Voilà voilà public en délire, voilà la suite ! N'hésitez pas à commenter, merci déjà à ceux et celles qui le font et bonne lecture !
Ron regarda les murailles du château qui se devinaient derrière la silhouette sombre et menaçante des arbres. La pluie s'était abattue sur l'expédition, comme un avertissement, transformant leur avancée en lutte de tous les instants contre la boue qui alourdissait leurs pas. Kinglsey, qui ouvrait la marche, leva le bras, leur indiquant de stopper leur avancée.
_Nous sommes assez près, nous devons attendre le signal… annonça-t-il.
Ginny, grelottante de froid, trempée jusqu'aux os, sortit à la hâte une tente de son sac et la déploya sur la partie la moins accidentée du terrain. Elle pointa sa baguette.
_Erigo !
La tente s'éleva, minuscule de l'extérieur, spacieuse à l'intérieur. Alors que tous s'engouffraient dedans en quête de chaleur, Ron demeura à l'extérieur, indifférent à la pluie qui battait son visage et dégoulinait sur tout son corps. Les yeux fixés sur le château, il se retenait avec grande peine de se précipiter vers ses murs, de pénétrer dans son enceinte pour retrouver Hermione. Il avait l'impression que son cœur ne battait plus normalement, et ne pas savoir comment elle allait était la pire des tortures. Il allait devenir fou dans cette attente. Harry et Kingsley finirent de lancer des sorts de protection et de dissimulation, puis Harry se dirigea vers son ami tandis que Kingsley rejoignait les autres dans la tente. Il se positionna à ses côtés, regardant lui aussi le château qui les surplombait. Flouté par ses propres sortilèges de protection, il leur était néanmoins visible grâce au sortilège de Legilimens que Kingsley avait consenti à utiliser sur le Mangemort. Ce même sortilège permettrait à Drago de transplaner dans l'enceinte même du château. Ils l'avaient laissé dans un pub de Stirling, et il avait pour ordre de transplaner deux heures après leur départ. Ron songeait avec amertume que le salut de la femme qu'il aimait était entre les mains d'un Malefoy. Il détestait ça, il détestait son impuissance, il détestait ce qui leur arrivait.
_Ron, tu connais Hermione, elle aime tout prévoir, mais elle est forte, tenace, et elle aime trop la vie…
Ron sentit qu'Harry lui-même n'était pas convaincu par ce qu'il disait. Oui, Hermione aimait la vie, mais si elle avait demandé cette gélule… Elle connaissait la douleur du Doloris, elle savait ce que c'était, et elle savait sans doute qu'elle n'y résisterait pas indéfiniment. Ron était à la fois terrifié et en colère. Elle aurait dû leur faire confiance, savoir qu'ils feraient tout pour la sortir de là, savoir qu'ils ne l'abandonneraient jamais… Comme s'il lisait dans ses pensées, Harry chuchota.
_Elle voulait sans doute éviter que nous nous précipitions à son secours…
Harry savait qu'Hermione voulait surtout éviter que Ron ne se jette la tête la première vers une mort certaine. Elle espérait ainsi l'épargner, mais elle se leurrait, Harry le savait, il connaissait toutes les facettes de son meilleur ami, même les plus sombres, et si Ron avait surmonté le deuil de la mort de Fred, grâce à l'amour indéfectible d'Hermione, il savait pertinemment qu'il ne survivrait pas à la perte de la jeune femme. C'était ironique de penser que c'était maintenant que Voldemort était vaincu que ses amis étaient le plus en danger, se dit Harry avec amertume.
Neville approcha derrière eux.
_Ginny vous ordonne de rentrer vous mettre à l'abri, annonça-t-il avec un sourire d'excuse. Elle n'a pas tort, nous avons besoin d'être en forme… Je prends le premier tour de garde…
Harry hocha la tête et prit Ron par le bras. Mais il résista.
_Viens, fixer le château ne servira à rien… insista Harry.
_Elle est là-bas, souffla le jeune homme, elle est juste là, pourquoi ne pourrions-nous pas juste y aller, nous avons l'habitude de nous infiltrer, nous pourrions essayer…
Harry et Neville échangèrent un regard.
_ Ron, le danger pour elle est trop important… Nous ignorons tout de leur système de défense, peut-être savent-ils même que nous sommes ici ! Je sais que c'est dur…
_Elle est juste là, répéta Ron, et je ne fais rien, je ne sais même pas ce qu'ils lui font, et je suis là, à regarder…
Harry vint se placer face à Ron et planta ses yeux dans les siens.
