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NDLA : Bonjour ! Je tiens juste à préciser que cette fic n'est pas finie ! JE CONTINUE ! J'ai seulement eu quelques contretemps et je m'en excuse. J'espère que cette suite ne vous décevra pas. Amis lecteurs, mes hommages…

Chapitre 9

De nouveaux obstacles

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D'un pas chancelant, Mina sortit de la caverne habitée par la sorcière et se pencha pour vomir. La puanteur était si forte que tout son corps semblait imprégné de cette odeur de moisissure et de charogne…

Fébrile, elle vint appuyer son front contre le cheval de Marcus qui hennit doucement.

— Que vous arrive-t-il ? demanda le vampire

—Rien, répondit-elle sans le regarder. Je n'ai rien…

Il la contempla quelques instants puis fronça légèrement ses sourcils sombres.

— Soit, puisqu'il n'y a rien… je suis au regret de vous annoncer que je ne peux vous reconduire à l'auberge.

Son cœur se mit à battre plus rapidement en se retournant pour lui faire face.

— Pourquoi ? demanda la jeune femme.

Un sourire se dessina sur les lèvres de Marcus.

— Allons... réfléchissez.

— L'aube ! s'exclama-t-elle au bout de quelques secondes. Nous n'arriverons jamais à tant... je comprends en ce cas.

Sans l'avertir, il enserra sa taille et la hissa sur l'animal avant de s'installer derrière elle.

Après l'attaque du train, les quatre hommes s'étaient retrouvés contrains de poursuivre leur chemin à cheval. Sur la grand-route menant à Brasov, ils avaient rencontré une caravane de bohémiens.

Chaque remorque colorée était pourvue de torches flamboyantes à l'instar des hommes et des femmes portant des flambeaux entre leurs mains gantées de fourrure. Les halos de feu éclairaient ainsi la nuit d'une lumière réconfortante par delà le froid paysage de la Transylvanie.

Trottant à côté d'une roulotte conduite par un vieil homme, Van Helsing ne cessait de porter son regard sur chaque tsigane devant lui. Tous étaient munis de talismans qui pendaient à leur cou ou à leur ceinture, même les enfants arboraient des amulettes de bronze, accrochées à leurs bonnets de laine.

—Ca les effraie, déclara le vieillard dont les mains fripées étaient soudées aux rênes.

— Qui ? demanda Abraham dont la langue roumaine lui était bien connue.

— Eux… les strigoï, les autres aussi.

Le vieux avait lâché ce mot comme s'il craignait de le prononcer.

—La lumière suffit-elle à les repousser ?

—Bah ! Ca et le reste…

Le rictus qui habilla les traits du bohémien semblait contredire la véritable efficacité de ces protections…

—Docteur ? l'interpella Jonathan en arrivant à sa hauteur. Pouvez-vous leur demander quand nous atteindrons la prochaine ville ?

Van Helsing traduisit la question du clerc et fronça les sourcils en entendant la réponse du vieil homme.

— Seulement demain soir. Ces braves gens ne voyagent qu'une partie de la nuit, répondit-il en se tournant vers Harker.

Le cheval de Jonathan se mit à piaffer sous l'énervement de son cavalier qui serrait fortement les rênes entre ses doigts.

— Ne perdons pas plus de temps ! s'exclama Jonathan, à bout de nerfs. Nous sommes armés, nous pouvons très bien nous défendre !

Le regard de Van Helsing s'assombrit à son tour.

— Si un seul de ces montres est capable d'arrêter un train en pleine vitesse, que pensez-vous qu'il ferait de quatre hommes à cheval ? rétorqua-t-il froidement.

La colère du jeune homme tomba d'un cran sous ces paroles pleines de bon sens.

— Vous avez probablement raison...

Un concert de voix s'éleva et les bohémiens levèrent leurs bras pour diriger le convoi sur un petit chemin terreux.

— Que font-ils ? demanda Arthur qui poussa son cheval à hauteur des ses amis.

— Ils s'arrêtent. Les routes sont trop dangereuses la nuit.

