Titre : Naufrage raté
Rating : T
Pairing : Zoro x Sanji - Sanji x Zoro
Disclaimer : Tout à Oda... Ouuiinn...
P'tit blabla : Ah bon ? j'ai du re... Ah bah oui, j'ai du retard, et pas véritablement d'excuses valables, à part le manque de temps et ma majestueuse flemmardise qui se croit tout permis x) Gomeeen...
Fin bref ! J'en profite au passage pour remercier celles qui ont reviewé et à qui je n'ai pas pu répondre !
Bonne lecture !
Chapitre 5
Un autre coup partit à toute vitesse et fut arrêté par un sabre avec un grand « BANG » qui résonna longtemps dans le palais. Ils restèrent un instant ainsi, à se fixer férocement, sous les regards plus ou moins inquiets des okamas. Même si leurs bagarres quotidiennes étaient devenues habituelles pour tous, celle-ci était particulièrement violente, et durait depuis près de deux heures. Ils n'avaient pas compris pourquoi ils avaient commencé à s'engueuler cette fois-ci, mais avaient pensé qu'il n'y avait rien d'anormal, et n'avaient même pas cherché à connaître la raison de leur énième dispute.
Mais la semelle et les sabres avaient été dès le début d'une incroyable violence, et les spectateurs avaient crus encore une fois que cette soudaine agressivité passerait, comme toujours, et qu'au bout d'un moment, ennuyé de ne pouvoir réussir à battre l'autre, ils se seraient arrêtés.
Deux heures plus tard, ils commençaient à douter.
Le cuisinier fit un salto vers l'arrière, repoussant les katanas d'un grand coup de semelle, pendant que Zoro reculait d'un pas et se remettait en position d'attaque. Alors que Sanji se relançait et envoyait sa semelle dans l'épaule de son adversaire, le manche de l'arme glissa dans la main de la verte et la lame du katana arriva trop tard pour bloquer le coup.
Le corps de la jeune fille valdingua dans les airs et se cogna contre le mur, en passant par-dessus les têtes des okamas, cette fois-ci complètement épouvantés. Elle dégringola le long de la paroi en pierre, juste à côté des peintures des nombreuses reines de l'île, et atterrit au sol, affalée sur le carrelage.
Un ange passa, puis deux.
L'instant s'était suspendu, et semblait vouloir durer toute une éternité. Sanji le brisa enfin, se rapprochant à grands pas en demandant d'une voix anxieuse :
- Oï, ça va p'tite algue ?
Les okamas se réveillèrent à leur tour et lancèrent tout un flot de questions les unes après les autres, se levant précipitamment et accourant au côté du corps recroquevillé. Sanji poussa quelques travestis qui étaient déjà accroupis et examinaient attentivement la jeune fille, en affirmant qu'elle semblait morte. Il la secoua en l'appelant, la main crispée sur son épaule.
Elle leva son visage et son oeil moqueur le fixa derrière une mèche verte qui s'était échappée de la longue tresse que le cuistot avait précautionneusement coiffé.
- Me gueule pas dans les oreilles, je t'entends tu sais, je suis pas encore sourde.
Elle marqua une pause, et un sourire carnassier étira le coin de ses lèvres.
- Contrairement à certains.
Sanji sourit et ne chercha même pas à répliquer, se remettant debout, en laissant passer un léger soupir de soulagement entre ses lèvres.
- Allez, lève-toi imbécile, puisqu'apparemment tu n'es pas aussi blessé que tu veux le faire croire, lui dit-il en tendant sa main pour l'aider à se lever.
- Eh ! Tu m'as fait mal quand même, t'as vu le vol plané que tu m'as fait faire ?
- Ouais, j'ai même eu peur que tu te perdes à un moment, ou que tu ne retrouves pas ton chemin.
- Pff ! Je me perds jamais moi !
- Mais oui bien sûr.
Elle attrapa sa main et se releva sous les cris enthousiastes et soulagés des okamas, heureux de voir que « heureusement, elle n'était pas morte (bien qu'elle ait failli y passer) ». Elle secoua la tête, désespérée par tant de stupidité. Comme si ce coup de mauviette allait la tuer !