_Ron, tu fais ce qu'il faut pour la sortir de là vivante, et on y arrivera, Ron regardes moi, on ne la laissera pas tomber, quoiqu'il arrive, Hermione est importante pour nous tous, nous sommes tous là pour elle, pour vous…
Ron baissa la tête et finit par tourner les talons pour disparaitre dans la tente. Neville poussa un long soupir.
_Des fois, je me dis que j'aurais dû accepter le poste de professeur de Botanique à Poudlard…
Harry ne put s'empêcher de sourire. Neville sourit à son tour.
_Vas te reposer Harry, c'est à toi après !
Harry lança un dernier regard au château, suppliant mentalement Hermione de tenir bon, et se dirigea à son tour vers la tente.
Lorsqu'il pénétra à l'intérieur, il ne put s'empêcher de soupirer d'aise quand la chaleur atteignit ses joues glacées. Il ôta sa cape, alourdie par l'eau de pluie et maculée de boue.
_Asechia, Tergeo, lança distraitement Ginny vers lui, en continuant à faire l'inventaire de ce que contenait sa malle d'apprentie médicomage.
Harry vint s'asseoir auprès d'elle. Seamus et George dormaient déjà, en prévision de leurs propres tours de garde. Bill et Kingsley discutaient dans un coin, tandis que Ron, assis près d'eux, regardait dans le vide, l'air absent.
_Je vérifie que j'ai tout, j'ai fait un tour dans la salle des potions, je sais que je n'ai pas le droit, mais on ne sait jamais… expliqua la jeune femme sans qu'Harry n'ait posé de questions.
_On ne sait jamais, je ne sais pas ce qu'ils lui auront fait subir, je ne veux pas me retrouver sans la potion adéquate… murmura Ginny en se mordillant nerveusement le pouce et en regardant son frère.
Harry passa un bras autour de ses épaules et elle se laissa aller contre lui, lâchant sa malle.
_Ça va aller, tu sauras faire ce qu'il faut…
_Oh Harry, j'ai si peur, j'ai déjà perdu un frère, j'ai failli te perdre toi, et là je pourrais perdre ma meilleure amie, ma sœur, et un autre frère…
Elle parlait à voix basse, de peur que Ron ne l'entende. Harry resserra son étreinte.
_Hermione est une sorcière douée et puissante, elle s'en tirera…
Il s'efforça d'insuffler à sa voix toute la conviction nécessaire pour apaiser sa fiancée. Mais lui-même n'en menait pas large. En quelques minutes, Bellatrix Lestrange avait torturé Hermione, la faisant hurler de douleur….Et là, cela faisait des heures qu'elle était entre les mains des Mangemorts…
….
Chez les Moldus, on disait souvent que lorsque notre heure était venue, on voyait toute sa vie défiler devant soi… Chez les Sorciers, on vivait dans l'idée que quand on mourrait, on partait, tout simplement, sans rien voir d'autre que la mort. Hermione ne savait que penser. Quelque part, elle espérait que la version Moldue était la vraie, elle voulait revivre une dernière fois au travers de ses souvenirs, pour partir apaisée. Elle aurait juste souhaité revoir Ron une dernière fois, alors elle guettait, elle guettait cet instant où elle se reverrait dans les bras de sa mère la faisant sauter en l'air et rire aux éclats, sur ce poney en train de faire de grands signes à ses parents, sur les genoux de sa grand-mère en train de goûter des confitures tout juste faites, sur la plage avec son père en train d'écrire son prénom avec des coquillages, ce soir où son livre s'était mis à flotter dans les airs devant elle sans que ses parents ni elle ne sachent l'expliquer, ce jour où la lettre de Poudlard est venu donner un sens à tous ces phénomènes étranges qui l'entouraient… Ce jour où dans le Poudlard Express elle avait rencontré Ron et Harry, puis le troll, l'échiquier géant et la bravoure de Ron, la fois où il l'avait défendue contre Malefoy, la fois où son cœur avait bondit de joie en comprenant que Ron était jaloux pour le bal, quand il avait prononcé son nom dans son sommeil convalescent après son empoisonnement, toutes leurs disputes, leurs réconciliations, leur premier baiser lors de ce soir à la fois tragique et magique, le premier « je t'aime » chuchoté par Ron dans le creux de son oreille alors qu'elle l'étreignait le lendemain de la bataille, lorsque le réveil leur avait rappelé avec cruauté que Fred était bel et bien mort… Leur première nuit, où la timidité avait été balayée par la passion, le visage endormi de Ron après cette fameuse nuit, ses longs cils roux, sa bouche légèrement boudeuse, et son bras passé autour d'elle… Leurs premiers pas sous le même toit… Leurs disputes encore, leurs fou-rires, la formation d'Auror qui les avait séparé quelques mois, leurs retrouvailles, chaque instant, chaque rire, chaque larme… Elle voulait revivre tout ça…
