Désolée, j'ai encore mis un peu de temps à l'écrire, celui-là.


Chapitre dix-neuf : Vaisselle cassée, c'est la fessée

Nous retrouvons les protagonistes de cette histoire sur le point de se disputer une fois de plus. Petite originalité : cette fois, l'objet de la bisbille est la revendication de Ron d'avoir le droit de manger du chorizo, alors que Draco veut l'en empêcher, pour le motif qu'il est jaloux dudit chorizo.

Oui, cette fois, ils avaient fait fort !

—Mais pourquoi tu fais ça ? Le dîner est terminé, maintenant, c'était hier, même…Alors, laisse-moi retrouver une alimentation normale, nom d'un veracrasse à rayures!

—Je t'ai interdit de manger ce truc, et tu le fais à l'évidence pour le plaisir de me désobéir !

—Pas du tout !

—Et t'as faim en plein milieu de la nuit, c'est ça ?

—Euh…ben oui…

—Et tu manges du chorizo à quatre heures du mat ? C'est quoi cette lubie ?

—Je suis enceinte. Trouve-moi des fraises même si c'est pas la saison, s'il te plait !

—Epargne-moi ton humour débile, pitié, et me parle pas de grossesse !

Draco eut soudain le souvenir d'un certain cauchemar fait à Azúcar Culebra.

—Allez, pose ce saucisson et retourne dormir !

—Mais non, je veux le manger !

—Donne !

Draco étendit le bras pour saisir le chorizo.

—Mais lâche ça, c'est à moi !

—Donne !

—Draco, lâche mon saucisson tout de suite ! T'es vraiment ridicule, là !

Draco se cramponna, Ron tenta de l'éloigner en lui saisissant le poignet de son autre main. Ils luttèrent dans un froufrou de pyjamas et de frottements de pieds nus sur le carrelage de la cuisine, le tout avec le bruit du frigidaire toujours ouvert. La scène était d'un parfait ridicule.

—Mais tu vas le lâcher, ouais ?

Et tout à coup, ce qui pouvait arriver de pire arriva : l'un des deux déséquilibra l'autre qui l'entraîna dans sa chute. Ils tombèrent tous les deux contre la plaque de l'évier où était rassemblée toute la vaisselle abandonnée là jusqu'au lendemain. Le choc fut tel que l'onde énergétique se propagea dans le bois et fit trembler la pile d'assiettes qui s'écroula, percutant celles des verres et des tasses à pousse-café par l'effet domino et le plus beau service de Molly, qu'elle avait bien entendu réquisitionné pour le dîner, se retrouva à moitié à terre, à moitié dans les cheveux des deux garçons, dans un grand fracas qui réveilla toute la maisonnée, ou du moins une bonne partie de celle-ci.

—Oups ! Commenta Ron avec une intelligence rare.

—Qu'est-ce qui se passe ? Hurla la voix d'Arthur depuis le premier étage.

—Et maintenant ? Chuchota Draco.

—On se casse ! Dit Ron en emmenant le blond dans le jardin avant que ses parents ne débarquent.

Il récupéra son saucisson et acheva de le dévorer. Autant liquider les preuves du méfait. Planqués derrière un buisson de bégonias, les deux complices écoutaient, le souffle haletant, alors que des pas se faisaient entendre dans la cuisine.

—Oh, Merlin ! Gémit Molly en passant ses mains sur ses joues de manières outragée, constatant le carnage.

—Mais…mais qui a fait ça ? Fit Arthur en jetant des regards furtifs à gauche et à droite, Qui s'est introduit chez nous ?

—Quel gâchis, mes belles assiettes !

—Je ne sais pas qui vous êtes, Poursuivit Arthur en s'adressant aux fuyards, mais vous venez de commettre une violation de domicile, et ça ne se passera pas comme ça !

—Arthur, tu crois que c'est un Mangemort ?

—Voyons Molly, maintenant que Voldemort n'est plus, ça n'existe plus, les Mangemorts !

—Mais s'il y a encore un débile pour croire qu'il pourrait revenir encore ? Ou un nostalgique de son régime qui veut se venger sur nous ?

—J'opterais plutôt pour un cambrioleur…

—Qui viendrait cambrioler une maison retirée à l'écart du village, isolée en pleine campagne ?

Dans les buissons, Draco ajouta à voix basse :

—Et surtout une maison dont l'aspect extérieur renseigne bien sur le fait qu'il n'y a pas grand-chose d'assez précieux pour être volé à l'intérieur !

Ron lui bourra les côtes d'un coup de coude.

—Je me demande bien ce que cette personne cherchait dans notre cuisine, Dit Arthur en contemplant le frigo toujours ouvert.

—Quand je pense que tout ça est arrivé à cause d'un morceau de viande, Murmura Draco.

