Pour un résumé clair : UA sans loups-garous. Après l'incendie Hale des années plus tôt, Derek est devenu fou et résident permanent du BH Hospital. Laura et Peter sont encore en vie, et viennent le visiter régulièrement malgré le fait qu'il passe son temps à délirer sur des histoires de meutes et de loups-garous – qu'il voit, qu'il vit dans sa tête. (Passages en italique.) Laura est morte aussi, selon lui – sa vision correspond à tout ce que développe la série. Stiles, jeune flic, rouvre le dossier et s'intéresse de plus en plus à Derek. Isaac bosse en tant qu'aide-soignant à l'hôpital, et vit en coloc avec Scott qui travaille toujours pour Deaton. (En gros.) Bonne lecture !


Chapitre 2


Laura a les dents serrées lorsqu'elle s'adresse à l'infirmière devant la chambre de son frère, et Melissa peine à reconstituer des phrases avec les mots qui s'extirpent d'entre ses lèvres glossées. Stéthoscope autour du cou, elle hoche néanmoins la tête, se montre conciliante malgré les consignes reçues sur les visites hors des horaires prévus à cet effet. Elle ne referme pas tout à fait la porte derrière la nénette afin de pouvoir intervenir en cas de problème ; le foutoir des premières visites lui a trop appris.

Elle voit le regard de Derek changer à la seconde où son aînée pénètre dans la pièce. Le corps massif se crispe, recule d'un geste qui concilie surprise et self-control. Il détourne la tête, ferme les yeux puis les rouvre. « Putain », dessinent muettement ses lèvres. Elle est toujours là. Laura n'a pas disparu. Assise sur le canapé que vient de quitter Isaac, les jambes croisées et le minois aussi sévère que dans ses souvenirs. La baie vitrée de l'appart lui plaque les roses-mauves du ciel en sommeil sur la peau. Ses cheveux longs sont coincés dans le col de son blouson. Elle a l'air vrai de d'habitude, mais Derek ne se laisse pas prendre au piège. Il retourne à ses pensées entamées, ignore obstinément la silhouette toute en courbes de sa sœur qui le fixe.

« Tu veux parler ? » demande-t-elle finalement en perfectionnant distraitement sa manucure.

Le frangin ouvre un bouquin.

« Derek. Derek.

Fous-moi la paix ! T'as pas d'autres gens à aller emmerder, les vieux ou quoi ?!

Papa et maman sont morts, Derek », articule la jeune femme. Elle décroise les jambes, crucifie son frère d'un regard puissant. « Dans l'incendie. Tu te souviens ? L'incendie ? »

S'il s'en souvient ?

Il se rappelle la porte de sa chambre qui claque, l'air noir, la main de Laura aux griffes enfoncées dans la sienne pour être certaine de ne pas le lâcher. Les yeux fous, la course maladroite, les poumons bloqués. Le crépitement incessant, plus fort que les cris, qui claque à ses tympans, et la chaleur qui sèche les larmes en longues traînées grisâtres sur les joues. Mais il se souvient aussi d'après la cavale post-fournaise : il se souvient de Laura tranchée en deux. Du sang qui trempe la terre meuble coupée de feuilles. Des yeux ouverts dans le vide, le bide gerbant de tripes. De lui, seul.

« Va te faire foutre, crache-t-il en rentrant inconsciemment sa tête entre ses épaules. Casse-toi.

Derek, je crois pas que…

Casse-toi ! » rugit-il en fureur.

Il sent ses yeux le brûler d'un feu différent que celui, destructeur, qui l'a amputé de sa famille. Celui-là est rouge, maîtrisé, et pulse dans ses iris comme des rayons irradiants. L'adrénaline l'envahit sur le coup, le submerge, l'énergie de ses bétas vient brusquement l'emplir, gonfler son corps de muscles, durcir sa mâchoire. Laura se lève, lui lance un regard coriace sous lequel repose une inquiétude qu'il est incapable de déceler. Elle quitte la pièce en lui promettant de revenir.

Derek se rassoit en réalisant que la colère l'a poussé à se lever sans qu'il ne s'en rende compte. Un soupir, long et puissant, traverse la barrière de ses lèvres. Il devine au même instant ses yeux retrouver leur teinte bariolée. Et c'est comme si l'engrenage fabuleux rouillait soudainement : la folie se rétracte en même temps que la rage, se recroqueville comme un papillon en train de crever, se résorbe jusqu'à n'être un genre de feuille morte sèche et cassante. L'effort l'a mis à mal. Salope de Laura : son fantôme de sœur s'est cassé en le laissant cassé. Broken Derek se lève en soupirant de nouveau, part chercher une bière dans le frigo puis se souvient qu'Isaac n'en avait ramenée qu'une. Il jette la bouteille vide dans une poubelle qui en dit long sur ses habitudes alimentaires et son opinion de la haute gastronomie, et retourne se planter sur son canapé.

