Titre : Naufrage raté
Rating : T
Pairing : Zoro x Sanji - Sanji x Zoro
Disclaimer : One piece est à Oda, et le gâteau d'anniversaire à Zoro !
P'tit blabla : ... J'ai réalisé que j'avais complètement zappé Inazuma (vous savez, la personne qui a un côté orange et un côté blanc, avec son verre de vin et sa cicatrice sur le front), qui est normalement la plupart du temps avec Ivankov. Pauvre Inazuma... Si ça ne vous dérange pas, on dira qu'il/elle est parti(e) en voyage... Pour rendre visite à ses parents, ou quelque chose dans le genre.
Bon, je ne vous embête pas plus, mais il fallait quand même que je m'excuse auprès d'Inazuma.
Bonne lecture !
Chapitre 4
Sanji se réveilla en milieu de matinée, avec les mains et les pieds frigorifiés.
Il resta un moment allongé, repensant à la journée d'hier.
Se repassant en boucle chaque instant, la moindre seconde, en se demandant à quel moment il avait commencé à merder.
Peut-être que c'était dès le début, quand il lui avait fait la remarque sur des tendances de travestis.
A moins que ce ne soit lorsqu'il était entré dans la chambre, peut-être aurait-il du la complimenter davantage, faire son baratin comme à chaque fois.
Ou était-ce à cause de son insistance pour les talons et la coiffure ?
Ou à cause du surnom ?
Tant de choses qu'il avait fait si naturellement, comme lorsqu'elle était encore un homme. Il n'avait pas réfléchi, les chamailleries habituelles n'avaient pas de raisons de disparaître, les surnoms non plus, et entre, il avait juste rajouté deux-trois compliments, par-ci par-là, sa nature de gentleman reprenant le dessus.
Et normalement, elle n'aurait pas du se vexer.
Ils avaient beau se battre pour des broutilles, jamais ils ne s'ignoraient.
Se faire la tête, c'est bon pour les gamins.
Eux, ils préféraient se ruer l'un sur l'autre, semelle contre sabre, se battre comme des hommes, et la plupart du temps, ça n'arrangeait rien, mais c'était toujours mieux que de se défiler et faire comme si l'autre n'existait plus.
Et puis ça les défoulait, la colère passait dans les coups et finissait par s'évacuer complètement, et ils pouvaient commencer un nouveau repas, un nouvel entraînement avec la bonne humeur.
Ils avaient toujours procéder ainsi, et ce depuis qu'ils s'étaient rencontrés.
Alors, de nouveau, la question arrivait, s'imposait, prenait toute la place, bousculant les autres pensées sans même s'excuser, et s'asseyant au beau milieu de la tête du blond.
Où était le problème ?
Et dans la boîte à idées, aucune ne se manifestait comme ayant la réponse.
Un vide, un silence.
Le noir, l'incompréhension.
Et ce n'était pas faute de chercher à comprendre pourtant. Il avait tourné la situation dans tous les sens, s'était remémorer toutes ses paroles, toutes ses actions, et cet éclat au fond de l'oeil vert, qui avait laissé place à la glaciale barricade, à la sombre armure, dressée devant sa pupille.
Sanji soupira.
Peut-être qu'il se prenait la tête pour rien.
Peut-être qu'elle prendra de nouveau ses katanas aujourd'hui, et qu'elle foncera vers lui dès qu'il lui fera une remarque déplaisante.
Il espérait tellement qu'elle les reprenne, ses fichus cure-dents.
Sans eux, ce n'était pas Zoro, parce que Zoro sans ses katanas, en fille ou en homme, n'était pas réellement Zoro.
Et quelque part, ce Zoro-là lui manquait.
Il se retourna et regarda la silhouette surmontée de cheveux verts qui lui tournait le dos, se demandant comment elle faisait pour ne pas crever de froid.
Il s'approcha et détailla de nouveau son visage, comme il l'avait fait hier. Elle dormait profondément et le son régulier de sa respiration résonnait dans les oreilles de Sanji.
