Hello, pour mieux s'y retrouver, si ça peut aider, j'ai fait un petit plan de l'immeuble de Marisu, avec la localisation des différents personnages à la fin du chapitre précédent (retirez les espaces):

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Chapitre trente-deux : Le tableau du maître flamand

Aubin & Marie. Une chaîne de cosmétiques et de produits d'hygiène avec un nom français. Qu'est-ce que cela pouvait bien ficher ici ? Luna se rappela que le pharmacien du Chemin de Traverse, celui qu'Hermione avait démasqué comme employant des Elfes de Maisons non-payés, s'appelait Mr Aubin, et que sa pharmacie était secrètement reliée avec la boutique tenue par des Vélanes.

Le « Marie » pouvait-il provenir de Marisu ? Et les deux noms associés avaient donné naissance à un jeu de mot français ?

—C'est elle qui les crée ? Demanda Blaise.

—Peut-être…ils sont sans doute associés, Murmura Théo, Ce qui me chiffonne un peu, c'est que Madame Taitô semble être une grande pointure…et elle a un labo ! Alors que le petit pharmacien de Londres, il a sa petite boutique et il…enfin, je veux dire, il n'est pas grand-chose par rapport à elle !

—C'est étonnant, c'est vrai…

—Si vous voulez, nous écrirons une lettre chez nos parents en Angleterre pour qu'ils aillent l'interroger, Dit une voix derrière eux.

—Ron ? Qu'est-ce que tu fais là ? Dit Luna en se retournant.

—Je suis venu vous chercher, parce qu'on doit revoir notre stratégie…

—Mais par où t'es arrivé, on ne t'a pas vu venir ?

—Par le miroir derrière vous…

—Hein ? Fit Luna en se retournant, Comprends pas…

—Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Théo.

Le rouquin soupira.

—Vous voulez la version courte ou la versions longue ?

—La courte, Dit Blaise, qui voulait visiter les autres labos.

—Marisu a kidnappé Neis, elle s'est volatilisée, elle possède un local de surveillance où elle nous espionnait tous, Alita, Ginny et Emy ont disparu…

—C'est bon, donne-nous la version longue.

Ron fixa le miroir situé derrière ses trois amis. Il fit un grand geste de la main et sourit à son reflet.

—Euh…Ron, ça va, tu sais, le type dans le miroir…c'est toi !

—C'est un miroir de surveillance…je n'ai pas bien compris comment fonctionnait cette technologie magique, mais en gros, ça enregistre ce qui se passe ici et ça le projette sur un écran dans le local de surveillance…Marisu a mis des miroirs comme ça un peu partout, ça passait inaperçu dans les appartements, parce qu'ils sont à des endroits où personne ne s'étonne de les voir, comme la salle de bain, mais elle nous observe vraiment grâce à ça…

—Euh…et là, elle nous regarde ?

—Non, elle n'est pas dans le local de surveillance…Un autre truc, c'est qu'on peut passer au travers de ce miroir et se retrouver directement dans le local…c'est une espèce de passage secret instantané…

—Comment tu sais ça ?

—J'ai essayé de nettoyer une tache dessus et je me suis retrouvé aux pieds de Marisu, Draco, Hermione et Harry qui étaient avec moi m'ont suivi…et Tonks et Remus étaient là aussi, et Tonks accusait Marisu d'être métamorphmage et d'avoir pris l'apparence de Neis…

Les trois autres le regardèrent médusés.

—C'est une blague ?

—Dis-moi, elle a combien de pouvoirs, cette femme ? Elle n'est pas animagus renard argenté tant qu'on y est ?

—Tonks a expliqué que depuis le restaurant, depuis que Neis était revenue seule après avoir été discuter dehors avec Marisu, elle n'était plus la même…

—Je n'ai rien remarqué.

—Moi non plus…enfin, maintenant que Tonks me l'a dit, c'est vrai que j'aurais pu. Par exemple, quand Neis a commandé un hamburger au restau…

Le regard de Luna s'éclaira :

—Neis est devenue végétarienne, pour plaire à Cius, et de manière générale, elle n'est pas trop du genre à aimer la malbouffe…c'est vrai que changer d'avis de manière si abrupte est un peu étrange…

—Et Neis prétend aussi être bisexuelle et avoir un faible pour Tonks…

—Enfin, ça, c'est elle qui le dit, Fit Blaise d'un air méprisant, Moi, je crois plutôt qu'elle essaie de faire semblant parce qu'elle pense que ça lui donne un air « cool et rebelle », sans vouloir te vexer, Ron, il y a des gens qui utilisent l'homosexualité comme un moyen de…

—Oui, oui, je sais, mais quoi qu'il en soit, quand Tonks a proposé à Neis de l'accompagner, elle a refusé sans la moindre émotion…la vraie Neis aurait sauté de joie, que ça soit authentique ou pas. Bref, et Tonks dit qu'elle a repéré plusieurs petites choses comme ça, typique d'un comédien qui ne connaît pas encore bien son rôle, d'un métamorphmage qui n'en sait pas encore assez sur la personne dont il est l'imposture…

—Et donc, la théorie de Tonks, c'est que Taitô est une métamorphmage, qu'elle a fait kidnapper Neis hors du restaurant par des complices, et qu'elle a pris sa place ?

—Oui, dans ce genre là. Quand je suis passé de l'autre côté du miroir, j'ai vu les vêtements de Neis sur une chaise, Marisu venait des les retirer pour remettre les siens. Une fois que Tonks l'eut démasquée, elle s'est enfuie jusqu'à son appartement personnel, qui est au même étage (le premier). On la suivie, la porte était sacrément verrouillée, mais Hermione en est venue à bout à coup de sorts. On est entrés, mais c'était impossible de la trouver…

—Je me demande à quoi ressemble son appartement.

—Oh, il est immense, un vrai château de princesse…elle a même une espèce de source thermale personnelle aménagée par magie.

—Un onsen, Dit Luna.

—Mais on ne l'a pas trouvée. On est revenus dans le local de surveillance, et on a regardé les autres écrans que celui par où on est venus. On vous a vus, tous les trois, on a vu les quatre qui sont partis dans la serre…apparemment, ils ont ramassé toutes sortes de plantes bizarres trouvées là-bas…on a vu le rez-de-chaussée, et on a vu les autres appartements…

—Elle espionne ses clients ?

—Je ne sais pas. Il y avait des gens là où est entrés par hasard, mais on ne sait pas trop qui ils sont, complices ou victimes comme nous. Par contre, et là, ça m'inquiète, aucun écran ne montrait Alita, Ginny et Emy.

