Chapitre trente et un : Rouge à lèvres phosphorescent

Le vent fouettait le visage de Manu alors qu'à l'horizon, la côte se dessinait enfin. Bien décidé à arriver au Japon tout en transformant ce voyage en une grande aventure, il avait commencé par voler un jet-ski pour traverser la Manche. Ça, c'était une expérience extraordinaire !

Au bout d'un moment, il repéra un coin de plage qui semblait désert et accosta sur ce pays bien plat. Il arrêta l'engin et le rangea sur le côté, il n'en avait plus besoin, cadeau pour le premier qui passerait par là. Il ôta alors ses bottes de son sac-à-dos pour les chausser sans même attendre que ses pieds aient séché. Il contempla le paysage…pour sûr, c'était la mer du Nord, elle était toute grise et le ciel n'était pas terrible non plus. Rien à voir avec les embruns turquoise et le soleil radieux qu'on pouvait admirer à Copacabana !

Mais l'heure n'était pas à la nostalgie, il devait se trouver un moyen de locomotion pour traverser l'Europe. Alors qu'il apercevait au loin un couple de Moldus nanti d'une superbe bagnole tout-terrain, il fut dérangé par un étrange spectacle.

La mer s'était figée sur toute une bande qui semblait relier la plage à la côte anglaise. En regardant de plus près, Manu constata que c'était toute une rampe de glace qui se formait ainsi. Ça sentait la magie à plein nez, il ne mit que peu de temps à comprendre qu'un sorcier l'avait suivi. Celui-ci, ou plutôt celle-ci, ne se fit pas attendre: une magnifique luge de glace enchantée glissa jusqu'à lui, portant sur elle une jeune-femme blonde emmitouflée qui agitait sa baguette pour faire avancer son véhicule.

—Madame Narcissa ? Mais que…

—Salut ! Dit-elle joyeusement en sautant sur le sable, Vous allez avoir une compagne de voyage!

—Euh…

—S'il vous plait, j'ai envie d'aller au Japon, moi aussi…j'aurais du partir avec mon fils, mais je me suis décidée trop tard!

Manu eut un regard gêné.

—Je ne veux pas vous vexer, Dit-il, Mais une dame comme vous, distinguée, qui aime le luxe et tout…je vous vois mal me suivre, moi, le mec qui parcourt le monde avec le minimum pour survivre et dont les chaussettes ne sont jamais propres! Pourquoi n'avez-vous pas demandé un autre Portoloin, ça vous aurait évité de salir vos jolis petits chaussons!

—Mais je…Vous me prenez pour une petite précieuse qui a peur de se salir ?

—Ben…oui, en fait.

—Et bien, ça va vous surprendre, mais vous avez raison !

—Non, ça ne me surprend pas.

—Mais je veux changer mon mode de vie ! Moi aussi, je veux devenir une aventurière et voyager partout ! Finit la petite fille pourrie gâtée qui se prélasse dans des draps de soie !

—Holà ! Vous êtes sûre de ce que vous voulez, ou c'est juste une lubie passagère…un caprice de nana ?

Narcissa s'emporta et voulut flanquer une gifle à Manu, mais celui-ci attrapa son poignet avant que sa main n'atteigne sa cible. Elle se débattit en vain, sentant les larmes lui monter aux yeux.

—Vous avez l'air d'un chaton…On aurait envie de vous caresser…hum…j'ai cru comprendre que vous n'alliez pas bien, ces temps-ci…

—Et bien, c'est que…

—C'est à cause de votre mari ? Il vous délaisse ? C'était un mariage arrangé ?

Manu lâcha le poignet de Narcissa, elle parvint à s'empêcher de pleurer.

—Personne ne m'a forcée à épouser Lucius, mais nos parents voyaient notre union d'un si bon œil que même s'il n'y avait aucune obligation, on finit par penser que c'est notre devoir d'accepter…c'est comme cela que cela fonctionne chez les sang-purs…Je ne sais pas si Lucius m'a un jour vraiment aimée, mais j'ai de plus en plus l'impression qu'il ne voyait en moi qu'une jolie chose à exhiber et une mère pour son héritier…Et là, il a disparu, pour je ne sais quelle raison, me laissant toute seule, et maintenant que mon Draco est en vacances avec ses amis, je me sens seule, mais seule…c'est comme si j'étais un être sans importance, juste une partie du décor…

Manu crispa la mâchoire, il espérait qu'elle ne se mette pas à pleurer pour de bon, il détestait les jérémiades.

—J'en ai marre de cette vie ! Reprit Narcissa, S'il vous plait, ne partez pas sans moi, laissez-moi vous suivre, vous qui allez au bout du monde !

—Je vois, en gros, vous voulez vivre un truc qui vous permettrait d'échapper à votre quotidien "prout ma chère"? Vous avez frappé à la bonne porte ! Si vous vous sentez vraiment prête à partir sans savoir comment ça va finir, alors, je vous prends avec !

Il lui tendit la main.

—Merci ! Dit-elle en acceptant.

—Mais je vous préviens quand même, Dit-il alors qu'ils commençaient à marcher, Je fais mes besoins dans la nature et je m'essuie avec des feuilles!

—Ce n'était peut-être pas le détail que je voulais entendre en premier…Au fait, quels sont nos plans immédiats?

—Regardez cette caisse, là, on va la piquer !

—Une caisse, où ça ?

—Une voiture, je veux dire, va falloir que je vous apprenne l'argot moldu…

—Vous voulez dire qu'on va voler ces braves gens ?

—C'est ça, l'aventure !

—Bon, très bien…

—Vous allez m'aidez en occupant ce couple, d'accord ?

Narcissa fit un signe de tête et se dirigea vers les deux personnes, apparemment deux retraités en vacances, assis sur leur nappe de pique-nique.

—Hello…em…I'm looking for…em…a restaurant ! Is there a restaurant here?

—T'as vu ça, Tieneke, la dame parle anglais ?

—Ja, ik heb gehoren, Joske ! Welkomen in België, mevrouw!

—Em…sorry ?

—Ah, désolé, nous ne parlons pas votre langue…déjà qu'on a dur avec les nôtres, mais ça n'a pas su nous empêcher de nous marier, même si Tieneke vient de Bruges et moi de Liééch !

—Een speculaas een keer? Dit Tieneke en tendant un plat rempli de biscuits bruns qui sentaient la cannelle.

N'y comprenant rien, Narcissa jeta un regard à Manu qui s'était installé au volant. Il leva les yeux vers elle et lui fit un signe de la main, mimant une clef qu'on tournait dans une serrure. Bien sûr, les Moldus utilisaient des clefs pour faire fonctionner leurs engins, ne cherchons pas à comprendre pourquoi, se dit Narcissa. Apercevant la clef à trois centimètres de la cheville de Tieneke, elle conçut un plan impulsif mais efficace : elle sortit sa baguette et stupéfixia la Brugeoise, ramassa la clef et courut à la voiture alors que le Liégeois protestait.

—Oufti nondidjû, qu'avez-vous fait à ma Tieneke, macrâle (1) ? Ça va nin se passer comme ça !

Narcissa grimpa dans la voiture et jeta la clef à Manu.

