Coucou ! ...Bon, quand je me suis rendue compte que ça faisait six mois que j'avais laissé cette fic en suspens, je me suis dit que bon, quand même, il fallait peut-être que je continue et que je finisse le chapitre que j'avais commencé en décembre dernier ^^ Donc désolé pour ce loooooong retard ! J'espère que ce chapitre sera "à la hauteur de l'attente" x)
Bonne lecture !
Chapitre 6
Sanji avait bien eu du mal à se lever ce matin-là. Il avait quand même réussi, après de longues minutes de tentatives échouées, à soulever ses paupières au bout d'un quart d'heure et à aller aider à préparer le petit-déjeuner, tout en traînant les pieds et en se promettant de se coucher plus tôt ce soir. Hors de question de retourner sur la plage au beau milieu de la nuit avec une certaine algue marine des heures durant, ou bien il se doutait qu'il n'arriverait même pas à se réveiller de toute la journée suivante.
Il bailla en entrant dans les cuisines et marmonna un « S'lut » sous les regards un peu interloqués des okamas.
- T'as pas dormi de la nuit ou quoi ? lui demanda Jane en détaillant ses cheveux qui partaient dans tous les sens et qu'il n'avait même pas pris la peine de coiffer.
Pour toute réponse, il se contenta d'hausser les épaules, son oeil bleu fixant le vague.
- Tu as des insomnies ? s'inquiéta Lucy. Si tu veux, l'infirmière a des somnifères !
Oh, encore l'infirmière. Qu'est-ce qu'elle avait avec son infirmière ?
- Nan, nan, c'est bon, dit Sanji en se frottant son oeil. Qu'est' qui faut faire ?
- T'es sûr que tu préfères pas aller te recoucher ? Ne t'inquiète pas, on peut s'en sortir toutes seules tu sais !
- Ouais, parce que t'as vraiment pas bonne mine là mon chou...
- Anh ! T'es pas malade au moins ?
Sanji soupira. La journée commençait déjà à le gaver. Et dire que quelques heures avant, il était allongé dans le sable avec Zoro dans ses bras et qu'il savourait un moment mille fois plus agréable...
Il se passa une main dans ses cheveux blonds pour leur donner un semblant d'ordre, et annonça que, maintenant qu'il s'était réveillé et levé, il n'allait pas aller se recoucher. Lui n'était pas capable de s'endormir n'importe où n'importe quand, contrairement à d'autres. Il regarda ce qui restait à cuisiner, à cuire, à réchauffer. Il se mit à pétrir le pain, sous les yeux un peu gênés des travestis, jusqu'à ce qu'il y est un courageux qui ose lui faire remarquer qu'il avait enfiler sa chemise à l'envers.
La journée s'annonçait bien.
Il était midi et demi quand Zoro remua dans les draps roses bonbons. Elle avait bien dormi, mieux que jamais même ! Pour une fois, elle se sentait d'attaque juste après son réveil, et n'avait pas besoin de ses habituelles trente minutes supplémentaires de somnolence. Elle se leva en passant ses mains sur son visage et en repoussant ses longs cheveux vers l'arrière. Elle se doucha et s'habilla en vitesse, redoutant que le petit-déjeuner ne soit déjà terminé alors que son ventre commençait à crier presque aussi fort que celui de Luffy. Elle sortit de la chambre et dévala les escaliers en vitesse.
A sa grande surprise, tout le monde était encore attablés autour des croissants, des petits pains et des cafés matinaux.
Elle alla s'asseoir à sa place habituelle, trouvant le blond qui luttait pour ne pas se rendormir avec le nez dans son café, et Jane et Lucy à côté qui piaillaient au sujet des occupations de leur journée. Sans un mot, elle se servit une tasse de café et prit un croissant, attendant que le cook se réveille complètement. Voyant qu'il restait à regarder le vide, elle agita une main devant son oeil. Il secoua la tête et la releva vers Zoro.
- Oh, b'jour.
- T'as pas dormi de la nuit ou quoi ?
- La faute à qui ?
Zoro eut un léger sourire au souvenir de la nuit passée.
- Tu n'avais qu'à pas me suivre.
- Mmh... Je l'aurais regretté ensuite.
