Encore un grand merci à Sophie pour son regard bienveillant sur cette histoire…et les autres… Bonne lecture…
Chapitre 58.
Peter passa de longues minutes, assis dans le fauteuil où, quelques minutes plus tôt, se tenait Neal. Il ne parvenait pas à réaliser ce qui venait de se passer. Ils l'avaient perdu, ils avaient laissé cet homme l'emmener. Jones avait appelé des renforts pour fouiller l'immeuble mais les équipes tardaient à arriver. Mozzie tournait en rond et Jones hurlait dans son téléphone.
Peter se sentait un peu extérieur à l'agitation qui l'entourait. Il essayait de se concentrer et de réfléchir mais les émotions qui tourbillonnaient dans son esprit l'empêchaient de réagir comme l'agent du FBI qu'il était. Mais était-ce vraiment de ça dont Neal avait besoin ? Devait-il se fier à son expérience ou laisser son instinct et ses sentiments le guider ? Il en était toujours à ce point de ses réflexions alors que ses amis s'agitaient.
Il les observait et les mots de Mozzie passaient en boucle dans sa tête. C'était de sa faute si Neal était aux mains de cet homme. Il avait promis au jeune homme qu'il ne le perdrait pas de vue, qu'ils interviendraient quand il aurait besoin de lui. Son cœur se serrait en pensant que Neal était peut-être en train de l'appeler au secours et qu'il était incapable de l'entendre…de le secourir.
Dès que Neal était monté dans la voiture, le signal s'était brouillé et ils n'étaient pas parvenus à le rétablir. Peter avait immédiatement démarré le véhicule mais dans le flot de circulation, il n'avait pas réussi à garder le contact. Il se souvenait du sentiment d'impuissance qui l'avait envahi à cet instant. Ils avaient tourné en rond dans le quartier pendant de longues minutes avant de retourner à l'endroit où ils avaient perdu le véhicule.
Jones avait contacté le bureau pour demander si Tcherkov avait des biens immobiliers dans le quartier afin d'affiner leurs recherches. Mais cela n'avait rien donné. Peter était prêt à arpenter à pieds chaque rue de New York et Jones avait eu du mal à le calmer. Après de longues minutes d'attente, Peter serait sûrement devenu incontrôlable si son téléphone n'avait sonné.
Le coup de fil de Mozzie les avait soulagé et effrayé en même temps. L'homme paraissait encore plus hystérique qu'à son habitude et Peter eut d'abord du mal à le comprendre. Il finit par noter une adresse et Jones les avait conduit au point de rencontre. Mozzie les avait conduit jusqu'à cet immeuble où ils se trouvaient actuellement.
Après avoir passé en revue les événements décrits par Mozzie, ils en étaient arrivés à la conclusion que Tcherkov n'avait eu que quelques minutes pour quitter l'immeuble. Mozzie ne s'était pas éloigné immédiatement et il ne se rappelait pas avoir vu passer de voiture ressemblant à celle que pouvait conduire l'homme.
Peter ne parvenait pas à faire le tri dans le flot d'informations qui leur parvenait et il sursauta quand son téléphone sonna.
Tout d'abord il n'entendit rien et il s'apprêtait à raccrocher quand il perçut un souffle. Il se leva et fit signe aux personnes présentes de se taire.
-Peter…
La voix semblait très faible mais il reconnut Charlie.
-Charlie, que se passe-t-il ?
Jones s'était approché en entendant l'inquiétude dans la voix de Peter. Il savait que l'état de santé de Charlie était inquiétant et les liens qui l'unissaient à Neal étaient tellement fort que si, Neal était en train de souffrir, Charlie devait le ressentir.
-Charlie…Tu m'entends… ?
-Il est…tout…prêt…
Les mots étaient à peine perceptibles et Peter se demanda pourquoi le jeune homme semblait si loin, si hésitant. Son inquiétude grandit encore en entendant le souffle difficile du jeune homme au bout du fil.
-Charlie, que se passe-t-il ?