—Vous êtes dingue ? Dit-il en démarrant le véhicule, Vous allez vous faire taper sur les doigts par les services magiques…

—Pas grave, maintenant, je suis une hors-la-loi et j'aime ça !

La fenêtre étant ouverte, elle jeta le contre-sort pour redonner vie à la pauvre Flamande, alors que son mari tambourinait à la portière de Manu. La voiture démarra, laissant le couple belge sur place.

—C'est parti pour l'aventure ! Déclara Narcissa, aux anges.

oOoOOOoOo

—Alors vous ne m'en voulez pas d'avoir rien dit? Questionna Alita dans la salle de bain.

—Bais non, pourquoi on t'en boudrait ? Répondit Ron, la bouche pleine de dentifrice.

Il cracha dans l'évier et se tourna vers elle :

—Je te jure que je suis heureux de tout ce qui m'est arrivé de tout ce que je suis devenu depuis que je te connais !

Elle sourit.

—Allez, maintenant, il faut aller petit-déjeuner.

Elle alla rejoindre les autres dans la salle à manger de la suite, bien que tous n'y soient pas encore.

—Tiens, où est Neis ? Demanda Tonks, Pas encore levée à cause du décalage horaire ?

—Mais non, elle est juste en train de se scarifier en se plaignant que le monde est injuste avec elle, Répondit Hermione en retroussant son nez.

—Hal est absent aussi…

—Ne prononce pas son prénom, Répliqua Draco à la métamorphmage, Ça a pour effet de le faire apparaître comme un mauvais sort !

—¡Hola !

—Tu vois ?

—D'où tu sorts toutes ces fleurs ? Demanda Ginny en remarquant que Hal était chargé de plantes multicolores, Comment t'as trouvé ça en plein milieu de Tokyo ?

—Sur le toit.

—Sur le toit ?

—Oui, ils ont installé un jardin dans une serre sur le toit de l'immeuble, en allant me promener pour visiter, je l'ai trouvé et j'ai vu ces fleurs…Et je me suis dit que ce serait bien d'en cueillir pour toutes les beautés ici présentes…Tiens, celle-ci est pour toi, Ginny la belle rousse, celle-là pour Hermione la belle brune, celle-ci pour Luna la belle blonde, et voilà pour Tonks la rose délicieuse…

Il distribua ses fleurs tout en s'attirant des regards foudroyant de la part des autres mâles présents.

—Tiens, pour toi, Lilita, je n'oublie pas les petites ladies, elle est mauve…

—Ma couleur préférée, mici !

—Evidemment, je n'en donne pas qu'aux filles, Dit-il en voyant Ron arriver depuis la salle de bain, Pour toi querido mío, cette fleur rouge, symbole de mon amour et de tes cheveux flamboyants…

Remus eut le réflexe de retenir Draco par la ceinture.

—Je ne connais pas cette espèce, Fit remarquer Severus.

—Tiens, il m'en reste une, Poursuivit Hal d'un ton joyeux, Où est Neis ? Où est mon petit rossignol de Californie ?

—Elle est, Répéta Hermione, En train de se scarif…Aïe ! Hal, ta fleur m'a mordue !

—Quoi ?

Mais avant que quiconque puisse réagir, les fleurs se mirent à attaquer, leurs tiges poussaient et grandissaient, s'enlaçant autour des poignets. Draco ne se priva pas de laisser éclater sa fureur, l'occasion était trop bonne:

—Espèce de estupido, t'as vu ce que t'as fait ! Tempêta-t-il en délivrant Alita de sa fleur.

—Aaaah, Cria Luna alors que Théo cherchait à l'aider.

—Enlevez-moi ça, nom d'un gnome au poivre ! Supplia Ginny.

—Mais…Protesta Hal, Je ne savais pas…arrêtez ça tout de suite ! Ordonna-t-il aux végétaux.

Curieusement, la technique s'avéra efficace, aussitôt, les plantes s'immobilisèrent, laissant respirer leurs proies.

—Elles t'obéissent ? Fit Ron éberlué en jetant sa fleur sur le sol.

—Comment il fait ça ? Dit Sirius.

—Je sais pas, Dit Hal, Euh…venez ici !

Les fleurs reprirent vies, et s'aidant de leurs longues tiges, elles rejoignirent leur « maître » pour grimper sur lui et s'enrouler autour de ses bras. Blaise éclata de rire.

—En fait, c'est plutôt drôle: il contrôle les plantes !

—Hal, tu nous avais caché ce pouvoir, pourquoi elles n'obéissent qu'à toi ?

—Mais j'en sais rien…Parce que je les ai cueillies, peut-être ?

—Tu peux m'en donner une ? Demanda Severus, j'aimerais l'examiner.

—D'accord…euh, toi, la petite bleue, va avec le monsieur tout pâle et surtout n'essaie pas de le tuer !

Une fleur bleue se détacha de Hal et alla rejoindre Severus sans se faire prier.

—Etonnant ! Se contenta de dire Remus.

On frappa à la porte.

—Ouvrez-nous, Madame Taitô désire vous voir ! Dit une voix d'homme.

—Madame Taitô ?

—La propriétaire de l'hôtel, c'est ça ?

—Oui.

—Elle va pas apprécier que je lui ai piqué des fleurs, S'inquiéta Hal, Vite, mes petites, planquez-vous dans mes poches !

Les végétaux obéirent alors que Draco ouvrit la porte. Encadrée par deux gorilles aux airs peu commodes, une femme apparut et s'avança d'un air hautain et majestueux. Elle avait de longs cheveux argentés à reflets bleus et de jolis yeux violets en amande, sa bouche avait l'air microscopique et finement maquillée d'une couleur indéfinissable et brillante, comme si sa propriétaire avait été une poupée de porcelaine peinte. Elle semblait dégager une certaine aura, et on ne pouvait s'empêcher de la regarder.

—Madame Taitô Marisu, Annonça un des gorilles.

—Marisu ? Fit Hermione en levant un sourcil.

Marisu sourit, exhibant une rangée de dents blanches qui devaient briller dans le noir tellement elles étincelaient, et, rejetant ses magnifiques cheveux en arrière, elle déclara d'une voix sucrée :

—Bonjour, mes chers invités, je suis Taitô Marisu, ou si vous préférez, Marisu Taitô, puisqu'en japonais nous inversons l'ordre prénom-nom. Je suis la propriétaire de cet hôtel, mon premier, car j'ai décidé d'élargir mon horizon professionnel dans le logement de luxe pour touristes. Car il se trouve que je suis avant tout la propriétaire d'une usine de produits de beauté ! Et oui, je suis une femme très active, car en plus d'être belle, je suis intelligente !

—Et modeste, Commenta Ron.

—Oh, merci ! Répondit-elle comme s'il lui avait fait un compliment, Il faut savoir que je suis en partie Vélane, et en partie Elfe, c'est pour ça que j'ai ce physique exceptionnel !

—Elfe ? Vélane ?

Ron s'imaginait Dobby en pleine action avec Fleur Delacour. Il grimaça.