Il n'a rien à faire, et rien à y faire. Les timbrés surnaturels de la région semblent s'être lassés de Beacon Hill, et la paix installée depuis tient autant au tant mieux qu'au tant pis. Les visites de ses louveteaux se sont éloignées ; Boyd et Erica ne l'ont pas surpris en se trouvant un nid pour accueillir leurs amours, mais Isaac a été plus excentrique en emménageant avec McCall dans un minuscule studio du centre-ville. La caution et les deux premiers mois de loyer étaient déjà payés lorsque le jeune homme lui avait annoncé son départ. Il n'avait rien répondu.

Il ramasse le livre qui a échoué sur le sol et tente de reprendre sa lecture là où il l'a laissée mais les phrases n'ont plus de sens, tiennent plus de l'incantation rythmée que du récit. Il se laisse terrasser par un paragraphe microscopique qu'il a déjà dû relire trois fois et range le bouquin là où le bordel de la pièce fleurit encore le moins. Son portable lui vient en main par réflexe. Il appelle Stiles Stilinski avec encore plus de naturel.

Son téléphone vibre dans sa poche à l'instant où il claque derrière lui la portière de sa Jeep. En descendant de son côté, Scott lui lance un regard interrogateur à distance, avec le petit coup de tête de circonstance. Stiles fronce les sourcils.

« C'est Hale.

— Sérieux ? Il a ton numéro ?

— Je lui ai filé quand on a rouvert l'enquête. Au cas où il aurait quoi que ce soit à dire, » précise Stilinski en vérifiant que sa portière est bien fermée. « Pour qu'il ait une figure de référence, je sais pas… Quelqu'un à qui faire confiance… et me regarde pas comme ça, Scottie, c'est pas du luxe vu le monde qui lui tourne autour en permanence.

— Va pas encore trop t'impliquer là-dedans, ça t'a pas réussi l'autre fois, » râle le fier ami en avançant vers l'entrée de l'immeuble. L'affaire à laquelle il fait allusion n'est pas tendre, mais il ne se sent pas de se revivre la flippe de la dernière fois. « Isaac dit qu'il est pas stable.

— J'emmerde ton copain, » sourit le dadais à la peau de léopard avant de prendre l'appel pour l'empêcher de rétorquer quoi que ce soit. « Deputy Stilinski, j'écoute ? »

C'est pas mon copain, articulent les lèvres de Scott d'un air agacé, ce qui lui vaut un nouveau sourire moqueur, surenchéri d'un signe de la main du genre de ceux que font les parents pour éloigner leurs mômes. McCall répond d'un majeur dressé haut vers la nuit tombante, mais Stiles a déjà changé de dimension, hochant la tête à plusieurs reprises, lâchant des « Hm » d'un ton de psychologue. Le doigt en tour de Babel retourne se planter dans la poche de son jean avec ses frangins. Ses yeux se posent sur son frère à lui, son bro aux cheveux en houppette, son Tintin de toujours.

Plongé dans ses histoires de pyromanes et de maniaques du comté, Stiles est beau comme un cœur. L'écran de son portable allumé défie la voute évêque du ciel, dessinant les contours de son profil d'une arête bleue. Le mystère l'excite et l'existe comme jamais. Il se brosse la tignasse d'une main nerveuse, fait quelques pas stériles, se penche et se redresse comme s'il était en pleine compet de natation synchronisée. Scott pouffe un coup face à ses manies de grand gamin. Stiles est un putain de mec fabuleux.

Il lui pose une large main sur l'épaule pour attirer son attention une seconde, rajoute un signe de l'autre pour le remercier de l'avoir raccompagné et s'éloigne afin de ne pas l'arracher à sa conversation. Le flic écarte le portable de son oreille pour répondre, hésite, et se contente finalement de sourire. La silhouette en cuir de son meilleur ami franchit la double porte ouvrant sur le hall de l'immeuble. La moto verte garée devant le bâtiment est tellement dégueu que le fier 32 qui l'orne passe pour un genre d'idéogramme chelou. Quelques étages plus haut, la fenêtre du studio est un carré de lumière jaune électrique découpée dans le paysage d'asphalte et de béton brut.

Isaac est déjà rentré. Isaac a de la chance : Scott est un putain de mec fabuleux.


Le prochain chapitre sera axé "scisaac", btw. A la prochaine.