—Comment ça ?

—On n'en sait rien.

—Peut-être sont-elles dans une pièce non-surveillée.

—Elles étaient sensées retourner dans notre appartement, or, les écrans de celui-ci ne les montraient pas…

—Et la vraie Neis ?

—Aucune trace d'elle non plus. Draco est monté chercher les quatre dans la serre, et moi je suis venu vous chercher vous. Les autres inspectent les quartiers de l'autre mégère plus en profondeur…Au fait, c'est où ici, je n'ai pas bien compris ?

—Ce sont des laboratoires secrets, Expliqua Théo, Il y a cinq sous-sols, chacun spécialisé dans un domaine, ici, on stocke ce qu'on fabrique en bas.

Luna avança vers la cage d'escaliers et se pencha par-dessus la balustrade pour observer la spirale de marches qui formaient des cercles d'escaliers de plus en plus petits. Ses sourcils se froncèrent.

—Il n'y a pas d'ascenseur ici, Dit Blaise, Et on a découvert que ces labos produisaient Aubin & Marie

—C'est de plus en plus curieux…J'ai vu Cius, sur l'écran, ramener la même algue que celle qui avait attaqué la mère de Draco…

—Il y a un problème, Dit soudainement Luna, Toujours penchée vers les escaliers.

—Hein ?

—Enfin, c'est peut-être moi qui suis nulle en arithmétique, mais il manque un tour d'escaliers…Un, Laboratoire de botanique, deux, Laboratoire de Marketing, trois, Animalerie…et c'est tout !

—Et alors ?

—Attendez-moi là, je vais descendre pour vérifier !

—Luna, il faut qu'on remonte rejoindre les autres ! Dit Ron.

—Et en plus, tu pourrais croiser des laborantins ! S'inquiéta Théo.

Luna ne les écouta pas et sauta au milieu de la spirale d'escalier, utilisant le Charme du Parachutiste pour atterrir en douceur. Théodore courut jusqu'à la cage d'escalier s'assurer qu'elle allait bien. Il la vit, de la taille d'une poupée miniature, regarder autour d'elle d'un air mécontent. Elle releva la tête vers le haut et dirigea sa baguette vers sa propre tête.

Wingardium leviosa !

Aussitôt, elle remonta dans les airs et vint se poser près de son petit ami.

—Je ne m'étais pas trompée, il n'y a aucun accès au Laboratoire d'alchimie indiqué sur le panneau !

—Un labo d'alchimie ? Dit Ron, Cette bonne-femme est-elle au courant que la pierre philosophale créée par Flamel n'existe plus ? D'ailleurs, j'ai contribué à la manœuvre, hé hé…

—P'têt' qu'elle essaie d'en faire une autre ?

—Bon, là, les autres doivent nous attendre, S'impatienta le rouquin, Venez, on retraverse le miroir !

oOoOOOoOo

Ginny regarda sa baguette cassée avec dépit et la fourra dans sa poche.

—Cet endroit ne ressemble pas du tout à un laboratoire d'alchimie ! Dit-elle d'un air furieux, lançant des œillades mécontentes autour d'elle.

—Et à quoi est supposé ressembler un laboratoire d'alchimie ? Dit simplement Emy.

—Je…je ne le sais pas ! Admit la rousse, Mais pas à ça en tous cas !

—C'est quoi ici ? Demanda Alita.

—Aucune idée, Soupira Emy, Je n'arrive pas à en donner une description…

—Pourtant, c'est toi, l'écrivaine ! Dit Ginny.

—Je vais essayer… « L'ascenseur secret du vide-linge nous avaient menées dans un lieu étrange à la décoration incohérente. La taille immense de la pièce nous indiquait qu'elle devait s'étaler sur toute la surface de l'étage -5, celui du soi-disant laboratoire d'alchimie. Alchimie ? Dans ce contexte, le terme devait prendre le sens d'un mélange improbable d'ingrédients qui parvenaient à coexister en dépit du bon sens. Cocktail délirant regroupant bibliothèque, laboratoire de savant fou, carnet de croquis d'un mauvais styliste, chambre d'adolescente rêvant au prince charmant, musée de peinture et dressing de starlette hollywoodienne, ce temple saugrenu semblait constituer la représentation physique du fouillis mental qui peuple les tiroirs obscurs du cerveau humain, en particulier quand le ciboulot en question appartient à une Nippone égocentrique et vaguement mégalomane, et qui possède de l'argent à jeter par les fenêtres… »

Emy soupira encore.

—Bravo, tu as fait du bon boulot, petite scribouillarde ! Applaudit Ginny.

—Moi, je trouve ça mauvais…

—Mais à quoi ça sert ici ? Répliqua Alita.

—Ça, c'est la question à un million de Galions, Dit Ginny, Je ne sais que regarder en premier…

—Moi, je commencerais par ces tableaux au mur, d'ici, on dirait des copies de peintres célèbres…

—Ils sont immobiles, pas comme c'est d'habitude le cas chez les sorciers…Dommage, j'aurais bien tapé la causette avec Mona Lisa !

—Sauf que c'est plutôt Mona Su, regarde :

En effet, la toile représentait Marisu posant à la place de la Joconde, dans un style imitant parfaitement celui de De Vinci.

—Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

—Que tu es la descendante de Jésus Christ.

—Hein ?

—Non, laisse tomber. Et regarde là, elle a aussi massacré Picasso en se figurant au milieu de Guernica.

—Et là, elle pose à poil, dans Le déjeuner sur l'herbe, de Manet.

—Et là, La goulue, de Toulouse-Lautrec.

—Il y a des tableaux comme ça sur tout le pourtour de la salle…pourquoi ?

—Soit elle les a peints elle-même et elle est extrêmement douée, soit elle a payé des gens pour le faire, soit elle connaît un sort qui permet de modifier un personnage peint pour lui appliquer ses traits…

—Dans tous les cas, c'est quand même bien narcissique…

—Là, Le cri, de Munch…

—Et ici, elle est même parvenue à se représenter de manière abstraite, dans un Kandinsky…

—Et là…ah, celui-là, je m'y attendais : Marisu nue dans une huitre géante, se prenant pour la Vénus de Botticelli !

—Et là, elle a une pomme devant la tronche…Merci Magritte !

—Et là…euh…

—Deux personnages…

Les époux Arnolfini, de Van Eyck, un primitif flamand.

—Pourquoi le visage de l'homme est-il arraché ?

—Je n'en sais rien…

Alita s'était vite désintéressée de cette accumulation d'art déformé et s'était éloignée des deux jeunes-femmes. Son attention se concentrait sur un fauteuil plat sans dossier.

