Attention, spoiler Contes de Beedle le Barde !


Chapitre cinq: Hôtel milliards d'étoiles

Raconter une histoire, la belle affaire que voilà.

Ron jeta un œil aux autres, espérant que Ginny qui était douée pour le baby-sitting lui vienne en aide, mais elle était déjà installée dans sa tente avec Harry, et si le rouquin avait été capable de voir à travers le tissu, il les auraient vus rougir en évitant de se regarder. Hermione et Blaise avaient eux aussi gagné leurs pénates.

—Une histoire ?

Il ne regarda même pas Draco, se doutant que celui-ci ne voulait certainement pas s'en charger. Le blond lui donnait l'impression qu'il ne voulait rien faire pour Alita bien que cela soit aussi son rôle. Ron se disait qu'il avait de la chance qu'Arthur et Molly soient des parents aimants et dévoués à leurs enfants, sans parler des grands frères toujours prêts à prendre soin des plus jeunes, jouer avec eux, les faire rire, les consoler…Il devait en être autrement dans la famille Malfoy. Ron se prit alors à plaindre Draco qui avait du se sentir bien seul, des fois…Il n'avait pas reçu ce qu'il fallait pour donner l'affection à Alita. Pas que Ron se sentait prêt à s'occuper d'une môme, il se trouvait d'ailleurs plutôt nul en la matière, mais il songeait qu'il avait au moins une longueur d'avance sur le Serpentard.

Bien que celui-ci devait avoir changé dans le futur, puisqu'Alita était heureuse et semblait l'aimer beaucoup, il devait s'être amélioré on ne sait comment.

—Je ne connais pas d'histoire, Dit Draco.

—Ah ouais, même pas les Contes de Beedle le Barde?

—Non, mon père me l'interdisait, pour ta gouverne, la famille Malfoy a toujours jugé ces écrits immoraux, surtout celui avec cette histoire de fontaine magique…(1)

—Ouais, c'est sans doute à cause de l'union d'une sorcière avec un Moldu, hautement immoral, ça ! Railla Ron.

—Ouais, et en parlant d'union contre-nature, je préfère te prévenir que cela me rebute de devoir épouser quelqu'un nanti d'une paire de couilles poilues!

—Quoi ? T'es homophobe, en plus?

—Non, pas du tout !

—Tu viens de dire que tu ne veux pas m'épouser…Que ça soit parce que tu me hais, je comprends, mais là, tu as fait référence à ma virilité, c'est bien de l'homophobie, non?

—Tu ne comprends pas !

—Alors éclaire ma lanterne et ne me la fais pas prendre pour une vessie...ou l'inverse...euh...

—Je ne suis pas dégouté par l'idée de…d'être avec un garçon, mais je ne peux pas me le permettre…

—Pourquoi ?

—Parce que j'ai le sang pur, je dois me reproduire pour perpétuer la lignée noble à laquelle j'appartiens, or, pour ça, il me faut féconder une femelle…Donc, aimer un homme me condamne. A moins que tu ne m'apprennes que tu es hermaphrodite et que tu possèdes un utérus…

—Non, je te rassure, s'il y a un côté féminin en tout mâle, chez moi, il est bien caché, tu ne le trouverais pas, même avec un microscope subatomique…C'est d'ailleurs pour ça que nous avons adopté Alita. Mais je trouve assez inhumain ta vision du couple : ni amour, ni même de…de plaisir sexuel…l'aspect reproduction et basta !

—Ça fait bizarre dans la bouche d'un type dont la famille se multiplie comme des lapins surentraînés!

—On ne se multiplie pas comme des lapins !

—Non, c'est vrai, vous vous multipliez plutôt comme des bactéries ! Une vraie épidémie de Weasley !

—Mes parents s'aiment beaucoup et aiment la bagatelle, c'est pour ça qu'on est si nombreux, c'est pas ma faute si ton père est trop nul au pieu ou ta mère trop frigide pour te faire un petit frère aussi débile que toi pour combler ta solitude de fils unique!

