Bonne lecture !

Ron parcourait des yeux les lignes qui recouvraient la première page de la Gazette du Sorcier, en jurant entre ses dents. Assis en face de lui, Harry lisait la même chose, et le même air de stupéfaction mêlée à de la colère lui animait le visage. Lui et Ron échangèrent un regard entendu. La cuisine était vide, Monsieur et Madame Weasley étaient partis à l'aube rendre visite à Bill et Fleur, et Ginny était de garde.

_Elle ne doit rien voir, souffla Ron. Sinon elle ira, c'est trop dangereux…

Harry approuva d'un hochement de tête. Il était bouleversé, mais était indéniablement d'accord avec son ami. Il avait obtenu de Kingsley de ne pas bénéficier de mesures exceptionnelles pour sa protection. Il avait eu son compte de sacrifices, et pour le moment, rien n'indiquait qu'il était en danger.

_Oui, elle ne doit rien savoir pour l'instant, il…

_Bonjour ! lança Hermione en surgissant dans la pièce. Je ne dois pas savoir quoi ?

Ron s'empressa de replier le journal en le glissant sur les genoux tandis qu'Harry l'avait posé sur la table de la cuisine et s'efforçait de le dissimuler en s'avachant exagérément dessus. Hermione les regarda tour à tour, interloquée par leur air coupable. Ils lui cachaient quelque chose, c'était évident.

_Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-elle en scrutant le visage de Ron, c'était la Gazette que tu lisais ?

Les oreilles de Ron étaient devenues écarlates mais il soutint son regard et répondit précipitamment.

_Non pas du tout !

Hermione haussa un sourcil et tendit la main.

_Donnes moi ce que tu caches sur tes genoux.

Ron secoua la tête en levant les mains.

_Mais non je ne cache rien, tiens regardes !

_Ron ! Harry ! Donnez-moi ce journal tout de suite ! s'écria la jeune femme, furieuse.

_Mais il n'y a pas de journal voyons Hermione !

_Très bien, Accio Gazette ! lança-t-elle en pointant sa baguette sur Ron.

Sans qu'il ne puisse l'en empêcher, le journal s'échappa pour aller atterrir dans les mains d'Hermione.

_Non mais franchement, vous êtes incroy…

Elle s'interrompit, les yeux fixés avec horreur sur la première page du journal. Elle se laissa lourdement tomber sur le banc à côté d'Harry sans quitter la Gazette des yeux.

« Attaque au foyer des Elfes de maison

Ce matin à 3h18 précisément, le foyer des Elfes de Maison, situé au 12 Square Grimmauld et créé par Miss Hermione Granger, responsable du Département des Créatures Magiques et amie du célèbre Harry Potter, a été victime d'une attaque meurtrière. En effet, plusieurs criminels, identifiés comme étant des Mangemorts, ont pénétré de force dans l'établissement en pleine nuit, blessant le personnel et assassinant 6 elfes avant d'être mis en fuite par l'intervention des Aurors.

Miss Granger n'a pour l'instant fait aucune déclaration, le Ministre s'est déplacé sur les lieux dès le lever du jour, et a déploré « un acte lâche, malveillant, qui ne demeurera pas impuni ».

Le foyer, baptisé « Dobby's institute » avait pour vocation d'aider à la réinsertion des elfes nouvellement libres et connaissait un succès croissant.

Cette attaque se déroule dans un climat d'insécurité sans précédent depuis la victoire d'Harry Potter, alors que les crimes se multiplient à travers le pays… »

Hermione cessa sa lecture et leva les yeux vers Ron.

_Je dois y aller…. murmura-t-elle d'une voix blanche, les larmes aux yeux.

Ron se leva brusquement.

_Non ! C'est une façon de t'attirer, tu ne le vois donc pas ! Ils n'attendent que ça, ils savent que tu l'apprendrais et que tu voudrais t'y rendre, tu vas te jeter dans la gueule du loup, et je ne te laisserai pas faire !

_Ron n'a pas tort, renchérit Harry, le piège est bien trop gros !

