Voici la seconde version… Personnellement, ce n'est pas ma préférée mais une petite voix m'a dit qu'on avait besoin d'un peu d'espoir…

A vous de me dire ce que vous en pensez. Bonne lecture…

Chapitre 59. Version 2.

-Où sommes-nous ?

-Apparemment dans un hôpital.

-Que s'est-il passé ?

-Tu as voulu jouer les héros, comme d'habitude.

-Et ça s'est mal fini…comme d'habitude ?

-Rien n'est encore fini. Il faudrait juste que tu fasses un petit effort pour ouvrir les yeux…

-Pas vraiment envie…

S'il n'avait pas été lui-même endormi, Charlie aurait bien sourit. Nick et lui parvenaient à bavarder comme s'ils étaient tranquillement assis à la terrasse d'un café. Charlie avait essayé de rassurer Peter sur l'état de son frère mais il avait eu du mal à le convaincre. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Nicholas était inconscient depuis deux longues journées et les médecins ne parvenaient pas à en déterminer la cause.

Charlie avait dit à Peter que son frère avait besoin de repos mais la véritable raison c'était qu'il avait peur. Une peur irraisonnée de revenir à la réalité, de faire à nouveau face à ce traumatisme. Il avait trouvé refuge quelque part dans son esprit et il ne voulait pas le quitter pour l'instant. D'après lui, sa santé n'était pas en danger et il lui avait promis, à de nombreuses reprises que ce n'était qu'une question de temps.

-Pourquoi ? Peter est là et il attend avec impatience que tu reviennes à toi.

-Charlie, je me sens en sécurité ici.

-Je comprends mais il n'y a plus de danger. Tous les membres de ce réseau ont été arrêtés… Tu ne risques plus rien.

-La peur est toujours là. Elle ne partira pas.

-Laisse-nous te montrer que tu peux reprendre une vie normale…

La première fois qu'ils avaient renoué le contact après que Tobias ait réussi à les faire installer dans la même chambre, Charlie avait été frappé par la confusion qui régnait dans l'esprit de son frère. Nicholas n'était même pas certain d'être encore en vie. Il avait dû lui parler longuement avant que celui-ci ne parvienne à le croire. Même après deux jours, il semblait encore indécis et il persévérait à vouloir rester caché, muré dans cette inconscience qui était censée le protéger.

-Nick, tu ne peux pas rester dans cet état plus longtemps.

-Je vais bien…

-Non, tu ne peux pas dire ça. Ton corps ne pourra continuer longtemps comme ça…

Quand Charlie insistait trop, son frère finissait par couper tout lien avec et il fallait de longues heures avant qu'il n'accepte de l'écouter à nouveau. Ce ne fut pas différent cette fois et lorsque Charlie ouvrit à nouveau les yeux, il croisa le regard de Peter. L'homme n'avait pas quitté la pièce plus de quelques heures ces derniers jours et Charlie pouvait voir les cernes s'approfondir sous les yeux de son ami.

Il aurait aimé pouvoir lui donner de meilleures nouvelles mais, une fois de plus, son frère lui avait opposé un refus net et catégorique. Il commençait, lui aussi, à penser qu'il serait très compliqué de ramener Nicholas à la réalité.

-Rien de nouveau ?

-Non, désolé, Peter. J'ai beau lui dire qu'il n'y a plus aucun risque, il refuse de m'écouter. Il persiste à dire qu'il va bien…

-Rien d'autre ?

Charlie sentait toute la frustration que Peter tentait de contenir. A chaque tentative qui échouait, l'agent du FBI se renfermait sur lui-même. Au fil des heures il devenait de plus en plus sombre et triste et Charlie redoutait de voir venir le jour où il finirait par tomber malade à son tour.

-Il a seulement dit qu'il avait peur.

Peter se passa une main sur le visage. Même dans ce refuge qu'il refusait de quitter, il avait peur. Comment pourrait-il le convaincre de leur faire à nouveau confiance ?

-Si seulement je pouvais lui parler…

Ce n'était pas la première fois que Peter faisait ce genre de commentaire. Il avait même essayé de s'endormir auprès de Neal pour tenter de communiquer avec lui comme il l'avait fait quelques jours plus tôt. Mais cela n'avait rien donné. Neal ne lui avait pas ouvert les portes de son esprit.

-Je sais, Peter. Il faut lui laisser un peu de temps.

-Du temps… ? Charlie, tu as entendu ce que Tobias a dit. Son état est en train de s'aggraver.

-Peter, ils ne savent pas ce qui lui arrive. Ils ne peuvent pas comprendre.

-Je le sais bien mais certains signes physiques ne trompent pas.

Charlie en était bien conscient. Il avait noté, lors de leurs derniers entretiens, qu'il devenait de plus en plus difficile de parler avec son frère. Sa fatigue, son niveau de stress ne l'aidait pas à se concentrer sur leurs conversations.

Il n'en avait pas parlé à Peter mais il s'en était ouvert à Tobias. Le médecin était très présent et son soutien leur était précieux. Il avait, tout d'abord, était un peu sceptique quand Charlie avait tenté de lui expliquer la nature de sa relation avec Nicholas. Mais il avait fini par le croire devant les preuves multiples de leurs conversations. D'une certaine manière, le médecin était rassuré de savoir que quelqu'un pouvait communiquer avec le jeune homme et l'aider à garder un lien avec la réalité.

Depuis la veille, Charlie et Tobias avaient un nouveau sujet d'inquiétude. Ils avaient réussi à renvoyer Peter à l'appartement pour qu'il puisse prendre un peu de repos. Au beau milieu de la nuit, June avait entendu un bruit de chute et elle avait retrouvé Peter inconscient sur le sol du salon. Elle avait eu la peur de sa vie, pensant que son ami avait peut-être fait un grave malaise.

Peter était revenu à lui et il lui avait interdit d'appeler un médecin. Mais June en avait parlé à Tobias ce matin même. Charlie lui avait promis d'aborder le sujet avec Peter et d'essayer de le convaincre de faire des examens pour s'assurer qu'il ne s'agissait que d'un malaise lié à la fatigue accumulée ces derniers jours.

-Peter, il faut garder espoir. J'espère encore pouvoir le convaincre.

-Je suis certain que tu pourras y arriver.

Peter avait repris sa place sur une chaise à côté du lit de Neal. Charlie allait mieux mais il avait demandé à rester à l'hôpital. Il dormait à côté de son frère toutes les nuits… et toutes les nuits, il tentait de le raisonner. Il lui parlait inlassablement de toutes les bonnes raisons qu'il avait de se battre pour revenir.

-Peter…June m'a parlé de ce qui s'est passé hier soir.

-Je lui avais demandé de ne rien dire.

-Comment pouvais-tu penser qu'elle ne dirait rien ? Elle s'inquiète pour toi. Comme nous tous…

-Je suis juste fatigué.

Charlie se leva et se posta devant Peter.