—Dis plutôt que vous êtes trop pauvres pour vous payer des préservatifs ou que ton père est trop con pour les mettre correctement !

—Je ne sais pas ce qui me retient de te frapper encore un coup !

—Et bien…elle nous regarde…

Alita était assise près du feu et attendait qu'ils la rejoignent pour l'histoire.

—Elle ne doit pas saisir nos paroles, mais elle voit nos visages et entend nos intonations…

—Je vois…

Ron prit alors une voix sensuelle et regarda Draco avec un regard énamouré :

—Sale petit con, je vais arracher tes bijoux de famille et te les faire bouffer avec du ketchup…

—Et moi je vais te péter les dents une à une et en faire un collier pour qu'Alita puisse jouer à la femme des cavernes… Dit Draco avec le même jeu.

—Je vais t'empaler sur un pic à brochette et te faire cuire en tournant comme un poulet, puis je vais jouer au Quidditch avec ta tête en guise de Souaffle…

—Je te hais…

—Non, moi, je te hais…

—C'est moi qui te hais le plus…

—Bon, on lui raconte quoi, comme histoire ?

—Un truc qui fait peur, comme ça, elle ne voudra pas dormir seule et demandera pour passer la nuit avec nous entre nous deux…

—Pourquoi ?

—Parce que quitte à me réveiller demain avec quelqu'un à mes côtés, autant que ça soit sa mignonne petite bouille plutôt que ta sale gueule de Poil de Carotte !

—Tu sais ce qu'il te dit, le Poil de Carotte, espèce de Barbie blonde platine?

—Bon, vous zarrêtez d'échanger des mots d'amour pour venir me raconter une nistoire ? S'écria Alita.

—Bon, on y va.

Ils s'approchèrent de la fillette qui jouait avec une branche dans le feu en les attendant.

—C'est quoi, la nistoire d'auzourd'hui ?

—Euh…

Ils se regardèrent alarmés. Ron chercha rapidement une intrigue. Son regard se posa par hasard sur la tente d'Hermione et Blaise.

—Tu connais l'histoire d'Hermione la Championne ? (2)

—Comme Marraine ?

—Oui, mais ce n'est pas elle…quoi que…Fit malicieusement Ron.

Draco haussa les épaules et s'assit…ce qui eut pour conséquence qu'Alita alla s'installer sur ses genoux. Ben oui, si c'était Ron qui jouait les conteurs, il fallait bien que lui serve de fauteuil, merde alors!

—Hermione était une petite fille de ton âge, et sur bien des points, elle était parfaite. Pour commencer, elle était jolie…

—La fiction prend déjà le pas sur la réalité ? Se moqua Draco.

—Ce n'est pas cette Hermione-là, je viens de le dire ! Pffft…il est trop bête, il écoute même pas, Dit le rouquin en regardant Alita comme si Draco venait de faire exprès d'être idiot pour mettre l'ambiance.

Elle rigola et le blond grogna, la faisant rire encore plus.

—Hermione était la plus jolie, je disais donc, et la plus intelligente, elle avait toujours les meilleures notes à l'école…c'était aussi la plus polie, la plus distinguée…bref, la plus irréprochable…

—Elle avait pas de défaut, alors ?

—Si, un défaut qui allait la perdre, comme tu vas le voir plus tard…Mais avant ça, laisse-moi encore te parler de sa perfection : elle avait des dents parfaites, le dentiste lui disait toujours qu'elle méritait une récompense pour être la seule petite fille de son âge à se les brosser avant et après chaque repas, elle ne consommait jamais de bonbons, car ils sont mauvais pour la santé, Hermione mangeait tous les légumes qu'on lui proposait sans broncher, et elle finissait toujours son assiette…elle ne mettait pas ses coudes à table, elle ne parlait pas la bouche pleine et ne mâchait pas la bouche ouverte. Elle disait toujours « merci » et « s'il vous plait », elle obéissait aux adultes, elle n'était jamais en retard nulle part, ne courrait jamais dans la rue ou dans les couloirs…parce que si tu coures, tu abîmes tes chaussures, c'est pour ça qu'il faut toujours marcher…

—Dis-donc, elle est aussi ennuyeuse que la vraie, Commenta Draco, Est-ce qu'elle est aussi mange-boules avec les profs?

