Ron entendait les murmures autour de lui, il entendait les vas et viens, il sentait les regards inquiets posés furtivement sur lui, une main de temps en temps se poser sur son épaule, une brève étreinte, un mot de réconfort, murmuré, qu'il n'écoutait pas. Sa main reposait dans la sienne, si petite, si immobile. Les médicomages se succédaient à son chevet, soucieux, discutant à voix basse des différentes potions et formules qu'ils avaient utilisés, mais peu importait, Ron ne les écoutait pas. Le cœur dévasté, il regardait l'amour de sa vie, allongée dans son lit d'hôpital, inconsciente, presque sans vie. Il était incapable de lui lâcher la main, de la quitter du regard, de peur que le temps d'un battement de cil, tout soit fini. Il savait qu'Harry était soigné dans la chambre voisine, il allait plutôt bien et venait plusieurs fois par jour. Il s'asseyait dans la chaise qui faisait face à Ron, de l'autre côté du lit, et tenait l'autre main d'Hermione. Il ne disait rien, que pouvait-il dire ? Voir sa meilleure amie dans cet état le plongeait dans un profond désarroi, mais il savait que sa douleur n'était rien comparée à celle que devait ressentir Ron. Il entendait encore le cri déchirant qu'avait poussé son ami. Le jeune homme avait mis tant de temps à s'avouer ses sentiments, avant de les avouer enfin à celle qu'il aimait depuis toujours… Hermione était une partie de lui, il se savait incapable de vivre sans elle, cela n'aurait aucun sens, il s'était juré de la protéger, de veiller sur elle, et il avait échoué, encore une fois. Son visage semblait si paisible, malgré les quelques brulures et cicatrices qui subsistaient. Mais ses blessures étaient graves, Ron le savait, Ginny accompagnait chaque médicomage qui s'occupait d'Hermione, elle n'était qu'en apprentissage mais elle tenait à rester auprès de son amie, d'Harry, de Ron, alors elle enchainait les gardes, sacrifiant des heures de sommeil, de toutes façons, aurait-elle pu dormir ? Ses parents venaient chaque jour, veillant à ce que Ron s'alimente. Le rouquin n'avait pas dit un mot depuis l'attaque, il semblait au bord d'un abîme sans fond, comme si un trou béant s'était formé à la place de son cœur.
_Ron… Je vais faire sa toilette…
Ron ne regarda pas sa sœur. Il se leva, comme dans un automatisme, et alla attendre dans un coin de la pièce, mutique. Il connaissait ce corps par cœur pour en avoir exploré le moindre grain de peau, aussi refusait-il de sortir. Ginny ravala les larmes qui menaçaient de déborder. Jamais elle n'avait vu son frère aussi brisé, aussi déchiré, et cela lui faisait mal. Elle prit une profonde inspiration et entreprit de nettoyer son amie.
_Ne meurs pas Hermione…Ne nous laisse pas, ne le laisse pas, il n'y survivrait pas… souffla Ginny à l'oreille de la jeune femme.
Une fois la toilette terminée, Ron revint s'asseoir sans un mot et repris la main d'Hermione dans la sienne. Ginny hésita, un mouvement derrière la vitre attira son attention, Harry, qui les regardait du couloir, lui fit un signe de tête encourageant, ce qui mit fin à ses hésitations.
_Accio chaise…
Elle installa le siège à côté de celui de Ron et s'assit.
_Tu sais, elle peut t'entendre… Parles lui…
Ron ne répondit pas.
_C'est une battante Ron, elle se réveillera, c'est une question de jours…Tu dois prendre soin de toi, tu ne nous as pas laissé examiner ta cheville, quand Hermione le saura, elle risque de te passer un savon !
Les mains de Ron se mirent à trembler, les yeux de Ginny s'emplirent de larmes, mais elle devait tenir bon.
_Quand tu étais inconscient après l'histoire du filtre d'amour, Hermione n'a pas quitté ton chevet non plus… Elle t'aime…
_Et si elle ne se réveillait jamais ?
La voix rauque, basse, presque un murmure, prit Ginny de court. Elle passa un bras autour des épaules de son frère.
_Oh si elle va se réveiller, elle n'a pas fini l'Encyclopédie des Runes mutli-celtiques, alors crois-moi, elle va se réveiller, elle a besoin qu'on y croit Ron, que tu y crois, tu es tout pour elle…
Ron éclata en sanglot, un flot de larmes trop longtemps retenues qui se déversa sur ses genoux, sur sa main tenant celle d'Hermione. Ginny le serra contre elle.