Il prit une tranche de pain et la tartina de confiture, tandis que Jane et Lucy se taisaient, pensant peut-être pouvoir connaître la raison de la fatigue du cuistot, sans la demander explicitement.
Zoro se tourna vers elles et les fixa d'un regard noir, tenant à bien leur faire comprendre que la conversation ne les concernait pas. Elles firent comme si elles n'avaient jamais essayé d'écouter le moindre mot de ce qu'ils disaient et replongèrent leur nez dans leur tasse de chocolat chaud. La verte se retourna vers son nakama et secoua la tête en remarquant plus sérieusement la grosse poche bleue qu'il avait sous l'oeil.
- Tu devrais aller te reposer.
- Ta gueule.
- C'est à peine si tu captes ce que je te dis.
- Ta gueule.
- Tu sais plus rien dire d'autre ?
Sanji commençait à penser que chacun faisait tout son possible pour qu'il s'énerve. Il savait qu'il n'avait pas beaucoup dormi, qu'il avait une sale tête et qu'il ne pigeait pas grand-chose à ce qui se passait autour de lui, ce n'était pas la peine de lui répéter toutes les minutes. Il pensa un instant à assommer tous ceux de sa table avec un grand kick circulaire, mais se sentait trop fatigué pour ne donner même qu'un simple coup de pied. Il fixa Zoro en face de lui, qui le regardait d'un air goguenard. Et il soupira.
- Okay c'est bon, capitula-t-il enfin. Je remonte me coucher.
Il se leva de table et s'en alla en traînant les pieds, sous le regard amusé de sa rivale, pendant que Jane et Lucy demander à cette dernière si le cuistot allait bien.
Après que le cuisinier soit monté et que Zoro ait rassuré Jane et Lucy (« Mais non, il va bien, il est seulement fatigué »), la sabreuse demanda soudainement, tout en sirotant son café :
- Vous savez, les morceaux de la robe de votre déesse-je-sais-plus-quoi... que j'ai découpés quand je suis arrivé... vous les avez jetés ?
Les deux travestis le fixèrent avec une expression horrifiée.
- Bien sûr que non ! Jeter les morceaux de la robe de notre grande déesse ! On ne ferait jamais une chose pareille, tu te rends compte !
Elle trouvait ça complètement idiot de donner une telle importance à de simples morceaux de tissus, mais pour le coup, ça l'arrangeait. Elle hocha la tête en finissant sa tasse, n'écoutant rien des explications de Lucy, qui lui racontait les nombreuses punitions que pourrait leur faire subir la déesse si jamais ils brûlaient ne serait-ce que deux centimètres de ses vêtements. Zoro la coupa avant qu'elle ait terminé et se leva de la table en leur disant :
- Bon je vous laisse !
Et elle partit sans plus d'explication, laissant derrière elle Jane et Lucy qui se dévisagèrent d'un air surpris. Puis Jane haussa les épaules, en même temps que Lucy, et elles se mirent à rire comme les meilleures amies du monde. Elles étaient de bonne humeur aujourd'hui.
Zoro fronça les sourcils pour la énième fois dans la demi-heure.
« Je suis déjà passée devant ce portrait ». Portrait bien moche d'ailleurs, mal peint et représentant un visage difforme. Mais elle ne s'attarda pas sur ses détails, et continua droit devant elle. Ce palais, c'était pire qu'un labyrinthe. Zoro avait beau avoir l'habitude de se perdre, ça commençait à l'énerver. Elle y était déjà allée en plus dans cette fichue chambre. Mais elle ne se rappelait plus par où elle était arrivée. Alors elle continua de marcher, en se disant qu'il suffisait de laisser faire la chance : elle finirait par l'emmener devant l'immense porte rose de la Reine.
Mais après plus d'une heure à avoir tout misé sur la chance, sans recevoir de résultats concluants, elle se borna à demander à un travesti en robe à paillettes où était la chambre de la Reine.
- Oh mais ma pauvre petite chouchoute, c'est dans l'aile opposé !
