Moui, moui, il est long ce chapitre, mais j'avais beaucoup de choses à mettre dedans, et aucune des scènes ne méritait d'être bâclée/sucrée/raccourcie/reportée dans un autre chapitre, plus que jamais…


Chapitre vingt et un : Le métal et la soie

—Ça ne va pas ! Déclara Draco en entassant du linge sale pour le porter à laver.

—Quoi qui ne va pas ? Fit Ron en levant négligemment les yeux de sa bande dessinée.

—Et bien…on s'entend bien…on…on est souvent d'accord, on ne se dispute plus ! C'est ce que Blaise et Hermione ont tenté de sous-entendre hier : toi et moi, on est sur la même longueur d'onde !

Le blond faisait des grands gestes et semblait sur le point d'exploser subitement.

—Ça fait bien une semaine que je ne me suis plus senti en colère contre toi ! Poursuivit-il.

—Personnellement, Dit Ron, Je trouve ça plutôt agréable …reposant en tous cas.

—Mais c'est pas normal ! Rien ne va plus !

—Tu es vraiment un mec compliqué, en plus, c'était un peu ça le but, non ?

—T'es amoureux de moi ?

—Euh…bien sûr que non ! Mais j'apprécie cette ambiance de non-haine entre nous, c'est très confortable, et ça fait que quand je te vois, je n'ai plus envie de t'arracher les organes génitaux pour te les faire manger…C'était comme ça avant, mais là tu vois, t'as beau être dans la même pièce que moi, je suis zen, zen, zen…

—Comment tu peux l'être ? Moi, je crois que je ne m'habituerais jamais à ça ! Ça a beau faire des mois à présent qu'on est plongés là-dedans, et qu'une routine s'est installée, non, je crois que je ne m'y ferai jamais…

—Moi au contraire, ça commence à me paraître très naturel…Je veux dire, toi, moi, Alita, la petite famille, on est bien comme ça, j'ai l'impression que tout est en ordre, à sa place…Enfin, ça manque un peu de sexe quand même, c'est vrai que ma vie d'adulte, je l'imaginais un peu plus pimentée que ça, mais bon, c'est déjà pas mal…

—Tu t'entends parler quand tu dis ça ?

—Ouais…

—Moi ça me choque…je…ton mépris me manque, insulte-moi s'il te plait !

—Euh…tu es un enculé !

—Bof, c'est pas terrible, tu n'y mets aucune conviction ! Et puis, pourquoi « enculé » ?

—Parce que ça, même si je finis par t'aimer, ça pourra quand même être vrai…

—Parce que tu crois que c'est toi qui sera…

—Ben ouais…

—On verra…

—Exactement…

—Euh…je viens d'employer le futur simple de l'indicatif là ?

—Oui, « on verra ».

—C'est un temps et un mode qui suggèrent une vérité future que rien ne peut empêcher de s'accomplir ?

—Ou du moins, ça veut dire que toi, tu considères comme acquis l'idée de me baiser…

—Ah…misère ! Ça n'arrivera jamais !

—Oui, parce que c'est moi qui vais te baiser.

—Tu m'énerves !

—Ça te manquait, hein ? Et cette pile de linge, tu comptes la tenir dans tes bras jusqu'à la fin des temps en restant planté là ?

—Je vais la porter dans la manne qui est au bout du couloir !

Il sortit sous le regard amusé de Ron, il croisa Hermione :

—Je suis entrain de me poser des questions, Dit-elle.

—Genre ?

—Et bien, qu'allez-vous faire quand arrivera la fin du mois d'août ?

—Pourquoi tu te poses cette question ?

Il posa sa pile de linge et retourna dans la chambre de Ron, où elle le suivit.

—Vous ne pouvez pas indéfiniment vivre chez les autres ! Vous avez passé, si je récapitule : une nuit dans la forêt interdite, deux mois et demi en Espagne, un mois ici, et vous allez en passer un autre au Manoir Malfoy…Ce qui fait en tout quatre mois et demi de vacances improvisées…Croyez-vous qu'elle ne va pas se poser des questions, si ce n'est pas déjà le cas ? Et je répète : où allez-vous vivre après le Manoir ?

—C'est vrai que c'est un problème, ça, Admit Ron.

—Voici les possibilités qui s'offrent à vous, Continua Hermione : 1) Deviner où vous habiterez dans le futur, acheter cette maison et l'aménager…tout ça en un mois 2) Trouver un autre endroit de vacances ainsi qu'une bonne excuse pour avoir l'air crédible…3) Renvoyer Alita dans son époque

—Hum…Fit Draco, la troisième est la plus réaliste…la plus triste, mais c'est celle qui convient le mieux…

—De toutes façons, on la reverra un jour, hein ? Dit Ron, Il suffira d'attendre quelques…années…

—Et le problème principal, c'est comment la renvoyer là-bas, Objecta Hermione, Je me triture les méninges, mais impossible de mettre le doigt dessus : où peut se situer ce Sablier ? Si seulement je savais de quel pays est originaire Alita ! Mais je ne sais pas comment lui extorquer l'information. Elle doit bien le savoir…Les parents adoptifs finissent toujours par dire à leur gosse, en regardant une carte du monde « Regarde, c'est là que nous avons été te chercher ! »

—Tu devrais arrêter de te faire des cheveux blancs avec ça, Dit Draco.

—Mais…Protesta-t-elle, Vous…

—On va réfléchir au problème, promis ! Dit Ron en la prenant par l'épaule, Mais toi, tu n'as pas à t'en faire…

—Mais…Je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est à moi de résoudre cette partie-là du mystère…

—Mais non, Soupira Draco.

—Tu dois te concentrer sur Blaise, Reprit Ron.

—J'en suis nulle part avec lui !

—On devrait peut-être vous envoyer à Azúcar Culebra, ça nous a plutôt réussi à nous ! Suggéra Ron.

—C'est ça ! Railla Draco, Envoie-les tous les deux dans le cabinet de Clara !

—Qui ? Questionna Hermione.

—La psy.

—Ça ne marche vraiment pas avec Blaise, Se plaignit-elle, Et ça ne sert à rien de le faire venir ici, ça empire tout, et en plus, il n'a vraiment pas l'air content que vous l'obligiez à venir !

—C'est vrai qu'on devrait éviter de le faire venir, Dit Ron, Ça n'a pas l'air de faire beaucoup d'effet…

—Il faut sans doute encore un peu de temps, Dit Draco.

—Peut-être qu'on devrait essayer l'inverse : c'est Hermione qui va aller chez Blaise, maintenant !

—Quoi ? Il n'en est pas question, Ronald !

—C'est pas une mauvaise idée, Dit Draco, Il se dévoilera un peu plus si tu as accès à sa maison, à sa chambre…n'hésite pas à fouiner…

—Vous êtes malades, il ne voudra jamais de moi chez lui !

—On n'est pas obligés de lui demander son autorisation, Susurra Draco en échangeant un regard complice avec Ron.

—Et on n'est pas non plus obligés de le prévenir que tu vas venir…Répondit le rouquin avec le même jeu.

—Ouais…parfaitement, si tu lui rends visite à l'improviste…

—Et sa mère ?

—La veuve noire (sans mauvais jeu de mots) ? Elle, elle n'aura rien à dire, c'est tout ! Décida Draco.

Hermione croisa les bras alors que Ron plissait le nez de dégoût à l'image mentale de Mme Zabini en araignée venimeuse.

—Il n'est pas question que j'aille chez eux ! Décréta-t-elle, les sourcils froncés. Je préfère encore chercher ce Sablier !

—Mais tu n'as aucune piste pour commencer !

—M'en fous ! Je reprendrai ton idée de temple aztèque maléfique : j'irai en Amérique du sud et je les ferai tous !

—Ça a l'air dangereux…

—Je me défendrai avec un fouet, comme Indiana Jones !

—Un fouet marcherait peut-être aussi avec Blaise, Dit malicieusement Draco.

—Je n'irai pas chez lui !

—C'est ça ou le cabinet de la psy !

—Tu dis ça comme si c'était quelque chose de terrible, Fit remarquer Ron, Pourtant, elle est gentille, Evelina…Bon, ça n'a pas servi à grand-chose d'aller chez elle, mais…

Draco le fit taire d'un regard.