-On croirait entendre Nick. Tu n'es pas seulement fatigué, tu t'es évanoui… Nick aura besoin de toi quand il va revenir.

-Ce n'était qu'un malaise…

-Alors tu ne verras aucun inconvénient à ce que Tobias procède à quelques examens… ?

-Plus tard…

-Peter…

-Charlie, je ne peux pas penser à autre chose qu'à Neal…

Encore une fois, Peter reprenait les mots, les expressions et les attitudes de son frère.

-Et si tu ne prends pas soin de toi, qui prendra soin de lui ?

-Je ferai ces examens dès que je serai certain qu'il est sorti d'affaire.

Ce n'était pas vraiment la réponse qu'il attendait mais Charlie savait que, pour le moment, il devrait s'en contenter. Tobias aurait certainement, lui aussi, des arguments à faire valoir et avec l'aide de Jones et celle de Mozzie, ils parviendraient à le convaincre…Ou à le trainer de force vers une des salles d'examens de l'hôpital.

Le reste de la journée se déroula selon le schéma habituel. Les visiteurs défilèrent au chevet de Neal dans l'ordre qu'ils avaient établi. June était la première, en milieu de matinée. Les deux hommes la voyaient arriver avec plaisir. Comme tous les jours, elle leur apportait des cafés et quelques gourmandises.

-Des croissants frais… June vous nous gâtez trop…

Charlie était aussi gourmet et gourmand que son frère pour le plus grand plaisir de June qui avait adoptée le jeune homme comme son second fils. Elle le gratifia d'un large sourire avant de se tourner vers le lit où Neal semblait endormi. Son sourire s'effaça et elle se pencha au-dessus du lit pour déposer un baiser sur le front du jeune homme.

-Toi aussi tu adores les croissants…

Elle aurait tellement aimé voir un sourire éclairer ce visage si pâle. Depuis deux jours, la vie semblait quitter petit à petit ce corps fatigué et, même si aucun d'eux, n'osait dire à voix haute ses craintes, tous avaient à l'esprit l'éventualité d'une sinistre fin.

June caressait tendrement les cheveux de Neal et le regard de Peter s'embua de larmes devant cette scène.

Il avait lui aussi ce besoin de le toucher, juste pour s'assurer qu'il était toujours là. Il passait de longs moments la main sur sa poitrine pour sentir ce souffle de vie. Peter était perdu dans ses pensées mais il finit par sentir les regards de ses amis posés sur lui.

-Quoi ?

June s'avança vers lui et posa une main sur son bras. Peter pouvait voir l'inquiétude briller dans ses yeux mais cette inquiétude n'était pas seulement destinée au jeune homme allongé dans ce lit ? Il savait qu'elle avait été choquée de le voir aussi faible la veille.

-Peter, vous devez prendre soin de vous. Je ne voudrais pas vous voir allongé sur un lit dans cette chambre.

-Ce serait peut-être la solution…

June ne comprit pas le sens de cette remarque prononcée dans un murmure. Mais ces mots avaient un sens tout particulier pour Charlie qui s'approcha à son tour de son ami.

-C'est ça que tu cherches à faire… ? Tu penses qu'il reviendra si tu parviens à lui parler… Et pour lui parler, tu es prêt te mettre en danger.

-Il a pris bien plus de risque pour faire arrêter cet homme…

-Ça ne signifie pas que tu dois en faire autant…

-Charlie…

-Non…

Le jeune homme avait haussé le ton et Peter fut surpris quand il saisit vigoureusement le col de sa veste.

-Je t'interdis de jouer avec ta vie, Peter… Tu m'entends… Et même si Nick est incapable de parler pour le moment, il pense la même chose que moi et tu le sais très bien. S'il était là…

-Mais il n'est pas là, Charlie… Et cette absence, ce vide est en train de me tuer à petit feu…

Peter ne parvint pas à retenir ses larmes et, pour la première fois depuis des jours, il laissa son chagrin s'exprimer. Charlie le serra dans ses bras et June se joignit à eux dans une étreinte tendre et amicale.

June resta avec eux jusqu'à l'arrivée de Jones qui venait, comme chaque jour, aux alentours de midi. Il s'installait avec eux et leur parlait de l'évolution de leur affaire. Quand il arriva ce jour-là, il paraissait contrarié et les deux amis comprirent vite ce qui le tracassait quand il leur expliqua qu'il avait passé une partie de la matinée avec les avocats de Tcherkov.

L'homme ne pouvait nier la tentative de meurtre sur Neal, l'enlèvement sur Mozzie mais il niait tout le reste. Jones avait décidé d'interroger à nouveau Frey. Maintenant que Tcherkov était sous les verrous, il accepterait peut-être d'en dire un peu plus. Il leur resterait Penhurst ou le directeur du foyer où Charlie avait été séquestré.

Jones était en colère et Peter savait qu'il parviendrait à faire parler l'un ou l'autre de leurs suspects. Il avait toujours eu confiance en son collègue. Jones était un agent compétent quand il s'agissait d'interroger des suspects et, dans cette affaire-là, il avait des raisons personnelles de parvenir à un résultat.

Lui aussi observait attentivement Peter, inquiet de le voir si distant. Ce n'était pas dans ses habitudes de rester à l'écart dans ce genre d'affaire mais, depuis que Neal était hospitalisé, il avait été très difficile d'éloigner Peter de ce lit.

Jones fut remplacé par Mozzie qui, malgré sa crainte du milieu hospitalier, était fidèle au rendez-vous. Il ne restait pas longtemps mais, à chaque visite, il observait le même rituel. Il prenait la main de Neal dans la sienne, se penchait au-dessus du lit et lui glissait quelques mots à l'oreille. Peter aurait aimé savoir ce que l'homme pouvait dire à son ami mais il respectait trop leur amitié pour oser poser la question.

Une fois Mozzie parti, Peter et Charlie restaient seuls avec Neal jusqu'à la visite de Tobias. Mais quand le médecin arriva en cette fin d'après-midi, il s'avança directement vers Peter et, sans un mot, lui saisit le poignet pour vérifier son pouls.

-Tobias…

-Silence, Agent Burke…

Le ton du médecin ne souffrait aucun commentaire et Peter se garda bien de rajouter quoi que ce soit. Il attendit que Tobias lève, à nouveau les yeux vers lui.

-Est-ce que je peux savoir à quoi vous jouez, Peter ?

-Je n'ai pas vraiment le cœur à jouer… Tobias, j'ai déjà eu droit à deux sermons aujourd'hui. Je n'ai pas besoin d'un troisième.

-Je veux bien mais à la seule condition que vous acceptiez de subir quelques examens de routine et de suivre quelques règles simples.

