Je suis vraiment très contente de voir tous ces passages sur mon histoire, n'hésitez pas à laisser des reviews ! Bonne lecture !
Ron contempla la place vide à ses côtés. L'oreiller portait encore la trace de la tête d'Hermione, et s'il fermait les yeux, il pouvait même sentir les effluves fruités de son shampoing. Il se redressa avec précaution et s'assit. Son regard se porta sur la béquille que lui avait imposée Hermione, arguant qu'en plus du côté pratique, cela lui permettrait de « se bouger un peu, la magie entretient la paresse dans certains cas Ron ! ». Il en avait assez d'être en convalescence, les patrouilles d'Aurors se succédaient, Hermione avait tenu paroles et ne quittait pas le Terrier, elle passait ses journées à poursuivre ses recherches, donnait des listes de livres à Kingsley, qui se chargeait de les lui faire parvenir. Harry ne passait qu'en coup de vent, car les attaques de Mangemorts n'avaient pas cessé, et pour le moment, il n'était pas directement menacé, pas plus que d'habitude du moins. De les voir tous en action accentuait son impression d'être prisonnier de son propre corps. Il avait déjà été blessé, mais jamais par un « sectumsempra », et il mesurait à présent tout le danger que représentait ce sort. Penser qu'initialement, c'était Hermione qui était visée, l'aidait à relativiser et à patienter. Il décida de partir à la recherche de la jeune femme, attrapa la béquille et sortit avec difficultés de la chambre. Lorsqu'il atteignit les dernières marches de l'escalier, des bribes de voix lui parvinrent de la cuisine, il reconnut Hermione et Kingsley, mais s'immobilisa lorsqu'il sentit la tension dans la voix de celui-ci.
_Je comprends vos motivations Miss Granger, mais je ne pense pas que cela soit nécessaire…
_Je l'espère, croyez-moi, mais comprenez-moi, je ne peux demander ça qu'à vous et à vous seul…
_Hermione, vous me mettez dans une situation difficile, et l'homme que je suis, celui qui vous a vu grandir, a envie de vous dire non…
_Et que dit le Directeur du bureau des Aurors ? Car c'est à lui que je m'adresse, répliqua la jeune femme.
Il y eut un silence, Ron savait que ce qu'il faisait était mal, mais il ne pouvait s'en empêcher, quelque chose dans leur intonation de voix l'intriguait, il n'aurait su expliquer pourquoi.
_Que je comprends, finit par répondre Kingsley, comme je vous l'ai déjà dit…Cette procédure n'est plus utilisée depuis des années, vous n'étiez qu'un nouveau-né lorsque le Ministère y a renoncé…
_Je sais tout ça, mais ma décision est prise, il le faut… Mais cela doit impérativement rester entre nous…
Ron voulut se précipiter dans la cuisine, les interroger jusqu'à ce qu'ils lui disent de quoi ils parlaient, mais il se retint.
_Miss Granger, j'espère que vous réalisez la gravité de ce que vous…
Le champ de vision de Ron fut soudain envahi par le visage inquiet de sa mère.
_Ron, mon chéri, tu aurais dû nous appeler, tu veux de l'aide ?
Hermione apparut alors dans l'embrassure de l'entrée de la cuisine. Son visage ne trahissait aucune émotion, juste de l'inquiétude, comme à chaque fois qu'elle le regardait depuis l'embuscade. Il descendit les dernières marches, et ils allèrent s'installer autour de la grande table, sur laquelle trônaient œufs brouillés, larges tranches de bacon grillé, et des toasts encore fumants. Et pourtant, bizarrement, il n'avait pas faim. Il mâchonna en silence un bout de bacon, tandis qu'Hermione papotait d'un ton léger avec Molly. Kingsley s'était excusé et était parti en saluant Ron d'un signe de la tête. Lorsqu'Arthur descendit et s'installa devant son petit déjeuner, il ne put s'empêcher de jeter des regards chargés de convoitise à sa béquille.
_Tiens papa… fit Ron, amusé, en tendant l'objet à son père, lequel le saisit les yeux brillants d'excitation.
_Merci fiston !
_Arthur, tu l'as déjà observée sous toutes les coutures, protesta Molly en levant les yeux au ciel.
