Chapitre douze : Les métamorphoses de la poupée
Alita sortit discrètement du passage secret et regarda à gauche, regarda à droite.
Personne. Ouf !
Tonton Lunard, Tonton Patmol et Tata Dora ne l'avaient pas vue, et apparemment, P'pa et Pôpa étaient occupés avec Mr Hal, donc, personne ne faisait attention à elle.
Ils croyaient naïvement qu'elle était occupée à jouer avec Severina (« Bah quoi, elle ressemble à Tonton Sev' en fille, ma poupée ! »).
Mais en réalité, elle se faufilait dans la salle de bain en catimini, serrant contre elle le flacon qu'elle avait volé chez les deux tontons canidés et la tata métamorphmage et qu'elle avait dissimulé sous sa robe.
Le miroir devant le lavabo était vachement haut, il lui fallut empiler un marchepied par-dessus une manne à linge renversée pour enfin arrivé à pouvoir s'y contempler en entier, de la tête aux pieds.
Parce qu'elle était tout petite, et c'était ça le problème ! Enfin, une partie du problème.
Car Pôpa était grand, et P'pa, lui encore plus. Et les Asiatiques étaient petits, du coup, Alita ne serait jamais grande, même si elle avait été un garçon.
Et puis, il y a avait cette peau mate et jaunâtre…Pourquoi elle ne pouvait pas avoir le teint d'ivoire de Pôpa ? Ça lui donnait un air comme les princes dans les histoires. Et elle n'avait pas non plus les trois millions de taches de rousseurs si mignonnes de P'pa. Si Alita en avait, elle serait Fifi Brindacier, il ne lui manquerait plus que les nattes, parce que Fifi Brindacier, elle est un peu pirate et elle a des taches de rousseur !
Et puis, ces yeux bridés de couleur noire, ça n'allait pas non plus ! Elle aurait préféré les avoir ronds et colorés, en bleu comme la mer à Azúcar Culebra, comme ceux de P'pa, ou en gris argenté comme le ciel quand il neige, comme ceux de Pôpa.
Et le nez, court et plat, pourquoi ne l'avait-elle pas long ou pointu ?
Et les cheveux ? Noirs et absolument raides ! Même pas une légère ondulation, impossible de leur donner le moindre volume ! Et pire que tout : pas de couleur roux solaire ou blond lunaire, juste du noir intersidéral !
C'était bien la preuve qu'elle n'était pas leur vraie fille, juste une adoptée, une pour de faux. Elle ne leur ressemblait en rien !
Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait ce constat, mais en entendant Draco en parler à Satin, elle avait nettement ressentit ce qui constituait un problème avec elle, et pourquoi ses pères avaient essuyé bien des déboires pour elle. Et puis, maintenant, elle avait sept ans, elle avait officiellement acquis ce qu'on appelait l'âge de raison, alors, elle se mettait à raisonner ainsi.
Pour Ron, ça allait encore, Mamie Momo et Papy Thuthur avaient plein d'enfants et donc, ce n'était pas grave s'il y en avait un sur les sept qui ne se reproduisait pas…Mais en dehors de ça, Ron n'avait-il jamais éprouvé l'envie d'avoir un bébé à lui, avec son long nez et ses taches de son ?
Parce qu'Alita savait bien, quand elle jouait à la poupée, à quel point c'était agréable d'avoir un bébé. Mais Ron ne jouait pas à la poupée, il pouvait, s'il le voulait, avoir mieux qu'un substitut en plastique, alors pourquoi se contentait-il d'une fille qui avait été fabriquée par couple inconnu ?
Et puis avec Draco, là, ça devenait très embêtant, parce des Malfoy, il n'y en a plus beaucoup, même qu'après lui, la lignée s'éteindra. Il tuait sa famille pour Alita, pas étonnant que Papy Lulu soit si fâché avec lui !
Draco appelait Alita « petite poupée » et il aimait la coiffer et l'habiller comme elle, elle aimait coiffer et habiller Severina et ses autres poupées…C'était donc ça, elle était une sorte de poupée pour lui, une fausse petite fille en plastique ? Il ne faisait que jouer au papa, mais il n'en était pas un ?
L'âge de raison eut sur Alita l'effet qu'elle se mit à penser qu'elle était imparfaite sur bien des points, à commencer par le fait qu'elle n'était pas la fille de Ron et Draco.
Mais elle avait décidé de le devenir pour de bon. Elle sortit le flacon de sous sa robe et retira le capuchon avec précaution. Elle savait qu'elle faisait là quelque chose de très dangereux et qu'elle mériterait une sévère punition rien que pour avoir été effleurée par une idée pareille, mais dans son désespoir, elle ne voulait pas y penser.