—Je suis un génie, je parle plus de dix langues et j'ai des pouvoirs multiples…mais tout n'a pas toujours été rose pour moi, mes parents sont morts, et j'ai vécu quelque chose d'unique et de traumatisant pendant mon adolescence…c'est un secret bien sûr, mais cela m'a forgé le caractère que j'avais déjà bien trempé…

—Elle est venue pour nous raconter sa vie ou quoi ? Grommela Draco.

—Bah, pour une fois qu'on tombe sur quelqu'un de plus égocentrique que toi…

—La ferme, Potter !

—Draco Malfoy, je suppose ? Interrompit Marisu en lui tendant la main.

—Euh oui, lui-même.

—Tu es vraiment un beau garçon, Dit-elle, mielleuse.

—Euh…merci.

—J'ai connu un jour quelqu'un qui te ressemblait, et nous nous sommes aimés, c'était une si belle histoire…

—…ouais…

—Mais il m'a déçue, il m'a brisé le cœur, alors je l'ai jeté…

Elle le lorgna avec des yeux brillants et humides, comme si elle cherchait à l'attendrir. Il constata qu'il pouvait observer son reflet dans sa lèvre inférieure.

—Oh, je vois que tu aimes mon rouge à lèvres! C'est moi qui l'ai créé, c'est un de mes produits dernier cri : le rouge à lèvres miroitant, votre interlocuteur peut se mirer dedans !

—Certes…

—Bref, Se reprit-elle en rejetant de nouveau ses cheveux en arrière, Vous êtes mes invités…

—Ouais, encore à cause de moi, blablabla, Dit Harry d'un ton las.

—Ah oui, le célèbre Harry Potter ! S'exclama Marisu comme si elle venait de se rendre compte de sa présence, C'est vrai, c'est pour toi tout ça, alors, ça te plait ?

—Oui, c'est très luxueux, merci…

—Je peux aussi vous offrir des échantillons gratuits de tous mes produits…mesdemoiselles, si vous voulez un rouge à lèvres miroitant, n'hésitez pas, j'ai d'ailleurs conçu toute une collection de cosmétiques révolutionnaires, comme le « pétale de rose à lèvres » qui fait cracher des pétales de rose à chaque fois que vous parlez, ou encore « l'horloge parlante à lèvres », elle vous fera dire l'heure…

—Sans façon, Dit Ginny, J'ai déjà une montre.

—Vous ne savez pas ce que vous ratez…

Marisu posa alors ses yeux sur Alita et eut l'air un peu surprise en la voyant.

—Et toi, tu es…

—Alita, m'dame.

—Alita…tu es japonaise ?

—Nan, ze suis nanglaise, moi !

—D'origine vietnamienne, Précisa Draco, C'est ma fille…Notre fille, Ajouta-t-il en posant sa main sur la hanche de Ron.

—Mais oui, bien sûr…Des homosexuels, comme c'est amusant !

Ron et Draco échangèrent un drôle de regard.

—Est-elle métis ? Demanda Marisu.

—Hein ? Euh non, enfin, on ne sait pas, on n'a pas connu ses parents biologiques, Expliqua Ron. Mais je crois que non.

—Moi je pense qu'elle est métis, Insista Marisu.

— Si vous le dites, pour nous, ça ne change rien…

—Elle est métis ! Et maintenant, je vous propose une visite guidée de Tokyo, avec moi comme guide…

—C'est gentil, mais en fait, d'abord, on doit finir de manger, et puis, c'est Cius et Emy qui vont nous faire visiter…

—Cius et Emy ?

—Des amis japonais à nous, Expliqua Draco, Ils sont repartis hier soir vers leur propre appartement, et ils doivent venir d'ici quelques minutes…Peut-être que vous connaissez Emy, elle est romancière, Emy Douçamère ?

—Ouais, je vois, Dit Marisu en retroussant son nez de dégout, Cette occidentale parvenue avec un chapeau ridicule, qui se croit japonaise et écrivain alors qu'elle n'est ni l'une ni l'autre ! Si j'écrivais, je suis sûre que je ferais mieux qu'elle !

—C'est mon auteur préférée !

—En même temps, ça ne m'étonne pas, les Européens ont mauvais goût ! Vous feriez mieux de venir avec moi, je suis une vraie Japonaise, et je connais tout ici…

—On vous remercie de votre générosité, mais nous préférons rester avec nos amis…

—Très bien, comme vous voulez, tant pis pour vous !

Marisu fit une moue boudeuse et se retira avec ses gorilles, les dirigeant d'un claquement de doigt. Quand elle fut partie, Neis arriva, plus maquillée que d'habitude.

—Wouah, putain, t'as mis trop d'eye-liner, on dirait un panda ! Dit Ron.

—C'était qui la meuf ? Questionna-t-elle sans relever.

— La proprio, Machine Taitô.

—Marisu.

—Ouais, curieux prénom…en tous cas, elle s'y croit vraiment…bon, ils arrivent nos deux Japs à nous ?

oOoOOOoOo

Neis aurait voulu se rendre chez sa correspondante Nao, mais l'adresse donnée par celle-ci se révéla introuvable, sans doute que Tokyo était un endroit trop compliqué.

—Ce n'est pourtant plus les vacances scolaires, Dit-elle, Elle est donc bien au Japon puisqu'elle y étudie…

—Et toi, tu ne devrais pas y retourner à l'école, Railla Hermione, A moins qu'aux States ça soit congé tout le mois de septembre ?

—Ce sont les différentes écoles qui organisent ces échanges…Donc, si Nao m'a invitée ici, c'est que je peux, non ?

—Tu as écrit à tes parents pour les prévenir au moins ?

—Non. Ils n'ont pas à se mêler de ma vie, d'abord, ensuite, mon école a bien du leur envoyer un courrier pour ça…

—Peut-être que tu devrais aller trouver cette Nao directement dans la sienne, d'école, Dit Cius, C'est là que j'étudiais jusqu'à mes quatorze ans, je peux t'y conduire…

—Oh, merci Cici-chan…

—Tu peux arrêter de m'appeler comme ça ?

—Alors, vous allez nous faire faire des trucs japonais ? Demanda Sirius en lorgnant avec appréhension les centaines de Tokyoïtes qui sillonnaient les rues en se dirigeant rapidement vers leur boulot, donnant l'impression d'une ruche remplie d'abeilles en costard cravate.

—Des trucs japonais ? Répondit Emy, Vous voulez faire de l'origami, assister à des combats de sumo où la cérémonie du thé sous les cerisiers en fleur ?

—Pourquoi pas, Dit Remus.

—La cérémonie du thé, ça m'intéresse, Dit Luna, les yeux pleins d'étoiles.

—Ce serait possible de voir un kabuki ? Demanda Draco.

—On va essayer…Cius, tu emmènes Neis à l'école ? Moi, je m'occupe des autres…On se retrouve chez Yoshito.

—Pas de soucis !

Neis sembla avoir gagné un allé direct pour le paradis et attrapa la main de Cius sourire aux lèvres. Ils s'éloignèrent vers une ruelle peut fréquentée (ce qui était plus pratique pour les entrées des bâtiments sorciers).

oOoOOOoOo

Deux tasses de thé et trois katanas plus tard, il était midi et la joyeuse troupe décida d'aller dans un restaurant, celui dudit Yoshito. Cius et Neis revinrent de leur escapade scolaire avec un air affamé et aigri.