—De toutes façons, votre problème est plus urgent, Reprit Hermione, Il faut trouver ce Sablier au plus vite !

—On ferait mieux de trouver un autre endroit où vivre pour septembre, Dit Ron, Pour assurer nos arrières…

—ASHEs partira en tournée, et moi, je ferai la cuisine pour vous, et Alita viendra aussi parce qu'on ne peut pas la laisser seule…

Draco sourit, fier de lui, Ron le toisa :

—Il y a au moins cinq raisons qui font qu'on ne peut pas envisager ça, tu veux que je te fasse l'affront de te les citer ?

—Non, ça ira.

—Je crois qu'il vaut mieux écrire à Dumbledore, Glissa Hermione.

—Je ne sais pas, Répliqua Draco, Je me méfie de ses plans à la mords-moi-le-nœud…

—Au contraire, Dit Ron, C'est quand même lui qui nous a envoyés en Espagne…et puis, il donne toujours l'impression qu'il a tout compris depuis le début…peut-être que…

—Alors pourquoi il ne nous dit rien ? Pour qu'on devine tout tous seuls et qu'on se casse le cul à chercher, et pendant ce temps-là, il nous envoie ses petits espions ?

—Ben, je sais pas, mais il pourrait nous aider, non ?

—Je vais lui écrire une lettre, Décréta Hermione, Et je vais aussi en envoyer à Remus et à Rogue, peut-être que…

—Rogue ? T'es malade, toi !

—Il ne faut négliger aucune possibilité.

—Bon…En attendant, il nous reste deux journées entières avant de déménager au manoir…Comment va-t-on les organiser ?

—Toi, tu vas continuer à répéter avec Cius, et moi, je vais aider Hermione à s'introduire chez les Zabini…

Les deux Gryffondors se tournèrent vers Draco :

—J'ai déjà dit que c'était hors de question ! Dit Hermione.

—Et moi…Commença Ron.

—Si, tu vas répéter !

—Mais…mais, en réalité, c'est pas vraiment répéter ce qu'on fait…

—Et vous faites quoi alors ?

—Ben, on apprend à jouer…Ben oui, qu'est-ce que tu veux qu'on répète, on n'a pas encore de morceau à nous !

—Et ben, continuez à apprendre à jouer.

—Mais…moi aussi j'aimerais t'aider à obliger Hermione à entrer par effraction chez Blaise !

—Laissez-moi tranquille avec ça ! Gémit la jeune femme, Mêlez-vous de vos affaires, non mais !

—Ron…Dit patiemment Draco, S'il te plait…

Il se radoucit et lui prit les mains dans les siennes :

—S'il te plait, travaille à fond ta musique…

—Draco…Pourquoi tu me regardes avec des yeux fondants comme du chocolat praliné ?

Hermione poussa un soupire et en profita pour s'éclipser.

—S'il te plait…si tu vas voir Cius au moins une fois par jour pour ça, je m'engage à te faire chaque soir le dessert de ton choix !

—Arrête de me considérer comme un glouton qui n'écoute que son estomac ! Même Alita sait que tu vises encore trop haut !

—Euh…tu sais que je ne peux rien te promettre en-dessous de la ceinture ?

—Bon d'accord, ce soir, je veux une île flottante avec du caramel fait maison, ça va ?

—Entendu…Va ! Et maintenant, c'est parti pour l'opération « Zabi… » et mais, elle s'est barrée, la grosse maligne !

~oOo~

Cius et Neis échangèrent un regard étonné avant de retourner leurs visages vers lui :

—Mais Hal, c'est quoi cette couleur de cheveux ?

—Vous n'aimez pas ? Répondit Hal avec un grand sourire.

—Mais qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête quand tu as eu une idée pareille…Mauve !

—C'est la couleur préférée de Lilita…

Cius et Neis se regardèrent en coin. Effectivement, Alita aimait le mauve. Mais le problème, c'est qu'elle était âgée de quelques mois à peine, et qu'elle se fichait probablement qu'un type se teigne les cheveux en mauve pour elle.

—Baka ! Dit Cius, ce qui en nippon signifiait « crétin ».

—Ça ne va pas du tout avec ton teint mat, Ajouta Neis en appuyant son coude contre son clavier de glockenspiel.

Hal semblait n'en avoir cure, pour lui, une seule chose comptait en ce jour : Ron et Draco seraient là dans quelques minutes, de retour des contrées asiatiques où ils avaient été quérir Alita, après tous ces mois de tension et de négociations pour avoir le droit de l'adopter, avec paperasse barbante en supplément. Les trois musiciens étaient excités : ils allaient enfin la voir. Enfin, la revoir. Il suffisait d'attendre. Les deux pères leur avaient promis qu'ils passeraient dans l'après-midi.

—Plus je te regarde, plus je pense que tu vas lui faire peur…Se désola la chanteuse, Quand on a une carnation comme la tienne, on ne se colore pas les tifs en mauve ! Tu as l'air d'une grosse gomme à la violette qui aurait abusé de banc solaire !

Hal ne fit que rire de ses reproches et Cius leva les yeux au ciel.

Ils attendirent, attendirent, incapables de répéter pour une fois. Et pourtant, Cius avait apporté une chanson qu'Emy avait écrite pour eux, un texte qui parlait de succube langoureuse. Mais rien n'y faisait.

Enfin, des pas retentirent dans le couloir. Hal s'empressa de se ruer sur la porte pour aller à leur rencontre. Ron apparut, avec un bébé dans les bras.

—Bonjour, Dit-il, Mais Hal, qu'est-ce que…

—Non mais c'est quoi cette couleur ? Dit Draco en arrivant derrière lui.

—Mon Pelirrojo ! Tu aimes ? Et là, c'est Lilita ?

—Et oui, c'est bien elle !

—Elle fait moins de bruit que dans mon souvenir, Plaisanta Neis en s'approchant du bébé.

—Salut, Mistinguette, Dit Cius en s'avançant.

Alita ouvrit grand ses yeux, intriguée par les nouveaux visages. Combien il y en aurait-il encore, des gens qui s'ajoutaient comme ça ? D'abord, il y avait ces deux types, avec leurs cheveux oranges et jaunes et leurs yeux clairs, ce n'était pas ce qu'elle avait l'habitude de voir...

Elle sentit qu'elle passait dans d'autres bras. Une voix féminine. Ça lui rappela celle qu'elle avait entendue peu après sa naissance, celle qui avait une odeur plus importante que les autres, une odeur de lait…

Mais ça n'avait pas duré longtemps. L'odeur était partie, ainsi que la chaleur, juste des draps moisis et le bruit de la pluie, de la mousson. Puis, des odeurs de maladie et d'antiseptique. Des voix glaciales d'infirmières. C'était le peu de souvenirs qu'il lui restait d'avant les deux types qui étaient venus la chercher pour l'amener ici. Les deux types, ils n'hésitaient pas à mettre leurs lèvres sur ses joues, c'était très agréable. Ils parlaient une autre langue, une langue différente de celle qu'elle avait entende sa mère employer pour dire « Adieu, petite aile, envole-toi ! ». Une langue qui se parlait comme si on avait une cuillère dans la bouche. You're so cute, you're just like we've known you, baby, our baby… Elle avait beaucoup dormi, bercée dans les bras des deux types, à tour de rôle. Ils lui susurraient sans arrêt un mot : Alita, Alita, Alita...

Elle passa dans d'autres bras. Une voix grave, encore un garçon, il avait des choses brillantes sur le visage, comme le type aux cheveux oranges, mais encore plus. Un autre se pencha sur elle. Ils parlaient des langues encore différentes. Des langues avec plus de voyelles, l'une avec des accents qui rappelaient celle des draps moisis, mais en plus douce, et l'autre se parlait comme avec un cheveu sur la langue :

—Konichiwa, Arita-chan, chibi Hane…

—Lilita, pequeña Ala, ¡eres tan linda !

Décidément, elle se demandait où elle avait bien pu tomber.

~oOo~

—Lâchez-moi, bande d'entre…

ZAP !

—…metteurs psychotiques !

La phrase d'Hermione fut coupée en deux quand Draco et Ginny transplanèrent en la forçant à partir avec eux, lui agrippant les épaules avec force.

—Voilà, nous y sommes, Dit Draco, La maison des Zabini…pas aussi belle que la mienne, mais pas mal quand même…

—Traîtresse ! Hurla Hermione à l'adresse de la rouquine, Mais pourquoi as-tu fais ça ?