—Eh, c'est comme quand on va chez le Médicomage !

Ginny et Emy tournèrent la tête.

—C'est vrai…qu'est-ce qu'elle fait avec ça ?

—Elle ausculte des patients ?

—Elle torture des patients ?

Ginny s'approcha du meuble.

—Il y a des poils dessus…des poils de chien, je dirais…

—Elle torture des animaux, elle fait des expériences dessus !

—Tata Dzinny, ze veux pas que la vilaine madame fasse des spériences sur Tonton Patmol !

—Mais non…je l'en empêcherai, promis !

—Moi, j'ai trouvé, autre chose, Dit triomphalement Emy.

—Qu'est-ce que c'est ?

—Toute la correspondance de Marisu depuis sa plus tendre enfance à de nos jours, le tout classé par date ! Tiens, on dirait que quelqu'un a récemment ouvert le classeur de 1970…

—Pourquoi garde-t-elle ça ici ?

—Pourquoi mettez-vous votre sale nez européen dans mes affaires ?

Ginny adressa son meilleur sourire crispé à Marisu Taitô. Pour échapper à ses assaillants, celle-ci avait sauté dans son ascenseur personnel, dissimulé à cet étage dans la penderie de son appartement, qui comprenait un compartiment toujours verrouillé à clef. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que le toit de la cabine d'ascenseur avait été découpé par Emy, et de découvrir les trois intruses dans son repère, le laboratoire d'alchimie, dont elle seule avait l'accès, pour y cacher ce qu'elle faisait.

—Vous n'avez aucun droit d'être ici ! Je vous poursuivrai en justice pour cette effraction ! Et puis comment avez-vous trouvé l'entrée secrète de mon second appartement, vous êtes trop bêtes pour ça !

—Si on est bêtes, c'est qu'on ne l'a pas fait exprès, donc, vous ne pouvez pas nous accuser d'avoir sciemment forcé votre…

—Taisez-vous !

—Second appartement ? S'étonna Emy.

—Oui, le premier n'est qu'un leurre, mes affaires importantes sont toutes ici, je fais croire à mes employés que c'est un laboratoire d'alchimie et que moi seule suis assez intelligente pour avoir le droit d'y accéder. Ils n'ont pas le droit d'entrer, et même s'ils désobéissaient (ce qu'ils ne feront jamais car les Japonais sont disciplinés !) encore faudrait-il qu'ils trouvent les entrées secrètes de l'ascenseur, unique voie d'accès, dissimulées à chaque étage !

—Dans le vide-linze ! Dit fièrement Alita.

—Tais-toi, sale petite peste ! Vous allez payer votre intrusion, misérables !

—Elle a bien révisé son rôle de méchante, Railla Ginny.

—Un conseil, rouquemoute, ne te paies pas ma tronche, ça peut te coûter cher !

—Qu'est-ce que vous fabriquez ici, Demanda Emy, A part massacrer des œuvres d'art ?

—C'est le chien de qui que vous avez maltraité sur votre divan, là ? Renchérit Ginny.

—Cela ne vous concerne p…quel chien ? Ah, vous parlez du type qui était attaché là ?

—Quoi, c'était un homme ?

—C'était un de vos imbéciles de compatriotes…Déjà que je hais les Européens, les Anglais sont sans doute les pires…Surtout que celui-là, je le connaissais, c'était un ami de celui qui m'a fait souffrir quand j'étais jeune ! Et en plus, il a eu l'indécence de revenir ici pour fouiller le passé et remuer le couteau dans la plaie ! Alors, je l'ai traité comme le déchet qu'il est et je l'ai jeté à la poubelle ! Non sans lui avoir injecté un petit cadeau de ma création…

—Vous l'avez tartiné de rouge à lèvres clignotant ? Ricana Ginny.

—Quelque chose de plus insidieux, jeune écervelée ! C'est curieux, quand je l'injecte à une plante, ça la rend plus forte et ça lui permet d'agresser les nuisibles…mais sur un être humain, ça le rend tout faible, et ensuite, il se met à délirer, il perd la tête…

—Injection ? C'est quoi, un virus mutant ?

Cette histoire de plante agressive rappelait quelque chose à Emy :

—Vous n'auriez pas dans vos relations un individu au sexe encore à définir et nanti d'un fort accent russe ?

Marisu posa des yeux mauvais sur elle.

—J'ai des clients partout dans le monde, et je reçois des invités très disparates !

—Une autre question, quand vous parlez de « celui qui m'a fait souffrir », de qui s'agit-il ? Encore un Anglais ?

Les sourcils de la Nippone se froncèrent, c'était à l'évidence un sujet qui ne lui plaisait pas du tout, mais elle semblait néanmoins disposée à dévoiler l'information. Ou tout simplement, elle appréciait qu'on fasse attention à elle et qu'on l'écoute. Elle prit une pose mélodramatique calculée.

—Exact, un Anglais. J'étais amoureuse de lui, il m'a brisé le cœur.

Sa voix devenait plus chevrotante, et ses yeux humides.

—Je sais que j'ai disparu durant dix années, mais ce n'est pas de ma faute, c'est de celle de cette sale garce au teint mat ! Mais sa conduite à lui a été la plus impardonnable. Je croyais qu'il m'attendrait, qu'il comprendrait que j'étais coincée…Mais quand je suis revenue chez lui, je suis tombée sur une jeune-femme stupide, enceinte jusqu'aux yeux, qui me demandait ce que je voulais à son mari ! Il m'avait oubliée ! C'était trop injuste !

Elle éclata en sanglot, mais curieusement, aucune de ses trois visiteuses n'éprouvait l'envie de la consoler.

—J'ai bien continué à espérer, pendant toutes ces années, qu'il reviendrait vers moi…

Ginny regarda sa montre, l'air de s'emmerder royalement. Cette scène lui rappelait la fois où elle avait surpris Lavender Brown chouiner dans les bras de Parvati parce que quand elle avait largué Ron-Ron, ce mufle n'avait même pas eu la décence de se jeter en larmes à ses pieds pour implorer sa clémence alors qu'elle était une reine irrésistible et convoitée…

—D'ailleurs, il m'avait écrit dernièrement, et j'avais repris espoir…jusqu'à hier soir, où son ami fouineur est venu ici. Je ne sais pas comment il a trouvé mon second appartement…

—Vide-linze ! Dit Alita, l'air blasé.

—Et m'a avoué que mon ancien soupirant ne se tournait vers moi que parce qu'il était dans le pétrin ! De rage, j'ai voulu détruire toute trace de lui !

