Bonjour ou bonsoir selon où vous êtes !

Déjà merci infiniment pour les reviews, chacune d'elle me touche énormément et me motive encore plus si c'est possible !

Comme je l'avais annoncé, je me suis réservée quelques chapitres un peu plus calmes afin de poser les bases des évènements à venir ! J'espère que votre enthousiasme restera le même en tout cas !

Justine : oui, la vengeance va se profiler de plus en plus dans les chapitres à venir ! Merci beaucoup pour ta review pleine de bonne humeur et terriblement gentille !

Cora : je suis contente de te relire, merci à toi de suivre ma fiction et merci pour tes encouragements !

Light of soul : et bien figures toi que selon ce que j'écris, je change la musique que j'écoute, ça m'aide à me sentir encore plus proche des personnages ! En tout cas j'ai adoré ta review alors encore merci !

Kate : ouiii je mobilise actuellement tout mon côté fleur bleue pour imaginer une demande en mariage qui leur corresponde ! Affaire à suivre ! Merci beaucoup pour ta review !

Melancholy : merci infiniment, c'est incroyablement motivant de lire des reviews comme ça !

En bref, merci à vous, anonymes et non anonymes, de donner autant de crédit à ma fiction ! Je vous souhaite une bonne lecture ! Bises !

_Ce médicomage est un idiot !

_Ron ! protesta Hermione en sortant de la cheminée des Weasley.

Elle avait encore de nombreux rendez-vous à l'hôpital et Ron tenait à être présent à chaque fois. Il lui passa un bras autour de la taille pour l'aider à marcher.

_Je ne sais pas pourquoi tu n'utilises pas les bébilles que tu m'as obligé à prendre pendant des semaines ! marmonna-t-il.

_Des béquilles, corrigea la jeune femme avec un sourire… Je peux marcher Ron, je boite un peu c'est tout, tu peux me lâcher tu verras !

Ron secoua farouchement la tête en resserrant sa prise. Quelques jours auparavant, elle avait tenu le même discours, et avait fini par trébucher sur un jouet de Victoire. Lorsqu'il avait entendu le bruit de la chute, il avait cru mourir mais fort heureusement, elle s'en était sortie avec une simple écorchure au genou, une de plus sur son corps qui n'avait pas encore cicatrisé totalement.

_Je ne veux pas que tu te blesses d'avantage ! Tu veux que je t'aide à monter ?

_En fait, j'aimerais plutôt être dehors, il fait beau…

Hermione avait l'impression d'être devenue claustrophobe depuis son séjour à l'hôpital. Elle recherchait sans cesse le grand air, ce qui n'était pas toujours possible avec la météo capricieuse de la région. Ron la conduisit dans le jardin, et après avoir esquivé quelques flaques de boue laissées par la pluie de la veille, ils s'installèrent sur deux vieux transats rouillés, au soleil. Le Terrier était cerné par les Aurors et les charmes de protection, Hermione le savait, même si Ron faisait tout pour la préserver de ce qui se passait à l'extérieur. Elle savait que les missions se multipliaient pour retrouver l'Héritier, elle savait aussi que Ron brûlait d'envie d'en faire partir mais qu'il refusait de la laisser. Et si elle culpabilisait un peu, elle ne disait rien. Après ce qu'elle avait vécu, sa culpabilité ne pesait rien face au soulagement de le savoir sauf, avec elle, et non pas aux trousses du soi-disant descendant de Voldemort.

_Je persiste à dire que nous devrions consulter un autre médicomage, reprit Ron en chassant distraitement un gnome qui avait planté ses petites dents pointues dans le cuir épais de sa chaussure.