- Tu vois, t'as fait flipper tout le monde, lui dit Sanji sur un ton de reproche.
- Même toi ? demanda-t-elle sans faire disparaître son sourire en coin.
- Même moi.
Ils avancèrent entre les travestis qui pleuraient de joie de la voir encore vivante, l'appelant de partout, tendant leurs bras pour la toucher, histoire de se convaincre qu'elle n'était pas un simple rêve, ou pire, un fantôme.
Le cuisinier lança un bref coup d'oeil vers Zoro, et remarqua que son sourire s'était élargi, à peine, peut-être de quelques millimètres tout au plus, mais agrandi tout de même. Il décida de contrarier un peu sa bonne humeur, et lui déclara :
- Enfin, je me suis fait du soucis pour moi je veux dire. Je me demandais comment j'allais annoncer à Luffy que j'avais fini par te tuer, sans me faire virer de l'équipage.
La verte fronça les sourcils, ses lèvres se pincèrent et elle se tendit imperceptiblement.
- Connard...
- J'aurais sûrement dû lui promettre des montagnes de viande tous les jours pour les dix prochaines années... Autant dire que ça allait faire cher pour le budget nourriture, Nami-chérie aurait pété un câble.
- Espèce de...
- Zoro-kun !
Jane et Lucy courraient à toute vitesse vers eux, le visage complètement affolé, bousculant tous les autres.
- On a entendu Sakura dire que tu étais morte ! On a eu la peur de notre vie !
- Oh oui, c'était affreux ! Qu'est-ce qui t'es arrivée ?
Zoro désigna le blond d'un mouvement de tête, et expliqua calmement, comme si ça n'avait pas d'intérêt :
- Il m'a envoyé rencontrer le mur.
- AHNNN !
Elle aurait pu leur annoncer que le ciel allait leur tomber sur la tête, la réaction n'aurait pas été pire. Les deux la regardaient avec un mélange d'angoisse et d'émerveillement, comme si elle était en réalité une super-héroïne ayant frôlé la mort de peu et captivant à présent son auditoire en racontant ses merveilleuses histoires.
- Et ça va ? Tu ne veux pas aller voir l'infirmière du palais ? Son cabinet est dans l'aile opposée !
- Non, non, c'est bon, ça va très bien !
Aller voir l'infirmière... Manquerait plus que ça !
Jane et Lucy la fixèrent quelques instants, comme pour juger si ce n'était vraiment pas la peine qu'elle aille se faire soigner, ou si elles devaient l'y entraîner de force. Jugeant apparemment qu'elle n'allait pas si mal que ça, elles lui sourirent en lui conseillant de bien se reposer, pour récupérer, et s'en allèrent de nouveau dans les cuisines.
- T'es sûre que tu veux pas aller faire un tour chez cette fameuse infirmière ? lui demanda Sanji d'un air moqueur.
- Oh, tu vas pas t'y mettre aussi !
- Non, je proposais ça comme ça tu vois... Je pense que ce serait quand même plus prudent si tu allais la voir...
- T'es encore inquiet ?
- Bah, je me dis que ce serait quand même con que j'explique à Luffy que je t'ai tué en te provoquant une hémorragie interne... Je veux dire qu'il va encore plus m'en vouloir.
- Enfoiré.
- Imbécile.
- Con de Sourcil-en-vrille.
- Algue avariée.
- Sale...
La dispute fut interrompu en plein milieu à cause de Caroline qui se plaça à côté d'eux et frappa dans ses mains aux ongles bien vernis pour attirer leur attention. Ils se tournèrent vers elles
- Je n'aime pas les disputes aussi violentes, commença-t-elle sans même leur dire bonjour. Je ne veux pas qu'un tel événement se reproduise, c'est compris ?
La verte la fixa d'un air blasé. Pour qui se prenait-elle, à les sermonner comme des gamins ? Et puis ils étaient sensés répondre quoi ? « Bien Madame » ? Ridicule !
Mais Sanji se contenta d'hocher la tête, alors elle en fit de même.
- Je tiens à ce que les conflits soient à présent régler par la parole, et non par la violence. Et dans le calme.
