Chapitre 56.

Jones observait attentivement les deux hommes et, même si Neal avait accepté l'étreinte de Peter, il pouvait voir à quel point il demeurait tendu et sur la défensive. La réaction de son ami l'avait visiblement blessé et il aurait du mal à surmonter cet épisode. Jones se demanda si Neal n'était pas en train de faire semblant de s'en remettre à eux pour mieux leur fausser compagnie au moment où ils auraient relâché leur vigilance.

Il se promit de garder un œil sur le jeune homme et de veiller à ce que le plan d'action qu'ils allaient devoir mettre en place ne laisse rien au hasard. Il était hors de question, pour lui, de laisser le jeune homme prendre des risques. Sa vie pourrait être menacée mais, au-delà de ça, sa santé physique et mentale souffrirait gravement d'une telle confrontation. Jones ne pouvait s'empêcher de se faire du souci en pensant à la réaction que pourrait avoir Charlie s'il arrivait quelque chose à son frère.

Le jeune homme qu'il avait appris à mieux connaître était encore fragilisé par des années de mauvais traitement et son rétablissement dépendait de la manière dont Neal réagissait. Jones avait du mal à expliquer ce lien et les réactions de Charlie mais il avait constaté, à de nombreuses reprises que celui-ci montrait des signes de nervosité, parfois d'angoisse quand Neal se trouvait dans une mauvaise passe. Il ne doutait pas, par exemple, qu'il soit, en ce moment, en train de ressentir l'angoisse de son frère.

Il avait entendu de nombreuses histoires au sujet de jumeaux qui semblaient avoir développé leur propre système de communication. Ils parvenaient à savoir si quelque chose n'allait pas chez l'autre. Cette capacité semblait encore plus développée chez Neal et Charlie. Ils agissaient parfois comme s'ils pouvaient communiquer sans parole. Leur enfance et ce qu'ils avaient alors subi n'y était sans doute pas pour rien. Ni Charlie, ni Neal n'avaient évoqué cette capacité devant lui mais il sentait que Peter, lui, était au courant.

Peter n'avait pas envie de mettre fin à cette étreinte mais ils devaient encore décider de la marche à suivre et trouver un plan d'action qui pourrait assurer la sécurité de Neal tout en leur permettant de ramener Mozzie. Peter savait qu'il avait réagi de manière disproportionnée et il regrettait déjà certains mots qui avaient largement dépassés ses pensées.

Il comprenait la réaction de son ami et sa peur d'être responsable de la mort de Mozzie. Mais en comprenant qu'il lui avait, une fois de plus menti, même s'il ne cherchait qu'à le protéger, il avait cru revivre l'un de ses pires cauchemars. Cauchemar qu'il avait fait pendant des années sans vraiment en mesurer ni l'origine, ni le sens réel. Il se voyait arriver au bureau un matin, alors qu'ils étaient sur une enquête particulièrement compliquée, pour s'entendre dire que Neal s'était enfui après avoir prévenu l'un des malfaiteurs qu'ils étaient censés arrêter.

Cette trahison, même en rêve, lui avait longtemps laissé un goût amer et il avait craint qu'elle ne devienne un jour réalité. C'est sans doute pour cette raison, qu'il avait mis autant de temps à lui accorder sa confiance et que, encore aujourd'hui, il n'était pas parvenu à contrôler sa colère face à ce nouveau mensonge.

Il savait qu'il serait inutile d'essayer d'expliquer ça à Neal. Il n'était pas vraiment en état de l'entendre ou de le comprendre. Ils auraient le temps pour cette discussion lorsqu'ils seraient débarrassés de cette menace et qu'ils pourraient sereinement envisager l'avenir. En regardant le jeune homme face à lui, Peter prit conscience des dégâts que sa colère avait causés. Les yeux de Neal s'étaient à nouveau voilés de cette méfiance et de cette appréhension qu'il adoptait parfois au bureau.

L'agent du FBI reprit sa place autour de la table, tentant de faire taire ses regrets et de se concentrer sur ce qu'ils allaient devoir faire pour garder le jeune homme en vie. Neal était resté debout mais il chancelait dangereusement. Jones s'approcha pour l'inviter à s'asseoir.