—Je vois ça, Dit Emy en regardant le tableau du maître flamand, C'est lui, le Monsieur Arnolfini dont vous avez arraché le visage ? A quoi il ressemblait avant sa chirurgie ?

—Il est divinement beau, pas comme le porte-clefs humain qui te sert de petit ami, espèce de pseudo-Nippone éhontée !

—Bah, au moins, Cius est décoratif, et avec lui, je ne perdrai jamais mes clefs !

—Rit autant que tu veux, mais tu vas vite changer d'humeur…

—Ce sont des menaces ? Fit Ginny.

—On va vous casser la gueule ! S'écria Alita.

—Je ne sais pas trop, Dit Emy, En général, quand le méchant de service se lance dans des explications et se confie à l'ennemi, soit c'est un vrai boulet qui parle trop, soit il sait d'ores et déjà qu'il va gagner au moins cette manche…

—Elle n'est pas si bête que ça, la chapelière toquée, en fin de compte ! Ricana Marisu.

oOoOOOoOo

—Nous voilà! Annonça Ron en rejoignant les autres, Tiens, Hal n'est pas là?

—Il est dehors tout en bas, Dit Sirius avec un sourire gêné.

—Qu'est-ce qu'il fait là?

—Oh, il est pas descendu de son plein gré!

—Ben alors?

—Hem...tu vois, il était dans une position stratégiquement inconfortable, entre Draco et la fenêtre grande ouverte, et il a osé dire que tu lui manquais et qu'il avait hâte de te revoir pour t'embrasser...la réaction de Draco a été sans appel...

—...

Ron se précipita à la fenêtre et regarda vers le sol, Hal était étendu vingt mètres plus bas. Heureusement qu'il y avait un buisson juste là où il était tombé.

—Je comprends qu'il t'énerve...je lui dirai d'arrêter un peu, mais tu ne crois pas que tu exagères un chouïa?

—Hum...Fit Draco, Laisse-moi réfléchir...hum...non!

Il regarda Ron en prenant un air de "Je suis un petit ange innocent avec ma petite auréole et mes petites ailes!". Le rouquin leva les yeux au ciel.

—Je vais descendre pour aider Hal à sortir du buisson, Dit Théo avant de s'exécuter.

—Bien, Dit Harry, Séance de débriefing! Hermione?

—Alors, je résume nos découvertes: Marisu Taitô est un personnage apparemment très mystérieux, et surtout très énervant, qui nous cache des choses, sans qu'on puisse affirmer si elle nous a sciemment choisi comme victimes ou si c'est juste un hasard, parce qu'on passait par là et qu'on est pour elle des "étrangers stupides"...

—Des "baka gaijin", Précisa Cius.

—Quoi qu'il en soit, en dehors de nous, elle mène ici un commerce plus que douteux. Il y a d'abord cet hôtel qui n'en est pas vraiment un, et qui cache une série de laboratoires dans ses sous-sols. Laboratoires où l'on fait probablement des expériences sur des animaux, en plus de modifier génétiquement des plantes qu'elle cultive dans la serre sur le toit. L'équipe "serre", puisqu'on en parle, a récolté quelques échantillons car Rogue désire les analyser dès que possible. Il y a notamment trois plantes agressives envers les humains: la ros innodians, qui étrangement obéit à Hal pour des raisons indéterminées, la carnem edens, que Petrova/Sacha Vilen avait envoyé à Emy, et la carminis aqua, qui est utilisée par la société Aubin & Marie dans ses balistiques, qu'apparemment Marisu produit, peut-être en collaboration avec Mr Aubin. Elle peut également injecter une maladie à cette plante pour la rendre agressive, et si par mégarde l'algue contaminée est utilisée pour la production cosmétique, on obtient des catastrophes comme celle qui est arrivée à Mrs Malfoy. Marisu surveille tout ce qui se passe dans son immeuble grâce à un système de miroirs de surveillance...

—C'est un peu comme ceux que j'avais offerts à Harry pour qu'il puisse communiquer avec moi, Glissa Sirius, Mais en plus élaboré, vu qu'on peut aussi passer au travers et se retrouver dans la même pièce que son interlocuteur...

—Oui. Il y a cependant une pièce qui échappe à cette surveillance et qui semble inaccessible, puisque Luna a pu vérifié qu'il n'y avait ni ascenseur, ni escalier qui y menait. C'est le fameux laboratoire d'alchimie, dont l'activité est encore plus suspecte que le reste, sinon, pourquoi ce secret? Autre problème: qu'est devenue Neis? Et Ginny, Alita et Emy? Pourquoi Marisu a-t-elle enlevé Neis? Est-ce un hasard, avait-elle besoin de n'importe lequel d'entre nous où visait-elle Neis en particulier?

—La seconde solution, Dit Remus sans la moindre hésitation.

—Qu'est-ce qui te fait dire ça?

—Nao.

—La correspondante de Neis?

—Voyons, vous n'avez toujours pas compris? Nao n'existe pas, on ne la trouve nulle part, elle n'est pas inscrite à la seule école de magie que compte ce pays, elle invite Neis au Japon dans un moment stratégique, et c'est Marisu qui comme par hasard nous a sorti l'excuse bancale comme quoi c'était un pseudo et que Nao avait travaillé pour elle...Et juste quand elle emmène Neis pour lui montrer où elle est, celle-ci disparaît...Pour moi, c'est évident: Marisu voulait Neis et a inventé Nao pour l'attirer dans son piège!

—Mais pourquoi?

Draco soupira.

—Je le savais, Dit-il, C'est pour ça que je vous avais questionné, l'autre jour, juste après la pizza: on ne se connaît pas encore assez, et certains d'entre nous cachent des choses aux autres, j'en suis sûr, je ne sais pas quel est le lien entre Neis et Marisu, mais on n'aurait sans doute pu anticiper cet enlèvement si elle nous en avait parlé...

—Que veux-tu, elle est comme elle est, Dit Hermione en haussant les épaules.

—Que fait-on maintenant? Demanda Ron, On se sépare encore pour chercher de nouveaux indices?

—Non, ce n'est pas prudent, Dit Remus, Cette fois, restons ensemble, même si ça va nous prendre plus de temps de tout inspecter.

—Je pense aux autres clients de l'hôtel, Dit Tonks, On devrait les prévenir, car Marisu a sans doute prévu de les pigeonner d'une manière ou d'une autre.

—C'est vrai, commençons par ça!