—Parce que pour une fois que joli-frangin a raison, je pouvais bien l'aider…

—Joli-frangin ?

—Ouais, tu es supposé être mon beau-frère, mais comme ton union avec Ron n'est pas encore officielle, j'emploie le diminutif « joli-frangin », c'est mimi, hein ?

—Je suis assez étonné de ton amabilité envers moi, je dois dire…

—C'est que je suis de très bonne humeur en ce moment, Répondit Ginny avec une lueur de joie dans les yeux.

—Merde, Hermione essaye encore de nous fausser compagnie !

—Choppe-la !

—Mais lâche-moi, espèce de brute ! Mais pourquoi…

—Ma chère, tu vas devoir faire des efforts, Dit Ginny, Tu n'es pas la seule à avoir un couple inattendu à gérer, et nous devons tous faire contre mauvaise fortune bon cœur et prendre soin de nos petits ménages !

—Comment ça ? Ginny, tu…

—Quoi ?

La rousse était particulièrement radieuse.

—Oh, nan, Dit Draco, Je crois comprendre…entre toi et Crétinos…euh, je veux dire Pot…le balaf…euh…méduse…le survi…euh…Harry, c'est devenu officiel ?

Ginny rougit, elle sourit de manière nerveuse, détourna le regard des deux autres avant des les fixer à nouveau en émettant un petit rire saccadé, puis détourna encore le regard en rosissant de plus belle.

—Il m'a embrassée, Couina-t-elle avec une voix de colibri, Aaaahh !

Hermione eut un sourire sincère d'amitié et d'attendrissement et Draco tordit tellement son visage de dégoût qu'on aurait dit qu'il avait la diarrhée.

—Beuaaaark ! Fit-il, avant de tirer la langue en une grimace particulièrement hideuse.

—C'était tellement bien, Raconta Ginny, comme si elle discutait avec Lavander Brown, Et puis, Harry est… romantique ! Vous imaginez ?

—Euh…ouais ! Dit Hermione qui n'imaginait pas.

—Harry Potter en mode « romantique », Dit Draco, C'est le genre d'image qui te gâche une érection en plein rêve érotique ! Et maintenant, revenons-en à nos griffons : allons frapper à la porte !

—Non, Protesta la brune, dans l'ignorance totale des deux autres.

—Et puis, Harry ne me fait pas avoir des érections ! Dit Ginny d'un air digne, Ton commentaire, il ne sert à rien, joli-frangin !

Ils sonnèrent la cloche à l'entrée de la demeure. Mme Zabini apparut sur le seuil, longue déesse de satin noir aux paupières hautaines. Un air de morgue se dessinait sur son visage comme sculpté dans du bois d'ébène. On aurait dit Morticia Adams qui aurait subit la chirurgie inverse de celle de Michael Jackson.

Sourire très maquillé aux lèvres, elle passa son regard de façon très négligente sur les deux filles avant de toiser Draco d'un air mi-intéressé.

—Je suis désolée, mon petit trésor, mais je ne suis pas du genre à m'amouracher des jeunes rêveurs dans ton genre, Susurra-t-elle comme si elle était convaincue que Draco venait pour la courtiser.

—Euh…Je ne sais pas si vous me reconnaissez, je suis Draco Malfoy.

—Malfoy ? Mais alors, tu es riche !

Ses yeux s'illuminèrent alors que les deux jeunes-filles fronçaient les sourcils.

—Ceci-dit, tu es encore un enfant, et mon cœur est déjà pris par un autre !

—Je ne suis pas venu pour ça, je ne suis pas de ce bord, pour commencer, Dit-il avec patience, En fait, moi et ma jolie-frangine accompagnons cette demoiselle, Hermione Granger, qui va épouser Blaise…

Hermione n'osa rien dire à part un vague « Bonjour, enchantée » chevrotant. Mme Zabini la regarda d'un air sévère, comme si elle ne manquait pas de culot, et puis, son visage se radoucit.

—Je vois, Dit-elle, Dans ce cas, je n'ai qu'une seule chose à faire, suis-moi, jeune-fille…

Sans attendre de réponse, elle attrapa fermement la brune par les bras, l'attira dans la maison et referma la porte, laissant Draco et Ginny dehors sans égard.

—Tu es sûr qu'on a bien fait de laisser Hermione seule là-bas ? S'inquiéta la rousse, Cette femme est…comment dire…bizarre !

—Elle n'est dangereuse que pour les hommes…une fille n'a rien à craindre d'elle en revanche.

—Comment ça, dangereuse ?

—En fait, personne n'a jamais su le fin mot de l'histoire, car Blaise n'est pas très causant, si tu as remarqué…Mais, il semblerait que sa mère passe sa vie à séduire des hommes riches pour qu'ils l'épousent, écrivent son nom sur leur testament et tu devines la suite.

—Quoi ? Elle…

—Blaise doit être le seul mec qui ne craigne rien avec elle…ou peut-être que justement, c'est lui sa plus grande victime…mais ce sont des rumeurs jamais confirmées, ne prends pas ça pour argent comptant…Enfin, je ne vois pas quel mal elle pourrait faire à Hermione.

—Hum…je…

—Oui ?

—Je… J'ai décidé de te faire confiance. Si tu dis que mon amie nous reviendra entière…

—Merci.

—C'est juste que cette femme me fout les boules…Mais que fait-t-on, maintenant ?

—Et bien, je pensais allez retrouver Ron à sa répet. Et puis, j'adore l'appartement d'Emy et Cius, peut-être que cette fois, j'arriverai à trouver le tiroir secret où Emy range ses manuscrits pas encore publiés…

—Je peux venir avec toi ?

—Euh…je sais pas trop.

—S'il te plait, joli-frangin !

—Arrête de me regarder avec des yeux de pauvre petit agneau qu'un boucher est sur le point de transformer en gigot ! Je ne suis pas Cius, j'adore manger des animaux et je m'en fiche qu'ils soient mignons !

—T'es méchant !

—Je sais. Mais si tu ne me suis pas, je te promets que…euh…

—Ouiiii ?

—Que je te prépare un bon dîner pour toi et Harry avec chandelles et ambiance vénitienne ce soir, ça te va ?

—Et tu nous serviras les plats habillé en costard avec une serviette dans la main, comme les serveurs italiens ?

—Je suis cuistot, pas louffiat !

—Steuplait !

Elle fit une moue adorable, une moue pleine de taches de rousseur qui ressemblait à celle de Ron quand Draco avait essayé de lui faire manger un chou de Bruxelles. Et le blond céda devant cette moue.

—Bon d'accord.

—Merci, joli-frangin !

Et elle transplana, radieuse. Draco se demanda d'où lui venait cette soudaine amabilité envers lui, il y a de cela quelques jours, elle en était encore au stade « Je hais Malfoy, pauvre petit Ronnie qui va se le coltiner à vie ! » et là, elle était limite gaga de lui. Il finit par en conclure que Harry lui faisait vraiment voir la vie en rose et qu'elle voulait donc le bonheur de la Terre entière, ce qui était positif, même si ça lui donnait par moment le calibre intellectuel d'une poule morte.

Sans s'interroger d'avantage, il transplana vers l'appartement du Chemin de Traverse où résidaient les deux « Nippons ».

oOoOOOoOo

Il va maintenant falloir un peu raconter comment se déroulaient les choses pour Hermione, bien qu'elle ne soit pas un des principaux protagonistes de cette histoire et qu'il semble bien plus amusant de suivre Draco chez Cius où il se passera quelque chose de très intéressant, promis-juré, puisque Ron va laisser échapper que…

Hermione fut emmenée de force en haut de l'escalier de la résidence, puis dans la chambre de Madame Zabini qui l'installa devant sa coiffeuse. Celle-ci se mit alors à fouiller dans une partie de sa garde-robe qui sentait la naphtaline tant elle ne semblait pas y aller souvent. Elle y rangeait des robes et tenues de soirées qui ne devaient convenir qu'aux fraîches jeunes-filles en fleur et non aux femmes plus mûres. Elle en sortit une, d'un rouge sombre et envoûtant et Hermione eut l'impression étrange que cette partie de l'armoire, Madame Zabini la destinait depuis toujours à celle qui prétendrait être sa bru.