— Est-ce véritablement une bonne idée ? demanda Jack, partageant le même cheval que lord Holmwood.

—Il vaut mieux se faire attaquer lorsqu'on est aux aguets plutôt que de se faire surprendre, mes jeunes amis, répondit le Hollandais en suivant les caravanes.

Rapidement, tous débouchèrent dans une clairière plafonnée par un couvert de branches entremêlées. Habitués à s'installer où la nature le leur permettait, les tziganes établir un camp jusqu'à ce que le jour se lève.

Un grand feu crépitait devant eux, les flammes dansant au son des chants des bohémiens. Autour du brasier, la neige fondait doucement, découvrant l'herbe noire des plaines roumaines.

Le campement formait un cercle presque parfait. Les hommes armés ceinturaient les caravanes, les femmes et les enfants qui tapaient en rythme dans leurs mains.

— Pourquoi font-ils autant de bruit ? s'interrogea Arthur en sortant une flasque de son manteau.

— Pour éloigner le fameux danger qui nous guette tous, répondit Van Helsing en regardant fixement les flammes.

— J'ai tendance à penser qu'un tel vacarme ne peut qu'attirer les créatures que nous redoutons, rétorqua le lord.

— Je pense qu'il s'agit d'anciennes traditions, suggéra Jack en ajustant sa toque de fourrure sur son crâne.

— Seward a raison, souligna Abraham en ébauchant un semblant de sourire. Ces chants ont une signification spécifique et ne s'élèvent d'ailleurs qu'en ces occasions. Le bruit sert à repousser les êtres tapis dans l'ombre, cela fait des siècles qu'ils se protègent de la sorte et pour l'heure... la tradition est efficace, ce peuple n'a pas été décimé.

— Superstition imbécile... souffla Arthur en avalant une généreuse gorgée d'alcool. Je préfère jurer par les armes, elles sont seules capables de venir à bout de ces démons. Nous l'avons déjà prouvé.

— Il a cependant des paramètres à ne pas négliger, ajouta Van Helsing.

Jonathan qui jusqu'à présent avait gardé le silence, s'exclama :

— Vous parlez de ma femme, n'est-ce pas ? Que n'osez-vous pas dire clairement ? Qu'elle même est devenue une de ces créatures infernales ? Qu'elle a rejoint le clan des ténèbres ? Qu'il faut la tuer comme nous avons terrassé Dracula ?

La voix du clerc avait surpassé celle des chants bohémiens et tous le regardait d'un œil courroucé et apeuré tout à la fois.

Un homme à l'allure revêche s'avança vers les quatre amis et empoigna brutalement Jonathan. L'invectivant en roumain, il secoua brutalement le clerc quand la voix du plus vieil homme du campement stoppa son geste. La musique reprit alors, plus forte qu'auparavant. L'ancêtre s'avança en clopinant et prononça quelques mots. La mine fermée, le tzigane s'éloigna de Jonathan non sans lui avoir jeté un œil noir.

— Ne prononcez plus son nom ou je ne donne pas cher de notre vie ! murmura Van Helsing.

— Cela vous accommode bien, renvoya le clerc.

— Et vous, que ne désirez vous pas comprendre ? Je vous l'ai dit et malgré la douleur que cette information engendre, Mina n'est pas envoûtée.

Le jeune homme serra ses poings pour endiguer le flot terrible qui courait dans son corps jusqu'à ce qu'une main se pose sur son épaule. Sursautant, il leva son visage et rencontra celui du vieillard.

Ses yeux délavés plantés dans les siens, il murmura des paroles que Jonathan ne put saisir.

— Je ne comprends pas, souffla-t-il sans lâcher les prunelles de l'ancêtre.

Van Helsing mit quelques secondes à accéder à la demande implicite du jeune homme car les paroles du vieux roumain tournoyaient dans son esprit telle une énigme millénaire.

Le regard fixé au grand feu, il répondit enfin :

— Il a dit... celui qui a affronté Dracul sans être tombé ne pourra jamais se relever. Vivre après le Chevalier Dragon n'est que survivre et connaîtra à son tour la damnation qu'il a enduré pendant des siècles et des siècles.