-Nick…il est…là…
Charlie et Neal avaient longuement parlé et Charlie avait certainement gardé le lien avec son frère durant toute l'opération. Ils auraient dû faire confiance au jeune homme et laisser de côté la technologie.
Peter se tourna vers son collègue.
-Charlie dit que Neal est ici. On ne peut pas attendre les renforts, il faut fouiller cet immeuble…
C'était crédible et Peter s'en voulait d'avoir perdu du temps en se laissant aller au désespoir. Ils auraient dû penser que l'homme avait trouvé refuge dans un des recoins de cet immeuble.
Jones se mit immédiatement au travail et les deux agents qui les avaient rejoint se dirigèrent vers les escaliers. Peter était toujours au téléphone. Il avait lui aussi ce sentiment d'urgence mais il était aussi très inquiet pour Charlie, seul dans cet appartement.
-Charlie, qu'est-ce qui ne va pas ?
-Nick…sauver…mal…
Jones était toujours à ses côtés et, sans attendre la demande de Peter, il contacta les services d'urgence pour qu'ils se rendent à l'appartement. Peter aurait aimé rejoindre Charlie. Le savoir seul et probablement en danger, lui était insupportable. Mais il savait que pour sauver Charlie, il devait aussi sauver Neal.
Tout en se dirigeant vers les escaliers, Peter continuait de parler au jeune homme.
-Charlie, accroche-toi. Les secours sont en route.
Après avoir contacté les secours, Jones composa le numéro de June. Il n'était pas certain qu'elle soit chez elle mais il savait qu'elle ferait tout pour rejoindre leur ami et rester avec lui jusqu'à l'arrivée de l'ambulance.
-On va retrouver Neal…Je te le promets… Mais il faut que tu t'accroches…pour lui…pour nous…
Peter commença à monter les marches quatre à quatre. Il avait le sentiment qu'il serait celui qui le retrouverait. Il continua à parler à Charlie même lorsque celui-ci cessa de lui répondre. Peter faisait tout son possible pour garder espoir. Il s'accrochait désespérément à l'idée que tout allait s'arranger quand Neal et Charlie serait réunis.
Ce n'est que lorsqu'il entendit la voix de June lui annoncer l'arrivée des secours qu'il s'autorisa à raccrocher. Il ne pouvait rien faire de plus pour Charlie pour le moment et il devait continuer les recherches.
Il devait se concentrer sur Neal. Il s'arrêta au beau milieu de la cage d'escaliers. Il pouvait entendre les agents arpenter les étages inférieurs. Il ferma les yeux, essayant de ralentir les battements de son cœur. Il inspira profondément à plusieurs reprises. Il devait se laisser guider par son instinct… Il devait le retrouver…Rejoindre les battements de ce cœur qui complétaient le sien…
Il commençait à sentir le désespoir le saisir et mais il persista et après de longues minutes de concentration il ressentit enfin sa présence.
C'est sa douleur qu'il perçut en premier…Il porta une main à sa poitrine…Les yeux fermés, il se sentait submergé d'émotions, de bruits, d'images qui ne lui appartenaient pas. Il faillit les repousser mais il finit par ouvrir son esprit et se laisser envahir par ces émotions, laisser cette douleur le guider.
Il évoluait dans un brouillard d'émotions qu'il ne parvenait pas à comprendre, à analyser. Il avait conscience que c'était bien lui qui montait les marches mais c'était Charlie qui le poussait, c'était Neal qui l'appelait. Il semblait porté par deux autres personnes, poussé en avant par leur courage, leur force mais aussi leur peur.
Ils avaient tous les deux besoin de lui et, même si cette sensation d'être assailli par les pensées d'une autre personne avait quelque chose d'effrayant, il était réconfortant de sentir que les deux hommes étaient avec lui, qu'ils étaient tous les deux encore en vie.
Quand il arriva devant la porte de l'appartement du dernier étage, il sut, avant de pousser la porte qu'il était au bon endroit.
Il n'hésita pas longtemps avant de poser la main sur la poignée. Son épaule était encore douloureuse mais ce n'était qu'un détail au moment où il saisit son arme.
