Et voilà Une longue suite avant les vacances ! En effet, le prochain chapitre sera publié fin aout début septembre pour cause de pause estivale ! J'espère que vous serez au rendez-vous ! Et surtout, après un chapitre 16 volontairement calme, j'espère que vous apprécierez ce chapitre ci, bien plus…animé !

Kate, merci pour tes encouragements, en effet, le chapitre 16 était une petite parenthèse, le calme avant la tempête !

Bonne lecture à tous, et lâchez-vous sur les reviews pendant les vacances !

Le visage émacié, aussi pâle et pointu qu'auparavant, Drago Malefoy était recroquevillé dans un coin de sa cellule, le regard perdu dans le vague. Ron l'observait, sans parvenir à éprouver de la pitié ou de la compassion. Depuis le premier jour, Drago s'était montré à la hauteur de son père, malfaisant, méchant, sournois. Il était un Malefoy, un ancien Mangemort, un fugitif, un lâche, le neveu de celle qui avait torturé Hermione, le fils de celui qui les avait rabaissé tant de fois. Près de lui, Harry était plongé dans la même contemplation, une expression indéchiffrable sur le visage. Kingsley n'avait pas semblé surpris de les voir tous les deux, Ron en revanche commençait à sérieusement se demander s'il arrivait au directeur des Aurors de dormir parfois… Le Ministère était silencieux et plongé dans l'obscurité, il restait quelques heures avant que les employés ne reviennent envahir les couloirs. Seule une poignée d'Aurors occupaient encore les bureaux, les autres étant en mission ou au repos. Ils sentirent plus qu'ils ne virent Neville. Il se positionna à leurs côtés, face à Drago, qui ne les voyaient pas à travers la vitre.

_Seamus m'a envoyé un hibou, souffla Neville, je voulais le voir de mes yeux…

Les trois amis restèrent silencieux un instant. Neville le brisa à nouveau.

_Ça fait drôle, vous ne trouvez pas ?

Ron hocha lentement la tête. Ils virent Kingsley entrer dans la cellule, accompagné d'un autre Auror. Drago se redressa et les regarda se placer devant lui, les yeux plissés.

_Malefoy, nous avons quelques questions à vous poser…annonça le directeur des Aurors, d'une voix basse et calme.

_Où est-il ? demanda Drago du tac au tac.

Son regard se porta au-delà de Kingsley, sur le miroir auquel il tournait le dos, sur Harry, Ron et Neville, invisibles derrière la vitre sans teint, et qui eurent malgré tout un mouvement de recul.

_Je veux lui parler, à lui et seulement à lui…déclara Drago en croisant les bras, dans un sursaut d'arrogance.

Il était amaigri, semblait sur le qui-vive, comme un animal traqué. Ses yeux parcouraient nerveusement tout ce qui l'entourait, ses mains tremblaient légèrement.

_Vous n'êtes pas en mesure de dicter vos conditions, répondit Kingsley en fronçant les sourcils.

_Je ne parlerai qu'à Potter… répliqua Drago sans ciller.

_Sale petit cafard…marmonna Ron.

Il vit alors avec stupeur Harry se diriger vers la porte de la cellule. Il se précipita derrière lui tandis que Neville se rapprochait de la vitre pour mieux voir ce qui allait se passer. Harry entra dans la salle, suivi de Ron. Drago ne put s'empêcher d'avoir un sourire triomphant, que Ron eut aussitôt envie de lui faire ravaler à coups de poings. Kingsley soupira en secouant la tête.

_Vous êtes sûr Potter ?

Harry hocha lentement la tête, sans détourner son regard de celui de Drago. Kinglsey fit un signe et ils sortirent, laissant Ron et Harry seuls face au prisonnier.

_Tu voulais me voir… demanda Harry.

Ron fut surpris par le calme qu'il décelait dans la voix de son ami. Lui-même fulminait et ne voulait qu'une seule chose, frapper l'être abjecte qui se trouvait devant lui, lui arracher la vérité et retourner auprès d'Hermione.

_Pourquoi m'avez-vous arrêté ? demanda soudain Drago.

Ron faillit éclater de rire.

_Toujours aussi drôle Malefoy ! Laisses-moi réfléchir… Tu es un Mangemort, tu as aidé Voldemort, tu es en fuite… Je me demande bien pourquoi on t'arrête !

Drago lui lança un regard chargé d'une colère qui déforma ses traits.

_Je n'avais pas le choix Weasley ! Il nous tenait ma famille et moi ! Si nous n'obéissions pas, il nous aurait tués, nous serions morts !