—J'ai mangé le coupable, Assura Ron.

—Qu'est-ce qu'on fait ?

—On tente de regagner ma chambre.

—Tes parents vont nous voir.

—Par l'extérieur…

—Quoi ?

—On va escalader le mur, on est au pied de la bonne façade…

—On ne pourrait pas utiliser un sort pour nous hisser ?

—Je n'ai pas pensé à prendre ma baguette avec moi…puis, c'est pas un pyjama avec des poches…

—Bien joué, gros malin !

—C'est pas grave, puisque toi qui es plus intelligent que moi, tu l'as forcément sur toi, ta baguette, hein ?

—Euh…je ne l'ai pas non plus…

—Ben voyons…

—Mais alors, on va devoir grimper tous seuls ?

—J'en ai peur, mais c'est pas dur, je l'ai fait plusieurs fois quand j'étais petit et qu'on m'avait puni et que je voulais m'évader de ma chambre…regarde, c'est facile !

Alors que ses parents débattaient encore dans la cuisine et que Ginny et Hermione avaient passé la tête en haut des escaliers, Ron s'agrippa à des morceaux de charpentes et de pierrailles inégales et commença son ascension. Draco le regarda s'exécuter avec appréhension.

—Viens, c'est facile !

—Mais…

—Donne-moi ta main, je vais t'aider !

Draco hésita.

—Allez !

—Je peux monter tout seul !

—Comme tu veux.

Ron retira sa main et poursuivit son escalade. Draco le suivit, ils progressèrent le plus rapidement possible. Arthur sortit dehors et scruta la noirceur des alentours. Ron arriva jusqu'à la fenêtre de sa chambre, heureusement ouverte à cause la chaleur, en priant pour que son père n'ait pas l'idée de lever les yeux.

—Pourquoi faut-il que tu dormes dans la chambre la plus haute ? Pesta Draco entre ses dents.

—Chut !

Ron se hissa de l'autre côté de l'appui de fenêtre et tomba en douceur sur le parquet. Draco arriva après lui mais dérapa dans une lézarde, provoquant la chute de petits gravats. Arthur sursauta. Ron attrapa vivement Draco et le tracta dans la chambre avant que son père ne tourne la tête avec un « Ah, curieux, j'aurais juré que… ». Draco tomba sur Ron, se retrouvant collé dans les bras de celui-ci.

Après un temps de réaction, du à l'adrénaline provoquée par l'excitation, il se rendit compte de la position dans laquelle il se trouvait et se retira, tirant une mine dégoûtée.

Une lumière s'alluma. Alita les scrutait l'air sévère, les bras croisés, telle une épouse attendant son mari ivre au retour du bistrot, il ne lui manquait plus que les bigoudis sur la tête.

—Ze peux savoir ce que vous faisiez dehors ? Z'avez réveillé Nemo !

La petite chouette hulula de mécontentement.

—Euh…ben…

—C'était une sortie de minuit en amoureux ! S'empressa de répondre Draco, Pas vrai, namour ?

—Oui, mon ange blond !

Alita sembla se détendre.

—Coquins ! Dit-elle en souriant, Mais alors…vous l'avez sûrement vu ?

—Vu qui ?

—André Cornichon ! Il est encore venu pour moi, mais il a fait du bruit dans la cuisine et Papi Thuthur va l'attraper !

—Euh…Commença Ron, On a vu une silhouette, c'est peut-être bien André Cornichon !

—Bien sûr que c'est lui !

—On n'a pas vraiment regardé, Expliqua Draco, On était trop occupés à…

Il échangea un regard dégoûté avec Ron. Aucun des deux ne pouvait encore imaginer cela entre eux.

—A des trucs que tu comprendras quand tu seras…

—Oh non, pas encore ! Z'en n'ai marre qu'on me dise ça !

—Je sais, mais on ne peut vraiment pas te le dire !

—Vous avez fait de la dodomie, c'est ça ?

—Quoi ? Mais comment tu…

—C'est Tonton Patmol qui m'a appris ce mot-là !

—Je vais faire piquer ce sale clebs !

—Calme, Draco, calme…

—C'est quoi la dodomie ?

—On ne peut pas te le dire !

—Et puis, ça se prononce « sodomie ».

—Ron, s'il te plait, n'en rajoute pas. Alita, pas un mot à qui que ce soit, hein ?

—D'accord.

—Il y a de l'agitation en bas, Dit le rouquin.

Ils allèrent tous les trois voir dans le couloir. Tout le monde descendait, réveillé en sursaut et échevelé, pour tenter de comprendre la source de tout ce raffut.

—Que se passe-t-il ? Feignit Draco.

Harry s'avança, l'esprit aussi alerte qu'un zombi.

