Chapitre six: Le cœur de Draco
Hermione était du genre couche-tôt-lève-tôt, et c'est ainsi qu'elle fut la première à se réveiller, grâce à un faible rayon de soleil qui transperçait le tissus de sa tente. Après s'être frotté les yeux, elle s'appuya sur ses coudes et jeta un œil à Blaise qui dormait paisiblement.
« Comment cela se faisait-il qu'il soit finalement l'homme de ma vie ? » Songea-t-elle, «Il parle tellement peu souvent qu'on dirait qu'il économise sa salive, alors que moi, je me fais souvent traiter de moulin à paroles…enfin, c'est pas pire que Ron avec Malfoy, comme idée…
« Ron. »
Elle avait pleuré toute la nuit pour lui, pour la désagréable découverte faite la veille comme quoi il ne serait jamais à elle. La peau de ses joues était particulièrement sèche là où ses larmes avaient coulé et goûtait le sel.
Mais elle avait décidé d'être forte et de ravaler ses larmes que personne n'avait vues…
Enfin, ça, c'était ce qu'elle croyait.
Elle mit un pull par-dessus sa robe de nuit et sortit de la tente, persuadée qu'elle serait seule. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir sa filleule au coin du feu, entrain de jouer avec une chenille qui passait par là, ainsi que Ron qui dormait toujours enroulé dans une doudoune.
—Marraine…Murmura Alita en l'apercevant.
Hermione s'approcha d'eux en silence et prit place sur un rondin qui leur avait servi de siège la veille.
—Qu'est-ce que vous fichez dehors?
—Pôpa a fait son rigolo et maintenant P'pa peut plus entrer dans la tente…Alors z'ai dormi ici avec lui, y'avait plein des zétoiles, c'était beau.
« Malfoy a fait ça…Oh, le sale petit enfoiré…Il a droit à Ron à ma place et voilà comment il le traite! »
Ron était du genre lève-tard-couche-tard, elles pouvaient discuter tant qu'elles voulaient, il n'allait faire rien d'autre que ronfler à leurs côtés.
—Il a battu une naraignée, hier…Dit Alita.
—Quoi ? Ron ? Une araignée ?
—Vi vi, pour me défendre…
—Tu es sûre que tu n'as pas rêvé, ma puce ? Ton papa à une peur bleue de ces bêbêtes-là…
—Il a peur de rien ! Z'ai pas rêvé !
—Tout le monde à peur de quelque chose! Fit remarquer Hermione.
—Nan, P'pa il a peur de rien!
—Mais je te jure que si, c'est impossible de n'avoir peur de rien ! Et lui, aussi longtemps que je l'ai connu, il meurt de trouille devant…
—Hermione…Dit une voix grave derrière elle.
Elle se retourna.
—Tonton Blaise!
—Tu es levé…euh…chéri ? Bégaya-t-elle en rougissant.
—Va réveiller Papa Draco, Alita, Ordonna-t-il.
Hermione trouvait tellement rare de l'entendre parler que ça lui faisait bizarre.
—D'accord, Gazouilla la fillette en se dirigeant vers la tente du blond, et Hermione comprit qu'il l'avait éloignée exprès.
—Tu ne devrais pas essayer de démolir Weasley devant elle, Dit-il.
—Quoi ? Mais qu'est-ce que j'ai dit de mal ? Il n'a jamais été dans mes intentions de…
—Si elle te dit que Weasley n'a peur de rien, laisse-la croire ça, elle a six ans, elle a besoin d'un héros invincible. Quand elle sera une adolescente, elle le remettra en cause pour en venir à la conclusion que les adultes sont aussi des humains imparfaits qui ont parfois peur…En attendant, laisse-la avoir une image idéalisée de lui…De toute façons, elle n'écoutera pas tes arguments rationnels…
Hermione était subjuguée par la longueur de ce que Blaise venait de dire. Elle en déduit qu'elle avait vu juste : il économisait sa salive et ne l'utilisait que quand ça valait vraiment la peine de parler. Il n'était pas timide, il trouvait juste que beaucoup de paroles étaient inutiles et que ce n'était pas la peine de les gaspiller.
—Je sais que tu as pleuré toute la nuit…Murmura-t-il.
Mais avant qu'elle ne réplique, un cri strident retentit dans le campement.
—Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!
—C'est quoi ça ? Marmonna Draco en émergeant de sa tente.