_Comme mon frère est mort espèce de lâche, cracha Ron, parce qu'il a choisi de combattre Voldemort, lui !

Drago se tut, et Ron fut surpris de constater qu'il baissait les yeux, avec ce qui ressemblait à du remord. Vaguement intrigué, il laissa Harry intervenir.

_Pourquoi tu voulais me voir ? répéta son ami.

Drago sembla hésiter, son regard passant de Ron à Harry.

_Parce que toi tu me crois, tu sais que je n'avais pas le choix… dit-il enfin.

Harry haussa les sourcils.

_Tu te trompes, on a toujours le choix…

Drago baissa de nouveau la tête. Il avait soudain perdu son arrogance.

_Que sais-tu à propos des attaques ? demanda sèchement Ron.

Drago leva les yeux vers lui, visiblement surpris.

_Les attaques ? Je ne sais rien ! Je n'étais même pas au courant jusqu'à ce que je revienne en Angleterre il y a deux jours !

_Pourquoi es-tu revenu alors ?

Drago se mit à se ronger machinalement le pouce, son regard se perdit dans le vague.

_Réponds !

_J'en avais assez de vivre comme un fugitif ! Mes parents sont restés en…à l'étranger…Je…Je veux vivre ici, je veux une vie normale…

Cette fois ci, Ron éclata franchement de rire.

_Oui, une vie normale de prisonnier t'attend à Azkaban, s'exclama-t-il, les poings serrés.

Drago blêmit et tourna les yeux vers Harry, qui ne disait rien, se contentant d'observer. D'un côté, il le méprisait, comme Ron il n'éprouvait que du dégoût pour celui qui les avait tant tourmentés pendant leurs années d'étude à Poudlard. D'un autre côté il avait de la compassion pour Drago, après tout, celui-ci n'avait pas choisi sa famille, il avait juste laissé la peur lui dicter sa conduite. Il ne l'avait pas dénoncé au Manoir des Malefoy après leur capture par des Rafleurs, il n'avait jamais voulu tuer, il voulait juste vivre et aider ses parents à vivre…

_Ecoutez, je sais juste qu'ils sont encore là et qu'ils s'en prennent aux Sangs de b…

Drago s'interrompit devant le regard glacial de Harry et celui, meurtrier, de Ron.

_Je…Vous…Croyez-moi, balbutia-t-il, je n'ai aucun intérêt à travailler avec eux, ils nous voient comme des traitres et ce que je sais, je le tiens de la Gazette du Sorcier… Ecoutez, je suis prêt à…à racheter mes fautes… s'il vous plait, pas Azkaban, ajouta-t-il précipitamment quand il vit Ron se diriger vers la sortie.

Harry croisa les bras et regarda attentivement Drago.

_Tu échapperas à Azkaban, si tu nous aides à démasquer qui se cache derrière tout ça… Tu vas infiltrer les Mangemorts…

Le visage de Drago se vida de toute couleur. Ron dévisagea Harry avec surprise.

_Quoi ? Je…Non ! Ils vont me tuer, s'écria Drago avec désespoir.

_Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien, tu es des leurs après tout ! ne put s'empêcher de répliquer Ron, malgré sa surprise.

_Je ne suis pas un Mangemort, je n'ai jamais tué personne ! protesta Drago, mal à l'aise.

_Ah oui, et cette marque sur ton bras c'est quoi ? Une tâche de naissance ? railla Ron avec un sourire teinté d'ironie.

_Je n'avais pas le choix ! Mon père aurait été tué sinon ! Vous auriez fait quoi à ma place ?

Ron et Harry échangèrent un regard troublé. Drago marquait un point, ils savaient pertinemment qu'ils étaient prêts à tout pour sauver les gens qu'ils aimaient, ils ne savaient pas où serait leur limite, mais Ron songeait farouchement que si l'on s'en prenait à sa famille, à Hermione, à Harry, il serait prêt à tout pour leur sauver la vie… Drago n'avait pas tort, se dit-il avec amertume. Harry fut le premier à sortir de ses pensées.

_Ecoutes, ce sera ta seule chance de t'en sortir, à toi de voir…

_Mais c'est du suicide ! Weasley, si ta précieuse Sang de bourbe est visée par les Mangemorts, alors elle n'a aucune chance, désolé !

Ron s'avança vers Drago, poings serrés, mâchoire tendue. Drago eut un mouvement de recul, la peur se lisait dans son regard. Ron n'était plus un adolescent trop grand et trop maigre, gauche et incertain. Il dominait Drago d'une bonne tête, et sa musculature se devinait aisément à travers le fin tee-shirt qu'il avait enfilé à la hâte avant de transplaner.