-Il faut qu'on décide de ce qu'il convient de faire ce soir.

Neal avait fini par s'asseoir mais il garda le silence, laissant les deux agents prendre l'initiative de la discussion. Il était prêt à les écouter mais il avait déjà en tête son propre plan. Il n'était pas question, pour lui de ne pas aller secourir son ami. Il ne laisserait pas Mozzie aux mains de ce monstre.

Jones avait lu la détermination dans son regard et il appréhendait la suite. Peter connaissait bien le jeune homme mais avait-il vraiment conscience que Neal ne reculerait devant rien pour ramener Mozzie ?

-Nous devons lui donner l'impression qu'il va obtenir ce qu'il veut tout en assurant la sécurité de Neal.

Peter hocha la tête et laissa Jones poursuivre. Il n'était pas tout à fait d'accord pour se servir de Neal comme d'un appât mais il n'avait aucune autre solution à proposer pour le moment.

-Neal se rend au rendez-vous, équipé d'un mouchard. Nous le suivons à distance et nous intervenons quand ils arrivent à destination.

Ça paraissait simple, énoncé de cette manière mais ce plan avait de nombreuses failles. Ces hommes n'étaient pas des novices et ils procéderaient certainement à une fouille complète. S'ils trouvaient le mouchard, Neal le paierait de sa vie.

Ils pouvaient aussi le perdre dans le trafic. Tcherkov pouvait aussi se contenter de tuer Mozzie dès que Neal aurait franchi la porte.

-Je n'aime pas ça. Nous ne pouvons pas demander l'appui d'une équipe et nous ne serons que deux à pouvoir intervenir. Nous ne savons pas combien d'hommes seront présents sur place. C'est trop risqué.

-J'arriverai à vous dire combien d'hommes sont présents sur place. Nicholaï ne fera rien tant qu'il ne m'aura pas parlé… Il aime s'écouter parler et il adore voir la peur qu'il peut créer chez sa victime. Il ne se débarrassera pas de moi avant d'avoir obtenu ce qu'il veut…

-Et que veut-il ?

La question de Peter le prit par surprise. Il aurait pourtant dû s'y attendre.

-Je ne sais pas, Peter.

-J'en ai une petite idée, moi et je ne pense pas que tu sois en état de supporter un tel affrontement. Tu sais aussi bien que moi que tu ne pourras pas ressortir indemne d'un tel face à face…

-On n'est pas en train de parler de moi, Peter. Il s'agit de la vie de Mozzie. Il n'est pour rien dans cette histoire et il risque de le payer de sa vie.

Peter rapprocha sa chaise de celle de Neal et se pencha vers lui, parlant tout bas.

-J'en suis bien conscient, Neal mais je suis aussi parfaitement conscient que tu risques aussi d'y laisser la vie. Et je ne parle pas seulement de blessures physiques. Tu te sens responsable de ce qui arrive à Mozzie et je le comprends. Tu es prêt à donner ta vie et ta santé mentale pour le sauver mais que dirais-tu si je faisais la même chose. Si je te disais que je vais aller me jeter dans la gueule du loup sans soutien…

Peter sentait que ses mots commençaient à peser sur son ami.

-Tu te sens responsable de la vie des gens proches de toi mais je ressens la même chose pour toi. Je ne peux pas te laisser prendre des risques inconsidérés…Pas sans mon aide…Personne, pas même Mozzie ne te demande un tel sacrifice.

Neal comprenait bien l'inquiétude de son ami dont il pouvait percevoir la sincérité.

-Je ne laisserais pas tomber Mozzie.

-Ce n'est pas ce que je te demande et tu le sais bien. Je te demande de me laisser t'aider.

Neal ne pouvait pas répondre. Il ne savait pas quoi répondre. Il voulait plus que tout faire confiance à Peter, le laisser prendre la direction des opérations mais la peur le paralysait.

Jones intervint pour tenter d'aider ses amis.

