Au début, mon objectif était d'écrire quelque chose de léger, sans prise de tête. Mais au fur et à mesure que je progresse, je ne peux pas m'empêcher de creuser un peu, d'aller plus en profondeur...je dis ça parce que le côté humoristique est un peu mis de côté pour ce chapitre. Et c'est aussi l'avant-dernier de la seconde partie. Et oui, il vont bientôt quitter l'Espagne!
Chapitre quatorze : Je veux ma Maman !
Draco se réveilla et n'eut pas envie d'aller chercher le pain, ce matin-là. Pas faim, humeur morose. Il se dirigea en pyjama et pieds nus dans le jardin, ébloui par les rayons clairs et l'air frais matinal. Sans doute qu'il était encore très tôt. Il s'installa dans un des transats et resta sans rien dire, observant d'un œil distrait les orangers.
Il méditait, sans vraiment de fil conducteur : il repensait à ce qui s'était passé chez le Dr Clara…Comment diable avait-elle pu se renseigner aussi bien ? Le Dr Hélium y était sans doute pour quelque chose. Mais il tenta de ne plus y penser, c'était trop déplaisant de ressasser ça, même si quelque part il aurait bien voulu avoir quelqu'un à qui en parler et à qui s'en plaindre. Mais non, ça aurait été trop humiliant, et il avait décidé que personne ne saurait.
Pourtant ça avait été bien tentant de tout lâcher, à la sortie du cabinet, quand Ron lui avait sincèrement demandé ce qui n'allait pas…
Il dirigea ses pensées vers d'autres choses, mais toujours aussi prise de tête. Passant du coq à l'âne, il ne ruminait que sur des idées énervantes.
Il songea qu'il restait moins d'un mois avant de repartir aux Royaume-Unis. Enfin, là au moins, il n'y avait pas d'Espingouin. Mais il y avait un Balafré. Lequel des deux était le pire ? Faudrait faire un combat de coqs avec des idiots à la place de coqs, se disait-il, Latino Lover Versus Le Survivant, ça promettait. Et Ron devrait être complètement déchiré.
Quand on parle du loup (enfin qu'on y pense), on en voit la queue : on sonna à la porte et en ouvrant, Draco eut la désagréable surprise de tomber sur Hal :
—Haaaappyyyyyyyyy biiiiiiirthdaaaaaaayyyyyy to yoooouuuuuu, blondinet !
Draco lui referma la porte au nez d'un air maussade et retourna à sa contemplation des arbres fruitiers. Hal entra par une fenêtre laissée ouverte et alla le rejoindre.
—Mais enfin, tu veux pas ton cadeau ?
—Toi, tu m'as fait un cadeau ?
—En fait, on s'y est mis à plusieurs, avec Sirius, Remus et Nymphadora, ils m'ont filé de l'argent et j'ai été acheté ça hier…tiens !
Draco prit le paquet que Hal lui tendait et l'ouvrit.
—Je ne comprends pas, Dit-il en contemplant le contenu, Ta mère est quelqu'un de bien, et malgré son métier un peu particulier, elle est équilibrée mentalement…alors, pourquoi, toi, tu es aussi…enfin, y'a un truc qui tourne pas rond dans ta tête !
—Quoi ? Ca te plait pas ? Tu ne veux pas l'essayer ?
—Non. Et au passage, je me demande ce que Lupin pense du fait que tu aies acheté ça avec son fric ! Les deux autres, je veux bien, mais lui, je l'imagine mal offrir à ses amis La Panoplie du Sorcier Erotique !
—Crois-moi, il était d'accord, il a dit que tu finirais par trouver ça utile un jour, quand Ron et toi serez…
—Ne me parle pas de cette éventualité, s'il te plait !
—Ce n'est pas une éventualité, mais une certitude, puisque Lilita…
—Je ne veux pas entendre parler !
—Bon…
Silence.
—Au fait, je me suis toujours demandé, est-ce que tu sais qui est le meilleur ami de Ron ?
—Harry, ouais, il m'en parle, et alors ?
—Ça ne te fait rien de savoir qu'il est ami avec une telle célébrité ?
—Ah bon ? Il m'a pas dit qu'il était célèbre.
—Euh…il ne t'a pas donné son nom de famille ?
—Non, juste que son prénom c'est Harry et il me raconte des anecdotes sur lui quand la conversation dérive vers ça…
—Harry Potter.
—Oui ?
—Tu ne vois pas c'est qui ?
—Euh…attends…ah, oui, c'est le petit-fils de votre reine, non?