-Du moment que vous ne me demandez pas de quitter cette chambre…

-Peter, vous ne mangez pratiquement rien, vous ne dormez qu'une ou deux heures par nuit…sans parler de votre tension bien trop élevée…

L'agent du FBI savait déjà tout cela mais il ne parvenait pas à s'en soucier. Le malaise de la veille n'était pas dû à la fatigue, ni au stress…Mais il ne pouvait pas expliquer aux deux hommes face à lui ce qu'il avait vraiment ressenti en arrivant dans cet appartement.

Il avait poussé la porte et, l'espace d'un instant, il avait eu le fol espoir devoir Neal venir l'accueillir.

Mais l'appartement était désespérément vide, sombre et le froid l'avait saisi. Tout son corps s'était mis à trembler. Il avait réussi à reprendre le contrôle de son corps, du moins momentanément. Plus la nuit avançait et plus il sentait le malaise l'envahir. Il ne supportait pas de se retrouver si loin de Neal. Il avait sais son téléphone une dizaine de fois avant de le reposer. Il ne pouvait pas appeler Charlie. Le jeune homme devait dormir et il avait, lui aussi besoin de repos.

Il avait commencé à déambuler dans l'appartement vide, touchant chaque objet en pensant à la dernière fois où il avait parlé à Neal. Cette sinistre journée où il avait failli le perdre pour de bon…Il se souvenait de chaque mot prononcé, chaque sensation…

Puis ses yeux s'étaient posés sur le carnet de croquis dans lequel Neal avait pris l'habitude de griffonner quand il sentait le stress l'envahir.

Il l'avait feuilleté distraitement s'arrêtant sur le premier dessin, le portrait de Charlie et lui, souriants. Comme il aimait ce dessin. Le trait était précis et ces deux visages semblaient vivants…si vivants… Les larmes aux yeux, il avait continué à tourner les pages. A peu près au milieu du carnet, il était tombé sur un nouveau dessin, un qu'il n'avait pas encore vu. Sa vue s'était troublée et il avait dû se retenir à la table pour ne pas perdre l'équilibre.

Il avait sous les yeux un dessin au crayon sur lequel leurs deux visages se tenaient à quelques centimètres l'un de l'autre, la main de Peter était posée sur la poitrine de Neal. Le jeune homme avait su reproduire fidèlement l'émotion de l'instant. Une larme était venue s'écraser sur la page, abimant le centre du dessin. La goutte était tombée juste à l'endroit où la main de Peter entrait en contact avec la peau de Neal.

Dans des circonstances normales, cet événement lui aurait paru anodin mais après les épreuves des derniers jours, Peter y avait vu un mauvais signe. Cette petite tâche au centre de la page l'avait paralysée de peur et c'est à cet instant qu'il avait perdu connaissance. Il avait ouvert les yeux quelques minutes plus tard. Le visage de June était penché sur lui et il était parvenu à la rassurer.

Peter avait fini par accepter les examens préconisés par Tobias et le médecin s'était chargé de prendre rendez-vous pour le lendemain. Pour sa part, il avait convaincu Charlie de rentrer dormir à l'appartement. Il se retrouvait enfin seul avec Neal. Il savait que le jeune homme avait besoin de se sentir entouré mais ces moments seul avec lui, lui manquaient. Il était toujours sur sa chaise, la main de Neal dans la sienne.

-Ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas retrouvé tous les deux. Charlie m'a dit que tu ne voulais pas revenir parmi nous. Je comprends que ce ne soit pas facile pour toi mais, ne t'inquiète pas, je trouverais un moyen pour qu'on soit à nouveau ensemble. J'ai tellement besoin de toi…

Une infirmière l'interrompit. Le personnel médical faisait des visites régulières, ce qui ne facilitait pas le repos des personnes présentes mais Peter était rassuré de les voir si présents et professionnels. Même s'ils n'avaient pas de réponses précises à donner à toutes les questions qu'ils se posaient sur la santé de leur ami, Peter savait qu'ils feraient tout leur possible pour aider le jeune homme.

L'infirmière vérifia la perfusion et ressortit en adressant un sourire à Peter.

-Tu devrais vraiment ouvrir les yeux, les infirmières de cet hôpital sont charmantes. Je suis certain qu'elles adoreraient apercevoir ces grands yeux bleus…Moi aussi j'aimerais tellement voir ce regard se poser sur moi…Si tu savais comme tu me manques…

Peter se mordit la lèvre pour retenir un sanglot mais, une fois de plus, le chagrin le submergea.

Il ne supportait plus de parler dans le vide, de s'adresser à ce corps sans réaction. Il était en colère et désespéré. Charlie avait posé une question pertinente en lui demandant ce qu'il serait prêt à faire pour retrouver Neal. S'il était certain que cela fonctionne, il serait prêt à se loger une balle dans la tête.

Cette pensée l'avait effleurée quelques heures plus tôt quand il avait vu cette larme effacer une partie du dessin. Neal n'était pas là, avec lui mais il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire pour le rejoindre. Quand il avait perdu connaissance, la veille, il avait eu l'impression d'entendre sa voix mais ça lui arrivait parfois de l'entendre appeler au secours sans qu'il parvienne à comprendre si cette voix était celle de Neal ou s'il ne s'agissait que d'un souvenir.

Il se sentait épuisé mais la tension qui parcourait son corps ne lui permettrait pas de dormir. Chaque nuit, c'était le même problème. Il parvenait à s'assoupir pour être réveillé en sursaut après seulement quelques minutes. Il avait, en permanence, ce sentiment de ne pas être au bon endroit. Il aurait dû se trouver avec Neal, mais il ne savait pas où était son ami.

Il se leva difficilement pour aller se servir un café au distributeur qui se trouvait dans le couloir. Il revint jusqu'à la chambre d'un pas lent et trainant, son café à la main. Au moment où il refermait la porte derrière lui, le gobelet lui glissa des doigts. Il crut à une maladresse mais sa main droite refusait de répondre. Ses doigts étaient engourdis.

Une douleur lui serra la poitrine et sa vue se troubla. Il aurait peut-être dû écouter ses amis et faire attention aux signes lui disant que quelque chose n'allait pas. Il essaya de faire quelques pas en direction de la télécommande posée sur la table de chevet, à côté de Neal. Mais ses jambes ne pouvaient plus supporter son poids et il s'effondra aux pieds du lit, sa main crispée sur sa poitrine.

Il aurait dû avoir peur mais la seule chose sur laquelle il arrivait à se concentrer c'était la voix de Neal. C'était bien sa voix qu'il entendait, cette fois il en était certain. Il allait enfin le retrouver. Quand ses yeux se fermèrent, un sourire illumina son visage.

-Que fais-tu là, Peter ?

-Comme ça fait du bien de t'entendre à nouveau.

-Tu n'as rien à faire là, Peter… Il ne faut pas…

-S'il te plaît, Neal. Laisse-moi juste profiter de ce moment. Ça fait des jours que j'attends ça. Si tu savais comme tu m'as manqué.

-Ce n'est pas drôle, Peter. Il faut que tu te battes…

-Seulement si tu reviens avec moi. Je ne veux plus continuer seul.