Il poussa la porte et pointa son arme dans toutes les directions avant de se rendre compte que la première pièce était vide.
Il avança vers le couloir se demandant s'il ne devrait pas attendre les renforts. Mais un cri provenant de la pièce au fond du couloir, balaya ses hésitations.
Il avala les quelques mètres qui le séparaient de Neal, de ce cœur qui battait au rythme du sien. En entrant dans la pièce, sa vue se troubla et l'espace d'un instant, il eut du mal à comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux.
Tcherkov avait dénoué sa cravate et l'avait passée autour du cou de Neal qui se tenait à genoux devant lui. Les yeux du jeune homme se fixèrent sur les siens et Peter put y lire un mélange de profonde détresse et un soulagement certain. L'agent du FBI pointa son arme sur Tcherkov tout en gardant un œil sur son ami.
Neal était au bord de l'évanouissement mais Peter pouvait le voir lutter. Le jeune homme avait le visage déformé par la douleur et les coups qu'il avait reçus. Tcherkov semblait s'être acharné sur la partie gauche de son visage. Son œil était pratiquement fermé et sa lèvre saignait. Peter sentait son doigt trembler sur la gâchette.
-Lâchez-le…
Le rire de l'homme figea Peter tant il paraissait déplacé dans une telle situation. La voix de Tcherkov tremblait tant son agitation était grande et les tremblements de ses mains étaient un indice flagrant de l'état dans lequel l'homme se trouvait.
-Vous devez être l'Agent Burke… ? Nicholas m'a promis que vous alliez venir le sauver…
-Laissez-le partir.
Peter ne voulait pas rentrer dans ce jeu mais il sentait qu'il ne parviendrait à empêcher l'homme de tuer Neal qu'en continuant à lui parler.
-Je suis certain que vous ne voulez pas lui faire de mal.
-Il ne sera jamais à vous…Mais vous l'avez déjà compris…
L'homme semblait avoir perdu la raison et les propos qu'il tenait firent monter la colère d'un cran. Peter, le doigt sur la gâchette, fit un pas en avant.
Tcherkov resserra le morceau de tissu autour du cou de Neal et le força à se relever, se servant de son corps comme d'un bouclier. Peter avait encore un angle de tir mais s'il tirait maintenant, il ferait prendre de gros risque à son ami. Il pouvait voir le mouvement de tête de son ami et il parvenait presque à entendre sa voix lui demander de tirer, d'éliminer cet homme, même si cela signifiait mettre sa propre vie en danger.
Tcherkov recula tenant toujours Neal fermement contre lui. Le jeune homme cherchait désespérément à reprendre son souffle mais, plus il se débattait, plus l'étau se resserrait autour de sa gorge. Peter avait qu'il n'avait que quelques secondes avant que Neal ne finisse par suffoquer.
-Laissez-le partir…
Peter aurait aimé que sa voix ne reflète pas son appréhension à ce point mais il ne parvenait plus à contrôler ses émotions. Neal pâlissait de plus en plus et Peter savait qu'il allait finir par baisser les bras.
-Jamais…Jamais je ne l'abandonnerais…Il a toujours été à moi…
Cet homme était un monstre mais Peter se rendait compte qu'il avait vécu, toutes ces années en espérant vivre ce moment, l'instant où il pourrait reprendre le contrôle de Nicholas.
Peter ne put maîtriser sa colère et les mots explosèrent dans la pièce.
-Comment pouvez-vous dire ça ? Comment pouvez-vous lui faire ça…Encore une fois… Qu'allez-vous faire ? Le tuer ? C'est vraiment ça que vous voulez faire ?
Peter devait essayer de raisonner un homme qui semblait avoir perdu le peu de bon sens qui lui restait.
-Jamais je ne le laisserais me quitter. J'ai attendu toutes ces années qu'il revienne à moi.
Peter tenta un nouveau pas en avant. Cette peur de voir Neal mourir sous ses yeux était trop forte, insupportable. Il ne pouvait pas rester là, assister impuissant à la mort de l'homme qu'il aimait.