- Euh... Je ne suis pas sûr que ce soit réellement possible... tenta le blond.
- Mais si. Je vais vous montrer.
Elle remonta les manches de sa robe et réajusta ses lunettes sur son nez.
- Quel était le motif de votre dispute ?
Zoro et Sanji échangèrent un long regard, penauds.
Le motif de leur dispute ? Ils ne s'en souvenaient déjà plus !
- Euh... C'était... C'était à propos... de... euh...
- Elle m'a fait une réflexion. Et je lui ai répondu.
- Et ensuite on s'est insulté.
- Et on a fini par se battre.
- Voilà c'est ça.
- Voilà.
Caroline soupira, et passa sa main à la manucure parfaite dans ses cheveux. Elle avait à peine commencer l'apprentissage de « comment vivre en communauté » qu'elle était déjà épuisée. Elle se dit que, heureusement, il n'y avait pas tout l'équipage sur l'île : en éduquer deux, c'était déjà assez difficile, alors neuf !
- Et pourquoi vous vous êtes battus pendant deux heures, si c'était une dispute comme les autres ?
Mmmhh... Pourquoi ils se sont battus pendant deux heures... En voilà une bonne question !
- Elle a critiqué le plat que j'avais fait ! Voilà c'est ça, je m'en souviens ! Tout est parti de là !
- Je l'ai même pas critiqué ! J'ai juste dit qu'il avait un peu refroidi !
- Et beh oui ! C'est bien ce que je dis : t'as critiqué la cuisson !
- Mais c'est pas possible d'être aussi susceptible !
- Ca te plairait toi que je te rappelle que t'es même pas capable de tenir tes fichus cure-dents ?
- Comment ça je sais pas tenir mes « fichus cure-dents » ? Et d'abord, ce sont des katanas, pas des « cure-dents » !
- Bah, c'est pareil !
- Non, c'est pas...
- Ca suffit !
Ils se retournèrent vers Caroline, qui faisait preuve d'une patience mise à rude épreuve. Ils la fixèrent d'un air grognon, surtout Zoro, qui en avait plus que marre de se faire couper la parole alors qu'elle criait sur le blond.
La reine remplaçante respira un grand coup et articula lentement, en fermant les yeux :
- Vous vous êtes bagarrer pendant deux heures et envoyer dire bonjour aux murs de la salle juste parce que vous vous êtes critiqué sur la cuisson d'un plat et la façon de tenir ses katanas ?
Heureux qu'elle ait enfin compris, Sanji approuva, très sérieusement, imité par Zoro.
Caroline rouvrit les paupières et expira tout l'air qu'elle avait emmagasiné pour contenir son calme dans un soupir exaspéré.
- Bon okay, laissez tomber. Faites comme vous voulez, battez-vous si vous en avez envie, insultez-vous si ça vous plaît. Je n'essaye pas plus, vous êtes des cas désespérés, c'est confirmé.
Elle s'en alla à grands pas, en levant les yeux au ciel et en marmonnant des paroles incompréhensibles.
Le blond et la verte se dévisagèrent de nouveau, surpris par la réaction du travesti. Sanji finit par hausser les épaules d'un air de dire « faut pas chercher à comprendre », avant d'attraper la main de la fille et de la tirer derrière lui.
- Allez viens.
- Tu m'emmènes où ? demanda-t-elle en se laissant entraîner derrière lui.
Elle avait compris que ce n'était même plus la peine de protester lorsque ce crétin de cuistot décidait de l'emmener quelque part, puisque de toute manière il ne l'écoutait pas. Tout ce qu'elle pouvait faire c'était lui demander où ils allaient atterrir.
- Dans la chambre. Te reposer.
- Me rep... Mais c'est bon, je vais très bien !
- Pour une fois que je te dis que tu dois dormir, tu vas pas me contredire ! Et c'est un conseil de Jane et Lucy !
- Raison de plus pour ne pas le faire...
- Tu es méchante. Elles sont sympas.
- Mouais. Sympas.
- J'veux dire, y'a pire.
- Mouais. Y'a toi quoi.
- Qu'est-ce que tu sous-entends ?
- Rien. Rien du tout.