Elle n'entendait plus, ne voyait plus, elle ne savait pas combien de doloris et autres sorts elle avait subi, elle savait juste que cette voix animale qui hurlait était la sienne, elle savait juste que son visage était recouvert de larmes, de sang, que son corps ne semblait plus lui répondre. Cette fois, elle n'avait pas la voix de Ron l'appelant, ses cris auxquels se raccrocher quand elle se sentait sombrer. Alors elle se laissait partir à la dérive, elle laissait son esprit s'égarer, loin d'ici et de ses meurtrissures… Mais soudain, la douleur cessa, son esprit s'efforça de reconnecter tous ses sens, et alors elle les entendit.
_Bien, bien, bien, tu es résistante pour une Sang de Bourbe, il faut le reconnaitre… Tu vas aller réfléchir quelques instants dans ta cellule et demain, nous reprendrons notre petite…conversation… Emmenez-la…
Elle sentit des mains l'attraper sans aucune précaution et la trainer jusqu'au cachot, son corps fut tiré au travers des marches, chaque mouvement était une torture, elle avait certainement des os cassés, même sa voix était cassée à force de hurler, alors son corps gémissait à travers sa bouche, ses lèvres sèches et entaillées bougeaient à peine.
_Laisses, je m'en occupe ! dit une voix avec brutalité.
_Si tu veux, je dois aller prendre la relève… grogna le second Mangemort.
Elle entendit des pas s'éloigner, et sans qu'elle ne s'y attende, les bras la soutenant se firent plus doux, plus délicats. Elle entendit le Mangemort marmonner et saisit quelques mots, « par merlin dans quoi je me suis fourré », « ils t'ont pas raté Granger, bon sang… »… Elle ne comprenait plus rien, qui était ce Mangemort, pourquoi la soutenait-il sans la brutaliser, pourquoi la posait-il doucement au sol au lieu de l'y jeter ? Elle réussit à ouvrir un œil, le moins tuméfié des deux, et aperçut un visage à la barbe hirsute avec de petits yeux noirs injectés de sang.
_Ecoutes Granger, ton rouquin ne va pas tarder à débarquer avec la cavalerie, restes en vie, sinon je suis mal, vraiment vraiment mal, alors tiens le coup…
Elle vit quelque chose qui ressemblait à de la pitié ou de la compassion dans ce regard autrefois froid et cruel. Elle comprit alors qu'elle avait affaire à un Auror, qui avait sans doute utilisé du Polynectar.
_Qui ? parvint-elle à murmurer.
L'homme jeta des coups d'œil autour de lui, mais personne ne pouvait les entendre dans ce cachot.
_Drago Malefoy… Et crois moi, j'aimerais être partout sauf ici, je n'ai pas eu le choix…
La surprise fut telle qu'Hermione ne sut que dire, elle n'en avait pas la force de toutes les manières. Elle n'avait pas envie de se poser des questions, pas maintenant…
_Tu m'épates Granger, finit par souffler Drago, tu ne leur as rien dit… Episkey…
Elle sentit son épaule se remettre en place.
_Je dois remonter, je ne peux rien faire de plus ou ils vont se poser des questions…
Hermione entendit la porte du cachot se refermer et le silence s'abattre sur elle. Elle n'entendait plus qu'un bruit régulier et étrange qui l'intrigua jusqu'à ce qu'elle réalise qu'il s'agissait de ses propres sanglots. Elle était incapable de bouger, chaque respiration était un supplice. Ron était tout près, ils venaient pour elle, ils allaient la sortir de là… Le soulagement céda soudain la place à la peur. Il y aurait des pertes, Ron pouvait mourir… Cette pensée lui arracha un gémissement.