—Du bruit en bas…Maugréa-t-il.

—Quelqu'un s'est introduit dans la cuisine ! Dit Hermione, plus réveillée.

—Qui ?

—Mais je n'en sais rien, voyons !

—C'est André Cornichon !

—Merci de nous aider, ma puce, mais je ne pense pas…

Ils sursautèrent tous quand Arthur reclapa sèchement la porte après être rentré.

—Personne ! Fulmina-t-il, Il a du transplaner, sinon, j'aurais fini par le repérer !

—Alors, c'est bel et bien un sorcier, Murmura Molly, Peut-être un Mangemort qui…

Son mari la fit taire d'un regard sévère. Troublée, elle leva les yeux vers les têtes penchées au-dessus des rampes d'escaliers

—Retournez dormir, les enfants !

Malgré la curiosité qui titillait certains, ils n'insistèrent pas et regagnèrent leurs lits.

—André Cornichon a cassé quelque chose, hein ?

—Apparemment. Dors, princesse.

oOoOOOoOo

Le matin arriva. Ron et Draco connurent un grand moment de complicité qui consista à s'enfoncer dans le mensonge comme une fourchette dans une motte de beurre.

—Je me demande bien qui a pu s'introduire pendant la nuit et avoir casser la vaisselle !

—Ouais, moi aussi ! C'est terrible !

Molly semblait vraiment désemparée. Ce service était le plus beau qu'elle possédait, elle ne le sortait que pour les occasions, et Draco se sentit mal car il savait que c'était son excitation à l'idée de recevoir Emy qui l'avait amenée à penser que ce dîner était justement une occasion.

Dans les moments où le hasard fit qu'ils se retrouvèrent seuls tous les deux, Ron ne manquait pas de stresser à outrance : selon lui, ils finiraient par être punis tôt ou tard, du moins, la culpabilité les rongerait jusqu'à la fin des temps ! De plus, il se demandait si Alita ne faisait pas le lien avec leur soi-disant sortie en amoureux.

Draco en était irrité et préféra faire en sorte que le rouquin se prenne la tête avec autre chose.

—Je veux que tu travailles la guitare au moins trois heures par jour !

—Trois heures ? Tu veux que j'étudie ? Hermione, sors du corps de Draco tout de suite !

—Je me suis mis à apprendre à cuisiner, c'est normal que tu t'entraînes à la musique!

—Mais je ne sais même pas si je suis guitariste ou bassiste !

—Et ça change quoi ?

—Le bassiste utilise une ou deux cordes de moins et les mélodies sont plus répétitives…et c'est rare de le voir faire des solos…Et à propos de solo, t'as déjà entendu ceux de David Guilmour? Je ne serai jamais à la hauteur !

—C'est pour ça qu'il faut que tu travailles dur si tu veux être une star !

—Mais je ne suis peut-être pas une star ! Si ça se trouve, on est juste un groupe de bas-étage qui joue devant les péquenauds du village, et que c'est juste Alita qui nous prend pour des dieux parce qu'à son âge, on n'a pas encore perdu le « don d'émerveillement »…Et puis, pour devenir célèbre, il n'est pas nécessaire d'avoir du talent…

—Oui, je sais, il y a d'ailleurs un exemple à lunettes qui se promène dans cette maison…

—Si ça se trouve, je joue comme un pied, mais je suis un provocateur qui montre ses fesses en public ! Et ça, ça rapporte du flouze!

—J'espère bien que non ! Et maintenant, va travailler tes rifts !

—J'ai pas de guitare.

—Quoi ?

—Ben, ouais, Sirius a récupéré son acoustique, hier.

—Hum…C'est vrai, j'ai dit que je t'en achèterai une électrique…

—On en a déjà parlé : je ne veux pas que tu me fasses des cadeaux hors de prix !

—Alors, arrête de porter cette alliance.

—C'est toi qui m'y oblige, patate !

—Je vais essayer de filer en ville avec le Magicobus aujourd'hui et t'acheter une guitare. Tu devrais venir avec moi, comme ça, on évitera aussi ce climat malsain de vaisselle cassée.

—Tu vois, je t'avais dit que la culpabilité de rattraperait…Tu ne sais même pas à quoi ressemble ma guitare !

—Elle ressemble probablement à une guitare.

—Quel modèle ? Quelle couleur ? Et si je l'ai personnalisée en collant des trucs dessus, hein ?

—Pas de problème, Alita, viens un peu !

—Tu comptes lui poser directement la question ?

—Non, je suis subtile, moi, contrairement à d'autres.

—C'est quoi ce sous-entendu ?

—Alita ! Poupée, viens un peu !

Ron baissa les bras et poussa un soupir exaspéré alors que leur fille arrivait, intriguée, mais un livre à la main.