—Non, je te parle du Survivant, celui qui a défait Lord Voldemort, un vilain pas beau qui tuait plein de gens et semait la terreur partout dans le monde magique…
—Ah oui, lui ! Oui, oui, je le connais, mais je le confonds toujours avec le Prince Harry…Au fait, tu crois qu'il va parvenir à vaincre Voldemachin ?
—Mais sur quelle planète tu vis ? Il l'a vaincu l'année passée !
—Ah…ouais…tu sais moi, j'aime pas lire l'actualité, ça m'intéresse pas trop, quand je vois une gazette qui traîne, j'aime bien lire les BD et regarder les photos des stars sans maquillage, mais les articles ça me soule…Ma mère dit tout le temps que c'est pas bien et qu'il faut que je m'intéresse un peu plus à ce qui se passe dans le monde…mais moi, le seul truc que je suis, c'est l'actualité des concerts de groupes de rock et des festivals, parce que ça au moins, c'est sympa, et puis, j'aimerais bien être une rock star pour avoir plein de nanas à mes pieds! Alors que la politique, l'économie, et tout ça, c'est méga-chiant ! Alors, Harry Botter…
—Potter.
—Oui.
Draco trouvait à la limite que c'était une qualité d'en savoir aussi peu sur celui qui avait sauvé tout le monde, car ça prouvait que Hal n'était pas un de plus de ces toutous haletants devant le Balafré. Mais ça restait Hal, tout de même.
—Je vois…
—Dis…je pense à un truc…
—Quoi ?
—Il y a une petite tenue avec le cadeau, qu'est-ce que tu dirais de l'enfiler et d'aller réveiller Ron comme ça ?
Draco se leva en silence et planta là Hal pour aller chercher sa baguette sur sa table de chevet alors que Ron était entrain de se réveiller. Ensuite, il revint dans le hall et ouvrit grand la porte d'entrée, puis il propulsa Hal dehors à coup de sortilèges dans la tronche et referma la porte en mettant le verrou, puis il alla s'assurer que toutes les fenêtres étaient fermées. Hal alla coller sa figure contre la vitre et fit des yeux de chien martyrisé, mais Draco ferma impitoyablement le volet sur lui. Enfin, il rangea son cadeau et alla le planquer dans l'armoire de sa chambre, en se dépêchant car Ron se frottait les yeux.
—Joyeux anniversaire ! Dit celui-ci.
—Ta gueule !
—Oh, mais…quoi ? Qu'est-ce que j'ai réussi à faire de mal alors que je viens de me réveiller ?
—Hurmph !
—Bon, je vais quand même te donner ton cadeau…
—Où est-ce que tu vas ?
Ron se dirigeait vers l'endroit où Draco avait caché La Panoplie du Sorcier Erotique.
—Ben, j'avais planqué mon cadeau là…
—J'en veux pas, garde-le pour toi !
—Mais…
—Va plutôt préparer le petit déjeuner, tiens !
—Oui, Maître Malfoy, Dobby est là pour vous servir !
—Rhhooo !
—Et essaye de faire semblant d'être de bonne humeur quand Alita viendra te montrer ce qu'elle a fabriqué pour toi avec ses pauvres petites mains !
—Je n'ai pas besoin de faire semblant avec elle, seulement avec toi et ton latino débile !
—Rha, mais c'est que moi aussi, je vais être énervé !
—C'est ça, essaie de m'impressionner pour voir !
—Tu veux que je t'en colle une ? Comme au «bon vieux temps» où nous étions sûrs de nous détester à la vie à la mort ?
—J'aimerais voir ça !
CLAC !
La gifle était partie. Draco se frotta la joue, éberlué.
—Quand je pense que tu me frappes le jour de mon anniversaire !
—Quand je pense que tu me casses les couilles dès le matin, t'es pire qu'une fille !
—Superbe commentaire machiste, c'est Granger qui te l'inspire ?
Ron ne répondit rien et alla mettre la table. Draco se retoucha la joue.
—Pourquoi vous vous disputez ? Dit une petite voix.
—Ah, tu es levée, ma poupée ?
—Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi P'pa t'a frappé ?
Un bruit provenant de la cuisine signala que Ron venait de casser une tasse.
—Ce n'est rien, Dit Draco, On est un peu fâchés, mais ça ne veut pas dire qu'on ne s'aime plus !
Alita n'eut pas l'air d'être apaisée par ses paroles, au contraire, elle lui envoya un regard farouche et lança :
—Tu es exzactement le même que P'pa !
—Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
—Que tu es un menteur !
Et elle s'engouffra dans sa chambre.
—Ne mettez pas la table pour moi, z'ai pas faim !