Elle trouva d'abord la brosse à cheveux de Draco. Elle ne savait pas où était celle de Ron, mais en fouillant dans sa manne à linge, elle trouva un cheveu roux sur le col d'un tee-shirt. Voilà, parfait.
Santé !
~oOo~
—Pôpaaaaaaa !!!!
Alita se dirigea vers Draco et vint se blottir dans ses bras en pleurant de toutes ses forces.
—Mais qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu pleures ?
—Pôpa, veux plus aller chez les louveteaux !
—Ah, pourquoi ?
Il était à noter que Draco n'avait jamais été chaud pour l'idée, qui venait d'Hermione. Les enfants sorciers n'allaient pas l'école primaire, leur parents ayant trop peur qu'ils discutent magie devant les petits Moldus et leur enseignaient des rudiments tels que lire, écrire, compter et calculer eux-mêmes. Mais Hermione avait soutenu qu'il fallait quand même que leurs lardons respectifs fréquentent d'autres enfants de leur âge, pour les socialiser. Les mouvements de jeunesse ayant une fréquence de trois fois pas mois, les risques étaient moindres, elle y avait d'ailleurs inscrits ses jumeaux Tristan et May et n'avait pas eu le moindre problème. Elle avait ensuite fini par convaincre ses amis d'en faire autant. James, Albus, Lily et Edward n'avaient pas eu de problème non plus, mais Alita avait malheureusement un certain « handicap »…
—Les autres enfants sont méchants avec moi !
—Hein ? Ne me dis pas que c'est parce que tu es asiatique ! Les deux petits Zabini sont métis, et on ne les a pas embêtés pour ça !
—Nan, c'est pas ça…
—Alors quoi ? Pourquoi est-on méchant avec toi ?
Alita réprima un sanglot et s'apprêta à répondre, mais avant qu'elle n'ouvre la bouche, un petit garçon de six ans vint éclairer lui-même la lanterne de Draco :
—Fille de pédés, fille de pédés, t'es pas normale, espèce de fille de sales pédés !
—C'était donc ça, Maugréa le blond en toisant le garçonnet comme s'il allait l'égorger comme un goret.
—Alita a pas de maman, bouh ! Et quand elle s'ra grande, elle s'ra une sale lesb'enne !
—T'as un problème, toi ? Rugit Draco à l'adresse du gosse qui se mit à trembler.
Il laissa Alita et se dirigea vers lui, bien décidé à lui faire la morale et lui inculquer deux trois trucs que ses parents avaient visiblement omis.
—Me touche pas, sale pédé ! Mon papa a dit que si tu me touchais, j'allais attraper ta maladie !
—Tu parles de l'intelligence ? Ricana Draco.
—Papaaaaaaaaaaa, y'a un nomoseksel qui est près de mooooiiiii !!!!!
Le père du gamin tourna la tête et dévisagea Draco avec dégout. Il s'approcha de lui.
—Ne pervertissez pas mon fils… « Monsieur »…
—Dites-lui d'arrêter d'insulter ma fille !
—Jason, qu'as-tu dis à cette…fille ? J'espère que ce n'est pas « pétasse », car je t'ai dit que c'était un vilain mot !
—Mais c'est comme ça que tu appelles Maman…
—Ce n'est pas pareil…elle avait encore oublié de préparer le dîner…
Draco leva un sourcil.
« Super, je suis tombé sur un mec machiste et homophobe, mais c'est moi qu'il traite de pervers… » Songea-t-il.
—Qu'as-tu dit à cette fille ? Réitéra le père.
—Ben, qu'c'était une fille de pédés…
—Ah ? Fit le père en regardant Draco, Vous voyez, il ne l'a pas insultée…
—Vous ne voyez pas où elle le problème ? Je vous signale qu'elle pleure !
—C'est normal, les femmes passent leurs vie à ça, elles sont trop sentimentales, vous savez, une femme, c'est un peu comme un homme, mais avec deux bosses sur le devant et une grande gueule qui n'arrête pas de s'ouvrir !
—Je sais ce qu'est une femme, j'ai plein d'amies, et moi au moins, je ne les traites pas de « pétasses » !
—Normal, c'est du vocabulaire de mâle, pas du vocabulaire de fiotte !Z'êtes trop « raffiné » pour ça !
Draco serra le poing, sentant la moutarde lui monter au nez.
—Tu sais ce qu'elle te dit la fiotte, Macho-man ?
Il inspira un grand coup.