_Ne l'appelles plus jamais comme ça, tu entends abominable faux jeton… Nous avons déjà vaincus tes petits copains, nous les vaincrons à nouveau…

Drago secoua la tête avec un sourire sans joie.

_Cette fois c'est différent, tu le sais Weasley, toi aussi Potter, vous savez que cette fois, ils sont beaucoup plus dangereux… Je ne veux pas faire parti de tout ça !

_A toi de voir Malefoy, Azkaban ou une chance de retrouver une vie normale en homme libre…Et la seule occasion que tu auras de faire le bien…

Livide, Drago les regarda sortir de sa cellule en silence. Une fois dehors, Harry et Ron s'empressèrent de s'isoler dans leur bureau.

_Je ne lui fais pas confiance, marmonna Ron.

_Moi non plus, mais il représente une chance inespéré de découvrir qui est derrière tout ça ! Nous n'avons rien à perdre…

_Il pourrait en profiter pour les rejoindre pour de bon !

_J'y ai pensé, mais quand bien même, il ne sait rien, il ne leur apportera aucune information…

Ron soupira. Dans deux jours auraient lieu les commémorations, dans le parc de Poudlard, ils célébreraient les cinq ans d'une paix relative et fragile, cela ferait cinq ans que leurs proches avaient disparu. Remus, Tonks, Colin, Fred… Georges avait repris goût à la vie grâce à Angelina, ouvrant même un nouveau magasin à Prè au Lard, que gérait Lee Jordan pendant que Georges restait au magasin principal du chemin de Traverse, aidé de Bill. Son frère jumeau lui manquait incontestablement, le travail était devenu une échappatoire, un moyen de ne plus trop penser, de ne pas sombrer face à ce manque viscéral. Et en même temps, il était bien décidé à honorer sa mémoire. Ron avait vu son frère aîné passer par plusieurs étapes dans les mois qui avaient suivi la mort de Fred : la tristesse, le désespoir, l'abattement puis enfin, la colère, quand Angelina avait enfin réussi à le faire parler, une colère qui avait été salvatrice. Ron lui-même ne devait son salut qu'à la présence d'Hermione à ses côtés, à chaque instant, à chaque étape du deuil, elle avait été présente, tantôt discrète, tantôt l'entourant de ses bras. Mais il sentait que sa colère à lui n'était pas encore passée, même après toutes ces années. Fred ne méritait pas de mourir, il méritait de vivre, de rire encore, d'épouser Alicia ou Katie, de le taquiner sur son amour démesuré pour Hermione. C'était tellement injuste, Drago était là, à quelques mètres, vivant, alors qu'il n'avait été qu'un lâche, aveuglé par sa peur et son mépris de la vie, Fred, lui se battait pour ce qui était juste, depuis toujours, et il en était mort. Ron le savait, il ne supporterait pas une autre perte. Drago avait semé la panique dans son esprit, même s'il n'en laissait rien paraître. Le fugitif avait, sans le savoir, attisé les pires peurs de Ron…

Il trouva Hermione dans son bureau, comme toujours. La pièce avait longtemps servi de débarras, et quelques caisses envahissaient encore l'espace. Ron s'installa sur l'une d'elle, faisant craquer le bois abimé par l'humidité, et sursauter la jeune femme. Elle releva brusquement la tête et son visage s'éclaira. Elle se précipita sur Ron et lui sauta au cou, manquant le renverser. Ron rit de bon cœur ne la serrant contre lui.

_Que me vaut cet honneur ?

_Je n'aime pas quand je me réveille et que tu es déjà parti, j'étais inquiète…

Ron ferma les yeux, savourant le contact de son corps contre le sien, le nez dans ses boucles au parfum dont il ne se lasserait jamais. Comment avait-il pu attendre autant d'années avant de lui révéler ses sentiments, comment avait-il pu jusque-là se passer de ses bras, de ses lèvres, de son corps ? Hermione s'écarta légèrement et le regarda avec un air soucieux.

_Comment te sens-tu ? Tu as à peine dormi et tu es encore blessé…

Le jeune homme lui offrit un sourire rassurant.

_Je vais bien Hermione, ma jambe est presque remise, le reste a bien cicatrisé, et j'ai assez dormi pendant ma convalescence… Je vais pouvoir reprendre mon poste je pense !

Il disait vrai, retourner au Ministère l'avait grisé, et l'action lui manquait. Hermione posa une main sur sa joue mal rasée et planta ses yeux dans ceux de Ron. Elle hésita puis demanda.