La dame claqua des doigts et deux Elfes apparurent.

—Jill, Lill, habillez donc cette demoiselle ! Elle a un look épouvantable…

—Quoi ?

—Oui, madame !

Elles se jetèrent sur Hermione et la déshabillèrent.

—Mais attendez ! D'abord, sachez que je lutte fermement contre l'esclavage des Elfes de Maison, et puis…

—Oh, mon dieu, chérie, qu'est-ce que c'est que pour des sous-vêtements ?

Hermione n'ayant pas prévu de se déshabiller devant qui que se soit, elle n'avait pas pensé à mettre des dessous sexy et avait négligemment opté pour quelque chose d'un bleu clair délavé.

—Jill, Lill, mettez-lui le soutien-gorge à armature et la culotte ouvrable en dentelle qui sont dans la boîte rouge…

—Quoi ? Gémit Hermione, Une culotte comment ?

Mais son hôtesse l'ignora alors que les Elfes l'empoignaient avec tellement de force qu'elle ne pouvait se débattre.

—Après, vous lui lisserez les cheveux, et vous lui appliquerez sur le visage ma crème miracle qui donne un teint de pêche, et vous la maquillerez. Moi, je vais lui chercher un parfum…

—Mais…

La mère de Blaise se retira. Hermione parvint à attraper son jean et fouilla la poche, de laquelle elle retira deux badges de la S.A.L.E. qu'elle présenta aux Elfes indifférentes qui la mirent nue sans la moindre émotion.

—Je peux vous aider…vous ne méritez pas votre sort! J'ai créé cette association et…

Jill et Lill s'en contrefoutaient, et Hermione ne put que se résigner. Elle songea qu'elle avait bien fait de s'épiler le matin, elle n'osait imaginer ce que ça aurait été si Mme Zabini avait ordonné « Jill, Lill, elle a grand besoin qu'on lui fasse le maillot, faites-lui le ticket de métro ! ».

Bientôt, elle se retrouva devant le miroir de la coiffeuse, observant son reflet métamorphosé en croqueuse d'hommes, ses lèvres étaient plus écarlates que si elle avait passé sa vie à embrasser des tomates. Son hôtesse revint pour déposer quelques gouttes d'un parfum enivrant dans le cou.

Une fois qu'elle en eut finit, les deux esclaves se retirèrent, et la déesse noire reconduisit Hermione sur le seuil, et la mit à la porte, dans son accoutrement digne de Satin Notcoy.

—Voilà, maintenant, bon vent !

Et elle referma la cloison.

Hermione resta interloquée un moment. A quoi tout cela rimait ? C'était tellement absurde !

Piquée au vif de sa curiosité, elle entra dans le jardin et contourna la propriété, espérant trouver une réponse. Elle aperçut la curieuse dame assise dans son salon en charmante compagnie, verre de cocktail à la main.

—Bonjour, Cendrillon, Murmura la grosse voix de Blaise derrière elle.

Il était assis nonchalamment sur une balançoire d'enfant, comment ne l'avait-elle pas remarqué ?

—Te voilà transformée en reine de beauté, Cendrillon, mais ce qui doit te perturber, c'est que ta marraine la bonne fée et ta vilaine belle-mère se révèlent être une seule et unique personne…vois-tu, personne n'est foncièrement bon ou mauvais, on est tous un peu des deux…

—Comment connais-tu l'histoire de Cendrillon ? C'est un conte moldu ! C'est quand même bizarre…d'abord Roald Dalh, et maintenant ça…Pourquoi j'ai l'impression que tu m'as caché ta passion pour la littérature enfantine ?

Blaise ne répondit pas. Elle alla doucement s'installer sur l'autre balançoire, à ses côtés.

—Je dois être ridicule, nippée comme ça…

—Je te trouve…très belle…surtout avec ce parfum à l'amortencia que ma mère t'a mis…

—Quoi ? Tu peux me dire pourquoi elle a fait ça ? Je ne comprends pas…

Il sourit mystérieusement.

—Je ne sais pas…tu es la première fille qui se présente à elle pour moi, de toute évidence, elle avait prévu un plan pour ça, mais elle ne m'a jamais rien dit…je ne connais pas encore sa tactique en la matière…

—Tactique ?

—Tu vois ce type avec elle ? Tu sais ce qu'elle va lui faire subir ?

—Que va-t-elle lui faire ?

—Elle va le faire tomber amoureux d'elle, elle l'épousera, comme elle a fait avec les autres…puis elle le tuera pour hériter de son argent…Quand je pense qu'elle a failli m'abandonner à la naissance, parce qu'elle était trop pauvre, comme ont du le faire les parents de la petite Alita…mais heureusement que mon père avait du fric, comme ça, quand elle l'a tué, elle a eu assez pour me garder…

Hermione ouvrit grand ses yeux chargés d'ombre à paupières.

—La reine de la ruche fornique avec les faux-bourdons, et ils en meurent, ils ne servent qu'à ça…Les femelles dominent, elles gouvernent les mâles qui leur fournissent ce qu'elles veulent et puis elles n'en ont plus rien à foutre d'eux…

—Chez les humains, c'est plutôt la tendance inverse ! Cracha Hermione.

—Ça dépend…ma mère fonctionne ainsi, et toi, du temps où Ron t'aimait, tu le considérais comme un pauvre imbécile qui ne te méritait pas alors que toi, tu étais trop parfaite pour faire le moindre effort pour lui…

—Mais…c'est pas vrai…bon, je suis peut-être féministe, mais là, tu exagères carrément !

Blaise s'apprêta à répliquer mais son regard se fixa sur la fenêtre derrière Hermione. Celle-ci tourna la tête et constata avec terreur que Madame Zabini avait remarqué leur présence, et elle semblait furieuse. Elle se leva et sortit pour les rejoindre, fermant bien la fenêtre pour que le poisson qu'elle avait harponné ne les entende pas.

—Pourquoi es-tu toujours là ? Hurla-t-elle, Et pourquoi tournes-tu autour de mon Blaise ?

—Mais je…

—Je t'ai offert la beauté ! Je t'ai transformée en princesse mieux qu'aucune magie ne puisse le faire ! Maintenant, aucun homme ne pourra te résister, alors, va-t-en tout de suite !

—Ecoutez, je ne comprends pas ce que vous voulez, pourquoi m'avez-vous relookée ?

Mme Zabini sembla se calmer.

—Bon, dans ce cas, je vais t'expliquer…Tu vois ce type, là ?

—Votre prochaine victime, c'est ça ?

La dame étira son sourire chic.

—Les femmes ont bien le droit de se venger de la domination masculine qu'elles ont subi pendant des siècles…et de toutes façons, les hommes finissent toujours par me lasser…ils ne m'apportent pas grand-chose, chérie…juste un peu d'or…Je conçois que tu aies bien le droit d'en faire autant, c'est pourquoi je t'ai offert tout cela, pour que tu y arrives…mais il y a un seul mâle que je t'interdis de toucher…

Elle se déplaça et serra Blaise contre son cœur.

—Mon pauvre bébé, Dit-elle d'une voix caressante, Je ne le sais que trop bien…les femmes sont cruelles…je ne veux pas que toi, mon bébé, tu sois tué par l'une d'entre elles…pas toi, non pas toi, mon trésor….Tu vas rester près de Maman pour toujours ! Maman va continuer à gagner de l'argent pour toi, et elle te protégera pour toujours contre les autres vilaines filles…Pour toujours, tu resteras avec moi…

Elle retourna sa face en colère vers Hermione :

—Je t'ai donné de quoi mettre tous les autres à tes pieds, à condition que lui, tu ne le touche pas, est-ce que je suis claire ?

—Oh que oui ! Dit Hermione, elle-même en colère, révoltée, Et dire que Ron, Draco et Harry pensent tous trois que j'ai un côté « castratrice » ! A côté de vous, je suis aussi soumise que la favorite du shah dans son harem ! Moi, tout ce que je veux, c'est un couple heureux, avec un mari qui me respecte, me laisse avoir un boulot et qui ne me voit pas comme sa bonniche ou un substitut de sa mère…mais je veux qu'il soit heureux aussi, et qu'on partage le fric ! Et puis, je pense que c'est à Blaise de décider de ce qu'il veut faire de sa vie, non ?