Elle referma la porte. Draco se fit la réflexion qu'il avait grand besoin de fumer, alors que le matin n'était pas sa période habituelle pour ça. En passant dans la cuisine, il vit Ron figé dans la contemplation de la tasse brisée sur le sol, et ses mains étaient toujours dans la position où elles étaient quand il l'avait laissée tomber.
—Crétin, Murmura-t-il.
—Oh, je ne te permets p…
—C'était pas à toi que je disais ça…
Un « toc toc » se fit entendre. Draco prit la tangente alors que Ron allait voir qui s'était.
—Hal ?
—Il m'a encore enfermé dehors…mais t'en fais une tête ?
—S'il te plait, Hal, tu peux t'en aller ? C'est pas contre toi, mais…c'est la crise…
—Ça va ?
—Non ça va pas…j'ai…je crois que cette fois, l'irréparable a été commis…s'il te plait, laisse-nous…
—Comme tu veux…
Il s'en alla, mais décidé à prévenir Remus qui lui semblait être le seul à pouvoir régler les crises. Ron referma la porte sur le jeune Espagnol et puis entreprit de ramasser les débris de la tasse. Et comme il s'y prit à mains nues, il se blessa plusieurs fois, mais cela ne le gêna pas. Ensuite, il alla dans le jardin où Draco tirait sur sa cigarette et s'installa dans le transat à côté de lui.
—Qu'est-ce que tu veux ? Fit sèchement le blond.
—Ma maman, Répondit Ron.
—Quoi ?
—Je veux ma maman.
—Qu'est-ce que tu me racontes ?
—J'en ai marre d'être un père et d'être un mari…surtout un père et un mari d'improvisation. Je ne suis pas taillé pour ce rôle, je n'ai pas les capacités pour vous satisfaire, toi et Alita, et je commets bourde sur bourde…
Il marqua une pause et soupira, sa voix tremblait un peu.
—J'ai toujours été le petit dernier de la famille, et aussi loin que remontent mes souvenirs avec Hermione, elle aussi, elle ne fait que me materner, parce que je suis trop immature pour me débrouiller tout seul…Je suis un fils à maman, toi, je t'ai toujours traité de fils à papa, et bien moi, je suis un fils à maman, et je veux ma maman, parce que je suis faible et que j'ai besoin que quelqu'un me console, là tout de suite, je ne sais pas ce que je dois faire, la situation me dépasse, je veux que quelqu'un me guide et me dise ce que je dois faire ! J'ai besoin du réconfort d'un adulte sensé qui veut mon bien, parce que je ne suis pas un adulte, je suis un gosse, un gosse qui ne sait rien faire sans sa maman ! Je n'arrive pas à m'occuper d'Alita, je n'arrive pas à m'occuper de toi, et je veux qu'on s'occupe de moi !
Draco leva un sourcil. Depuis le début de cette aventure, Ron lui avait laissé l'impression qu'il contrôlait tout, que tout lui réussissait avec Alita, que la paternité lui allait mieux qu'à lui qui avait tant de mal à se faire à l'idée.
Pourquoi était-il tout à coup si fragile ?
—Je veux ma maman, Répéta Ron, Et Alita aussi devrait bénéficier d'une mère.
—Tu ne vas quand même pas me sortir que deux hommes ne peuvent pas…
—Ce n'est pas ce que je veux dire…Tu vois…nous deux…comme pères…on est nuls…et elle fréquente trop d'hommes…même ses baby-sitter, ce sont Hal et Remus…
—Mouais…
—Tonks…
—Quoi ?
—Tonks…on devrait lui demander d'être la maman d'Alita pour un moment…et puis ça lui fera de l'entrainement pour quand Teddy sera plus grand…mais il faudra que Remus ne soit pas là, pour qu'elles fassent des trucs de filles…
—T'es entrain de partir dans quel délire là ?
—Et puis, il est évident que toi et moi, on a besoin de temps pour…enfin, tu vois ?
—C'est toi qui a besoin d'une maman, pas Alita, elle est assez douée pour s'occuper d'elle toute seule, plus que nous en tous cas ! C'est toi qui dois avoir envie que Tonks te prenne sur ses genoux et te berce…et puis, une métamorphmage…elle pourrait devenir rousse et prendre quelques kilos superflus…
—Ne dis pas n'importe quoi non plus ! (et arrête tes commentaires sur la silhouette de ma mère !)
—Ben quoi, tu veux ta maman, non ?
Ron se leva et alla s'habiller. Ensuite, il entra dans la chambre d'Alita et découvrit qu'elle avait renversé de rage la statue de Draco en pâtes qui s'était cassée en deux. Elle boudait toute seule dans son coin. Elle le regarda et s'apprêta à dire quelque chose du style « Alors, on vient me raconter d'autres mensonges ? ».