Sanji lui jeta une oeillade perplexe mais ne répondit rien, poussant à la place la porte de la chambre rose. Il lâcha la main de Zoro et entra dans la salle de bains, puis tira les tiroirs du meuble en bois face au miroir, cherchant quelque chose.
Elle le regarda s'activer à fouiller, sortant des objets plus incongrus les uns que les autres, avant de tout remettre et de passer au tiroir d'en dessous. Après avoir vidé le dernier, et l'avoir ensuite re-rempli, il se releva en brandissant une petite boîte rectangulaire. Il lui lança en lui disant :
- Prends-en un. Au cas où.
Zoro examina ce qu'elle tenait entre les mains, et comprit au bout d'un moment que c'était un médicament, contre les douleurs suite à des chocs physiques.
- J'en veux pas, annonça-t-elle avant de se coucher sur le lit et de le balancer à l'autre bout.
Sanji attrapa le paquet avant qu'il ne tombe du matelas et s'assit à côté de la fille en enlevant ses chaussures. Il sortit un des cachets de la boîte et lui tendit.
- Je me suis cassé le cul à te le chercher, alors tu vas me faire le plaisir de l'avaler.
- On dirait du poison, grogna Zoro en prenant le médicament du bout des doigts.
- N'importe quoi. Je te l'ai déjà dit, si je te tue, Luffy va me piquer une colère monstre. Et si ça peut te rassurer, j'en ai déjà pris, et je suis toujours vivant.
Zoro le mit dans sa bouche en fronçant les sourcils.
- C'est dégueulasse.
- Ta gueule, lui répondit le blond en se couchant et en fermant son oeil.
- Tu fais la sieste toi aussi maintenant ?
- Ouais.
Un silence, la verte fixa un point invisible sur le plafond.
- C'est vraiment dégueulasse ton médoc.
- La ferme.
Un autre silence.
- Et baka-cook ?
- Quoi ?
- T'as pas froid ?
L'oeil bleu se rouvrit, étincelant de milles étoiles, et un pouffement sortit de sa gorge. Il se tourna vers la fille avec un sourire, et lui fit signe de se rapprocher.
- C'est parce que j'ai froid, crut-elle bon de rajouter en se serrant contre lui.
- Oui. Oui, bien sûr.
Sanji sentit Zoro gigoter entre ses bras, presque imperceptiblement, avant de se recroqueviller en grognant. Elle leva ensuite le visage en frottant son oeil et regarda Sanji d'un air absent.
- Alors, enfin réveillée ?
- Mmh. Mal derrière la tête.
Sanji éclata de rire, et elle le regarda en faisant la moue.
- C'est pas drôle... maugréa-t-elle en se frottant derrière son crâne.
- Tourne-toi, que je regarde ce que t'as, dit-il en se reprenant.
Elle se retourna dos à lui, quittant à regret ses bras et son torse, et il passa sa main sur ses cheveux et le derrière de sa tête, sentant une bosse à un endroit.
- T'as mal ici ? demanda-t-il en appuyant sur la bosse.
- Aïe ! Mais appuie pas abruti !
- Pardon. T'inquiète, t'as rien, juste une méchante bosse.
Il approcha son visage et déposa ses lèvres contre la bosse et les cheveux verts.
Zoro sursauta en sentant le contact et s'éloigna précipitamment, fixant le cuisinier avec incertitude.
- Qu'est-ce que tu fous ?
Un grand sourire enfantin lui répondit.
- Bisou magique ! Ca fait guérir plus vite.
Elle le regarda encore quelques instants, son oeil agrandi par la surprise, avant de secouer la tête et de se lever, soudainement remise de sa douleur derrière le crâne et complètement réveillée.
- Arrête un peu tes conneries va...
Elle ré-enfila ses chaussures et sortit de la chambre, suivi ensuite par le cuistot. Ils descendirent et se rendirent compte que les okamas étaient déjà tous attablés. Ils s'installèrent à côté de Jane et Lucy, qui s'empressèrent de demander à Zoro comment elle allait, et surtout si elle s'était bien reposée. Après avoir répondu que « oui, elle allait bien » et que « oui, elle s'était reposée », elle leur fit comprendre par un oeil noir qu'elle n'avait pas envie de discuter, et s'était servi le repas avant de commencer à manger en silence.
