Bonjour ! Une nouvelle suite, plus longue que la moyenne, qui je l'espère vous plaira !

Concernant la suite des chapitres, je suis en pleine interrogation : m'arrêter une fois l'intrigue résolue, ou poursuivre, après le dénouement, sur des chapitres narrant simplement les mariages, grossesses et vies de chacun ? Je voudrais vraiment avoir vos avis sur la question !

Merci encore pour les reviews ! Chacune d'elles me fait sourire comme une idiote, c'est vraiment super de lire vos retours !

Chapou69 : merci pour tous ces compliments ! Et de me savoir lue c'est déjà super, après c'est sûr que je ne crache pas sur quelques reviews !

Kate : merci de toujours me lire et merci de ton message !

Justine : fidèle au poste et je t'en remercie infiniment ! Tes reviews font partie de celles que je relis des fois pour me motiver ! Et non, je ne suis pas JKR, j'aimerais bien avoir son talent ET son compte en banque lol ! En tout cas, on peut difficilement faire un plus beau compliment pour la fan de JKR que je suis alors merci !

Bonne lecture, bises à tous et même aux anonyme qui passent (coucou je vous vois !)

Narcissa Malefoy n'avait pas changé. A peine quelques rides sur son visage témoignaient du temps qui s'était écoulé. Elle était toujours aussi grande et mince, elle avait toujours ce port de tête altier qui donnait l'impression qu'elle regardait tout le monde de haut. Mais sa froide assurance avait laissé la place au désespoir. Ses mains, agrippées à un petit sac noir, tremblaient, ses vêtements avaient perdu leur lustre d'antan et semblaient avoir été rapiécés à plusieurs reprises. Un grand manteau noir élimé la recouvrait.

Son regard alla de Ron, à Harry sur lequel elle s'attarda avec une expression indéchiffrable.

_Que faites-vous ici ? demanda Harry.

Elle sembla surprise qu'il s'adresse à elle, puis elle se ressaisit et balbutia.

_Je…Je devais vous voir… J'ai voulu aller chez les Weasley… Mais je craignais que… Alors j'ai pensé à ce garçon, qui avait défié le Seigneur des Ténèbres…

Neville secouait la tête avec un air incrédule, comme s'il s'attendait à se réveiller à chaque instant dans son lit, et découvrir que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve.

_Où est mon fils ?

Ron et Harry échangèrent un regard, Neville, lui, semblait toujours aussi abasourdi et ne réagit pas.

_Alors vous débarquez après des années d'exil, en plein milieu de la nuit, pour nous demander où est votre fils ? interrogea Ron avec scepticisme.

Harry la regarda resserrer la prise de ses mains sur son sac, comme si sa vie en dépendait. Elle était si pâle qu'elle semblait malade. Il se souvint qu'elle lui avait sauvé la vie, certes pas de manière spontanée, mais elle lui avait sauvé la vie, elle aurait pu le trahir après avoir obtenu la confirmation que son fils vivait, mais elle n'en avait rien fait, elle avait préféré trahir Voldemort. Il se demandait toujours ce qui l'avait poussé à faire ça…

Elle semblait sur le point de défaillir sous le regard inquisiteur de Ron, alors Harry entreprit de pousser une chaise vers elle sans un mot. Elle s'y installa avec reconnaissance et se passa une main sur le visage. Puis elle releva la tête vers eux.

_Pourquoi l'avoir arrêté ? Drago… Drago est innocent… Il n'a rien fait !

Ce disant, sa voix avait retrouvé un semblant d'aplomb. Ron ricana froidement.

_C'est un Mangemort, il porte la marque, il a participé au meurtre d'Albus Dumbledore et il a combattu activement auprès de Voldemort… De quoi séjourner à Azkaban !

Narcissa Malefoy tressaillit comme si on l'avait giflée.

_Ce n'était qu'un enfant, s'écria-t-elle, un enfant terrorisé, il n'avait pas le choix, nous n'avions pas le choix !

_Nous avions son âge aussi ! rétorqua sèchement Ron.

_Il sera jugé équitablement, tout sera pris en compte, intervint Harry.

Narcissa reporta son attention sur lui.

_Je vous ai sauvé… Il y a cinq ans… Vous devez m'aider à votre tour !

Ron haussa les sourcils sans comprendre et se tourna vers son ami.