-Nous pouvons faire appel à un ou deux agents supplémentaires lors de l'interpellation. Cet homme est recherché et même si on ne les informe pas de l'origine des informations dont nous disposons, on peut toujours demander leur intervention.

-Il faudra rester discret. Presque toutes les agences sont à la recherche de cet homme. Il ne faudrait pas les alerter…En tout cas, pas avant qu'on l'ait mis derrière les barreaux et que Neal et Mozzie soient en sécurité.

Neal les laissait parler, il ne les entendait pas vraiment. Son esprit ne parvenait plus à se concentrer sur le moment présent, il avait l'impression d'évoluer dans un brouillard confus et bruyant. Les sons les images se mélangeaient, se superposaient. Il entendait des voix mais ne parvenait plus à distinguer les mots prononcés. il avait encore conscience de l'endroit où il se trouvait mais il était, en même temps très loin de cet appartement.

-Neal…

La voix de Peter le ramena à la réalité, du moins temporairement.

-Tu es sûr que tu vas bien ?

-Non, pas vraiment.

Peter s'approcha de lui, prit sa main et vérifia son pouls. Le rythme cardiaque de son ami était bien trop rapide. Mais malgré cet état de tension apparent, son regard se perdait dans le vide comme s'il était sur le point de s'endormir.

-Ok, j'appelle Tobias.

-Non…

Neal avait presque crié.

-Il ne faut pas prévenir Charlie. Il vaut mieux qu'il reste éloigné.

Peter ne fit aucun commentaire. Il savait que Charlie serait rentré avant qu'ils ne passent à la phase active de leur plan et il n'avait pas l'intention de lui cacher quoi que ce soit.

-Neal, tu peux essayer de rester encore quelques minutes ?

-Je peux essayer.

Peter faillit sourire, pensant qu'il s'agissait d'un trait d'humour mais en voyant le regard sérieux de son ami, il comprit que celui-ci ne plaisantait pas et qu'il n'était pas certain d'en être capable. Comment pourrait-il l'envoyer à la rencontre de cet homme dans cet état ? Il serait totalement incapable de se défendre, ni même t'appeler à l'aide si quelque chose tournait mal avant leur intervention.

Il réfléchissait à toute allure, essayant de trouver une autre solution. Ils pourraient tendre un piège au chauffeur, le forcer à les conduire à l'endroit où ils retenaient Mozzie mais ce plan était bien trop aléatoire. Il n'était pas certain de pouvoir faire parler le chauffeur, Tcherkov savait s'entourer de gens fidèles, sourds, muets et aveugles. Et comment savoir s'ils n'avaient pas convenu d'un code, d'un signal pour signaler leur arrivée.

Non, il ne lui restait plus qu'à expliquer, le plus clairement possible, le déroulement de l'opération à Neal et espérait que tout se passe bien.

-Tu vas te rendre au rendez-vous. Tu fais ce qu'ils te demandent et surtout tu ne tentes rien. Une fois là-bas, tu observes et, quand tu as vu Mozzie, tu nous donnes le signal. On vous sort tous les deux de là…

-Et ensuite, on part en vacances… ?

Cette fois, Peter s'autorisa un sourire.

-Promis…

Neal esquissa, à son tour un sourire mais la fatigue se lisait sur son visage et, sans ajouter un mot, Peter l'aida à se lever et le guida jusqu'à son lit. Les difficultés qu'il avait pour se déplacer, la manière dont il s'appuyer sur lui à chaque pas, inquiétèrent Peter. Mais le fait qu'il se laisse faire sans rien dire était encore plus révélateur de son état.

Une fois allongé, le jeune homme ferma les et Peter s'apprêtait à tourner les talons quand la main de Neal serra la sienne.

-Tu ne restes pas avec moi ?

Il perçut une telle insécurité dans sa voix qu'il pensa, un instant, qu'il pourrait lui aussi s'allonger, le prendre dans ses bras et oublier quelques minutes le plan fou qu'ils devaient peaufiner.