—Pôpa, tu me lis l'histoire des Orphelines ?

—Tu sais pourtant lire.

—Oui, mais toi tu lis mieux !

—Tu as juste besoin de t'entrainer un peu…et c'est aussi valable pour quelqu'un, ça…

Ron feignit de ne rien entendre et partit d'un air maussade.

—Ma petite poupée, Mamie Momo aimerait bien un dessin du groupe pour mettre à garnir sur le frigo…

—Ah bon ? Pourquoi elle prend pas une photo ? Elle en a !

—Elle préfère un dessin de toi, elle trouve ça plus sympathique !

—Tu me liras mon livre après ?

—Promis.

—Alors, ze vais chercher mes crayons de couleur !

oOoOOOoOo

Pendant ce temps-là, Manu comptait fleurette à Magnolia, jusqu'à ce que Xenophilius le prie d'entrer dans son bureau, où Luna et Théo l'attendaient avec un sourire angélique.

oOoOOOoOo

Pendant ce temps-là Emy était pleinement occupée à écrire son prochain roman, pendant que Cius se demandait pourquoi les Portoloins en direction du continent asiatique étaient toujours inaccessibles.

oOoOOOoOo

Pendant ce temps-là, Mademoiselle Petrova entrait dans un magasin pour trouver de quoi raser sa moustache.

oOoOOOoOo

Pendant ce temps-là, Rocío regardait une photo d'Eileen Prince avec émotion. Dans la pièce à côté, Evelina posait des questions très embarrassantes à Satin, et Hal s'était endormi assis en tentant de lire un livre de Gabriel Garcia Márquez.

oOoOOOoOo

Pendant ce temps-là, Lucius se demandait comment il pourrait se débarrasser d'Hermione. Même s'il pensait qu'une Sang-de-Bourbe n'égalait pas son intelligence, il avait un peu peur de ce qu'on lui avait dit d'elle.

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Pendant ce temps-là, aux Etats-Unis, une jeune-fille égocentrique s'énervait également sur ces putains de Portoloins qui l'empêchaient d'aller rejoindre sa correspondante.

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Pendant ce temps-là, un type qui ne se prenait pas pour de la merde regardait la photo d'un petit garçon blond posée sur une pile de dossiers.

oOoOOOoOo

Pendant ce temps, Madame Zabini rêvait à tous les bijoux qu'elle allait pouvoir s'offrir grâce à la mort de son sixième mari.

oOoOOOoOo

Et pendant ce temps-là, un Sablier attendait que quelqu'un le trouve.

oOoOOOoOo

—Si tu continues à te tordre les doigts, Dit Draco en fronçant les sourcils alors qu'ils arrivaient au magasin, Tu vas les casser, c'est sûr…Et un musicien devrait prendre grand soin de ses doigts !

Ron répondit par un regard de chien écrasé.

—Tu t'inquiètes encore pour cette histoire de vaisselle, hein ?

—Et si Alita comprenait ?

—Et bien on lui dira de garder le secret.

—Ce n'est pas très éthique, les parents sont supposés apprendre à leurs enfants que le mensonge est quelque chose de mal…

—Arrête de te faire secréter de la bile superflue avec ça, nom d'un pingouin pyrochrome !

—Si tu y tiens, j'ai d'autres sujets pour me biler à l'excès : Hermione est malheureuse, par exemple !

—Et alors, on s'en fiche, non ? Même si tu ne m'aimes pas, tu n'es plus supposé l'aimer, elle…

—Ça ne veut pas dire que son sort me laisse indifférent ! C'est toujours mon amie et je ne vais pas la jeter comme ça !

Draco ouvrit la bouche pour répondre mais se contenta d'un soupir exaspéré.

—On devrait la forcer à côtoyer Zabini, pour qu'ils se rapprochent, peut-être que ça leur fera du bien à tous deux.

—Si on entrait acheter ta gratte, plutôt ?

Ron fit une moue boudeuse, ça ne l'emballait pas plus que ça. Mais il suivit Draco dans le magasin, sans grand intérêt pour les instruments. Le blond sortit le dessin d'Alita plié dans sa poche. Quatre personnages y figuraient, Ron se reconnaissait grâce au gribouillis orange sur sa tête. La personne portant une jupe devait être Neis, elle avait de longs cheveux châtains et tirait une sale gueule caricaturée, avec un groin de porc à la place du nez — Alita semblait détester Neis — ; les piercings de Cius ressemblaient à de l'acné juvénile et Hal avait l'air sous gaz hilarant, tous avaient des yeux de personnages de manga. Mais on les reconnaissait, c'était déjà ça. En haut, la petite avait écrit « ASHEs ». Draco avait alors compris : les phrases d'Alita comportant le mot « cendres » désignaient en fait ASHEs, le nom du groupe.