Hermione ne répondit pas tout de suite. Elle regarda Mrs Weasley qui au loin, apprenait à Victoire à jardiner. Fleur attendait son deuxième enfant et avait besoin de repos, aussi Molly avait-elle proposé à Victoire de passer la journée au Terrier, ce que la fillette s'était empressée d'accepter. Ses boucles rousses semblaient scintiller au soleil et Hermione se dit que malgré la couleur de ses cheveux, Victoire avait tout d'une Vélane. Belle, gracieuse, lumineuse. Parfois, elle se demandait à quoi ressemblerait un enfant à Ron et elle… Elle espérait qu'il prendrait tout de son père : ses cheveux flamboyants, ses traits fins, ses yeux incroyablement bleus… Et qu'il n'aurait pas ses cheveux touffus et ses dents trop grandes…

_Ginny nous a assuré que c'était le meilleur de toute l'Angleterre, finit-elle par soupirer en réponse au jeune homme.

_Alors allons ailleurs, tiens en France par exemple ! Il n'est même pas capable de trouver la potion qu'il te faut pour dormir ! répliqua Ron sans décolérer.

A chaque cauchemar, le cœur du jeune homme saignait un peu plus. La voir se débattre, pousser des cris effroyables, pour se réveiller ensuite hagarde, en larmes, tout cela attisait sa colère et sa soif de vengeance. Elle avait beau agir normalement le reste de la journée, faire comme si de rien n'était, Ron savait que les cauchemars l'affectaient plus qu'elle ne le laissait paraître. Sans parler du manque de sommeil que cela engendrait, marquant chaque jour un peu plus son visage déjà durement éprouvé.

_Ron, tu aimerais avoir combien d'enfants ?

Ron crut s'étouffer avec sa propre salive, il se mit à tousser violemment, puis il la dévisagea, les oreilles écarlates, les yeux écarquillés, pris de court.

_Tu es… Tu es…

Hermione faillit éclater de rire devant l'air de pure panique qu'arborait Ron. Elle leva les yeux au ciel.

_Non, Ron, je ne suis pas enceinte, lança-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'avait voulu.

Ron rougit d'avantage et se mit à balbutier.

_Ah, d'accord, ouf ! Enfin non pas que ce serait une mauvaise chose, je veux dire bien sûr que je veux que tu sois la mère de mes enfants, je ne me pose même pas la question, mais je ne suis pas prêt, enfin, tu sais, être père, tout ça, c'est énorme, et je serais épouvantable et…

_Et si tu répondais juste à ma question ? l'interrompit la jeune femme en levant de nouveau les yeux au ciel.

_Heu… Un, ce serait déjà bien non ?

_Un ? répéta Hermione, stupéfaite.

_Oui, un, j'y ai réfléchi…

_Tu y as réfléchi ?

_Tu comptes répéter tout ce que je dis ? répliqua le jeune homme, agacé.

Mais Hermione le regardait à présent avec une surprise teintée de tendresse. Ron, légèrement embarrassé, reprit.

_En fait, je me dis à quoi bon avoir plusieurs enfants si c'est pour ne pas leur accorder suffisamment d'attention ? Pour ne pas leur offrir tout ce dont ils rêvent ? Donc, oui, un, ça me parait bien !

Hermione pencha légèrement la tête de côté et l'observa longuement sans rien dire.

_C'est vraiment tout ce que tu retiens de ton enfance ? finit-elle par demander avec douceur.

Ron ne répondit pas, il croisa les bras et se mura dans le silence. Il se sentait à la fois honteux d'avoir été ainsi percé à jour et confus d'avoir cette conversation. Hermione se redressa en grimaçant de douleur, puis posa sa main sur ses bras croisés.

_Ron, je suis fille unique, et je vais te dire à quoi ressemble l'enfance d'une fille unique… Oh, bien entendu, j'ai eu l'amour exclusif de mes parents, leur vie a tourné autour de moi pendant des années, et ils ont toujours été attentifs… Mais peut être trop ? Je n'avais personne avec qui partager cette attention, qui devenait pesante parfois, je me sentais sans cesse épiée, analysée, par moment, parce que justement j'étais leur seule fille, donc toute leur inquiétude de parents allait vers moi et ce n'était pas toujours simple, c'était étouffant… Et j'aurais aimé avoir une sœur, un frère, avec qui parler de certaines choses dont on ne peut pas parler avec ses parents… Bien sûr, j'ai eu Ginny et Harry, une fois que je suis entrée à Poudlard, mais quand j'étais chez mes parents, je me sentais seule malgré tout, malgré les lettres échangées avec eux…

_Et moi ? ne put s'empêcher de marmonner Ron.