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— Où sommes-nous ? demanda Mina en discernant les contours tranchants d'un grand bâtiment dans les ténèbres.

— Au Bosquet des Fous, répondit Marcus en sondant la végétation noire.

Autour d'eux, aucun bruit ne résonnait dans la forêt. Les fers du cheval s'enfonçaient dans la neige, ajoutant qu'un léger bruissement à ce calme nocturne.

— Qu'est-ce ?

— Une terre acquise il y a bien longtemps de cela, répondit-il. C'est avec joie que je vous ferais visiter ma propriété. Je...

Il s'interrompit brusquement en serrant plus fortement le corps de Mina contre le sien.

— Ne dites plus rien, souffla-t-il en retenant fermement sa monture qui piétinait d'impatience.

Le coeur de Mina se mit à battre violemment. Elle aussi avait senti une présence...

— Attendez-là.

Marcus descendit de cheval, observa les alentours avant de disparaitre entre les arbres.

A présent seule, la jeune femme se mit à trembler et se concentra sur les flans de l'équidé contre ses jambes, apportant un peu de chaleur dans ce monde asservi par le froid. Elle resserra les pans de sa cape contre elle en fermant brièvement les yeux. Un frôlement glacé caressa soudainement sa joue et Mina leva la tête pour apercevoir, entre le couvert des arbres, un bout de ciel noir d'où tombaient des flocons blêmes.

Un rugissement fracassa le silence de la forêt et sans même avoir le temps de crier, elle vola dans les airs avant de toucher lourdement le sol. D'un saut incroyable, Marcus l'avait propulsée plusieurs mètres plus loin, la sauvant de l'attaque d'une créature effroyable.

Déjà, le vampire s'était redressé pour sauter sur son ennemi qui battait l'air de ses griffes acérées. La nuit était pourtant noire mais grâce aux dons qu'elle avait conservé, elle pouvait distinctement discerner le monstre devant elle.

Apeurée, elle recula contre un arbre en ne parvenant pas à détacher son regard du combat.

La créature était grande, atteignant presque les branches au dessus de leurs têtes. Sa gueule était celle d'un ours dont le corps ressemblait pourtant à celui d'un homme, corrompu par une force animale. Ses crocs géants luisaient dans l'obscurité tout autant que ses yeux d'un rouge surnaturel.

— Courez ! cria le vampire tout en esquivant l'attaque de la créature.

Transie de peur et d'une étrange fascination, elle ne parvenait pourtant pas à se lever. Le regard agrandi, elle fixait le spectacle macabre d'une bataille irréaliste comme si elle était hypnotisée.

— Partez ! Partez ! s'écria une nouvelle fois Marcus avant de percuter brutalement un arbre.

Son adversaire, doté d'une puissance incroyable, l'avait projeté contre un tronc massif si bien que des éclats de bois volèrent dans la nuit.

La violence du choc sortit Mina de sa torpeur qui s'enfuit à travers les bois. Elle ne voyait que les silhouettes des pins, suffisamment pour les éviter mais son visage, ses bras et ses jambes se trouvèrent cinglés par des branches acérées. La neige ralentissait sa course et il lui semblait entendre la respiration rugueuse du monstre derrière elle.

Et plus elle avançait, plus les grognements de la créature se faisaient entendre… il la suivait.

Gémissant, elle tenta d'accélérer, son cœur prêt à bondir hors de sa poitrine. Il était de plus en plus proche, elle pouvait sentir son haleine sanguine à travers l'odeur de la forêt. Soudain, elle vit se découper dans les ténèbres les contours piquants d'un grand portail haut de plusieurs mètres.

Franchissant la grille, elle se rua jusqu'aux escaliers menant aux grandes portes du château. Elle trébucha plusieurs fois tant les marches recouvertes de neige étaient glissantes. Alors qu'elle posait ses mains sur les deux immenses battants, elle tourna une dernière fois son visage et retint une exclamation surprise. Il n'y avait personne et seuls les battements de son cœur résonnaient dans la nuit.