Les deux travestis, ayant bien compris le message après l'air menaçant de la verte, ne lui adressèrent plus la parole et se remirent à parler ensemble. Sanji commença à manger à son tour, sans rien dire lui non plus.
Et Caroline les observait et, voyant qu'ils ne s'étaient pas encore disputés, se disait qu'elle n'avait peut-être pas complètement raté sa leçon de la vie en communauté
Il faisait encore nuit noire quand Zoro ouvrit les yeux, réveillée par un elle-ne-sait-quoi qui n'allait pas.
Elle écouta la respiration du blond sans bouger, profitant de la chaleur de son torse et de son souffle brûlant contre sa nuque. Elle referma son oeil lentement et attendit que le sommeil l'emporte de nouveau. Les minutes passèrent, puis une heure, puis deux. S'ennuyant et se rendant compte qu'elle n'arriverait pas à gagner quelques heures de sommeil supplémentaires (un comble pour elle, qui s'endormait toujours n'importe où !), elle voulut se lever, mais le bras qui enserrait sa taille se resserra un peu plus. Elle tourna la tête, avec l'intention d'engueuler le cuisinier, mais se rendit compte qu'il était encore endormi, et que le geste avait été fait inconsciemment. Elle soupira. Quelle plaie cet imbécile...
Elle le poussa à l'autre bout du lit, et le réveilla par la même occasion.
- Aïeuuh...
Il se frotta les yeux, encore fatigué, et regarda la verte se lever sans un mot et enfiler des chaussures. Qu'est-ce qu'il lui prenait, à une heure pareille ?
- Qu'est-ce qu't'arrive ? demanda-t-il à moitié.
Elle se tourna vers lui, et Sanji aurait juré avoir entraperçu un microscopique sourire étirer le coin de ses lèvres.
- Rien. C'est bon, rendors-toi.
Et elle sortit de la chambre, toujours habillé de sa chemise de nuit.
Dans n'importe quelle autre situation, Sanji aurait laissé cet « enfoiré de marimo » avec ses problèmes, se démerder tout seul, et, accessoirement, se perdre sur l'île.
Mais là, c'était différent. Son caractère de gentleman et d'amoureux éperdu des femmes ne pouvait pas le faire se rendormir, la conscience tranquille. Alors tant pis, il ne rattraperait pas ses heures de sommeil cette nuit. Il se leva et enfila quelques habits qui lui tombèrent sous la main, son oeil bleu se fermant à moitié de fatigue. Après avoir mis ses chaussures, il sortit à son tour de la chambre, descendit les étages et traversa la palais jusqu'au portail.
Il n'avait aucune idée d'où elle avait bien pu aller, mais il avait remarqué que dès que Zoro ne savait pas vers quelle direction se diriger, elle finissait toujours par aller tout droit. Alors il avança, droit devant, prenant exactement le même chemin qu'il avait fait quelques nuits auparavant, le lendemain après qu'ils soient arrivés, ce qui semblait correspondre à toute une éternité. Il finit par arriver face à la mer, et la vit, assise dans le sable, ses cheveux traînant au sol.
Il s'approcha lentement et se posta à côté d'elle, restant debout, comme pour lui faire comprendre que si elle voulait qu'il parte, il le ferait, mais qu'elle devait lui dire maintenant. Elle ne prononça rien, et encouragé par ce silence, il s'assit à son tour, ayant une brève pensée pour son pantalon noir, qu'il avait réussi (par un incroyable miracle) à rendre de nouveau impeccable après leur voyage sous-marin involontaire.
Elle restait toujours silencieuse, fixant les vagues argentées qui déferlaient paresseusement contre les rochers, en reflétant les quelques minuscules étoiles qui brillaient faiblement dans le ciel. Sanji regarda aussi le paysage qui était devant lui, se forçant d'oublier qu'il était dans la même position quelques nuits auparavant, avec un millier de pensées se bousculant dans sa tête.
- Ca va ? interrogea-t-il sans même tourner son visage vers elle.