—Je pense que tu es le guitariste et que c'est l'autre bouffeur de paella qui est bassiste…

—A quoi tu vois ça ?

—Parce qu'Alita a écrit « Mon p'pa cé le mailleure gitariste du monde ! » à côté avec une flèche te désignant. T'as raison, elle a forcément le don d'émerveillement si elle te considère comme aussi bon que Jimmy Hendrix…

Ron eut l'air terriblement mal à l'aise.

—J'ai jamais prétendu être un guitar hero, moi…Couina-t-il.

—Je suppose que nous allons trouver une guitare ressemblant à celle du dessin ici…

—Comment tu peux savoir que c'est ce magasin ?

—Une intuition. Et puis, d'après ce qu'Emy a expliqué sur les paradoxes temporels, on peut prédire qu'on va forcément trouver avec aisance, puisque le Temps en a décidé ainsi, tu comprends ?

—Oui.

En réalité, Ron ne suivait pas très bien le principe, mais Draco avait l'air tellement sur de lui que cela le rassurait et il était prêt à se laisser guider par cette intuition.

De fait, le blond ne tarda pas à dénicher une guitare troublante de ressemblance avec ce qu'Alita avait dessiné dans les mains de Ron. Entièrement noire, à l'exception de la clef, du manche, de la rosace et des microphones qui étaient blanc cassé, elle ne comportait qu'une seule différence : le dessin comportait une sorte de croix rouge sur le bord de la caisse de résonance, mais Ron eut l'air de comprendre qu'il était supposé la tracer lui-même avec de la peinture, vu l'apparence de coup de pinceau furieux, bâclé exprès.

—Essaie un peu, Dit Draco en la saisissant pour la placer dans les bras de Ron.

Le rouquin soupira encore, de plus en plus gêné. Derrière son apparent souci de payer l'instrument pour mettre les choses en ordre, Draco semblait dissimuler une certaine excitation enjouée. Ron passa la sangle par-dessus sa tête et fit courir ses doigts sur les cordes.

—Ne t'attends pas à ce que je devienne un virtuose dans le genre de Matthew Bellamy, Gémit-il en frôlant les cordes en douceur, comme si c'était la harpe d'une Muse.

—Elle sonne bien ?

—Il faut la brancher et mettre l'ampli pour ça…

Draco ouvrit les yeux comme s'il remarquait une évidence : les instruments électriques étaient avant tout un truc de Moldus et les groupes sorciers ne s'étaient mis que récemment à les employer, malgré une certaine culture de musique moldue qu'ils écoutaient. Ron eut alors la vision de son père s'extasiant devant la guitare « eklektique ». Puis il continua à effleurer l'instrument, et plus il le regardait, plus il le trouvait beau.

—Bon…Allons payer, puisqu'on est sûrs…

Ron acquiesça.

—Ensuite, nous irons dans un magasin d'articles d'art pour trouver de quoi peindre cette croix.

—Je ne sais pas si j'ai de quoi payer tout ça…

—T'es bouché ou quoi ? C'est moi qui vais te l'offrir !

Draco était exaspéré, mais quand il vit Ron rougir à la perspective du cadeau, il se radoucit quelque peu.

oOoOOOoOo

En rentrant, ils trouvèrent Alita entrain de boire une tasse de tisane aux airelles avec Harry et Hermione dans la cuisine, ainsi que Molly qui rassemblait tous les débris de vaisselle, comme si elle ne pouvait se résigner à les abandonner. Hermione avait un regard sans cesse triste.

—On ne peut pas réparer avec un sort ? Questionna Harry.

—Non, penses-tu, Répondit misérablement Mrs Weasley, Ce genre de magie marche sur les objets peu précieux ; ceux qui sont faits dans des matières si délicates et si travaillées demandent beaucoup plus de savoir-faire que ça ! En fait, il faudrait demander à l'artisan qui l'a fabriqué de s'en charger...

—Et ben, faisons ça, où est-il ?

—Probablement dans un trou avec une pierre au-dessus. Ce service était un héritage d'une arrière-grand-tante et je ne saurais dire comment elle l'avait acquis.

—Ah, d'accord…

—Ah, si je trouve celui qui a fait ça, il va passer un sale quart d'heure !

De quoi rajouter du poids sur la balance de la culpabilité. Ron menaça à nouveau de se briser les phalanges alors que Draco, plus serein, fixait le dessin de ASHEs sur le frigidaire qui était à l'origine du drame.

—Je parie que Ginny a encore laissé trainer un bol de céréales dans le salon, Maugréa Molly qui essayait de se changer les idées, Quand va-t-elle cesser d'en manger à toute heure de la journée pour tout laisser en plan ?