_Ingénieux ces Moldus, vraiment ingénieux…
Ce fut la seule réponse que Molly pouvait espérer. Hermione et Ron étouffèrent un rire. Ron voulut en profiter pour lui demander de quoi elle parlait avec Kingsley tout à l'heure mais un hibou fit son entrée, interrompant les conversations. Un grand-duc gris sombre qui les regarda tour à tour avec un air si sévère que Ron se demanda un instant si le professeur McGonagall ne se cachait pas derrière cette apparition. Molly se précipita pour décrocher le courrier qui était ficelé à la patte du hibou et se tourna vers la table tandis qu'Hermione tendait une coupelle de nourriture à l'animal. Elle lança un sort sensé révéler tout piège qui serait dissimulé, puis comme tout semblait aller, elle ouvrit l'enveloppe.
_Je me demande ce que cela peut….Oh !
Tous les yeux se tournèrent vers Mrs Weasley. Une main devant la bouche, elle lisait la lettre, les yeux au bord des larmes.
_Molly que se passe-t-il ? demanda son époux, inquiet.
Elle leur tendit le courrier d'une main tremblante, avec un grand sourire.
_C'est Charlie ! Il rentre dans deux semaines et il a quelqu'un à nous présenter ! Oh quel bonheur ! Ginny et Harry vont se marier et Charlie a enfin quelqu'un !
Les joues rouges, elle semblait sur le point d'éclater en sanglots, un mélange de tristesse car si Charlie venait, c'était pour les aider à préparer les commémorations, et de joie de savoir son fils enfin en couple. Elle se détourna vivement et entreprit de récurer l'évier à la main, la tête baissée. Ron déglutit, il s'attendait presque à voir Fred débouler dans la pièce et demander si la fiancée de Charlie n'était pas recouverte d'écailles et ne crachait pas du feu. La date fatidique approchait, et le manque était de plus en plus présent, et comme tous les ans, Georges se consacrait jour et nuit à sa boutique, noyant son chagrin dans le travail. A cela s'ajoutait l'inquiétude liée aux découvertes d'Hermione, aux attaques contre les Nés Moldus qui étaient devenues si nombreuses que le Ministère avait mis en place une protection pour chaque famille comportant au moins un Né Moldu. Il sentit la main d'Hermione saisir la sienne sous la table. Elle lui sourit tandis qu'il lui rendait son étreinte. Hermione avait été sa bouée de secours, chaque année, elle l'aidait à traverser ce cap, à vivre son deuil, à accepter que Fred ne reviendrait jamais. Cela allait faire cinq ans, et il se savait toujours incapable d'affronter son chagrin seul, la douleur était encore si vive, l'image du visage figé dans l'éternité de Fred resterait gravée à vie dans son esprit.
Le reste du petit-déjeuner se déroula dans le silence. Ron s'installa ensuite dans le bureau d'Hermione tandis que la jeune femme parcourait inlassablement de vieux grimoires dans l'espoir de glaner quelques informations sur le rituel de ressuscitation. Il savait qu'il tenait là l'occasion de lui parler de ce matin, tant qu'ils étaient seuls, mais il n'arrivait pas à formuler la question. Peut avait-il peur de ce qu'il allait découvrir, mais c'était comme si la question ne voulait pas franchir ses lèvres.
La journée s'étira, longue, interminable. Ron regardait par la fenêtre avec envie la relève de ses collègues arriver et prendre les postes. Il aperçut Neville, il se leva aussitôt. Hermione bondit de son siège avec un air interrogateur.
_Je vais voir Neville…
_Tu veux de l'aide ?
_Hermione ça va, je peux encore marcher ! rétorqua le jeune homme, légèrement agacé d'être materné par tous.
Hermione ne releva pas mais vint l'embrasser. Le jeune homme oublia aussitôt son agacement, ses lèvres étaient si douces, si parfumées, si sucrées. Elle s'écarta et il grogna avec regret. Un sourire satisfait sur le visage, Hermione retourna à son bureau. Ron la suivit du regard, elle s'installa gracieusement sur sa chaise et se remit à se tapoter le menton du bout de sa plume en lisant. Elle était tout simplement adorable et il crut que son cœur allait exploser tant il l'aimait.
Ron n'avait pas vu Neville depuis que Daphnée avait tenté d'enlever Hermione. L'interrogatoire avait duré une dizaine de jours, Daphnée ignorait qui était à la tête des opérations, elle n'était qu'un pion de plus et recevait ses ordres indirectement. Les Aurors avaient été dépité par la maigreur de leurs résultats. Ron claudiqua jusqu'à son ami, qui osa à peine le regarder.
_Salut Neville !
_Ron…heu…salut… répondit le jeune Auror, le regard fixant un objet inconnu au loin.