Neal avait fermé les yeux et l'angoisse grandit alors que Peter sentait son ami s'éloigner de lui. Il pouvait presque le sentir lâcher prise. Neal semblait lui adresser un dernier au revoir. Ses yeux se posèrent sur lui et une phrase résonna dans sa tête…
Ce n'est pas ta faute…
Non, ça ne pouvait pas finir comme ça. Il lui avait promis des vacances, une nouvelle vie. Il rêvait de lui offrit cette vie dont il avait si souvent rêver. Neal ferma les yeux et, au moment où ses jambes cédèrent sous son poids, Peter n'hésita pas et appuya sur la détente.
Le coup de feu retentit et l'écho résonna longtemps aux oreilles de Peter. L'agent du FBI était toujours étonné, dans ce genre de situation, de voir les événements se dérouler au ralenti. Neal s'effondra au sol alors que Tcherkov glissait le long du mur, une main tenant son épaule ensanglantée.
Peter se précipita vers Neal mais il se rendit compte que son ami respirait difficilement. Il resta quelques secondes immobiles incapable de réagir, hésitant à reprendre son arme et loger une balle entre les deux yeux de l'homme qui gémissait à côté de lui.
Il reporta son attention sur Neal, déboutonnant sa chemise, il l'aida à se redresser pour tenter de faciliter sa respiration.
Jones le rejoignit et passa immédiatement les menottes à Tcherkov, sourd à ses cris de douleur. Il ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre en espérant voir la poitrine de son ami se soulever, de voir ses yeux s'ouvrir à nouveau.
Peter continuait à parler à l'oreille du jeune homme. Jones ne pouvait pas entendre ce qu'il était en train de lui dire mais les larmes qui coulaient sur le visage de Peter en disaient long sur ses sentiments.
Mais Neal ne réagissait pas. Le jeune homme reposait, inerte dans les bras de Peter. Sa poitrine se soulevait à intervalles réguliers et c'était la seule chose qui pouvait rassurer les deux hommes. Le visage marqué de Neal était livide, sans vie. Cette immobilité, cette pâleur étaient inhabituel chez lui et Jones ne put retenir un frisson à l'idée que Neal puisse, cette fois, ne pas se remettre de cette épreuve.
Peter avait jeté sur le sol la cravate qui avait servie à Tcherkov mais Jones n'avait pas eu besoin d'explications pour comprendre ce qui venait de se passer. Il s'arrangerait avec les autorités pour expliquer pourquoi un agent, en convalescence s'était retrouvé en position de tirer sur un suspect recherché par tous les services de polices et agences de la ville.
Les larmes continuaient de couler le long des joues de Peter et Jones fut soulagé d'entendre les sirènes signalant l'arrivée des secours. Il avait appelé après avoir vu Peter se diriger vers les étages supérieurs. Les renforts avaient finis par arriver et Jones avait perdu du temps à leur expliquer ce qu'ils devaient faire. En entendant le coup de feu, son sang s'était figé dans ses veines et il avait gravi les cinq étages au pas de course pour rejoindre ses amis.
Quand il était entré dans la pièce, il avait posé les yeux sur Peter qui tenait Neal dans ses bras. Puis il avait vu Tcherkov, assis à même le sol, une plaie au niveau de l'épaule. Une fois l'homme menotté, il avait reporté son attention sur ses amis et, l'espace d'un instant, il avait cru qu'ils étaient arrivés trop tard. Mais en voyant la main de Peter sur la poitrine du jeune homme, il avait compris que son cœur battait encore.
Les ambulanciers eurent du mal à éloigner Peter mais Jones les aida en emmenant son ami un peu plus loin. Quand ils emmenèrent Neal, son état avait été stabilisé mais les battements irréguliers de son cœur laissaient craindre le pire. Peter se laissait guider. Son corps était toujours là, présent avec eux mais Jones sentait que son esprit tout entier était avec Neal.