Une caresse, juste une, sur la joue.
Elle n'en saurait jamais rien, et tout reprendrait comme avant.
Une caresse, juste une, à peine, du bout des doigts.
Juste effleurer.
Sanji tendit la main, tout en essayant de faire le moins de bruit possible, passa le bout de ses doigts dans les cheveux verts et, d'une caresse fantomatique, frôla la joue, remonta le long de la cicatrice barrant son oeil et redescendit lentement, effleurant les lèvres rosées et sentant son souffle chaud sur ses doigts glacés.
La respiration eut un accroc, et le blond retira tout de suite sa main, de peur qu'elle se réveille.
Mais le soupir régulier reprit son rythme, et il comprit qu'il s'était inquiété pour rien.
Sa joue était chaude, en comparaison avec ses doigts si froids, et il en ressentait encore sa chaleur autour de ses ongles.
Une douce brûlure, de celles qui font sourire.
Et, pendant que ses lèvres s'étiraient légèrement, et lorsque sa raison fut définitivement parti battre la campagne, il pencha son visage et, pris d'un étrange accès de folie, posa ses lèvres sur la joue.
Comment faisait-elle, cette fameuse joue, pour être aussi brûlante ?
Il s'éloigna à contre coeur, sa raison revenant en courant à travers les champs, et se détourna avant de se lever et de se diriger vers la salle de bains.
Un dernier regard vers le dos arrondi sous la couette.
Et de nouveau, cette phrase qui grandit, qui chasse toutes les autres.
Où était le problème ?
Quand Sanji débarqua dans les cuisines, il découvrit les okamas en grande discussion, tous autour d'un des multiples fourneaux.
Il s'en approcha avec l'intention de demander si il y avait besoin d'aide, mais les travestis ne le remarquèrent même pas, continuant leur conversation avec animation.
- On en deviendrait presque hétéro !
- Et bien non, logiquement, comme c'est quand même un homme à la base, c'est comme si il s'était travesti lui aussi...
- Mais non, puisqu'il est à présent une fille, ça ne compte pas ! Si il s'était habillé en fille avec son corps d'homme, là ça serait un vrai travestissement !
Sanji toussota, espérant ainsi attirer l'attention.
Les okamas se retournèrent vers lui et alors que le blond allait prendre la parole, Jane le coupa :
- On parlait de ton amie Sanji-kun ! Pas vrai qu'on en deviendrait presque hétéro, tellement qu'elle est belle ?
- Et bien... c'est à dire que...
Il faillit dire qu'il était déjà hétéro, mais en pensant à la crise qu'allaient faire les travestis quand ils allaient apprendre que « oh Kami-sama, Sanji-kun n'aimait plus les hommes » et qu'ils n'auraient donc jamais aucune chance avec lui, il se reprit juste à temps, et se contenta d'hausser les épaules.
- Ca va, elle est jolie.
Il ne devait pas faire trop de compliments, au cas où les okamas iraient le répéter à la p'tite algue, on ne savait jamais, mieux valait être prudent.
- Elle est franchement belle ouais ! s'exclama Lucy.
- Et c'est une très bonne amie ! ajouta Jane.
Sanji se demanda comment Jane et Lucy pouvaient savoir que c'était une « très bonne amie », étant donné qu'elles ne la connaissaient que depuis hier et qu'elles s'étaient reçues un coup de talon à vous cassez le tibia après l'avoir énervé.
Une amie moyennement amicale tout de même.
- Il faut préparer un plat pour le petit-déjeuner, où vous avez déjà tout fait ? finit-il par demander, souhaitant rapidement changer de sujet.
L'un des okamas, se nommant Sakura, sauta au plafond en se rappelant qu'elle avait oublié les croissants dans le four, ayant été distraite par la conversation.