Ledit Blaise la regarda longuement au travers des bras de sa mère, refermés sur lui comme les serres d'un rapace.

oOoOOOoOo

Emy pria Draco d'enlever ses chaussures avant d'entrer. Au début, quand il venait chez eux, il pensait qu'il s'agissait d'une coutume japonaise, mais elle lui révéla que c'était parce que Cius détestait les gens qui encrassaient tout avec leurs sales godasses et que ça le rendait parfois dingue.

Après avoir jeté un regard candide vers le bureau « mystique » où l'écrivaine scribouillait, il se dirigea vers la pièce où Ron et Cius apprenaient à ne pas trop avoir l'air de baltringues musicaux. Au fur et à mesure que Draco s'approchait, il entendait de plus en plus le désastre, et le voisin du bas frappait son plafond avec son balai en les suppliant d'arrêter « de martyriser ce pauvre écureuil qui dégringole les escaliers ».

—Alors, vous commencez à attraper le coup ?

—Ben…tu peux constater le résultat…Dit Ron avec un sourire résigné.

—Ah, j'ai une nouvelle : tu seras ravi (ou pas) d'apprendre que ta sœur et Harry se sont embrassés.

Ron haussa les sourcils. Il n'avait jamais apprécié de voir des garçons flirter avec Ginny, mais qu'y pouvait-il ?

—Vous devriez en faire autant au plus vite, Dit Cius, Pour ne pas avoir trop de retard…Déjà qu'ils vous ont coiffés au poteau.

—Ben eux, ils ne se détestaient pas dès le départ ! Répliqua Ron.

—Et moi, je dois leur préparer un dîner romantique ce soir, Dit Draco, C'était ça où la frangine venait ici avec moi…

—Ben dis donc, j'espère que tu ne vas pas en oublier mon île flottante nappée de caramel avec ça!

—Et sinon, vous avez fait quoi aujourd'hui exactement ?

—A part du boucan tu veux dire ? Fit Cius, Et bien, nous avons passé pas mal de temps à parler et à réfléchir des différents aspects de ce groupe…

—C'est-à-dire… ?

—La musique, l'univers, les textes et notre « jeu de scène provoc », Expliqua Ron. Mais il y a plein de trucs dont on ne peut pas encore imaginer grand-chose dans la mesure où on ne connaît pas Neis et que Hal et Cius ne se sont pas encore rencontrés…

—Et qu'est-ce que vous avez dit exactement ?

—Et bien, pour la musique, Dit Cius, on aimerait pouvoir déterminer notre genre…Est-on pop, punk, métal, underground…? Nous devons avoir nos préférences chacun, mais comment compose-t-on avec ? Et surtout, est-on à la hauteur de nos ambitions ?

—Ouais, Renchérit Ron, Je suis loin d'en être arrivé au stade où je mettrai le feu au public avec un solo de la mort qui tue ! Ah, j'étais plus à l'aise avec l'acoustique…

—Le plus gros obstacle à notre imagination, c'est bien sûr la voix de Neis, Poursuivit Cius, C'est comme notre clef…A-t-elle un petit filet cristallin qui nécessite un super micro ? Une voix puissante de soprane ? Un timbre grave comme les chanteuses africaines ? Ou encore, hurle-t-elle comme une métalleuse ?

—Alita dit qu'elle gueule comme une truie qu'on égorge…

—Oui, elle n'a l'air de ne pas beaucoup l'aimer, mais ça la rend peut-être trop subjective.

—Jalousie sordide envers le seul membre féminin du groupe de son papa, ouais…

—En ce qui concerne l'univers de notre groupe, là aussi on suppose que chacun de nous quatre doit apporter ses influences…

—Un British roux accro aux bandes dessinées, un Latino fêlé qui ne pense qu'à draguer, un Japonais écolo, piercé et décoloré…Déjà rien qu'à vous trois, vous devez faire une drôle d'impression, Dit Draco, amusé, Je me demande si Neis ne mettra pas un point d'honneur à être votre cerise ultra-bizarre sur le gâteau hétéroclite…

—Je m'attends à tout, Dit Cius, Y compris à une Martienne qui mange du chocolat vert…

—Si ça se trouve, c'est en réalité un gars déguisé en fille, ou une vieille bobonne de l'âge de mon pépé !

—Et elle te battra aussi aux échecs, comme il l'a fait hier ?

—Gnagnagna !

—Pour nos textes, maintenant…On ne sait pas qui les écrits, ni de quoi ça parle, quels sont nos thèmes…Mais on s'est dit qu'Emy pourrait nous en écrire quelques uns…Ron pense même en faire écrire par Alita…

—Ben oui, c'est une expérience intéressante, non ? Elle nous parlerait d'un monde plein de pirates qui boivent du rhum !

—Et pourquoi pas de l'écriture automatique ou des cadavres exquis tant que tu y es ? Sourcilla Draco.

—C'est de la poésie, crétin, tu peux pas comprendre!

—Enfin soit, Interrompit Cius, Il nous reste à examiner notre jeu de scène…

—J'espère qu'on est des espèces de disjonctés qui se lâchent carrément et qu'on fait un peu les zouaves parce qu'on assume tout ! Dit Ron, le regard rêveur.

—Mais tu te frottes à l'Esp...Hal, à ce qu'il paraît, et vos fans se demandent s'il n'y a pas un couple dans ce groupe…Vous devez laisser régner une certaine ambiguïté tout en suggérant des choses sur scène en ayant des gestes très…un peu…

—Le sexe en général et l'homosexualité…enfin, tout ce qui a un parfum de taboo, ça déchaîne les passions et ça plonge le public en plein fantasme, Expliqua Cius…C'est pas impossible qu'on fasse dans ça, et on ne serait pas les premiers à jouer là-dessus, plein d'autres l'ont fait, et il y en qui font même semblant pour faire parler d'eux, ça a un côté marketing…

—J'aimerais être quelqu'un d'authentique, Dit Ron.

Il regarda ses chaussures un peu misérablement.

—J'ai souvent tenté d'être ce que je ne suis pas, Enchaîna-t-il, Parce que j'étais dans l'ombre de Harry, que j'en avais marre de ça et que je voulais qu'on me remarque, ou encore, j'essayais de correspondre à celui dont Hermione était tombée amoureuse en croyant que c'était moi…

Il se mit à se tordre les doigts, n'osant regarder Draco qui pourtant l'écoutait attentivement sans rien penser de blessant.

—Mais ça ne fonctionnait pas, et maintenant que j'ai un peu grandi, je ne veux plus faire ça, je veux être authentique…Mais dans ce cas, est-ce que ce jeu de provoc me correspond ? Ouais, j'aime les garçons, mais est-ce que j'aime…

Il se troubla, rosissant.

—En même temps, tu n'as jamais eu d'expérience homosexuelle concrète, Affirma Draco, Tu n'as jamais embrassé un mec, et tu n'en as probablement même jamais tenu un par la main…

Ron se tut, il ne voulait absolument pas discuter ce qui était une conviction chez Draco pour lui révéler la vérité.

—Si tu n'es pas encore amoureux de Draco, Dit Cius d'un air mi-sérieux mi-négligent, Tu devrais tout de même essayé de te forger des expériences, histoire de voir si tu aimes ça, si ça marche…Tu sais, tu peux aussi être comme un comédien et te créer un personnage que tu n'es pas dans le privé, ça ne voudra pas dire que tu es un menteur…

—Mais Draco…

—Il ne monte pas sur scène avec nous…

—Ça me gêne un peu de faire ça alors qu'il n'est pas là…C'est comme si j'étais infidèle.

—Je me vengerai en te faisant moi aussi des infidélités dans mon propre métier…je ferai de la pâtisserie érotique, et quand j'aurai un petit creux, je mangerai des verges en massepain cuit sans même penser à toi…

—…

—Ron, Dit Cius, Veux-tu que je t'embrasse pour que tu saches ce que ça fait ?

Ron et Draco le regardèrent, étonnés. Cius sourit et s'apprêta à rire.

—Je plaisan…

—Non ! S'écria Ron sans le laisser terminer sa phrase.

Il avait parler sans doute un peu précipitamment et un peu fort. Avec une voix un peu trop émotive, aussi. C'est que cela avait pour lui un goût de déjà vu, et ce n'était pas une expérience qu'il tenait à répéter devant Draco.