Peter se tenait face à Neal. Dans cet espace, hors du temps, loin de ce monde injuste et cruel, il se sentait bien pour la première fois depuis des jours. Il ne laisserait pas Neal le repousser. Soit il parvenait à le ramener avec lui, soit il partait avec lui mais il refusait d'être à nouveau séparé de lui.

-Peter, je ne peux pas te laisser faire ça.

-Tu n'as pas vraiment le choix… Moi non plus d'ailleurs. Cette fois je crois que j'ai un peu trop tiré sur la corde.

-Non… Peter…non…

Le sentiment de plénitude que ressentait Peter contrastait avec la détresse qu'il percevait chez son ami.

-Tout va bien, Neal. Tant qu'on est ensemble…c'est tout ce qui compte…

-Tu ne comprends pas…

-La seule chose que je comprends c'est que tu es là avec moi et que je n'ai aucune envie de te quitter.

-Si personne ne vient t'aider, tu pourrais bien être contraint de me quitter. Je ne sais pas vraiment où je suis mais je ne suis pas mort…

Peter commençait à comprendre la nuance, non négligeable que Neal venait de souligner mais, une fois de plus, il ne parvenait pas à s'en soucier. Il ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre que l'infirmière vienne faire sa tournée suivante. Mais, comme elle venait juste de passer, il faudrait encore patienter deux heures. A en juger par la douleur qu'il avait ressenti avant de s'évanouir, il n'avait probablement pas deux heures à vivre.

-Peter, il faut que tu fasses quelque chose…

La voix de Neal était entrecoupée de sanglots et Peter le prit dans ses bras.

-Ne t'inquiète pas… Tout va bien…

-Comment peux-tu dire ça ? Tu es en train de mourir, Peter…

Peter se recula d'un pas et plongea son regard dans celui du jeune homme. Il avait conscience que son corps s'affaiblissait à chaque minute qui passait. Son cœur essayait de continuer le combat mais sans aide, il rendrait bientôt les armes.

-Ça n'a pas d'importance.

-Comment peux-tu dire ça ?

-Je ne veux pas vivre si tu n'es pas avec moi. Et, comme tu as décidé de rester loin de moi, pourquoi je me battrais ?

Peter savait qu'il jouait un vilain jeu et que Neal ne méritait pas ce genre de reproches. Mais s'il parvenait à provoquer une réaction, ça vaudrait le coup.

-Je ne veux pas te perdre mais c'est trop dur…Quand Mozzie est parti… Il a dit que tu ne me retrouverais jamais, qu'il avait brouillé le signal…Il a dit que je lui appartenais et que s'il ne pouvait pas m'avoir, il me tuerait.

La peur était palpable, elle transparaissait dans chaque mot. Peter touchait du doigt l'angoisse qui avait saisi son ami alors qu'il comprenait qu'il était à nouveau seul face à son pire cauchemar.

-Il a dit des horreurs sur toi…Il a dit que tu m'avais menti…que tu ne m'aimais pas…

-Neal, s'il te plaît, regarde-moi.

Le jeune homme gardait obstinément le regard baissé. Il avait tellement peur de voir ses craintes se confirmer. Il avait essayé de résister quand Nicolaï lui avait parlé, il s'était répété que tout ce qu'il disait n'était que des mensonges et que, jamais, Peter ne l'aurait abandonné.

Mais les mots étaient bien choisis et ils avaient rouvert de vieilles blessures, ravivant cette brûlure au creux de son estomac. Cette peur de ne pas être aimé, de ne pas être accepté. Il avait senti la présence de Peter bien avant de l'entendre monter les marches. C'était étrange de le sentir si proche et si loin à la fois. La cravate qui serrait sa gorge commençait à priver son cerveau d'oxygène pourtant, il n'avait jamais eu une vision aussi claire de la situation.

Quand Peter avait ouvert la porte, il avait vu la scène à travers ses yeux. Il avait senti sa peur à lui, sa douleur…celle de Charlie…Et, à cet instant, quelque chose s'était passé…Il ne savait pas vraiment comment l'expliquer…Une sorte de court-circuit…Il ne pouvait plus faire face à cette réalité, il ne pouvait plus gérer cette peur. Alors il avait coupé les ponts avec le présent.

Au début, il s'était senti soulagé. La pression qui pesait sur ses épaules s'était envolée et, pour la première fois depuis des années, il se sentait libre…Puis Charlie avait réussi à franchir les murailles dressées par son esprit et maintenant Peter était là, lui aussi.

Peter avait besoin de lui et il ne savait pas s'il serait capable de lui venir en aide.

Il avait réussi à se retrancher ici…même s'il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait… Mais il n'avait pas envisagé de voyage retour.

-Peter, je ne peux pas revenir… Même si je voulais…je ne pourrais…

-Même si tu voulais… ?

Neal n'osait toujours lever les yeux et la douleur qu'il perçut dans la voix de Peter ne l'incita pas tenter l'expérience. Peut-être que s'il le mettait en colère, il provoquerait une réaction suffisamment violente pour lui faire reprendre conscience.

Comment comprendre ce qu'ils étaient en train de vivre ? Sa vie en tant que Neal Caffrey était centrée autour d'un univers rationnel et bien matériel. Mais depuis qu'il avait renoué avec sa véritable identité, il avait un peu l'impression d'évoluer dans une dimension parallèle dans laquelle les données telles que le temps ou l'espace n'avaient plus tout à fait le même sens.

Il devait trouver un moyen d'influer sur une réalité qui lui échappait depuis des jours… Une réalité qu'il avait fuit et qu'il redoutait de retrouver.

-Ça fait trop mal, Peter. Je ne veux plus avoir à supporter ça…

-Tu n'es pas seul. Quoi qu'ait pu te dire ce monstre, je t'aime…

Neal releva la tête en entendant les sanglots dans la voix d Peter. Il vit les larmes briller dans ses yeux.

Comment avait-il pu être sourd à sa douleur ? Quand ses lèvres touchèrent celles de Peter, toutes les barrières séparant leurs esprits, leurs souvenirs, tombèrent. Un flot confus et bouillonnant de sentiments, d'émotions les envahit tous les deux et le temps sembla s'arrêter. Les mots seraient insuffisants pour décrire ce qu'ils ressentirent à cet instant.

Quand Neal ouvrit les yeux, la première sensation qui l'assaillit fut la douleur et si, un sentiment plus violent n'avait pas pris le dessus, il se serait probablement évanoui. Mais il devait aider Peter. Cette pensée suffit pour qu'il surmonte cette douleur…la lumière qui lui agressait les yeux, la brûlure à chaque inspiration, les crampes qui paralysaient ses muscles.