Comment avaient-ils pu en arriver là ? Les médecins avaient stabilisé Neal mais Peter sentait qu'il était, à nouveau, très loin de lui. Mais ce qui lui serrait le cœur c'est qu'il sentait Charlie s'éloigner lui aussi. Ils ne pourraient pas survivre l'un sans l'autre et Peter faillit s'avancer vers les médecins pour leur dire d'accélérer et de ramener Neal auprès de son frère.
Jones posa une main sur son épaule et le guida vers la voiture où Mozzie était déjà installé. Peter avait l'impression d'avoir déjà vécu cette scène… Assis dans une voiture, suivant l'ambulance qui transportait le corps de son ami. Jones se gara juste derrière l'ambulance d'où ils sortirent le brancard. Neal n'avait pas repris connaissance et un masque à oxygène était plaqué sur son visage.
Le médecin s'arrêta pour parler à Peter une fois qu'il eut confié son patient aux mains des urgentistes.
-Son état est stable. Il aurait dû revenir à lui… Nous l'avons mis sous oxygène…
Peter n'entendit que des morceaux de phrases. Son esprit ne parvenait pas à se détacher de ce sentiment qu'il devait rejoindre Neal, qu'il devait rester près de lui.
Mais il devait aussi s'assurer que Charlie allait bien. Il se dirigea vers l'accueil et demanda à l'infirmière qui consulta les fichiers. Elle l'informa que le jeune homme avait été admis dans un état critique mais les médecins étaient parvenus à le stabiliser. Il était toujours sous surveillance mais son état s'était amélioré. Il était actuellement dans une chambre au premier étage.
Après avoir obtenu ces informations rassurantes, Peter marcha vers la salle d'attente mais ce couloir lui parut bien trop long. La fatigue, la tension des derniers jours commençaient à lui peser. Il posa une main contre le mur et ferma les yeux quelques secondes. Il lui semblait entendre Neal l'appeler, il pouvait presque sentir la chaleur de sa main sur sa joue alors qu'il lui promettait d'être prudent…
-Pourras-tu me pardonner ?
-Tu es venu me chercher, Peter. Je savais que tu allais venir…Je n'ai jamais douté de toi…
-Je suis arrivé trop tard… Je t'ai laissé aux mains de ce monstre…
-N'abandonne pas maintenant…J'ai besoin de toi…J'ai besoin de Charlie…
Peter rouvrit les yeux. Il était toujours au milieu de ce couloir vide mais il était certain d'avoir entendu la voix de Neal. Il n'avait pas la force de chercher une explication rationnelle. Il avait tout juste l'énergie nécessaire pour faire les quelques mètres qui le séparaient de la pièce où les médecins étaient encore en train d'examiner son ami.
Quand il parvint dans la pièce, ses jambes tremblaient et il se cala contre le mur pour essayer de stabiliser sa vision. Les médecins et les infirmières s'affairaient autour du lui. Ils le reliaient à différentes machines, faisaient des prises de sang. Peter resta sur le pas de la porte regardant fixement le corps malmené de son ami.
Il aurait voulu leur dire d'arrêter, de le laisser tranquille. Il avait l'impression qu'ils lui faisaient mal…Peter sentit une présence derrière lui et la main de Mozzie sur son bras le ramena à la réalité.
-Il faut les laisser faire leur travail, Peter.
-Je dois rester avec lui…
Peter avait murmuré mais Mozzie n'insista pas. Ils restèrent muets devant le spectacle de ces hommes et femmes qui faisaient tout leur possible pour maintenir ce corps en vie.
Peter ferma à nouveau les yeux. Il devait se rapprocher de Neal, il devait lui dire de se battre, qu'il avait besoin de lui. Il se concentra sur l'amour qu'il ressentait pour lui. Il puisa au fond de lui l'énergie qui lui restait pour lui transmettre ce sentiment. A plusieurs reprises aujourd'hui, il était parvenu à communiquer avec Neal, il avait entendu sa voix le guider, le rassurer. Et il avait encore besoin de l'entendre…de lui parler…
Mozzie regardait l'homme debout à côté de lui. Il ne reconnaissait plus l'agent du FBI dont il s'était méfié lors de leur première rencontre. Peter avait les traits tirés et Mozzie réalisa qu'il était sur le point de s'effondrer lui aussi. Il n'avait jamais vraiment voulu comprendre les sentiments qui unissaient Neal et son partenaire. Il avait essayé d'éloigner Neal de cet homme, il lui dit et redit de se méfier de lui mais il réalisait aujourd'hui, qu'il avait sans doute fait cela par jalousie.