—C'est Tata Dzinny qui a du voir la tête de la naraignée…
—Wouaaaaaa !!!!
—Et Tonton Super-Harry aussi.
Harry et Ginny sortirent avec précipitation de leur tente, la rouquine poussait des petits couinements de souris et s'emmêlait les pieds dans les tendons de la tente. Harry se calma plus rapidement, car il n'avait pas vraiment peur, il avait juste sursauté en découvrant une tête d'acromantule morte dès qu'il avait ouvert les yeux. Dès que son rythme cardiaque retrouva la normale, il saisit la chose et l'examina avec dégout, Ginny derrière lui et lui griffant les épaules de stress.
—C'est quoi, ce truc ?
—La tête à la naraignée !
—L'araignée, pas la naraignée, Rectifia Hermione, Ça commence par une voyelle…
—Malfoy ! Beugla Harry en se tournant vers lui, C'est toi qui a balancé ce machin dans notre tente ?
—Non, hélas…Ce n'est pas moi qui ai eu cette merveilleuse idée…Assena le blond, venimeux dès le matin.
—Menteur, Cracha Ginny, Je parie que c'est toi.
—C'est P'pa qui l'a mis, pour vous faire une blague, Expliqua Alita.
—Tu vois, même ta gamine t'accuse !
—Nan, c'est pas lui, c'est P'pa !
—Euh…attends, Harry, elle veut dire que c'est son autre père…
—Quoi ? Ron qui mettrait une tête d'acromantule coupée dans notre…Mais ça ne tient pas la route.
Ginny et Harry se détendirent et se mirent à rire.
—Alita, c'est toi la blagueuse ! Ron qui a toujours la trouille des araignées…lui…il ne ferait pas ça…
—Mais si, c'est lui, il est allé avec moi hier paskeuh ze devait faire pipi et la naraign…euh l'araignée— elle avait sentit le regard d'Hermione —voulait me manzer alors il l'a tuée pour moi!
Le binoclard et la rouquine n'arrêtèrent pas de rire.
—Mais voyons, ma puce, ton papa a peur des araignées, il ne peut pas…
—Ouais, c'est l'autre, c'est Mal…Draco qui nous a fait cette blague de mauvais goût…
—Je vous jure que non, Dit Draco, Et puis, pourquoi ce ne serait pas Weas…Ron le coupable ? Il a vraiment peur des araignées ?
—Ah…c'est vrai, au juste, Dit Ginny, Il n'a jamais vu Ron confronté à une araignée, il n'est pas au courant pour sa phobie…
—Et on vient de lui fournir une arme contre lui, Fit Harry, se rendant compte de leur bourde.
—Une arme ? Répéta Draco. Je m'en fiche, ce genre de chose ne peut pas être une arme. Il pourrait avoir peur de la tarte au citron meringuée qu'il en mangerait quand même rien que pour jouer les héros courageux…Parce que c'est un Gryffondor…Vous êtes tous comme ça, dans cette Maison !
Harry et Ginny se turent.
—J'arrive pas à croire que les premières choses que tu nous dises après t'être levé soient si désagréables, Commenta Hermione.
—Pôpa, ze peux avoir de la tarte au citron meringuée, tu les fais tellement bien ?
—Tu crois vraiment que c'est le moment pour faire de la pâtisserie ? Je n'ai ni le matériel ni les ingrédients ! Et puis, je ne veux pas que tu manges un dessert le matin!
—Tu n'es pas obligé de lui parler si froidement, Gronda Ginny, les sourcils froncés.
—Je t'ai demandé ton avis, toi ?
—Y'a pas des citronniers-meringues ici ? Demanda Alita.
—Non, de plus, ça n'existe pas ! Et maintenant, on devrait réveiller l'autre abru…Ron!
—T'es en colère, pourquoi , Pôpa ?
La bouche d'Alita se tordait de tristesse et ses yeux devenaient humides.
—Si elle pleure, je te tue, Assena Ginny à Draco.
—Hmmmm…Fit Ron en se réveillant, Pourquoi vous parlez aussi fort ? Et puis, qu'est-ce que vous faites dans ma chambre, vous tous ?
—Dans ta chambre ?
—Hé hé, P'pa, il croit qu'on est à la maison.
Ron ouvrit les yeux et en apercevant les arbres, les souvenirs lui revinrent.
—Bonzour P'pa !
—Salut, princesse, bien dormi ?