Hermione se mit à rire.

_Ron, la plupart des choses que je leur confiais te concernaient ! Ron, tu as connu une maison pleine de rires, de jeux, de complicité, d'amour… Je n'ai pas manqué d'amour, mais j'ai manqué d'un monde à moi, d'une enfance partagée avec quelqu'un… Et j'en ai souffert. Et je ne veux pas que notre enfant en souffre…

Ron soupira et lui embrassa la tempe en l'attirant à lui.

_Je pense quand même que sept enfants c'est de la folie… J'avais l'impression de ne pas exister… Je n'avais jamais de moment de tranquillité, je n'héritais que des vieilleries de mes frères et ils n'arrêtaient pas de m'embêter… J'avais toujours l'impression d'être le roi des crétins avec eux…

_Ça c'est parce que tu es Ronald Weasley, le crétin le plus sensible que je connaisse ! Ils t'aiment, tous autant qu'ils sont…

Ron rit à son tour et vint s'asseoir sur le rebord du transat d'Hermione.

_Je croyais que j'avais la capacité émotionnelle d'une cuillère à thé ? Il faudrait savoir !

La jeune femme se blottit dans les bras qu'il lui tendait.

_Je ne veux pas un seul enfant, je veux qu'ils soient plusieurs, pour pouvoir nous détester ensemble… dit-elle avec un sourire.

_D'accord, d'accord, mais on a le temps tu sais… Et puis ils ne te détesteront pas, impossible !

_Et toi tu ne seras pas épouvantable Ron, les enfants t'adorent, tu seras formidable, comme d'habitude…

Il se laissa aller contre le transat, gardant Hermione dans ses bras. Il se mit à imaginer ce que ça lui ferait de voir Hermione porter son enfant… Et ce qu'il ressentit à cette idée fut à la hauteur de ses espérances. Une douce chaleur avait envahi son cœur et un sourire béat incontrôlable s'était affiché sur son visage.

_Salut vous deux !

Ils tournèrent la tête et virent Harry qui vint s'assoir sur le transat libre de Ron.

_Salut Harry !

_Je suis parti à votre rencontre à Sainte Mangouste mais Ginny m'a dit que vous étiez déjà rentrés…

Il sembla hésiter, puis poursuivit.

_Elle m'a aussi dit que le médicomage avait donné son feu vert…

Hermione sentit chaque muscle de Ron se tendre soudain. Mais elle savait que ce moment arriverait, c'était inévitable. Elle devait leur raconter ce qu'elle avait vécu, ils avaient besoin de sa déposition, de son récit, pour avancer dans leur enquête. Ils avaient déjà perdu des semaines. Pendant longtemps, elle avait été incapable de parler, puis les guérisseurs avaient interdit aux Aurors de l'interroger tant qu'ils n'auraient pas estimé qu'elle pourrait le supporter. Et c'était ce qu'ils venaient de faire.

_C'est un charlatan ! Il n'a même pas su trouver une potion pour l'aider à dormir ! Alors je ne me fierai pas à son jugement ! s'exclama brusquement Ron.

Harry soupira. Il s'était attendu à cette réaction.

_Ron, tu sais comme moi que son témoignage est capital, il y a surement des choses qui nous aideront à avancer, toi aussi tu veux leur peau !

_Pas comme ça, elle n'est pas prête !

Ron s'était redressé et foudroyait Harry du regard. Hermione voulut intervenir mais Harry la devança, sans se laisser impressionner.

_Ron, tu es un Auror, tu sais que nous avons besoin de tous les indices possibles !

_Je m'en contre-fiche, okay ? Ce qui m'importe, c'est Hermione !

_Ron…

Le jeune homme sembla se rendre compte qu'Hermione était toujours près de lui. Elle fit mine de se redresser et il s'empressa de l'aider à s'asseoir.

