Récapitulatif :
Mina s'est enfuie de Londres afin de ramener Dracula à la vie avec l'aide d'une étrange vieille femme. Jonathan, Van Helsing, Seward et Arthur décident de partir à sa recherche.
En Roumanie, Mina fait la connaissance de Marcus Manea, un vampire, capable de l'aider dans son entreprise. De leur côté, les quatre hommes se font attaquer alors qu'ils cheminent vers Brasov par une mystérieuse créature à bord du train. Ils décident de suivre un convoi de bohémiens afin d'atteindre la ville le plus rapidement possible.
Marcus qui avait emmené Mina voir une sorcière susceptible de l'aider se retrouve également attaqué par un monstre sanguinaire.
L'aube est proche et Mina est seule capable de mettre à l'abri Marcus vulnérable aux rayons du soleil.
Merci à tous pour vos commentaires et pardon pour la longue, longue, longue attente !
La suite :
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Chapitre 10
Forces Obscures
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Dents serrées, Mina tirait le corps de Marcus en peinant à garder l'équilibre. Dos à l'escalier, elle descendait les marches dans l'obscurité tout en tenant fermement son fardeau. Au bout de minutes interminables, la jeune femme sentit enfin le sol devenir régulier. Lâchant le vampire, elle s'écroula à ses côtés, le corps recouvert d'une sueur glacée.
Elle ferma un instant les yeux et frissonna sous le contact de la pierre froide contre ses reins.
— Mina ?
Elle sursauta et se tourna vivement vers le vampire dont on voyait les iris luire dans les ténèbres.
— Vous êtes à l'abri du jour, répondit-elle.
Un froissement de tissu se fit entendre puis elle sentit les doigts glacés du vampire contre sa main.
— Tenez… souffla-t-il.
Réalisant qu'il lui tendait un objet, Mina s'en saisit et découvrit une boîte d'allumettes. Sans attendre, elle gratta la surface rugueuse et embrasa le petit bâtonnet.
— Ne me demandez pas... ce que je fais... avec ça... parvint-il encore à plaisanter.
Ils se trouvaient dans une petite salle s'ouvrant sur une arche de pierre. Les murs suintaient d'humidité, là où des touffes verdâtres abondaient entre les interstices de granite. Plusieurs objets avaient été entassés ou bien abandonnés. Quelques tonneaux recouverts de toiles d'araignées, un tabouret cassé, une boîte remplie de pièces rouillées ou encore des caisses défoncées encombraient les lieux. A moitié caché pour un vieux morceau de tissu, Mina aperçut un chandelier tordu sur lequel étaient encore plantées deux bougies bien entamées. Le bout de lin taché avait suffisamment protégé les mèches de l'air imprégné d'eau pour qu'elle parvienne à les enflammer.
Elle revint vers Marcus désormais entourée d'un halo de lumière ambrée.
— Laissez-moi regarder votre blessure, dit-elle en posant le chandelier sur le sol.
Ecartant les pans de sa veste trempée, elle distingua une quadruple entaille barrant l'abdomen du vampire.
— Elles sont profondes, constata-t-elle, impuissante. Je ne pensais pas que…
La jeune femme n'osa pas terminer sa phrase. Marcus émit alors un petit rire mêlé de plaintes douloureuses.
— Vous ne…. pensiez pas… que… nous… puissions… être blessés, acheva-t-il à sa place.
— Oui, souffla-t-elle.
— Vous avez… encore beaucoup… à apprendre… de nous, répondit-il difficilement.
— Que puis-je faire ? s'exclama-t-elle, mortifiée à l'idée qu'il meurt.
Il ne répondit pas. Les yeux à demi clos, il semblait plus mort qu'il ne l'avait jamais été. Seul le léger tremblement de ses mains contredisait sa fin pourtant proche.
— Vous ne devez pas mourir ! J'ai besoin de vous ! Marcus ! J'ai besoin de vous ! s'écria-t-elle en se penchant sur lui, maculant ses mains et son visage de sang.
Alors qu'elle sentait le goût du fer sur ses lèvres, son cœur se gonfla subitement d'espoir. Se précipitant vers la boîte dans laquelle gisaient des monceaux de ferraille, elle prit ce qui devait être un vieux couteau. Tremblante, elle se jeta aux côtés du vampire, posa sa tête sur ses genoux et trancha la peau tendre de son poignet.