_En effet, mais je ne ferais pas obstacle à la justice… Mais oui, vous m'avez sauvé oui, je n'ai jamais eu l'occasion de vous en remercier…

_Et nous avons sauvé Drago à deux reprises, intervint Ron avec mépris, même s'il ignorait tout de l'épisode de la forêt.

_Je peux vous aider à retrouver ce que vous cherchez…

Ils remarquèrent que ses tremblements s'étaient faits plus violents et que ses yeux semblaient emplis d'effroi. Ron fronça les sourcils, elle avait réussi à capter son attention cette fois ci.

_De quoi vous parlez ? demanda Harry.

_Je sais que votre amie, la Sa…La née Moldue, je sais qu'elle est recherchée… Je sais qui la recherche…

_Nous aussi ! répliqua Harry en croisant les bras sans laisser trahir sa surprise.

_Je sais qui IL est…

Ron retint son souffle et il sentit Harry se tendre à ses côtés.

_Où voulez-vous en venir ? Qui nous dit que vous ne mentez pas ?

Narcissa Malefoy les jaugea du regard chacun leur tour, puis avec un soupir résigné, fixa son sac à main.

_J'ai rencontré Lucius à Poudlard, nous appartenions à la même maison et partagions les mêmes idéaux…

Ron renifla avec mépris et Harry dut se retenir pour ne pas en faire de même.

_Dès que nous nous sommes mariés, il m'a présentée à ses amis, un cercle d'amis dont je connaissais la plupart des membres… Mais il m'a ensuite présentée à leur chef, leur guide…Le Seigneur des Ténèbres…

Ron eut une exclamation indignée, mais Narcissa poursuivit, la tête toujours baissée sur son sac.

_Je ne suis pas devenue une Mangemort, je n'étais pas assez combattive pour cela… Il nous tenait tous, nous lui étions soumis, Lucius était l'un de ses plus proches serviteurs, avec ma sœur, ils rivalisaient pour s'attirer ses bonnes grâces… Le Seigneur des Ténèbres les considérait comme lui appartenant, et un jour, il nous a convoqué tous les deux, Lucius et moi…

Elle marqua une pause, déglutit avec difficulté et continua.

_J'étais terrifiée, il me terrifiait, j'avais supplié plusieurs fois Lucius de tout quitter pour partir loin, loin de ces influences… Lorsque nous sommes arrivés, il était là, entouré de son armée… Et il a alors demandé à Lucius de…de…de m'emprunter…

Elle étouffa un sanglot tandis que Ron, Harry et Neville échangeaient des regards choqués.

_Il me faisait l'honneur de porter son enfant, il voulait vaincre la mort, il ne doutait pas de son succès, mais il voulait avoir un successeur, quelqu'un qu'il modèlerait à son image… Une autre façon de s'assurer son immortalité et la continuité de la descendance de Salazar Serpentard… Je n'ai pas eu le choix…J'ai été soumise à l'Imperium… Pour éviter toute tentative de rébellion…Lucius ne pouvait rien faire, sinon il nous aurait tué tous les deux et m'aurait utilisée quand même…

Des larmes se mirent à rouler sur ses joues livides. Harry fut pris d'un sentiment de profond dégoût pour ce que Voldemort avait fait, et de pitié pour cette femme. Il voyait Ron, qui, pâle, serrait les poings. L'horreur de ce qu'elle racontait ne pouvait que les toucher.

_Ma sœur Bellatrix m'en a beaucoup voulue, je crois qu'elle aurait aimé être choisie…Lorsque l'enfant est né, je n'ai pas pu le voir, il l'a aussitôt emmené, je n'en ai plus jamais entendu parler… Et un peu plus d'un an après, Drago est né, de Lucius…

Harry semblait réellement désolé pour elle, seul Ron demeurait suspicieux, ce qu'elle remarqua.

_Pourquoi croyez-vous qu'il était si « proche » de nous ? dit-elle d'une voix tremblante.

_Il en était donc vraiment le père ? demanda Harry en connaissant la réponse d'avance.

Elle hocha la tête et sortit un mouchoir de son sac pour se tamponner les yeux.

_Savez-vous où il a emmené cet enfant ?

Narcissa Malefoy rangea son mouchoir sans répondre puis releva la tête en retrouvant son air hautain.

_Je le sais en effet… Mais je ne vous le dirais qu'à une seule condition : que vous libériez mon fils…

Devant leur mutisme, elle resserra son manteau autour d'elle sans les regarder. Elle se releva, droite et digne après ses terribles aveux, et se dirigea vers la porte.