—C'est qui qui raconte l'histoire ? Assena Ron.

—C'est toi ! Exulta de joie Alita.

—Hermione était tellement parfaite qu'elle allait même jusqu'à corriger les autres enfants… « Et toi, fais tes devoirs, tu joueras plus tard ! » « Et, toi, ne courre pas, tu vas déformer tes chaussures ! » « Et toi, METS des chaussures plutôt que de te balader pieds nus comme un bohémien !» « Et toi, travaille pour l'école, tu t'occuperas d'avoir des amis quand tu seras savant…Est-ce que j'ai des amis, moi ? Non ! » « Et toi, mange tes épinards, sinon, tu ne grandiras jamais ! »

—Tsst, elle est énervante, Fit Alita, rigolant à moitié parce que Ron prenait une voix haut-perchée et moralisatrice qui n'était pas sans rappeler la vraie Hermione Granger.

—Hermione était très appréciée des grandes personnes, même que celles-ci décidèrent de lui ériger une statue pour que les autres enfants sachent qu'elle était un modèle pour eux. Hermione fut même interviewée par la Gazette du Sorcier où elle donna de précieux conseils pour être une petite fille parfaite…

—Ça c'est bien une idée d'adulte!

—Un jour, Hermione se baladait en ville près du zoo, quand tout à coup, elle vit une centaine de gens courir dans la direction opposée. « Et, ne courrez pas, vous allez déformer vos chaussures ! » Gronda-t-elle. Mais cette fois, personne ne l'écouta. Trop occupée à s'offusquer d'être ainsi ignorée— alors qu'elle était Hermione la Championne, que diable !— elle ne remarqua pas l'expression de peur qui se dessinait sur le visage des fuyards. Un petit garçon de sa classe eut tout de même la gentillesse de lui dire : « Hermione, tu dois courir, sauve-toi vite ! » « Pas question », Répondit-elle « Mes chaussures vont se gondoler… ». Et elle reprit sa route en marchant, et se heurta à quelque chose de gros, rugueux et vert. Elle leva les yeux et vit un immense crocodile. Voilà pourquoi les gens fuyaient : le reptile s'était échapper du zoo et semait la terreur !

—Ooooh! Fit Alita.

—Pauvre crocodile, c'est lui qui va avoir peur d'elle et non l'inverse!

—Mais tu te tais, Mal…Draco?

—Tssst.

—Hermione prit peur et s'enfouit en courant, mais elle trébucha, le crocodile la rattrapa et la saisit entre ses immenses mâchoires. Il la mastiqua, la broya et l'avala toute crue ! Le gardien de l'enclos arriva, lui seul pouvait maîtriser le reptile, et quand il le vit manger Hermione, il se fâcha. «Espèce de gros glouton ! » Tempêta-t-il « Sais-tu qui tu viens de manger ? Tu viens d'engloutir Hermione la Championne, la crème des petites filles ! ». « Bof » Répondit le crocodile— Ron fit une grosse voix— « La crème des petites filles ? J'ai déjà mangé des trucs meilleurs ! Si tu veux mon avis, elle était fadasse, aucun goût particulier…et pourtant, les enfants, d'habitude, ils ont un goût plus relevé!»

Ron marqua une pause.

—Voilà, ça se termine ainsi. Et maintenant, Alita, as-tu deviné la morale de cette histoire ?

La fillette sembla réfléchir.

—Oui :ça sert à rien d'être parfait, parce que ce sont nos défauts qui nous donne de la saveur !

—Tout à fait, Dit Ron en lui caressant affectueusement les cheveux.

« Ouf, finalement, c'était pas si terrible de raconter une histoire » Songea-t-il, « C'était même amusant de parler avec expression en faisant des voix différentes… »

—Allez, au dodo, maintenant, Annonça Draco.

—Oui, Pôpa!

Elle sauta par terre et regagna sa tente-igloo. Ron se dirigea vers la sienne, mais Draco l'arrêta.