—Vi, mais tu sais quoi, ils veulent pas croire que t'as battu une araignée !
—Hum…Rien d'étonnant, je dois dire…
Il se leva et marcha vers Harry qui tenait toujours la tête du monstre.
—Ron…C'est vraiment toi qui a tué cette chose ?
—Ouais, pourquoi ?
—Ben, tu n'as pas peur des araignées ?
Ron jeta un œil à Alita. Jouer les héros sans peur, s'admonesta-t-il.
—Je ne les aime pas beaucoup, et alors ? En quoi ça m'empêche d'en tuer une ? Surtout si elle voulait dévorer Alita…
—Leurs versions concordent, Souffla Hermione, Peut-être qu'il ne ment pas…
—Je connais quelqu'un qui a peur des détraqueurs, Dit Ron d'un ton négligent…et pourtant, ce quelqu'un est réputé pour être le plus jeune élève à avoir réussi à créer un patronus…Alors, un arachnophobe qui tue une araignée géante pour défendre sa fille…
Il prit la tête de la bestiole des mains de Harry, l'air de dire « Vous voyez, j'ai vaincu ma peur!».
—Alors c'est toi qui as balancé ça chez nous? Dit Ginny.
—Oui.
—D'accord…Dit-elle calmement.
Elle retroussa la manche de son pyjama, et sans que personne ne le vit venir, elle donna un coup de poing à Ron.
—Tiens ! C'est pour m'avoir joué ce sale tour, p'tit con !
Alita plaqua ses mains sur sa bouche, mais se rassura quand elle vit que Ron riait aux éclats.
—Ha ha ha…Je vous ai bien eu, ça vous apprendra à me prendre pour un trouillard…Et maintenant, si on petit-déjeunait ? J'ai une de ces dalles !
—Euh…Oui, Dit Hermione, Il nous reste des œufs, du pain et des morceaux de lard…On devrait faire des omelettes et rallumer un feu pour cuire la viande…
Tous commencèrent à s'affairer pour le repas. Sauf Draco qui n'aimait pas ce genre de corvée. Alita resta près de lui.
—Il a vraiment combattu une araignée géante la nuit dernière ?
—Vi. Il a peur de rien, car il est courageux.
—Etre courageux et n'avoir peur de rien, ce n'est pas la même chose.
—Hein ?
—Oui, tout le monde à peur de quelque chose, et le courage, c'est avoir peur, mais y aller quand même quitte à affronter cette peur, Expliqua Draco.
—Ah…Mais alors, P'pa, il…
—Il est courageux, Dit Draco.
Il se rendit compte qu'il venait de dire quelque chose de positif sur Ron. Il s'empressa de corriger cette faute :
—En même temps, le courage, c'est parfois bien stupide, la peur est souvent là pour t'indiquer un danger que tu ne peux pas surpasser et ça te fait comprendre qu'il vaut mieux fuir pour sauver ta peau plutôt que de mourir bêtement en jouant les preux chevaliers arrogants…Les Gryffondors dépassent rarement l'âge de 30 ans à cause de ça…Ron a eu de la chance, il a faillit se tuer stupidement, hier…
—Mais il a fait ça pour moi !
—Ouais, c'est vrai, il a une excuse, mais la prochaine fois, qui sait, il va peut-être y rester ? On risque de se retrouver rien que nous deux dans cette "famille"...
Alita devint plus pâle que les cheveux de son père blond et courut vers Ron pour se cramponner à lui et se mit à sangloter, le nez enfuit dans son haut de pyjama.
—Ze veux pas que tu meeuuuuuuuuurrrrrrresssss !!!!!!Beuuuuuouiiiinnnn !!!!
Tous levèrent des yeux furieux vers Draco qui souriait de façon narquoise.
—Qu'est-ce que tu lui as encore raconté, toi ? Dit Ginny alors que Ron serrait Alita contre lui pour l'apaiser.
—Oh rien de plus que son père était un Gryffondor et tout ce qui en découlait…
—Il fait encore référence à ce vieux cliché, Gémit Hermione, Aux yeux des autres Maisons, nous passons pour des idiots nantis d'un stupide courage irréfléchi…
—C'est vrai pour Harry, Marmonna Ron, Mais faut pas faire de généralités, non plus…
—Comment ça ? Dit Harry.
Blaise soupira et se leva de son rondin pour poser sa main sur l'épaule d'Alita. Elle se tourna et le regarda intriguée, le visage baigné de larmes. Il s'accroupit près d'elle.