Et le travelo pailleté la prit par le bras et lui fit faire demi-tour. Outre le fait qu'elle appréciait à moitié (pour ne pas dire pas du tout) le surnom de « pauvre petite chouchoute », ni le fait que l'okama se collait à elle (et qu'il n'en avait pas vraiment besoin pour lui indiquer le chemin), Zoro se retrouva bien contente qu'on la guide jusqu'à la pièce infernale : ça lui empêchait au moins de se reperdre dans l'aile opposée. Enfin arrivés devant la fameuse porte (sur laquelle n'avait pas bougé le fameux écriteau « APPARTEMENT DE SON ALTESSE ROYALE LA REINE DE MOMOIRO ISLAND. PRIÈRE DE TOQUER AVANT D'ENTRER. »), le travesti eut un grand sourire et repartit en lui disant : « C'est ici ! », comme si Zoro ne savait pas lire, ou n'avait pas vu l'énorme pancarte.
Elle prit une grande inspiration, et posa la main sur la poignée. Elle avait du mal à croire ce qu'elle allait faire. Sa dignité en prendrait un coup, au moins pour les cinquante prochaines années à venir (si il vivait jusque là).
« Mais bon, c'est pas comme si j'avais le choix de toute façon hein ? »
Elle frappa contre la porte, et tout ça lui rappela de mauvais souvenirs, qu'elle se dépêcha de faire disparaître en secouant la tête. On lui répondit d'entrer, comme la première fois, et elle poussa la porte, comme la première fois.
La Reine était assise à un bureau, trop petit pour elle, et était en train d'écrire une lettre en se courbant en deux. Elle leva les yeux et son visage s'éclaira en voyant Zoro.
- Zoro ! Quelle excellente surprise ! Entre donc, je t'en prie ! Excuse-moi une petite minute s'il-te-plaît, et je suis toute à toi !
Elle écrit quelques mots de plus, plia la feuille en quatre et la glissa dans une enveloppe, puis elle attrapa un tampon qui était à côté d'elle et cacheta la lettre avant de sortir à grands pas de la salle. Elle revint rapidement, les mains vides, et s'assit dans son trône en rajustant sa couronne.
- Alors Zoro-kun, que t'arrive-t-il ? lui demanda-t-elle en souriant et en lui faisant signe de s'approcher.
La verte soupira en s'avançant vers l'énorme siège, sa main se serrant sur le manche de son katana. Elle ne répondit pas tout de suite, son unique oeil balayant la pièce tandis que sa fierté et sa raison se battaient pour la énième fois dans son crâne. Puis sa prunelle verte se reposa sur Ivankov, qui la regardait en silence sans faire disparaître son immense sourire. Et avec toute la mauvaise volonté du monde, elle lâcha d'un ton entre l'ennui et l'arrogance :
- C'est d'accord.
Aussitôt, elle baissa le visage, ne pouvant supporter de se plier ainsi devant cette stupide Reine, et ne pouvant supporter de voir son sourire moqueur s'agrandir davantage. Elle attendit la réponse sans rien ajouter d'autre. Et cette dernière n'arrivant pas, elle serra un peu plus fort ses doigts autour du Wâdo. Maintenant qu'elle avait cédé et courbé la nuque, l'autre n'allait quand même pas lui refuser un truc pareil ?! Après tout, c'était de son corps dont il était question ! Et dire qu'au départ ce n'était sensé être qu'une courte punition pour avoir déchiqueter leur putain de robe de leur putain de déesse ! On l'y reprendrait plus tiens, à sous-estimer des travel...
- Euh, reprit la Reine, je ne te comprends pas bien...
Zoro, surprise du fait qu'elle ait enfin décidé de lui répondre, releva brusquement la tête. Comment ça elle comprenait pas ?! Elle était vraiment con ou quoi ? Elle avait quand même pas oublié qu'à la base, il était un mec non ?! Ouhlà, fallait qu'elle aille se faire soigner rapidement, si elle se souvenait déjà plus qu'il y a pas si longtemps que ça, c'était un grand mec musclé qui avait atterri sur cette foutue île, et pas une faible donzelle qui...
- C'est d'accord pour quoi ?
L'oeil de Zoro manqua tomber de son orbite. Elle était vraiment sérieuse ?! Elle ne voyait vraiment pas de quoi...
Ses sourcils verts se froncèrent quand elle comprit.
« Mais c'est qu'elle fait exprès, c'te garce ! »
Tout son bras se crispa, et si le manche du katana n'avait pas été si résistant, il se serait certainement brisé en deux. C'te maudite Reine, qu'elle aille crever en Enfer avec toute sa famille et son peuple de travelos teh ! En plus de laisser tomber sa fierté (en même temps, avait-elle un autre choix ?) et de finir par capituler, il fallait en plus que la verte lui rappelle l'humiliation qu'elle avait subi, et le marché honteux qu'on lui avait proposé ? C'était du foutage de gueule à haut niveau là !
