Ron s'empressa de déposer leurs valises dans sa chambre d'adolescent. Il n'aimait pas l'idée qu'Hermione soit loin de lui. Même s'il savait que le ministère était l'un des endroits les plus sûrs qui existe, il avait un mauvais pressentiment, qui lui oppressait le cœur à en suffoquer parfois, comme en ce moment même. Il se força à respirer calmement

_RON ! RON ! Vite !

Le jeune homme lâcha brutalement le sac qu'il tenait. Sa mère l'appelait, avec une urgence inhabituelle dans la voix, une angoisse qui lui rappelait de mauvais souvenirs, quelque chose n'allait pas.

Le jeune homme jura, sortit sa baguette et transplana immédiatement pour apparaître dans la cuisine. Molly se tordait les mains d'inquiétude, éclairée par un halo de lumière qui flottait au milieu de la pièce. Elle regarda son fils, lequel écarquilla les yeux. Le halo de lumière se tourna alors vers lui. Un cerf lui faisait face! Plus précisément, le patronus d'Harry. Le sang de Ron se glaça, pour que son ami envoie son patronus en urgence, cela devait être grave.

_Ron, fit la voix de son ami, les deux Aurors chargés de la protection d'Hermione ont trouvé son bureau vide, nous ignorons où elle est, nous savons juste qu'elle s'est rendue au chemin de Traverse, nous nous y rendons, rejoins nous directement là-bas.

Une fois son message délivré, le patronus s'évapora et laissa un terrible silence, un silence assourdissant, où Ron perdit toute couleur, son cœur battait si fort qu'il n'entendait plus rien, la stupeur cédant la place à la peur.

_Ron, mon chéri, vas-y… fit Molly, la voix tremblante.

Il transplana immédiatement.

Le chemin de Traverse n'était pas très fréquenté en ce jour de semaine. Les élèves étaient à Poudlard, les gens travaillaient, les passants étaient peu nombreux, et se pressaient pour échapper à la pluie. Ron repéra immédiatement ses collègues, occupés à interroger les commerçants.

_Ron !

Harry se précipita vers son ami. Blême, le rouquin regardait autour de lui, affolé.

_Ron ! I Aurors qui couvrent ce côté-ci, viens, allons de l'autre côté !

Harry l'entraina à sa suite, du côté des libraires, si Hermione devait être quelque part, ce serait forcément dans un endroit plein de livres.

Les deux amis se précipitèrent dans la rue perpendiculaire, entrant et sortant dans chaque boutique à la recherche de la jeune femme. Personne ne semblait l'avoir vue.

_Hermione Granger, crois-moi tu vas passer un sale quart d'heure, grommela Harry en sortant bredouille d'une énième librairie.

Il jeta un coup d'œil à Ron, qui le suivait dans un silence effrayant. Ses cheveux, trempés par la pluie, avaient pris une teinte plus foncée et lui collaient au front, son visage était tendu, ses yeux agités scrutaient chaque visage, chaque vitrine, Harry pouvait voir ses mains trembler. Ron était un Auror d'un courage rare, d'un sang-froid sans faille, en mission, il était loin d'être le rouquin explosif qu'il était au quotidien. Mais dès qu'il s'agissait de la jeune femme, il n'y avait plus rien d'autre qui comptait, et alors son cœur, ses peurs les plus profondes, tout cela était mis à nu. Harry posa une main sur son épaule.

_On va la trouver, ne t'inquiètes pas, tu la connais, elle a dû vouloir venir acheter un livre et elle s'est retrouvée le nez plongé dedans !

Il essaya d'employer un ton rassurant, mais il n'en menait pas large non plus. L'interrogatoire du deuxième Mangemort avait été plus fructueux, ils avaient appris que les Mangemorts avaient l'ordre de la capturer vivante, pour quelle raison et pour qui, le Mangemort lui-même n'en avait aucune idée. Cela allait au-delà des crimes commis dans un souci d' « épuration », il y avait autre chose. Harry jugea préférable de ne pas parler de ces révélations à son ami, pas tant qu'ils n'auraient pas retrouvé Hermione saine et sauve.

Ron sentait que son ami voulait le rassurer, mais il ne faisait que renforcer son inquiétude. Elle lui avait pourtant promis, enfin pas vraiment, c'était implicite, il avait pourtant été clair. Pourquoi se souciait-elle aussi peu de sa sécurité ? Dans quoi avait-elle encore fourré son nez pour que les Mangemorts la prennent pour cible ?

_Ron ! Regarde !

Son flot de pensées s'interrompit, suivant du regard la direction que lui indiquait Harry. Elle était là, un paquet serré dans ses bras contre elle, le pas empressé. Elle leva le regard et croisa celui de Ron. Surprise, elle s'arrêta, hésita à sourire mais la tête de Ron l'en dissuada. Elle hâta le pas vers ses amis, la moue boudeuse, ses cheveux frisotant dans tous les sens.

Ron fut le premier à le voir. Un homme, seul, le visage dans l'ombre d'une capuche, qui marchait rapidement derrière la jeune femme. Hermione vit le visage de Ron se vider de son sang, elle vit son regard se remplir de terreur, allant d'elle à cet homme, qu'elle n'avait pas remarqué jusque-là. Elle vit l'homme plonger la main dans sa poche et instantanément, elle vit ses amis brandir leurs baguettes. Elle entendit la déflagration avant de la sentir. La chaleur brûlante, étouffante, la douleur qui fusa dans chaque infime partie de son corps, un martellement dans les oreilles. Sa tête heurta lourdement le sol. Elle perçut à peine les cris de terreurs qui retentissaient autour d'elle, les bruits de cavalcade des gens qui fuyaient. Elle n'entendit qu'un cri déchirant et l'emporta avec elle en sombrant.

_HERMIONE !

Ron se releva péniblement, couvert de poussière et de graviers. A côté de lui, Harry tentait de reprendre ses esprits, désorienté, sa baguette toujours serrée dans la main. La déflagration les avait projetés à quelques mètres de là où ils se trouvaient. Une brume à l'odeur de soufre persistait autour d'eux, rendant la scène de panique encore plus irréelle.

_HERMIONE !

Son hurlement domina tous les autres cris de terreur. Il se releva, ignorant la douleur qui irradiait à sa cheville, ignorant les gens paniqués qui couraient autour de lui. Son cœur saignait, déchiré, brisé. La terreur lui labourait le ventre, son cerveau était comme paralysé. Hermione gisait à terre. Elle était là, blessée, inconsciente, aussi brisée que son cœur. Arrivé à elle, il se laissa tomber à genoux, se mit à sangloter, ses mains tremblantes couvertes de suie s'approchant de son visage sans oser la toucher.

_Hermione, non, ne me laisses pas… Ne me laisse pas…