—T'en fais pas, petite, Les Gryffondors sont peut-être courageux, irréfléchis et idiots, mais les Serpentards sont lâches et leur intelligence est trop souvent mise au service de leur égoïsme…C'est pour ça que c'est une bonne chose que tes papas se soient mariés…ça crée un équilibre qui fait qu'il y en aura toujours un des deux qui saura ce qu'il convient de faire dans une situation dangereuse…être prudent et fuir…ou être courageux et se battre …
L'expression de Draco changea.
—Judas !
Blaise l'ignora et demanda à Hermione comment elle préférait ses œufs. Alita retrouva le sourire et en la voyant redevenir radieuse, Ron se fit la même réflexion qu'Hermione quelques minutes plus tôt: Blaise ne parlait pas beaucoup, mais quand il le faisait, c'était pas pour raconter des conneries, contrairement à certains...
Ils s'assirent autour du feu et commencèrent à manger, bien que l'ambiance n'était toujours pas celle de l'allégresse. Ron se rappela alors qu'il avait une annonce à faire à propos du voyage…Dumbledore lui avait dit qu'il fallait faire la surprise à Alita et n'avait pas eu l'occasion d'en parler aux autres depuis la veille.
—Et, princesse…Nous avons une surprise pour toi !
—Hein ? Une surprise ? C'est quoi, c'est quoi, c'est quoi ? C'est pour mon anniversaire ? Mais c'est dans cinq zours, pourquoi ze l'ai à l'avance ?
—Euh…ton anniv…euh oui ! Mais si on te l'offre maintenant, c'est parce que c'est un cadeau un peu particulier.
Tout le monde regarda le rouquin, se demandant de quoi il parlait.
—Ce soir, nous iront prendre un Portoloin, et nous partons en vacances !
—Qu'est-ce que…Commença Hermione.
—Ouaaaaiiiiiisssss !!!! Chic, des vacances ! Mais on va où ? En France, chez les cow-boys ?
—Des cow-boys, en France ? Fit Hermione.
—Ben ouais, tu ignorais que z'avais un tonton cow-boy qui habite en France ?
—Euh…un tes oncles est un…
—Ben ouais, Buffalo Bill…
Ron et Ginny ne tinrent plus et explosèrent de rire en imaginant leur aîné fringué comme dans un Western à trois noises.
—Elle donne vraiment des surnoms spéciaux à ses oncles et tantes, Dit Hermione en repensant à « Tonton Super-Harry»
—Z'aime bien Buffalo Bill…et Calamity Fleur…Mais le problème, c'est Victoire…
—Victoire ?
—Ouais, avant, ça allait, mais depuis un moment, elle est devenue toute bizarre : elle ne veut plus zouer avec moi, elle préfère passer des heures avec ses copines à parler pour ne rien dire, elle a un sac à main, et dedans, elle met des trucs bizarre avec des ficelles au bout, et puis, elle se couche sur son lit avec un sourire bêbête et elle dit « Teeedddy, Tedddyyy, Teeeedddyyy ! Ze t'aaaiiimme», bon d'accord, il est zentil, Teddy, mais qu'est-ce qu'il a de plus que moi pour que Victoire veut plus s'amuser avec moi ?
Ils restèrent un moment silencieux, ce qui était devenu une habitude à chaque fois qu'elle révélait quelque chose sur le futur.
—De toute façon, on ne va pas en France, Dit Draco, On va en Espagne !
—En Nespagne ? Chic, z'ai zamais été là-bas !
—C'est pour ça qu'on y va, Dit Ron avec un sourire. Ce soir, on prend un Portoloin à Pré-au-Lard.
oOoOOOoOo
Hermione en voulut beaucoup aux deux novices de la paternité de ne pas avoir mis les autres au courant la veille.
—Et tu voulais que je fasse comment ? La télépathie ? Te faire passer le message en morse en clignant des yeux ?
—Désolée, mais tu as annoncé ça de façon abrupte au petit déjeuner…Depuis qu'Alita est là, on a droit à une information de ce genre environ deux fois l'heure, comprends-nous, Ronald !
—Je te signale que moi aussi, j'ai du mal à digérer toutes ces annonces, tous ces changements…Mais que veux-tu faire d'autre à part encaisser tous les chocs et faire semblant de ne pas être surpris ?