_Ginny, elle…elle est ma vie…je…je ne suis rien sans elle…
De l'autre côté de la vitre, Harry regardait sa frêle Ginny entourer tant bien que mal les larges épaules de son frère, secouées par les sanglots et il sentit que ses propres larmes coulaient…
Ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss sss
L'esprit embrumé, elle se sentait comme dans un étau. Comme si deux énormes bras d'acier lui enserraient le corps, comme si elle avait subi le sort du saucissonnage une bonne dizaine de fois. Elle essaya de bouger mais cette seule idée déclencha une vague de douleur qui failli l'emporter, elle lutta, puis se concentra sur ses yeux, elle devait les ouvrir, au prix d'un effort surhumain, ses paupières frémirent. La lumière l'éblouit, elle les referma aussitôt, des larmes s'échappant le long de ses joues. Elle papillonna des yeux, le temps de s'habituer. Elle sentit soudain une pression à la main et son regard se porta à sa gauche. Son cœur eut un soubresaut familier, celui qu'il réservait à Ron. Assis, sa main serrant la sienne, il écarquillait les yeux, n'osant y croire. Ses beaux yeux bleus étaient rouges, fatigués, et Hermione pouvait y lire comme dans un livre ouvert : la surprise, le soulagement, le bonheur.
_Her…Hermione…
Sa voix était cassée, basse, mais il toussota, et se mit à appeler.
_Venez, venez vite, elle s'est réveillée !
Hermione grimaça, la tête douloureuse, elle voulut parler mais elle avait l'impression que sa gorge était si sèche qu'elle avait gonflé. Ron était comme figé, il ne lâchait pas sa main, tandis qu'une infirmière se précipitait dans la chambre. Elle examina la jeune femme.
_Nous allons attendre le médicomage, mais je pense que Miss Granger est tirée d'affaire ! En attendant, tenez, un peu d'eau…
_Je veux le faire…
L'infirmière hésita, mais finit par tendre le verre d'eau à Ron. Il saisit avec douceur Hermione par la nuque, la souleva et approcha le verre de ses lèvres sèches. Hermione avala quelques gorgées avec délectation.
_ Ca suffira, il faut y aller doucement, cela fait dix-huit jours que votre estomac n'a rien avalé…
Dix-huit jours ! Hermione essaya de se rappeler ce qui s'était passé… Elle s'était rendue au chemin de Traverse, Ron et Harry étaient là ensuite, à quelques pas, puis la déflagration… Elle blêmit et elle sentit la main de Ron se tendre.
_ Vous êtes sure qu'elle va bien ? demanda le jeune homme.
_Oui, mais il lui faudra le temps de se remettre, beaucoup de repos surtout !
L'infirmière reprit le verre et sortit.
Un silence pesant s'installa. Ron la tenait toujours mais semblait en proie à un combat intérieur, et Hermione ne savait pas quoi dire. Qu'elle était désolée ? Que son imprudence aurait pu leur couter la vie ? Elle n'eut pas le temps de choisir ses mots.
_Tu m'avais dit que tu m'attendrais avant de t'aventurer dehors…
Hermione frissonna. Elle n'aimait pas le ton qu'il employait, tendu et mesuré, cela ne lui ressemblait tellement pas.
_Est ce que tu te rends compte… Est-ce que tu réalises seulement l'enfer que j'ai vécu…
_Je suis désolée, fit la jeune femme d'une petite voix.
Cette dernière phrase fit perdre à Ron tout son self contrôle. Il vira au rouge, lâcha la main d'Hermione en s'éloignant et explosa.
_DESOLEE ? TU ES DESOLEE ? MOI AUSSI JE SUIS DESOLE HERMIONE, DESOLE DE T AVOIR FAIT CONFIANCE ! MAIS BON SANG À QUOI PENSAIS-TU ? TU AS FAILLI MOURIR DEUX FOIS ET LA DEUXIEME FOIS PLUSIEURS PERSONNES ONT ETE BLESSEES PAR MERLIN! J'AI CRU TE PERDRE HERMIONE, J'AI CRU MOURIR DE CHAGRIN ! COMMENT PEUX-TU TE MONTRER AUSSI EGOISTE ?
Hermione tressaillit, comme s'il l'avait giflée. Les larmes lui montèrent aux yeux, et à ce moment-là, Ginny et Harry déboulèrent dans la chambre. Leur euphorie fut brève quand ils virent Hermione, blafarde, cernée, au bord des larmes, et Ron, tremblant de rage. Le jeune homme fit demi-tour et sortit à grands pas de la chambre. Hermione s'inquiéta de le voir boiter.
Harry secoua la tête, il approcha d'Hermione, lui déposa un baiser sur le front.
_Tu as presque bonne mine, Rusard aurait été jaloux…
Hermione eut un faible sourire, peinant à retenir ses sanglots naissants.