_Tu l'as vu ?

Ron hocha la tête et lui raconta la brève entrevue qu'Harry et lui avaient eue avec Malefoy. Il termina par l'étrange idée d'Harry. Hermione réfléchit un instant. Quelques rayons de soleil perçaient à travers les volets entrouverts, et venaient danser sur le visage de la jeune fille, l'auréolant de lumière. Ron songea qu'il n'avait jamais vu de spectacle aussi magnifique. Ses grands yeux noisettes en amande, sa peau, si douce, si parfaite, ses boucles retenues par une simple pince… Il eut besoin d'un temps pour comprendre ce qu'Hermione lui disait.

_Ce n'est pas une si mauvaise idée, Harry a raison, je pense… Drago est plus lâche que méchant…

_Il a déjà été odieux avec nous, avec toi surtout, lui rappela Ron, légèrement agacé.

La jeune femme haussa les épaules.

_Je sais… Mais il n'a tué personne, il a le droit à une seconde chance…

Comme Ron ne répondait pas, se contentant d'afficher un air contrarié, elle retourna s'asseoir avec un soupir. Des éclats de voix leur parvinrent du rez de chaussé.

_On dirait que Charlie et Anna sont rentrés de leur visite chez Fleur et Bill…

Anna, la petite amie de Charlie, avait tout de suite attiré l'affection des Weasley et d'Hermione. Chaleureuse, elle était d'une douceur et d'une gentillesse inouïe, en voyant sa frêle silhouette, il était impossible de deviner qu'elle était dresseuse de dragons. Elle avait quitté une réserve de dragons en Argentine pour rejoindre celle de Charlie il y avait maintenant deux ans. Charlie la connaissait déjà vaguement, elle était chez Poufsouffle à Poudlard, ils ne se fréquentaient pas à l'époque, mais ils étaient rapidement tombés amoureux.

_Sur quoi tu travailles ? demanda Ron quand il vit la jeune femme replonger dans ses notes.

Hermione finit sa lecture avant de répondre.

_Je veux comprendre… Je veux dire, très bien, ils ont besoin du sang d'Harry pour le rituel de résurrection… Mais logiquement, ils devraient avoir besoin d'un…reste de Voldemort…

Ron fronça les sourcils. La dépouille de Voldemort avait été incinérée dans un endroit tenu secret, et ses cendres dispersées à travers le monde, dans les océans, afin d'être sûr qu'il ne reste rien.

_C'est impossible… Il ne reste rien…

_C'est ce que j'essaie de comprendre, j'ai pu me procurer des copies des rapports de l'époque, je veux m'assurer que personne n'a pu détourner des cendres… répliqua Hermione.

Cette idée leur glaça le sang. Cela impliquerait une traitrise de plus dans leurs rangs. Ron se leva, lui déposa un baiser sur le sommet de la tête et lui murmura.

_Je t'aime…

_Ron ?

_Oui ?

_Des nouvelles de…de mes parents ?

Sa voix avait tremblé malgré elle et Ron en eut le cœur brisé. Il secoua la tête.

_Ils sont sous haute protection, ils vont bien ne t'inquiètes pas…

Hermione se tut, elle s'inquiétait, indéniablement, elle ne pouvait pas faire autrement.

…..

Ron regarda les tours de Poudlard s'élever dans le ciel devant lui, défiant les nuages depuis des siècles. La vision familière du château anima son cœur d'un tourbillon de souvenirs, son premier jour au château, le garçon à la cicatrice qui devint son meilleur ami le temps d'un voyage en train, cette fille indécemment intelligente et si agaçante, pour laquelle il ressentait un inexplicable instinct de protection, le troll, le bal et Hermione, éblouissante mais au bras d'un autre, le Basilic, Hagrid et la forêt interdite, l'arbre Cogneur, Buck, Sirius, Remus, les Noëls à ouvrir leurs cadeaux ensemble dans la salle Commune, les sorties à Pré au Lard copieusement arrosées de Bieraubeurre, les matchs de Quidditch, sa jalousie maladive dès qu'un garçon approchait Hermione, une jalousie qui lui avait valu de se coltiner Lavande_celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom comme se plaisait à l'appeler Ginny devant Hermione_ pour se « venger » du premier baiser supposé entre Hermione et Viktor… Son enfance et son adolescence étaient là, dans ses murs, reconstruits pour certains, portant encore les stigmates de la grande bataille pour d'autres.

