter s'avança vers lui et lui saisit les bras. Jones fut surpris par la brutalité du geste et il vit Neal se tendre et esquisser un mouvement de fuite.

-Ce type t'a battu, violé…il a failli de noyer… et tu penses qu'il va respecter ta parole ? Mais, une fois que tu seras entre ses mains, plus rien ne l'empêchera de tuer Mozzie. Tu penses que Frey a eu l'idée tout seul de te faire assister à ces exécutions quand tu n'étais qu'un gamin…Tu ne peux pas être si naïf…

La colère de Peter le terrifiait. Il savait que son ami ne lèverait jamais la main sur lui, qu'il ne lui ferait volontairement pas de mal mais sa réaction excessive le pétrifiait. Il parvint difficilement à répondre. Les mots, les émotions se bousculaient et il sentait qu'il était sur le point de perdre totalement pieds.

-Peter…il a dit…

La voix du jeune homme se brisa et il fut incapable de continuer, des sanglots coincés dans la gorge.

-Qu'a-t-il dit ?

Neal ravala ses larmes. Paddy s'énervait toujours quand il se mettait à pleurer. Il n'avait pas le droit de montrer ses émotions. Il devait être fort et protéger, à tout prix, son frère.

Il redressa la tête et ce fut Peter qui recula d'un pas.

L'agent du FBI comprit qu'il était allé trop loin. Le regard qui se levait sur lui était celui d'un petit garçon qui tentait de garder ses émotions sous contrôle par crainte. Les yeux bleus presque transparents qui se posaient sur lui appartenait à cet enfant qui avait dû faire face, durant toute son enfance au genre de brutalité que lui qui prétendait l'aimait, était en train de lui infliger.

Peter voulut l'attirer à lui, le prendre dans ses bras mais Neal résista.

-Il a…dit…qu'il vous ferait…du mal à toi, à Elisabeth, à Charlie…Je ne peux pas…le laisser faire…

La colère de Peter monta encore d'un cran. S'ils parvenaient à attraper cette brute, il se promit de ne pas lui laisser l'occasion d'arriver jusqu'à un tribunal. Même après toutes ces années, il était parvenu à effrayer suffisamment Neal, pour qu'il envisage de se livrer pour sauver ceux qui lui étaient proches.

-Il est hors de question que je te laisse faire ça, Neal…Si tu vas là-bas, il va te tuer…

-Je sais…

Neal avait prononcé ces mots comme si cela n'avait pas d'importance. Il était convaincu que sa vie ne valait la peine d'être protégée, défendue. Et la réaction de Peter avait certainement dû le conforter dans cette idée.

-Je te demande pardon… Je n'aurais pas dû réagir aussi violemment. On va trouver une solution. Il nous reste encore quelques heures pour envisager un plan de secours. Je t'ai promis que je ne t'abandonnerai pas…

Cette fois, Neal ne résista pas quand Peter l'attira contre lui mais cette fois, même s'il parvint à se détendre un peu, les battements de son cœur ne parvinrent pas à l'apaiser.