Cius rigola, Draco sourit, partageant l'humour. Aucun des deux ne comprenait le trouble de Ron, croyant fermement qu'il n'avait jamais embrassé de garçon. Il tenta de rire lui aussi, mais cela sonnait faux et jaune.

—Vraiment pas ? Dit Cius, d'un ton faussement innocent, en se levant pour s'approcher de Ron, Allons, tu ne sais même pas quel goût ont mes baisers !

—Le métal.

—Hein ? D'où tu tiens cette idée ?

—Emy.

—Vrai ?

—Non. Je n'ai jamais parler de ça avec elle. Mais je suppose que ta bouche a un goût de métal, à cause de ton piercing.

—Haha, ben voyons. Alors, je goûte tout entier le métal, j'en ai partout ! Et maintenant, un petit bisou ?

—Mon père m'a dit que tu devais conduire particulièrement bien « l'éklekticité », parce que tu étais « ferrugineux »…

—Il est marrant ton père, et maintenant, tu m'embrasses ?

Draco les observait d'un œil amusé. Cius avait pris la tête de Ron entre ses mains et faisait mine de le bécoter.

—Non, arrête ça, s'il te plait…

—Allez…

—Je te croyais plus sérieux que ça…arrête…t'as bu trop de saké, à mon avis !

—Vous buvez pendant vos répétitions ? Dit Draco, les grondant faussement.

—La prochaine fois, on t'appellera pour que tu boives aussi, promis, Répondit Ron, Et maintenant, Cius arrête, je vais flipper !

—Avec une attitude aussi méfiante, tu as l'air du roi des hétéros, et maintenant, embrasse-moi avec passion, Weasley-san !

—Nan !

Avec malice, Cius déposa un baiser sur la joue de Ron.

—Non, je ne pouvais pas…je suis juste homophile, mais c'est tout ! Rit-il.

C'était pas son truc d'embrasser les garçons sur la bouche, sans doute n'était-ce pas son rôle à lui, de faire de la provocation. Et puis, le batteur, toujours assis derrière ses casseroles, c'était pas la meilleure place pour ce genre de mise en scène. Les batteurs sont souvent les membres les plus ignorés d'une formation, et autant dire que cela convenait parfaitement à Cius qui n'aimait pas être mis en avant et se satisfaisait de sa discrétion.

Draco appréciait beaucoup Cius, néanmoins, il se rendit compte qu'il était soulagé que celui-ci n'ait embrassé Ron que sur la joue, s'il l'avait bécoté à pleine bouche, il ne l'aurait pas supporté, songea-t-il. Oui, cela valait mieux comme ça, sur la joue. Sans pouvoir dire pourquoi, il ne voulait pas que Ron soit embrassé sur la bouche par quiconque. Hermione, c'était déjà de trop, et il éprouvait un dégoût au souvenir de Lavander Brown. Non, personne, plus jamais, ne devait goûter aux lèvres du rouquin. Rouquin qui prononça la malheureuse chose suivante d'une voix plaintive :

—Mais pourquoi il faut que les mecs de mon groupe m'embrassent comme ça ?

—Ben, Dit Draco, C'est parce…

Il prit soudain conscience de ce que Ron venait de dire exactement.

« Les mecs ...»

Ron se mordit la lèvre inférieure à l'idée de la gaffe qu'il venait de commettre.

—Je pense que je vais vous laisser, Murmura Cius avant de sortir de la pièce pour rejoindre Emy.

Quand il fut parti, le visage de Draco exprimait un effarement atroce, il était traversé d'une idée qui l'horrifiait dans ses idéaux de Ron « inembrassable ».

—Tu…Tu…

Ron baissa les yeux.

—Les…Bredouilla le blond, les…les mecs de ton groupe…c'est un pluriel…Il y a bien deux mecs dans ton groupe…qui t'ont embrassé…l'un est Cius, je suis témoin de ce qu'il a fait, et tout baigne, mais…

Ron crispa sa mâchoire, il ne parvenait même pas à trouver un mensonge pour apaiser Draco. Celui-ci tordit son visage comme s'il éprouvait une profonde détresse.

—Draco…est-ce que ça va ? Euh…si j'ai bien compris, j'aurais pas mon île flottante ?

Il se traita mentalement d'idiot la seconde qui suivit, voyant que l'humour ne faisait qu'empirer les choses. Draco baissait les yeux et gémissait, sa voix devenait tremblante.

—Non…non…Murmura-t-il.

Il s'approcha de Ron et lui prit les mains, et les serra si fort dans les siennes qu'il lui fit mal.

—Alors tu…l'as embrassé ?

—En réalité, c'est lui…Mais il voulait juste me faire savoir ce que cela faisait d'embrasser un garçon…C'était une sorte d'expérience préparatoire dont il avait senti que j'avais besoin…mais je n'éprouve aucun sentiment amoureux pour lui…

—Non ! Hurla Draco, Non, non, non…ça ne peut pas avoir eu lieu !

Il serrait tellement fort les mains de Ron que les jointures des siennes en devenaient blanches. Leurs visages étaient incroyablement rapprochés et Ron sentait le souffle de Draco sur son menton.

—Tu ne vas pas pleurer, quand même ?

—Non, non, non ! Comment avez-vous pu…Lui et toi…Comment…NON !

—Mais… si tu ne m'aimes pas, pourquoi cela te met-il dans un état pareil ? Je t'ai dit que je ne l'aimais pas…pas de cette manière-là en tous cas…s'il te plait, aie un peu de bon sens…

Ron essayait de se défendre, mais ses mains le faisaient réellement souffrir. Et il ne trouvait pas le courage de contrarier Draco. Néanmoins, ses dernières paroles eurent de l'effet. Draco le relâcha et tâcha de reprendre un air stoïque. En effet, il ne pouvait pas réagir ainsi pour un type qu'il n'aimait pas, pas vrai ?

—On rentre, Décréta-t-il.

Les doigts de Ron avaient commencé à bleuir à force d'avoir la circulation coupée. Il ramassa sa guitare et le matériel allant avec dans la hâte, puis ils sortirent de l'appartement, saluant morbidement leurs hôtes qui ne prononcèrent un mot.

—As-tu entendu Draco crier ? Dit Cius une fois qu'ils eurent disparu, On aurait dit des hurlements d'agonie !

—Il y a quelque chose qui a commencé à poussé en Draco, Dit Emy, Un petit arbre qui germe, une jeune pousse entièrement pour Ron…Mais cette pauvre chose vient de recevoir un sacré coup de machette…

—Beurk… déforestation…laissez-les arbres tranquilles, bon sang !

—Cet arbre n'est pas complètement coupé, juste entaillé, et il perd beaucoup de sève…Ron doit le soigner, et vite !

oOoOOOoOo

Ils transplanèrent directement dans la chambre de Ron, qui commença par se masser les doigts, pour que le sang se remette à y circuler.

—Je n'imaginais pas que tu avais tant de poigne.

—Moi non plus, à vrai dire…

Draco se laissa tomber sur le lit, anéanti. Ron s'assit près de lui.

—Je suppose que tu me détestes, Dit le rouquin.

—Non…Il n'y a plus de haine entre nous, je te l'ai dit ce matin. Je ne déteste pas. Je déteste cet abruti d'Espingouin débilissime ! Il n'a pas intérêt à croiser à nouveau ma route, ou il ressemblera vraiment à du chorizo après que je l'aie massacré, haché en petits morceaux et réduit en chaire à saucisse que je fourrerai dans ses propres intestins !

Ron soupira.

—Pourquoi tu le détestes autant ? Je peux comprendre que tu ne puisses pas apprécier quelqu'un, comme ça, mais…c'est trop tu vois ? Il n'a jamais rien fait qui mérite autant de mépris et de haine…Je ne vois pas quels sont tes motifs…

—Il t'a embrassé…Et depuis qu'on l'a rencontré, il…il t'aime beaucoup. Il te salue chaleureusement, il te serre dans ses bras…

—Il se conduit comme ça parce que c'est dans sa nature…Mais il en aurait fait autant avec toi si tu l'avais accepté…

—Cela est au-dessus de mes forces…

—Pourquoi ne veux-tu pas qu'on te serre dans les bras ?

—Je ne supporte pas ce genre de contacte physique. Je ne l'ai jamais connu.

—Même pas avec tes parents ?