_Je vous laisse y réfléchir, je demeure au Chaudron Baveur, faites-moi savoir votre décision…

Lorsqu'elle fut sorti sans qu'ils ne cherchent à l'en empêcher, Neville se tourna vers eux.

_Quand je l'ai vue dehors, debout sous l'orage, j'ai cru… J'ai cru voir Bellatrix Lestrange…

Ron et Harry savaient ce qu'il ressentait, cette frustration de ne pas avoir pu lui-même mettre hors d'état de nuire celle qui avait torturé ses parents jusqu'à la démence… Eux même partageaient ce sentiment quand ils pensaient à ce qu'elle avait fait à Sirius, puis à Hermione…

_Vous en pensez quoi ? voulut savoir Neville au bout d'un moment.

_Elle m'a sauvé la vie… dit doucement Harry en observant Ron.

Ce dernier fronça les sourcils. Si la vie lui avait appris quelque chose, c'était bien de se méfier d'un ou d'une Malefoy.

_Tu penses que ce qu'elle a à nous apprendre nous aidera vraiment ? Nous pouvons encore avoir besoin de Malefoy…

Harry hocha la tête. En effet, Drago risquait de leur être de nouveau utile.

_C'est pour ça que nous allons lui dire que Drago sera libéré…mais sans préciser quand…

La bouche de Ron tressaillit, puis il finit par sourire. Le souvenir de Gripsec arracha également un sourire à Harry, même si ni lui ni Ron n'étaient réellement nostalgiques de cette époque de terreur.

_Alors comme ça, l'Hériter serait le demi-frère de Malefoy… Charmante famille, commenta Ron.

Il frissonna en pensant à ce qu'elle leur avait raconté. Cet Héritier serait donc né d'une grossesse forcée… Voldemort n'avait vraiment eu aucune limite dans l'horreur, et il détestait ce sentiment de compassion qu'il ressentait vis-à-vis de celle qui les avait tant méprisés par le passé.

Lorsque Neville eut quitté le QG, rejoignant sans rechigner son lit pour les quelques heures de repos qu'il lui restait avant de reprendre du service, Ron se tourna soudain vers Harry.

_Dis-moi, je pense à quelque chose depuis quelques temps… Tu crois qu'il va rechercher les reliques de la mort ?

Harry secoua la tête. Il y avait déjà réfléchi.

_La baguette est toujours avec Dumbledore, et sa tombe est gardée nuit et jour… La cape, c'est moi qui l'ai…

_Mais la pierre de résurrection ? Tu as dit l'avoir perdue dans les bois…

Harry confirma d'un hochement de tête.

_Et si un Mangemort l'avait ensuite retrouvée ? poursuivit Ron, le visage de plus en plus soucieux…

_Si c'était le cas, il n'aurait pas cherché à traduire ce fameux livre Noir, ni à enlever Hermione pour cela… De plus, il est presque impossible de maîtriser le pouvoir de la pierre, Dumbledore lui-même a vu sa main brûlée par le maléfice… Elle a disparu, et c'est tant mieux…

Ron ne parut qu'à moitié rassuré. Il se laissa choir dans sa chaise mais bondit aussitôt sur ses jambes en voyant Seamus arriver. Il avait l'air épuisé.

_Bon, les gars, ça risque d'être plus long que prévu… Kingsley m'envoie vous dire de rentrer chez vous, il vient vous voir dès que l'interrogatoire est fini…

_Quoi ? s'écria Ron.

Il fulminait de rage. Il avait beau savoir que parfois plusieurs jours étaient nécessaires pour délier les langues les plus récalcitrantes, il n'était pas disposé à se montrer patient quand l'enjeu concernait l'amour de sa vie. Cette ordure l'avait giflée, l'avait brutalisée, il méritait de mourir.

_Je veux participer à l'interrogatoire ! gronda le jeune homme.

Seamus soupira en implorant du regard l'aide d'Harry.

_Ecoutes vieux, je ne suis pas le boss, je ne fais que transmettre… Et pour être franc, ce n'est pas plus mal que tu ne viennes pas, ce type est vraiment une ordure…

Ron se précipita hors de la pièce, bousculant Seamus sur son passage. Il se rua vers la salle d'interrogatoire et en ouvrit la porte à la volée. Kingsley avait déjà pointé sa baguette sur lui avant que la surprise de se retrouver face à Ron ne se peigne sur son visage.