La petite troupe grimpa une volée d'escalier pour se retrouver au premier étage, où Ron, Draco, Hermione et Harry avaient joué les techniciens de surface un peu plus tôt. Les messieurs japonais en costard parurent encore moins amicaux qu'à leur première visite.

—Vous devez vous méfier d'elle! Supplia Hermione.

—Vous n'avez rien vu de bizarre, par hasard? Questionna Tonks.

—Fichez le camp! Et cessez de salir le nom de Taitô-sama!

—Ils ne nous écoutent pas...

—Ouais, c'est toujours comme ça quand t'essaies de sauver des gens, ils ne te croient pas et après, quand ils sont dans la merde, ils regrettent mais toi tu ne peux plus déjà rien pour eux!

Soudain, une silhouette apparut à la fenêtre. Un homme, tel Batman, traversa la vitre en la faisant voler en éclats, suspendu au bout d'une corde. Il atterrit sur la table avec une grâce féline.

Yé souis dé rétour

Pour vous youer oun mauvais tour...

—Oh, non, Pleurnicha Harry.

—El Tigre! S'exclama Draco.

—Comment ça se fait qu'il est là?

—C'est moi qui l'ai appelé avec mon bracelet magique! Dit Luna avec un sourire de triomphe.

El Tigre fit claquer son Fouet Ardent, histoire d'effrayer un peu les businessmen nippons.

—La señorita Luna m'a demandé de venir vous aider, amigos! Alors, yé m'occupe dé tout!

Harry poussa des soupirs suffisamment bruyants pour qu'Hermione lui tapote le bras pour l'inciter à se calmer. El Tigre saisit une pile de feuilles qui traînaient sur la table.

—Qué cé qué yé vois? Lé nom dé lé Laboratoires Taîto sont sour ces docoumentos...

—Comment ça? Fit Severus, Vous voulez dire...Ces gens travaillent pour Taitô?

—Sí, señor, cé écrit noir sour blanc!

—Mais qu'est-ce qu'il raconte? S'énerva Harry, C'est écrit en japonais!

—Yé sais lire lé yaponais! Et yé lé parle, aussi!

—Et qui te l'a appris, le Capitaine Albator?

—Harry...

—Il dit la vérité, Fit Cius en se penchant vers le document qu'El Tigre examinait, Il a parfaitement traduit...

—Tu vois, Harry, Dit Luna, Maintenant, tu ne peux plus dire que c'est Hal, car lui, il ne comprend pas le japonais!

—C'est Théodore qui lui a glissé un rouge à lèvre linguistique dans la poche!

—Les rouges à lèvres permettent de parler, mais pas de lire une langue étrangère!

—Et depuis quand tu es experte en cosmétiques de Marisu, Luna?

—Et bien...

Un des Japonais, celui qui semblait être le chef, les interrompit pour les engueuler copieusement dans la langue de Mishima. Cius et El Tigre se regardèrent et haussèrent les épaules. El Tigre ligota le type avec son fouet et l'emmena dans une des chambres, Cius les suivit. Les deux garçons firent subir un interrogatoire complet en japonais à leur prisonnier, pendant que tous les témoins restaient au salon, médusés, à attendre que cela finisse. Cius jouait le rôle du "gentil flic" et El Tigre celui du "méchant flic", l'un questionnait de manière calme et rassurante, l'autre de manière plus violente. Au fur et à mesure, le visage des autres japonais se décomposait, indiquant que leur collègue devait se décomposer tout court, et sans doute révéler des choses qu'il n'aurait pas du. Enfin, Cius et El Tigre revinrent:

—Alors?

—Et bien, Dit Cius, Ce ne sont pas des hôtes de Marisu, ce sont ses employés, ils travaillent dans les labos, et ici, c'est pas des appartements, en réalité, ce sont leurs dortoirs. Elle leur offre un toit et un salaire convenable, mais ils ignoraient qu'elle les surveillait...

—Et le nôtre d'appartement?

—Elle en a dégagé quelques uns rien que pour vous accueillir, comme quoi, c'était bien un piège pour nous...Celui qu'on a interrogé est un chef de section, il s'appelle Fujiyoshi. On lui a demandé s'il savait où étaient Neis, Emy, Alita et la sœur de Ron, mais il n'en sait rien...

—Vous l'avez bien interrogé? Demanda Sirius avec un air sadique.

—Sí, Répondit El Tigre sur le même ton en brandissant ses griffes rétractables, Yé l'ai menacé dé l'éventrer!

—Mais il a dit qu'il pouvait le faire tout seul, Précisa Cius, Mais ne vous inquiétez pas, il est attaché, il aura du mal à faire seppuku...On leur a aussi demandé pour le labo d'alchimie, et là encore, il ne sait rien, Marisu leur interdit d'y aller, et d'ailleurs, ils ne savent pas comment s'y rendre, mais on raconte qu'elle y crée monts et merveilles...

—Mouais...c'est ça...quelle femme merveilleuse!

—Yé souyère qué nous allions dans les labos, pour essayer dé trouver célui d'alchimie!

—Je suis d'accord avec Hal!

—Harry, laisse tomber, ils ne t'écoutent pas!

oOoOOOoOo

Une fois aux sous-sols, ils passèrent les stocks, que Luna et les autres avaient déjà inspectés. Ils visitèrent le laboratoire de botanique, où ils contrèrent les laborantins en les attaquant par surprise. El Tigre, en particulier, s'en donnait à cœur joie et alluma un incendie ou deux. Severus et Draco n'approuvaient pas cette méthode de bourrins, cette méthode de "gryffondors", mais n'eurent d'autre choix de suivre les autres. Après avoir fouillé la moindre éprouvette et le moindre microscope, ils descendirent mettre le même boxon au laboratoire de marketing, composé d'une série de bureaux où l'on passait son temps à lire des graphiques chiants. Ne trouvant toujours rien de neuf, ils arrivèrent au dernier sous-sol avant le laboratoire d'alchimie, l'animalerie. Comme ils l'avaient pressenti, des dizaines d'animaux et de créatures magiques, telles des strangulots, y étaient enfermés dans des cages ou des aquariums accompagnés d'écriteaux indiquant quels produits avaient été testés sur eux. Cette cruauté attisa la colère de nos amis qui décidèrent de libérer les pauvres bêtes, ce qui en même temps leur permettait de lancer celles-ci à l'attaque des laborantins, aux cas où certains d'entre eux auraient voulu les suivre.

—Si jamais je trouve des Elfes, je lui fais avaler son rouge à lèvre! Tempêta Hermione.