—On n'a pas trouvé Nao !

—Comment ça ?

—Il n'y a aucune trace d'elle dans cette école !

—Vous êtes sûrs que c'est la bonne ? Glissa Harry.

—Oui, des écoles de magies au Japon, il n'y en a pas trente-six, il n'y en a qu'une, et c'est celle-là ! S'énerva Cius.

—Je commence à sérieusement m'inquiéter, Dit Remus, D'abord les Portoloins, puis maintenant ça…

—C'est vrai, Dit Hermione, Ils se sont remis à fonctionner juste au moment où cette Nao a envoyé son invitation à Neis, et voilà que vous nous apprenez qu'elle n'est pas inscrite dans cette école, je ne peux pas m'empêcher de penser que…

—…on s'est tous fait couillonner ! Compléta Sirius.

—Oh, purée de Troll, encore des emmerdes ! Râla Ron en mordant dans un onigiri.

—Ouais, j'ai effectivement l'impression qu'on vole droit dans un piège, là, Dit Blaise.

—En parlant d'emmerdes, devinez qui est là ! Dit sinistrement Draco.

Marisu Taitô se tenait sur le seuil du restaurant, sans son escorte cette fois, ses lèvres avaient à présent une teinte normale et ses cheveux avaient viré au doré.

—Mes amis ! Lança-t-elle joyeusement en s'approchant de la tablée.

—Mais pourquoi elle est là, elle ? Grogna Tonks.

—Alors, vous profitez agréablement de votre séjour ici ?

—Oui oui, Dit Luna.

—Du moins, jusqu'à votre arrivée, Ajouta Draco à voix basse.

—Pourquoi vous avez plus les mêmes cheveux ? Demanda Hal.

—Oh, ça, je me suis fait une couleur, vous aimez ?

—Ben…

—Et vous n'avez plus votre rouge miroir ?

—Non, je l'ai changé pour mettre un rouge phosphorescent, regardez:

Et sans demander l'avis de personne, elle éteignit l'interrupteur principal du restaurant, plongeant tout le monde dans le noir total. On entendit un juron en japonais qui devait indiquer qu'un des cuisiniers s'était probablement coupé un doigt, mais cela n'effaça pas le sourire de lumineux de Marisu qui se détachait de l'obscurité en projetant une lueur verdâtre.

La lumière re-fut et le visage mécontent de Yoshito apparut, alors que la main de celui-ci était toujours appuyée sur l'interrupteur. Derrière lui, le cuisinier essayait de retrouver son doigt qui avait roulé par terre. Le restaurateur s'approcha de Marisu et lui tint un discours dans la langue de Miyazaki qui devait vouloir dire «Sortez d'ici avant que je vous transforme en sukiyaki!». La femme ne se défit pas pour autant de son sourire fluo et s'adressa à nouveau à ses malheureux hôtes :

—Ce n'est pas un très bon restaurant, et ce monsieur n'est pas très cultivé!

Cius et Emy lui envoyèrent un regard noir.

—Vous feriez mieux de venir manger dans mon hôtel, c'est on ne peut plus raffiné…En attendant, si vous avez quoi que ce soit à me demander, je me ferais un plaisir de vous satisfaire !

—Non, merci ! Ronchonna Emy.

—A moins que vous ne connaissiez Nao ma correspondante, Dit Neis d'un air las.

—Nao ? S'étonna Marisu, Ça me dit quelque chose…Ce ne serait pas une jeune-fille vietnamienne ?

—Oui ! Vous la connaissez ?

—C'est ma stagiaire standardiste, enfin, c'était, pendant les vacances…mais Nao n'est qu'un surnom, vous le savez ?

—Non, mais ça explique des choses…elle aurait pu me prévenir, j'ai cherché pour rien...Vous auriez son adresse ?

Marisu s'apprêta à répondre, mais Yoshito la fusilla tellement du regard qu'elle fit signe à Neis de la suivre dehors.

—Mais c'est qui cette femme ? Elle est bizarre, elle a une drôle de tête, elle est là où on ne s'y attend pas, et elle arrive comme un cheveux sur la soupe ! Mais d'où sort-elle ? Grinça Harry.

—J'ai une réponse à cette question, Dit Sirius, Mais elle est plutôt impolie…

—Marisu Taitô, c'est ça ? Dit Cius, Son nom le dit quelque chose…C'est pas elle, qui était sensée avoir disparu à l'âge de seize ans pour réapparaître dix ans plus tard sans explication ?

—Il me semble, oui, Répondit Emy, Mais j'avoue ne pas m'être intéressée à son cas…Yoshito ?

Le restaurateur arriva et elle le questionna.

—Il dit qu'elle est seulement connue dans la communauté magique…

—Yoshito est sorcier ?

—Oui.

—Un futur collègue, Dit Draco avec satisfaction.

—Apparemment, cette Taitô Marisu , personne ne sait vraiment d'où elle sort, elle aurait fait ses études à Tokyo dans les années 60 mais aurait disparu pendant dix ans…elle a un passé très mystérieux et semble dotée de qualités multiples…actuellement, elle possède une entreprise de je ne sais quoi …

—De produits de beauté. Et des hôtels.

Emy demanda à Yoshito :

—Il dit qu'elle n'a jamais eu d'hôtel, sauf peut-être au Monopoly…

Un silence se fit.

—Mais alors, on a dormi dans quoi ?

Ron soupira.

—Mais c'est pas vrai, on peut pas faire du tourisme tranquillement ! Voilà qu'on s'est foutus dans le pétrin en une demi-journée !

—Qu'est-ce qui se passe ? Minauda Alita, Elle a quoi la madame ?

—On ne le sait pas, princesse…

—Donc, en fait, on n'a pas un problème, mais deux, Calcula Harry, Les Portoloins et ça !

—Ou un seul, les deux sont peut-être liés, Glissa Théo.

—Manquait plus que ça…Mais qui est cette femme, et qu'est-ce qu'elle nous veut ?

Neis repassa la porte, sourire aux lèvres.

—Madame Taitô n'est plus là ?

—La pauvre a peur de se faire découper en rondelles par l'autre fou, je crois…Elle m'a expliqué où habitait Nao, et que je pourrai aller la voir dès cet après-midi…

—Peut-être qu'il ne faut pas faire confiance à cette femme…

—Pourquoi ? Fit Neis, pâlissant, ce qui n'était pas peu dire vu son fond de teint habituel.

—On n'est pas sûrs, mais on a trouvé des trucs très bizarres la concernant…assieds-toi…

—Oui, et puis, je devrais me commander à manger, vous avez presque tous fini…

—Emy n'a encore rien mangé…

—C'est parce que j'ai commandé une fondue suisse pour Cius et moi.

—Une fondue suisse dans un restaurant japonais ?

—Ils proposent des plats internationaux pour les difficiles, ici, et nous avons l'habitude de manger de la fondue, c'est un délire entre nous, ne cherchez pas à comprendre…

—Si c'est international, tant mieux, Dit Neis, Car les Etats-Unis me manquent déjà…Un double-hamburger avec une tonne de frites, s'il vous plait !