Lorsqu'elle entendit de nouveau des pas s'approcher, elle poussa une plainte terrifiée. Il lui semblait que seulement quelques minutes s'étaient écoulées. Les Mangemorts pénétrèrent dans le cachot et se saisirent d'elle. Aucune trace de Malefoy.
_Non… gémit la jeune femme.
Non, elle ne voulait pas souffrir à nouveau, elle n'en pouvait plus, elle était brisée de toute part, la seule idée que la douleur allait revenir était une torture en elle-même. Alors elle se rappela, elle sentit de nouveau le médaillon au chaud contre sa peau, la gélule libératrice qu'il renfermait. Et elle pria de toutes ses forces pour que Ron arrive à temps, elle ne voulait pas mourir, elle voulait vivre, elle voulait voir Ron lui offrir cette bague, elle voulait avoir des enfants de lui, elle avait encore tant de choses à vivre, à découvrir, elle n'était pas rassasiée de tout ça, de livres, de Ron, de son corps, de sa bouche, des rires, d'apprendre… Mais si Voldemort revenait, alors tout serait anéanti, Harry aurait-il la force de reprendre le combat, auraient-ils tous la force de reprendre la lutte… Elle n'avait pas le droit de laisser faire ça…
Elle fut incapable d'opposer la moindre résistance et elle fut ramenée dans la salle du trône, jetée à terre. Toujours aucune trace de Malefoy. L' « Héritier » s'approcha à nouveau et se pencha sur elle.
_J'espère que tu as réfléchi Sang de Bourbe, pourquoi souffrir autant alors que tu pourrais simplement me dire ce que tu sais et en finir avec tout ça, je te donne ma parole que ta mort sera alors brève et sans douleur…
Hermione mit toute son énergie pour lever la tête et planter son regard dans le sien.
_Je ne vous dirai rien, autant me tuer tout de suite…
L' « Héritier » éclata de rire.
_Tu es très divertissante, mais ma patience a ses limites… Doloris !
Son corps se mit à convulser et elle ne put réprimer un hurlement.
…
Harry entra avec soulagement dans la tente tandis que George prenait la relève. Ginny dormait, pelotonnée sur le canapé. Il sourit avec tendresse et la recouvrit d'un plaid en patchwork que Mrs Weasley leur avait donné. Tous dormaient, il ne vit pas Bill et Ron, qui étaient surement dans les lits au fond de la tente. Il se laissa tomber sur le canapé, et finit par poser sa tête tout doucement sur les jambes de Ginny en fermant les yeux. Il était éreinté et un peu de sommeil n'était pas de refus.
_Le signal ! Le signal ! Réveillez-vous !
George déboula dans la tente en secouant chacune des silhouettes endormies qui se trouvait sur son passage.
_Le signal, il vient d'envoyer le signal ! s'écria-t-il alors que Kingsley émergeait et l'interrogeait du regard.
Ils bondirent sur leurs jambes, Bill arriva en courant, et tous se rassemblèrent. Ginny saisit sa malle d'une main tremblante et la serra contre elle en leur jetant un regard anxieux. Kingsley entrouvrit la tente et ils aperçurent alors ce qui ressemblait à une nuée d'oiseaux rouge vif voleter en rond juste devant eux.
_Nous devons y aller… annonça l'Auror. Nous allons avoir très peu de temps une fois que Malefoy aura maitrisé les gardes à l'entrée…
Harry regarda soudain autour de lui avec horreur. Son cœur manqua un battement et il sentit la peur s'infiltrer en lui.
_Où est Ron ?
Ils se regardèrent tous, cherchant désespérément à trouver une réponse chez leur voisin.
_Je croyais qu'il était avec toi ! s'exclama Harry, l'estomac soudain noué en regardant l'aîné des Weasley.
Bill secoua la tête, les yeux agrandis par l'inquiétude.
_Non, j'étais seul, je croyais que Ron était de ce côté…
_Bon sang, le petit imbécile, il est parti seul ! s'écria George en donnant un coup de poing de rage dans le canapé.
Ginny étouffa un cri avec sa main et se mit à trembler. Harry secoua la tête, il n'arrivait pas à y croire. Neville, Seamus, Kingsley, tous continuaient à regarder autour d'eux, comme s'ils espéraient encore voir Ron surgir d'un coin de la tente. Harry eut soudain la nausée tant l'angoisse devint oppressante. Ron était parti seul, il n'avait réussi à attendre, il s'était jeté tête la première dans la gueule du loup. Inglsey prit une profonde inspiration.