—On arrive à Pré-au-Lard, Annonça Ginny, qui n'était pas contre l'idée qu'ils arrêtent de se disputer.
Le Portoloin était prévu pour la fin d'après-midi, et comme il leur restait la journée à passer en attendant cette échéance, ils avaient demandé la permission aux professeurs de la passer dans le village sorcier d'où Ron, Draco et Alita allaient de toutes façons partir.
Alita avait décidé qu'elle voulait donner la main à Tonton Super-Harry, et elle le trainait devant chaque vitrine de la bourgade en s'époumonant de joie. Venait ensuite Blaise qui jouait au marcheur solitaire, et Ginny, Ron, Hermione et Draco fermaient la marche.
—P'paaaaaa, viens voir les bonbons ! Hurla Alita à l'adresse de Ron.
Celui-ci eut un quart de seconde pour changer sa figure furieuse en figure de gamin exalté devant une rangée de friandises (ce qui n'était pas si compliqué que ça quand on s'appellait Ron Weasley).
Il se précipita sur la vitrine de Honeydukes et colla son nez sur le verre en bavant, Alita fit de même.
— Pour une enfant adoptée, on dirait que c'est vraiment le sang de Ron qui coule dans ses veines…
—Ce qui coule, c'est pas du sang, mais de la salive, Fit remarquer Harry.
—Il faut distinguer l'inné de l'acquis, Expliqua Hermione, Ce qu'un enfant hérite de ses parents ne vient pas forcément de la génétique, mais aussi de l'environnement et de la manière dont ils l'éduquent…En l'occurrence, Alita est très imprégnée de la personnalité de Ron…
—La pauvre, Murmura Ginny.
Draco n'aimait pas ça : il se figurait sa fille sous la forme d'une éponge poreuse qui absorbait l'essence du rouquin avec un bruit de succion répugnant.
—On dirait que ce n'est pas un, mais deux gosses que tu vas devoir surveiller, Lui dit la grosse voix de Blaise qui fixait Ron et Alita.
Draco se retourna et lui envoya un regard noir.
—Ne m'adresse plus la parole, traitre!
—Tu ne vas quand même pas m'en vouloir parce que j'ai réparé une de tes gaffes ?
—Hurmph !
Draco se renfrogna mais son attention fut détournée par Ron :
—J'ai envie d'acheter tout le magasin !
—On peut ? Demanda Alita.
—Je crois pas, princesse…et puis, je suis pauvre, je ne peux même pas me payer…Et mais, attends un peu…Je ne suis pas pauvre…j'ai épousé un richard…donc…c'est lui qui va payer pour nous…
Il marqua une pause avant d'exploser :
—Razziaaaaaaaa !!!!!
—Ouaaaiiisss ! Renchérit Alita.
Tous deux se ruèrent dans le magasin et se servirent à tous les rayons en semant la panique.
—On va dévaliser tous les bonbons qu'on peut, Annonça le rouquin, Puis on ira chez Zonko acheter des trucs marrants, et puis…
—Ze pourrai avoir un hibou, aussi ? Demanda la fillette.
—Désolé, princesse, mais on n'est pas sur le Chemin de Traverse, on n'en vend pas ici…
—Une minute, Dit Draco, Ils ne comptent quand même pas sur moi pour leur payer toutes les friandises qu'ils veulent ?
—Je crois que si, Dit Harry.
—Saleté de belette, je suis sûr qu'il le fait exprès pour me provoquer !
—Ma foi, c'est pas sûr, Dit Ginny en frottant son pouce sur son menton, Sa gourmandise démesurée est peut-être la seule fautive…Quoi que, effectivement, la perspective de ton énervement ne doit pas lui déplaire non plus…et ne l'appelle pas « belette » !
—Le tocard ! Rugis Draco, Le tocard, le bouseux, le sans-le-sou ! S'il croit que je vais le laisser jeter MON fric dans la poubelle qui lui sert d'estomac, il se goure!
Furieux, il entra dans la boutique et se mit en quête de retrouver les deux goulafes.
—Normalement, Dit Ginny, J'engueulerais Ron pour sa conduite intolérable et sa gloutonnerie, mais je pense aussi que ça ne ferait pas de mal à Malfoy de dépenser son flouze pour faire plaisir à quelqu'un d'autre que lui-même, Ron ne l'aimera jamais s'il reste aussi radin…
—Draco n'est pas méchant, Dit Blaise, Je vous jure qu'il a un bon fond, mais il travestit son attitude en toutes circonstances.