—Voyons, Marisu emploierait-elle sa propre famille ici? Dit Tonks, rappelant les soi-disant origines elfiques de la maîtresse des lieux.

—Toutes ces pauvres bêtes!

—C'est vraiment monstrueux!

—Hey, mesdemoiselles, le maquillage que vous mettez, il a parfois aussi été testé sur des animaux!

—Sev', tu n'as pas de cœur?

—Non.

—Cette femme est vraiment horrible!

Mais la surprise résida dans les deux dernières cages. Harry s'approcha et lorgna l'animal recroquevillé dans la pénombre, il constata que celui-ci avait de beaux cheveux roux.

—Ginny!

Ron accourut pour voir sa sœur, qui leva péniblement la tête, mais n'avait pas l'air de les reconnaître.

—Emy! S'exclama Cius en trouvant sa dulcinée dans l'autre cage.

—Pourquoi sont-elles là? Dit Blaise avant d'ouvrir les cages avec des alohomora.

—Et où est Alita? Murmura Draco.

Emy et Ginny furent extraites de leurs prisons, mais elles semblaient vidées de toute énergie et muettes, de vrais zombies. Cius tenta quelques sorts de magie japonaise curative, mais cela fut sans effet. Les deux filles avaient l'air complètement sonnées et ne réagissaient à aucun geste, son, ou stimuli quelconque. En fouillant les poches de sa sœur, Ron trouva sa baguette, cassée.

—Et en plus, ça me rappelle un mauvais souvenir, Grommela-t-il.

—Celle d'Emy a été volée...Oh...attendez, dans sa poche à elle, il y a un papier!

—Lis-le!

«Aux idiots qui ne mesurent pas leur bêtise crasse:

Amusez-vous bien à deviner ce que j'ai fait à vos copines. Quoi qu'il en soit, c'est de leur faute. Et ne cherchez pas après la fillette, elle n'est plus ici, je l'ai enfermée au même endroit que l'adolescente, vous ne les retrouverez jamais! Vous n'auriez jamais du vous mesurer à moi, je suis bien trop maligne pour vous! Je vous l'avais pourtant dit: je suis un génie!

Sayonara, baka gaijin!

Taitô Marisu»

—Alita, Dit Ron d'une voix blanche, Mais pourquoi?

—On ne sait déjà pas ce qu'elle veut à Neis, Dit Draco, Mais tu as raison, pourquoi s'en prend-elle à notre petite à nous?

Ron serra les poings. Il avait le cœur doublement serré par la disparition d'Alita et par l'état de Ginny. Il sentait la colère monter en lui.

—Cette fois, elle a franchi le point de non-retour...Si je l'attrape, meuf ou pas, génie ou pas, grande patronne ou pas, je lui ferai tellement mal qu'elle aura la phobie des rouquins jusqu'à la fin de ses jours!

—Ah, tu es bien gentil, toi, Lui dit Draco, Moi, j'avais pas prévu de la laisser vivre après!

—Que va-t-on faire? S'inquiéta Blaise.

—Il commence à faire tard et nous n'avons plus rien à faire ici, Dit Remus, Nous devrions trouver un endroit pour dormir et manger en toute sécurité, et réfléchir à la marche à suivre...

—Si possible avec de quoi analyser mes échantillons, Glissa Severus.

—Il faudra aussi trouver comment guérir Ginny et Emy...

—Je connais quelqu'un qui peut peut-être nous procurer tout ça, Dit Cius.

—Et le laboratoire d'alchimie?

—On ne sait pas où il est...

—Oui, partons d'ici, cela vaut mieux!

—C'est ici qué yé vous quitte, Annonça El Tigre, Mon rôle s'arrêté là.

—Merci, vous nous avez bien aidés, Dit Draco.

—Adios amigos!

Le justicier masqué s'éclipsa en se mouvant de sa démarche de chat.

—Il a vraiment la classe, Dit Draco.

—Tant que ça? Dit Ron avec une pointe de jalousie dans la voix.

Tous remontèrent au rez-de-chaussée, où les attendaient Théo et Hal.

—Ah, vous voilà!

—C'était un buisson avec des épines, Se plaignit Hal, T'es vraiment méchant, blondinet, heureusement que Théo m'a aidé!

—Comme par hasard, ils ont manqué le passage d'El Tigre, Railla Harry.

—On vous cherchait, vous ne nous avez pas dit où vous alliez, Se défendit Théo, Au fait, vous avez fait quoi?

—On va vous expliquer, mais là, il faut partir.

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—Venez, c'est par ici!

Cius guida le reste de la bande à travers les rues de Tokyo. Le ciel s'assombrissait. Il n'était pas question de retourner dans leur fausse suite à l'hôtel, et l'appartement de Cius et Emy était beaucoup trop petit pour les accueillir tous. Le jeune écolo avait apparemment un plan de secours, et ils le suivaient dans l'immense ville, où l'ont voyait à présent traîner des écolières se rendant dans des karaokés affublées en gothic lolitas, en visual, kogaru, ganguro, et autres cosplays.

Ils débouchèrent dans une ruelle mal famée, remplie de poubelles nauséabondes et de graffitis.

Kamehameha! Dit Cius en parlant au mur.

Ils comprirent l'instant d'après qu'il s'agissait d'un mot de passe, car les briques se mirent à bouger à la manière de celles du passage du Chaudron Baveur qui donnait accès au Chemin de Traverse, laissant un étroit tunnel.

Une petite femme apparut sur le seuil, une Japonaise coiffée de rastas.

—Cius-kun!

—Keiko-sempai!

—Je vous présente Keiko, une amie...C'est elle qui a pris soin de moi quand j'étais à la dérive, elle connaît bien la magie curative.

—Bonjoul, les amis de Cius! Dit Keiko avec un accent asiatique assez marqué.

—Nous avons besoin d'un toit...

—Tu as des ennuis?

—Pire que ça!

—Dans ce cas, pas de ploblème! Venez venez!

Ils entrèrent tous dans la demeure de Keiko, à l'architecture et à la composition intéressante.

—Euh...c'est moi où tout est fait en matériaux recyclés? Dit Théo.

—Bah, on est chez une pote à Cius, sans doute que c'est elle aussi une hippie écolo!

—Kuso! S'éxclama Keiko en voyant Emy.

—Oui, on ne sait pas ce qu'elle a.

—Kuso! Répéta-t-elle en apercevant Ginny.

—Tu pourras essayer de les soigner?

—Je plomet d'essayer! En attendant, je vais vous plépaler à manger!

—Mademoiselle, vous auriez de quoi analyser des extraits de plantes? Demanda Severus.