—Alita, il pense que les femmes et les gays ne savent pas dire des gros mots…
Alita sécha ses larmes d'un revers de manche.
—Ah, il veut une bataille d'insultes, le conard de sa race ? Lança-t-elle.
—Hé hé, c'est parti !
Jason et son père n'en crurent pas leurs oreilles quand Alita se mit à les fustiger de toutes les injures possibles.
—Va te faire empailler le fion, vieux bouc plein d'hémorroïdes, et ton fils aussi handicapé mental que toi aussi ! Fils de pute, gros porc qui pue du cul par la bouche ! Si tu veux, le pédé, il t'encule, homophobe de merde ! Ouais, bande d'enfoirés, vous avez des toutes petites bites !
Draco croisait les bras et fixait les deux andouilles d'un air narquois, ravis de les voir rester bouche bée avec un air parfaitement idiot.
—Et, arrête de nous manquer de respect, sale gamine ! Vous voyez, vous et votre…mari…l'avez mal éduquée, elle jure comme un garçon, parce qu'elle n'a pas de modèle féminin, pas de mère pour lui apprendre à être une fille…
—Vous croyez qu'elle ne fait pas la différence entre les hommes et les femmes ? Alita, tu es quoi ?
—Une fille, comme Marraine, parce que z'ai une zézette…les garçons ont un zizi, mes papas en ont un, moi pas, parce que ze ne suis pas comme eux, ze sais bien, pas besoin qu'on m'essplique…Mais les filles ont le droit de dire des gros mots! Sale con sexiste et homophobe !
—Monsieur, dites-lui d'arrêter…
—C'est vous qui avez commencé, avec votre sale gamin que vous avez élevé à être un crétin…
—Je ne vous permets pas de nous manquer de respect !
—Et vous alors, c'était pas un manque de respect ce que vous nous avez dit ?
—Je ne vois pas ! On n'a rien fait de mal, c'est vous les anormaux, vous l'homosexuel, et votre garçon manqué future lesbienne!
—Elle ne sera pas forcément lesbienne…elle sera ce qu'elle voudra…et si, vous nous avez manqué de respect…nous ne sommes pas anormaux !
—On ne devrait pas vous avoir accordé le droit d'adopter…Vous transformez les gosses en sale dépravés comme vous !
—Vous savez quel combat nous avons du mener pour en arriver là? Pour avoir les mêmes droits que les hétéros ?
—J'avais voté contre !
—Ça m'étonne pas !
—Bon, tu commences à m'énerver, espèce de blond platine contre-nature !
Le père de Jason retroussa sa manche.
—Je vais te montrer comment se conduit un homme, un vrai, tafiole !
—Ah, je vois, se conduire comme un homme, c'est en venir aux mains quand on vient de perdre un échange verbal…C'est la « looser philosophy », c'est ça ?
—J'arrive pas à croire que mon fils fréquente la fille d'un type comme vous…
—C'est moi qui n'arrive pas à y croire : vous êtes tellement caricatural que j'ai envie de vous demander si vous n'avez pas été créé par un écrivain à la recherche du pire personnage possible !(1)
—Hein ?
—Laissez tomber…Viens Alita, tu n'iras plus aux louveteaux, si ça t'expose à ce genre de crétins…
Il prit la fillette par la main, alors que l'autre les regardait hébété, la manche toujours retroussée.
—Et s'il t'avait tapé ? Demanda Alita.
—Je l'aurais attaqué en justice…ou j'aurais envoyé Ron lui régler son compte, il aime bien se bagarrer pour mes beaux yeux, héhé…
—Comme la fois où il a assommé Tonton Super-Harry à coups de râteau ?
—Euh…Non, ça c'était un accident…le jardinage, ça ne lui réussit pas…
—Même qu'il avait tout cassé les rosiers de tata Dzinny et c'est elle qui l'a frappé après !
—Allez, viens, on rentre à la maison.
Alita soupira. Elle jeta un regard en arrière vers Jason.
—Des connards comme ça, ça dvrait pas exister !
—Ne dis pas ça.
—Mais…
—Alita, tu es encore jeune pour t'en rendre compte, et tu dois sûrement penser que ce Jason possède sa personnalité et son système de valeurs définitifs…
—C'est quoi un sitème de valeurs ?
—C'est la façon dont tu vois le monde et les autres. Enfin, quand Jason va grandir, à moins qu'il ne soit vraiment très con, il va changer d'avis sur beaucoup de choses…
—Ah bon ? Dit-elle, sceptique.
—Je ne sais pas si on t'a déjà parlé de comment j'étais quand j'étais petit…
—Tonton Super-Harry, Tata Dzinny et Marraine le disent parfois, mais P'pa se met à leur crier dessus que le passé c'est le passé.