Pour la peine, Zoro fut bien tenté de lui balancer une insulte bien sentie en pleine figure, et de tourner les talons avant de claquer la porte, exactement comme la dernière fois. Mais alors que ses lèvres s'entrouvraient pour « complimenter » la Reine avec tous les plus beaux compliments que personne ne lui aurait jamais fait, une petite voix agaçante au possible appartenant à une tête blonde encore plus énervante lui murmura au fond de sa tête « Et si tu passais le test plutôt ? »
- Espèce de...
Mais l'insulte mourut dans sa gorge, et elle resta figé, la bouche ouverte comme une idiote.
- Je n'ai toujours pas compris, annonça Ivankov avec une expression innocente peu crédible.
Ses épaules s'affaissèrent, et elle passa la main dans ses cheveux verts dans un geste désabusé.
- C'est d'accord pour le test. Pour notre marché. Vous me rendez mon corps d'homme, et je fais votre stupide test.
Elle n'avait pu s'empêcher de glisser le fait qu'elle trouvait toujours cette idée idiote, et ce test encore plus débile. Et pendant une micro-seconde, elle crut que cette vieille harpie allait lui demander de reformuler ce qu'elle venait de dire, ou d'être encore plus claire. Mais, à son grand soulagement, le travesti s'en contenta et sembla même ravi.
- Vraiment ? Génial ! Mais réfléchis bien quand même, maintenant que tu t'es habitué à ce corps de fille, es-tu vraiment sûre de vouloir en chang...
- OUI ! la coupa-t-elle avant que l'autre n'ait terminé. Parfaitement sûre !
- Pense à tout ce que ce corps t'a apporté et que tu pourrais perdre !
Zoro sentit ses joues s'enflammer instantanément, et se força à ne rien laisser paraître. C'te foutue Reine savait ! Elle savait pour elle et le cook ! C'était certain sinon, pourquoi aurait-elle dit une chose pareille ? Qu'est-ce que ce corps lui avait apporté d'autre que des emmerdes et son rapprochement avec le blond, de toute maniè...
Elle s'efforça de calmer les pensées qui bataillaient dans sa tête. Ce n'était pas le moment nom d'un chien !
- C'est bon, répondit-elle sèchement. Je sais ce que je veux, j'y ai déjà réfléchi. Et j'accepte votre marché à la noix, alors me cherchez pas. Mais cependant...
Ce fut au tour de la Reine de froncer les sourcils. Ca l'étonnait aussi, que ce soit aussi simple, avec un imbécile pareil. Il y avait forcément un « cependant » quelque part.
- J'ai une condition.
Le sourcil gauche se leva, l'autre ne bougea pas.
- Une condition ?
La verte hocha la tête.
- Caroline m'a bien dit que le test consistait à ce que je me batte contre un de vos okamas, affublé de la robe de je-ne-sais-quelle-divinité, n'est-ce pas ?
- C'est exact, répondit Ivankov, toute trace de joie ayant disparu.
Zoro sourit de son fameux sourire en coin, aussi arrogant que provocateur.
- Je veux pouvoir choisir la personne contre qui je vais me battre.
Quand Zoro remonta dans la chambre après son entrevue avec Ivankov, Sanji dormait toujours, étalé en étoile de mer, son bras droit pendant négligemment hors du lit.
Zoro ne put s'empêcher d'étouffer un ricanement moqueur en voyant son rival dans une telle position, mais elle ne le regarda pas bien longtemps et s'accroupit par terre, de façon à pouvoir voir en-dessous du lit. Elle souleva le drap rose et sortit de dessous le matelas une petite boîte rectangulaire, dont elle tira le tiroir du bas et enleva toutes les photos du blond travesti. Elle se releva, et jeta un dernier coup d'oeil au cuisinier complètement crevé. Sans un bruit, elle lui remonta la couverture jusqu'au cou et effleura ses cheveux blonds du bout des doigts. Puis elle se retourna, et sortit de la chambre.