—Le tout servi dans une Magic Box avec un jouet en cadeau ! Railla et Hermione, ce à quoi Neis répondit en éclatant de rire.

—C'est dommage de ne pas profiter de la cuisine nippone, Se désola Draco, Il faudra que je demande à ce Yoshito de m'apprendre deux trois trucs…mais si possible pas de la soupe aux doigts !

Pendant ce temps, Emy et Cius trempait les leurs dans la fondue.

oOoOOOoOo

Bien que ce fût somme toute un repas très plaisant, se concentrer sur des japonaiseries l'après-midi fut impossible. C'est qu'on n'avait pas l'esprit tranquille quand on avait l'impression d'être tombé dans un attrape-nigaud !

Sans même attendre de digérer, ils rentrèrent à l'hôtel. Marisu n'était pas présente à leur arrivée.

—Tant mieux ! Dit Harry, On va fouiner !

—C'est malhonnête ! Dit Neis.

—Faire croire qu'on a un hôtel alors qu'on n'en a pas, c'est pas très honnête non plus ! Objecta Hermione.

—Mais…vous voyez bien que ce bâtiment est un hôtel et qu'il appartient à Madame Taitô, non ? Donc, c'est qu'elle en a un, soyons logiques, c'est plutôt ce Yoshito qui nous a menti…

—Ce n'est pas son genre, Dit Cius.

—Je suis désolé, Neis, Dit Ron, Je sais qu'elle a été gentille avec toi en te donnant l'adresse de Nao, mais il y a quelque chose qui cloche, et tu ne nous empêcheras pas de le découvrir.

—Pourquoi ?

—Parce qu'on s'en occupe ! Déclarèrent Ron, Harry et Hermione à l'unisson, faisant lever les yeux au ciel à Severus à qui cela rappelait des souvenirs.

—Et bien moi, je vais voir Nao ! Décréta la jeune-fille, A tout à l'heure.

—Je viens avec toi, Proposa Tonks.

—Non merci, ça ira, je me débrouillerai toute seule.

—T'es sûre ?

—Mais oui !

Neis s'éloigna, mais Tonks la regarda partir interloquée.

—Bon, Dit Ron, Comment on s'organise ?

—On va faire plusieurs équipes, Dit Hermione.

—Moi ze tiens avec P'pa et Pôpa ! On va gagner !

—C'est pas un jeu !

—Moi, je sais où je veux aller en premier lieu, Dit Severus : Dans ce fameux jardin sur le toit, je veux voir ces fleurs de plus près. Machaca, viens avec moi !

—Pourquoi tu m'appelles par mon nom de famille ?

—J'aime pas appeler les gens par leur prénom, même ceux que j'aime bien, allez, Black, toi aussi, tu viens !

—Sev'…

—Je viens avec vous, Dit Cius, Moi aussi, ça m'intéresse !

—Je vais suivre Neis, Annonça Tonks, J'ai comme un pressentiment.

—Je te suis ! Dit Remus.

—Et nous, on y va tous les trois, comme d'habitude ! Dit Harry en prenant son Ron et son Hermione de toujours par les épaules.

—Tous les quatre, Dit Draco en lui appuyant un regard mauvais.

—Bon…Théo, tu viens avec moi ? Dit Blaise, Et Luna ?

—D'accord.

—Et moi, ze vais avec qui ?

—Avec moi, Répondit Ginny.

—Et bien, je vais rester avec Alita et Ginevra, Dit Emy.

oOoOOOoOo

—Vous savez quoi ? Dit Harry, Après Voldemort, je pensais que…

—Potter, tu nous gonfles avec ton complexe du héros !

—…que je ne voulais plus que la paix, Poursuivit le lunetteux aux yeux verts de façon imperturbable, Que maintenant que mon rôle était fini…

—Oui, ton rôle est fini. Tu veux un Oscar ?

—…je n'avais plus qu'une envie : qu'on me foute la paix ! Fini les embrouilles, les enquêtes non-officielles, les poursuites, les combats, les mystères à traquer ! Mais en fait, là, maintenant, je dois vous avouer que je ressens un de ces rushs d'adrénaline !

—Tu veux goûter à mon sortilège de Gèle-Burnes ?

—Malfoy, tu veux bien coopérer pour une fois ?

—Oh, taisez-vous un peu ! Coupa Hermione, Je pense que nous devrions fouiller les autres chambres, histoire de voir si nous sommes les seuls clients, ce qui prouverait qu'on est bien dans un hôtel de luxe !

—C'est pas toi qui commandes !

—Non, mais, il faut bien que quelqu'un prenne des décisions !

—Ben, c'est moi, non ? Argua Harry.

—Depuis quand tu es le chef ?

—Il n'y a pas de chef, Dit Ron.

—Tant mieux, Lui répondit Draco, Je suis heureux de l'apprendre. J'avais souvent imaginé que Potter dirigeait et que vous deux étiez obligés de le suivre…

—Malfoy, tu crois vraiment qu'une sorcière rationnelle et posée comme moi suivrait sans réfléchir un gars qui passe son temps à se jeter la tête la première dans tous les ennuis qu'il croise ?

—Il faut bien que quelqu'un prenne des décisions, Répéta Harry, D'ailleurs, je décide que nous ouvrions cette porte…

—Attends, Harry, il vaut mieux…

La porte pivota et ils se retrouvèrent face à un groupe de Japonais, en pleine réunion autour d'une table.

—Euh…Dit Harry.

—Excusez-nous, Intervint Hermione avec un sourire crispé, Nous pensions que…

—C'est bien un hôtel, Marmonna Draco, Et ils vont aller se plaindre de notre intrusion à Madame Taitô, qui va se douter qu'on fouine…

—Ce sont peut-être d'autres braves gens tombés eux aussi dans un piège, Dit Harry.

Se sentant dévisagé par une dizaine d'yeux outragés, il ajouta :

—Vous êtes au courant que Madame Taitô est…que Madame Taitô est…Hermione, aide-moi !

—Qu'elle est très heureuse de vous accueillir dans son hôtel, héhé…

—Et nous sommes euh…les techniciens de surface ! Crut bon de préciser Harry, Donc voilà, si on peut vous aider…

Les Japonais s'entre-regardèrent, puis leur adressèrent un grand sourire. Trente secondes plus tard, nos quatre amis étaient en train de nettoyer la salle de bain de l'appartement, à coup de produits nettoyants magiques.

—Potter, je vais t'enfoncer des sushis dans les narines !

—C'était pas une bonne idée, faut avouer, Renchérit Ron.

Hermione soupira en grattant une tache sur le miroir.

—Tu vois Malfoy, c'est exactement ce que je t'ai expliqué à propos de Harry : « J'agis d'abord, et ensuite je réfléchis ! »

—Il faut bien que quelqu'un prenne des décisions ! Réitéra celui-ci.

—Mais pas des mauvaises !

—Allez-y, dites que je prends des décisions de con !

—Tu prends des décisions de con ! Récitèrent les trois autres dans un chœur parfait.

—Cette tache est tenace, Soupira Hermione.