—Ma mère doit me l'avoir fait…peut-être…je ne sais plus…mais je ne vois pas pourquoi je devrais serrer quelqu'un dans mes bras…à moins que je n'en sois complètement amoureux…pour de bon, je veux dire…

—C'est pas vrai.

—Si.

—Alors tu es un salpédophiledemerde incestueux, car je t'ai vu serrer Alita dans tes bras plein de fois, et quand je la serre aussi de l'autre côté, ça ne te dérange pas, les câlins à trois, même si je te touche un peu plus que d'habitude quand ça arrive…

Draco resta interdit quelques secondes. Puis il dit :

—Ça ne compte pas.

—Tu devrais essayer de serrer quelqu'un dans tes bras, pour voir ce que ça te fait vraiment.

—Pas question.

Ron respira avec profondeur et prit un air drôlement sûr de lui.

—Franchement, toi et tes idées fixes, ça me gave ! Ras-le-bol !

Et il attrapa Draco, le serra contre lui à l'en étouffer, entoura tellement ses épaules de ses bras que le blond ne put lutter. Il l'étreignit très fort, lui caressant même le dos comme pour le calmer dans sa colère. Draco bouillonnait, et son cœur, fou de rage ou fou tout court, battait comme une horloge détraquée. Il prit pleinement conscience du fait que Ron le tenait fermement, de façon musclée mais cependant assez douce et chaleureuse, qu'une partie de leurs visages se touchait et qu'il sentait l'odeur du shampooing que Ron devait avoir utilisé le matin.

—Tu vois ? Dit le rouquin avec un sourire, remettant leurs têtes en vis-à-vis, Cela n'a rien de bien terrible, c'est juste…agréable. Tu trouves toujours ça aussi affreux ?

Il ponctua sa phrase d'une grimace. Ou plutôt d'une moue, une moue adorable remplie de taches de rousseur, mais Draco trouva cela plus adorable encore que sur Ginny. Et puis, il avait trouvé Ginny adorable parce qu'elle ressemblait à Ron. Ron lui-même était donc hautement adorable.

Le rouquin, de son côté, sentait que quelque chose allait se passer, et son cœur s'était mis à battre tellement fort que cela lui semblait faire autant de bruit que si on lui frappait les côtes avec un marteau. Il gardait Draco serré contre lui.

—Oui, si tu veux, Dit celui-ci, C'est agréable…si tu veux…mais tu peux me lâcher, maintenant, non ?

Ron relâcha son étreinte, avec autant de vie dans le regard qu'un somnambule, comme dans un état second. Draco se laissa glisser hors de ses bras, très lentement, puis subitement y retourna, agrippa la tête de Ron posa furieusement ses lèvres sur les siennes. Ils furent submergés comme jamais.

Ce fut court mais intense, il n'y eut qu'une petite voix qui les interrompit alors que Ron avait décidé qu'ils devaient y mettre la langue à présent :

—Pôpa, y'a Tata Dzinny et…oh, les zamoureux !

Ron et Draco se détachèrent l'un de l'autre. Alita souriait de manière particulièrement innocente, elle ne devait pas comprendre à quel point ce qu'elle avait vu était inédit.

—Ze disais donc : Tata Dzinny et Tonton Méduse, ils attendent que tu leur fasses leur repas, Pôpa…

Ron éclata de rire, plutôt nerveux, gêné, mal aisé.

—Tonton Méduse ha ha ! Ça y est, tu as adhéré au surnom ! Ha ha ha ha…

Draco était rouge comme un coquelicot coupé.

—Merde…j'avais oublié ça…Je vais y aller bientôt, préviens Mamie Momo qu'ils mangent à part ce soir…

—D'accodac !

Elle s'en alla en trottinant gaiment.

—Qu'est-ce qu'elle doit penser ? Glapit Draco.

—Ben, rien de spécial…Pour elle, c'est normal…Je pense qu'elle doit être soulagée d'avoir enfin vu quelque chose qui devait commencer à sérieusement à lui manquer…Là, je pense qu'on peut être sûrs d'avoir fait disparaître tous ses soupçons potentiels pour un moment ! Il faudra qu'on recom…

—Il ne s'est rien passé ! Coupa Draco.

—Mais…si !

—Je ne voulais pas faire ça !

—Alors pourquoi tu l'as fait ?

—J'en sais rien ! Je vais préparer leur repas aux deux seuls vrais amoureux de cette baraque (à part tes parents), et tu es prié de ne pas dire un mot de tout ça à qui que ce soit, compris ?

—Mais pourq…

—Je dois y aller !

Draco fuit. Fuir était le bon verbe, il fuit Ron, tentant de calmer son rougissement, se réfugiant dans la cuisine. Le rouquin s'assit de nouveau sur le lit et médita. Impossible d'exécuter l'ordre de Draco et d'ignorer ce qui avait eu lieu. Ce qui se passait en lui était étrange, et particulièrement démangeant et chaleureux. Un peu comme les pulls en laine: c'est chaud mais ça gratte, en particulier quand on a la peau sensible. Impossible aussi de se faire à l'idée qu'il puisse vraiment y avoir de l'amour entre lui et le blond. Son blond. Tout allait trop vite. Non, ça ne pouvait pas être comme ça. Mais il avait ressentit trop de choses quand ils s'étaient embrassés.

Rester seul dans cette chambre vide, si vide et si froide sans Draco, ça ne l'aiderait en rien. Il décida de rejoindre le blond à la cuisine, même s'il était à peu près certain de déclencher à nouveau sa fureur.

En le voyant, Draco se contenta se soupirer et de détourner le regard, fixant le potage thaï qu'il préparait hâtivement.

—Tu ne veux pas que je t'aide ?

—Pour faire quoi ?

—Ben…je pourrais servir les tourtereaux, je crois que tu trouves ça dégradant, non, de servir à manger à Harry Potter et à sa…chérie.

—Fais ça, si tu veux…Commence par les faire patienter avec un apéritif…

—D'accord…

Ron fut tellement nerveux qu'il renversa tout ce qu'il prit en main. Draco semblait plus calme, mais en réalité, il ne se rendait pas compte de la quantité magistrale d'épices qu'il versait dans la soupe.

—Je vais préparer de l'Agua de V…euh…peut-être un autre cocktail ce soir…Margarita…non plus…Cuba Libre…naaannnn…Y'a pas un cocktail sympa qui ne porte pas un nom espagnol ?

—Whisky sour on the rocks?

—T'es dingue, c'est un digestif, tu veux les assommer ou quoi ?

—Bloody Mary ?

—Tu es sûr que ça va avec la cuisine thaïe ?

—Dans ce cas, sers-leur du Champomy, aux deux niais !

Ils se regardèrent en rougissant.

—Y'a pas du vin que Fleur a apporté dans le frigo ?

—Il y a un vin de citrouille…C'est sucré, parfait pour un apéro…

—Ok…j'imagine que tu n'as pas le temps de faire des zakouskis, alors je vais prendre des chips…

—Des chips avec du vin…mouais…bof…

Ron se saisit d'un peu de matériel pour garnir la table et s'apprêta à sortir de la cuisine. Il s'arrêta à la porte :

—Draco ?

—Oui ?

—J'ai préféré ton baiser à celui de Hal. Toi c'était comme…de la soie !

Et il sortit.

Draco pensa enfin à arrêter de verser des épices dans son potage. Harry et Ginny allaient se retrouver avec la bouche dissoute. Oh, et puis tant pis, ça sera marrant quand ils crieront. Il ne put s'empêcher de sourire. Mais il ne pouvait pas aimer Ron, c'était simplement inenvisageable.

Ron était entrain de jeter un sort aux bougies pour créer une ambiance tamisée et feutrée dans la pièce, arrangeant les couverts pour son meilleur ami et sa sœur. Il se sentit alors terriblement jaloux des deux « niais » et de leur bonheur débile.

Alors qu'il s'apprêtait à retrouver la cuisine, on sonna à la porte. Visiblement, Hermione avait eu le temps d'envoyer ses lettres, et avait obtenu une réponse sur trois, puisque Severus et Sirius se tenaient sur le seuil.

—Désolé, professeur, mais votre look ne cadre pas avec la soirée romantique de Harry et Ginny, Dit-il à Rogue.

—Harry a enfin décroché le pompon alors ? S'enthousiasma Sirius.