Hermione lança la Gazette à travers la pièce, ne contenant plus ses larmes.

_Je ne peux pas rester là, je DOIS y aller et j'irai ! Je suis prête à prendre toutes les précautions nécessaires mais je DOIS y aller !

Elle se mit à sangloter et cacha son visage dans ses mains. Harry passa maladroitement un bras autour de ses épaules tandis que Ron la regardait, interdit. Chaque larme qu'elle versait lui brisait le cœur, il savait à quel point elle était sensible au sort des créatures qui avaient jusque-là été méprisées ou exploitées par les sorciers, à quel point cela la touchait. Il se leva pour s'approcher, Harry se poussa brusquement pour lui laisser la place. Ron soupira, résigné.

_Hermione, je…Nous allons y aller, nous viendrons avec toi, nous demanderons des renforts à Kingsley…

La jeune femme leva des yeux pleins de larmes vers lui.

_Merci, souffla-t-elle entre deux sanglots.

Ron la serra contre lui.

Ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss

Harry regarda la façade du 12 square Grimmauld avec émotion. Ces murs étaient chargés de souvenirs, du temps de Sirius, de l'Ordre du Phénix, de la quête aux horcruxes… Tant de choses avaient été décidées dans ce lieu. Depuis la fin de la guerre, Harry l'avait mis à disposition d'Hermione pour la création de son foyer. Il fallait un lieu à la fois vaste, pour accueillir tous les elfes dans le besoin, et sécurisé, pour les protéger d'éventuelles représailles de leurs anciennes familles de sorciers. Hermione avait été enchantée quand Harry le lui avait proposé, lui-même partageait l'enthousiasme de son amie. Dobby était toujours dans son esprit, il n'oubliait pas son sacrifice et il savait que l'elfe aurait été honoré.

Il jeta un coup d'œil autour de lui. Ron tenait Hermione par la taille, dans un geste protecteur. Six Aurors avaient été déployés pour la sécurité de la jeune femme, en plus de Ron et Harry. Des journalistes étaient tenus à l'écart, et attiraient l'attention des passants Moldus avec leur allure atypique avec leurs capes et leurs appareils photos fumants.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la maison, Hermione porta une main à sa bouche pour étouffer un cri. Effarés, ils regardèrent l'entrée dévastée, les traces de brûlures sur les murs, les trous dans le plancher. L'attaque avait été d'une violence inouïe, Herione eut un haut le cœur quand elle reconnut des traces de sang sur un meuble.

_Oh seigneur, gémit-elle. Oh non…Oh non…

Elle s'éloigna de Ron, s'avançant parmi les décombres. Les Elfes avaient été évacués vers Sainte Mangouste, et les victimes devaient être inhumées le jour même. La jeune femme, hébétée par le chagrin, titubait entre les débris, les morceaux de plafond effondrés, dans ce qui était autrefois un foyer chaleureux et accueillant. Ron s'avança vers elle et la retint d'un bras tandis qu'Harry les regardait de l'entrée.

_Ne vas pas plus loin, ça pourrait s'effondrer…

La jeune femme éclata en sanglots et se jeta dans ses bras. Ron l'étreignit avec force, il partageait sa peine, Hermione avait une telle force de conviction qu'Harry et lui s'étaient rapidement engagés dans sa cause.

_C'est de ma faute, sanglota la jeune femme, c'est de ma faute, c'est moi qu'ils veulent, je dois faire quelque chose, je dois me livrer…

Ron se figea et la dévisagea.

_Tu ne dis pas ça sérieusement Hermione ? Te livrer ? Tu as perdu l'esprit ?

Hermione secoua la tête, perdue.

_A cause de moi, c'est à cause de moi s'ils ont été pris pour cible… Et c'est moi qui ait scellé le foyer, j'ai du mal faire quelque chose pour qu'ils aient été trouvés…Oh non, par Merlin, non…

Le visage torturé, elle ne pouvait s'arrêter de pleurer, et Ron en avait le cœur broyé.