—Et bien…je…on change quand on prend de l'âge, pour résumer. Et puis, Jason subit encore l'influence de son père, mais un jour, ça changera, en attendant, il le considère comme la personne qui sait tout sur tout et qui a raison pour tout !
—Hein ? Mais c'est n'importe quoi ! Il est vraiment bête de croire ça !
—Pas bête, en fait. Pour toi, qui est-ce qui sait tout et en qui tu as le plus confiance ?
—Ben, toi et P'pa !
—Tu vois, tu es comme Jason, tes parents sont les meilleurs à tes yeux. Mais en réalité, nous sommes pleins de failles, et un jour, tu vas nous en vouloir pour beaucoup de choses, tu nous traiteras de vieux cons, tu seras convaincue qu'on ne te comprend pas et tu claqueras la porte de ta chambre avec force en croyant que ça nous impressionne…
—Naaan, c'est po vrai, j'frai pas ça paskeu vous êtes les meilleurs papas du monde et de la terre entière et l'univers !
Elle s'accrocha au bas de son pantalon, presque pleurant. Il s'abaissa pour se tenir accroupi devant elle et lui sourit.
—Ne t'inquiète pas, ma jolie petite poupée, l'histoire se termine bien, et puis, si tu ne veux pas le croire, tant pis…Je ne vais pas te gâcher ton enfance…On rentre, maintenant, il y a Tonton Lunard, Tata Dora et Teddy qui viennent dîner et on va préparer un énorme gâteau au chocolat pour Tonton Lunard, d'accord ?
Elle retrouva le sourire.
~oOo~
—Déjà entrain de lire Moby Dick ?
—Oui, et alors ? Tais-toi, j'aimerais la paix !
Hal ricana un peu et se tourna vers Ron :
—Il est de mauvais poil, fais-lui un bisou !
—Je crois pas qu'il me laisserait l'approcher…Dit Ron.
Lui non plus n'avait pas l'air particulièrement content.
—Tu ne pourrais pas arrêter de lire ?
—Désolé, mais quand je regarde le papier, je ne vois pas ta sale gueule, et quand je lis, je m'évade dans un monde ou tu n'existes pas ! Assena le blond.
Ron se tut et baissa les yeux. Ça lui mettait toujours le moral à zéro de s'entendre dire qu'on ne voulait pas de lui.
—Ma mère adore lire aussi, Soupira Hal, Y'a cette écrivaine sorcière qu'elle adore, là…je sais plus son nom…la tordue…
Draco leva les yeux vers lui.
—Emma ou quelque chose comme ça…
—Emy Douçamère ?
—Oui ! S'exclama Hal, C'est ça, Emy Douçamère ! Ma mère adore, tu connais ? Mais je trouve qu'elle est tordue, j'avais lu un de ses bouquins une fois, et c'est bizarre comme style…
—C'était quoi ? Dit Draco, soudain très enthousiasmé et les yeux brillants, Quel livre as-tu lu ?
Et c'était assez étrange de voir Draco s'adresser Hal en souriant.
—Me rappelle plus…Marmonna Hal.
—Hygiène de l'hippogriffe ? Le dégnomage amoureux ? Stupéfix et tremblements ?
—Ben euh…je sais plus le titre…Fit Hal qui à cet instant précis avait tout du mec qui n'y connaissait rien, Ça parlait de tuyauterie, Ânonna-t-il.
—Métaphysique des Bubobulbes ! S'exclama Draco, Et alors…tu as aimé ?
—Euh…ouais, c'était ça, mais euh…j'sais pas, c'était pas mal, c'était bizarre, enfin voilà quoi…
Ron les regardait interloqué. C'était surréaliste.
—C'est mon auteur préférée ! Dit Draco, Ta mère a bon goût!
Voilà, ça expliquait tout !
Ils furent cependant interrompus par l'arrivée d'un être étrange dans le salon : un garçon de leur âge avec un air complètement perdu.
Ils ne surent ce qui les subjugua le plus : le fait qu'il portait un tee-shirt de Ron avec un pantalon de Draco qu'ils avaient portés il y a deux jours et qui devaient être dans la lessive, ou le fait que sa physionomie semblait instable et n'arrêtait pas de varier. Cela concernait toutes les parties de son corps puisqu'il semblait grandir et rapetisser sporadiquement, mais cela se remarquait surtout sur son visage dont les traits changeaient constamment : la forme de la bouche, celle des joues, du nez,…les yeux changeaient de couleur mais n'arrivaient jamais à avoir la même simultanément, le droit tantôt gris et le gauche bleu, pour s'inverser la seconde suivante. Et puis, les cheveux poussaient sans arrêt pour ensuite décroître soudainement, tandis que leur teinte oscillait entre roux et blond. Des taches de rousseurs apparaissaient et disparaissaient sans raison sur le visage de l'individu.