—Ah ouais ? Fit Harry, sceptique, Dis ce que tu veux, mais pour moi, ça reste un con arrogant et antipathique qui se la pète, prend les autres pour de la merde et dont le QI ne compte qu'un seul chiffre.
—Hum…Au contraire, il est plutôt intelligent…Avoue-le, Potter, il t'a parfois bien eu dans le passé…Mais il est très immature, un vrai gosse capricieux.
—Ça lui fait un point commun avec Ron, Souffla Hermione, Parce que lui, niveau maturité, il repassera…Dans le genre gamin écervelé, il fait parfois fort !
—C'est vrai!
—Tais-toi Harry, toi, t'es pas mieux !
—Beuh…
Ginny lui sourit gentiment.
—Allez, fais pas cette tête, Harry.
—Et le pire, Poursuivit Hermione, C'est que ce gamin de Ron, notre Ron, nous allons le confier à cet autre gamin qu'est Malfoy…
—Et vice et versa, Acheva Blaise.
—En fait, on devrait les confier tous les deux à Alita, c'est encore elle la plus raisonnable des trois !
—Normal : c'est ma filleule, elle tient aussi de moi ! Dit Hermione.
Tous se mirent à rire.
Pendant ce temps-là, Draco avait retrouvé les deux bêtes voraces qui constituaient désormais sa famille.
—Non, mais ça ira, vous deux ? Vous croyez que je vais dépenser pour que vous puissiez vous remplir la panse avec des cochonneries ?
—Mais on est riches ? Dit innocemment Alita.
—Oui, mais l'argent doit servir à acheter des choses intelligentes et utiles…et en matière d'alimentation, les sucreries, c'est une plaie !
—Tu dis ça, mais un bourge friqué comme toi, ça bouffe du caviar et du foie gras à tous les repas ! Répliqua Ron.
—Et ?
—Et j'aimerais bien faire un tour au Manoir Malfoy pour voir si vraiment tout ce que vous achetez est «intelligent et utile».
—Hein ? Ou ça ? Dit Alita. Tu veux dire chez Mamie Cissy et Papi Lulu ? Z'y suis zamais allée, moi…
—Ouais, Dit Ron, je suis sûr qu'ils ont toutes sortes de trucs de riches qui servent à rien à part à se faire mousser, dans le style, des WC en or massif…
—N'importe quoi ! Tempêta Draco, Et maintenant, remettez ces bonbons là où vous les avez pris et sortez d'ici avec moi !
—Ze peux pas avoir de bonbons ? Minauda Alita déçue, le regard triste et humide.
—Oh, non, tu ne vas pas encore pleurer, j'espère ? Dit Draco.
—Tu ne paieras pas, alors ? Demanda Ron.
—Non.
—Bon…
Le rouquin fouilla dans sa poche et en sortit sa fortune entière.
—Une Mornille…Alita, choisis quelque chose qui coûte une Mornille, je te le paierai.
—Pôpa…Supplia-t-elle.
—Pôpa a eu un accident quand on était dans la forêt, Poursuivit le rouquin, Il a perdu son cœur, c'est pour ça qu'il est devenu méchant…
—Alors, il faut retourner là-bas pour le retrouver…
—Je suis désolé de te dire ça mais…Hélas…
Ron prit un air grave.
—André Cornichon était là, Dit-il, Il avait très faim, alors il a dévoré le cœur de Pôpa, en une seule bouchée, comme un biscuit apéritif!
—Oh, non ! S'exclama Alita horrifiée.
—Mais ne t'inquiète pas…On lui en trouvera un autre…et avec ce cœur-là, il deviendra encore plus gentil qu'avant !
—C'est vrai?
Elle retrouva le sourire et scruta les rayons de ses yeux en amandes.
—Là ! Dit-elle, J'ai trouvé.
Elle se précipita pour aller décrocher l'article qu'elle avait repéré : un énorme cœur en chocolat blanc coloré en rose et aromatisé à la fraise.
—Ça coûte une Mornille et c'est un cœur…Pôpa, je l'achète pour toi!
Draco resta sans voix alors que Ron glissait la pièce d'argent dans la petite main de la gamine pour qu'elle l'aille payer elle-même comme une grande à la caisse sous l'œil attendrit de la vendeuse qui les observait.
Ils sortirent de la boutique et Alita tendit la friandise à Draco.