Neal et lui étaient amis depuis des années. Ils avaient partagé de nombreuses aventures et Mozzie devait admettre que ces années mouvementées lui manquaient. Il s'en voulait, aujourd'hui d'avoir eu ce genre de sentiments qui l'avait poussé à s'éloigner de son ami au moment où il avait le plus besoin de lui.
Voyant Peter se rapprocher autant de son ami, l'avait mis un peu en colère et il avait décidé de prendre un peu ses distances. Il s'était rendu dans un restaurant pour fêter la décision qu'il venait de prendre de quitter le pays pour quelques temps.
Si seulement il avait été plus prudent. Il n'avait pas vu venir ces hommes, il ne s'était pas méfié quand ils l'avaient abordés dans ce restaurant. Il n'avait pas vu l'un deux mettre quelque chose dans son verre.
Quand il avait voulu se lever, la salle s'était mise à tourner et les deux hommes l'avaient soutenu jusqu'à la sortie, prétendant qu'il avait trop bu. Ils l'avaient fait monter dans une voiture et l'avait amené à l'appartement où Neal l'avait rejoint deux jours plus tard. Ils ne lui avaient pas fait de mal et, celui qui était visiblement le chef, lui avait seulement dit que, s'il se tenait tranquille, il serait bientôt libre.
Mozzie n'avait aucune idée des plans de ces hommes mais il pressentait que son enlèvement avait un rapport avec Neal et l'affaire dans laquelle il était, bien malgré lui, impliqué. Il avait gardé les yeux et les oreilles ouvertes mais, ses ravisseurs n'avaient laissé échapper aucune parole lui permettant de comprendre leurs intentions. Ils se retrouvaient là aujourd'hui parce que, lui, le roi du camouflage, des fausses identités, obsessionnellement méfiant, s'était fait prendre par surprise.
-Peter, tu devrais essayer de t'asseoir.
Mozzie comprit que son ami ne l'entendait pas. L'homme avait les yeux fixés sur Neal allongé et immobile. Les médecins s'étaient écartés et se contentaient maintenant de vérifier les constantes de leur patient. Le taux d'oxygénation du sang était redevenu satisfaisant, le rythme cardiaque était à nouveau normal. Malgré tout, le jeune homme restait inconscient.
Peter s'avança vers le lit, passa entre les deux infirmières qui se tenaient au chevet de leur patient. Les deux femmes firent un geste pour l'écarter mais le médecin leur fit signe de ne rien faire. Peter prit la main inerte de Neal dans la sienne et la serra tendrement. Elle était étrangement froide, comme si la vie avait temporairement quitté ce corps. Peter frissonna et fixa son attention sur les mouvements réguliers de la poitrine de son ami.
Le visage du jeune homme était marqué par les coups qu'il avait reçus. Son œil gauche était bleu et gonflé. Sous le masque à oxygène, il pouvait voir que sa lèvre était ouverte et enflée mais ce qui choquait le plus c'était cette marque rouge autour de son cou, là où Tcherkov avait serré, cherchant à l'étrangler. Peter tendit une main vers ce visage fermé et la posa sur le front de son ami.
-Pourquoi n'est-il pas réveillé ?
Peter entendit le médecin pousser un soupir. L'homme semblait épuisé et un peu déconcerté par les réactions de son patient.
-Il est stable et il devrait revenir parmi nous bientôt. Je vais demander à un de mes collègues neurologue de venir l'examiner. Le docteur Werner a aussi été contacté et il devrait bientôt être là.
Peter avait entendu les mots du médecin mais il avait surtout perçut son hésitation, ses doutes. Il ne parvenait pas à leur donner un sens. Neal ne semblait pas avoir de blessures graves mais Peter savait à quel point les événements des dernières semaines l'avaient affaiblis et cet état n'était pas seulement la conséquence de la rencontre avec Tcherkov.