_Je suis prête, dit doucement la jeune femme. Pas à…Pas à raconter, mais je…je peux vous montrer…

Ron et Harry la dévisagèrent, confus.

_Tu veux dire… commença Ron.

Hermione hocha la tête.

_Oui, la Pensine…

_Tu es sûre ? Je veux dire, tu peux y réfléchir…

_Harry, je ne pourrais jamais en parler, en tout cas pas avant longtemps… Alors ne perdons pas plus de temps et utilisons la Pensine, je dois le faire…

Ron était resté silencieux mais Harry nota qu'il avait perdu toute couleur. Hermione sortit sa baguette et se mordilla nerveusement la lèvre en regardant Ron.

_Ron… Je préfèrerais que tu n'ailles pas dans la Pensine…

Le jeune homme eut l'air d'avoir reçu une gifle. Il bondit sur ses jambes, et s'écria avec indignation.

_Comment ça ? Hermione, je veux savoir ! Tu ne m'en empêcheras pas !

Les yeux de la jeune femme s'emplirent de larmes. Harry savait qu'elle voulait préserver Ron, il frissonna en se disant que ce qu'ils allaient voir allait très certainement les choquer…

_Ron, s'il te plait, supplia Hermione.

Ron secoua la tête avec vigueur.

_Hermione, j'ai besoin de savoir, ça me rend fou, j'ai besoin de savoir ce qui s'est passé !

Hermione se cacha le visage dans les mains. Elle sentit les mains de Ron, fermes et chaudes, lui encercler les poignets pour les écarter doucement. Il essuya tendrement ses larmes et appuya son front contre le sien, son souffle balayant son visage.

_Hermione, j'ai besoin de savoir… C'est important pour moi, s'il te plait…

Ils se regardèrent, leurs yeux si proches qu'Hermione pouvait discerner chaque nuance de bleu qui habillait les iris du jeune homme. Elle sonda son regard, à la recherche du garçon blagueur et insouciant qui la faisait enrager, mais, le cœur brisé, elle se dit que Ron avait trop souffert, il était si sensible que ses vieux démons ressurgissaient dès que la situation devenait difficile.

Harry détourna la tête, presque gêné par un tel degré d'intimité. Bill disait souvent que la relation entre Ron et Hermione avait quelque chose de spécial, quelque chose qui les dépassait tous, et il ne pouvait qu'approuver. Il les avait vus se tourner autour pendant des années, il les avait vu vivre leur amour inavoué et réciproque sans parvenir à l'identifier, sans parvenir à comprendre leur possessivité à l'égard l'un de l'autre, refusant en bloc ce qui était évident à tout le monde. Et il devait bien reconnaître que si Ginny et lui, Bill et Fleur, Angelina et Georges, Neville et Luna, étaient tous amoureux et heureux dans leur vie de couple, chez Ron et Hermione, il y avait autre chose, ils étaient comme deux pièces d'un même puzzle, deux pièces uniques qui n'iraient que l'une avec l'autre, se complétant parfaitement, ne prenant leur sens qu'en étant ensemble.

Hermione finit par hocher imperceptiblement la tête, résignée, sans toutefois se départir d'un air extrêmement triste et angoissé. Il avait effectivement le droit de savoir, quoiqu'il lui en coute…

…..

Réunis dans le bureau de Kingsley, Harry et Ron fixaient la Pensine avec appréhension. Hermione était restée au Terrier, et Ron ne pouvait chasser de son esprit son visage chagriné lorsqu'il avait transplané. Neville et Seamus finirent par les rejoindre et Kinglsey verrouilla la porte de son bureau. Il se tourna vers eux, l'air grave.

_Ecoutez, ce que vous allez voir risque de vous choquer, vous aimez tous Miss Granger, à des degrés différents…

Son regard s'attarda sur Ron, puis il reprit.