—Tiens, c'est pour toi, tu as besoin d'un nouveau cœur !
Il prit le bonbon en main et le fourra dans sa poche d'un air négligent. Les autres les rejoignirent et tous décidèrent d'aller boire un pot Aux Trois Balais. Alita voulut boire du whisky de feu pour « faire comme P'pa » et Ron était à deux doigts de le lui permettre quand Hermione le frappa en le traitant d'andouille irresponsable et en lui disant qu'au mieux, Alita aurait droit à deux ou trois gorgées de Bièreaubeurre mais que pour les alcools forts, c'était «niet».
Ginny, Harry, Hermione et Blaise étaient de bonne humeur et semblaient commencer à bien s'entendre, même si Blaise ne parlait toujours pas des masses. Alita riait avec eux. Mais Draco n'arrivait pas à sourire et fixait son whisky d'un air penaud sans en boire une goutte.
Il se sentait mal, et il ne savait dire pourquoi exactement. Un drôle de sentiment le démangeait dans la poitrine, comme si son cœur manquait vraiment au recensement anatomique. Ron n'arrêtait pas de lui envoyer de regards assassins, comme pour le faire culpabiliser exprès, sans parler du fait que quand il croisait le regard d'Alita, malgré son petit visage souriant, elle s'arrangeait pour loger une lumière de tristesse dans ses yeux.
—Je vais fumer…Dit-il en se levant.
Tous parurent étonnés : Malfoy fumait vraiment ? Certes Alita avait dit qu'il le faisait dans le futur, mais ils n'avaient pas imaginé qu'il avait commencé à s'engoudronner les bronches avant de s'être mis en couple avec Ron. Mais ils firent comme si rien ne les perturbait et tous conclurent qu'en fin de compte, c'était plutôt positif qu'Alita ne soit pas la cause du tabagisme de son père. Il ne manquerait plus que ça : qu'il se mette à bousiller sa santé rien que parce qu'elle lui aurait dit qu'il en avait pris l'habitude dans le futur !
Il sortit du pub pour ne pas déranger les autres poivrots et s'adossa au mur. Il sortit de sa poche un paquet de cigarettes noires parfumées à la vanille et en alluma une qu'il fuma lentement, toujours nerveux de ce qui s'était passé chez Honeydukes. Un léger désagrément lui chatouilla l'estomac, il avait faim. Alors il sortit le cœur offert par Alita de sa poche, le déballa et alterna le tabac et le chocolat. Le cœur était rempli d'une pâte à la fraise onctueuse et savoureuse.
Une fois rassasié, il écrasa sa cigarette sur le sol et sentit qu'il devait absolument faire quelque chose. Il se dirigea rapidement vers la poste et entra dans le grand bâtiment rempli de hiboux et chouettes.
—Est-il possible d'acheter un de ces messagers, Demanda-t-il à un employé en désignant les oiseaux.
—Je regrette, Monsieur, ils sont réservés aux sorciers qui ne possèdent pas leur propre hibou…
—Je suis le fils Malfoy…
—Mais je crois que je vais demander au patron si on ne peut pas faire des exceptions…
oOoOOOoOo
—Il en met du temps…
—Si ça se trouve, ce n'est pas une cigarette, mais tout le paquet qu'il fume…
—Ce serait bien s'il mourrait d'un cancer du poumon !
—Harry !
—En tout cas, il ne sera jamais victime d'un arrêt cardiaque, Dit Ron, Comme s'il pouvait souffrir d'un organe qu'il ne possède pas…
—C'est comme toi, tu ne pourras jamais avoir d'embolie cérébrale, Dit Draco qui venait d'entrer et qui l'avait entendu.
—Ah, te voilà ! Dit Alita.
Il tenait sous le bras une cage avec une petite chevêche.
—Où as-tu trouvé cette chouette ? Demanda Hermione.
—A la poste. Je l'ai achetée.
—Pourquoi?
—C'est pour toi, Alita, bon anniversaire!
—Mais…
—Tu en voulais une, non ? Au fait, ce cœur en chocolat était délicieux…
Elle explosa de joie et courut se coller entre les bras du blond.
—Merci, Pôpa !
—J'ai un cœur, tu vois !
—C'est vraiment bien que tu aies fait ça, Dit Ron, souriant, un brin admiratif.
oOoOOOoOo
—¡Hola !