_Hermione, les seuls responsables, ce sont ces maudits Mangemorts, nous les retrouverons je te le promets, mais ne dis plus jamais que tu vas te livrer, tu m'entends, plus jamais ! Tu n'as pas le droit de penser à des choses pareilles !

Le jeune homme la serra de nouveau dans ses bras. La simple idée qu'elle aille se livrer le remplissait d'effroi.

_Ron, Hermione, les obsèques ont lieu dans 20 minutes…

Harry avait les yeux brillants mais il s'était juré de ne pas pleurer, pas maintenant, pas avant d'avoir vengé ces innocents.

Les obsèques eurent lieu sur Picket Hill, face au square Grimmauld, en présence du Ministre de la Magie, qui vint saluer Hermione avec un air grave. Un elfe rescapé fut invité à faire un discours, qu'Hermione écouta à peine, tant son propre chagrin l'envahissait, ne laissant plus aucune place à la moindre pensée. Les petits cercueils s'alignaient devant eux, Ron, Harry et elle étaient assis au premier rang, aux côtés du Ministre, des rescapés, dont les sanglots bruyants étaient une torture pour la jeune femme. Elle se sentait si coupable. Une fine bruine se mit à tomber sur eux, se confondant avec leurs larmes sur leurs visages. Ron serrait sa main, Hermione savait qu'il ressentait autant de peine et de colère qu'elle-même ou que Harry, mais il était tellement occupé à se soucier d'elle. Hermione posa sa tête sur son épaule, son roc, sa bouée. Il était tellement pour elle, et bien plus encore. Puis comme un automate, elle se leva pour jeter une poignée de terre sur la tombe commune qui allait devenir un mémorial. Elle resta debout, face au trou boueux, incapable de bouger tandis qu'autour d'elle, les gens se dispersaient, les elfes étant ramenés à Sainte Mangouste, le Ministre rejoignant ses quartiers. Seuls les Aurors étaient restés. Hermione sentit la main de Ron et celle d'Harry se glisser dans les siennes. Ils restèrent silencieux de longues minutes, regardant les fossoyeurs achever leur travail à travers la pluie. Hermione frissonna lorsqu'elle sentit des gouttes de pluie se glisser dans sa nuque et couler le long de son dos. Ron se tourna vers elle, et la seule pensée qu'elle eut en regardant ses cheveux trempés collés à son front, ses yeux bleus soucieux, fut l'envie de l'embrasser, l'embrasser jusqu'à oublier sa douleur.

_Nous devrions rentrer, proposa Harry.

Ron hocha la tête sans la quitter des yeux. Il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur les siennes, légèrement, brièvement.

_Je t'aime, lui souffla-t-il.

La jeune femme lui sourit à travers ses larmes et les suivit. Lorsqu'ils arrivèrent à l'aire de transplanage, Hermione sut que quelque chose n'allait pas. La pluie était devenue drue, et à travers le rideau opaque d'eau qui s'abattait sur eux, elle aperçut des silhouettes floues. Elle sentit la nervosité gagner les rangs des Aurors qui les escortaient. Ron et Harry l'arrêtèrent, ils attendirent tandis que deux de leurs collègues s'avançaient avec précaution, pointant leurs baguettes vers les silhouettes, toujours immobiles.

_Veuillez-vous identifier, lança un Auror.

Il n'y eut aucune réponse. Les Aurors échangèrent un regard. Ron saisit aussitôt le bras d'Hermione, la jeune femme sentit la sensation du transplanage mais c'était comme si une main invisible les avaient retenus. Ils étaient bloqués. Elle vit une peur panique dans le regard du jeune homme. Harry jura et rejoignit Ron qui faisait barrière de son corps devant Hermione.

_Veuillez-vous identifier, c'est un ordre ! clama-t-il.

Pour seule réponse, un éclair de lumière verte jaillit soudain, frappant un Auror qui tomba aussitôt sur le sol trempé, le regard figé pour l'éternité. Hermione poussa un cri, les silhouettes se mouvèrent et se précipitèrent vers eux. Les Aurors se mirent aussitôt en position de combat. Elle sentit deux bras l'attraper et la tirer dans une course effrénée dans la direction opposée.