—Je m'y connais pas vraiment en matière de gosse, mais est-ce qu'il ne faut pas la border ? Je crois que…oui, ma mère le faisait avec moi…une fois…ou deux…

—Ok.

Ils rejoignirent la tente d'Alita qui avait déjà enfilé sa robe de nuit, enfin, un tee-shirt de Ron qui allait avoir cette utilisation puisqu'elle n'avait pas emporté sa garde-robe à travers le temps.

—Z'aime bien le crocodile, Dit-elle au bout d'un moment.

—Il a pourtant mangé la petite fille.

—Oui, mais il a bon goût, c'est un gourmet, il veut manzer des zens qui ont de la saveur…Ze serais flattée s'il voulait me manzer…Et pis, ze préfère lui qu'André Cornichon…

—Hé hé…Allez, bonne nuit, ma princesse, Dit Ron en lui donnant un baiser sur le front.

Draco observa la scène avec curiosité, afin de voir comment opérait Ron puisque celui-ci était plus habitué. Donc, il fallait trouver un surnom affectif à Alita ? Hum…Ron avait trouvé «princesse» sans réfléchir. Il décida de faire pareil :

—Bonne nuit, ma petite poupée, Lâcha-t-il en l'embrassant.

—Bonne nuit, P'pa, bonne nuit Pôpa !

Elle se pelotonna contre son oreiller et ils sortirent du château-fort pour se diriger vers leur propre tente.

—Je viens d'avoir une idée sympa, tiens…Dit Draco.

—Quoi ?

—Tu dors dehors à la belle étoile et j'ai la tente pour moi tout seul!

—Tu plaisantes ? Je ne passerai pas la nuit dehors, et s'il pleut ?

—L'eau lavera ta sale gueule crasseuse !

—Je ne suis pas crasseux !

—Tu dors dehors, point à la ligne.

—Et tu crois peut être que tu vas m'empêcher d'entrer dans la tente ?

Draco ne répondit pas car Ron avait déjà ouvert la tirette et entrait à quatre pattes. C'était une vraie tente moldue, ce qui signifiait que lui et Draco allaient dormir très proches l'un de l'autre. Ça ne l'enchantait guère. Le blond entra lui aussi, avec mauvaise humeur et ils se tournèrent le dos pour se déshabiller et se mettre en pyjama.

«C'est pas comme si j'allais être tenté de le reluquer » Songea Ron « Mais j'ai surtout pas envie de vomir en le voyant en sous-vêtements… »

Il fut le premier des deux à se glisser dans son sac de couchage (une invention moldue inconfortable, se dit-il) et garda les yeux ouverts fixés sur le plafond quand il entendit le blond prendre place dans sa propre couche. Il se demanda alors s'il fallait lui souhaiter bonne nuit, pas qu'il voulait vraiment qu'il ait le sommeil agréable ni même qu'il voulait être poli, mais que tout simplement, s'il devait passer les semaines ou les mois à venir avec Malfoy, il valait mieux que leurs rapports se réchauffent un peu, et s'adresser la parole sans s'insulter constituerait déjà un progrès de taille.

—Bonne nuit, Mal…Draco !

—Ta gueule, belette !

« Raté. Pénible, ce mec.»

oOoOOOoOo

Ron ne sut pas quand il s'endormit exactement, car longtemps après l'extinction des feux, il était toujours entrain de réfléchir abondamment à tout ce qui s'était passé depuis ce matin : il s'était levé comme tous les jours et rien n'était anormal jusqu'à ce que Rogue arrive en retard à son cours et ne leur demande, à Hermione, Malfoy et lui, d'aller dans le bureau du directeur. Et là, les découvertes subjugantes s'étaient succédées comme un éclair en chaîne. Il n'allait pas épouser Hermione. Non, il allait faire sa vie avec le fils de Lucius Malfoy, se sale chiard stupide, gâté et égocentrique qui semblait avoir décidé que c'était son boulot de lui pourrir la vie. Ils allaient se marier et adopter une petite fille asiatique. De quel pays venait-elle au juste ? Sans doute de Chine, un pays surpeuplé où on abandonne chaque année des petites filles parce que leur dot reviendrait trop chère…Un beau geste de leur part, pensa-t-il en imaginant bébé Alita livrée à elle-même au bord d'une rizière où ses parents biologiques l'auraient laissée. Bien que Ron ne se sentait pas encore assez mature pour s'imaginer père, il se fichait comme d'une guigne que l'enfant soit de lui ou adopté, il y avait assez de Weasley sur terre comme ça et l'ADN comptait moins que l'amour…