-Son frère jumeau est aussi dans cet hôpital. Il faudrait qu'ils soient placés dans la même chambre.
-Ce n'est pas vraiment souhaitable. Nous préférerions que ce jeune homme reste au calme dans une chambre seul.
-Vous ne comprenez pas. Ils sont très proches et ils vont avoir besoin l'un de l'autre pour se rétablir.
Peter n'avait pas haussé le ton mais il avait mis suffisamment de conviction dans ses paroles pour interpeler le médecin face à lui.
Le médecin sembla réfléchir mais il ne répondit rien à Peter. Il avait bien l'intention de parler tout d'abord au docteur Werner. Il avait un profond respect pour son collègue et il savait qu'il l'aiderait à prendre la meilleure décision pour son patient. Il laissa Peter debout à côté du lit, tenant fermement la main de son ami.
Le médecin avait souvent été le témoin de la détresse des familles devant un accident, une agression. Toujours le même choc, la même incompréhension… Il avait le sentiment que l'homme qu'il avait laissé dans cette chambre en savait autant que lui sur l'état de son patient. Il avait perçut un lien particulier entre les deux hommes. Il avait été parfois témoin de tels liens entre certains policiers qui avaient dus faire face à des événements traumatisants. Ils partageaient cette douleur que personne d'autre ne pouvait comprendre.
Mais il sentait aussi quelque chose de plus fort entre l'agent du FBI et le jeune homme qu'il venait d'examiner. La manière dont il s'était avancé pour lui prendre la main, ignorant l'intervention des deux infirmières. Il ne les avait même pas entendues. Ces deux hommes venaient de traverser un cauchemar et le médecin sentait que l'état de son patient ne pourrait s'améliorer qu'avec l'aide de cet homme et, d'après ce qu'il lui avait dit, il devrait aussi tenir compte de la présence d'un frère jumeau, lui aussi hospitalisé.
Ses pensées revinrent sur son patient. Ce jeune homme avait été agressé et son assaillant avait bien faillit le tuer mais, d'après ce qu'il avait pu constater lors de son examen, ce n'était pas la première agression dont il avait été victime ces dernières semaines. Son corps présentait de nombreuses traces témoignant des heures difficiles qu'il avait dues traverser. La cicatrice sur sa tempe en était le témoignage le plus évident et le plus choquant sans doute.
Ce genre de blessures pouvaient avoir de nombreuses conséquences et parfois, ces effets secondaires ne se manifestaient que des semaines voire des mois plus tard. C'est pour cette raison que le médecin avait demandé l'intervention de son collègue pour faire un bilan neurologique leur permettant de cerner au mieux les besoins du jeune homme.
Peter passa les deux heures suivantes à remuer ciel et terre pour que Charlie et Neal soient enfin réunis dans la même chambre. Jones et June tenaient compagnie à Charlie qui était très faible et à qui, ils n'avaient pas encore dit au jeune homme ce qui était arrivé à son frère. Charlie alternait les phases d'éveil et de sommeil sans vraiment prendre conscience de l'endroit où il était ni de qui se trouvait à ses côtés.
Tout s'accéléra quand Tobias arriva. Le médecin parla de longues minutes avec son collègue. Avec l'autorisation de Peter, il lui expliqua les grandes lignes de l'affaire et pour quelles raisons il fallait absolument que Charlie et Neal soient ensembles. Il fallut encore une heure, le temps de convaincre le chef du service de cardiologie où Charlie avait été admis. Mais les deux frères finirent par être installés côte à côte dans une chambre.
Peter fut soulagé de les voir enfin réunis. Il ne parvenait pas à expliquer ce sentiment mais il sentait qu'ils étaient tous les deux plus paisibles. Il s'installa sur une chaise entre les deux lits et ferma les yeux. Il n'avait même pas pris la peine de demander à Jones ce qu'il avait fait de Tcherkov. Il faisait confiance à son collègue et son seul souci pour le moment était de veiller sur Neal et Charlie.