_Nous devrons analyser chaque scène, chaque moment, à la recherche du moindre indice, vous devrez donc garder la tête froide, quoiqu'il arrive, n'oubliez pas que ce qui est fait est fait, à présent nous devons tout faire pour les arrêter… Aucun meurtre n'a été signalé depuis votre mission, mais nous craignons qu'ils ne reprennent très vite malgré les mesures de sécurité exceptionnelles que nous avons mises en place, le temps presse, Miss Granger n'est pas hors de danger…

Ron grimaça. Il n'aimait pas entendre ça, cela rendait ses peurs plus réelles, plus concrètes alors qu'il essayait tant bien que mal de les occulter.

_Vous êtes prêts ?

Kinglsey s'adressait surtout à Ron et Harry, lesquels hochèrent la tête. Ils entourèrent la Pensine, la douce lumière argentée dansant sur leurs visages.

D'un seul et même mouvement, ils plongèrent dans les souvenirs d'Hermione.

Ron regarda autour de lui. Ils étaient dans la forêt interdite et à quelques pas de là, Hermione parlait à un élève, un air bienveillant sur le visage. Ron sentait la présence de ses compagnons près de lui mais il ne pouvait détacher son regard du visage encore intacte de la jeune femme. L'élève leur tournait le dos, mais ils virent le visage d'Hermione se fermer, son regard devenir inquiet et se diriger vers la foule d'invités. Ron s'approcha si près qu'il aurait pu la toucher si elle n'avait pas été un simple fantôme habitant ses souvenirs.

_Heu… James, ça y est, j'ai signé, nous allons retourner vers les autres, disait-elle.

Elle semblait soucieuse, sur le qui-vive. Ron se vit plus loin, demandant à un Auror où elle se trouvait. Il savait ce qui allait se passer dans la seconde qui allait suivre et il serra les poings avec anticipation.

Deux Mangemorts apparurent et s'emparèrent de la jeune femme.

_Non ! s'écria vainement Ron, en écho au Ron du souvenir qui s'était mis à courir vers eux en hurlant.

Il vit la terreur dans les yeux d'Hermione avant qu'elle ne disparaisse et que soudain le souvenir ne s'estompe pour la laisser la place à un nouveau.

Ils se retrouvèrent alors dans un sous-bois. Devant eux, les Mangemorts poussaient Hermione sans ménagement sur un chemin de terre envahi par des racines noueuses et un mélange de feuilles mortes et de boue. Hermione avançait, trébuchant, glissant, les mains liées. Son visage n'exprimait rien de plus qu'une intense concentration mais Ron voyait que la terreur habitait toujours son regard. Il savait qu'il devait guetter des indices, se concentrer sur les Mangemorts, mais il lui était impossible de quitter la jeune femme des yeux, et au fur et à mesure qu'il la voyait, dans un passé insaisissable qu'l ne pouvait plus atteindre ni changer, il sentait comme un poids se faire de plus en plus oppressant dans sa poitrine. Hermione glissa soudain et tomba avec un gémissement.

_Debout Sang de Bourbe ! hurla un Mangemort en la saisissant par les cheveux pour la remettre sur ses pieds.

Les yeux d'Hermione brillèrent de larmes de douleur contenues, mais elle garda la mâchoire serrée et avança vaillamment dans le sillage de ses ravisseurs.

Ron eut l'impression qu'une boule énorme obstruait soudain sa gorge. Mettre une image sur ce qu'elle avait vécu était bien plus difficile que ce qu'il croyait. Son sentiment d'impuissance ne faisait que croître, sa colère redoubler, il se sentait au bord des larmes, et sans s'en rendre compte, il retenait tant sa respiration que ses poumons brulaient et menaçaient d'éclater.

Le souvenir s'estompa, puis les images se bousculèrent, le cachot, la découverte du corps dans la cellule voisine, ils avaient l'impression d'être soudain dans un train lancé à toute allure à travers les pensées de la jeune femme. Puis il y eu un arrêt brutal. Hermione était à terre dans une grande salle du château, tremblante, mais défiant du regard l'Héritier qui lui faisait face.