—Tu veux passer la journée chez Tata Dora ?
Alita fut étonnée.
—Pourquoi pas, Admit-elle, reconnaissant que changer d'air ne lui ferait pas de mal.
—Allez viens.
Ils partirent ensemble. Draco passa devant eux.
—Où tu vas ?
—Chez Satin. Oui, encore, ça te dérange ?
—En pyjama ?
Draco grommela et alla se changer. Ron prit la main d'Alita et la conduisit chez Tonks et Remus. Ils n'échangèrent pas le moindre mot. Ron évitait de regardait Alita, de peur de lire sur son visage « Pourquoi que t'as frappé Pôpa ? ». Il se sentait misérable.
Tonks accepta son rôle facilement, et elle n'eut aucun problème à faire de son chez-elle un no male's land puisque Sirius était chez Rogue, Hal parti draguer et Remus décidé à s'occuper de Ron.
—Les femmes ! Lui dit celui-ci une fois qu'ils furent seuls.
—Oui ? Dit Remus qui n'était pas au courant de tout ce que Ron pensait sans arriver à mettre des mots convenables dessus.
—Les femmes ! Les mères, les filles, les sœurs, les épouses, les petites amies, les bonnes copines ! Non, mais…Remus, qu'est-ce que je vais faire quand Alita deviendra une adolescente ?
—Qu'est-ce qui s'est passé…Mais Ron…tu…
Le jeune-homme regardait le sol d'un air lamentable et se tordait les doigts, ses lèvres remuaient.
—Tu…tu vas pleurer ?
Il n'en fallut pas plus que la prononciation du mot « pleurer » à Remus pour se retrouver avec un rouquin dans les bras, pas vraiment en pleurs, mais pas loin.
—Je ne suis pas un père !
—C'est assez normal de penser ça quand on a moins de 20 ans…
—Je ne suis pas un adulte ! Je n'arrive pas à grandir, et je ne sais pas veiller sur les autres ! Dis-moi, Remus, est-ce que tu as peur, des fois, de ne pas savoir comment t'y prendre avec ton fils ? Et avec Tonks ? Pourquoi c'est si dur avec les femmes ? Ca n'allait pas avec Hermione…enfin, ceci-dit, avec Draco, c'est pas mieux…Rien ne marche avec moi ! Je veux ma maman !
—Quoi ? Tu veux ta…
—Oui, j'en ai marre, j'ai envie d'abandonner, je veux être super-égoïste et tout laisser tomber et emmerder les autres!
—Allons…
—J'ai frappé Draco et Alita l'a vu, et maintenant, c'est comme si elle avait découvert le subterfuge, elle est fâchée, et elle a bien raison…au fond, on l'a prise pour une idiote !
—Tu as frappé Draco…
—Il était encore énervé pour je-ne-quelle-raison ce matin, et je me suis fâché aussi et j'ai répondu à ses provocations et c'est parti tout seul, comme ça, sans que je comprenne pourquoi j'ai fait ça !
Remus lui tapota la tête.
—Hal est venu me trouver…à croire que je suis la voix de la sagesse ici…tout ça parce que je sers de conscience à Sirius…est-ce que j'ai peur de ne pas être à la hauteur pour Nymphadora et Teddy ? Tout le temps. Tu es un garçon courageux, Ron, mais quand quelque chose ne va pas, tu as tendance à baisser les bras trop vite, parce que tu ne te fais pas confiance, pourtant, tu as de grandes capacités, tu peux surmonter tout ça, d'ailleurs, tu as déjà survécu à pire, je me trompe ? Autant tout le monde, moi y compris, s'est toujours occupé de Harry parce qu'il avait le poids du monde sur les épaules, autant toi tu refoules tout et tu restes en retrait, préférant dissimuler tes problèmes plutôt que de les régler, jusqu'à ce que tu exploses, et c'est pour ça que tu as toujours une longueur de retard sur les autres…Ne crois pas que tu es le seul à être faible, nous le sommes tous, et ce n'est pas parce que je suis aujourd'hui rayonnant que je n'ai jamais été fragile et anéanti plus bas que terre…d'ailleurs, c'est parfois encore d'actualité…
—Oui, mais toi, c'est pas ta faute si l'autre enfoiré t'a mordu, alors que moi, mon problème, il vient entièrement de ma personnalité !
—Oh ça…la lycanthropie est aussi une métaphore du démon intérieur…et ça, tout le monde en a un. Tu viens ? On rentre chez toi.