Mais Malfoy…raisonnait-il ainsi ? Sans doute que non, il avait été clair sur le sujet : sa lignée, sa noble lignée, son sang pur d'aristocrate, sa précieuse race aryenne…Comment le Ron du futur avait-il put le convaincre d'aller se battre en Asie contre une bande de cons qui refusent l'adoption par les couples homosexuels ? Pouvait-il changer, se bonifier en mûrissant, comme le vin ?

Le blond avait quasiment avoué son homosexualité tout à l'heure, ou alors, sa bisexualité au moins. Mais il en avait honte, et c'était ridicule car il s'agissait encore d'une idée de sorcier-nazi que Lucius devait lui avoir fourré dans la cafetière !

« Et moi, suis-je gay ? »

Ron n'y avait jamais vraiment pensé. Il n'avait rien contre mais dans la mesure où il jouait au chat et à la souris avec Hermione, il s'était cru résolument hétéro. Mais à présent, il savait que dans le futur, la vue de Draco Malfoy risquait de lui provoquer des afflux sanguins impromptus. Il ne pouvait pas être complètement hétéro dans ce cas.

« Merde, et la façon que j'avais d'être excité comme une groupie devant certaines stars du Quidditch, ça venait de là alors ? Pourquoi je m'imagine Krum torse nu tout d'un coup ? Ehhh sors de ma tête, toi, de toutes façons, apparemment, mon genre, c'est pas les grands bruns baraqués mais les petits blonds avec une carrure de crevette ! »

Il se demandait si Draco avait lui aussi l'esprit en ébullition. Probablement, qui pourrait arriver à dormir avec ça sur la conscience ?

Et donc, il ne sut pas quand il parvint à tomber dans les bras de Morphée, mais il fut rapidement réveillé.

—P'pa ! Pôpa !

Il ouvrit les yeux. Alita était entrée dans leur tente, emmitouflée dans un polar, et elle les secouait tous les deux. Draco ne bougea pas, bien que Ron le soupçonnait de faire semblant de dormir, mais c'était trop tard, Alita avait déjà compris que le roux était bien réveillé.

—Qu'est-ce qu'il y a ?

—Veux faire pipi…Mais fais tout noir…et pis…André Cornichon…

—Tu veux que je t'accompagne ?

—Oui, siteuplait !

—Ok.

Il enfila rapidement ses chaussures et un pull car l'air était frisquet. Il prit aussi un rouleau de papier hygiénique et sa baguette avec lui, car McGo avait raison : la Forêt Interdite était dangereuse, surtout de nuit, et Ron y avait été assez de fois pour savoir qu'on y rencontrait autre chose que des écureuils (ou alors, des écureuils psychotiques qui attaquent les gens).

Il sortit et prit Alita par la main avant de s'engager vers un sentier menant à un endroit tranquille.

—Tu crois qu'André Cornichon est là ? Demanda Alita en tournant son petit visage inquiet vers lui.

—Avec ce qu'on lui a mis tout à l'heure, ça m'étonnerait, s'il veut te manger, ce sera sous forme de perfusion, comme pour les petits vieux en phase de crever!

—Mais tu sais qu'il a le pouvoir de se soigner super-vite?

—Bah, dans ce cas, t'en fais pas…Je suis là !

Oui, c'est ça, il fallait être protecteur.

—Z'ai peur, fait tout noir!

Lumos , tiens prends-la!

Il lui tendit sa baguette pour qu'elle s'en serve comme lampe-torche.