Il se redressa péniblement dans son lit. Il tendit la main vers la télécommande qui lui permettrait d'appeler les secours mais il se rendit vite compte qu'il ne l'atteindrait pas sans sortir de son lit. Après plusieurs essais, il parvint à s'asseoir et faire passer ses jambes par dessus le rebord du lit. Il se pencha vers la table mais son mouvement l'entraina en avant sans qu'il parvienne à se retenir.

Dans sa chute, il parvint à serrer sa main sur la télécommande. Il se retrouva allongé sur le sol à quelques centimètres de Peter. Après avoir maintenu le bouton d'appel enfoncé pendant de longues secondes, il rampa jusqu'à son ami. Son corps le faisait terriblement souffrir et il n'arrivait même plus à savoir d'où venait la douleur. Mais il avait réussi et Peter allait être secouru.

Quand l'infirmière entra, elle trouva les deux hommes allongés, inconscients face à face. Neal avait posé sa main sur la poitrine de Peter. Elle appela immédiatement un médecin, partagée entre l'appréhension et la joie. Elle était de service toutes les nuits depuis l'arrivée de Neal et elle avait souvent échangé quelques mots avec Peter. Le voir inconscient après avoir noté les signes de fatigue et les cernes sous ses yeux, ne présageait rien de bon. Mais elle était aussi heureuse de voir que son patient s'était réveillé.

Le médecin de garde s'occupa de Peter, le transportant immédiatement en cardiologie pour des examens. Neal fut allongé dans son lit et l'infirmière appela le docteur Ester qui avait précisé qu'il devait être informé du moindre changement. Celui-ci arriva une heure plus tard. Il fut soulagé d'apprendre que Peter allait mieux et qu'avec du repos il se remettrait rapidement de son malaise.

Neal était toujours inconscient et, en le voyant immobile dans son lit, Tobias avait eu du mal à croire au récit de l'infirmière. Il en eut pourtant la confirmation quand il vit revenir Peter, assis dans un fauteuil poussé par un infirmier. L'agent du FBI avait insisté pour être installé dans la chambre avec Neal. Quand il entra dans la chambre son regard se fixa immédiatement sur Neal.

-Il va bien, Peter.

L'homme ne prit pas la peine de lever les yeux vers le médecin qui se tenait debout à ses côtés. Tobias fit signe à l'infirmier qu'il s'occuperait de la suite et le jeune homme sortit.

-Je l'ai examiné en arrivant et, à par un hématome sur la hanche droite, il n'est pas blessé. Vous pouvez m'expliquer ce qui s'est passé ?

-J'ai fait un malaise… Neal a appuyé sur le bouton d'alarme.

Le médecin savait que Peter aurait eu bien plus à dire mais il n'insista pas. L'important c'était que les deux hommes s'en soit sortis.

-Il est reparti…

La voix de Peter semblait affaiblie et si Tobias ne s'était pas trouvé à quelques centimètres, il ne l'aurait probablement pas entendu.

-Non, Peter. Il n'est pas reparti… Sa tension est remontée et son rythme cardiaque est, à nouveau normal. Je pense qu'il est seulement endormi.

Cette fois, Peter leva les yeux vers le médecin comme s'il avait besoin d'y lire cette vérité qu'il rêvait d'entendre depuis des jours.

-L'infirmière l'a retrouvé allongé près de vous. Apparemment, il a dû se lever pour attraper la télécommande. Dans son état, ça lui a demandé un énorme effort et il n'est pas étonnant qu'il se soit évanoui.

Peter ne parvenait pas à croire. La main de Neal, dans la sienne, était tout aussi froide et inerte que les jours précédents et il se demandait s'il n'avait pas complètement imaginé la conversation qu'ils avaient eue.

Il laissa Tobias l'aider à s'allonger dans le lit voisin de celui de Neal. Ses yeux ne quittaient pas son ami comme s'il attendait de voir ses yeux s'ouvrir… Il avait besoin d'une preuve…Celle-ci se manifesta sous une forme inattendue. Le jour n'était pas encore levé quand ils virent entrer Charlie qui n'adressa pas même un regard aux deux hommes qui le saluèrent. Il se dirigea vers le lit où Neal était toujours endormi, il posa une main sur son front et Tobias vit les larmes couler le long de ses joues. Pour lui aussi, les derniers jours avaient été éprouvants mais Tobias commençait à penser qu'ils avaient traversé le plus difficile. Avec un peu de temps, ils parviendraient à se reconstruire.

Charlie se tourna vers Peter qui le regardait, anxieux. D'un simple hochement de tête, il le rassura. Le sourire qui accompagna ce geste finit de lui prouver que Tobias lui avait dit la vérité. Il s'autorisa enfin à relâcher la pression. Il n'avait plus besoin de veiller sur Neal…Tout irait bien maintenant…Neal était revenu et il pouvait enfin dormir…

Il fallut de longues semaines à Neal pour retrouver suffisamment de forces pour envisager sa sortie de l'hôpital. Le jeune homme avait supporté ce repos forcé avec une étonnante bonne humeur. Tous les témoins étaient surpris de le voir si serein et calme.

Peter s'était, lui aussi, plié à tous les examens que Tobias avait programmés suite à ses deux malaises. Hormis, le manque de sommeil, une perte de poids importante, les examens ne révélèrent aucun problème sérieux.

Le jour de sa sortie, Neal attendait patiemment debout devant la fenêtre de sa chambre. Peter poussa doucement la porte et profita du fait que son ami ne l'ait pas entendu pour l'observer. Les événements traumatisants qu'il avait traversés, l'avaient changé mais Peter avait cessé de faire des comparaisons entre Neal Caffrey et Nicholas Seaver, entre l'homme qui avait été son consultant et le jeune garçon martyrisé par ces brutes.

Neal était tout ça à la fois et il aimait chaque facette de cette personnalité complexe. Il ne parviendrait sans doute jamais à comprendre ce qui s'était réellement passé entre eux alors qu'il se croyait mourant. Au moment où Neal l'avait embrassé, il avait vu son âme. Ça pouvait paraître ridicule exprimé de cette manière mais c'était le seul mot qu'il avait trouvé.

Il avait le sentiment d'avoir vu en lui, d'avoir compris qui il était vraiment au-delà d'un nom, d'une identité…Il avait touché du doigt sa nature profonde. Et il avait eu le sentiment que Neal vivait la même chose. Cette expérience les avait rapproché. Ils n'avaient plus besoin de mots pour exprimer leurs sentiments car ils étaient visibles dans chaque regard, dans chaque geste.

-Moi aussi…

La voix de Neal ne le surprit pas. Il savait que le jeune homme avait senti sa présence.

-Encore en train de lire dans mes pensées ?

-Pas besoin…

Neal s'avança vers lui et vint se blottir contre lui.

-J'étais moi aussi en train de penser à quel point je t'aimais…

Peter déposa un léger baiser sur ses lèvres. Durant ces semaines d'hospitalisation, les deux hommes n'avaient pas vraiment parlé de ce qu'ils allaient faire à sa sortie mais Neal faisait entière confiance à Peter pour faire au mieux.