Ron haussa les sourcils, surpris de voir Neville aussi distant.
_Hum, tu sais, je n'ai jamais eu l'occasion de remercier Luna, il faudra que vous veniez manger ici à l'occasion, maman sera ravie !
_Heu oui bien sûr…
Neville regardait toujours partout sauf dans sa direction. Agacé, Ron perdit patience.
_Bon Neville, qu'est-ce que tu as ?
Il vit son ami soupirer avant d'oser enfin le regarder.
_Je suis désolé Ron, pour l'autre fois, Seamus l'est tout autant que moi, on aurait dû se méfier…
_Ça va vieux, le coupa Ron, ce n'est pas de votre faute…
Le jeune homme s'efforça de paraître convainquant, en réalité, il leur en voulait toujours un peu. Mais il savait aussi que c'est injustifié. L'expression soulagée de Neville le culpabilisa.
_Merci Ron, je pensais que tu aurais envie de nous étriper, Seamus a même failli demander à changer de mission, mais Hermione est aussi notre amie, alors on est toujours là…
Ron se sentit embarrassé. Il avait toujours eu cette tendance à en faire trop, il en avait généralement conscience, même si ce n'était pas toujours dans l'immédiat, mais s'agissant d'Hermione, ce ne serait jamais trop. Lorsqu'elle avait lâché les crochets du basilic pour se jeter dans ses bras et l'embrasser, il y avait bientôt cinq ans, Ron avait d'abord cru qu'il était mort, que quelqu'un lui avait jeté un avada kedavra dans le dos. Mais le baiser fut si intense qu'il réalisa vite qu'il était bien en train d'embrasser celle dont il était éperdument amoureux depuis toutes ces années. Et ce jour même, celui de la mort de Fred, celui où tant de choses avaient changé, il s'était juré qu'il ferait tout pour qu'aucun des êtres qu'il aimait le plus au monde ne voit sa vie menacée. Son amour pour Hermione était si fort, si profond, que sa peur de la perdre était tout aussi présente, il avait rejoint les Aurors sans se poser de questions. C'était plus fort que lui, il refusait la simple idée d'être séparé d'elle, elle était devenue indispensable à sa vie, son existence toute entière tournait autour d'elle, vivait au rythme de ses joies et de ses peines. Bien sûr, ils se chamaillaient, cela faisait partie d'eux, ça les rassurait quelque part, de garder ces disputes, comme un repère dans tous les bouleversements auxquels ils avaient fait face. Bien sûr, Hermione était toujours aussi sure d'elle, et lui avait toujours aussi peu de tact, mais il avait malheureusement eu l'occasion de comprendre que rien n'était acquis et qu'une vie ne tenait qu'à un fil. Cette vérité le confortait dans la surprotection dont il faisait preuve à l'égard d'Hermione.
_Ho ho, Lucinda t'a repéré, souffla Neville avec un air amusé.
La jeune Auror venait en effet vers eux à grands pas. Ron ne put s'empêcher de jeter un regard à la fenêtre du bureau, en priant intérieurement pour qu'Hermione n'ait pas l'idée d'y jeter un œil.
_Ron comment vas-tu ?
_Hum, mieux merci… Bon, heu, Neville, on se voit plus tard, je vais rejoindre Hermione…
Il tourna les talons mais Lucinda décida de l'accompagner, tandis que, goguenard, Neville les regardait s'éloigner vers la maison.
_Tu penses reprendre le service bientôt ?
_Je l'espère ! ne put s'empêcher de s'exclamer Ron.
_Tu dois t'ennuyer là-haut… fit remarquer la jeune Auror en regardant en direction de la fenêtre du bureau au premier étage.
Ron eut une envie irrésistible de transplaner. Il n'était pas à l'aise du tout, sachant à quel point Hermione serait furieuse de les voir discuter, collègue ou pas collègue, il savait qu'elle avait raison, Lucinda était un peu trop « intéressée ». Et si de son côté, il n'en avait cure, il s'imaginait très bien à la place d'Hermione. Il l'avait expérimenté un peu trop souvent, avec Victor d'abord, puis avec McLaggen, il y a avait eu aussi cet élève de Poufsouffle, Jess quelque chose, Ron l'avait surpris en train de dire à ses amis qu'il allait demander à Hermione de sortir avec lui, peu avant la fin de leur sixième année, Jess avait alors eu le privilège de goûter à la jalousie made in Weasley, avec la complicité de Georges et Fred… Fred qui lui avait alors suggéré d'embrasser Hermione avant qu'un autre ne le fasse pour lui. Même Harry n'était pas au courant de cet épisode, dont Ron était particulièrement fier. Il aperçut soudain une chevelure rousse et une lueur d'espoir apparut.