Ils reprirent la marche en silence. Ron n'osa pas dire à Remus que son cadeau avait subi un rejet total. Une fois arrivés au bungalow, Ron se dirigea dans la chambre d'Alita et entreprit de recoller les morceaux de la statue de macaronis. Il entendit Remus qu'il avait abandonné sur le seuil ranger la table où personne n'avait mangé. De toute façon, Draco n'avait pas acheté le pain.
Une fois qu'il eut raccommodé le Draco en pâte, il saisit un bandana dont Alita se servait pour jouer à la pirate et en coiffa la statue. Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça, mais il trouvait ça seyant.
Il repassa ensuite dans le salon, et retomba sur le livre d'Emy Douçamère qui trainait toujours depuis la veille. Il s'en saisit et alla dans le jardin et se coucha sur le transat que Draco occupait habituellement (le noir, car Draco avait dès le premier jour décrété que ce serait son transat). Sa main heurta d'ailleurs le cendrier dans lequel le blond avait laissé un mégot. Il s'en saisit et le mis en bouche, pour voir. Goût affreux. Comment Draco pouvait-il fumer cette merde ? Il ouvrit le livre et commença à lire, se disant que c'était le moment où jamais pour vérifier si la littérature pouvait réellement permettre de s'évader et de partir loin des problèmes du quotidien. Un écrivain obèse et antipathique distribue des vestes à tour de bras à des journalistes, sauf que le dernier tient le coup, c'est une femme, et en plus, elle le perce à jour avec son meurtre avec un hippogriffe…c'est plein de mots compliqués, d'expressions bizarres et de réflexions qu'Hermione jugerait « aussi tordues que Luna Lovegood ». Mais c'est sympa. Ca fait passer le temps et c'est un livre assez bizarre que pour se dire que tous les livres ne se ressemblent pas.
Il en était au deuxième journaliste quand la voix de Remus retentit :
—Tu fumes, maintenant ?
Ron cracha le mégot qu'il suçotait depuis un moment.
—Je…je me demandais comment Draco…oh, rien, juste comme ça.
Une agréable odeur de bacon lui chatouilla les narines et son estomac lui rappela qu'il avait sauté un repas :
—Omelette au bacon ?
Remus sourit derrière l'assiette qu'il lui tendait.
oOoOOOoOo
Faire des trucs de filles, telles étaient les consignes de Ron. Alors, la première idée qui vint à Tonks, c'était le maquillage.
Le maquillage made in Nymphadora Tonks, évidemment.
C'est ainsi qu'Alita se mit à avoir l'air d'une fervente admiratrice des Sex Pistols, chose peu commune chez les fillettes de sept ans. Ensuite, Tonks lui expliqua l'histoire du mouvement punk. Ce n'était pas nécessairement des «trucs de filles» mais ça faisait oublier à Alita que ses parents se cognaient dessus. Tonks songea que c'était bien normal que Ron et Draco ne s'entendent pas encore parfaitement, et qu'il ne fallait donc pas vraiment prendre ça pour de la violence conjugale. Néanmoins, elle ne savait pas comment faire comprendre à Alita que tout allait bien se passer. Comment lui expliquer que l'amour était quelque chose d'aussi compliqué ? Et que chaque histoire était différente des autres ?
Voyant Alita prendre une mine triste sous son maquillage punk, elle sut qu'elle devait recommencer à penser à ses pères.
—Tu sais, certains amours sont violents, et tes papas m'ont toujours donné l'impression qu'ils appartenaient à cette catégorie-là, bien que je n'aime pas trop cette idée de faire «catégories», mais enfin…tu vois ?
—Ça ne les excuse pas ! Répliqua-t-elle avec aplomb.
Tonks soupira.
—Tu ne dois pas exiger d'eux d'être sans faille…personne ne peut l'être ! Quand tu seras grande, tu verras que rien n'est aussi simple…
—Mais moi, z'en ai marre d'être toute petite ! Tout le monde me raconte des mensonzes paskeuh ze suis petite !
—Je comprends que ça t'énerve, mais on ne peut pas te faire grandir plus vite…ce serait vraiment horrible de faire ça, et en plus, une fois que tu es grand, tu regrettes l'époque où tu étais petit ! Alors, tes papas…
—Ils sont supposés s'aimer, pas se taper dessus…en plus, z'ai zamais rien dit mais…depuis que z'ai eu ce problème avec le sablier chez Marraine, ils sont bizarres, y'en comme un truc pas normal entre eux…
—Ils sont sans doute entrain de traverser une mauvaise période…mais ils t'aiment toujours autant…laisse-leur du temps, ils sont forts…
—C'est nul…ça ne devrait pas être comme ça, les amoureux, c'est pour la vie, comme moi et Edward !
Tonks soupira encore.
—Tu sais que Tonton Lunard n'arrête pas de m'embêter ?