_Weasley, que…

Mais Ron avait déjà foncé vers le prisonnier, qui eut un mouvement de recul sur sa chaise.

_Incarcerem ! lança la voix puissante de Kingsley.

Ron sentit soudain des liens puissants s'enrouler autour de ses bras.

_Qu'est-ce que vous faites ! cria-t-il à la face de son patron, qui demeura impassible.

_Vous n'avez pas été invité à cet interrogatoire…

_Tu entends la belette, dégages ! ricana le Mangemort.

Ron se débattit avec un nouveau cri de rage, mais plus il essayait de se libérer, plus les liens se resserraient.

_Alors la belette, tu voulais quoi ? Qu'on discute de ta Sang de Bourbe ?

_Plus jamais tu ne la toucheras, tu entends, plus jamais, je te tuerai sinon ! hurla Ron, le visage écarlate.

_D'autres finiront ce que j'ai commencé, ce n'est que partie remise ! Tous les Sang de Bourbe périront un jour ou l'autre, et on commencera par elle, le Seigneur la retrouvera !

Kingsley pointa sa baguette sur le Mangemort.

_Stupefix

Le prisonnier eut un soubresaut et se figea avec une expression de surprise. Puis Kingsley tourna un regard glacial vers Ron, qui ne se laissa nullement impressionner et soutint son regard.

_Weasley, vos incursions commencent à devenir…gênantes… Comportez-vous en Auror, gardez votre sang froid…

_Il s'agit d'Hermione, protesta Ron, vous savez très bien que j'ai toujours réussi à me maîtriser depuis que je suis Auror, mais par Merlin il s'agit d'Hermione !

Kingsley soupira devant le désespoir qui perçait dans la voix du jeune homme. Ron avait toujours été l'un des meilleurs, sa maladresse disparaissait dès qu'il s'agissait de combattre les Mangemorts, il était doué pour ça, mais il était aussi indéniablement vulnérable quand il s'agissait des siens.

_Narcissa Malefoy est venu nous voir… annonça Harry.

Il raconta brièvement l'entrevue qu'ils avaient eu et Kingsley sembla abasourdi. Il resta un instant silencieux, puis il déclara.

_Nous en reparlerons plus tard, j'ai besoin de réfléchir et vous aussi…

Il se tourna vers Ron et pointa sa baguette sur lui.

_Rentrez chez vous, je vous le ferai savoir s'il y a du nouveau…Finite incantatem

Les liens disparurent soudain et Ron se passa machinalement la main à l'endroit où les cordes avaient été le plus serrées. Avec un dernier regard lourd de sens vers le Mangemort, il sortit et retrouva Harry qui l'attendait dans le couloir, nonchalamment appuyé au mur. Sans un mot, il lui tendit sa cape, que Ron enfila en évitant son regard. Ils ne prirent pas la peine d'aller à l'aire de transplanage et ils disparurent simultanément.

Ron, les bras croisés derrière sa tête, regarda les rayons de soleil qui filtraient à travers les volets et semblaient danser sur le mur. Le soleil était déjà levé, il avait réussi à dormir quelques heures, et un léger ronflement lui indiqua qu'Harry, lui, dormait toujours. Ils n'avaient pas eu le cœur à réveiller Hermione pour qu'elle aille dormir à sa place. Il entendait sa mère s'affairer en bas et il se leva sans un bruit. Il referma doucement la porte derrière lui, et se dirigea sur la pointe des pieds jusqu'à la chambre de Ginny. Il passa la tête dans l'entrebâillement de la porte et le bruit de deux respirations paisibles et régulières lui parvint. Il avait terriblement envie de serrer Hermione dans ses bras et de l'embrasser, mais ça devrait attendre. Il descendit et trouva sa mère en train de remplir une bouilloire tandis qu'un couteau coupait de lui-même de grosses tranches de pain et que du bacon grésillait doucement dans une poêle. Elle lui tournait le dos, fredonnant un air que Ron ne connaissait pas, et lorsqu'elle se tourna vers lui, elle sursauta avec un petit cri, la main sur la poitrine.

_Oh Ron, mon chéri, tu m'as fait peur ! Je ne vous ai pas entendu rentrer cette nuit, Harry est là ?

Ron hocha la tête en lui plantant un baiser sur la joue.

_Salut maman…

_Assieds-toi, je prépare le thé !