Lorsqu'elle sortit les mignardises du fourneau, celles-ci avaient une couleur noire pas franchement appétissante. Devant un tel spectacle, Sanji soupira, avant d'attraper plusieurs ingrédients pour refaire les croissants, tandis que Sakura les jetait tristement à la poubelle, une larme à l'oeil.
Il était près de onze heures lorsque Zoro se décida enfin de sortir du lit.
Elle savait que le cuisinier s'était déjà levé deux heures auparavant et qu'à présent, il devait être en train d'aider en cuisine.
Et elle savait aussi qu'il lui avait effleuré et même embrasser la joue.
Il ne fallait pas la prendre pour une imbécile tout de même : ce n'était pas parce qu'elle s'était transformé qu'elle n'avait plus ses réflexes et sa prudence habituels.
Bien évidemment que quand le cuistot avait frôlé sa peau, elle s'était réveillée immédiatement, bien que le geste soit à peine perceptible.
Mais elle avait préféré faire semblant de dormir encore, juste pour voir jusqu'où le blond irait.
Et au souvenir de ses doigts et ses lèvres glacés, elle en frissonnait encore.
Mais elle ne devait pas.
Ce n'était à présent qu'une fille parmi tant d'autre, il aurait fait ça à n'importe qui.
Ne pas se faire de mauvaises idées, pas d'illusions.
Il fallait rêver ce qui était possible, pas ce qui était irréalisable, sinon ça faisait trop de mal.
Se lever, prendre une douche, se préparer, aller déjeuner, oublier.
Voilà ce qu'il fallait faire.
Au moment où Zoro descendait les marches pour aller dans la salle à manger, Sanji prenait sa pause cigarette, pause bien méritée selon lui.
Il avait dû refaire de nombreux plats que les travestis avaient fait cramés, et toute cette nourriture gâchée qu'il avait dû jeter lui avait mis le moral à plat.
Assis à la table habituelle, il mordillait nerveusement le bout de la tige blanche en fixant la lueur rougeâtre à l'autre extrémité, quand il aperçut enfin les vagues vertes qui ondulaient le long des épaules de Zoro.
Un soupir rassuré vint briser le silence dans lequel baignait le cuistot depuis de longues minutes.
Elle a repris ses katanas, pensa-t-il en souriant.
C'était étrange combien ces trois petits détails venaient tout changer.
Ils lui donnaient une allure plus sûre d'elle, moins hésitante, et s'entrechoquaient au rythme de ses pas, d'un cliquetis fort et régulier.
Elle avait réussi à les accrocher à la ceinture de son short en jean, avec lequel elle avait mis un tee-shirt bleu et des chaussures de la même couleur.
Elle vint s'installer en face de Sanji, grognant un léger « S'lut », et s'assit en se frottant les yeux. Elle se servit des croissants et du café posés sur la table et leva son oeil vers le blond qui souriait toujours.
- Qu'est-ce qui a ?
Sanji secoua la tête en effaçant son sourire et en écrasant sa cigarette dans le cendrier.
Elle le regarda d'un air perplexe, avant de se replonger dans son café.
Elle préférait rester méfiante après l'épisode de ce matin : même si elle pensait qu'il ne tenterait rien lorsqu'elle était éveillée, elle devait quand même s'assurer de rester prudente.
- Je vais aller voir Ivankov ce matin.
Elle l'avait dit comme ça, juste pour lancer le sujet, juste pour l'informer.
- Okay. Fais gaffe à ce que tu vas dire quand même, conseilla Sanji.
Il attrapa un croissant et le coupa en deux avant de croquer dans une des deux moitiés.
- Sincèrement, ça m'étonnerait qu'il te re-transforme juste parce que tu vas lui conter fleurette, mais après tout peut-être que...
- Comment ça, juste parce que je vais lui conter fleurette ?
- C'est pas ce que t'avais prévu ?
- J'ai jamais parlé de lui conter fleurette ! Ca va pas non ! Tu veux pas que je lui fasse la cour aussi ?!
- Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée non plus... Mais peut-être que si tu lui promets de l'épouser quand tu auras retrouver ton corps initial, il acceptera ! Je crois qu'il est triste d'être encore célibataire à son âge...
- Mais t'es complètement fêlé, espèce de dérangé du sourcil !
- Algue pas verte !
- Taré de blondinet !
- Espèce de...
Il n'eut pas le temps de terminer que déjà elle sautait par dessus la table, un katana dans chaque main, et qu'elle fonçait tête baissée vers Sanji.
Surpris, il se prit le coup en plein dans le ventre, et fut projeté deux tables plus loin.
Entendant ce vacarme, les okamas se retournèrent et fixèrent tour à tour le corps du cuistot avachi par terre, et celui de la verte tenant fermement ses armes.
Celle-ci commençait d'ailleurs à s'inquiéter, ne voyant pas son adversaire se relever.
Pas qu'elle pensait l'avoir blessé, le coup qu'elle lui avait porté n'avait rien d'extraordinaire... Mais, et si, comme elle était à présent transformé en fille... Si il préférait éviter le combat plutôt que la frapper...
- Enfoirée !
L'insulte était sortie toute seule, elle s'était frayé un chemin tortueux entre les lèvres du blond, et il avait tout fait pour la retenir, mais elle avait quand même réussi à passer... Il releva la tête avec la crainte de se confronter de nouveau à la terrible pupille glacée, mais au lieu de ça, il vit le sourire moqueur qui réapparaissait au coin de ses lèvres... Et la verte s'élança encore une fois, sous les yeux ébahis des travestis, après avoir calé son dernier cure-dent dans sa bouche.
Cette fois-ci, le cuistot bloqua la lame avec sa semelle et la repoussa d'un coup de pied, avant d'essayer de lui porter un shoot au visage, qu'elle évita agilement.
Et petit à petit, l'ahurissement des okamas se changeait en émerveillement, et ils profitèrent du spectacle, s'arrêtant même de manger pour admirer les deux combattants.
Après une heure et demie de combat acharné, les deux rivaux décidèrent de finir leur bagarre plus tard dans la journée, et de plutôt aider à débarrasser la table pour l'un et chercher Ivankov pour l'autre.
Zoro chercha la « salle de la Reine » un long moment, passant par les chambres, la salle de jeux, le placard à balais et les toilettes avant qu'un okama lui apprenne que la pièce qu'il cherchait était dans l'aile opposée.
Elle fit donc demi-tour, tout en maudissant le cuisinier jusqu'à sa trentième génération pour lui avoir donné de fausses indications (ou du moins, des indications pas claires).
Elle arriva enfin devant une gigantesque porte rose sur laquelle était inscrit : « APPARTEMENT DE SON ALTESSE ROYALE LA REINE DE MOMOIRO ISLAND. PRIÈRE DE TOQUER AVANT D'ENTRER. »
Elle frappa contre la porte et on lui répondit d'entrer.
Elle ouvrit la porte et avança dans une pièce qu'elle qualifiera par la suite de « dix fois pire que la chambre de Sanji » mais dont pour l'instant elle sautera la description.
Ivankov se tenait au fond de l'immense salle, assise dans un trône rose et doré, entouré de plumes. A côté d'elle se tenait Caroline, qui semblait avoir eu une discussion avec sa Reine.
- Ah ! Bonjour Zoro-kun... Avance, avance !
Caroline chuchota quelque chose pendant que la jeune fille s'avançait, et s'en alla précipitamment, la saluant rapidement au passage.
- Comment vas-tu Zoro-kun ? demanda Ivan lorsqu'elle se fut rapproché.
Elle haussa les épaules.
Qu'est-ce qu'elle voulait qu'elle lui réponde ?
- Pourquoi viens-tu me voir ? Tu as un problème ?