_Stupéfix !

_Expeliarmus !

Les cris de ses amis eurent le mérite de la sortir de sa stupeur. Elle se dégagea de leur poigne, saisit sa baguette et fit volteface, visant l'une des silhouettes, qui s'avéra être un Mangemort au visage recouvert d'un masque terrifiant.

_Petrificus Totalus ! hurla-t-elle.

La puissance du sort projeta le Mangemort hors de leur vue.

_Hermione ! Qu'est-ce que tu fais ! aboya Ron en la tirant désespérément derrière lui.

_Attention, Ron ! Protego !

Le sort que le Mangemort avait lancé sur Ron ricocha sur la barrière protectrice qui avait jailli de la baguette de la jeune femme.

_Expelliarmus ! cria Harry.

La baguette du Mangemort vola dans les airs.

_Vite, cours !

Hermione suivit ses amis, courant de toutes ses forces, elle avait l'impression que ses poumons allaient exploser. Elle entendait des bruits de combat et de course derrière eux.

Les rues étaient désertes, et la pluie était telle qu'ils avaient l'impression qu'il faisait nuit. Les Aurors assuraient leurs arrières, mais trois Mangemort réussirent à leur échapper pour se lancer à leur poursuite. L'esprit paralysé par la peur, Hermione ne pouvait que courir, la main dans celle de Ron, précédés par Harry.

_Nom de nom ! Je n'arrive pas à transplaner ici non plus ! cria Harry.

_Endoloris ! hurla un Mangemort derrière eux.

Ron tira brusquement Hermione vers lui, le sortilège passa tout près, lui effleurant les cheveux. Elle vit son regard passer de la peur à la fureur.

_Expeliarmus !

Le Mangemort se lança à l'abri d'un muret, esquivant le sort. Ils reprirent leur course, les Mangemorts à leurs trousses. Les Aurors arrivaient derrière eux, tentant de les arrêter.

_Nous devons les combattre ! Nous sommes plus nombreux ! cria Hermione.

_Hors de question ! rugit Ron en la tirant de plus belle derrière lui. Nous pouvons transplaner, ça y est !

Hermione trébucha soudain, elle tomba de tout son long, sa main échappant à celle de Ron. Celui se retourna brusquement, l'horreur déformant son visage.

_Sectumsempra !

Hermione eut l'impression que le temps s'était arrêté, elle vit la baguette pointée sur elle, elle vit la lumière en jaillir et se diriger dans sa direction. Elle entendit le hurlement de Ron, elle le vit se jeter sur elle, la protégeant de son corps, elle vit le sortilège le frapper de plein fouet, elle vit son visage se figer dans la douleur, son tee-shirt, collé à son corps par la pluie, se teinta de rouge. Ron perdit connaissance, s'écroulant sur elle. Hermione hurla tandis qu'Harry faisait volte-face et se précipitait vers eux. Il se plaça face aux Mangemorts, s'évertuant à protéger ses amis, rapidement rejoint par les autres Aurors. Hermione se dégagea du poids du jeune homme et le tourna sur le dos.

_Non ! Ron ! Non ! Réveilles toi ! Réveilles toi !

Elle se mit à sangloter, les mains couvertes de sang, du sang qui s'écoulait par flots entiers des nombreuses plaies qui avaient envahies son corps. Ses lèvres étaient déjà grises et son souffle court. Hermione sortit sa baguette d'une main tremblante, le corps secoué de sanglots, terrifiée à l'idée de le perdre.

_Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur, oh Ron ne me laisses pas, Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur, gémit-elle en la pointant sur le jeune homme.

Elle ne prêtait plus aucune attention au combat qui se déroulait à quelques mètres d'elle, elle pleurait en répétant la formule dans une longue litanie, tandis que peu à peu, les plaies se refermaient.

_Hermione ! Hermione ! Il faut l'emmener à l'hôpital ! cria Harry en s'agenouillant soudain auprès d'elle.

Harry saisit sa main et celle de Ron et ils disparurent dans un crac sonore.