Une foule compacte se pressait dans le parc, des groupes arrivaient sans cesse par Portoloin, les gens se saluaient, certains s'étreignaient en laissant échapper quelques larmes, et tous convergeaient vers le monument aux morts, sous le regard attentif d'une brigade d'Aurors.

Ron sentit la main d'Hermione se glisser dans la sienne. Devant eux, la famille Weasley au complet avançait d'un seul pas. Il vit ses parents, étroitement enlacés, le visage pâle et grave. Georges et Angelina marchaient près d'eux, suivi d'Harry et de Ginny. Bill, Fleur, Charlie, Anna et Percy, tous suivaient derrière Ron et Hermione.

Le monument leur apparut soudain derrière une rangée de cyprès. Il s'agissait de quatre stèles, sculptée dans une pierre d'un blanc éclatant, sur lesquelles étaient gravés les noms des disparus, victimes d'une guerre sournoise et sans merci. Devant ces stèles, au centre, se trouvait une flamme perpétuelle, un enchantement lui permettait de ne jamais s'éteindre, même par temps de pluie. Cette flamme reposait sur les bras convergeant de quatre statues, chacune représentant les maisons de Poudlard. Ron eut soudain du mal à déglutir. Il savait que le nom de son frère était gravé sur cette pierre, il connaissait son emplacement par cœur. Hermione lui lâcha la main pour lui passer un bras autour de la taille, comme pour le soutenir. Il eut une étrange envie de rire, elle était si minuscule face à lui, si fragile, ce n'était pas à elle de prendre soin de lui, c'était à lui de veiller sur elle. Il vit Harry et Ginny se diriger à grands pas vers un garçonnet dont les cheveux passaient sans cesse du rouge au bleu, qui lâcha la main de sa grand-mère pour se jeter dans les bras de son parrain. Teddy n'avait que cinq ans mais Théodora Tonk tenait à ce que son petit-fils assiste à chaque cérémonie et comprenne bien à quel point ses parents étaient des héros. Des rangées de chaises avaient été disposées dans le parc, face au monument. Des Centaures se tenaient à l'écart, les créatures du lac Noir attendaient à la surface, les fantômes de Poudlard formaient une étrange haie d'honneur face au monument. Nick Quasi Sans Tête leur adressa un petit signe.

_Oh, regardes, Hagrid est là ! s'exclama Hermione avec un air réjouit.

Le garde-chasse leur adressa de grands signes, manquant assommer une sorcière qui s'éloigna de lui avec un air digne et un regard assassin.

_Je suis content de vous voir les amis ! Vous ne venez pas souvent par ici ! s'écria Hagrid lorsque Ron et Hermione furent à sa hauteur. Où est Harry ?

Il les étreignit avec force tous les deux en même temps.

_Avec Teddy, répondit Hermione en reprenant son souffle, et vous, comment allez-vous Hagrid ?

_Bien, bien, les premières années me donnent du fil à retordre, certains me rappellent vous trois tiens, trop curieux pour leur bien ! Remarquez, je me plains, mais j'aime ça, ça me rappelle le bon vieux temps…

Leurs regards convergèrent vers le lac, avec en son centre l'île sur laquelle reposait Dumbledore.

_Mais les choses ont changé, hein, poursuivit Hagrid en s'asseyant sur un banc plus grand que la moyenne, posé là à son intention. Vous avez bien grandi tous les trois, regardez-vous, un vrai petit couple, remarquez, on savait tous que ça finirait comme ça, il suffisait de vous voir vous manger le nez à longueur de temps… Et toi Ron, tu es devenu impressionnant, les Aurors doivent être fiers de te compter parmi eux… Hermione, ma jolie Hermione, tu fais tellement de bien autour de toi…

Ron et Hermione échangèrent un sourire. Hagrid semblait ému, il sortit un énorme mouchoir de sa poche, l'équivalent d'une nappe, dans une couleur impossible à définir, et se tamponna les yeux.

_Ils me manquent…tous, expliqua-t-il, Albus Dumbledore, Fred, Remus et Tonks… Je n'arrive pas à croire que ça fait déjà cinq ans, pour moi c'était hier…

Ron et Hermione entourèrent leur ami, lui tapotant maladroitement le dos. Ils ressentaient la même chose, la peine était encore si présente, si vive…

_Allez les enfants, filez rejoindre vos places, ça ne va pas tarder…

Ron et Hermione s'éloignèrent en direction des Weasley, tandis que Madame Maxime arrivait tout juste et allait s'installer auprès d'Hagrid après les avoir salués, Fleur surtout. Elle lui prit tendrement la main. Le professeur McGonagall, actuelle directrice de Poudlard, fit son entrée. Son regard croisa celui d'Harry, puis de Ron et Hermione. Elle leur adressa un bref signe de la tête et monta sur l'estrade installée pour l'occasion, tandis que le silence gagnait peu à peu les rangs. Kingsley était là, ainsi que le Ministre de la Magie, un homme chétif mais au charisme certain, qui avait lutté sans relâche contre les Mangemorts pendant la guerre.