_Bon, si nous avons eu le signal, à priori c'est que Ron ne s'est pas fait prendre… Mais ils peuvent aussi avoir tout découvert et c'est peut être un piège… Quoiqu'il en soit, nous allons y aller… Vous êtes Aurors ou ex-membres de l'Ordre du Phénix, vous savez donc ce que vous avez à faire, vous connaissez la stratégie, le plan reste le même, et vous connaissez la procédure si ça tourne mal… Miss Weasley, si nous ne sommes pas revenus d'ici une heure, vous devrez immédiatement transplaner au Ministère et donner l'alerte… Au moindre signe de danger, même chose…
Ginny acquiesça en silence. Il lui en coutait de rester en arrière, mais elle devait prendre sur elle, ils avaient besoin d'elle en tant que médicomage et son besoin d'action était secondaire.
_Bien, allons-y…
Harry se tourna vers la jeune femme et l'embrassa tendrement.
_Reviens vite, ramènes les à la maison… chuchota Ginny contre ses lèvres.
_C'est comme si c'était fait, sourit Harry… N'oublies pas, au moindre signe de danger, tu pars…
Il chercha son regard et ne le lâcha pas. Il connaissait son tempérament sanguin, comme ses frères, elle avait un courage presque suicidaire. Elle hocha de nouveau la tête.
Ils sortirent un à un de la tente et Ginny les entendit s'éloigner en réprimant un frisson.
…
Ron reprit son souffle le plus silencieusement possible. Les égouts n'étaient pas son passage préféré, mais son expérience d'Auror l'avait prouvé à maintes reprises : c'était la partie la moins surveillée. Et encore une fois, sa théorie se vérifiait. Il n'avait croisé qu'un seul garde, qu'il avait maîtrisé en une fraction de seconde. Il savait que ce qu'il faisait était inconsidéré, mais il ne pouvait plus supporter son impuissance, son inaction, il l'avait vécu une fois, et il avait failli la perdre. Cette seule pensée lui était insoutenable. Un hurlement stoppa soudain son avancée. Un autre hurlement. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur et il crut que son cœur allait se briser. Hermione, c'était sa voix, déformée par la douleur, mais c'était elle.
_Non, non…souffla-t-il, blême.
Il se hâta, chaque pas soulevant des gerbes d'eau souillée et malodorante, il se délesta de sa cape, qui le gênait dans sa progression, la laissant glisser sans bruit, les mains tremblantes… Chaque hurlement lui arrachait une plainte, lui broyait le cœur. Non, Hermione, je suis là, je suis là… Il sentait les larmes affluer mais la colère les retenait, il devait aller vite, la sortir de là… Il finit par sortir des égouts pour se retrouver devant un grillage cadenassé.
_Alohomora…
Le cliquetis familier résonna dans l'étroit boyau gorgé d'eau et Ron ouvrit le portail pour se hisser sur des marches irrégulières. Un autre hurlement. Il sentait la colère monter en lui, bouillonner dans ses veines, chaque hurlement que poussait la jeune femme était comme une blessure, chaque hurlement envahissait son esprit, occultant tout le reste. Tiens bon, ma Hermione, mon amour, tiens bon… Il se murmurait ces mots, comme une prière qu'il espérait qu'elle entende.
Il progressa rapidement, intrigué de ne découvrir aucune difficulté, comme si les couloirs avaient été déserté par les gardes. Il fronça les sourcils. Ce n'était pas normal, il regarda autour de lui, scrutant chaque ombre, chaque recoin, il sentait le piège se refermer autour de lui, mais la seule chose qui comptait en cet instant était de sauver Hermione, peu importait le prix. Il avança lentement dans un couloir faiblement éclairé, glissant le long du mur, son ombre vacillante sur le sol.
_Alors, Sang de Bourbe, tu sembles pourtant être bavarde quand il s'agit de demander des droits pour les parasites ! Doloris !