_Ginny, hé, Ginny !
Sa jeune sœur, éreintée, venait d'arriver, elle se tourna vers eux et le visage de Lucinda se ferma aussitôt.
_Bon et bien à plus tard ! dit-elle froidement avant de tourner les talons pour retourner à son poste.
Soulagé, Ron offrit un sourire éclatant à Ginny.
_Comment tu te sens ?
_Tu viens de rentrer Ginny, tu n'es plus de garde ! répliqua Ron en essayant de marcher sans l'aide de sa béquille. Il faillit perdre l'équilibre à cause d'une plaie qui fragilisait sa jambe. Ginny le retint en passant un bras derrière son dos.
_Je ne suis plus de garde mais je suis toujours ta sœur !
Elle l'aida à rentrer et ils s'installèrent dans le salon. Ginny jeta un œil à sa mère, toujours affairée dans la cuisine. Ron et elle échangèrent un regard attristé. Ils connaissaient leur mère, si elle astiquait la cuisine à la main sans user de la magie, c'était pour ne plus avoir à penser. Molly finit par remarquer que sa fille était rentrée.
_Oh Ginny ma petite chérie ! Charlie a écrit, il a rencontré quelqu'un il arrive dans 15 jours pour nous la présenter ! Et figures toi que ta tante est d'accord pour te prêter sa tiare, il faudra évidemment voir quelle robe tu vas porter !
Ron vit sa sœur faire une grimace.
_Hum…Maman pourrait-on parler de cela plus tard ? Nous n'avons même pas fixé de date encore ! Et j'ai eu une nuit des plus épuisantes !
_Oh bien sur ma chérie, tu veux manger quelque chose ? Tu devrais aller dormir, tu es toute pâle mon ange ! Je vais te préparer un petit encas d'abord !
Mrs Weasley se précipita à nouveau aux fourneaux. Ginny se leva en faisant signe à Ron de la suivre en silence. Ils sortirent discrètement de la maison, puis la jeune femme poussa un soupir de soulagement.
_Ouf ! Dès qu'elle me voit, elle me parle de robe, de gâteaux, d'invités ! Je n'en peux plus !
Ron ricana.
_Tu ne pourras pas y échapper ! Je suis sûr que tante Muriel a une robe à te prêter pour ton mariage, tu te souviens de la robe qu'elle avait voulu prêter à Fleur, j'ai cru que Fleur allait s'évanouir !
Ils éclatèrent de rire à ce souvenir puis Ginny grimaça avec un frisson.
_Jamais je ne porterai cette robe, c'est un tas de froufrou et de nœuds rose, une horreur !
Elle mima un vomissement. Ils rirent de bon cœur. Ron regarda sa sœur, songeur.
_Dire que tu vas te marier avec mon meilleur ami…
Ginny lui sourit, radieuse, puis lui mit un coup dans l'épaule, lui arrachant un cri de douleur.
_Ne me joues pas le coup du grand frère ému ! Que dis-tu d'un peu d'exercice ?
Ron, surpris, continua à frotter son épaule douloureuse. Il vit que Ginny avait les yeux brillants d'émotion, mais aussi soulignés par des cernes.
_Tu as passé la nuit debout non ?
_Oui, enfin j'ai dormi un peu quand même, mais j'ai besoin de passer mes nerfs, deux balais, un souaffle, on fait juste quelques passes ! Tu ne peux pas marcher mais tu pourras voler, et on fera doucement, de toutes façons, il te faut de l'exercice !
Ron acquiesça, et ravi, suivit sa sœur vers la réserve où était rangé le matériel de Quidditch. Ginny était soudain devenue silencieuse et Ron remarqua à quel point elle était pâle en effet.
_La nuit a été stressante ? s'enquit-il en s'efforçant de garder un ton neutre.
Ginny lui jeta un coup d'œil puis soupira.
_Tu le sauras de toutes façons… Je voulais attendre que Kingsley t'en informe lui-même…
Ron sentit son cœur s'emballer. Ils s'arrêtèrent devant la porte de la réserve.
_Cette nuit, une jeune femme, dont les parents sont des Moldus, a été retrouvée grièvement blessée, les Mangemorts ont jeté son corps devant le Ministère, ils ne l'ont pas tuée parce que…parce qu'elle était chargée de délivrer un message à Hermione…
Ron sentit son sang se glacer alors que Ginny poursuivait.