Le cœur battant, Mina approcha l'entaille de ses lèvres blêmes.
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Sous sa demande, Van Helsing, Arthur et Jack avait accepté de partir avant même que les bohémiens ne lèvent le camp. Malgré ce que pensait Jonathan, les trois hommes étaient sincèrement touchés par la détresse du jeune clerc et chacun avait ses propres raisons : lord Holmwood connaissait la souffrance d'un amour perdu, Seward se retrouvait lui aussi seul au monde et le Hollandais avait également un combat à mener contre une entité hors du temps.
A vive allure, ils remontèrent la route de Brasov qu'ils finirent par atteindre quatre heures plus tard.
Abraham avait le sentiment d'être revenu plusieurs années en arrière. La ville n'avait pas changé. L'air froid circulait entre les ruelles mêlés de fumée dispensait par les multiples cheminés des maisons. L'odeur des plăcintăs* chaudes passaient sous les portes, provocant les cris des enfants impatients autour de la table familiale.
— Faisons une halte, j'ai grand faim ! s'exclama Van Helsing.
Sur ces mots, l'estomac de Jack émit un gargouillement retentissant.
— Je suis d'accord, appuya Jack.
— Vous connaissez un endroit où l'on pourrait manger ? demanda Jonathan.
— Oui, répondit le Hollandais. Suivez-moi !
Ils traversèrent un dédale de ruelles sombres avant que Van Helsing ne stoppe sa monture. Devant eux se dressait une auberge dont le vieux panneau battait mollement au gré d'un vent glacé mêlé de flocons de neige.
Attachant leurs chevaux, ils se hâtèrent de pénétrer dans la vielle bâtisse.
Seward laissa échapper un soupir de contentement sous la tiédeur bienvenue de la salle. D'une taille modeste, cette dernière était réchauffée par une grande cheminée rustique dans laquelle chauffait une marmite en étain. En dehors du foyer, aucune lanterne n'éclairait les lieux. Les fenêtres ne laissaient passer qu'une faible luminosité faute d'un ciel trop sombre, même en plein jour. A l'intérieur patientaient seulement une imposante femme penchée au dessus du feu et un petit homme derrière le comptoir.
Avisant une table, les quatre hommes s'installèrent en savourant un certain confort retrouvé.
— Un problème ? demanda Arthur en regardant Van Helsing.
Ce dernier tournait la tête en tout sens comme s'il cherchait quelque chose.
— Aucun ! rétorqua-t-il en s'immobilisant enfin.
D'un pas lourd, la femme s'approcha de leur table.
— Nous prendrons de quoi boire et de quoi manger ! Que servez-vous aujourd'hui ? demanda Abraham en roumain.
— Du lapin.
— Cela nous convient, répondit-il.
— Bien, répondit la roumaine en s'éloignant déjà.
— S'il vous plait ! l'arrêta néanmoins Van Helsing.
Elle se tourna en portant une main épaisse à sa hanche.
— A tout hasard, faites-vous toujours ce délicieux ragout d'ours ? la questionna-t-il.
Plusieurs émotions défilèrent sur le visage de la femme. Elle prit d'abord l'air terrifié, puis méfiant et finalement celui impénétrable d'une personne refusant d'aborder un sujet épineux.
— Non !
Sans dire un mot de plus, elle se hâta de servir ses clients dont l'estomac criait famine.
— Allez-y mes amis, déclara joyeusement Abraham en plongeant sa cuillère de bois dans sa gamelle fumante.
L'odeur plaisante du plat rassura les trois hommes qui se mirent à manger de grand appétit.
— Que lui avez-vous demandé ? demanda Jonathan à Van Helsing.
Ce dernier s'apprêtait à répondre quand un homme entra dans l'auberge. Se levant promptement, le Hollandais abandonna ses amis pour aller à la rencontre du vieillard au dos vouté.
— Dumitru Viesnec ? demanda Abraham.
L'inconnu leva la tête et regarda à travers ses épaisses lunettes la personne qui l'interpellait.
— C'est bien moi, répondit-il.
— Van Helsing, se présenta le Docteur. Vous souvenez-vous de moi ?
Un sourire éclaira les traits rabougris du vieil homme qui s'exclama :
— Abraham ! Mais bien sûr ! Que faites-vous ici ?