Ron se laissa tomber sur le banc avec un bâillement. Il laissa promener son regard autour de lui, notant à quel point la cuisine de son enfance n'avait pas changé. Douillette, chaleureuse, surchargée, il y avait des pots un peu partout, des piles d'assiettes, des étagères croulant sous le poids de vaisselle en tout genre, des cadres, des paniers, des petits bouquets de fleurs séchées dans des verres. Toujours avec cette odeur de pain chaud et de bois ciré qui lui rappelait tant de souvenirs. Puis il regarda l'horloge magique, jusque-là, il ne lui avait que rarement prêté attention, laissant ce loisir à sa mère. Son estomac eut un soubresaut désagréable et sa gorge se noua quand il constata que toutes les aiguilles, y compris celle de Fred, étaient sur « à la maison », à part celle de Charlie qui indiquait « au travail » et celle d'Hermione qui indiquait « en danger de mort ». Sa mère le vit pâlir et suivit son regard. Elle soupira et passa une main dans les cheveux de son fils dans un geste affectueux.

_Ne t'inquiètes pas mon chéri, nous ferons tout ce qui est possible pour la protéger…

_Nous faisons déjà tout maman, et pourtant…

Le reste de sa phrase s'étrangla dans sa gorge. Le sifflement de la bouilloire retentit et Mrs Weasley s'empressa d'aller préparer le thé. Au bout de quelques instants, elle posa une tasse fumante devant lui avant d'aller retourner les tranches de bacon, tout en ordonnant avec sa baguette aux œufs de se casser dans un saladier.

Une fois le déjeuner en marche, elle vint s'asseoir en face de Ron, sirotant elle aussi du thé dans une vieille tasse en porcelaine ébréchée. Ron apprécia qu'elle ne cherche pas à le faire parler.

Mr Weasley rentra dans la cuisine. Il sourit à son fils et accrocha son manteau avant de venir s'installer à table.

_Un temps idéal pour une promenade matinale, grommela Mrs Weasley en jetant un regard à l'extérieur chargé de brouillard.

_Je suis allé vérifier les protections Molly, j'ai une journée chargée au Ministère et je ne pourrai pas rentrer déjeuner…

_Tu travailles trop mon chéri, soupira son épouse en posant une tasse de thé devant lui.

Mr Weasley observa Ron et regarda à son tour l'horloge. Il n'aimait pas lire cette douleur sur le visage de son fils, mais il savait depuis des années que Ron était condamné à s'en faire pour Hermione, aussi douée et forte puisse-t-elle être. Lorsque Ron leur avait présenté Hermione pour la première fois, il avait été aux anges d'apprendre que ses parents étaient Moldus. Et lorsqu'il avait vu la manière dont Ron la regardait, lui parlait ou même sa façon de se disputer avec elle, l'inquiétude avait pris le pas sur sa joie. Pour lui, le statut de sang n'avait aucun sens, et ne déterminait surement pas la valeur d'un sorcier. Mais il savait que bon nombre de Sorciers au « sang pur » ne voyaient pas les choses de la même façon, et cet état de fait rendait inévitable les brimades dont serait victime Hermione un jour ou l'autre. Et il connaissait son fils, celui-ci n'hésiterait pas à défendre son amie, envers et contre tout. La guerre avait rendu les choses encore plus concrètes, et les souffrances qui en découlaient étaient peintes sur le visage de Ron. Bien sûr, il était fier de lui, mais parfois, il souhaitait que Ron ait choisi une autre carrière que celle d'Auror.

Ginny surgit dans la cuisine, les cheveux tirés en arrière et l'air encore fatigué. Elle embrassa tendrement sa mère et mit une tape à l'arrière du crâne de Ron.

_Hé ! protesta celui-ci en la fusillant du regard.

_Bonjour ! Ca sent divinement bon maman !

Harry arriva à son tour, les cheveux en bataille, les lunettes légèrement de travers et la marque de son oreiller encore sur sa joue. Ginny vint lui déposer un léger baiser sur les lèvres et Ron fit semblant d'avoir un haut le cœur.

_Yeurk, pas dans la cuisine !

_Tais-toi Ronald ! le coupa Ginny avec un regard qui aurait glacé le sang de n'importe qui.

Ron sourit, goguenard. Mrs Weasley se leva pour vérifier l'avancée du petit déjeuner en levant les yeux au ciel.