Severus détourna le regard de son verre d'Agua de Valencia pour voir qui venait de l'interpeller. C'était une magnifique jeune-femme, une grande Espagnole au teint hâlé, aux longs cheveux noirs de jais et aux yeux noirs comme des onyx coquins. Elle sourit et dit en brandissant une cigarette blonde mentholée:
— Lo siento pero ¿ tienes fuego?
—Euh…Je…Je ne parle pas votre langue…
—Ah…Inglés…Jé…
Elle montra sa cigarette.
—Jé…tou as dou fé ?
—Du feu ?
—Sí.
Il sortit sa baguette, non sans satisfaction de ne pas avoir à se cacher puisqu'il n'y avait pas de Moldus à Azúcar Culebra, et alluma la cigarette de la jeune-femme.
—Gracias. Tou viens pour la prémiéré fois ici ?
—Oui, Répondit-il sèchement, l'air de lui dire « De quoi je me mêle ? »
—Pourquoi vénir ici ?
—J'essaye d'éviter quelqu'un de mon pays, Dit-il en lui assenant un regard noir pour lui faire comprendre qu'elle devait arrêter de l'importuner et aller voir ailleurs s'il y était.
—Salout. Dit-elle avant de partir, gênée.
—Hum…
Il se renfrogna, et en la regardant fumer auprès de deux hommes qu'elle avait rejoints, il se demanda pourquoi elle avait eu besoin de son aide pour allumer sa cigarette, car si elle habitait ici, c'est qu'elle était sorcière…Cracmolle peut-être ? Alors elle n'avait qu'à s'acheter un briquet, et puis voilà !
Il repensa à la réponse qu'il lui avait donnée : « J'essaye d'éviter quelqu'un de mon pays ».
Il s'agissait de quelqu'un qu'il ne voulait pas voir parce qu'il avait peur. Peur de ce qu'il ressentait pour cette personne. A Poudlard, c'était facile de l'éviter, mais depuis qu'Alita avait débarqué, il avait compris qu'il y avait des chances qu'ils se voient plus souvent, et peut-être se rapprochent…Car elle l'appelait « Tonton Sev' », donc, il était proche du couple Malfoy-Weasley, donc il les fréquentait, eux et leur cercle d'amis, et parmi ces amis, il y avait cette personne…
C'est pourquoi Severus avait fui et était parti à l'étranger. En Espagne ou ailleurs, il s'en fichait, il s'était contenté de suivre les conseils de l'agence de voyage pour avoir une destination pas trop chère où il pourrait être au calme et changer d'air…et peut-être bronzer…si toutefois sa peau diaphane de vampire des cachots supportait le soleil…
Tout à coup, il comprit que son projet allait être royalement ruiné : trois personnes apparurent sur la Grand-Place, là où tous les vacanciers qui voyageaient par Portoloin atterrissaient. Grand roux, petit blond, et toute petite brune asiatique, tous trois chargés de bagages…Comment ? Non, pas possible ! Pourquoi étaient-ils là ? Pourquoi le poursuivaient-ils ? C'était une véritable conspiration ! Comment avaient-ils su qu'il était là ? Il n'avait parlé de sa destination à personne !
Il se cacha derrière son Agua de Valencia. Heureusement, ils étaient tous trois trop occupés à lever le nez vers les bâtiments historiques pour faire attention au type morne enroulé dans une cape noire malgré la chaleur et assis à la terrasse du café La Culebra de Oro.
Il frappa son poing sur la table de rage, renversant son petit plateau de pistaches à la harissa.
Mais ce ne fut pas tout. Il y avait encore pire.
Car Severus, Draco, Ron et Alita n'étaient pas les seuls britanniques présents.
Severus comprit que la jeune-femme qui lui avait demandé du feu n'était pas plus hispanique que lui, qu'il la connaissait très bien, que cette histoire de cigarette n'était qu'un prétexte pour lui parler et que le noir n'était pas la couleur habituelle de ses cheveux.
Car en regardant mieux les deux hommes avec qui elle discutait, il reconnut le chien et le loup.
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Albus termina sa mosaïque de bonbons.
—Voilà, c'est fini…Je suis un artiste !
Il jeta un œil sur la brochure qui trainait près de son encrier: « Azúcar Culebra, destination numéro un des sorciers cette année ! »
« Quand je pense que Severus a oublié ça dans son bureau…Je le croyais moins étourdi… » Pensa-t-il.