_Je vais le voir, ajouta son ami avant de sortir de la chambre à son tour.
Ginny vint s'asseoir sur le bord du lit et étreignit la jeune femme avec précaution, émue.
_Je suis tellement, tellement heureuse que tu ailles mieux…
_J'aurais aimé que…Qu'il ait cette réaction…
Ginny soupira.
_Hermione, tu ne nieras pas que ce que tu as fait était incroyablement stupide, surtout pour la sorcière la plus intelligente et la plus douée de ces dernières années ! Hermione, tu t'en doutes surement, mais tu nous dois des explications…Et Ron, il a vécu l'enfer tu sais…
_Il a utilisé les mêmes mots… murmura Hermione.
_C'est que c'est vrai, dit doucement son amie. Hermione, je n'ai jamais vu Ron aussi désespéré, il ne peut pas vivre sans toi, il n'a pas quitté ton chevet, il a refusé qu'on le soigne, il ne t'a pas quittée des yeux, il n'a quasiment pas dormi ni mangé, il était si mal, oh Hermione, si tu l'avais vu pleurer…
Hermione sentit ses entrailles se nouer, les larmes s'échappèrent malgré elle.
_Je suis désolée, je voulais juste…je ne voulais pas…
Ginny lui caressa tendrement la joue.
_Tu nous expliqueras tout ça, mais pas tout de suite, attendons le retour de Ron et Harry, reposes toi en attendant.
Ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss sssss
_Ron ! Ron !
Harry accéléra le pas pour rattraper le rouquin, qui, malgré sa cheville blessée, sortait de l'hôpital à toute vitesse.
_Ron attends-moi ! Où vas-tu ?
Il réussit à lui attraper le bras et le força à se tourner vers lui. La dernière fois qu'il avait eu l'air aussi furieux, c'était il y a quatre ans, bientôt 5, lorsque le horcruxe l'avait affecté. Mais cette fois ci, aucun médaillon maléfique ne pendait à son cou.
_Ron ! Tu dois te calmer !
_Me calmer ? Elle a failli mourir, et nous faire tuer, et elle aurait pu, elle a failli…Harry, tu ne comprends pas !
Sa voix se brisa, il voulut se dégager mais Harry resserra sa poigne.
_Tu crois que je ne peux pas me mettre à ta place ? Je suis amoureux de ta sœur je te rappelle, et je sais que s'il lui arrivait quelque chose, je ne m'en remettrai pas !
_Mais tu ne sais pas ce que c'est, de la voir allongée, entre la vie et la mort, là où même la magie ne peut rien, d'être impuissant face à ça… Elle est mon oxygène, elle l'a été depuis le début, et ça me rend dingue de me dire que je peux la perdre, en une fraction de seconde ! Et qu'elle ne fait rien pour aider, au contraire ! Qu'est-ce que je deviendrais sans elle, hein, tu peux me le dire Harry ?
Une larme roula sur la joue du rouquin, Harry fut touché par sa détresse.
_Elle est en vie, Ron, en vie, alors même si je comprends ta colère, il va falloir que tu la ravales ! Parce que là, ce qui compte, c'est qu'elle s'en remette, et Ron, contrairement à ce que tu crois, elle a autant besoin de toi que tu as besoin d'elle…
Ron secoua la tête avec un air sceptique, se passa la main dans les cheveux puis prit une profonde aspiration.
Quand ils revinrent dans le couloir, Ginny vint à leur rencontre.
_Tout va bien, s'empressa-t-elle de dire devant l'air inquiet de son frère, le médicomage est passé, elle reste quelques jours de plus, par précaution, mais elle pourra rentrer à la maison ensuite…Et elle veut nous parler…
Hermione osa à peine regarder Ron lorsqu'il prit place sur le rebord du lit. Mais quand il lui prit la main, une chaleur, sa chaleur, l'inonda et elle se détendit légèrement. Elle savait qu'il était encore en colère, qu'il avait réellement souffert, et elle le comprenait… Dans le sens inverse, il était probable qu'elle lui aurait lancé un sort… Harry et Ginny s'installèrent dans les sièges et les trois amis attendirent. Hermione déglutit. Elle avait appréhendé ce moment depuis si longtemps, mais à présent, les évènements avaient pris une tournure qui ne lui laissait guère le choix.
_C'est à propos de Voldemort…
Elle s'était attendue à être dévisagée comme si elle avait perdu l'esprit, et ce fut le cas. Les yeux ronds, ils la regardaient, incertains, hésitant à rappeler les médicomages.
_Hermione, Voldemort a été détruit, dit doucement Ron, avec une condescendance qui l'agaça au plus haut point.
_Oui, répliqua-t-elle, il est mort…pour l'instant…