Ron reconnut également Dean, Dennis, le jeune frère de Colin, entouré de ses parents, Monsieur Lovegood, il vit Luna et Neville, main dans la main, qui étaient sur la même rangée qu'eux, Seamus avait préféré rester dans les rangs des Aurors chargés de la sécurité. Il ne put s'empêcher de jeter un regard nerveux autour de lui. Il avait le sentiment qu'Hermione était trop exposée, et cette idée l'angoissait. Hermione mit la tension qu'elle lisait sur son visage sur le compte de la cérémonie, qui leur rappelait à tous avec une netteté cruelle et sans appel que leurs proches ne reviendraient pas.

_Mesdames, Messieurs…commença le professeur McGonagall.

Elle marqua un temps d'arrêt.

_Il y a cinq ans, poursuivit-elle, ce parc, ces murs, cette école furent les témoins de l'une des batailles les plus sanglantes de l'histoire. Face aux forces les plus maléfiques, les plus obscures, des vies ont été sacrifiées. Il y a cinq ans, un combat sans merci opposa le bien au mal, et nous sommes pour la plupart des survivants, nous avons pour la plupart été témoins du courage sans égal, de la loyauté sans failles, de nos amis disparus. Nous avons tous un enfant, un frère, une sœur, un époux, une épouse, un neveu, une nièce, un parent, qui ont été victimes de cette effroyable bataille. Cinq ans plus tard, nous voici réunis comme chaque année pour honorer leur mémoire, nous rappeler d'eux comme des êtres aimants, dotés d'un cœur et d'une bravoure à toute épreuve. Cette cérémonie est l'occasion de nous rappeler la raison de leur sacrifice : ils se sont battus pour un monde juste, un monde uni, un monde sûr. Vous le savez, la lutte n'est pas finie, et pour que le sang versé ne soit pas vain, nous avons toutes et tous le devoir de continuer à nous battre pour préserver la paix. Aider son prochain, respecter la vie, chaque vie, protéger ceux qui en ont besoin, s'entraider et s'unir, voilà ce que nos disparus attendent de nous.

Elle se tut à nouveau. Des sanglots et des reniflements s'élevaient de l'assemblée, Mrs Weasley pleurait en silence, revivant la découverte du corps sans vie de son fils, de son petit garçon qui ne rirait plus jamais. Des larmes roulaient sur les joues de George, de Percy, de Ginny, Harry contenait les siennes avec peine et Mr Weasley avait baissé la tête, dissimulant ainsi son visage. Hermione, les larmes débordant sur son visage, se serra d'avantage contre Ron, qui fixait la scène, le visage pâle et tendu, comme Charlie et Bill.

_Leur amour, reprit doucement McGonagall, et leur foi en l'avenir doivent nous servir de guide. Rappelons-nous d'eux, faisons leur honneur.

Elle recula alors d'un pas et une élève en septième année de Poudlard s'avança sur l'estrade, et déroula un long parchemin.

_Anabel Aaron…

Le premier nom marqué sur la stèle se mit à scintiller.

_Jonathan Arabac…Matthew Bulman…Colin Crivey… Dobby, elfe libre… Penny Fine…

Un à un, les noms scintillèrent sur les stèles. A chaque nom, un sanglot s'élevait, une famille pleurait. La liste était longue, interminable, aucune victime n'était oubliée.

_Nymphadora Tonks-Lupin…Fred Weasley…

Ron eut l'impression que la plaie laissée par la mort de Fred venait de s'ouvrir à nouveau. Il retint ses larmes, sentit la tête d'Hermione sur son épaule, secouée de sanglots. Il vit son père prendre sa mère dans ses bras. Hagrid se moucha bruyamment, d'énormes larmes ruisselant dans sa barbe.

_...William Zarinsk…

Le dernier nom des stèles scintilla. Un chœur d'élèves s'était formé pendant ce temps-là et entonna un chant, doux, triste. Lorsque le chant s'éteignit, le professeur McGonagall, les yeux rouges, reprit sa place sur l'estrade.