Elle ne répondit toujours pas, et le blond se demanda un instant si elle l'avait entendu. Il la regarda enfin, et détailla une nouvelle fois les lèvres rosées, la joue vermeil, l'oeil aux cils immensément longs, le sourcil légèrement arqué et les cheveux verts qui dégringolaient sur ses épaules. Son oeil descendit encore et s'attarda sur la main qui était posé sur le sable, cette main qui semblait attendre quelque chose, de la compagnie peut-être. Puis l'iris bleu se posa sur sa propre main, si blanche sous la faible lueur de la lune, si froide dans cet air glacial, sa main qui semblait vouloir quelque chose, chercher de la compagnie peut-être.
Alors il posa cette dernière sur celle de la verte qui était, comme il s'en doutait, encore brûlante, et entrelaça ses doigts avec les siens.
- Oï... ça va ? répéta-t-il
Toujours rien. Le manque de réaction commençait à inquiéter Sanji.
Il décida de tenter le tout pour le tout, et approcha ses lèvres de la joue couleur de miel, mais elle détourna le visage dans un signe de refus.
Sanji soupira en s'éloignant de nouveau, le coeur lourd.
- Tu m'expliques ?
Le visage de la verte se retourna vers la mer et toujours sans le moindre le regard pour lui, elle lui répondit d'un ton neutre :
- Y'a rien à expliquer.
- Pourquoi tu me repousses à chaque fois ?
Un haussement d'épaules, comme si le geste suffisait pour répondre à la question.
- Me dis pas que c'est parce que t'en as pas envie, j'te croirai pas ! Si tu penses que je t'ai pas vu me mater le cul quand t'étais encore un mec...
- Quand j'étais encore un mec, c'est ça.
Sanji le fixa d'un air stupéfait, sans comprendre.
- J'te suis plus là. Tu veux dire que tes... tes sentiments et tes envies ont changé en même temps que ton physique ?
Ce fut au tour de Zoro de soupirer, en pensant que cet imbécile ne comprenait vraiment rien, ou bien ne voulait pas comprendre.
- Non, c'est pas ce que je veux dire.
- Alors qu'est-ce que tu veux dire au juste ?
Elle lâcha la main du blond pour la passer dans ses cheveux.
- Je te rappelle qu'à la base, je suis un mec.
- Bah oui, je sais ça.
- Bah voilà.
- Comment ça « bah voilà » ?
- Dans quelques jours, je vais sûrement redevenir un homme.
Sanji comprit enfin ce qu'elle voulait lui faire comprendre depuis le début. Il se retourna vers la mer, ne trouvant rien à répondre.
Il avait deux choix, il le savait parfaitement, il l'avait toujours su. Mais c'était étrange d'en prendre autant conscience d'un seul coup, en une seule phrase, étrange de se dire que c'était le moment de choisir.
Soit il continuait de mentir, aux autres et à lui-même, et il les coulait tous les deux, la tête enfoncée sous l'eau. Soit il laissait enfin sortir la vérité, celle qui criait si fort, tambourinait avec rage contre sa cage, et réussissait à les sauver ensemble, et peut-être même à les rendre heureux.
Le choix n'était pas si difficile.
- Tu sais... je... je... enfin c'est-à-dire que...
Zoro fronça les sourcils, le regard toujours vers les vagues, en se demandant ce qu'il allait encore rajouter, pour continuer de compliquer la discussion. Si seulement elle lui avait dit de partir, de la laisser seule, lorsqu'il est arrivé et se tenait encore debout, elle n'en serait pas là, à devoir s'expliquer en craignant de trop en dire. Elle avait vraiment été trop bête de ne pas le faire.
- Je veux dire que... en fait tu sais...
- En fait quoi ?
- En fait... ça me dérange pas tant que ça...
Les poings de la verte se serrèrent, ses jointures devinrent blanches.
Comment ça, ça ne le dérangeait pas ? Qu'est-ce qu'il n'avait toujours pas compris ? Il ne pouvait pas penser à elle un peu ? Il croyait que ça lui ferait quel effet à elle, de se sentir aimé lorsqu'elle était une fille, puis le lendemain méprisé quand il retrouverait sa forme initiale ? Quel égoïsme ! Et ça se disait gentleman !