— Je suis… en mission. Puis-je vous présenter les trois personnes qui m'accompagnent ?
— Avec plaisir, répondit Viesnec.
Tout deux s'avancèrent vers la table et Van Helsing présenta ses amis au nouvel arrivant. Sans même les concerter, il proposa au vieillard de se joindre à eux. Une fois que l'aubergiste eut également servi Dumitru, le Docteur déclara :
— Cet homme fut mon professeur.
— Il y a fort longtemps, ajouta celui-ci en anglais.
— Vous parlez notre langue ! s'étonna Jack.
— Il faisait le tour de l'Europe pour enseigner son savoir à travers de grandes universités, expliqua le Van Helsing.
Un échange amical s'ensuivit alors jusqu'à ce qu'Abraham pose une question semblant anodine :
— Vous rappelez-vous d'un plat que servait cette auberge à l'époque ? Un ragoût d'ours dont la saveur me titille encore le palais des années plus tard !
— Malheureux ! Vous désirez qu'on vous jette dehors ! répondit-il non sans poursuivre son repas tranquillement.
— Comment cela ? demanda Arthur, un godet de vin dans la main.
— Il est difficile, voire impossible de chasser les ours à présent. Ils sont…
Le vieil homme prit le temps de saucer sa gamelle avec un moreau de pain avant de répondre :
— Une nouvelle menace, acheva-t-il. Ou devrais-je plutot dire, une ancienne menace ressurgie du passé. Nous tous préférons les éviter...
— C'était un ours ! s'écria subitement Seward.
— Que dites-vous ? demanda Jonathan en se tournant vers lui.
— La créature dans le train. C'était un ours ! déclara-t-il.
Un silence accueillit cette remarque qu'Abraham finit par rompre en expliquant discrètement au professeur leur précédente mésaventure.
Dumitru Viesnec écouta attentivement jusqu'à ce que le Docteur termine son récit.
— Venez donc chez moi. J'ai quelque chose à vous montrer, dit-il sous le ton de la confidence.
Derrière ses petits lunettes, Van Helsing nota que l'oeil du professeur s'était allumé.
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Un couvercle semblait peser sur les salles souterraines du château Le silence était quasi parfait en dehors des quelques plaintes étouffées que l'on entendait résonner et le bruit des gouttes d'eau tombant sur la pierre froide.
Mina sentait ses forces diminuer sous la morsure du vampire. Elle éprouvait la rigidité de ses canines dans sa chair. Son propre sang dégoulinait d'entre les lèvres de Marcus pour couler dans son cou blême. Ce dernier avait retrouvé un peu de force qu'il employait à plaquer plus encore le bras de Mina contre sa bouche.
— Je ne peux plus... souffla la jeune femme dont le regard commençait à se voiler.
Mais l'être vampirique ne semblait pas l'entendre, il continuait d'aspirer son fluide vital sans lâcher prise. Ses yeux s'étaient ranimés à mesure que le sang coulait dans sa gorge et ses iris luminescents s'étaient plus encore éclaircis.
— Marcus, je vous en prie ! s'écria-t-elle en tirant sur son bras.
Le cri de la captive sembla briser la transe dans laquelle il s'était plongé. Relâchant son poignet, il recula en fixant la jeune femme.
— Pardonnez-moi, murmura-t-il d'une voix rauque.
— Cela ne fait rien, murmura-t-elle en serrant son bras ruisselant contre son buste.
Marcus approcha sa main de son visage mais elle se détourna.
— Je ne voulais pas vous de faire mal. Croyez-moi.
Mina ne répondit pas. Elle n'en avait plus la force.
— Laissez-moi vous aider.
— C'est inutile. Je vais m'allonger.
— Vous avez perdu beaucoup de sang. Si je ne vous aide pas, vous allez mourir...
Ces paroles finirent par la convaincre. D'un faible hochement de tête, elle signifia au vampire qu'elle accepait son aide.
D'un geste souple, il souleva la jeune femme et s'enfonça dans les ténèbres des souterrains. Contre le torse de Marcus, Mina plongea dans une langueur fébrile.
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Quand elle rouvrit les yeux, Mina rencontra les contours inconnus d'une chambre à coucher. Sur le chevet, une bougie projetait un halo chancelant sur le mur tapissé aux motifs surranés. On avait cloué des planches sur les fenêtres si bien qu'aucun interstice ne laissait passer la lumière du jour.