Avoir réussi à faire accepter à Ivankov de lui rendre son corps d'homme en fin d'après-midi, juste avant de faire le test, et avoir réussi à imposer sa condition étaient deux bonnes choses de faites, mais il lui restait encore du pain sur la planche, et d'autres personnes à convaincre.
- Oï ! Jane !
C'était parfait. Elle venait juste de sortir qu'elle croisait déjà le travelo qu'elle recherchait : elle n'aurait même pas à se perdre dans le palais pour trouver sa chambre.
Jane s'avança vers Zoro avec son grand sourire habituel et lui demanda de sa voix mielleuse :
- Qu'est-ce qu'il t'arrive Zoro-kun ?
- J'aurais un service à te demander. A toi et à Lucy.
- Un service ?
Les yeux de l'okama se mirent à briller d'une lueur lubrique.
- Euh, ouais... Un service, ouais, répondit Zoro, légèrement décontenancée par le regard de son interlocutrice. On pourrait peut-être en parler avec Lucy ?
- Pas de problèmes ! Je suis sûre qu'elle sera ravie elle aussi de te « rendre un service » !
Zoro apprécia encore moins le ton que celle-ci employa en prononçant ces derniers mots. Qu'est-ce qu'elle allait s'imaginer ?
- Viens, elle est très certainement dans sa chambre !
Et Jane n'attendit même pas sa réponse : elle lui attrapa la main et l'entraîna dans les longs couloirs des chambres. Zoro tenta de retirer sa propre main, commençant pour le coup à être vraiment en colère que chacun des travelos puisse se croire permis de la tirer par la main ou par le bras, mais avant même qu'elle n'y arrive, l'okama s'arrêta devant une porte orange, et frappa contre celle-ci.
- Lucy ? Je peux entrer ?
Personne ne lui répondit, mais la porte s'ouvrit de suite.
- Jane-chan et Zoro-kun ! s'exclama Lucy avec un grand sourire. Entrez, je vous en prie !
Zoro entra dans la pièce, qui, contrairement à celle de Sanji, était entièrement orange. Des rubans et des noeuds pendaient de partout, et le lit était aussi immense que celui de la chambre rose. Elle n'eut pas le temps de contempler plus longtemps la décoration que déjà Lucy leur demandait :
- Alors, dites-moi tout ! Qu'est-ce qu'il vous arrive ?
- Zoro-kun veut nous demander un service.
- Un service ?
Les prunelles de Lucy étincelèrent à leur tour d'éclats envieux.
Jane tourna son visage vers Zoro, et la lueur lubrique reparut au fond de son regard.
- Euh ouais, commença la verte en leur montrant la boîte. Vous m'avez dit que vous gardé les morceaux de robe hein ?
Elles hochèrent la tête avec conviction, pendant qu'elle ouvrait le couvercle.
- Est-ce que vous pensez que vous pourriez les recoudre entre eux ? demanda-t-elle en leur présentant les multiples aiguilles, fils et dés à coudre.
Les deux amies baissèrent la tête sur le contenu de la boîte, puis la relevèrent vers le visage de Zoro, la fixant avec incompréhension.
- C'est ça ton service ? dit Lucy sur un ton blasé.
- Bah... ouais ? Tu t'attendais à quoi ?
Les deux travestis échangèrent un regard déçu avec d'hausser les épaules.
- Non à rien. Tu veux qu'on recouse la robe en fait ?
- J'aimerai bien ouais. Si c'est possible.
- Ce serait pour quand ? s'enquit Jane.
- Y'a pas d'horaires précises. En fin d'après-midi. Vers 18h, 17h45.
Le travesti siffla en consultant sa montre à strass.
- Et il est déjà 15h30 ! T'aurais pas pu nous avertir un peu plus tôt ?
- Vous aurez pas le temps ?
Un nouveau regard échangé.
- Si on commence maintenant, répondit Lucy, on peut être dans les temps.
Jane hocha la tête.
- Bon, comme c'est pour toi Zoro-kun, on va y arriver. Laisse-nous nous occuper de ta tenue, elle sera parfaite ! affirma-t-elle en prenant la boîte.
- Merci, leur répondit la verte avec un sourire.
- Mais Zoro-kun, ça veut dire que tu vas passer le test ?