Aussi quand il lui annonça qu'ils allaient s'installer dans la maison où Elisabeth et lui habitaient, il essaya de ne pas s'inquiéter. Mais en gravissant les marches menant à la porte d'entrée, il ne put s'empêcher de ralentir. Peter avait vite senti et compris son appréhension. Il s'arrêta avant d'ouvrir la porte, se tourna face à Neal et lui prit la main.

-Il y a une chose dont je ne t'ai pas parlé…

Cette fois, Neal commença à paniquer. Peter avait l'air un peu nerveux. Le jeune homme n'avait plus aucun doute concernant les sentiments de Peter mais il savait aussi que la situation n'avait pas été facile pour lui.

Le procès, encore en cours, avait commencé de manière mouvementée quand avaient été déballés sur la place publique tous les aspects les plus sordides de l'affaire. Neal avait été maintenu à l'écart de ce battage médiatique, grâce à l'intervention combinée de Peter et de Charlie qui s'étaient chargé de faire quelques brèves déclarations à la presse.

Neal et Peter se tenaient sur le seuil.

-Elisabeth et moi avons beaucoup parlé et nous avons décidé de nous séparer.

Neal ne savait pas comment réagir à cette nouvelle. Il n'avait pas voulu qu'ils en arrivent là. Elisabeth avait été son amie et il savait que Peter l'aimait.

-Neal, ce n'est pas ta faute. Notre relation aurait survécu si nous avions été plus forts…Les événements des derniers mois nous ont secoués mais nous aurions pu traversé ça tous les trois…

Peter avait essayé de montrer à la jeune femme que, les sentiments qu'il éprouvait pour Neal, ne signifiaient pas qu'il ne l'aimait plus. Mais elle n'était pas prête à accepter ces propos, elle ne pouvait l'entendre, le comprendre. Alors elle avait quitté la maison et depuis plusieurs semaines, Peter n'avait pas eu de nouvelles.

-Nous pourrons chercher une nouvelle maison plus tard. Mais, pour le moment, nous serons plus à l'aise ici.

Neal était incapable de dire un mot et il se contenta de hocher la tête. Il n'avait pas vraiment pensé à ce qui se passerait à sa sortie de l'hôpital mais il n'avait pas imaginé que le résultat serait le départ d'Elisabeth.

Il avait été naïf de croire que tout se passerait calmement et qu'ils trouveraient tous les trois un certain équilibre. En entrant dans cette maison, il sentit son cœur se serrer. Il avait l'impression de prendre une place qui n'était pas la sienne et, quand il s'assit sur le canapé, il observa autour de lui cet environnement qui lui était si familier. Mais il n'était pas chez lui, il n'était pas à sa place.

Il aimait Peter de tout son cœur mais il sentait bien qu'il lui manquait quelque chose. Sans Elisabeth, Peter parvenait à sourire, à se comporter comme si tout allait pour le mieux. Mais Neal voyait souvent son regard s'assombrir et ses yeux se perdre dans le vide. Dans ces moments-là, il savait à qui il pensait et qui il espérait voir entrer dans la pièce.

Neal commença ses recherches quelques jours après sa sortie de l'hôpital. Avec l'aide de Mozzie qui essaya, à de maintes reprises de l'en dissuader, il parvint à localiser l'endroit où Elisabeth s'était réfugiée. Mozzie lui répétait inlassablement qu'il avait suffisamment souffert et qu'il avait le droit de profiter de quelques moments de joie et de paix. Même si cela signifiait qu'il devait faire de la peine à une femme qu'il avait toujours considérée comme une amie.

Mais Neal avait tenu bon. Il ne voulait pas de ce bonheur avec Peter si, l'homme qui partageait a vie n'était pas pleinement heureux. Mozzie lui avait alors posé la question à laquelle il n'avait toujours pas trouvé de réponse. Son ami lui avait demandé ce qu'il ferait si Elisabeth refusait de l'écouter ou si elle lui demandait de quitter Peter pour qu'elle puisse retrouver la place qui lui revenait.

Ce matin alors qu'il marchait vers l'appartement où Elisabeth avait trouvé refuge, il se demandait encore quelle réponse il aurait pu donner à Mozzie. La réponse lui sauta au visage quand la jeune femme lui ouvrit la porte. Il vit une hésitation dans ses yeux et il eut peur, l'espace d'un instant qu'elle ne lui referme la porte au nez.

Les yeux du jeune homme tombèrent sur l'arrondi de son ventre pour remonter ensuite vers ce regard troublant.

Neal lui rendit alors son sourire et, sans prononcer un mot, il sut qu'il avait pris la bonne décision en venant à sa rencontre. Elisabeth l'invita à entrer et ils s'installèrent dans un salon décoré avec goût.

-Je suis contente de te voir en forme.

Neal sourit et fixa la jeune femme assise en face de lui.

-Tu as l'air très en forme toi aussi.

Le petit rire d'Elisabeth lui réchauffa le cœur et il réalisa que ces moments de complicité lui avaient manqués.

-Oui, au début j'ai été choquée, bouleversée…Mais aujourd'hui je suis juste heureuse…

-Ça se voit. Tu as l'air épanouie…

-Mon médecin parle des hormones…

-Et toi…qu'en penses-tu ?

-Il y a sûrement une explication biologique mais je préfère me dire que ce petit être en moi, m'a redonné une raison de croire en l'amour…

Neal baissa les yeux sur la tasse de thé qu'Elisabeth lui avait servie.

-C'est justement pour cette raison que je suis là.

-Neal, j'ai fait la paix avec cette situation et je ne veux pas replonger dans cette ambiance.

-Tu penses en parler à Peter ?

-C'est compliqué, Neal et tu le sais aussi bien que moi.

La jeune femme semblait maintenant nerveuse et Neal vint s'asseoir à côté d'elle. Il prit sa main dans la sienne. Il pouvait presque sentir cette vie qui s'épanouissait en elle. Il ferma les yeux et se retint de poser une main sur son ventre.

Elisabeth parut sentir son désir et elle posa la main du jeune homme sur la courbure de son ventre. Neal sentit les larmes monter à ses yeux. Il commençait à comprendre ce que pouvait ressentir son amie. Cette force, cette vie qui bouillonnait, semblait irrésistible.

-Il a besoin de toi, El. Et je pense que vous allez tous les deux avoir besoin de lui.

Elisabeth ouvrit la bouche pour protester mais Neal l'arrêta d'un geste.

-Je ne veux pas dire que tu ne serais pas capable d'élever cet enfant toute seule. Tu seras une merveilleuse maman et ce petit ange a déjà beaucoup de chance.

Neal leva les yeux vers son amie. Il aurait aimé pouvoir empêcher ses larmes de couler mais il ne parvenait toujours pas à contrôler ses émotions. Il avait espéré qu'avec le temps, il réussirait à maitriser ses crises de larmes ou ces moments d'angoisse mais il commençait à penser qu'il allait devoir apprendre à vivre avec.