La respiration rauque du monstre s'était tue.

Poussant une des portes, elle fut soulagée en sentant les gonds grincer sous la pression. Appuyant de tout son poids, elle réussit à pousser suffisamment le lourd panneau pour s'engouffrer à l'intérieur.

Épuisée, elle tomba à genoux sur la pierre glacée, une main posée sur sa poitrine.

« Marcus », souffla-t-elle avant de s'évanouir.

Quand la jeune femme rouvrit les yeux, elle porta une main à sa tête en sondant l'obscurité autour d'elle. Malgré l'absence de lumière, Mina vit que la salle était immense et qu'il trônait en son centre un énorme bloc sombre. Se redressant, elle s'aperçut qu'il s'agissait d'un escalier s'enfonçant dans des ténèbres insondables. A travers la fenêtre à meneau, elle vit que la nuit était claire.

Le jour ne tarderait pas à poindre…

—Marcus ! s'écria-t-elle en se précipitant soudainement vers les lourdes portes.

Réussissant une seconde fois à pousser le panneau, elle sortit dans le froid en guettant le moindre bruit révélant la présence du monstre.

– Marcus ! cria-t-elle dans un souffle glacé.

Le hululement d'une chouette fut la seule à répondre à cet appel.

Elle l'appela une nouvelle fois sans plus de succès avant de porter une main à sa bouche. Aux pieds des marches gisait une silhouette inerte dont l'identité ne souffrait aucune erreur.

Descendant le plus rapidement possible malgré le givre, elle tomba à ses côtés en le retournant délicatement.

La mort semblait avoir posé un masque victorieux sur le visage du vampire. Sa peau blême était plus translucide encore et le contour de ses yeux étrangement rougis. Sous lui, la neige avait pris la couleur du sang qu'il avait perdu. Une traînée rougeâtre était même visible jusqu'au portail et même au-delà…

—Que vous-est-il arrivé… murmura-t-elle en soulevant la tête du vampire pour la poser sur ses genoux.

Elle approcha sa main de son visage quand soudain, il ouvrit les yeux. Ces derniers étaient veinés de sang et ses iris plus bleus qu'à l'ordinaire alors qu'il interceptait son bras d'une poigne tremblante.

—C'est moi, souffla-t-elle.

A peine eut-elle prononcé ces mots que le chant d'un coq résonna quelque part et le cœur de Mina fit une embardée.

—L'aube… articula difficilement le vampire avant de tomber à nouveau dans l'inconscience.

La jeune femme se releva en regardant le ciel qui s'éclairait de secondes en secondes avant de fixer les escaliers. Il y avait bien trop de marches pour qu'elle puisse traîner un corps d'homme jusqu'au sommet et celles-ci, recouvertes de neige, ne le permettraient pas de toute façon.

Les poings serrés de frustration, elle tourna sur elle-même en essayant de capter la moindre échappatoire à la course du soleil.

Brusquement, ses yeux rencontrèrent une trappe à moitié dissimulée par un lit de feuillages. Relevant le bas de sa robe, elle se précipita vers les petites portes et débarrassa avec énergie ce qui obstruait le passage. Les doigts meurtris par le givre et le bois dur, elle tira avec désespoir la barre qui fermait la trappe.

Une larme d'énervement, brûlante, coula sur sa joue alors que le toit du château recevait les premiers rayons du soleil.

Marcus Manea ne devait pas mourir ! Il était sa seule chance de retrouver les bras de son amour. Non, il devait vivre !

Avec un cri de rage, elle réussit enfin à extraire la latte et ouvrit la trappe. Une odeur puissante d'humidité envahit ses narines, provenant de l'antre où des marches disparaissaient dans l'obscurité.

La jeune femme courut de nouveau vers le vampire et le traîna jusqu'à l'ouverture. La respiration hachée sous l'effort, elle parvint à le pousser dans les escaliers avant de refermer les portes derrière elle.

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