-J'ai encore deux ou trois choses à voir avec Jones pour ce soir…

Neal hocha la tête pour montrer qu'il comprenait mais la tristesse dans ses yeux indiquait sa déception. Il lâcha la main qu'il tenait, se tourna de l'autre côté et ferma les yeux.

Peter sentit son cœur se serrer quand il comprit que son ami ne manifestait pas son mécontentement par ce geste mais qu'il voulait seulement cacher ses larmes. A contrecœur, Peter revint s'asseoir près de Jones. Il n'avait pas menti, il leur restait encore de nombreuses choses à régler.

Jones contacta deux collègues en qui il avait toute confiance et leur donna un point de rencontre à quelques pâtés de maison du point de rencontre prévu par Tcherkov. Ils avaient jugé plus prudent de ne pas faire venir les deux agents à l'appartement pour éviter qu'ils ne soient repérés.

Les deux agents furent chargés de préparer le matériel de surveillance que Jones passerait prendre au bureau. Peter savait qu'ils avaient fait de leur mieux pour envisager tout ce qui pourrait mal tourner mais il ne pouvait dissiper ce doute, cette angoisse de voir cette rencontre finir en cauchemar. Neal n'était pas en état de supporter une telle épreuve mais il ne pourrait pas le faire changer d'avis et Peter avait été incapable de trouver un moyen plus sûr de ramener Mozzie.

La question qui lui torturait l'esprit était de savoir comment cet homme avait eu vent de l'existence de Mozzie. Il n'était pas censé avoir revu Neal depuis le jour où cette vidéo avait été filmée. La seule manière dont il pouvait avoir été informé aussi vite, était qu'il ait gardé un œil sur Neal. Cette pensée fit frissonner Peter. Il ne pouvait supporter l'idée que ce monstre ait observé Neal toutes ces années en attendant le jour où ses souvenirs referaient surface.

-Tu penses qu'il pourra faire face ?

Jones avait parlé à voix basse pour ne pas que Neal l'entende mais en regardant vers le lit, les deux hommes se rendirent compte que Neal était endormi. Le mouvement régulier causé par sa respiration s'était ralenti et tous les muscles de son corps semblaient relâchés.

-Mon cerveau me dit qu'on n'a pas le choix, que le vie d'un ami est en jeu…

-Mais ton cœur… ?

On pouvait toujours compter sur Jones pour aller droit à l'essentiel.

-Mon cœur me crie de l'emmener loin d'ici et de le cacher jusqu'à que cet homme soit arrêté.

Jones hocha la tête. Il devait admettre qu'il avait eu la même idée mais il en était arrivé à la même conclusion que Peter. Neal ne le permettrait jamais et il ne pourrait pardonner à ses amis de ne pas l'avoir laissé sauver son ami.

-On ne le quittera pas des yeux.

-Tu sais aussi bien que moi que ça ne suffira pas pour lui éviter de souffrir. Rien que le fait de revoir cet homme, sera sans doute l'épreuve de trop. Je me demande comment il arrive même à envisager cette solution, dans l'état où il est.

-Il a nouveau dressé les barrières…

Peter regarda son collègue d'un air intrigué. Jones n'était pas coutumier de ce genre de métaphores. L'homme face à lui avait changé ces derniers jours… En tout cas le regard qu'il portait sur lui avait changé. Voyant l'interrogation muette dans les yeux de Peter, Jones poursuivit son explication.

-Ce n'est que mon analyse et je ne suis pas psy… Mais je pense que Nicholas n'est parvenu à souffrir qu'en enferma une partie de lui-même derrière des murs épais. Il a dû oublier qu'il était, lui aussi, une personne digne d'intérêt, d'attention pour se concentrer uniquement que ce qu'il devait faire pour protéger les autres. Je n'y avait pas pensé avant mais c'est un peu ce que faisait Neal aussi.

-Comment ça ?

Peter avait réalisé qu'il avait souvent mal jugé son partenaire et qu'il n'avait pas toujours compris sa manière d'agir ou de réagir. Mais Jones semblait avoir, lui aussi, trouvé son explication.