-Peter pense beaucoup à toi. Tu lui manques…

Elisabeth grimaça et Neal comprit qu'elle se retenait probablement de lui envoyer une réplique cinglante au visage. Il comprenait la colère qu'elle pouvait éprouver envers lui, au moins il pouvait essayer.

-Je sais que ce n'est pas facile pour toi et je ne suis pas venu te demander de me pardonner ou de faire comme si rien ne s'était passé. Mais, quoi que tu en penses, j'aime Peter et je veux qu'il soit heureux…

Neal prit une profonde inspiration avant de poursuivre. Il avait répété son discours les jours précédents sa visite mais, maintenant qu'il se trouvait devant la jeune femme, il avait du mal à aller jusqu'au bout.

-Avec ou sans moi…

Elisabeth ne cacha pas sa surprise. Elle s'était attendue à tout quand elle avait vu le jeune homme à sa porte. Mais, en le voyant, aussi troublé, elle commençait à comprendre la nature réelle de ses sentiments pour son mari.

-Neal que veux-tu dire ?

-Je veux dire…

Le jeune homme fut incapable de continuer. Les sanglots étranglaient sa voix et l'empêchaient de continuer. La main d'Elisabeth se posa sur la sienne.

-Neal, je pensais que Peter et toi aviez trouvé un équilibre. Après ce que vous avez traversé…

Neal prit quelques secondes pour retrouver son calme.

-J'aime Peter et j'aime passer du temps avec lui. Mais parfois il n'est plus avec moi… Dans ces moments-là, je sais que ses pensées s'envolent vers toi. Je ne veux pas le priver de toi, de son enfant…

-Neal, j'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir…Mes sentiments pour Peter n'ont pas changé mais je ne suis toujours pas prête à partager cet amour.

-Je sais, El… Je…

Elisabeth commençait à comprendre ce que son ami était vraiment venu faire chez elle. Elle était stupéfaite de voir ce jeune homme face à elle, essayer de lui parler. Il avait traversé l'enfer et elle était bien consciente que seuls les sentiments qui le liaient à Peter qui l'avaient sauvé.

-Elisabeth, je pense que tu devrais parler à Peter et, ensemble vous pourriez peut-être essayer de trouver une solution… Je veux dire…Ce n'est pas à moi de vous dire ce que vous devez faire. Je suis bien mal placé pour vous donner des conseils…

-Neal…je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

Neal prit à nouveau la main de la jeune femme et la serra contre son cœur. Les larmes inondaient ses joues mais il voulait donner plus de poids à ses mots.

-Elisabeth, je sais que les mots ne seraient pas suffisants pour te dire à quel point je suis désolé de la tournure qu'ont pris les événements, de la manière dont les choses se sont passées. Mais je veux voir Peter heureux…

-Même si ça signifie ne plus vivre avec lui… ?

Elisabeth savait ses mots cruels et blessants mais elle ne voulait pas revivre la même désillusion que quelques semaines auparavant quand elle avait demandé à son mari de faire un choix.

Neal serra les dents et se leva. Elisabeth se redressa en même temps que lui et prit son bras quand son ami chancela, instable sur ses jambes. La jeune femme réalisa l'importance du sacrifice que son ami s'apprêtait à faire. Il était venu la voir avec l'intention de lui proposer de lui céder la place. Il lui offrait tout simplement sa vie car elle comprit en le voyant aussi affaibli que cette décision, signifierait une petite mort pour le jeune homme.

-Je ferai ce que je dois faire… Peter a besoin de toi et je suis certain que vous serez heureux tous les trois.

Neal ne pouvait pas regarder Elisabeth. A vrai dire, il n'était pas certain de parvenir à rentrer chez lui. Seule la main de la jeune femme sur son bras semblait le faire tenir debout.

Il fit un pas vers la porte mais il réalisa qu'il valait mieux qu'il s'assoie.

-Désolé… Je vais juste me reposer une minute…

Elisabeth ne dit pas un mot et se dirigea vers la cuisine. Elle revint quelques minutes plus tard avec un verre de jus de fruit et une part de gâteau. Neal grignota distraitement quelques bouchées. Après quelques minutes, il se sentait un peu mieux mais ce déchirement qu'il avait ressenti alors qu'il expliquait sa décision à Elisabeth était toujours là…

-Comment tu te sens ?

Neal tenta de sourire à son amie mais le cœur n'y était pas vraiment. Il se répétait qu'il ne devait pas être égoïste, qu'il devait penser à Peter et cet enfant qu'il n'avait pas le droit de priver de son père.

-Ça va aller. Je vais te laisser…

Elisabeth ne dit rien car ils furent interrompus par des coups à la porte. Neal se leva, prêt à laisser Elisabeth avec son invité.

Quand il leva les yeux, il fut surpris de voir Peter devant lui. Il ne savait pas vraiment comment décrire l'expression qui se dessinait sur le visage de l'homme qu'il aimait tant. Ses yeux allaient de Neal qui tanguait dangereusement sur ses jambes et sa femme qui ne pouvait cacher sa grossesse.

-Neal, tu peux m'expliquer… ?

-Non…pas vraiment…

Neal se retourna pour rejoindre le fauteuil qui lui tendait les bras. Il finit par s'y effondrer et Peter se précipita vers lui. L'appel de sa femme l'avait surpris puis alarmé quand elle lui avait expliqué que Neal était chez elle et qu'il ne semblait pas se sentir très bien.

Peter s'accroupit devant le fauteuil et posa une main sur le front du jeune homme.

-Qu'est-ce qui ne va pas ?

-J'ai fait une longue promenade et je crois que je n'étais pas vraiment prêt.

-On va appeler Tobias…

-Peter j'ai juste besoin de me reposer.

Elisabeth restait muette devant cette scène. La complicité entre les deux hommes étaient évidente mais ce qui choqua le plus la jeune femme c'était la tristesse dans les yeux de Neal.

Le jeune homme avait pris une décision qui lui arrachait le cœur mais Elisabeth savait qu'il ne reviendrait pas en arrière. Par amour, il serait capable de détruire une partie de sa vie. La jeune femme n'avait pas pris la mesure de cet amour, de ce lien. Elle ne pouvait assister muette à ce suicide…car elle était convaincue que Neal ne se remettrait jamais d'une telle séparation.

Peter était inquiet, non seulement de voir Neal ici mais surtout parce qu'il le sentait, à nouveau, angoissé et distant. Il avait vu des changements dans son attitude et il comprenait en le voyant aujourd'hui, que cela faisait des jours que le jeune homme préparait sa visite.

-Neal qu'est-ce que tu es venu faire ici ?

-Je voulais parler avec Elisabeth…Vous ne pouvez pas continué comme ça, tous les deux…

-Tu savais… ?