—Hein ? Pourquoi ? C'est pas posssib', noooonnn ! Il est trop zentil, lui !
—Ben, il a peur de me faire du mal, et j'ai du insister longtemps avant qu'il assume notre relation. Il avait de fâcheuses tendances à se déprécier lui-même et à dire que je devais aller voir ailleurs, tu imagines, moi, me forcer à tomber amoureuse d'un autre homme ?
—Euh, ben nan.
—Quand je me suis retrouvée avec lui devant l'autel, je ne croyais pas à mon bonheur…mais le pire, c'était quand Teddy était dans mon ventre, il n'arrêtait pas de me répéter « Ce sera un petit loup-garou ! Tu vas mettre au monde un monstre, un monstre comme son père, il te fera autant de mal que je t'en fais, Nymphadora, je suis la cause de tes malheurs, je vais gâcher ta vie ! »
—Oh, pauf' Tonton Lunard, c'est trop triste….quand ze serai une capitaine pirate, avec mon équipaze, ze tuerai le mec qui a inventé la lyppocamtropie !
—Oh, merci, c'est gentil, Fit Tonks avec un sourire qui cachait son rire.
—Il s'appelle Monsieur Lyppocampe, hein ? Sûrement un ami d'André Cornichon, ça m'étonnerait pas !
—Euh…oui, tout à fait. Enfin, voilà, Tonton Lunard et moi, on s'est beaucoup disputés à cause de ça…parce que moi, je lui répétais des millions de fois que je m'en foutais qu'il soit un loup-garou, mais il continuait…
—Mais ze ne t'ai zamais vue te fâcher sur lui…ah si, une fois…
—Hein ? De quoi tu parles ?
« Une anecdote sur le futur ? Je me suis fâchée sur Remus????»
—Ouais, tu sais quand il avait fait une blague à Teddy…
—Euh…je ne me souviens plus...
—Mais si ! Il avait dit à Teddy qu'il y avait une plante carnivore dans la cuvette de wécés et qu'elle allait lui mordre le zizi quand il fait pipi ! Alors Teddy, il avait peur, il osait plus aller sur le pot, alors il a essayé de se retenir, mais il allait exploser, alors pour éviter d'aller dans les wécés où qu'y a la plante, il est allé faire pipi dans le zardin, et t'as pas aimé qu'il a fait ça dans tes fleurs. Et quand t'as su que c'était Tonton Lunard…ze n'oublierais zamais quel point il était triste quand t'as dit « privé de chocolat pendant une heure ! »…'reusement que t'as dit après que c'était une blague, pask'il l'aurait pas supporté…
—Ah oui, je me rappelle, Mentit Tonks, Une plante carnivore…Tonton Patmol a beaucoup trop d'influence sur Tonton Lunard, si tu veux mon avis…
oOoOOOoOo
L'appartement de Satin était minuscule, il n'y avait que deux pièces. Et il était bordélique. Bordélique dans le sens où c'était un vrai foutoir, et bordélique dans le sens où y trainaient nombre de jarretelles, soutien-gorges à armatures et autres accessoires qu'une ne femme ne porte pas uniquement par coquetterie. Ainsi que des vêtements d'homme, et ils n'étaient certainement pas à Hal. Ca sentait le tabac et quelques flaques collantes en forme de cercle suggéraient qu'on avait posé des bouteilles de rhum à cet endroit.
C'était tout ce que Draco détestait en matière d'ambiance, lui qui aimait l'ordre et la propreté, mais curieusement, il se sentait bien dans cet appartement. Surtout avec l'odeur des cookies instantanés que Satin préparait en entendant son estomac gargouiller.
—Vous avez de la chance en Angleterre, Dit-elle pour meubler le silence, Vous avec la Foire du Livre Sorcier et Emy y sera…comme chaque année !
—Normal, puisqu'elle sort un livre par an.
—Dis-moi, tu es un peu contrarié ce matin, non ? Tu es venu sans avoir mangé…
Draco ne répondit pas.
—Hal t'a encore embêté ? Je devrais prendre mon rôle de mère plus à cœur et lui donner une fessée de temps à autres, à celui-là !
Elle était belle, Satin. Elle était bronzée à force de vivre en Espagne, mais elle n'était pas une fille du sud. Elle avait des cheveux ambrés et les mêmes yeux bleus marines que son fils, elle s'habillait très mal, ce matin-là elle portait un vieux tee-shirt par-dessus sa robe de nuit indécente et était chaussée d'un seul bas nylon, elle ne se rappelait plus où elle avait envoyé valser l'autre la veille quand elle était avec un homme qui n'était pas le géniteur de Hal. Une drôle de fille, elle avait l'air d'une vieille danseuse de cabaret désabusée.