Les yeux de Keiko s'allumèrent comme des lampes clignotantes.

—Poulquoi faile?

—Et bien...

—Ah oui, je dois vous prévenir que Keiko est très curieuse, elle veut toujours tout savoir! Dit Cius.

—Poulquoi faile? Poulquoi faile?

—Installez-vous, Continua Cius, Il y a de place pour tout le monde, mettez Emy et Ginny dans des lits. Je vais aider Keiko à cuisiner, et préparez-vous à devoir tout lui raconter, elle va vouloir tout savoir!

—Bah, on veut bien, elle a l'air sympa, Dit Luna.

—Qu'est-ce que vous mijotez? S'enquit la Nippone, surexcitée.

—On revient des Laboratoires Taitô, tu sais quelque chose à ce propos? Ou sur Aubin & Marie?

Aubin & Malie, je connais, mais poul le leste, je vais devoil consulter mes alchives!

—Vous vous rappelez de Magie Verte?

—Le fanzine des sorciers écologistes, Récita Hermione.

—Et bien, Keiko y participe!

—Ah.

Malgré l'ambiance morose de l'enlèvement de Neis et d'Alita et de l'état zombifié d'Emy et Ginny, la maison secrète de Keiko diffusait une atmosphère de bonheur et de douce chaleur. Et surtout, l'enthousiasme de la fille à écouter leur histoire jusqu'au bout les aida à reprendre un peu espoir et à ne pas se laisser accabler par les derniers évènements. Ils dégustèrent un repas constitué de riz, de divers légumes et de soja (Keiko était végétalienne, ce qui signifiait que contrairement à Cius, elle refusait aussi de manger des œufs, du miel et des produits laitiers), ensuite, ils allèrent dormir dans des lits préparés pour eux. Exception faite de Severus qui passa une bonne partie de la nuit à décortiquer ses échantillons de plantes dans un petit local à potions que Keiko lui céda. Sirius l'assista, sous sa forme canine, pour lui apporter l'encouragement du chien fidèle qui tient compagnie à son maître adolescent qui étudie tard le soir pour un examen. Il finit par s'endormir papattes en rond aux pieds de Severus.

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Alors que nos amis se couchaient au Japon, en France, avec neuf heures de retard sur le fuseau horaire, Narcissa se réveillait, elle.

Elle avait mal dormi. On ne dormait pas très bien sur la banquette arrière d'une voiture qui sentait la frite. Quand Manu lui avait annoncé que leur première halte était Paris, Narcissa avait bondi de joie à l'idée de se promener dans la Cité Lumière. Mais parlant de lumières, les seules qui intéressaient Manu étaient les néons de Pigalle. Narcissa dut faire une croix sur les balades au Louvres ou sur les Champs Elysées, ainsi que sur la saveur de cuisine française, remplacée par celle d'un fast-food, Manu étant un peu fauché.

C'était ça, l'aventure !

Après ce festin de roi d'un raffinement supérieur, il annonça qu'il n'était pas question pour lui de payer une nuit dans un hôtel, excepté si c'était un hôtel de passe, parce que là, on y faisait des choses bien plus intéressantes que dormir. Une certaine Louise, dite Lou, accepta de lui accorder une séance spéciale pour la nuit entière, moyennant un paiement qui aurait permis un séjour pour deux à Euro Disney. Manu passa donc la nuit en compagnie de Lou, et Narcissa eut droit de dormir dans la friterie ambulante.

C'était ça, l'aventure !

Alors qu'elle émergeait du sommeil avec un mal de dos, elle sentit quelqu'un serré contre elle et la mémoire lui revint: Benji !

Après avoir quitté la plage d'Ostende, une petite voix s'était élevée à l'arrière du véhicule. « Papy ? Mamie ? ». Benjamin, dit Benji, âgé de douze ans, était le petit-fils du couple belge propriétaire de la voiture volée. Ses parents l'avaient envoyé en week-end à la plage pour prendre l'air avec ses aïeux, mais lui n'en avait rien à cirer de la mer et avait prévu de passer la journée à jouer à Super Mario 3 sur sa Game Boy dans la voiture. Narcissa et Manu ne l'avaient pas vu en prenant l'automobile d'assaut, et n'avaient pas pu faire autrement que de le garder avec eux.

C'est ainsi que Narcissa se rendit compte que le gamin avait dormi contre elle. Super! Manu avait dormi avec une fille publique frenchie, et elle avec un Belge prépubère !

C'était ça, l'aventure !

Benji se réveilla aussi et lorgna l'horloge lumineuse sur le cadran côté conducteur: déjà 11 heures. Normalement, il aurait du être à l'école, mais là il ratait le cours de néerlandais, hé hé ! Narcissa, quant à elle, se mit à pester, quand elle entendit des éclats de voix en provenance du trottoir. Manu et Lou étaient en train de se gueuler royalement dessus, le tout en français. Benji tenta, dans un anglais pas terrible et avec un accent épouvantable, d'expliquer à Narcissa ce qui se passait:

—Votre ami refuse de payer la…bitch…

Benji ignorait comment on disait «prostituée» en anglais, alors il avait employé le mot le plus proche.

—De l'argent, il n'en a pas, Grinça Narcissa.

Elle imaginait bien qu'il avait prévu depuis le début de profiter de Lou et de partir sans la payer. C'est qu'elle commençait à cerner le personnage!

Son estomac gargouilla.

—Moi aussi j'ai faim, Avoua Benji, Je vais aller acheter à manger, mais d'abord, je dois trouver un bureau pour changer mes francs belges en francs français…

Sans attendre, il sortit de la voiture et s'éloigna. Manu, lui, réintégra le véhicule, et ignora le «Bonjour» glacial que lui adressa sa compagne de voyage, hurlant des insanités à Lou dans la langue de Voltaire. Il s'installa sur le siège du conducteur et tourna la clef.

—Attends, Dit Narcissa, Le petit est parti acheter à manger…

—Le gamin ? On n'a pas le temps de l'attendre, il faut partir maintenant, un long périple nous attend encore!

Lou se jeta sur le capot en criant, elle se colla entièrement au pare-brise, ses deux énormes seins s'écrasant contre la vitre.

—On ne va quand même pas laisser un garçon de douze ans tout seul dans une ville étrangère ?

—Douze ans…c'est marrant, parce que c'est à cet âge-là que j'ai quitté mon village pour devenir un voyageur épris d'aventures ! Et j'ai commencé à fréquenter les putes à quinze ans ! Qui sait, peut-être qu'il va devenir comme moi, ce môme ! Pt'ête que là, je suis en train de lui donner un coup de pouce pour l'amener à devenir aussi libre que je le suis…Ça serait le premier Belge aventurier…ah, non c'est vrai, il y a déjà ce mec avec son chien et sa mèche de cheveux bizarre…enfin, soit !