—Essaie avec ce produit, Lui suggéra Ron.

Il tendit le bras pour frotter la tache, mais il marcha malencontreusement sur une savonnette, glissa, et passa à travers le miroir.

—Mais qu'est-ce que…Fit Draco.

—Un miroir sans tain ! C'est un truc d'espionnage moldu ! S'exclama Hermione.

—Vous voyez que ce n'était pas une décision de con, puisqu'on à découvert quelque chose de louche !

Après avoir aspergé Harry avec du « Magic WC Net », Draco passa de l'autre côté du miroir. Ce qu'il y trouva n'avait rien à voir avec l'univers de Lewis Carroll.

oOoOOOoOo

L'ascenseur s'arrêta au dernier étage, où se situait leur appartement. Hal signala l'escalier qui donnait accès au toit, et suivi par Cius, Sirius et Severus, il laissa Ginny et Emy gagner leur suite avec Alita. Une fois tous quatre arrivés sur le toit, la serre se dressait devant eux.

—C'est ici, venez…

Ils passèrent la porte. Comme beaucoup d'édifices sorciers, c'était plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il régnait dans la serre une chaleur étouffante, une atmosphère humide.

—Wouah, Lâcha Cius devant la végétation luxuriante qui les entourait.

—Chourave aurait adoré voir ça ! S'exclama Sirius.

—Pas sûr, Dit Rogue, Beaucoup de plantes ici ont l'air inconnues, mais rien indique qu'elles sont normales…je veux dire, qu'elles ne sont pas le fruit de manipulations génétiques douteuses et autres joyeusetés…

—Ah ouais, je vois, des pommes de terre anthropophages, par exemple, ou des pissenlits qui crachent de l'acide !

—Black…

—Et voilà l'endroit où j'ai trouvé « mes » fleurs, Dit Hal en désignant un petit massif très coloré, D'ailleurs, je vais remettre celles que j'ai cueillies ce matin, allez, mes petites, sortez !

Rien ne se passa. Il les sortit de sa poche.

—Elles sont fanées, Dit Sirius, Elles n'ont plus de vie, ça doit être ça.

Hal s'approcha du massif et caressa une fleur avec son index. Celle-ci frémit et enroula sa feuille affectueusement autour de sa main.

—Gouzi gouzi…

Cius s'approcha et voulut l'imiter, mais les plantes l'attaquèrent et Hal dut les gronder pour qu'elles arrêtent.

—Méchantes ! Laissez-le tranquille !

—Aïe ! Mais pourquoi ça ne marche qu'avec toi ?

—Mystère! Mais qu'est-ce que je fais de celles qui sont fanées ?

—Jette-les dans la terre, ça fera de l'humus.

Plus loin, Severus inspectait chaque spécimen, marmonnant les noms inscrits en latin sur les étiquettes.

—Les fleurs que le petit Machaca peut contrôler s'intitulent ros innodians.

—Au secours, du latin !

—Cela signifie « la rosée ennuyante »…

—Merci, Sev', ça nous avance !

—Tiens, il y a aussi une pièce d'eau avec des plantes aquatiques…

—Et mais…une minute, c'est pas les algues qui bouchaient la salle de bain de Mrs Malfoy ?

—Tiens oui, mais…

—Non, ce sont celles-là plus tôt…

Cius sortit une enveloppe de sa poche, de laquelle il retira quelques feuilles d'algues séchées qu'il avait récoltée dans les canalisations du Manoir. Il regarda les deux sortes d'algues, séparées par une vitre.

—C'est la même espèce, c'est juste que celle-ci a été modifiée pour avoir des taches blanches, comme celle qu'il y avait chez les Malfoy.

—Ça ressemble à une maladie, Dit Severus en regardant de plus près.

—C'est aussi ce que je pense…alors, ils auraient injecté volontairement un virus dans cette algue-là, en prenant l'autre plant comme témoin ?

—Sans doute, mais…à quoi ça leur sert ?

—Et regardez ! Dit Sirius, Là, il y a des plantes carnivores super-méchantes !

Ils s'en approchèrent et Cius pâlit en une demi-seconde.

—Mais, Dit-il, Ce sont les mêmes que celles que Sacha Vilen avait envoyées à Emy !

oOoOOOoOo

Ayant constaté que les autres se dirigeaient tous vers le haut de l'immeuble, Blaise suggéra que son équipe à lui descende plutôt dans les entrailles du bâtiment. Les sous-sols d'un lieu douteux étaient généralement, au choix, la partie la plus inintéressante avec en prime des interrupteurs qui s'éteignaient tous seuls au bout de deux minutes; ou alors, il s'agissait de l'endroit où le propriétaire des lieux planquait des choses bizarres.

L'hôtel Taitô appartenait à la seconde catégorie, beaucoup plus rare, sans doute Marisu pensait-elle que ses invités n'auraient jamais l'idée d'aller y jeter un œil, se disant qu'ils jugeraient inutile d'aller vérifier des chaudières, de la plomberie ou des installations électriques (en particulier pour ces dernières qui ne servent à rien dans une bâtiment sorcier, les interrupteurs actionnent des bougies magiques placées un peu partout dans la pièce!), et surtout parce qu'aucun plan ne mentionnait qu'il y avait quoi que ce soit en bas de l'escalier que Blaise, Théodore et Luna descendirent.

Une fois en bas, la discrétion s'imposa. Blaise regarda ses deux compagnons en posant un doigt sur sa bouche et leur fit signe de le suivre. En silence, ils parcoururent un couloir noir et froid dont les murs semblaient en béton nu et humide. L'obscurité s'intensifia, Blaise laissa sa main tâter le mur jusqu'à trouver un interrupteur.

La lumière se fit, et un grand panneau indicateur leur faisait face.

—Un plan ! Chuchota Théo.

En effet, la signalétique qui manquait dans la partie supérieure de l'immeuble était présente ici :

Niveau -1 Stockage

Niveau -2 Laboratoire de botanique

Niveau -3 Laboratoire de Marketing

Niveau -4 Animalerie

Niveau -5 Laboratoire d'alchimie

—Des laboratoires ? Dit Blaise, Comme les fameux laboratoires Taitô dont nous a parlé le restaurateur de tout à l'heure ?

—Je trouve tout à fait singulier que ce bâtiment soit à la fois un hôtel et un labo, Dit Théo, J'ai comme l'impression qu'effectivement, on nous a menti sur sa véritable fonction.

—Mais pourquoi on a voulu nous attirer ici, hein ? Qu'est-ce qu'elle nous veut, Mari-Chose ?

—Animalerie? Fit Luna.

La jeune-fille n'aimait pas cette idée. Les laboratoires de Marisu fabriquaient des produits de beauté, comme ses fameux rouges à lèvres phosphorescents. Et quand des animaux étaient dans un laboratoire de cosmétique, c'était pour servir de cobayes! Luna frissonna. Oui, rien que l'idée lui donnait la chair de poule.

—Que fait-on ? Demanda-t-elle.

—On visite, Dit Blaise, Mais on fait attention, il y a probablement du personnel, des laborantins en blouse blanche, qui verraient d'un mauvais œil notre présence.