Elle se tourna vers Lucy qui venait de poser la question avec de grands yeux interrogateurs. Elle hocha la tête, et l'okama lui répondit par un grand sourire. Puis la verte fut jeté de la chambre, avec la promesse que les deux autres viendraient la chercher lorsque sa robe serait prête.
Zoro prit une grande inspiration. Elle avait dû mal à croire ce qu'elle était en train de faire. Elle avait dit à Ivankov qu'elle passerait vers 17 heures pour être re-transformé. Et après, il (car il aurait retrouvé son corps masculin) devait trouver les deux okamas. Normalement, il serait à l'heure.
Et, avec encore plus de chance, le cuistot se réveillerait juste avant 18 heures.
Elle se retrouvait pour la seconde fois de la journée devant toujours ce même fichu écriteau, et elle se dit que pour le coup, deux fois dans la même journée, à à peine deux heures d'intervalle, cette foutue pièce commençait réellement à lui taper sur les nerfs. Mais bon, elle y allait avec l'espoir d'y rentrer pour la dernière fois, et lorsque Ivankov lui annonça qu'elle pouvait entrer, elle en soupira presque de soulagement.
Elle s'avança sans un mot et s'arrêta au centre de la pièce. Elle avait remit son kimono vert, son haramaki et son pantalon noir, et déjà, le fait d'avoir retrouvé ses anciens habits, même si ils étaient encore bien trop grands pour elle, lui donnait presque l'impression d'être redevenu un homme.
La Reine se leva de son trône et fixa Zoro avec les poings sur les hanches.
- Tu as pris ta décision ? demanda-t-elle en haussant un sourcil.
Zoro dut faire un immense effort pour ne pas se mettre à grogner et à grincer des dents en même temps. Elle ne devait pas s'énerver maintenant, mais elle savait aussi que si ce con de travesti continuait de la faire mariner comme ça et ne se bougeait pas tout de suite pour lui rendre son véritable corps, elle ne répondrait plus de rien, ni elle, ni ses katanas.
- Je l'avais déjà prise avant !
Elle ne put manquer le sourire moqueur d'Ivankov qui s'étirait sur ses lèvres violettes. Qu'est-ce qu'il pouvait l'énerver, ce sourire !
Heureusement, ce dernier disparut rapidement et la Reine d'okama-land s'avança, avec à son tour une lueur déterminée dans les yeux. Elle observa longuement le visage de la verte, en notant particulièrement sa mâchoire serrée, ses sourcils froncés et son oeil vert, si sombre qu'il paraissait noir, au fond duquel se tenait la promesse que, si jamais l'autre ne se dépêchait pas, il pourrait avoir ensuite une discussion plus ou moins sympa avec ses katanas.
De nouveau, Zoro entendit le grincement léger, à peine audible, et la seconde suivante, les ongles du travesti étaient plantés dans ses côtes.
Ils attendirent dans cette position un instant, puis Ivankov enleva sa main et se recula.
Cette fois-ci, Zoro s'attendait à la douleur, se souvenant parfaitement de la sensation, et c'est peut-être pour ça qu'elle eut moins mal que la première fois. Le manège à l'intérieur de son corps recommença, comme si tous ses organes avaient décidé de faire la fête et de se déplacer dans tous les sens. Elle redevenait aveugle et sourde, la seule chose qu'elle entendait étant son coeur qui semblait prêt à imploser. Ses jambes se plièrent, elle se courba, ses mains appuyant sur ses genoux. Elle attendit. Elle se rappelait qu'il suffisait d'attendre, et que l'affreuse sensation s'en irait aussi vite qu'elle était venue. Ses cheveux se coupèrent, comme tranchés par une main invisible, et se répandirent au sol en même temps que la douleur se stoppa.
Zoro se redressa... et soupira de soulagement. Il était redevenu exactement le même qu'avant. Il avait eu peur, rien qu'un instant, que la transformation foire quelque part, et qu'il lui reste encore des éléments de sa forme féminine. Et il n'osait même pas imaginé le mélange que ça aurait pu faire.
Il releva le visage vers Ivankov.
Ce dernier le regardait avec un sourire qui était digne de Luffy.
- Eh bien, je pense que tu n'as plus rien à faire dans ma chambre ! A tout à l'heure, dans la cour !
Le sabreur fit volte-face, et s'éloigna en grognant et en grinçant des dents. Maintenant, il pouvait bien se le permettre.