Mais elle était très rassurante et parfois, Draco se disait qu'il aimerait bien qu'elle le prenne dans ses bras. Pas qu'il virait hétéro, mais qu'il pensait que ça lui ferait du bien. Et puis ça ferait chier Ron, ça lui apprendrait à apprécier l'Espingouin !
—Tu veux un cookie, mon petit chou ? Demanda-t-elle de sa voix ravagée par le tabac.
—Volontiers.
Il était très bon, ce cookie.
—Vous pourriez me prêtez Métaphysique des Bubobulbs ? J'aimerais le relire pour éviter de devoir parler à Ron…
—Ah, c'est donc, ça, c'est avec ton rouquin que ça coince…
—Mon rouquin ? C'est juste un pauvre gamin minable qui veut sa maman…c'est vrai, même que c'est lui qui me l'a dit, il veut sa maman !
—Vraiment ?
—Ouais…j'ai vraiment pas l'impression d'avoir affaire à un adulte…tous ses comportements sont immatures ! Et là, il a dit qu'il en avait marre d'assumer son rôle de père et qu'il voulait sa maman pour le câliner…non mais, franchement…
—Ah ça…quand on sent qu'on n'est plus à la hauteur, on aimerait avoir quelqu'un qui réglerait le problème avec un claquement de doigt…Ca ne t'est jamais arrivé, mon chou ?
—Non, Mentit Draco, trop fier.
—Un autre cookie ?
—Merci.
Silence. En Draco, il se passait quelque chose.
—Le Dr Clara est une de vos amies, n'est-ce pas ?
—Oui, je me rappelle la première fois que j'ai été consulter chez elle pour Hal…complexe œdipien, elle l'a guéri en quelque sorte, puisqu'il a cessé d'être amoureux de moi pour être amoureux d'elle…Mais dis-moi, tu as des problèmes avec elle, c'est ça ?
—Je préfère ne pas en parler.
Un souvenir refit alors surface dans la tête du jeune blond. Narcissa le berçait sur ses genoux, il devait avoir trois ans. Elle susurrait des chansons, elle avait un visage rieur. Puis, elle prenait une boîte de biscuit et disait « Tu veux un cookie, mon ange ? ». Il riait et se remplissait de biscuits au chocolat de manière avide. Puis tout à coup, le charme se rompait. Une voix masculine froide, un baiser échangé devant ses yeux avec Narcissa. Elle ne le regardait plus, elle le regardait lui. Malaise.
—Encore un cookie, mon chou ?
Ce n'était pas Narcissa qui parlait, c'était Satin. Il la regarda éberlué, elle sourit, mais elle plissa les sourcils.
—Qu'est-ce qu'il y a ?
—Non…rien.
Envie qu'elle le serre dans ses bras ? Envie d'aller la trouver tout le temps dans son appartement dès que ça allait mal avec Ron ?
…tait-ce un dernier sursaut d'hétérosexualité, vraiment ? Une simple envie de parler d'Emy Douçamère, vraiment ?
Ou alors, dès qu'il avait des ennuis avec Ron, dès qu'il voulait fuir le rouquin, dès qu'il sentait la situation hors contrôle, il filait chez Satin…Un peu gros le coup de l'écrivain préféré qui sert de prétexte aussi souvent !
« Non seulement, je suis un fils à papa…mais je suis aussi un fils à maman ! »
oOoOOOoOo
Draco rentra vers midi et trouva Remus entrain de préparer des tartines pour deux personnes.
—Mais je vais en faire une troisième pour toi, Dit-il en le voyant arriver.
Draco ne dit rien. Il brandit Métaphysique des Bubbobulbs devant lui pour signifier à Remus qu'il allait lire dans le jardin, et s'exécuta.
Et Ron y lisait Hygiène de l'hippogriffe. Dans son transat. Il ne dit rien et prit place à côté de lui et se mit à lire. Remus leur apporta à manger et ils murmurèrent un merci monocorde à l'unisson. Ils mangèrent tout en lisant mais ne parlèrent pas. L'odeur des orangers embaumait.
oOoOOOoOo
Dans la soirée, Draco était toujours entrain de lire, Ron avait fini et regardait le blond en silence. Celui-ci ne s'était pas rendu compte que la lumière déclinait, ses yeux s'habituant à la pénombre croissante, et il sursauta quand le roux alluma une lanterne accrochée au mur avec sa baguette.