—Euh…c'est votre demi-frère commun ? Demanda Hal.
Ron et Draco semblaient interdits devant l'apparition, quand enfin, le garçon parla :
—P'pa, Pôpa, z'ai fait une bêtiiiiiiise !!!
—Alita ? C'est toi ?
Elle se mit à pleurer.
—Ze voulais vous ressembler pour être votre fille pour de vrai !
—Mais qu'est-ce que tu as fait ? Demanda brusquement Draco.
—Ben…la potion avec des cheveux, pour se transformer…
—Du Polynectar ? S'écrièrent Ron et Draco en même temps.
—Une Potion…Murmura Hal d'un air songeur alors qu'Alita pleurait de plus belle.
Pendant un bref instant, le jeune Espagnol parut en proie à une réflexion intense, comme s'il hésitait à faire quelque chose, mais apparemment, voir Alita dans cet état le décida à agir.
—Pas le choix, Dit-il avant de s'en aller en courant.
—Et, Espingouin, où tu vas ? S'énerva Draco.
Il laissa Alita blottie dans les bras de Ron et se lança à la poursuite de Hal qui s'était dirigé au fond du couloir. Hal prit un tournant et disparut du champ de vision de Draco qui s'attendit à le revoir une fois qu'il aurait lui aussi passé l'angle, piégé dans un cul-de-sac.
Mais Hal semblait s'être volatilisé.
—Disparu ? Comment ça ?
Pourtant il n'y avait personne d'autre que lui et quelques bibelots. Ron arriva tranquillement en trainant Alita par la main.
—Qu'est-ce que vous foutez ? Où est Hal ?
—Il a disparu !
—Hein ?
—Je te jure, je le suivais, il est venu par ici, et une fois que j'arrive, pouf ! plus d'Espingouin !
Alita savait ce que s'était passé, mais elle n'arrivait pas articuler la moindre parole.
—Tu penses qu'il a transplané ? Demanda Draco.
—Pourquoi serait-il venu ici, si c'était pour ça ? En plus, il m'a dit qu'il n'avait pas son permis, même qu'il l'a raté huit fois, c'est pire que Charlie !
—Alors, où est-il ?
Ils se creusèrent la tête jusqu'à ce que le tapis ne se soulève, révélant une trappe de sous laquelle jaillit Hal.
—Mais qu'est-ce que…Bafoua Draco.
Ron se tapa la main sur le front.
—Mais quel con ! Toutes ces années à traquer des mystères avec Harry et Hermione à Poudlard et je ne pense même pas aux passages secrets ?
—Il y a un passage secret dans ce bungalow ?
—Oui, Dit Hal, penaud, Abuela a racheté le complexe à une ancienne société secrète qui magouillait des trucs pas nets…Tous les bungalows et appartements sont reliés entre eux par des passages secrets…
Il sortit du passage non sans s'attirer un regard outré de la part de Draco. Mais les surprises n'étaient pas finies : une autre personne émergea du tunnel, un homme aux longs cheveux noirs qu'ils connaissaient bien.
—Sirius ! S'étrangla Ron, Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
—Yé souis Saúl ! Dit-il, Mais ta fille a piqué mon Polynectar, donc, je ne peux plus me transformer…
Tonks apparut derrière lui.
—Voici Maria-Magdalena, Dit Hal. Et Raúl est en réalité…
—Remus ! Dit Ron, Pas compliqué à deviner…Mais il est où ?
—Euh…Il est allé chercher quelqu'un de plus qualifié que nous pour régler cette affaire, Dit Tonks.
—Tonton Patmol, Murmura tristement Alita en s'accrochant à la chemise de Sirius, Il va venir me soigner, hein ?
—Tonton Lunard est allé le chercher, Répondit-il.
—Vous pouvez nous expliquer ce que vous faites ici ? Interrompit Draco, Hein ? Black et Tonks ? C'est quoi cette combine ? C'est encore une idée de cette vieille barbe citronnée, c'est ça ?
—Il est perspicace, Soupira Tonks.
Ils se redirigèrent tous dans le salon où ils s'installèrent en attendant Remus et son docteur, Draco et Ron ayant toujours du mal à digérer la découverte qu'ils étaient espionnés depuis le début de leur séjour.