_Mes chers amis, je vous invite à faire honneur au buffet… Merci à toutes et à tous de votre présence…

Les gens se levèrent peu à peu de leur siège, certains en soutenant d'autres, et se dirigèrent vers les tables chargées de mets qui étaient apparues sur les bords du lac Noir. Ron resta assis, il avait l'estomac noué, et était incapable d'avaler quoique ce soit. Tous s'étaient levés à l'exception de Georges et lui.

_Je vais avec les autres, lui souffla Hermione à l'oreille.

Il voulut la retenir mais il vit son frère seul, à quelques sièges de lui. Il se leva et alla le rejoindre. George lui sourit tristement, les joues portant encore les stries humides laissées par les larmes.

_Fred aurait trouvé ça d'un ennui mortel…

Ron lui rendit son sourire.

_Il me manque…dit-il d'une voix étranglée.

_A moi aussi, Ron… Mais tu sais quoi ? Il nous aurait botté les fesses en nous voyant dans cet état… L'autre jour, sur sa tombe, je lui ai raconté où en étaient nos recherches à Lee et à moi sur les nouvelles potions métamorphomagiques, et j'aurais juré l'entendre rire quand je lui ai parlé des effets secondaires sur Lee…

_Il doit sacrément les faire marrer là-haut… dit Ron avec un petit rire.

George passa un bras autour des épaules de Ron et le serra contre lui.

De loin, Hermione assista à cette étreinte, émue. Les Weasley étaient si unis, il y avait un tel amour dans leur foyer qu'elle se sentait incroyablement chanceuse de faire presque partie de la famille.

_Miss Granger ?

La jeune femme se tourna vers l'élève qui l'avait interpellée. Un adolescent chétif tenait dans ses mains un livre qu'elle reconnut comme étant l'un de ses essais sur l'égalité entre créatures magiques et sorciers. Il rougit et se mit à bégayer.

_Heu…Est-ce que… Est-ce que vous pourriez me dédicacer ce livre ?

Hermione ne put s'empêcher de sourire, flattée.

_Bien sûr… Par contre je n'ai pas de plume sur moi…

_Oh… Heu, venez j'ai laissé mes affaires par là-bas, si ça ne vous dérange pas…

Hermione, attendrie, secoua la tête.

_Absolument pas, je te suis…

Elle jeta un œil à Harry en grande discussion avec Dean et Luna. Ginny était blottie entre sa mère et Bill. Tout le monde était plongé dans des discussions. Elle emboita le pas à l'élève, qui rougissait de plus belle.

_Comment t'appelles tu ?

_Heu…James McCorner, Miss… Je suis en troisième année…

Il était si intimidé que le livre faillit lui échapper des mains à plusieurs reprises.

_Je… Je suis un grand fan… balbutia-t-il, j'ai dévoré vos livres…

_Lequel as-tu préféré ? demanda Hermione avec bienveillance.

_ « L'égalité, un devoir », nous l'avons même étudié en cours de soin aux créatures magiques avec Hagrid… Mes parents aussi sont Moldus…

Hermione sourit, puis réalisa que la foule était restée derrière eux et qu'ils étaient à la lisière de la forêt Interdite.

_Heu…James ? Pourquoi nous amènes-tu ici ?

L'adolescent eut un sourire timide.

_J'étais installé un peu plus loin entre deux arbres, j'aime bien venir ici étudier ou juste lire, c'est tranquille, et après il y a eu la cérémonie, j'ai tout laissé là-bas…

Hermione hésita. Elle aussi avait toujours aimé la tranquillité pour étudier ou lire, mais pour cela, il y avait la bibliothèque ou son dortoir quand Lavande et Parvati étaient trop occupées à suivre les garçons. Elle jeta un œil derrière elle, les Aurors patrouillaient toujours, deux d'entre eux la regardèrent. Elle leur fit un signe rassurant, ils hésitèrent puis gardèrent leur position sans toutefois les quitter des yeux.

_Heu… Vous préférez attendre là ? Je reviens tout de suite !

Cette proposition rassura la jeune femme.

_Non ça va, je t'accompagne, mais tu sais, ce n'est pas très prudent, ce n'est plus interdit de venir dans la forêt seul ?

L'élève haussa les épaules, vaguement gêné.

_Je reste à la lisière, Hagrid dit qu'on ne craint rien tant qu'on ne s'aventure pas au cœur de la forêt…

Hermione se mordilla les lèvres. Hagrid n'était pas vraiment une référence en matière de sécurité.

Ils laissèrent une rangée d'arbres derrière eux, le brouhaha des invités leur parvenait très clairement. James montra un sac entrouvert posé au pied d'un grand chêne.