_Je n'ai aucune idée de quel était le message, Kingsley nous le dira ce soir, mais j'en imagine la teneur, ils n'ont dû trouver personne pour la traduction alors ils essaient d'attirer Hermione par tous les moyens… Cette pauvre fille, elle a été torturée de toutes les manières possibles…
_Elle ne doit pas savoir ! s'écria Ron, poings serrés, imaginant avec terreur Hermione se jeter dans les bras des Mangemorts en espérant arrêter ces massacres.
_Je sais, soupira sa sœur, mais j'ai peur que nous ne puissions le lui cacher…Alohomora !
La porte de la réserve se déverrouilla et Ginny tendit un balai à Ron, qui s'appuya sur un mur pour l'enfourcher. Il s'envola de quelques centimètres et sentit un immense bien être l'envahir. C'était tellement plus simple que de se trainer sur cette fichue béquille de Moldus !
_Ron est ce bien prudent ? demanda Molly en regardant par la cuisine, ses yeux suivant avec anxiété son fils qui s'élevait dans les airs.
_Maman, je suis médicomage, je lui ai dit que c'était bon, intervint Ginny.
_Tu n'es encore qu'étudiante médicomage ! répliqua Molly d'un ton cinglant avant de refermer la fenêtre.
L'après-midi fut beaucoup plus intéressante pour Ron, jouer avec Ginny l'aidait à ne plus penser, à ce message qu'il brulait d'envie de connaître, à Kinglsey qu'il voulait rejoindre pour le supplier de ne rien dire à Hermione. Harry finit par rentrer et les rejoindre, l'air morose. Il éluda les questions d'un geste de la main.
_Plus tard, marmonna-t-il en quittant le sol sur son balai, je vous raconterai ça ce soir, pas envie de le raconter deux fois…Trois fois si on compte le rapport…
Décidemment, ils avaient tous besoin d'évacuer. Ron en voulut à son ami, il était visiblement au courant de quelque chose, sans doute en rapport avec ce dont Ginny lui avait parlé, il ne comprenait pas qu'il ne lui en parle pas, après tout lui aussi était un Auror. Il sentit la frustration gagner du terrain alors il se concentra sur le jeu, sur la douleur encore vive de ses plaies, sur la sensation de légèreté qu'il ressentait dès qu'il était sur un balai. Il avait alors l'impression de laisser ses préoccupations au sol, comme si son cerveau faisait une pause. Hermione avait demandé à ne pas être dérangée, il brûlait d'envie de la voir, de l'embrasser, comment pouvait-elle autant lui manquer au bout d'une poignée d'heures seulement !
_Je peux jouer avec vous ?
Ron grimaça. Lucinda venait d'enfourcher un balai et de les rejoindre. Ginny et Harry échangèrent un regard narquois. Et au bout de quelques minutes seulement, Ron vit Hermione sortir comme une furie de la maison. Avec stupeur, il la vit s'attacher les cheveux, saisir un balai et les rejoindre dans les airs. Ginny avait du mal à se retenir de rire, mais Ron nota qu'Harry évitait soigneusement de croiser le regard de son amie. Il sentit la morsure familière de l'inquiétude attaquer ses entrailles.
Lucinda lançait un regard amer à Hermione, laquelle ne se démonta pas et vint se placer assez maladroitement auprès de Ron.
_Hermione, qu'est-ce que tu fais ?
_Je joue au Quidditch, ça ne se voit pas ? répliqua la jeune femme d'une voix un peu plus aigüe qu'à l'ordinaire.
_Hum, Hermione, tu as le vertige et tu ne sais PAS jouer au Quidditch…
La sueur perla à son front lorsqu'elle jeta un regard vers le vide en dessous d'elle. Mais elle se ressaisit.
_Et bien il n'est jamais trop tard ! Je n'avance pas, j'ai besoin de faire une pause !
_Hermione je t'en prie, tu risques de te blesser !
_Ron je te rappelle que tu es en convalescence et pourtant tu es là ! Alors moi aussi !
Le jeune homme ne sut que répondre. Ginny lança le souaffle, Lucinda voulut l'intercepter, mais Hermione jaillit alors et réussit à s'en saisir d'un bras, l'autre main agrippée au manche de son balai.