Il avait trouvé la commande pour laver les vitres. Lou se vit aspergée de jets de savon, puis les essuie-glaces tentèrent de l'évacuer, et sa poitrine opposa une résistance notable. Ses yeux se posèrent sur Narcissa.

—C'est ta bourgeoise ? Vitupéra-t-elle, Elle sait ce que tu fais ? Elle est pas jalouse la pauvre frigide coincée de la chatte?

—Qu'est-ce qu'elle dit ?

—Je ne vais pas traduire…

Manu démarra la voiture et effectua une manœuvre violente. Lou chuta sur l'asphalte.

—Et nous voilà repartis, yahaha ! Dit joyeusement Manu.

—Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais…

—…mais vous allez quand même le faire…

—Mais la France est un beau pays, et vous, tout ce qui vous intéresse, c'est une catin vulgaire!

—Vous êtes jalouse ?

—Hein ? Non, pourquoi ? Répliqua Narcissa en rougissant.

A une centaine de mètres de là, Benji revenait avec des croissants. Pour finir, il les partagea avec Lou.

C'était ça, l'aventure !

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Le soir de cette même journée, après avoir couillonné trois Belges et une Française, Manu décida de couillonné un Suisse ou deux. Il gara la voiture près d'un chalet montagnard, et emmena Narcissa sur le seuil de leur logis provisoire. Vint leur ouvrir une petite vieille prénommée Rosaline, dont la première réaction fut de grimacer devant l'apparence et l'odeur de Manu. Elle se pinça le nez de dégoût et se résolut aussitôt à aider ce « pauvre garçon hirsute ». Renversant le stéréotype selon lequel les Helvètes étaient lents, Rosaline fut d'une rapidité fulgurante pour traîner son invité jusqu'à la salle de bain et pour le déshabiller. Narcissa se marrait déjà.

Manu voulut se débattre, mais Rosaline ayant compris qu'elle avait affaire à des sorciers, elle révéla qu'elle aussi avait des pouvoirs magiques, et, agitant sa baguette, elle donna vie à tous ses accessoires de toilette qui bondirent sur Manu pour le laver, frotter, savonner, rincer, gratter, sécher, essorer, polir, raser, coiffer, parfumer, embaumer, talquer, manucurer, bichonner…L'aventurier hurla pendant tout le processus comme si on l'obligeait à courir pieds nus sur des charbons ardents. Il pleura presque quand il constata que Rosaline lui avait si bien coupé les ongles qu'il ne pourrait plus les ronger.

Narcissa assistait à tout, sourire en coin, osant même avouer que le voir nu ne lui déplaisait pas, car il n'était pas mal foutu. Et surtout, il avait cet adorable grain de beauté sur la hanche…elle avait déjà vu ça quelque part…mais oui: Hal avait le même! D'ailleurs, Manu ressemblait de plus en plus à Hal au fur et à mesure qu'on le décrassait, qu'on lui rasait le menton et les joues…Il y avait juste les yeux qui différaient, ceux de Manu étaient d'un noir intense alors qu'Hal les avait bleus…

Manu parvint à s'échapper, il attrapa d'une main ses vêtements (que Rosaline avait lavés dans un autre coin) et Narcissa de l'autre, et fila dehors en se rhabillant à la va-vite. Il démarra le véhicule, toujours en slip, et la voiture entreprit de redescendre la montagne. Rosaline, furieuse de son ingratitude, leva sa baguette pour les accabler d'une pluie d'horloges à coucou qui les poursuivit pendant deux kilomètres.

Une fois en sécurité, ils résolurent de dîner avec un sachet de spéculoos trouvé dans la boîte à gants, et à dormir l'un contre l'autre sur la banquette arrière. Narcissa ne trouva pas désagréable de se blottir contre un homme qui à présent sentait bon, et ma foi, plutôt musclé.

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Au même moment, le reste de la bande émergeait du sommeil, de l'autre côté du globe. Une bonne odeur de thé et de café imprégnait les murs de la maison de Keiko quand Hermione se leva en quête d'un petit déjeuner. Keiko, armée d'un sourire chaleureux, lui servit des bonbons aux graines de sésame accompagnés d'un verre de lait de soja parfumé à la vanille. Et d'une lettre.

—C'est la petite chouette qui a appolté ça, Précisa la Nippone.

—La petite chouette…Nemo ?

Hermione constata que la lettre avait déjà été ouverte.

—Keiko…

—Je sais, ma culiosité est incolligible…Ça vient d'une celtaine Evelina Clala…Tu la connais ?

—Hein ? Non, mais j'en ai entendu parler…

Hermione s'empressa de lire ce que la psychomage avait bien à dire.

« Chers amis,

Quand j'ai appris que vous étiez ici, je me suis empressée de vous écrire. Il faut que vous me rejoigniez au plus vite, car j'ai des choses très importantes à vous dire et à vous montrer, et je crois que cela va faire avancer l'affaire qui vous préoccupe d'un grand bond en avant. Pas d'inquiétude, vous ne devez pas retourner en Espagne, car je suis à Tokyo. Je vous expliquerai en détails pourquoi je suis là quand on se reverra, car c'est une longue histoire. Je suis à l'hôpital Asakumo, au chevet d'un patient en section psychomagie. Venez vite, c'est important. Mais pas la peine que vous soyez tous là, c'est une chambre d'hôpital et un petit comité suffira.

Dr Evelina Clara »

Hermione fronça les sourcils. Cette affaire était de plus en plus bizarre. On aurait dit que toutes les personnes rencontrées jusqu'ici étaient liées…

—Alols ? Fit Keiko.

—Tu pourras nous indiquer où est l'hôpital Asakumo ?

—Vous voulez y aller ?

—Oui, mais…en « petit comité »…bon, les deux-trois premiers qui se lèvent, je les oblige à me suivre !

Hermione attendit en grignotant ses biscuits au sésame.

—Putain d'Espingouin, où t'as vu que Ron avait besoin d'une couverture humaine ?

—Mais il avait l'air d'avoir froid dans son sommeil, alors, j'ai voulu le réchauffer…

—Les gars, pitié, pas dès le matin, Supplia la voix endormie du rouquin.

—Eh, vous trois ! Les interrompit Hermione, Habillez-vous et dépêchez-vous de manger !

—Pourquoi ?

—Elle nous attend !