Elle voulut se redresser mais un puissant vertige la saisit, l'obligeant à rester allongée. Tournant la tête, elle regarda si son étrange compagnon était là mais ne rencontra que le vide.
Il devait certainement faire jour ce qui expliquait l'absence du vampire.
Après avoir suffisament attendu, Mina se leva avec précaution. Elle remarqua alors que son poignet était bandé. Visiblement, Marcus avait pris soin de panser la morsure qu'il lui avait infligée.
S'emparant du bougeoir rouillé, elle sortit de la chambre et se retrouva dans un long couloir qui s'enfonçait dans les ténèbres. Le plancher craquait à chacun de ses pas et ajoutait une touche sinistre à ce lieu déjà lugubre. De fins rayons de lumière comme de longues aiguilles déchiraient l'obscurité poussiéreuse. La jeune femme dut à de nombreuses reprises baisser la tête pour éviter de vieilles toiles d'araignées.
Devant elle se dressait désormais une porte dont le bois était savamment scultpté. Une grande rose était représentée, de sa corolle de pétales à sa tige recouverte d'épines.
Subjugée par la beauté de l'ouvrage, Mina approcha sa main pour caresser les reliefs de la fleur. Elle sursauta quand elle passa son index sur l'une des petites crètes parsemant la sculpture et une goutte de son sang perla à son index avant de tomber sur le sol.
Piquée par la curiosité, la jeune femme poussa la porte. Une forte odeur de moisie mêlée à celles de vieux objets emplit ses narines.
Elle se trouvait dans un bureau car une table de travail ainsi qu'un fauteuil unique siègeaient au mileu de la pièce. Sur les murs mangés de poussière étaient rangés une centaines de livres aux tranches abîmées.
A l'instar du reste de la demeure, les fenêtres étaient condamnées, cachées par de lourdes tentures autrefois vertes émeraude. Désormais, ce n'était plus qu'un amas de tissu tombant sur le plancher.
Soudain, l'oeil de Mina accrocha l'éclat d'un regard bleu sans âge et son coeur s'arrêta de battre. Sur un pan de mur libre reposait un tableau colossal. Elle reconnut les traits de son Prince. Paré d'une armure cramoisi, ses longs cheveux ondulés tombaient sur ses épaules. Dans son bras replié, le casque du chevalier dragon reposait. Derrière lui, l'etendard des Dracul semblait flotter comme si le vent jouait avec lui.
Une larme coula sur sa joue tandis que Mina s'approchait de la peinture.
— Mon amour... souffla-t-elle.
Elle voulut approcher ses doigts de la toile mais ses jambes se dérobèrent avant. A genoux, elle fixa le cadre comme une sainte contemple le christ sur sa croix. C'était presque comme s'il se tenait devant elle, comme si son absente présence comblait l'espace vide de la pièce.
A travers ses larmes, Mina continua d'observer la peinture jusqu'à rencontrer un autre regard. La respiration coupée, la jeune femme se confondit dans ces autres iris d'un bleu différent, bien plus clairs, bien plus proches...
Marcus Manea se tenait aux côtés de Dracula. Il portait une armure noire et brillante dont le plastron était orné d'une rose épineuse.
Elle ne pouvait détourner les yeux ni même se lever. Hypnotisée, elle ne parvenait qu' à regarder, immobile, cette toile centenaire.
Mina resta prostrée longtemps, oubliant les heures dans la contemplation troublante de ces deux hommes. Plus aucun trait lumineux ne s'échappait des fenêtres désormais...
— J'étais certain que vous ne resteriez pas couchée.
Elle sursauta brusquement et tourna la tête. Dans l'encadrement de la porte se tenait le vampire. Il avait changé ses vêtements lacérés pour d'autres en bon état mais d'un autre temps.
— Ce tableau... souffla Mina en se relevant douloureusement.
Il vint l'aider en prenant ses mains dans les siennes. Elle les retira vivement puis recula, un bras tendu vers la peinture.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle en fixant les iris luisants de Marcus.
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Les quatre amis avaient suivi Dumitru Viesnec jusqu'à sa maison. La petite bâtisse, sur deux étages, regorgeait de bibelots insolites et d'une multitude de livres
— Fascinant, s'exclama Jack en observant le contenu d'un bocal.