_Mes affaires sont là…

Ils s'approchèrent, l'adolescent s'empressa de sortir une plume et un encrier de son sac. Hermione prit le livre qu'il lui tendait d'une main tremblante et entreprit de signer. Elle leva la tête vers lui. L'adolescent était figé et la regardait d'une drôle de manière, lui donnant la chair de poule.

_Heu… ça y est James, j'ai signé, nous allons retourner vers les autres… fit la jeune femme en reculant lentement vers les derniers arbres de la forêt.

Elle jeta un regard derrière elle et vit Ron qui interrogeait un Auror, lequel lui indiqua la lisière de la forêt. Ron l'aperçut et secoua la tête, contrarié. Un crac la fit soudain tressaillir et elle sentit la terreur paralyser son esprit. Deux Mangemorts, le visage recouvert de masques terrifiants, venaient de transplaner à la lisière de la forêt, entre Ron et elle. James souriait à présent, un sourire qui n'avait rien de naturel.

_Hermione ! hurla Ron en se mettant à courir, suivit des Aurors qui se trouvaient à proximité.

La jeune femme n'eut pas le temps de saisir sa baguette, un Mangemort s'était jeté sur elle et lui tordait les bras dans son dos. Un autre saisit sa baguette et la lança dans la forêt. Elle hurla mais une main se plaqua aussitôt sur sa bouche.

_Hermione ! Non ! Hermione !

Ron courait, le visage déformé par la peur, ses cris avaient alerté les invités, elle vit Bill et Percy surgir de la foule pour suivre leur frère, elle vit les Aurors se précipiter derrière eux, baguette à la main, Harry et Ginny se mettre à courir vers la forêt. Elle sentit les larmes de panique lui monter aux yeux, regarda Ron une dernière fois et lorsque le Mangemort transplana, l'emmenant avec lui, elle entendait encore le dernier hurlement de désespoir du jeune homme.

Ron se laissa tomber à genoux, les yeux écarquillés d'horreur. Hermione venait de disparaitre sous ses yeux, aux mains des Mangemorts, et de cet élève qui avait transplané avec eux. Il eut l'impression qu'on lui arrachait le cœur, qu'on lui broyait les entrailles.

_Nooooooon !

Son cri déchirant retentit dans tout le parc. Harry arriva à sa hauteur, essoufflé, terrifié.

_Bon sang, que s'est-il passé ! s'écria Charlie.

L'un des Aurors secoua la tête.

_Un élève, un simple élève, il devait avoir 12 ans, peut-être plus, on a voulu venir, mais Miss Granger nous en a dissuadé, un simple élève… C'était un piège…

Il secouait sans cesse la tête, hébété. Les Weasley accoururent, ainsi que Hagrid, le professeur McGonagall et Kingsley, tandis que les autres Aurors dirigeaient la foule paniquée vers le château. Ron se releva et se tourna vers eux, saisi de paniqua.

_On doit faire quelque chose, on doit trouver où ils l'ont emmenée ! s'écria-t-il.

Le visage de Kinglsey avait pâli et Ron crut étouffer d'anxiété.

_Weasley, il y a quelque chose que vous devez savoir… Il y a quelques semaines, Miss Granger est venue me voir…

Ron se rappela la conversation qu'il avait surprise alors qu'il était dans l'escalier.

_Elle voulait… Elle craignait de tomber entre leurs mains et de parler sous la torture… Elle a demandé une capsule d'empoisonnement…

Ginny poussa un cri horrifié et Harry lança un juron, livide. Les paroles de Kingsley mirent un certain temps pour se frayer un chemin dans l'esprit embrouillé par l'effroi de Ron. Lorsqu'il en eut saisi le sens, il se mit à suffoquer.

_Non… Non, elle veut mourir… Elle va mourir, dites-moi que vous avez refusé, dites-moi que…

_C'était sa décision Weasley… J'ai essayé de l'en dissuader…

_Non ! Non ! Je refuse ! Non ! Nous devons la retrouver ! Non ! Hermione !

Mrs Weasley laissa échapper un sanglot devant le désespoir de son fils. La peur le rendait fou. Hermione était entre leurs mains, ils allaient la torturer, la violenter, et elle l'avait anticipé, elle était prête à mourir pour ne pas les trahir, elle allait mourir… Cette pensée lui arracha une nouvelle plainte qui leur glaça le sang. Harry voulut poser une main sur l'épaule de son ami mais Ron s'éloigna d'eux et, tremblant de rage, transplana sous leurs regards ébahis.