Avec un sourire satisfait, Hermione lança le souaffle à Harry, qui l'attrapa aisément. Hermione faillit perdre l'équilibre et Ron dut fermer les yeux pour calmer son angoisse. Harry le lança à Lucinda, qui l'attrapa cette fois et le lança en direction de Ron, lequel le lui renvoya, Lucinda avait le visage tendu, elle l'intercepta le souaffle et le renvoya brutalement dans un même geste en direction d'Hermione. La jeune femme reçut le souaffle en plein sur le visage et déséquilibrée, elle tomba de son balai avec un cri.
_Hermione !
Harry, Ron et Ginny plongèrent en avant.
_Levicorpus ! gronda la voix de Kingsley.
Ils n'avaient pas vu le directeur arriver et ils remarquèrent que le soleil n'était pas loin de se coucher. D'un geste de sa baguette, il déposa avec douceur Hermione sur le sol. Ron atterrit aussitôt et claudiqua tant bien que mal jusqu'à la jeune femme, qui tremblait encore, pour la serrer contre lui.
_Bon sang Hermione, tu veux ma mort, souffla le jeune homme.
Un énorme bleu commençait à marquer une large moitié de son visage, mais si la douleur devait être bien présente, Hermione fixait avec une rage non dissimulée Lucinda qui atterrit derrière eux avec un air confus.
_Hum je suis désolée Miss Granger…
_Je devrais pouvoir arranger ça, marmonna Ginny après avoir lancé un regard meurtrier à la jeune Auror.
_Lucinda, nous parlerons de tout cela plus tard, trancha Kingsley, en lui donnant congé. Miss Granger, nous avons à parler…
Hermione le regarda, quelque chose dans l'intonation de sa voix l'alerta. Ils pénétrèrent dans la maison, laissant Lucinda s'éloigner pour transplaner, l'air contrit.
Molly les accueillit avec un claquement de langue réprobateur quand elle vit son fils boiter sans béquille et Hermione blessée. Ginny voulut la soigner, mais Hermione était bien trop effrayée par ce que Kingsley avait à lui dire.
_Plus tard Ginny… dit-elle en l'écartant doucement.
Ron attendit avec angoisse que sa mère finisse de servir du thé à tout le monde. Molly finit par s'installer dans un canapé, les mains liées, son regard allant d'un visage à l'autre sans s'arrêter.
_Arthur a été retenu au Ministère, annonça Kingsley, étant donné les derniers évènements…
_Que se passe-t-il ? le coupa Hermione, n'y tenant plus.
Ron lui prit la main et attendit aussi, scrutant le visage d'Harry. Son ami fixait ses genoux avec un air sombre et cela ne présageait rien de bon.
_Cette nuit, aux alentours de deux heures du matin, un corps a été retrouvé. Une jeune femme du nom de Melissa Gordon, signalée disparue par ses parents Moldus il y a environ une semaine. Melissa travaillait à Godric's Hollow comme secrétaire… Les Aurors en poste l'ont aussitôt envoyée à Sainte Mangouste où elle a été prise en charge, j'ai été prévenu, car cette jeune femme n'a pas été déposée par hasard devant le Ministère, les Mangemorts voulaient qu'on la retrouve…
Hermione avait la bouche sèche et intégrait péniblement les paroles de Kingsley. Ron lui passa un bras protecteur autour des épaules, il voulait l'emmener, ne pas écouter la suite, ne pas en rajouter à sa souffrance.
_Elle était porteuse d'un message, un message qui vous était adressé Miss Granger… Je dois vous prévenir Miss Granger, vous risquez d'avoir un choc…
Kingsley sortit une large enveloppe de son manteau, hésita puis finit par la tendre à Hermione.
Les mains tremblantes, les regards interrogateurs fixés sur elle, elle entreprit de l'ouvrir. Elle en sortit un bout de papier sur lesquels étaient écrits les simples mots « sang de bourbe ». Ron, mâchoire serrée, posa le mot sur la table. Le visage d'Hermione perdit soudain toute couleur. Elle avait sorti des photos de l'enveloppe, des photos représentant à chaque fois les mêmes personnes. Un couple, à la plage, en voiture, en train de faire leurs courses, pris en photo à leur insu. Un couple que Ron connaissait.
Il resserra son étreinte, il sentait la rage emplir chacune de ses veines, il vit Harry relever enfin la tête, l'air peiné et dans une rage proche de la sienne. Ginny se leva pour s'asseoir près d'Hermione en lui prenant son autre main.
_Papa, maman…chuchota Hermione, ses yeux pleins de larmes toujours fixés sur les visages détendus et souriants de ses parents.