- Comment ça, ça ne te dérange pas ?
- Non je veux dire... ça ne me dérange pas que tu redeviennes un homme...
Zoro tourna et re-tourna la phrase dans sa tête. Qu'est-ce qu'il voulait lui faire comprendre au juste ? Se pourrait-il que...
Elle jeta un bref regard vers Sanji, qui avait fermé son oeil, les joues rouges.
Devant la gêne évidente du blond, elle écarquilla son oeil de surprise.
- T'es en train de me dire que t'es gay ?
Il manqua de s'étouffer, et après avoir toussé bruyamment, se permit de rectifier :
- Je préfère le terme « bisexuel »...
- C'est vrai ?
Elle s'était tourné vers lui, sa pupille verte illuminée par un millier d'étoiles.
- Bah si je te le dis ! Tu crois vraiment je mentirai sur un truc par...
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il se sentait déjà pousser en arrière et qu'elle plaquait ses lèvres contre les siennes, semblant oublier instantanément ce qu'elle refusait quelques minutes auparavant.
Passant une main dans les longs cheveux verts alors que leurs lèvres s'entrouvraient et que leurs langues commençaient à se battre, comme si elles ne rêvaient que de ça depuis des mois, Sanji la repoussa légèrement.
- Je croyais que tu...
- Oublie. De toute façon, t'avais rien compris, lui répondit-elle avec le même sourire en coin, en se re-penchant vers lui. Oublie.
« Boum, boum, boum, boum, boum »
En sentant de nouveau la bouche de la jeune fille contre la sienne et ses mains qui passaient sous la chemise noire, le coeur de Sanji décida soudain de rattraper d'un seul coup tous les battements qu'il avait manqué depuis leur arrivée sur l'île.
« Boum, boum, boum, boum, boum, boum, boum »
A ce rythme, il allait exploser avant le lever du soleil.
« Boum, boum, boum, boum, boum, boum, boum, boum, boum. »
Dommage.
- Et maintenant ?
Sanji avait posé la question sans attendre réellement de réponses, alors qu'ils étaient tous deux couchés dans le sable, nus sous les étoiles, la tête de Zoro reposant contre le torse du blond et la main de ce dernier lui caressant lentement les cheveux.
- Et beh maintenant on attend, lui répondit-elle en rigolant. Qu'est-ce que tu veux faire d'autre ?
Le cuisinier haussa les épaules, avant de demander :
- Et on attend quoi au juste ?
- Bah, que l'autre me re-transforme, et qu'on puisse s'en aller de cette île de tarés.
- …Tu crois qu'il va le faire ?
- J'espère pour moi ! De toute manière, il sera bien obligé, il peut pas nous garder éternellement sur son royaume de malheur.
- Moi je pense qu'il cédera pas.
- Mais si ! Quand il en aura marre de voir nos tronches (enfin surtout la tienne), il me rendra mon vrai corps.
- Et si tu passais le test plutôt ?
Elle se redressa et le fixa de sa pupille perçante, une aura menaçante commençant à se former autour de son visage.
- Tu veux que je fasse son stupide test ?
- M'enfin, on pourrait repartir plus tôt comme ça !
- Dans tes rêves.
- Oh allez, c'est pas bien compliqué ! Tu lui dis que t'acceptes de faire le test, il te rend ton corps d'homme, tu passes sa foutue épreuve, et on s'en va ! Et ça nous évite de rester bloqués pour les 3 prochains mois sur cette île de fous !
Elle ne répondit rien et se recoucha lentement, sans un mot.
Sanji pensa qu'il avait du la vexer. Il avait été beaucoup trop direct, ce n'était pas un façon de parler à une jeune fille. Des fois, il lui semblait que toutes ses manières de galanteries avaient disparues, et ça l'effrayait assez.
Il s'apprêtait à s'excuser, lorsqu'elle reprit la parole :
- Je vais y réfléchir.
Il eut un sourire et sa main revint se loger dans la chevelure verte.
- Baka-cook.
- Quoi ?
- J'ai froid.
Un silence.
- On rentre ? demanda-t-elle.
Un soupir.
- Putain, tu fais chier p'tite algue.