—On va commencer par cet étage, Dit Théo, Les stocks, on a moins de chance d'y croiser quelqu'un…

Ils ouvrirent une pièce au hasard, par chance déserte, et furent assaillis par un mélange de fragrances savonneuses qui leur décapèrent les fosses nasales.

—Merlin! Dit Théo, c'est intenable comme odeur !

—C'est un immense stock de savons et de produits pour le bain, Dit Blaise, Mais ils ne sont pas emballés…

—J'aurais jamais cru dire ça d'un savon, mais ça pue ! Se plaignit Luna, J'ai mal à la tête à chaque fois que je respire !

—En effet, Répondit Théo en se couvrant le nez, Même les bonnes odeurs sont insupportables quand il y en a trop !

Blaise saisit un pain de savon au hasard, d'une intense couleur vert impérial.

—He ! Regardez-ça, ma peau devient verte quand je le touche !

—« Live on Mars », Lut Théo sur l'écriteau du bac, C'est un savon qui transforme en Martien !

—Mais à quoi ça peut bien servir ?

—A la même chose que du rouge à lèvre fluo : à rien, sinon à être amusant pendant environ cinq minutes…Mais que veux-tu, ça va parfaitement avec notre société de consommation qui a besoin de sans arrêt se renouveler pour nous divertir, oubliant le bonheur des choses simples…

—Théo, tu commences à parler comme Cius !

—Et ben, il a raison, Dit Luna, Cet endroit est malsain. Et maintenant, si on sortait ? Je vais m'évanouir !

Ils évacuèrent sans attendre la pièce et visitèrent les autres stocks, découvrant nombre de produits tous aussi originaux qu'inutiles, dont des huiles essentielles qui donnaient aux cheveux la consistance molle des spaghettis, ce qui allait de paire avec l'après-shampooing à la tomate et au basilic, de la crème antirides qui lissait tellement bien le visage que le nez disparaissait, ou encore, du déodorant pour nombril.

—Hum, Fit Luna, Je crois que j'ai trouvé les fameux rouges à lèvres fantaisies…

—Il y a un sacré choix, Reconnut Blaise, Regardez un peu les intitulés de ces produits : «Rouge à lèvres miroitant», «Phosphorescence», «Pétale de rose à lèvres», «Horloge parlante à lèvres», «Baiser du dragon», «Baiser du lama»,…

—Le dragon à lèvres fait cracher du feu, et le lama fait cracher de l'eau, c'est ça ?

—«Fumigène multicolore», «Mutisme», «Syndrome de Tourette»…

—Euh…

—«Lèvres aquarium» ,…

—Hein ?

—«Jessica Rabbit»,…

—Mais c'est quoi ça?

—Et ceux-là, ce sont des «Rouges Linguistiques».

—Ceux-là, avec des drapeaux dessus ? Ils font quoi, parler dans des langues étrangères ?

—Je sais pas, j'essaie celui-ci…

—Non Théo, attends…

Mais c'était trop tard, le jeune-homme était déjà en train de se beurrer la bouche avec un bâton bleu-blanc-rouge…

—Alors, ça marche ? Demanda Blaise, Tu parles français?

—Attends, j'essaie…Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?

—T'étais vraiment obligé de dire cette phrase-là ?

—Ouais, mais t'as entendu mon magnifique accent frenchy ? Je prononce les « r » en faisant vibrer ma glotte ! Rrrrrrrr !

—On devrait peut-être en prendre un qui fait parler japonais, Dit Luna.

—Ouais, ça pourrait être utile. Et maintenant, je suggère qu'on passe à un autre étage…

Ouh la la !

—Si tu te mets aux expressions francophones, maintenant (2)

—Non, mais, maintenant que je parle français, je comprends le jeu de mot de Aubin & Marie…au bain-Marie !

—Oui, mais pourquoi tu nous parles de ça maintenant ?

—Et bien, parce que je viens de le lire sur ce sachet là-bas…Ou la la !

oOoOOOoOo

Après que leurs quatre comparses masculins aient pris l'escalier en direction du toit, Ginny et Emy entreprirent de joindre leur suite avec Alita. Celle-ci comprit à retardement que telle était leur destination.

—Mais pourquoi on rentre? On va pas traquer le mystère?

—C'est un peu trop dangereux pour toi, Dit la rouquine, Tu es trop peti...

—Nan!

—Remarque, Dit Emy, Cet appartement appartient à l'ennemi, il n'est donc pas sûr qu'on n'y court aucun danger.

—C'est pour ça que nous resterons avec la petite pour la surveiller.

—Ze suis pas petite! Ze veux aller à l'aventure et combattre la vilaine madame!

—N'empêche, Dit Ginny, Cette Marisu m'énerve! Je ne sais pas pourquoi, mais dès son apparition, j'ai ressenti l'envie de la détester! Elle est d'une perfection écœurante!

—Elle ne semble pas être si parfaite que ça, je dirais plutôt qu'elle cherche à l'être parce qu'elle a une énorme envie d'être vénérée ou quelque chose comme ça.

—C'est dingue! Ce matin, on ne la connaissait pas, et elle est arrivée comme ça dans l'affaire et maintenant, c'est elle le centre de l'histoire! Enfin, c'est mon sentiment. On dirait qu'on essaie de l'incruster de force dans nos vies! Avec ses ancêtres Vélanes, son maquillage de la mort qui tue et son passé mystérieux!

—Ses yeux violets sont aussi fort étranges...

—Et complètement narcissique, je te jure, elle me courait sur le haricot tout à l'heure, quand elle parlait de sa vie avec son attitude de prima donna!

—Oui, mais, on a un autre problème là...

—Lequel?

—Alita s'est barrée pendant qu'on discutait.

—...

Le temps que Ginny trouve les moyens de réagir, Alita était déjà au bout du couloir et tournait l'angle. La rouquine se lança à sa poursuite, Emy lui emboitant le pas d'un air nonchalant. Alita aimait bien Tata Dzinny et Miss Emy, mais elle n'avait aucune envie de retourner poireauter dans sa chambre. C'est vrai, quoi, les autres y pouvaient alors pourquoi pas elle, hein?

Entendant les bruits de pas de sa tante qui se rapprochaient, elle avisa la présence d'un vide-linge (ou du moins, ça y ressemblait) sur sa gauche, dans la pénombre d'un petit couloir perpendiculaire. Alita aimait bien les vide-linge, car elle avait vu dans des films moldus qu'on pouvait se glisser dedans et faire du toboggan pour échapper aux poursuivants, surtout si on était un enfant. Voilà, c'était l'idée. Elle ouvrit la portière, et Ginny eut juste le temps de voir horrifiée sa nièce entrer dans le carré découpé dans le mur, qu'Alita était déjà de l'autre côté. Mais hélas, elle se rendit compte qu'elle avait un peu agi trop vite: en regardant vers le bas, elle aperçut une très faible lumière qui lui indiquait qu'il n'y avait aucun tas de vêtements pour la réceptionner en douceur, juste une plaque de métal froid contre laquelle elle allait probablement se casser une patte. Mais c'était trop tard, son élan l'emportait déjà vers une chute vertigineuse...