Pas de hurlement cette fois. Pas de son. Rien que le silence. Le sang de Ron se glaça. Elle ne pouvait pas être…NON ! Il refusa cette pensée, la repoussa loin de lui, ignorant le coup de poignard qu'elle semblait lui avoir porté au cœur. Les muscles tendus par la rage, il approcha d'une pièce qui encore une fois semblait dépourvue de gardes à l'extérieur. Ce qu'il vit dans la pièce fut comme une gifle monumentale, balayant en une fraction de seconde tout le sang-froid qu'il s'était évertué à retenir depuis que les hurlements d'Hermione avait retenti jusque ses oreilles. Hermione était là, à terre, allongée, inerte, méconnaissable tant son visage était couvert de sueur, de crasse, de sang frais et séché. Sa jambe formait un angle qui n'était pas naturel et lorsqu'un Mangemort lui asséna un coup de pied, le crac d'un os brisé résonna dans toute la pièce. Mais Hermione ne réagissait pas, et Ron eut l'impression que la terre s'effondrait sous ses pieds, l'engloutissant dans les ténèbres à tout jamais. L'impensable s'imposa à son esprit, la violence de la douleur qu'il ressentit le fit suffoquer. Plus rien n'avait d'importance désormais, plus rien, juste la venger, juste les tuer, tous, un par un. Et mourir ensuite, vite fermer les yeux et ne plus ressentir ce vide laissé par son cœur réduit en miette, ce trou béant qui le déchirait. Il ferma brutalement les yeux sur le coup de la souffrance et dut s'adosser au mur pour ne pas tomber.
_Mais dis-moi Sang de Bourbe, nous avons un invité, je suis sure que cela te déliera la langue… Weasley, je sais que tu es là, montres toi, ou sinon je la tue !
Ron ouvrit brusquement les yeux. Elle était donc vivante ? Le soulagement fut bref. Ils étaient dans une mauvaise posture et il espérait que Malefoy avait bien envoyé le signal. Il se détourna du mur et avança dans la pièce, sans quitter Hermione des yeux, menacée par la baguette d'un homme. Debout au-dessus d'elle, il portait un masque qui n'était pas sans rappeler le visage de Voldemort. Les autres portaient des masques de Mangemorts, ce devait donc être le meneur. Ron vit les yeux d'Hermione frémir puis s'ouvrir sur lui. Elle gémit, voulut parler, mais cela semblait au-dessus de ses forces. Ron se sentit revivre. Elle était en vie, et il ferait tout pour la sauver, il donnerait sa vie s'il le fallait.
_Ta baguette Weasley…
Ron laissa tomber sa baguette, qui fut rapidement ramassée par un Mangemort.
_Vous allez regretter ce que vous lui avez fait… dit Ron d'une voix étrangement calme.
Le chef éclata de rire, rapidement rejoint par ses hommes.
_Tu es si prévisible Weasley ! Je savais que tu ne résisterais pas, que tu viendrais au secours de ta Sang de Bourbe ! Et tu n'es pas venu seul !
Deux Mangemorts s'avancèrent, encadrant Malefoy, qui avait repris son aspect, et qui semblait bien amoché, l'œil cerné de noir et du sang coulant de son arcade sourcilière. Ils échangèrent un bref regard et Ron se sentit presque désolé de l'avoir mis dans ce pétrin. Il espérait simplement qu'il avait pu prévenir les autres avant de se faire prendre. Ils étaient fichus sinon.
_J'aurais cru que tu viendrais avec ton ami Potter, mais tu m'as offert un traitre de la pire espèce à la place ! Du Polynectar, vous me décevez, vous ignorez donc que notre nourriture contient de la potion destinée à révéler tout enchantement ? Une astuce des Gobelins, simple précaution de ma part mais quel dommage pour vous !
_Qui êtes-vous ? Et que voulez-vous ?
L'homme contourna Hermione pour se positionner face à Ron.
_Qui je suis ? Je suis l'Héritier, et tu sauras très bientôt ce que je veux…
Il alla nonchalamment auprès d'Hermione, puis l'attrapa par les cheveux pour lui redresser la tête, lui arrachant un faible geignement de douleur. Ron poussa un cri de rage…
_Ne la touchez pas ! hurla-t-il.
_Regardes le, Sang de Bourbe, prêt à mourir pour toi… Maintenant tu vas me dire ce que contient ce livre ! Aucun des sorciers que j'ai fait venir n'a été capable de le lire, est-ce que c'est le bon livre, dis-moi ce qu'il contient Sang de Bourbe, et ton rouquin aura la vie sauve !
Hermione regarda Ron à travers ses paupières mi-closes. Il était là, bien là, et elle en éprouvait autant de joie que de douleur. Il allait mourir, à cause d'elle. Elle ne pouvait pas le permettre.