—Ouais, Répondit Ron avec un regret dans la voix.

—Nous sommes venus pour convenir de la marche à suivre pour votre petit problème de logis, Coupa Severus.

Mais Harry et Ginny arrivèrent par les escaliers, sur leur trente et un. Ron ne parvint pas à faire de commentaire de grand frère protecteur sur le décolleté pigeonnant de Ginny, ce n'était pas vraiment le jour où il avait le cœur à ça. Et puis, il faut dire que ce décolleté fut surclassé par celui d'Hermione qui arriva peu après, attifée comme elle l'était par la mère de Blaise.

—Miss Granger, Vous comptez jouer dans une adaptation de Carmen? Grinça Rogue.

—C'est une longue histoire ! Trancha celle-ci.

—Ça va mieux toi et Blaise ? Demanda Ron.

—Ça va mieux toi et Draco ? Répliqua-t-elle.

Ils se toisèrent en rougissant, et décidèrent silencieusement qu'ils ne voulaient pas savoir ce que l'autre avait fait.

Les deux niais allèrent s'installer à leur petite table en retrait pendant qu'Hermione discutait logement et sablier avec un Severus coi devant sa tenue. Ginny râla quand elle vit les chips mais adora le vin. Le reste de la maisonnée suivit : Arthur et Molly discutaient dans un coin en faisant un repas froid plus sommaire pour les autres et Alita jouait à la cowgirl (« Comme Tonton Buffalo Bill ») avec Sirius qu'elle chevauchait sous sa forme de chien, en criant « Hue dada, Noble Destrier Patmol ! »

Ron et Draco se concentrèrent sur le dîner, ils préféraient ne pas y penser, de peur que tout le monde puisse lire sur leurs faces colorées de carmin « Nous nous sommes embrassés ! ».

Arriva le moment du potage. Harry et Ginny eurent tellement le feu à la gorge qu'ils vidèrent plusieurs litres d'eau à eux deux. Draco ne dit rien et Ron se confondit en excuses pour lui, leur assurant qu'il n'était pas dans son assiette et qu'il fallait lui pardonner. Harry et Ginny l'envoyèrent paître. Ron revint en cuisine et pria le blond de se concentrer. Draco avait préparé un dessert, mais il avait oublié le plat principal. Dans la panique, Ron fit chauffer une boîte de spaghettis bolognaise dans laquelle Draco versa quelques condiments inhabituels et fit une jolie présentation. Ron présenta ça aux deux tourtereaux comme de la cuisine fine, les baratina comme un sycophante et ils gobèrent tout. Le rouquin revint en ricanant et suggéra qu'on essaie de leur faire passer de la piquette pour un grand cru. Draco servit son dessert à la hâte et ils s'effondrèrent sur les tabourets, épuisés.

Rogue entra alors.

—Que diriez-vous de venir habiter quelques temps avec moi et Sirius, si vous n'avez toujours pas réglé votre problème d'ici un mois ? Pas que cela m'arrange, mais...

—Mauvaise idée, Grommela Ron en se levant, Et puis je suis sûr que vous dormez dans un cercueil…

Et sur ce, il sortit, prétextant qu'il voulait surveiller Alita que Sirius amusait en se mettant des gressins dans le nez.

—Les Gryffondors ne sont pas toujours très malins, Commenta Severus quand il fut hors d'entente, Mais bon…ils sont ce qu'ils sont et il ne faut pas nier leurs qualités…Sirius fait le pitre, mais ça amuse la petite, et puis, c'est vraiment un bon coup…

—Arrêtez, Gémit Draco, Ne parlez pas de ce genre de truc, vous êtes entrain de détruire votre image de personnage cynique, sadique et qui n'aime personne…

—Tu pourrais me tutoyer, Draco…Tu sais, je ne suis plus ton professeur…

—Vous avez bu, vous aussi ?

—…

—Je ne sais pas si je m'y habituerais…

—A quoi ?

—A vivre avec un Gryffondor…et à l'aimer, éventuellement…

—Tu aimes Weasley ?

—C'est impossible, vous le savez ! Se buta Draco.

—Et Sev', tu sais quoi ? Dit Sirius en passant la tête par l'entrebâillement de la porte, Alita m'a raconté un super truc !

—Elle a découvert le trésor de Racame-le-Rouge ? Dit négligemment l'ex-maître des Potions.

—Nan, encore mieux, elle a vu, aujourd'hui même, ce petit monsieur (il désigna Draco) rouler un patin à un beau rouquin de notre connaissance…

Draco crut un instant qu'il allait se liquéfier de honte et trouer le carrelage comme une flaque d'acide.

—Elle doit avoir l'habitude, Poursuivit Sirius, Mais elle avait l'air amusée parce qu'ils avaient l'air tous timides après…

Draco se cacha le visage dans les mains, et quand il les retira, c'était avec un regard de haine envers le canidé à qui il lança :

—Toi…demain…vétérinaire…piquouze fatale…

—Ne le prends pas mal voyons…Je suis sûr que vous avez aimé ça tous les deux.

—Dites-lui de se taire, Supplia Draco à Rogue, Mais enfin, pourquoi vous n'êtes plus un casseur de Gryffondors, c'était mieux avant !

—Draco…Je suis plus âgé maintenant…et j'ai suffisamment déversé ma rage immature sur Potter fils pour me venger de cette bande d'abrutis et leurs parchemins qui m'insultent. Sirius est peut-être un horrible lion sans cervelle, mais je l'aime comme ça…

—Ça c'était pas gentil, Protesta Sirius, Enfin, la première partie, parce que la deuxième…tu mérites un bisou mon cher Severus !

—Et Weasley doit être pareil, Poursuivit Rogue alors que Sirius lui faisait des papouilles dans le cou.

Draco poussa un soupir et sortit alors que Sirius avait enfin quitté le mode « déconne » pour passer au mode « grand romantique », câlinant Severus en lui susurrant « Mon divin marquis, mon Bela Lugosi à moi ! »

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En voyant la tête que Draco tirait, Ron songea que tout allait en empirant. Quand il sut que Sirius et Rogue étaient à présent au courant, il se sentit prêt à prier et implorer n'importe quelle puissance pour qu'ils soient les plus discrets possible. Heureusement, les deux « adultes » ( les guillemets sont pour Sirius) avaient l'air de bon sens vis-à-vis de cela…

Draco se sentit très vite fatigué, c'était à peu près la journée la plus épuisante de toute sa vie, trop de bouleversements avaient eu lieu. Ron se sentit également exténué et ils décidèrent d'aller dormir plus tôt. Malgré cela, Alita fut autorisée à rester éveillée plus longtemps, et rit doucement à l'idée (« P'pa et Pôpa vont dans la chambre tous seuls sans moi ? Oooooh, ils vont encore se faire des choses bizarres ! »)

Une fois en pyjamas, ils se couchèrent dans leurs lit respectifs, sur le dos, raides comme des poutres.

—C'est terrible, Dit simplement Draco.

Ron lui aurait bien fait remarquer que le terme « terrible » était du genre à pouvoir avoir des significations aussi bien positives que négatives, mais il préféra de ne pas demander de précision.

—Ouais, Confirma-t-il simplement.

—Je sais que c'est de ma faute…c'est moi qui ai agi…Mais ce qui serait bien, c'est que demain en nous réveillant, nous ayons oublié ce baiser, et qu'il se révèle n'être qu'un rêve, un rêve idiot !

—Oui.

—Bonne nuit, mon cher.

—Bonne nuit…Draco.

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Rogue et Sirius prirent rapidement congé. Hermione en était encore à poursuivre l'ex-prof devant la porte d'entrée pour discuter de son Sablier, comme une obsession.

—Où est Sirius ? Dit Rogue en tentant de se débarasser d'elle.

—Je suis là, Sev' !

L'animagus émit un ricanement. Severus haussa les épaules.

—Tu ne changeras jamais, toi…Mais ça me plait !

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Le lendemain, la mémoire de Ron et Draco semblait s'être altérée, comme ils le souhaitaient. Mais cela ne leur convint pas. Ils s'apperçurent à leur réveil qu'ils se souvenaient toujours de s'être embrassés.

En revanche, ils avaient oublié autre chose, et ça, c'était vraiment gênant.


Lalala...*sifflote*, alors, verdict?