Ginny arriva in extrémis, passa la tête, les épaules et le torse dans l'ouverture du vide-linge, et attrapa la petite main d'Alita avant qu'elle ne tombe. Bien que la fillette ne fut pas lourde, Ginny avait du passer ses hanches dans le trou, elle basculait à son tour. Emy tenta sur la rousse la même opération que celle-ci avait tentée sur Alita, en lui saisissant les chevilles cette fois, et toutes trois entamèrent un voyage digne de celui d'Alice dans le terrier du Lapin Blanc, mais encore une fois, on était loin de l'univers merveilleux de Carroll...

Elles se retinrent toutes trois de crier, et Ginny eut le bon réflex de saisir sa baguette pour jeter un sort à la plaque de métal pour lui donner une consistance douce et élastique sur laquelle elles rebondirent. Bien que cela restait extrêmement inconfortable, de rebondir dans un conduit aussi étroit, qui ne laissait pas beaucoup place pour bouger. Elles attendirent le dernier rebond.

Lumos! Proférèrent les deux jeunes femmes.

Seule la baguette d'Emy s'alluma.

—Nom d'une licorne en guimauve! Hurla Ginny.

—Tu l'as dit, ton pantalon a glissé et ta culotte s'est retroussée entre tes fesses! Dit Emy qui avait une vue splendide sur le postérieur de sa camarade.

—Non, ma baguette est cassée! Gémit celle-ci, Il m'est arrivé la même couille qu'à Ron en deuxième! Oh, fichtre de fichtre!

—Tata Dzinny, où c'est qu'on est?

Alita était partagée entre l'angoisse de la situation, et la jubilation d'avoir réussi son coup.

—Essayez de vous écarter, Dit Emy.

Elle se releva et parvint à marteler le sol avec son pied. Dong dong.

—Ça m'a l'air creux, c'est une couche de métal peu épaisse, je pense que je peux la faire fondre, mais faites gaffe à vos yeux.

Ginny et Alita reculèrent dans un coin (autant que cela était possible!) et la baguette d'Emy illumina la pénombre d'une lueur rouge infernale qui n'était pas son rappeler le couteau enchanté de Manu. La romancière entreprit de découper le métal avec son arme, la main tremblante, elle se brûla à plusieurs reprises avant d'en terminer, faisant tomber le carré découpé d'un coup de pied. Toutes trois sautèrent dans le compartiment du dessous.

—Mais...c'est une cabine d'ascenseur!

—C'est vrai, et regardez, il est indiqué qu'il y a des sous-sols dans cet immeuble...

—Encore un truc louche...

—On descend, on descend, on descend! Pépia Alita dont l'épreuve n'avait pas terni l'enthousiasme.

—Bon, d'accord, à quel étage?

—Le dernier, le dernier, le dernier!

—T'es la reine...

Aussitôt dit aussitôt fait. Ginny enfonça le bouton qui portait la mention "Laboratoire d'alchimie" et l'appareil chemina vers le bas. Emy jeta un regard au trou qu'elle avait découpé et qui permettait de voir la cage d'ascenseur à l'extérieur.

La porte s'ouvrit. Elles sortirent et ouvrirent grand les yeux.

—Ça, c'est un labo d'alchimie?

—On y fait autre chose que des recherches sur la pierre philosophale, en tous cas...

oOoOOOoOo

Honnêtement, Remus ignorait ce que son épouse avait en tête. Suivre Neis? Pourquoi? Mais Tonks avait coloré ses cheveux en noir et elle fronçait les sourcils, ce qui signifiait "Je rigole pas!". Ils sortirent de l'immeuble trente secondes après la jeune-fille, mais déjà elle n'était plus dans la foule moldue qui se pressait au-dehors. Tonks ne sembla pas s'en troubler et fit naturellement demi-tour, scrutant les côtés de l'édifice comme si elle cherchait une autre entrée.

Le chevelure châtain de Neis venait bel et bien de disparaître en ondulant au coin droit de l'immeuble.

Remus soupira et leva les yeux vers l'enseigne "Hôtel de luxe Taitô". Le bâtiment était imperceptible pour les Moldus, bien entendu, et Remus éprouvait toujours une certaine fascination envers ce phénomène, celui de se dire qu'il y a là un truc immense mais que personne ne le voyait.

Pendant une fraction de seconde, il crut que l'enseigne avait changé: dans une sorte de clignotement de néon mal alimenté, il eut l'impression que les mots "Laboratoire Taitô" avaient remplacé la mention précédente. Il déduisit que ce n'était que son imagination, qu'il avait cette idée en tête depuis que le restaurateur Yoshito en avait parlé. Et puis, la lune était gibbeuse et croissante, c'était donc normal d'être un peu nerveux.

Cependant, Tonks disparaissait à son tour à l'angle, Remus la suivit. Elle avançait discrètement. Elle fit un signe de la tête à son mari pour lui désigner une petite porte que Neis devait avoir passée. Ils entrèrent, en redoublant de précaution, leurs pas devenant plus bruyants à l'intérieur. Les pas de Neis, eux, se répercutaient un étage plus haut. Ils montèrent l'escalier le plus discrètement possible.

Le premier étage était organisé différemment des autres, et il apparut bien vite qu'il n'y avait qu'un seul appartement, plus grand que leur suite à eux, et un petit local dont la porte venait de se refermer.

—Dora, qu'est-ce...

—Chut!

—Mais comment as-tu su qu'elle allait revenir ici? Et depuis quand cette Nao habite chez son ancienne patronne?

—Une métamorphmage sait en reconnaître une autre...tiens, on dirait que cet appartement appartient à Madame Taitô!

—Bien sûr, son nom est marqué dessus, avec un panneau "Entrée interdite"...tu viens de dire quoi là, sur les métamorphmages?

—Le physique de Madame Taitô est trop étrange...

—Et tu penses que...mais enfin, elle est déjà en partie Vélane et Elfe, tu ne crois quand même pas que par-dessus le marché elle aurait le même pouvoir que toi?

—Pourquoi pas? C'est improbable mais pas impossible! Et pour en revenir à Neis, je pense qu'elle...

La lumière se mit à clignoter dans tout l'étage. Tonks se rendit compte que sa maladresse légendaire avait encore frappé: elle s'était appuyée sur le mur juste là où il y avait un interrupteur. La porte du petit local s'ouvrit sur Marisu furieuse. Avant de se faire engueuler, Remus put voir l'intérieur de la pièce: plusieurs écrans étaient alignés, comme dans les locaux de surveillances des magasins.

Sur l'un d'eux, l'image d'Hermione était en train de frotter une tache apparemment tenace, une tache que aurait été située sur l'objectif de la caméra, pour continuer la comparaison avec la technologie moldue.


(1) « sorcière » en wallon

(2) Et oui, « Ouh la la », c'est typiquement francophone, et les étrangers l'utilisent souvent pour nous caricaturer. C'est un peu comme quand nous imitons un Italien en lui faisant dire « Mamma mia! » à tout bout de champs, un Allemand qui lâcherait des « Ach! » en guise de ponctuation, ou un Espagnol qui abuserait des «¡Caramba! », etc.


A plus, mes très chers!

Mid-, pas convaincue par ce chapitre...