Enfin, Remus fit son entrée, le front plissé d'appréhension, et quand ils virent le « médecin » qu'il amenait avec lui, ils comprirent pourquoi Sirius et Tonks l'avaient élu pour le convaincre de venir, étant plus diplomate qu'eux.
—Toujours aussi blafard, Servilus, Dit Sirius, A quoi ça sert d'aller au soleil, si ce n'est pas pour bronzer ?
Il jeta un œil à Draco dont le teint n'était pas plus foncé que celui de Rogue.
—Mouais…Je vais finir par croire que tous les Serpentards sont anti-soleil, z'avez un grain dans cette Mai…
Remus le fit taire d'un regard sévère. Rogue, quant à lui, prit soin d'éviter de regarder Sirius et se dirigea vers ce qui devait être Alita et qui collait son visage en pleurs sur le torse de Ron. Le rouquin eut un regard d'appréhension envers son ex-professeur. Même après avoir découvert que Rogue n'était pas du côté de Voldemort, il avait trop de souvenirs antipathiques liés aux cours de Potions pour ne pas avoir de réaction épidermique à son approche. Mais il fit confiance au jugement de Remus.
Rocío Machaca apparut à la suite de Severus, et ils ne savaient pas vraiment pourquoi elle aussi était venue, mais elle dévisageait le Maître des Potions avec un visage mélangeant appréhension, fascination, et émotion. Elle se laissa tomber aux côtés de Draco mais son habituelle bouille maussade semblait l'avoir désertée.
Rogue ne fit aucune manière, dès qu'il eut capté l'attention d'Alita qui lui sourit en le gratifiant d'un « Tonton Sev' », il déclara d'une voix sans émotion:
—Chère petite demoiselle, vous apprendrez que le Polynectar est une potion trop complexe pour être manipulée par quelqu'un d'aussi jeune, il est tellement facile de commettre une action contre-indiquée ! Y mettre l'ADN de deux personnes différentes est un exemple parmi les plus évidents, c'était complètement stupide de votre part !
—Ne dis pas ce genre de truc à une gamine de sept ans ! Répliqua Sirius.
—Il se tait, le sac à puces ?
—Pardon, Tonton Sev', le f'rai plus ! Pleura Alita d'un air apeuré…Voulais zuste…être la vraie fille de P'pa et Pôpa ! Paskeu ze suis une adoptée !
Rogue renifla.
—Je vois, Dit-il, Evidemment, elle n'est pas la seule coupable de cet incident. Evidemment, c'est une petite fille…Les coupables, ce sont les parents !
Draco se tassa sur lui-même. Maintenant, il était clair et net que c'était lui le grand fautif. Et cette gaffe avait mené Alita à faire une bêtise, Black, Lupin et Tonks à sacrifier leur couverture pour aller chercher Rogue qui lui n'était pas content du tout d'avoir été dérangé pour ça.
—Elle s'est sentie mal parce que vous n'acceptez pas encore qu'elle ne soit pas issue de votre sang…C'est idiot d'avoir laissé transparaître un tel sentiment. C'est immature, c'est un manque de tact…
Draco se sentit six pieds sous terre, dans la bouche de Rogue, les critiques avaient toujours l'air plus rudes.
—Bien joué, Weasley ! Assena Severus, Encore une preuve que les Gryffondors ne réfléchissent jamais !
Sirius avait crispé sa mâchoire, prêt à aboyer, mais contre toute attente, Ron s'écria :
—Et alors ? On n'a pas le droit à l'erreur ? Je suis jeune vous savez, jeune et con ! Et alors ? J'ai des choses à apprendre et puis, j'ai pas de conseil à recevoir d'un type qui n'a jamais élevé un gosse ! En revanche, vous avez été enseignant, et moi j'ai été votre élève, et à ce titre, je peux vous dire que la pédagogie et vous, ça fait au moins trente-quatre !
—Vous voulez que je la soigne ou non, Weasley ?
Les traits de Ron changèrent et il s'écrasa :
—Excusez-moi, vous avez raison, donnez-lui un antidote, s'il vous…
—Non, mais ça ira, Servilus ? Intervint Sirius, Là, tu dépasses les bornes ! Venge-toi sur moi si tu veux, mais…
—Et sur moi aussi, Dit Remus, Les vilains Maraudeurs, c'est nous !