Tu as un problème... pensa Zoro avec l'envie de lui sauter à la figure. Je t'en ficherais moi des problèmes... Quelle hypocrite... Allez... Pffou, on respire et on s'incline... De toute manière, c'est pas comme si j'avais le choix...
- Je tenais à... à...
Le mot avait vraiment du mal à sortir.
- A ?
- A m'excuser pour... pour avoir détruit la robe.
Un silence.
La tête toujours inclinée, Zoro commençait à avoir mal au cou.
- Et c'est tout ?
Elle sentit les vertèbres derrière sa nuque la tiraient encore plus.
Voilà la partie délicate à présent... Celle où il valait mieux pas se louper si elle se souhaitait pouvoir redevenir un homme le plus tôt possible.
- Non... Comme vous pouvez vous en doutez...
Bon sang, ces mots qui sortaient de sa bouche, elle n'arrivait même pas à croire que c'était réellement elle qui les prononçait... L'envie de tout envoyer valdinguer, de dégainer ses katanas et couper cette imbécile en petits morceaux se faisait de plus en plus forte... Et dire qu'elle l'avait trouvé sympathique au début !
- Je voudrais retrouver mon corps initial.
Le silence revint, reprit sa place, s'installa lentement dans toute la pièce.
Et Zoro rêvait de relever sa tête.
- Je t'ai dit la condition il me semble non ?
- L'histoire du test ? demanda-elle en relevant enfin son visage.
La Reine hocha la tête, et Zoro crut halluciner.
Elle venait de s'excuser et de rester pendant dix minutes avec le nez vers le sol juste pour apprendre qu'elle devait encore passer ce stupide test ?
Mais quand allaient-ils la lâcher avec ça ?
- Alors tu acceptes ? questionna Ivan.
La pupille se changea en acier.
Non mais qu'est-ce qu'elle croyait là ? Que tout à coup elle allait dire oui ?
C'te Reine avait vraiment un truc pas net !
- Non. Je ne veux pas faire votre con de test, j'en ai rien à foutre. Tout ce que je veux, c'est retrouver mon corps d'homme et m'en allai rejoindre mes amis.
C'était une question d'honneur : elle n'avait pas accepter la première fois, elle n'allait pas céder à la deuxième !
- Très bien. C'est ton problème, annonça la Reine. Si tu ne veux pas passer le test, je te laisse ainsi tout le temps que tu souhaiteras. Tu sais, je ne suis pas pressée que vous repartiez.
Elle se leva de son trône et la regarda de haut.
- Il y avait autre chose ?
Zoro soutint son regard de sa pupille rempli de rage.
Il y avait autre chose... Non évidemment, il n'y avait rien d'autre, et heureusement, sinon elle pouvait tout de suite se faire harakiri... Comme si le fait d'être changé en fille ne suffisait pas... Non mais franchement ! Cette Reine méritait vraiment que quelqu'un lui refasse son portrait...
- Non. Non, rien d'autre.
Elle se retourna et sortit de la pièce à grands pas, essayant de se calmer en calant sa respiration sur le cliquetis de ses sabres et en serrant leurs poignées tellement fort que ses jointures étaient devenues toutes blanches.
Elle ne put se retenir de claquer la porte alors qu'Ivankov lui souhaitait une bonne journée.
Une bonne journée, ragea-t-elle. Comme si elle allait pouvoir passer une bonne journée après cette stupide discussion.
- Alors comment ça s'est passé ? demanda Sanji, lorsqu'il mangèrent le repas du midi à trois heures de l'après-midi.
- Tu m'as dit n'importe quoi ! Fallait aller par là ! répondit-elle en désignant d'un geste du bras la direction qu'elle voulait indiquer.
- Bah oui !
- Et tu m'avais dit à droite !
Sanji se servit le riz et le poisson qu'il avait cuisiné en secouant la tête.
- Oui, je t'ai dit à droite.
- Mais ça c'est la gauche !
- Non ma P'tite Algue, c'est la droite.
- T'as fini avec ton surnom débile ?