_Qui vous a dit que je vous aiderai ? disait-elle.

Ron écarquilla les yeux d'horreur. Elle était seule, sans baguette, entourée de Mangemorts, et elle provoquait leur chef. Elle était inconsciente ! Un Mangemort se précipita sur elle et la gifla avec violence.

_Non ! hurla Ron en se jetant sur un ennemi vaporeux, qu'il traversa en voulant le saisir. Il se retourna et vit Hermione, sonnée, qui essayait de relever la tête. Sa joue avait pris une teinte violacée, une plaie sur la tempe saignait abondamment et elle avait la bouche pleine de sang.

_Non ! répéta Ron en s'agenouillant auprès d'elle, ses mains se refermant sur le vide.

_Endoloris !

Les hurlements d'Hermione déchirèrent son cœur. Il vit, impuissant, son corps se tordre de douleur, chaque sort lui arrachant des hurlements plus effroyables les uns que les autres, et Ron avait l'impression que chaque cellule de son corps répondait à la douleur de la jeune femme. Il ne parvenait plus à réfléchir, à discerner le passé du présent, le souvenir de la réalité, sa tête était pleine de cris et de larmes, il essayait de repousser la baguette de l'Héritier, mais il se battait contre des chimères sur lesquelles il n'avait aucune prise. Il essayait de prendre Hermione dans ses bras, de faire barrière de son corps, mais tout lui échappait, il avait l'impression d'être enfermé dans un de ses cauchemars où il assistait à la mort d'Hermione sans pouvoir l'empêcher, où il hurlait sans que personne ne l'entende, il avait l'impression d'être prisonnier de lui-même, de la souffrance d'Hermione.

Lorsqu'un Mangemort pointa sa baguette sur elle et l'envoya brutalement contre un mur comme une vulgaire poupée de chiffon, Ron se sentit soudain tiré en arrière. Il ne savait plus où il était, il n'entendait plus rien, prostré, à genoux, il était pétrifié, les larmes ruisselant sans retenue sur son visage. Il suffoqua, expirant soudain l'air emprisonné dans ses poumons.

_Weasley, est-ce que ça va ? demanda doucement Kinglsey.

C'était la première fois que la voix du directeur du département des Aurors tremblait. Cela sembla ramener Ron à la réalité. Il se releva, toujours muet, et croisa le regard douloureux et bouleversé d'Harry. Blême, celui-ci fixa résolument le sol, espérant ainsi cacher les larmes qui se formaient. Neville et Seamus, encore choqués, échangèrent un regard entendu avec Kingsley et allèrent s'assoir dans un coin retiré du bureau. En tant qu'Aurors, ils avaient tous vu des scènes de crimes effroyables, sans jamais se départir de leur sang-froid et du recul nécessaire. Mais cette fois ci, il s'agissait d'Hermione. Leur amie depuis plus de dix ans, presque une sœur pour l'un, et l'amour de la vie de l'autre.

_Je vais tuer ce chien de mes propres mains…

Tous les regards convergèrent vers Ron. Sa voix n'avait pas tremblé, il avait parlé fort et très clairement, sur un ton sans appel. Seules ses joues brillantes de larmes trahissaient à quel point il se sentait anéanti, son visage lui s'était fait dur, froid, impitoyable. Il regardait dans le vide, un regard hanté par ce qu'il venait de voir.

_Je vais tous les tuer un par un…

Harry, troublé, regarda Kingsley. Une expédition punitive, il en rêvait, ce qu'il avait vu était abominable, il n'osait pas imaginer l'état de Ron. Mais il n'était pas persuadé que la colère soit leur meilleure alliée dans ce cas. Kingsley semblait partager son avis.

_Ecoutez Weasley, je sais que ces souvenirs vous ont…choqué… Mais agissez en Auror, c'est la condition pour que vous poursuiviez cette enquête, sinon je devrais vous retirer l'affaire…

Ron ne répondit pas, il évita soigneusement de croiser leurs regards et il sortit du bureau très calmement, pour transplaner aussitôt.