—Très bien, je vais la soigner, mais en échange, je voudrais…
Ils attendirent, mais Alita les devança :
—Tonton Patmol…Tonton Sev' veut toujours Tonton Patmol…
Ron ne sut comment interpréter ses propos, et il imagina un instant que Rogue et Sirius était un couple— c'était bien le genre de choses qu'Alita pouvait dire et Ron ne s'étonnait plus de rien quant au futur— mais il s'abstint de lui poser la question car si elle répondait par l'affirmative, Rogue risquait de ne plus être en état de synthétiser un antidote, ayant rejoint les pommes.
—Oui, exactement, mon appartement à moi aurait bien besoin d'un coup de balais, Dit Rogue, Alors, je veux bien soigner Alita à condition que le cabot vienne passer la serpillère ! Et exécute quelques tâches pour moi…
—D'accord, Dit Sirius à contrecœur.
—Bien, tu vas commencer par aller me chercher les ingrédients dont j'ai besoin…hum…suis-je bête, tu dois les ignorer, je vais te faire une liste !
Draco nota que Rogue évitait de regarder directement l'animagus. Tonks semblait avoir fait la même observation.
Rocío marmonna quelque chose à Hal, Ron comprit une partie de leur dialogue qu'il traduisit par :
—Oui, Abuela, il lui ressemble, mais ça veut pas dire qu'il est…
—Mais ce nez crochu...elle avait le même !
oOoOOOoOo
Quelques heures plus tard, Alita était dans son lit ou elle s'était endormie après avoir bu l'antidote. Severus la veillait et faisait ses dernières descriptions.
—Il aurait du être Médicomage, pas prof…Soupira Ron.
—C'était un bon prof, Répliqua Draco, Ses cours étaient intéressants et bien menés !
—Oui, mais il n'a aucune pédagogie, comme je l'ai dit tantôt…Tu vois, il faut de ça aussi pour être un bon prof !
—Ouais, mais je trouve pas que nos autres profs soient forcément mieux, la vieille McGo, par exemple…
Ron adressa à Remus un regard limite énamouré :
—Je fais des rêves où les professeurs de Poudlard sont tous des gentils Lupins ! Aaaah, une armada de Remus pour nous donner cours, le rêve !
Ledit Remus vira rouge piment, et son épouse en rajouta une couche:
—Une armée de Remus est un fantasme collectif ! Dit Tonks en passant affectueusement ses bras autour des épaules de son mari, Il est tellement parfait, mon homme, que tout le monde en veut un comme lui…Oh, j'ai déjà essayé de le cloner, afin que tout le monde soit aussi heureux que je le suis, mais le clonage, c'est pas au point, et ça a donné des résultats mitigés, genre des Remus avec quatre bras, trois yeux ou une langue de caméléon pour gober les insectes!
—Ça suffit, Nymphadora, arrête de raconter n'importe quoi !
Elle lui répondit en l'embrassant malicieusement dans le cou.
Un peu plus tard, Ron et Draco se retrouvèrent seuls dans leur salon, tous les autres étant repartis chez eux, mais avec la promesse de revenir plus souvent maintenant qu'ils connaissaient leur véritable identité.
Draco était assis dans le divan, entrain de replier la robe d'Alita qu'elle avait déchirée dans ses transformations, ce pourquoi elle était allée chercher d'autres vêtements dans la lessive. Ron se laissa tomber avec satisfaction à ses côtés. Alita allait mieux, et finalement, ça ne le dérangeait pas tant que ça que Sirius et les autres soient non loin d'eux, à la limite ça le rassurait de savoir qu'ils pouvaient se reposer sur eux en cas de problème, mais seulement en dernier recours, car il s'était décidé à prouver qu'il pouvait être responsable.
—C'est moi qui ai fait de la peine à Alita, Dit soudainement Draco, Pourquoi ne l'as-tu pas dit à Rogue ?
—Hein ?
—C'est moi qui ai dit hier à Satin que j'éprouvais une gêne à l'idée qu'Alita soit juste ma fille adoptive, et elle m'a entendu…Enfin, je suppose que même si toi tu ne m'as pas entendu le dire, tu t'es douté que c'était forcément de moi que ça venait…Alors, pourquoi ne m'as-tu pas accusé devant Rogue ? Tu n'aurais fait que te défendre ?
Ron parut réfléchir.
—Et bien, je n'ai pas vraiment vu ça comme ça…d'abord, c'est pas la peine de discuter avec Rogue, pour lui, le Gryffondor est toujours fautif et j'ai perdu l'envie de me battre avec lui pour ça depuis longtemps, et ensuite…C'était pas vraiment important que ce soit moi ou toi qui aies commis la gaffe…Parce que j'aurais pu le faire aussi, et puis, la famille, c'est sacré pour moi…Je sais pas si c'est comme ça chez Malfoy, mais chez nous, quand quelqu'un est en plein dedans, les autres assument aussi pour lui car on se serre les coudes!