Lorsque Sanji se réveilla, il était tout juste 17 heures 30.
Il bailla en s'étirant. Il était bien plus reposé que ce matin à présent, mais le sommeil l'enveloppait encore, et il lui semblait que si il sortait tout de suite de la chambre et que tous les autres okamas lui tombaient dessus d'un seul coup, ça lui serait fatal. Il décida donc de se lever (lentement tout de même) et de prendre une bonne douche qui, il espérait, lui remettrait les idées en place.
Il passa un bon quart d'heure sous le jet d'eau chaude avant de sortir et de s'habiller. Il termina par nouer soigneusement sa cravate jaune autour de son cou, et fouilla dans les tiroirs du meuble en bois à la recherche d'un peigne. Et fronça les sourcils en les trouvant étrangement vides.
« Où sont passés tout le maquillage et tous les bijoux ? »
Dans la même heure, à quelques chambres de là.
- Mais laissez tomber putain ! Comment vous voulez que je rentre dans une fringue pareille ?!
- Tu vas mettre cette robe ! On l'a pas recousue pour rien bon dieu !
- Et arrête de bouger Zoro-kun ! J'arrive pas à te mettre le mascara !
- Mais qu'est-ce que tu... Putain Lucy, on n'avait dit pas de maquillage !
- Oh allez Zoro-kun, c'est pas si terrible que ça, un peu de mascara... Pense que Sanji en a bien mis lui !
- Oui mais... mais...
- Mais ?
- Mais je suis pas le love-cook moi, bordel ! Et putain Jane, tu veux m'étouffer ou quoi ?! Comment j'vais respirer moi, serré comme je suis dans cette foutue... cette foutue...
- Robe ?
- Ta gueule !
- Dis donc Zoro-kun, j'ai l'impression que t'es vachement de mauvaise humeur depuis que tu as retrouvé ton corps d'homme ! A moins que ce ne soit le test qui te stresse ?
- JE NE SUIS PAS STRESSÉ !
- Bah, on dirait pas.
- Tu peux arrêter de parler s'il-te-plaît ? Sinon, pour te mettre le rouge à lèvre, ça va être chaud, et j'ai pas envie de déborder de partout.
- Et moi j'ai pas envie de ressembler à un clown bordel !
- Calme-toi un peu Zoro-kun. Tu seras magnifique. J'suis sûre que Sanji-chan va adorer !
- Qu'est-ce que... Pourquoi tu parles du cook maintenant ?!
- Oh non, non pour rien. Allez arrête de parler maintenant, et serre les lèvres.
18 heures pile, Sanji sortait de sa chambre. Il aimait bien quand les horaires étaient carrés comme ça. Il s'était réveillé à 17 heures 30, il sortait une demi-heure plus tard. Et tandis qu'il descendait tranquillement les marches, l'okama pailleté lui fonça dessus.
- Sanji-kun, ma chouchoute ! Mais qu'est-ce que tu faisais ?! Tout le monde t'attend !
Le blond fit un pas en arrière alors que l'autre se ruait sur lui. Tout le monde l'attendait ? Ca voulait dire quoi ?
- On m'attend pour quoi ?
- Comment ça pour quoi ? Quelle question ! On t'attend pour le test évidemment !
- Le test ? Quel test ?
- Bah, celui de Zoro-kun !
Le test de Zoro ? Qu'est-ce que... Comment... Il avait accepté le marché d'Ivankov ? Sans même lui en parler ?
- Allez tiens, dépêche-toi d'aller te changer, Zoro-kun est déjà dans la cour, il t'attend lui aussi !
Et voilà que le travelo lui fourrait une robe rose dans les mains, et s'en aller en sautillant !
Bon sang, il aurait mieux fait de rester au lit !
Il avait mis la robe sans rien demander d'autre, mais maintenant qu'il descendait les escaliers et se dirigeait vers la cour du palais, il commençait à douter. Et si tout ça n'était qu'une grosse farce ? Une occasion comme une autre de se ficher de lui, et de le voir affublé de cette robe qui était (il s'en rappelait comme si c'était hier) la robe qu'il avait porté pour son propre test ? Il essaya de repousser ses doutes et poussa la porte qui donnait sur la cour du palais.