—Tu vas te bousiller les yeux...Je vais préparer le dîner, Dit-il en se levant, Je ne cuisine pas très bien, mais quand même…et puis, Remus doit s'ennuyer, c'est bien gentil de sa part de rester comme ça avec nous…
Ledit Remus était entrain de battre son record de mots croisés, ayant rempli cinquante grilles en une après-midi.
—Merci, Dit Ron en ouvrant un gratin à réchauffer au four, Merci Remus. Mais tu devrais peut-être retourner t'occuper de ta femme, maintenant ? C'est elle qui a besoin de toi.
—Je te remercie, mais j'aimerais d'abord trouver «stupide en trois lettres» !
—« R—O—N » ?
—Ah, non, j'ai trouvé, c'est « sot ».
Quand le gratin fut réchauffé, il en servit au lycanthrope et alla en porter à Draco.
—Tiens.
Draco leva ses yeux gris vers lui.
—Pardon pour t'avoir agressé ce matin.
—C'est moi qui suis désolé, je t'ai frappé.
—Je n'avais jamais autant mérité une baffe de ma vie.
—Tu veux voir ton cadeau ?
Draco acquiesça et se garda d'avouer qu'il considérait déjà comme un cadeau cet après-midi passée à lire ensemble. Ron se leva à nouveau et revint avec le petit paquet que Remus lui avait donné.
—Euh…c'est quoi le truc dans l'armoire, le bazarre pour sorciers érotiques ?
Draco rougit, et réussit à résumer la situation en un mot :
—Hal.
Ron comprit. Draco ouvrit son cadeau.
—Euh…Des billets de tombola ?
—Regarde-mieux.
Sur chaque billet, il était écrit une phrase différente : « Je fais tes corvées si tu es fatigué », « Si tu commets une faute, je me dénonce à ta place et paies les conséquences », « Si tu es en colère, tu peux passer tes nerfs sur moi », « Je t'offre une crème glacée », « Je te paie un verre », « Mon épaule est là si tu es triste », « Je fais diversion pendant que tu fais quelque chose que la morale réprouve »,…et plein d'autres du même style.
—Le principe, c'est que tu peux me demander de réaliser une de ces actions, pour ça, tu me donnes le billet concerné.
Ron avait été étonné d'apprendre que Remus avait parfois offert ça aux trois autres Maraudeurs et espérait bien qu'il y avait certains tickets qu'ils n'avaient jamais osé utiliser, en particulier celui qui s'intitulait « Je t'aide à te débarrasser du corps ».
—Merci, Dit Draco avec un sourire.
A ce moment-là, des voix féminines retentirent :
—Coucou, c'est nous !
—Et, Tonton Lunard est là !
—Dora, c'est quoi ce maquillage que tu lui as mis ?
—Ze suis une princesse « peunk », Tonton Lunard ! Et tu sais quoi, ze vais tuer le monsieur qu'ya inventé la lippocamtropie!
—Eu...oui...
—Bon, c'est pas ça, mais on va rentrer nous, allez Remus, tu viens?
—Attends, Dora, je dois d'abord aller aux toilettes.
—Attention à la plante carnivore, namour, ce serait bête qu'elle mange ton zizi !
Alita rigola et Remus décida qu'il n'allait même pas chercher à comprendre cette bêtise. La fillette repéra ensuite les deux silhouettes masculines dans le jardin.
—Elle mérite d'être rassurée, Suggéra Draco.
Quand il sut qu'Alita les regardait (sans avoir l'air de faire exprès de regarder si elle les regardait), il s'approcha de Ron et déposa un baiser sur sa joue (non, pas sur la bouche, faut pas pousser !)
—Z'êtes moins cons que c'matin ?
—Et si tu montrais ton cadeau à Pôpa ? Dit Ron.
—Mais P'pa, mon cadeau, en fait…
Le rouquin lui fit un clin d'œil.
—Vi vi, viens, Pôpa !
Ils allèrent tous les trois dans la chambre de la petite fille, croisant Remus et Nymphadora qui partaient (et cette dernière était hilare avec ses histoires de plantes carnivore). Quand Draco vit la statue que Ron avait réparée, il resta sans voix.
—Merci, petite poupée, Murmurra-t-il.
Alita était loin d'être bête, elle savait que depuis qu'elle avait débarqué à Poudlard, le monde n'était plus tel qu'elle l'avait connu, et parfois, elle aurait bien voulu retrouver ses pères qui s'embrassaient et se cajolaient furtivement comme elle y était habituée. Mais elle tenait bon, elle savait que tôt ou tard, elle retrouverait ce monde-là, c'était une évidence, Ron et Draco ne pouvaient que s'aimer.
—Nymphadora, ça suffit, arrête de parler de mon zizi en ricanant bêtement, sinon, tu ne le verras pas ce soir !