Le cuistot ria légèrement avant de prendre l'assiette de la verte et de lui servir la nourriture.
- C'est bon tu sais, je suis une fille, pas une handicapée. J'aurais pu me servir toute seule, grogna Zoro en reprenant son assiette.
- Et après, qu'est-ce qu'il t'a dit ?
- Après quoi ?
- Et beh quand t'as enfin trouvé la salle !
- Ah ! comprit-elle enfin. Bah... Il veut pas.
Elle l'avait dit de la même manière qu'un enfant boude lorsque ses parents ne veulent pas lui acheter le dernier jouet à la mode, ce qui fit sourire Sanji.
- Comment ça il veut pas ? Tu t'es excusée au moins ?
- Oui ! Mais il m'a encore bassiné avec son histoire de test...
- J't'avais dit qu'il lâcherait pas.
- J'comprends pas pourquoi il insiste comme ça. Fin j'veux dire, on va repartir bientôt, alors à quoi ça sert ?
Sanji haussa les épaules.
- J'en sais rien. Il est bizarre des fois.
- Bizarre, c'est peu dire... T'as déjà vu sa chambre ?
- Une fois je crois ouais... J'm'en souviens plus.
- Elle est dix... même voire vingt fois pire que la tienne !
- Hé ! Ma chambre est très bien !
- Tu vois, c'est un peu comme si toi t'avais la chambre de Barbie, et que lui, sa chambre, bah c'était carrément BarbieLand !
- T'as pas bientôt fini avec tes histoires de Barbie ?
- Mais j'te jure que c'est vrai ! C'est rose du sol au plafond, avec des plumes ROSES partout, des miroirs ROSES aux murs, un lit à baldaquin ROSE encore plus immense que le tien, et un trône ROSE !
- Pourquoi t'accentues le mot « rose » à chaque fois ? T'as un problème avec cette couleur ?
- Parce que le ROSE c'est la couleur de Barbie !
- Tu t'y connais vachement en domaine de Barbie dis donc... Tu jouais avec quand t'étais petit c'est ça ?
- Que... Mais non ! Arrête de dire n'importe quoi, toi qui jouais à la dinette !
- Qu'est-ce que t'en sais si je jouais à la dinette ou pas ?
- Bah, si tu voulais devenir cuisinier, tu devais jouer à la dinette ! (1)
- Mais qu'est-ce que tu...
- Vous vous disputez à quel sujet en fait ?
Ils se tournèrent vers Jane et Lucy qui s'étaient assises à côté d'eux et les regardaient avec un léger sourire, qui leur fit bien comprendre qu'ils devaient avoir l'air de deux véritables imbéciles.
Ils replongèrent la tête dans leur assiette en maugréant que c'était parce que l'autre ne comprenait rien, et se mirent à couper rageusement leur poisson.
- Oh vous savez vous pouvez continuer, ça nous dérange pas... Au contraire, on trouve ça très mignon !
Zoro s'étouffa, Sanji faillit se trancher un doigt avec son couteau.
Mignon... Mais franchement, ils en avaient de ces idées, les okamas !
Les journées passaient, se ressemblaient toutes à quelques petites choses près.
Ni Zoro, ni Ivankov, ne voulait changer leur décision, et la situation restait la même, et chacun tapait du pied en se demandant quand l'autre finirait par céder.
Sanji n'avait plus rien tenter, la conscience lourde à chaque fois qu'il repensait à cette caresse sur la joue qu'il avait osé.
Il complimentait, comme toujours, par-ci par-là, quand l'envie lui en prenait, il faisait des petits services quand il en avait l'occasion, et il adorait coiffer les longs cheveux verts, qui étaient aussi doux que les plumes se trouvant dans la chambre d'Ivankov.
Des fois, ses doigts déviaient légèrement, effleuraient la nuque, passaient sur l'épaule. Il sentait la verte se tendre imperceptiblement et voyait la menace noire au fond de son oeil émeraude. Alors, il arrêtait tout de suite, et recommençait à brosser.