Dans un liquide verdâtre, une sorte de petite créature rabougrie proche d'un foetus animal flottait à l'intérieur.
— Ecoeurant, le corrigea Arthur qui époussetait les manches de son gilet.
— Le professeur Viesnec est connu pour ses recherches dans le domaine des sciences occultes, expliqua Van Helsing qui portait lui aussi un regard intéressé sur le décor.
Jonathan, quant à lui, gardait ses lèvres scellées. Dans l'une de ses poches reposait une miniature de son épouse qu'il ne cessait de caresser, l'esprit envolé.
— Le voilà ! s'exclama Dumitru en émergeant des escaliers étroits.
Doucement, le vieil homme vint poser un livre épais sur une table déjà encombrée et l'ouvrit. Le quatuor s'approcha et découvrit sur les pages anciennes un croquis représentant une bête terrifiante.
— Etait-ce cette chose qui nous attaqué dans le train ? s'exclama l'aristocrate.
L'auteur avait rendu sommairement les traits disproportionnés d'un monstre croisé entre un homme et un ours.
— Je me suis fourvoyé, souffla Van Helsing en fixant le dessin. Ce n'était pas un lycanthrope.
— L'erreur est bien légitime, répondit Viesnec. Ils sont issus d'une souche commune, d'un mal infectieux ayant engendré des créatures abominables.
— J'ai étudié les lycanthropes sans jamais avoir répertorié d'autres espéces !
Van Helsing s'était exprimé avec une note de culpablité dans la voix.
— C'est un cas où l'ignorance n'est pas préjudiciable, poursuivit le professeur. Moi même aurais-je préféré que de tels monstres n'existent pas, bien que leur existence me fascine. Il faut avoir passé de nombreuses années ici pour entendre parler de ces créatures. Aucun écrit ne parle d'eux, seule une légende orale s'est transmise au fil du temps.
— Et quelle est-elle ? l'interrogea Van Helsing.
— En l'an 472 sévissait en ces terres un groupe d'hommes assoiffés de pouvoir et de carnage, commença le vieillard. Certains disent qu'ils sont des deserteurs, détachés des troupes romaines et d'autres disent qu'il s'agissait de barbares soumis à leur propres lois. Quoi qu'il en soit, ils ne laissaient sur leur passage que du sang et des cadavres. Pendant cinq ans ils ont terrorisé les villages, volé, pillé, violé jusqu'à assoir leur domination sur toute la Roumanie. Leur emblême était un ours et de ce fait, les villageois nommèrent leur clan l'Ursamorte.
Le professeur marqua une pause et constata que son auditoire était pendu à ses lèvres.
— Cependant, leurs crimes ne devaient pas rester impunis car la légende parle d'une malédiction qui se serait abbatue sur eux, continua-t-il. Un sorcière les aurait condamnée sous cette forme primitive pour rendre à la nature ce qu'ils s'étaient illégalement appropriés.
— Peut-on avoir foi en ces propos ? demanda Jack.
— Je l'ignore mais cette histoire est ancienne, très ancienne...
Van Helsing s'était plongé dans ses réflexions. Si certains détails de cette histoire semblaient fous, il pourrait cependant jurer qu'elle était vraie en grande partie.
— Que sont-ils devenus ? le questionna Jonathan.
— La légende dit qu'ils auraient été décimés par l'ordre sacré du Dragon.
— Dracul... souffla Van Helsing.
— Mais comment... balbutia Seward.
Van Helsing s'était mis à arpenter la pièce comme excité au plus profond de lui.
— Oui... réfléchit-il à voix haute. Dracula était déjà vampire à cette époque ce qui signifie qu'il a mené cette bataille du côté des ténèbres. Comprenez-vous ?
Il s'était subitement arrêté, l'oeil brillant.
— Que doit-on comprendre ? s'impatienta Arthur.
Un fin sourire étira les lèvres d'Abraham.
— Les démons se livrent depuis des siècles une guerre qui nous échappe. Le mal combat le mal.
— Et où qu'on aille, l'enfer nous guette, argua Jack.
— Et Dracula y est peut-être lié, conclut Van Helsing.
— L'enfer est donc sur terre, murmura Jonathan sans cesser de caresser la miniature au fond de sa poche.
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plăcintăs* patisserie traditionnelle roumaine