_Il va être temps de déjeuner… Je garderai une part pour Hermione…

Ron se leva soudain, les oreilles déjà écarlates.

_Je….hum… Je vais la réveiller… Hum…

Sa mère lui sourit tendrement tandis que son père hochait la tête avec approbation.

_Comment tu comptes la réveiller Ronny ? Ou plutôt avec quoi ?

_GINEVRA WEASLEY ! s'exclama Mrs Weasley , par la barbe de Merlin, même quand George n'est pas là, il faut que tu…

Ron montait déjà et le reste se perdit dans le bruit de friture tandis que Mrs Weasley jetait de nouvelles tranches de bacon dans la poêle.

Hermione était profondément endormie, allongée sur le ventre, la tête enfouie dans son oreiller, le visage dissimulé par une avalanche de boules désordonnées. Ron alla s'asseoir sur le rebord du lit et entreprit de lui caresser le dos avec douceur. Il dégagea les cheveux qui lui recouvraient le visage et sourit pour lui-même. Elle était tout simplement adorable. Il la sentit tressaillir très légèrement, se tendre, il vit ses yeux frémir puis s'entrouvrir. Elle gémit et enfouit son visage dans l'oreiller.

_Le petit déjeuner est prêt…

Il l'entendit marmonner quelque chose mais sa voix était étouffée par l'oreiller.

_Quoi ?

Elle se releva légèrement le temps de parler d'une voix pâteuse.

_Tu m'as manqué…

Puis elle se relaissa tomber, face contre l'oreiller. Ron ne put s'empêcher de rire.

_Drôle de façon de le montrer ! lança-t-il en tirant sur les couvertures, mais il se figea presque aussitôt.

Le tee-shirt d'Hermione était relevé et sa peau nue révélait une dizaine d'ecchymoses qui allait du noirâtre au jaunâtre... Hermione sentit que quelque chose n'allait pas, elle se releva et regarda Ron, qui fixait son dos avec un air à la fois bouleversé et tendu. Elle savait ce qu'il regardait, alors elle s'empressa de recouvrir son dos et de s'asseoir.

_Ron… dit-elle doucement.

Le jeune homme la regarda, les yeux brillants.

_Comme si cette cicatrice ne suffisait pas, souffla-t-il, faisant allusion aux marques blanches qui striaient toujours le bras d'Hermione en formant les mots « Sang de Bourbe ».

Il avait déjà vu son corps contusionné, mais malgré tout, à chaque fois, c'était un choc. Il ne pourrait jamais s'y faire, accepter ce qui c'était passé…

Hermione se redressa et tendit les bras pour attirer Ron contre elle. Quand il l'enveloppa de ses bras, elle poussa un soupir d'aise.

_Ron, je vais bien… Je n'ai pas fait de cauchemar cette nuit…

Piètre consolation, songea le jeune homme qui osait à peine l'étreindre contre lui de peur de lui faire mal.

_Ron ? Hermione ? appela la voix de Mrs Weasley depuis l'escalier.

La jeune femme s'écarta, l'embrassa et se leva en étirant ses muscles endoloris. Elle offrit un sourire rassurant au regard inquisiteur de Ron. Elle devait reconnaître qu'elle n'allait pas si bien que ça, elle savait qu'elle mentait en affirmant le contraire, des cauchemars, elle en faisait toutes les nuits, et il lui semblait que chaque cellule de son corps était douloureuse. Elle sursautait au moindre bruit, et était sans cesse sur le qui-vive. Mais elle devait donner le change, Ron souffrait bien trop et elle ne le supportait pas.

Lorsqu'ils s'installèrent à table, Ginny les regarda tour à tour avec un sourire qui en disait long sur ses pensées. Ron rougit et Hermione leva les yeux au ciel avec un sourire amusé. Mrs Weasley les accueillit avec des assiettes débordantes d'œufs brouillés, tranches de bacon, et petits pains.

_Bien dormie ma chérie ?

Hermione hocha la tête.

_Oui, merci… Vous êtes rentrés à quelle heure ? Vous avez du nouveau ? s'enquit la jeune femme en regardant ses amis.

Ron et Harry échangèrent un regard. Harry ouvrit la bouche pour parler mais quelqu'un toqua à la porte.

Mr Weasley haussa les sourcils en voyant les deux jeunes hommes bondir sur leurs jambes, baguettes à la main.

_Il est tôt, qui cela peut être ? demanda Mrs Weasley à voix haute.