Ils se battaient, dès qu'ils en avaient le temps, la moindre broutille servant de prétexte. Ils aimaient bien se donner en spectacle à table, sous les hurlements des okamas, qui, s'étant habitués aux bagarres habituelles, s'amusaient à présent à crier des encouragements à l'un ou à l'autre.
Ils s'engueulaient, n'arrêtaient jamais, passant ainsi leur frustration commune, l'un s'impatientant de retrouver son corps, l'autre en ayant marre de se réveiller frigorifié dans un immense lit aux draps affreusement roses.
Sanji avait beau n'avoir rien tenter depuis trois jours, la jeune fille s'obstinait toujours à rester au bord du lit, et le blond se retrouvait tout seul au milieu du matelas, et ses bras se congelaient nuit après nuit, et il en avait presque peur qu'ils se décrochent de ses épaules.
Il ouvrait les yeux, se les frottait avec ses mains glacées et fixait ensuite le dos devant lui, parfois pendant de longues minutes, parfois pendant des heures.
Et chaque jour commençait ainsi, et la routine continuait, les habitudes s'installaient.
Les journées passaient, se ressemblaient toutes à quelques petites choses près.
Quand Sanji entra dans la chambre, Zoro était déjà couché comme tous les soirs où Sanji aidait à ranger la cuisine après le dîner.
Comme tous les soirs, il partit à la salle de bains et revint quelques minutes plus tard avant de se glisser sous les draps.
- Bonne nuit, lança-t-il avant d'éteindre la lumière.
- Bon'nuit, lui répondit à moitié Zoro.
Elle s'était de nouveau avancée jusqu'au bord du bord du matelas, et Sanji commençait vraiment à penser qu'une nuit, elle allait tomber du lit.
Il regarda tristement les cheveux verts qui ondulaient sur le coussin et sentit le froid mordant se glisser sous sa peau et mordre à pleines dents dans ses os.
Il n'avait qu'à tenter.
Peut-être que... après tout... il n'avait qu'à tenter.
Evidemment, elle avait senti qu'il s'approchait, elle avait entendu le frottement des draps qui se rapprochaient peu à peu.
Elle n'avait rien fait.
Elle ne sait pas pourquoi.
Ce n'est que quand un bras gelé passa autour de sa taille et que le torse du blond se colla tout contre son dos qu'elle se demanda pourquoi elle ne l'avait pas empêché de venir vers elle.
- Lâche-moi cuistot pervers ! râla-t-elle en gesticulant.
Pas de réponse.
Au lieu de ça, le bras de Sanji raffermit sa prise.
Elle s'était faite piéger, de la même manière qu'on enferme un petit oiseau dans une cage, pour ne plus jamais le laisser s'envoler.
- Barre-toi espèce de...
- Du calme, du calme, murmura doucement le cuisinier.
Etrangement, le murmure l'apaisa légèrement, et elle se laissa aller contre le torse glacé, sachant de toute manière qu'elle n'avait aucune chance que cet imbécile de sourcil-en-vrille la lâche, et peut-être aussi parce que quelque part, elle appréciait cette présence toute proche qui faisait paraître le lit un peu moins grand, un peu moins froid, un peu moins vide. Un peu moins triste.
Mais au bout d'un moment, elle demanda :
- Je peux savoir pourquoi tu glisses ta jambe entre les miennes ?
- Parce que j'ai froid.
- Et pourquoi t'as ton visage dans mon cou ?
- Parce que j'ai froid.
- Et pourquoi ton autre main me caresse les cheveux ?
- Parce que j'ai froid.
Zoro sourit dans le noir.
- Crétin.
(1) Zoro et Sanji qui se disputent à propos d'une histoire de Barbie et de dinette... Chose qui n'arrivera très certainement jamais de chez jamais... Bah, laissez tomber, je pète les plombs en ce moment, ça me fait écrire n'importe quoi x)