—Ze vais aller faire pipi là, Dit-elle en se dirigeant derrière un gros arbre noueux.

Il regarda ailleurs pendant qu'elle s'exécutait.

—Z'aime vraiment pas le noir…

—Il ne faut pas avoir peur, ce n'est pas parce que la lumière a disparu que le monde devient plus effrayant…

De toute façon, Ron n'avait pas peur du noir, lui, il avait peur des…tiens, justement, il y en avait une qui avait apparu dans son champ de vision, se balançant au bout de son fil de soie comme une trapéziste.

« Beurk, va-t-en , créature satanique…ouais, bon, je vais pas avoir peur, c'est une toute petite araignée…»

Mais une autre fit apparition, un peu plus grosse. Ron la repoussa encore, et une troisième arriva, de taille plus grande que la deuxième.

«Mais c'est quoi ce bordel ? Elles savent que je suis arachnophobe et s'amusent à m'embêter exprès?»

Mais plus les araignées devenaient grosses, plus ce qui n'était qu'un dégout se transforma en véritable malaise. Et puis, elles arrivaient plus nombreuses. Ron jeta un œil vers Alita qui s'était accroupie derrière son arbre mais semblait n'avoir rien remarqué. Ron donnait des coups de pieds rageurs pour faire partir les bestioles, non content de ne pas avoir sa baguette pour les balayer d'un coup.

Et tout à coup…

—Hiiii, P'paaaaaa, ya une bête qui me regarde…

—Quoi ?

Il tourna la tête vers elle et son sang se glaça.

« Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il y a une divinité qui a décidé de tester mon courage, cette nuit ! ».

L'acromantule s'approcha d'Alita qui n'osait pas bouger.

« Quelle horreur, quelle horreur…comment je fais, moi ? J'aime pas les araignées, j'aime pas les araignées, jaimepaslesaraignées jaimepaslesaraignées jaimepaslesaraignées…Alita…allons, il ne faut pas que j'aie peur, ou du moins, il ne faut pas que j'aie l'air d'avoir peur…Parce qu'Alita a six ans, elle a besoin de croire que les adultes censés veiller sur elle n'ont peur de rien…Je dois jouer les héros sans peur et que rien n'arrête…Et puis, merde, je suis un Gryffondor, je ne suis pas du genre à me faire dessus devant le danger, et puis des accromantules, j'en ai déjà vu de près quand j'avais 12 ans…Je peux y arriver! »

—Et toi ! Je t'interdis de te rincer tes huit yeux dégueulasses quand ma fille fait pipi !

Suivant un élan de courage irréfléchi, il ramassa une grosse branche, se rua et se campa entre Alita et la bestiole. Il sentit le râle de l'animal contre son front moite, ses gros yeux globuleux le toisant avec gourmandise. Sa respiration s'accéléra et il sentit son cœur battre aussi fort qu'une horloge dont le coucou aurait pété un câble. Il brandit sa branche et assomma l'araignée de toutes ses forces avec. Mais cela ne parvint qu'à la faire reculer et à blesser trois de ses yeux. Il sentit les deux petits bras d'Alita enserrer sa jambe.

« Pense à quelque chose de plus terrifiant que cette acromantule et tu verras qu'en comparaison, celle-ci ne te fais pas peur… » S'ordonna-t-il, «Je sais : Ombrage en string, Ombrage en string ! Ça maaarche!»

—Ma baguette, Haleta-t-il, passe-moi ma baguette !

Il sentit qu'Alita glissait l'outil de sorcellerie dans sa main tendue. Il se concentra en pensant au sortilège de défense que Harry avait utilisé.

Arachna Exime !

L'araignée recula encore. Ron décida de la frapper le plus de fois possible.

Arachna Exime ! Arachna Exime ! Arachna Exime !

La bestiole s'était retrouvée sur le dos, blessée. Ron se dit qu'il avait besoin d'un sort violent. Allez, Rogue n'allait pas lui en vouloir, avec toutes les araignées innocentes qu'il lui avait fait découper au cours de Potions…

—Sectumsempra !