-Si tu réfléchis bien, tout ce qu'il a fait, presque toutes ses décisions ont été prises en fonction d'une autre personne. Que ce soit Kate, Mozzie, Sarah, Alex…et bien d'autres.

A bien y réfléchir, Jones n'avait pas tort. Neal n'avait pris ses décisions qu'en fonction des personnes qui l'entouraient. Et, une fois encore, Peter se demandait à quoi aurait pu ressembler la vie du jeune homme s'il n'avait pas croisé la route de Mozzie. Le petit homme avait eu une grande influence sur son ami et, même si leur relation était basée sur un respect mutuel et une profonde amitié, Peter savait que Neal avait toujours eu besoin du regard bienveillant de son ami, de son approbation.

-Il met ses intérêts entre parenthèse et, même si ça n'est pas très sain, c'est, sans doute ce qui lui a sauvé la vie et lui a permis de ne pas sombrer.

-J'aimerais seulement qu'il n'est plus à faire ça. Qu'il ne ressente plus le besoin de se sacrifier pour les autres.

-Il y parviendra…si tu l'y aides…

Le reproche était à peine voilé et Peter comprit que son collègue n'avait pas apprécié la manière dont il avait réagi. Il ne pouvait pas vraiment le blâmer, il avait lui-même du mal à accepter ses propres réactions.

Il ne ressentait pas vraiment le besoin de se justifier mais il avait envie de faire part à Jones de ses sentiments.

-J'ai toujours du mal à supporter de l'entendre me mentir.

-Ce n'était pas vraiment un mensonge…

-Tu sais très bien de quoi je parle. Il a toujours cette manière de sélectionner les informations dont il nous fait part et celles qu'il garde pour lui.

-Il n'a fait que pour protéger Mozzie et te protéger toi aussi.

-Moi ?

Peter ne voyait pas bien où Jones voulait en venir et celui-ci sourit en pensant que, finalement Neal et Peter n'étaient peut-être pas aussi différents qu'ils semblaient le croire.

-Il sait qu'il peut te faire confiance mais il a peur de te voir prendre des risques inconsidérés pour lui sauver la vie. Il sait très bien que tu réagirais comme lui en cas de situation dangereuse et que tu serais prêt à te mettre en première ligne pour le protéger.

-Mais c'est mon métier…

Jones sourit à nouveau. Il s'était attendu à cette remarque.

-Ça fait longtemps que Neal et toi avaient dépassé la relation de travail. L'as-tu seulement, un jour, considéré comme un collègue.

-Ce qu'il y a entre nous est plutôt…récent…

Peter n'était pas très à l'aise pour aborder ce sujet avec son collègue mais cette conversation l'amènerait peut-être à éclaircir ses propres pensées.

-Je sais Peter mais tu dois avouer que, même avant d'être parvenu à l'attraper, Neal occupait ton esprit et tu as tissé des liens particuliers avec lui. Tu as su lui offrir l'opportunité d'une nouvelle vie et tu as réussi à le convaincre de saisir cette chance.

Peter ne savait pas vraiment quoi penser de ces propos. Jones semblait lui en vouloir pour son attitude envers Neal mais, maintenant, il lui attribuer le fait que le jeune homme ait finalement réussi à faire les bons choix.

-Il te voit depuis le début comme un grand frère, un modèle.

Peter grimaça en entendant ces paroles. Il ne s'était jamais considéré comme un modèle et la relation qu'il entretenait et qu'il souhaitait construire avec Neal était loin d'une relation fraternelle.

-Ses sentiments ont certainement évolués ces dernières années mais dès le début, tu lui as donné un exemple à suivre. Un idéal auquel se raccrocher.

-Je ne suis pas sûr d'être d'accord.

Jones avait du mal à croire que Peter, cet homme si perspicace, cet excellent enquêteur, puisse être aussi aveugle.

-Peter, même avant de connaître les détails de l'enfant de Neal, il était évident qu'il n'avait jamais eu de modèle parentaux stables à qui s'identifier. Tu lui as donné cette stabilité, tu lui as montré qu'il pouvait faire confiance et arrêter de fuir.