Elle se dirigea vers le salon et disparut derrière la porte qui resta ouverte. Alita saisit sa tasse pour en boire une nouvelle gorgée tout en regardant quel effet son dessin donnait au frigo.

La tasse lui glissa des mains et se brisa sur le sol.

Ni ses pères, ni son oncle, ni sa marraine n'eurent le temps de prononcer un commentaire sur le fait avant que sa grand-mère ne réapparaisse, un bol abandonné par Ginny à la main.

—Oh, la la, que se passe-t-il ? Dit-elle, passablement énervée, Va-t-on arrêter de casser mes affaires ?

Alita respira faiblement. Aussi loin qu'elle s'en souvenait, Mamie Momo était quelqu'un de très sévère, et ce jour-là, elle était particulièrement en colère. De plus, elle se rappelait ce que Molly avait dit quelques instants plus tôt : « Ah, si je trouve celui qui a fait ça, il va passer un sale quart d'heure ! ».

On ne rigolait pas avec les tasses ! Vaisselle cassée, c'est la fessée !

Et comme beaucoup d'enfants, Alita eut peur.

—C'est pas moi ! S'écria-t-elle sans réfléchir, alors qu'il y avait eu quatre témoins à la scène.

Molly haussa les épaules. Ron la regarda un peu éberlué, puis, il posa son regard sur Draco, l'interrogeant silencieusement.

« Que doit-on faire ? »

« Quelle question, rien ! » Sembla lui répondre le blond en fronçant les sourcils .

—C'est Tonton Super-Harry ! Ajouta Alita, toujours sans réfléchir.

—Harry ? S'étonna Molly.

Harry se figea. C'était injuste, mais est-ce qu'on répliquait « Même pas vrai, c'est pas moi, c'est elle ! » quand le « elle » était un si petit bouchon ?

—Alita ! Gronda Hermione, qui elle avait l'habitude du rôle de casse-bonbon, Tu sais bien que c'est toi, n'accuse pas quelqu'un d'autre !

Molly se tourna à nouveau vers la petite-fille.

—Quoi ? Est-ce que c'est toi ma chérie ?

—Euh…

Alita ne savait pas tenir un mensonge dans toute circonstance. Elle n'y arrivait que quand il s'agissait de faire croire à Tonton Lunard qu'elle avait peut-être une Grande Suite au Chocolate Poker, pas dans la vraie vie.

—Oui, Minauda-t-elle en baissant les yeux.

—Je sens que tu vas être punie, Dit simplement Molly.

Silence.

La punition ne venait pas.

Il fallut une minute complète pour que Ron et Draco comprennent que cette tâche leur incombait. Sauf qu'ils n'y étaient pas préparés. Dans le cas de Draco, cela ne méritait même pas une sanction, mentir et accuser « cet imbécile de balafré » était bien digne de sa descendante. Ron en revanche, n'en menait pas large. Il adressa un regard effaré à sa mère.

—Bien, Dit celle-ci, trouvant une solution de rechange, C'est vrai que c'est ma maison, alors c'est moi qui choisis ta punition : tu vas passer l'après-midi avec la goule ! Hermione, tu vas l'y emmener ?

—Euh…D'accord, Dit la brune en se levant.

—C'est dans le toit de la chambre de Ron, utilise un sortilège pour l'enfermer !

Hermione prit une Alita penaude par la main. Mrs Weasley attendit que leurs pas se fassent ténus dans l'escalier pour refermer la porte.

—Bien, à nous trois ! Ronald, Draco, pourquoi vous ne la punissez pas ? Assena-t-elle en réparant la tasse d'un coup de baguette.

—Je…On sait pas comment on fait ! Lança Ron.

—Ce n'est pourtant pas compliqué, t'as bien vu comment j'ai fait ?

—Oui, mais je n'ai pas l'habitude…

—Vous ne l'avez jamais punie ?

Ron et Draco échangèrent un regard.

— Elle n'a jamais rien fait de mal, pas une seule fois depuis qu'elle est là, Répondit Ron. Je n'imaginais d'ailleurs pas qu'elle puisse un jour le faire…

Harry et Draco se taisaient, laissant le rouquin parler.

—C'est sûr qu'elle est mignonne comme un cœur, et qu'elle est plutôt facile, mais ça ne veut pas dire qu'elle ne fait jamais de bêtise et qu'il ne faut jamais sévir ! Crois-moi, je peux me vanter d'avoir l'expérience nécessaire pour affirmer que les enfants ne sont pas tous les jours des cadeaux ! Même si je vous aime tous les sept— neuf, j'allais oublier Harry et Hermione, ils comptent aussi. Si tu laisses Alita faire ce qu'elle veut, tu vas la pourrir et elle va finir comme une…

Les trois garçons savaient parfaitement quel patronyme constituait la fin de sa phrase. Harry adressa un regard de triomphe à Draco.