La bête hurla avant d'expier, son sang jaunâtre jaillissant de son ventre. L'étreinte d'Alita se resserra sur la jambe de Ron. Ils attendirent tous deux que l'acromantule ne bouge plus pour sauter de joie.

—Tu l'as eue, tu as l'as eue ! P'pa t'es le meilleur !

—Ouais…Je l'ai fait…

Ron s'était rarement senti aussi bien. Vaincre l'objet de sa phobie irrationnelle lui procurait une agréable sensation d'accomplissement. Il s'approcha de sa victime et décida qu'une preuve de son courage ne ferait pas de mal à son égo trop souvent mis à mal. Avec sa baguette, il découpa délicatement la tête de l'animal et la cala sous son bras, bien que le dégout lui donnait envie de vomir.

—C'est un trophée ? S'enquit Alita.

—Oui, tout à fait. T'as fini ton pipi ?

—Vi vi.

Ils repartirent au campement. En passant près de la tente de Harry et Ginny, Ron se rappela la première fois qu'il avait affronté des accromantules rien que pour épauler Harry. Il avait fait face à sa phobie pour lui, mais Harry ne lui avait même pas dit « merci », n'en ayant que pour l'héritier de Serpentard à l'époque. Quant à Ginny, elle s'était trop souvent moquée de la phobie de Ron avec les jumeaux. Une petite vengeance s'imposait pour ces deux-là.

Il fit signe à Alita de faire le moins de bruit possible, et en silence, il dézipa la tirette de la tente pour découvrir Harry et Ginny profondément endormis. Avec précautions, il plaça la tête de l'araignée entre eux deux et ricana intérieurement de leur réaction en voyant ce machin dès le réveil.

Ensuite, lui et Alita regagnèrent leurs tentes respectives.

Mais à peine la fillette eut-elle atteint la porte de son château-fort qu'elle entendit son père pester.

—Mais qu'est-ce que…

Il s'énervait sur la tirette qui ne voulait pas s'ouvrir mais qui ne semblait pas coincée…Et puis il comprit : Draco avait bel et bien fait semblant de dormir, et une fois Ron et Alita partis, il avait jeté un sort sur la tente pour empêcher le rouquin d'y entrer, l'obligeant à passer la nuit dehors comme il l'avait décidé. Il s'imaginait bien le blond esquisser un sourire de triomphe dans le noir.

—Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Alita.

—Rien…Ton autre père est un petit malin, voilà ce qu'il y a…Il voulut me faire une blague et m'a coincé dehors...Et puis, il a du s'endormir.

—C'est pas grave, je vais dormir dehors avec toi…

Elle s'en alla chercher une doudoune dans sa tente-igloo et s'installa près du feu mort où quelques braises étaient encore rouges-grises. Ron fit contre mauvaise fortune bon cœur et la rejoignit. Ils s'enroulèrent dans la doudoune, Alita serrée contre Ron. Ils regardèrent la vaste étendue du ciel au-dessus d'eux, car les cimes d'arbres étaient très dégagées à cet endroit.

—Tu sais, Alita…Draco est riche, alors que je suis pauvre…Nous n'avons pas toujours les mêmes valeurs…

—Mais vous vous aimez, donc on s'en fiche, non ?

—Oui, bien sûre…Je l'aime… Mais ce que je voulais te dire, c'est que lui, il est beaucoup trop accoutumé à vivre dans le luxe alors que moi…Je ne sais même pas ce que ça veut dire…Mais regarde le ciel…Les hôtels des riches ont au maximum cinq étoiles…Mais les hôtels des pauvres…en ont des milliards!

Mais en son fort intérieur, Ron pensa:

« Stupide Malfoy, demain matin, je lui en colle une ! »


(1) Véridique, ceux qui ont lu Les Contes de Beedle le Barde le savent.

(2) Il existe vraiment un livre pour enfants portant ce titre, je l'ai lu à ma petite cousine mardi dernier, si si ! Il date de 1994 mais le personnage possède quelques points communs troublants avec notre Miss-Je-Sais-Tout préférée…J'ai tout de même un peu remanié cette histoire.