Jones n'avait pas tort et il est vrai qu'il avait vu Neal changer au fur et à mesure que leur relation évoluait.

-C'est peut-être vrai mais j'ai aussi souvent douté de lui et, maintenant je réalise que je l'ai certainement blessé.

-C'est probable et les mots que tu lui as dit aujourd'hui lui ont certainement fait du mal. Mais il a aussi besoin d'entendre que son attitude ne te convient pas. Il doit comprendre qu'il n'a pas besoin de mettre sa vie en danger et qu'il peut compter sur l'aide de ses amis.

Jones se tut et observa son ami attentivement. Il avait hésité avant de prononcer ces mots et il avait craint d'être aller trop loin. Peter était son ami mais il restait son supérieur hiérarchique.

-Je ne supporterais pas de le perdre…

Peter semblait pensif et Jones ne lui avait pas souvent vu un regard si triste. Il n'était pas sûr que son ami attende vraiment une réponse de sa part.

-Nous garderons toujours un œil sur lui.

Peter se tourna vers le lit où le jeune homme dormait toujours paisiblement.

-Ça ne sera certainement pas suffisant. Il va se retrouver en face de l'homme qui hante ses nuits. Cet homme qui lui parlait et le menaçait alors que Penhurst le torturait.

Peter reporta son regard vers Jones.

-Il se souvient de tout. Ce qu'on a vu sur cette vidéo aurait rendu n'importe qui fou. Et j'ai peur que cette confrontation ne le précipite dans des abysses d'où personne ne parviendra à le sortir.

Jones aurait voulu le rassurer mais il avait du mal à trouver les mots justes et il se refusait à mentir à son ami.

Peter le remercia silencieusement de ne pas employer ces mots vains et dénués de sens que l'on avait tendance à dire quand on recherchait à rassurer alors qu'on sait cela impossible. Rien ne pourrait apaiser Peter et il savait que les heures qui les attendaient allaient être tendues et chargées de stress.

Jones partit quelques minutes plus tard pour se rendre au bureau et régler les derniers détails de l'opération. Peter essaya de se concentrer sur sa lecture mais il comprit vite qu'il ne parviendrait pas à chasser son inquiétude, même pour quelques secondes.

Il se tenait debout, accoudé au rebord de la terrasse quand Charlie rentra. Le jeune homme vint le rejoindre.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

Peter savait que Charlie comprendrait, en voyant son frère endormi, que quelque chose n'allait pas. Il se retourna vers le jeune homme debout derrière lui.

-L'homme sur la vidéo, Tcherkov, a enlevé Mozzie et il menace de le tuer si Neal ne le retrouve pas à un point de rendez-vous ce soir.

-Il ne manquait plus que ça. Mais quand est-ce que ça va s'arrêter.

Charlie avait haussé la voix et sa colère était visible. Peter s'avança vers lui pour essayer de le calmer. La suite de son récit allait certainement accentuer sa colère.

-Charlie, calme-toi.

-Me calmer… Tu plaisantes… ? Mon frère prévoit de se livrer à l'homme responsable des pires moments de sa vie… Tout ça parce qu'il pense que c'est ce qu'il doit faire pour sauver son ami.

Peter ne savait pas comment Charlie était arrivé à cette conclusion mais il connaissait suffisamment son frère pour envisager cette possibilité et comprendre, qu'une fois de plus, Nicholas allait prendre des risques pour régler la situation.

-Charlie…Tout ira bien.

La voix de Neal les interrompit tous les deux et lorsque Peter leva les yeux vers son ami, il eut du mal à reconnaître l'homme qu'il avait pratiquement porté jusqu'à son lit quelques heures plus tôt. Neal semblait reposé et plus déterminé que jamais. De la fatigue et du stress, ne restaient que quelques traces autour de ses yeux.

-Comment peux-tu dire ça ?

Charlie s'était approché de son frère et les deux hommes se tenaient face à face. Peter se prit à espérer que Le jeune homme parvienne à le faire changer d'avis.