—Elle en est en partie une, Murmura Ron.

—Enfin, tu m'as comprise ! Tu as peut-être de la chance que ça soit sa première gaffe depuis des mois, si ça se trouve c'est un hasard et elle en fait plus souvent ! Rends-toi compte qu'elle a tenté de mentir alors que quatre personnes l'avaient vue, comme si elle considérait comme normal que vous ne réagissiez pas !

—Mais je ne sais pas comment on s'y prend pour punir un gosse ! Se défendit Ron, C'est pas parce que je l'ai été très souvent quand j'étais petit que…

—Ne fais pas ton martyre, Ronald, tu n'as été plus puni qu'un autre enfant !

—Mais, est-ce que tu comprends que tout ça, c'est encore inédit pour moi ?

—Ce n'est pas si difficile que tu le crois…

—Ça c'est toi qui le dis…

—Elle a cassé quelque chose et elle a reporté la faute sur un innocent, ce n'est pas bien, et tu devrais être en mesure de lui faire comprendre qu'elle a mal fait !

—Elle ne l'avait pas fait exprès, et ce n'était qu'une stupide tasse !

—Ça ne l'excuse pas. Et puis, le plus grave, ce n'est pas sa maladresse, je lui aurai pardonné si elle s'était dénoncée…Non, le plus grave, c'est qu'elle a menti !

Ron et Draco se sentirent très mal l'aise, il y avait quelque chose de coincé dans leur gorge. Oui, Draco aussi !

Hermione revint doucement et alla s'installer près de Harry.

Ron baissait les yeux, car Alita n'était sûrement pas la criminelle du jour. Il jeta un regard à Draco qui sembla lui dire « Non, attends, je sais ce que tu vas faire, mais je t'en prie, ne le fais pas! »

—C'est moi qui ai cassé ton service ! Dit-il, rassemblant tout son courage.

—Quoi ?

Molly ouvrit des yeux ronds. Elle ne s'y attendait pas.

—Je me suis levé cette nuit pour aller chercher un truc dans le frigo, Draco m'a suivi, on s'est bagarrés pour une raison tellement stupide que tu ne le croirais pas...enfin, soit…et on a renversé par mégarde la pile de vaisselle…Quand toi et Papa êtes arrivés, on a filé dehors et on a escaladé le mur jusqu'à ma chambre…

Hermione les toisait d'un air sévère. Harry observait avec amusement Ron entrain de rapetisser devant sa mère. Draco serrait les dents, furieux.

Molly ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois de suite, imitant la carpe.

—Je suis désolé, pardon ! Dit Ron. Nous n'aurions pas du mentir…tu es fâchée ? Euh…question idiote, bien sûr que oui…Tu vas nous punir ?

—Vous êtes trop grands pour que je vous enferme avec la goule. Vous êtes supposés être des adultes, alors, prenez vos responsabilités !

—Comment ?

—Cherche !

—Mais…

—Vous êtes de piètres parents ! Sa tasse cassée n'est rien en comparaison !

—Je sais…

—J'ai pas compris grand-chose aux histoires de paradoxes temporels, mais un truc me semble évident : Alita n'est pas là par hasard…le Temps…avec un grand T, ce Temps dont Hermione et Miss Douçamère parlent comme s'il s'agissait d'un être doté d'un cerveau…Le Temps a décidé qu'elle devait être là…pour quelle raison ? Oh, il doit y en avoir plusieurs ! Et l'une d'entre elles, c'est pour vous aider à grandir !

oOoOOOoOo

—Pourquoi diable es-tu passé aux aveux ? Gronda Draco alors que lui et Ron remontaient l'escalier, Harry et Hermione les talonnant.

—Tu ne peux pas imaginer ce que ça fait d'avoir une conscience ! Répliqua Ron.

—Tu ne feras pas croire que tu es parfaitement pur et que tu n'as jamais rien fait de mal !

Ron se retourna, à la hauteur d'un petit palier entre deux étages. Harry et Hermione se figèrent.

—Oui, bien sûr que je parfois le mal, mais il y a des limites ! Et puis, j'ai un sens de la culpabilité très développé, voilà tout !

—Dans ce cas, j'espère que tu culpabilises pour ce dans quoi tu nous as…et mais qu'est-ce que vous foutez là, vous-deux ? Ajouta-t-il avec colère en voyant que Harry et Hermione les écoutaient, Dégagez immédiatement, c'est une discussion privée !

Hermione s'apprêta à répliquer quelque chose, mais Harry la coupa :

—Allons voir ailleurs et laissons le vieux couple se disputer…Ils se réconcilieront sur l'oreiller, non ?