La question, bien qu'imprécise, ne laissait pas de place au doute. Elisabeth intervint avant que Neal ne puisse répondre.

-Non, Peter. Personne n'est au courant.

-Je vois…

Peter oscillait entre l'inquiétude, la joie, la colère. Il savait plus quoi faire…Il était heureux de voir sa femme mais il restait perplexe devant ses rondeurs.

-Non, je ne suis pas certaine que tu voies…

Peter se leva et fit face à sa femme. Il ne voulait pas laisser parler sa colère.

-El, que s'est-il passé ?

La jeune femme sourit soulignant l'absurdité de la question de son mari. Neal n'aimait pas le ton employé par Peter mais il n'était pas certain que son rôle soit de faire l'arbitre entre les deux époux. Et il ne pensait pas en avoir la force. Il se leva à son tour et s'avança vers la porte aussi discrètement que possible.

-Où tu penses aller ?

Neal ne se retourna pas. Il était incapable de faire face à Peter, de lui parler, de lui dire au revoir. Il avait écrit une lettre que Peter découvrirait en rentrant chez lui, chez eux…

Il avait tout planifié en secret avec l'aide de Mozzie. Il avait prévu de rester un peu à l'écart de leurs vies pendant quelques temps, pour leur laisser le temps de reconstruire leur couple.

Il ne voulait pas s'enfuir et, dans sa lettre, il promettait de leur donner des nouvelles régulièrement mais il pensait qu'il devait se retirer pour leur laisser une chance.

Peter s'avança vers lui et posa une main sur son bras. Elisabeth fit de même et il dut fermer les yeux pour ne pas se mettre à hurler. Peter pouvait sentir sa douleur. Sans que Neal n'ait besoin de dire un mot, il savait ce qu'il avait eu l'intention de faire, il comprenait les raisons qui avaient poussées son ami à venir bavarder avec Elisabeth. La jeune femme fut la première à parler. Elle savait qu'elle était la seule à pouvoir démêler la situation.

Elle était la seule à pouvoir faire avancer la situation et à proposer une solution. Elle avait passé les derniers jours à se passer les événements en boucle pour tenter de comprendre où elle s'était trompée. Elle s'était laissée envahir par la jalousie, par la rancœur mais elle comprenait aujourd'hui que les sentiments de Peter pour Neal étaient bien trop forts pour être combattus.

Elle devait l'accepter et donner à ces deux hommes ce qui leur manquait pour qu'ils puissent être pleinement heureux. Une fois cette décision prise, elle réalisa que le seul sentiment qu'elle ressentait c'était le soulagement et une certaine sérénité.

-Neal, personne ne te demande un tel sacrifice… Tu as raison, Peter et moi avons besoin de parler.

La jeune femme se tourna vers celui qui était toujours son mari et lui sourit tendrement. L'homme se rendit compte à quel point ce sourire lui avait manqué…Neal s'était, sans doute, fait la même réflexion. Le jeune homme lisait en lui comme dans un livre ouvert et il s'était rendu compte, bien avant lui, que sa femme lui manquait.

-Nous aurons le temps pour tout ça. J'ai eu tort de te cacher mon état mais j'avais besoin de faire le point. Je ne suis encore certaine de rien mais ce que je sais c'est que je ne te laisserais pas te sacrifier parce que tu penses que c'est ce que tu dois faire pour Peter, pour moi ou pour le bébé…

-Neal, s'il te plaît…

Le jeune homme finit par se retourner et Peter le serra dans ses bras. Elisabeth avait vu juste. Il était sur le point de partir sans se retourner parce qu'il pensait que sa place n'était pas auprès d'eux.

-On va trouver une solution…Ensembles…

Elisabeth se joignit à eux et ils restèrent tous les trois enlacés, les larmes aux yeux. Ils n'avaient aucune idée de ce que l'avenir leur réservait mais, la seule chose qui comptait, c'était qu'ils y feraient face tous les trois…

Les mois passèrent, avec des hauts et des bas. Ils parlèrent beaucoup…se disputèrent parfois mais ils restèrent soudés.

Charlie les aida beaucoup. Il avait le don pour trouver des solutions acceptables pour tous. Le roi du compromis.

Mozzie courait partout pour que tout soit prêt pour la naissance du bébé mais il gardait surtout un œil attentif sur ses amis.

Peter se rendait tous les matins au bureau mais il avait levé le pied et il tenait à rentrer tôt tous les soirs pour retrouver ses deux amours. Neal était encore convalescent et le jeune homme avait encore du mal à gérer ses émotions. Il semblait heureux de partager leur vie mais il se réveillait en hurlant presque toutes les nuits et Peter le retrouvait parfois en pleurs sans qu'il parvienne à lui expliquer pour quelles raisons il se sentait si mal.

Elisabeth était radieuse. Après des débuts difficiles, ils avaient trouvé un terrain d'entente. Ils avaient trouvé une nouvelle maison en banlieue pour abriter leur amour. Une pièce avait été aménagée pour servir d'atelier pour Neal qui y passait de longues heures. Charlie était son premier fan et il se démenait discrètement pour que son talent soit enfin reconnu.

Tout semblait aller pour le mieux mais Peter ne pouvait effacer cette angoisse, ce sentiment que quelque chose n'allait pas. Comme chaque soir, il pénétra dans l'atelier où Neal passait le plus clair de son temps. Quand il poussa la porte, la première chose qu'il vit fut le tableau que Neal lui cachait depuis des jours. Il aurait probablement dû refermer la porte et faire comme s'il n'avait rien vu. Mais il ne pouvait détacher son regard de ce tableau.

Neal avait su peindre fidèlement le portrait du bonheur…leur bonheur…Leurs trois visages souriants semblaient s'adresser à lui, lui parler, lui montrer comment Neal voyait leurs vies, leur relation. Le jeune homme n'était pas très bavard et, parfois, Peter avait l'impression qu'il se contentait de souffrir en silence.

Mais, pour la première fois, il avait devant lui la preuve de ce qu'éprouvait vraiment son ami. Il sentit une larme couler sur sa joue puis la main de Neal serra la sienne.

-Je ne savais pas…

-J'ai un peu de mal avec les mots…

-Mais ce tableau exprime tellement plus.

Les deux hommes restèrent enlacés un long moment avant d'être rejoints par Elisabeth qui fut, elle aussi très émue par ce tableau.

-Je ne savais pas vraiment comment vous le dire…

-Nous dire quoi, Neal ?

Neal prit de longues secondes pour tenter de trouver les mots justes mais ils n'existaient probablement pas. Tout comme il n'existait pas de mots pour décrire l'horreur qu'il avait traversé alors qu'il n'était qu'un enfant, il n'existait pas non plus de mots, pour traduire le bonheur simple de se sentir aimé.

Alors il prit les deux mains tendues par ses amis, les posa tendrement contre sa poitrine, ferma les yeux et murmura tout simplement « merci »…