Tous les spectateurs étaient assis, et parmi eux, se trouvait Caroline. Que faisait-elle à cette place ? Elle n'était pas sensé se battre contre le marimo pour son test ? A côté d'elle, il y avait Ivankov, qui regarda Sanji entrer avec un grand sourire. Quand les autres se rendirent compte que le blond était là, ils se mirent à hurler et à l'acclamer, et se poussèrent pour lui laisser un chemin jusqu'au centre de la cour. Centre de la cour où il se tenait déjà.
En le voyant, Sanji eut comme un électro-choc. L'autre le regardait d'un air mélangeant la gêne, la honte, et, toujours, la combativité. Il pensait sûrement que l'autre allait se moquer de lui, comme il l'avait fait. Une revanche, un juste retour des choses.
Et pourtant, le blond ne rigola pas. Pas même de remarques acerbes, de sourires en coin. Non, il en était incapable. Il était juste... bluffé.
Il pensait pourtant ne jamais avoir un choc plus important que lorsqu'il l'avait vu en fille. Cependant, le marimo qu'il avait sous les yeux était de nouveau complètement transformé. Et bon sang, miraculeusement bien transformé.
Il avait mis la robe d'Artémis, cette même robe qu'il avait tranché quelques jours plus tôt. Sanji ne savait pas comment l'interpréter. C'était peut-être comme une sorte d'excuse envers la divinité, ou bien envers le peuple des okamas qui croyaient en leur déesse dur comme le fer, car le cuisinier savait très bien que le sabreur n'avait jamais cru en ces histoires de dieux. A moins que ce ne soit une manière de leur faire comprendre que finalement, il ne trouvait peut-être pas cette robe si laide que ça.
Et puis, cet idiot avait sorti le grand jeu ! Pourquoi tout ce maquillage, tous ces bijoux ? Et pourquoi ces nus-pieds rouges à talons trop petites, dans lesquels ses pieds devaient sacrément souffrir ? Il se souvint que c'était celles que lui-même lui avait fait essayé pour la première fois, alors qu'il était encore une fille. Alors, ça voulait dire quoi ça ? C'était une touche pour rendre hommage à sa forme féminine, ou bien une sorte de remerciement caché envers le blond ?
Sanij secoua la tête. Il était en train d'interpréter ce qu'il voulait interpréter. Il n'y avait d'ailleurs sûrement rien à comprendre ! Comme si c'était le genre du marimo de mettre des sens cachés dans sa tenue !
Après l'avoir examiné de haut en bas et de bas en haut, Sanji le fixa avec son oeil rond.
- T'as toujours pas compris con de sourcil ?
Le sourire en coin apparut sur les lèvres couvertes de rouge, et son oeil, encadré par les cils rendus immensément longs par le mascara, brilla de sa lueur mesquine. Pour appuyer ses paroles, il dégaina le Wâdo (il avait réussi à faire tenir ses sabres en les retenant avec une ceinture verte).
L'étincelle se fit. C'était à lui de faire passer le test au marimo.
Sanji se tourna vers Caroline qui lui sourit en hochant la tête.
Il refit face à Zoro, et sa jambe s'embrasa. Des souvenirs lui revenaient. C'était un peu comme si il passait le test une seconde fois quelque part. Sauf que là, c'était lui le pro, et Zoro le débutant. Et pour une fois qu'il pouvait être supérieur au marimo, même si c'était pour une chose aussi insignifiante, il n'allait pas s'en priver.
- J'vais te faire bouffer ta robe verte avec tes cheveux, espèce d'algue périmée !
- Cuisine plutôt tes jupons roses et bouffe-les avec les draps de ton lit, sale cuistot incapable de faire cuire un oeuf !
Et ils se ruèrent l'un sur l'autre, semelle contre sabre, sous les cris sur-excités des okamas, et les sourires attendris d'Ivankov et de Caroline, ainsi que ceux tout fiers de Jane et Lucy.
Bon, j'ai quand même fini par avoir pitié de ce pauvre Zoro coincé dans ce corps de fille dans lequel je l'ai laissé poireauter pendant six mois... Mais bon, il a quand même été obligé de faire le test (bah ouais, sinon c'est pas drôle, et puis fallait quand même qu'il mette du mascara ! ;) ) ! x)
Une p'tite review, un p'tit avis, pour me dire ce que vous en avez pensé ? Thank you ! :)