Ron eut le réflexe d'attraper le poignet de Draco, qui avait sorti sa baguette dans le but de faire à Harry quelque chose de peu honorable.

—Laisse-moi lui faire une seconde cicatrice ! Se débattit-il, Une en travers du trou de balle, cette fois !

Hermione baissa les yeux et retrouva instantanément son regard triste. Ron tenta de faire comprendre à Harry qu'il valait mieux qu'ils s'en aillent.

Quand ils furent tous les deux partis, Ron et Draco s'installèrent sur le pan de bois en retrait de l'escalier, chassant la poussière du vieux coffre qui y était rangé. Draco semblait s'être calmé. Une lueur inquiète apparut dans ses yeux.

—On est si mauvais que ça ? Dit-il.

—Peut-être pas, Répondit Ron, Mais on a fait une bourde, c'est sûr…C'est pas logique qu'elle se fasse engueuler pour une tasse à trois Noises et que nous nous en tirions aussi bien pour tout le service trucmuche de l'arrière-grande-tante…

—Et qu'est-ce qu'on peut faire pour remédier à ça ? S'auto-flageller ?

—Mais, j'en sais rien, moi !

—Mais si, tu sais t'y faire dans ce genre de situations !

—Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

—Il suffit de regarder comment tu te débrouilles avec Alita…t'as comme un feeling avec elle, moi, tout me parait artificiel…

—Quoi ? Mais je n'ai aucun feeling du tout… Au contraire, j'ai l'impression d'être super-gauche tout le temps ! C'est vrai que j'ai peur de devoir sévir contre elle…j'ai peur de la vexer, même si elle le mérite…

—Mais tu t'en sors mieux que moi…des fois, je me dis que…t'es son préféré…

Ron resta silencieux quelques instants. On ne lui avait jamais dit qu'on le préférait à qui que ce soit, il était plutôt habitué à être celui qu'on rejetait au profit d'un autre.

—Je n'ai pas du tout cette impression…elle nous aime tous les deux pareils…mais elle doit nous trouver bien bizarres, en ce moment…

—Tout me paraît artificiel, Répéta Draco, J'ai l'impression d'appartenir à un autre monde que vous deux…en fait, c'est une impression générale…Que ça soit Alita, l'Espingouin, Potter, Granger et même ta mère…Je sens que vous êtes tous loin de moi, dans un autre univers…

—Et ton père ? Et Cius, Emy et Satin ? Et Zabini et Nott ? C'est plus ta bande à toi, ça ?

—En quelque sorte.

—On fait tous partie de la même bande.

—Et pourquoi ce que tu me dis-là serait vrai ?

—Parce que…

—Ron, tu sais bien que la cohésion de tout ce monde ne tient qu'à un seul principe : toi et moi, on est supposés nous aimer ! Et comme ce n'est pas vraiment le cas, toute cette logique s'effondre !

Ron grimaça, ne sachant que répondre à cela.

—Je me sens…si étranger ! Continua Draco.

—C'est pour ça qu'il faut qu'on se rapproche…Hermione et Zabini doivent se voir coûte que coûte !

—Tu pourrais commencer par l'appeler « Blaise » !

—D'accord, mais tu appelles aussi mes amis par leurs prénoms !

—Si tu veux. Et n'oublie pas Théodore. Et arrête de te méfier de lui.

—Ok, ça va pas être facile, mais je vais essayer.

—Et travaille ta guitare !

—Ok. Je le ferai. Et toi, arrête de me cacher des choses !

—Je ne te cache rien.

—Que s'est-il passé dans le cabinet de Clara la deuxième fois qu'on y est allés ?

Draco blêmit.

—D'accord, je te cache ça, Admit-il. Je ne veux pas en parler.

Il ramena ses jambes contre lui, les entoura de ses bras, et posa son menton entre ses genoux. Ron eut soudain envie de le serrer dans ses bras pour le réconforter. Cela faisait un moment qu'il soupçonnait quelque chose.

—Si tu veux, je peux t'offrir une bague, moi aussi !

—Comment ça ?

—Ben, pour te rendre la pareille. Pour que ça se voie que tu es mon mari — même si je ne t'aime toujours pas — comme ça, tu feras bien partie de ma bande.

—T'es gentil, mais comment comptes-tu me payer ça ?

—Je prévois de cambrioler Gringotts…Bill n'osera jamais dénoncer son propre frère !

Draco eut un sourire en coin.

—A la limite, je préfèrerais que tu m'offres une de ces bagues en plastic rose pour les gamines…Et en parlant de gamine, on devrait avoir une discussion avec elle…plutôt que de l'enfermer — ce qui ne va rien lui apprendre — on va lui expliquer pourquoi elle ne doit plus faire ça…

—Ok. Et après, on organise un rendez-vous pour Hermione et Zab…Blaise ?