Ron avait dit ça avec aplomb, l'air de dire « Ben ouais, chez Malfoy, vous êtes trop individualistes et égoïstes, et les Weasley ne sont pas comme ça! ».
—Donc, tu considères que je suis ta famille ? Fit Draco, sceptique.
—C'est pas comme si j'avais le choix…Et puis, je voulais qu'Alita m'entende te défendre, pour qu'elle comprenne que deux parents doivent se soutenir mutuellement, même si tu sais aussi bien que moi que je n'ai aucune envie de prendre parti pour toi !
—Quelle maturité soudaine ! Je n'aurais jamais cru ça de toi!
Ron rougit et tenta de délier ses traits sans vraiment y arriver.
—Dis-moi….Tu n'aimes pas Alita ?
—Bien sûr que si, mais elle n'est pas ma fille…pas pour de vrai…elle n'a pas mon sang…
—Putain, Draco, arrête ça !
—Quoi ?
—Arrête de dire des conneries plus grosses que toi ! Le sang, c'est un truc ridicule ! J'aurais quand même pensé qu'après Voldemort, après tout ce qu'on a subi à cause de lui, tout le monde y compris les Malfoy, que tu aurais au moins abandonné cette stupide idéologie basée sur le sang ! Parce qu'on s'en fiche, ce n'est pas ça qui fait une famille…Harry n'a plus de parents, et ceux d'Hermione ne sont jamais là…Mais je suis sûr qu'ils savent tous les deux qu'ils ont une famille sur qui compter, et cette famille, c'est nous, les Weasley, c'est aussi Sirius et Remus, et Tonks, et aussi nos amis, Luna, Neville,…On n'a pas tous des liens de sang, mais on a quelque chose de plus fort qui nous lie tous ensemble !
—Arrête tes beaux discours, on dirait Potter…
—Alita n'est peut-être pas sortie de mes grelots, ni des tiens, et aucun de nous deux ne l'a portée dans son ventre— encore heureux, t'imagines le truc glauque ?— mais c'est notre fille, sans conteste ! C'est Alita Weasley, oui, c'est une Weasley, je le sens comme ça…Ça peut-être Alita Malfoy aussi…si tu l'acceptes…
—Tu m'énerves !
—Quoi ?
—Tu crois que c'est facile pour moi ?
—Ben…
—Mais tu vis au pays du pain d'épice sur l'avenue des sucettes ou quoi ? T'as une vie facile, Ron ! Tu ne sais pas ce que c'est que d'être moi, tu n'as pas mon vécu, et tu n'es pas à même de pouvoir évaluer la situation de mon point de vue !
—Mais…
—Alors, par pitié, tais-toi ! Arrête de jouer les moralisateurs et les grands héros, au cas où tu ne l'aurais pas compris, je suis content que Potter et Granger ne soient pas là, alors, évite de les remplacer, veux-tu…Même si je sais bien que justement, t'as toujours rêvé de pouvoir récupérer leurs « fonctions » pour te sentir plus important !
—Mais Dra…
—Depuis que tu as la charge d'Alita, tu te sens bien parce que tu as l'occasion de prouver que tu peux te conduire en adulte, mais t'es toujours un gamin et tu ne vaux pas mieux que moi ! Car c'est clair que tu fais semblant de m'apprécier pour avoir l'air d'être le premier de nous deux à avoir eu la maturité de mettre de côté nos querelles pour être un père modèle ! A l'époque où tu comptais te marier et vivre heureux avec Granger, tu avais la crainte d'être un homme soumis à une femme qui porte la culotte, alors maintenant que tu as pu prendre ce nouveau départ, tu te conduis avec moi comme elle se conduisait avec toi, et j'aime autant te dire que Granger, c'est loin d'être mon type, et ça ne me plait pas d'avoir un mari qui se prend pour elle, le tout combiné avec des discours façon super-balafré, c'est clair ?
—On n'est pas prêts de ressembler à un couple, et encore moins à une famille !
Draco jubila.
—Ah, enfin, tu sembles avoir compris ce que j'essaye de te dire depuis le début ! Pas trop tôt !
Ron soupira et eut plus que jamais envie d'aller passer du temps avec Hal.
(1) En réalité, c'est vraiment l'impression que j'éprouve vis-à-vis de cet OC, je dirais même que c'est ce qu'on appelle un Anti-Sue : l'inverse de Mary-Sue (enfin, en l'occurrence, Gary-Stu) mais tout aussi nocif. Enfin, vous n'entendrez plus parler de lui après ça.