-Tu devrais te calmer, Charlie. Je ne pense pas que ce soit bon pour ton cœur.

Cette simple remarque faillit faire exploser le jeune homme. Charlie ne voulait pas crier après son frère mais il avait du mal à garder son calme.

-Ne me dis pas ce que je devrais faire. Ne me traite pas comme un gamin.

-Je veux juste…

-Tu veux quoi… ? Qu'est-ce que tu cherches, Nick ?

Charlie s'était encore approché, son visage à quelques centimètres de celui de son frère.

-Dis-moi, Nick…Qu'est-ce que tu veux vraiment ?

-Je ne peux pas rester à rien faire alors que Mozzie est en danger à cause de moi.

Evidement, cette justification était la seule réponse que Neal pouvait lui donner.

-Ce n'est pas ce que je te demande.

-Je ne comprends pas…

-Je pense que tu cherches le meilleur moyen de mourir…

-Charlie…

-Non laisse-moi finir…

Neal se mordit la lèvre, seul signe de la tension qui l'assaillait à cet instant.

-Je comprends que tu veuilles sauver ton ami. Mais as-tu déjà réfléchi jusqu'où tu étais prêt à aller ? As-tu pensé à ce que tu étais prêt à donner à cet homme pour racheter la vie de Mozzie ?

-Peter et Jones interviendront avant qu'il ne puisse me demander quoi que ce soit.

-En es-tu si sûr ? Je trouve que les choses ont tendance à ne pas vraiment se dérouler comme prévu ces derniers temps.

-J'admets que ce plan n'est pas parfait.

Charlie s'éloigna un peu, trop agacé pour rester à proximité de son frère.

-Donc le plan c'est de te jeter dans la gueule du loup, de laisser cet homme te torturer et espérer que Peter arrive avant qu'il ne décide de te tirer une balle dans la tête… A moins que ce ne soit ce que tu cherches…

Neal ne répondit pas et Peter frémit en voyant son ami hésiter.

-Nous y voilà…Un peu d'honnêteté ne fait pas de mal, P'tit frère…

Charlie ne l'appelait comme ça que très rarement et seulement quand il était très en colère.

-Charlie, je…

-Ne dis plus rien, s'il te plaît. Je sais que je ne te ferai pas changer d'avis. Tu n'as jamais pris en compte les conseils qu'on peut te donner. Tu prétends vouloir prendre soin des personnes qui comptent pour toi mais tu ne penses pas une seconde que ce qui compte pour nous, c'est que tu restes en bonne santé… avec nous.

Les mots de Charlie lui firent monter les larmes aux yeux mais Peter vit qu'il n'avait en rien entamé sa résolution. Et Charlie se détourna de son frère.

-Ne me demande d'être le témoin de ta destruction.

Il tourna les talons et se dirigea vers la porte. Peter savait que ce geste lui brisait le cœur mais il risquait aussi de fragiliser Neal encore plus. Peter le rattrapa alors qu'il posait la main sur la poignée.

-Il a besoin de toi, Charlie. Si tu fais ça, tu lui enlèves une raison de se battre. Je sais que c'est difficile de le regarder prendre de tels risques mais si on le laisse tomber maintenant, pour qui reviendrait-il ?

Charlie avait la tête baissée et quand il leva les yeux vers Peter, ils étaient remplis de larmes. Peter s'apprêtait à prendre le jeune homme dans ses bras mais Neal le devança.

-Je te promets qu'après tout ça, on prendra le temps de se retrouver. Je te montrerai les plus beaux endroits de la ville, les meilleurs restaurants…

-Je veux juste être avec toi…

Peter observa les deux frères pendant de longues secondes avant de les laisser. Il savait que les prochaines heures allaient être décisives. Il était terrorisé à l'idée de tout ce qui pourrait mal tourner. Jones l'appela pour lui préciser qu'il était en route et lorsque Peter raccrocha, il jeta un œil inquiet sur sa montre, réalisant qu'il ne leur restait plus que deux heures avant le rendez-vous…deux heures avant qu'il ne laisse l'homme qu'il aimait faire face à son pire cauchemar.