_J'ai vérifié les protections, qui que ce soit, il est autorisé à venir… commenta son époux tandis que Harry allait ouvrir.

Kingsley entra et salua l'assemblée d'un hochement de tête.

_Oh Kingsley, une tasse de thé ? proposa Mr Weasley en l'invitant à la table.

_Volontiers… Merci Molly, dit le chef des Aurors en plaçant ses mains autour de la tasse fumante que Mrs Weasley venait de lui servir.

_Vous avez l'air épuisé, Kingsley, quelque soit la raison de votre venue, déjeunons, nous parlerons après…

Le ton de Mrs Weasley trahissait son inquiétude mais ne tolérait aucune protestation. Lorsque quelque chose toqua à la fenêtre, elle poussa un soupir exaspéré.

_Allons-nous pouvoir déjeuner en paix !

Son époux allait ouvrir la fenêtre et une chouette hulotte entra aussitôt. Il détacha le long paquet qui était accroché à ses pattes et le déballa tandis que Ginny apportait quelques graines que la chouette bouda pour s'envoler et disparaître dans le brouillard.

_La Gazette, annonça Mr Weasley en dépliant le journal…. Mais…Oh

Ses yeux s'arrondir de surprise en découvrant la première page.

_Qu'y a-t-il ? demanda Ron en s'emparant du journal.

Interdit, il contempla la photo de son meilleur ami et de sa sœur, en train de s'embrasser fougueusement sur la première page du journal. « Le sorcier le plus convoité de la planète sur le point de se marier ? » titrait la Gazette en guise de une. Harry regarda par-dessus l'épaule de Ron, et, les yeux écarquillés, s'empara du journal.

_Mais… Par Merlin… Comment ont-ils su ?

Il posa le journal à plat sur la table de façon à ce que tout le monde puisse regarder. Il était devenu rouge de confusion à l'idée que ses futurs beaux-parents regardent leur fille la plus jeune l'embrasser sauvagement. Il avait l'impression d'être un horrible pervers qui avait profité de la gentillesse de ceux qui l'avaient toujours traité comme un fils. Mais ni Mr ni Mrs Weasley ne fit de commentaires. Ils se contentèrent de porter leur attention sur l'article.

_Ce n'est pas mon meilleur profil, commenta Ginny, pince sans rire.

_Rita Skeeter a un successeur on dirait, soupira Hermione, je pensais que la Gazette était devenu un journal sérieux…

_Harry Potter est, selon la rumeur, sur le point d'épouser Ginevra Weasley…

Ginny émit un bruit qui ressemblait étrangement au feulement d'un chat.

_C'est Ginny, nom d'un dragon, Ginny, ce n'est pas si compliqué à comprendre, marmonna-t-elle tandis que Harry poursuivait la lecture de l'article.

_Qui est accessoirement la sœur du célèbre Ronald Weasley et la cadette de l'éminente famille Weasley, l'une des familles de sorciers les plus anciennes du pays, qui ont largement contribué à la victoire contre Voldemort. Rien ne saurait ternir la joie des futurs mariés, malgré les récents évènements dramatiques qui ont touché leurs proches. En effet, Hermione Granger, célèbre pour son rôle dans la victoire contre Voldemort, et pour sa lutte pour les droits des Créatures Magiques, semble être la cible de mystérieuses attaques, en lien avec des Mangemorts en fuite selon une source proche de l'enquête. Certains toutefois se plaisent à dire qu'il s'agirait seulement d'attaques menées par jalousie, Hermione Granger étant depuis quelques années la compagne du séducteur Ronald Weasley, l'un des Aurors les plus en vue du moment.

Ron haussa les sourcils, stupéfait.

_Moi, séducteur ? Non mais ils sont sérieux ?

_C'est définitif, ils ont perdu la tête à la Gazette ! railla Ginny.

Hermione les ignora et encouragea Harry à poursuivre la lecture.

_Hermione Granger serait également le grand amour de Viktor Krum, le célèbre entraineur de l'équipe Bulgare de Quidditch. « Il n'a jamais pu oublier Hermione Granger, confie un proche, il espère toujours pouvoir la revoir ».

_Quoi ? s'écria Ron, les oreilles virant au rouge pivoine.

Hermione passa un bras autour de sa taille et l'embrassa sur la joue sans un mot. Harry réprima une envie de rire devant l'air furibond de son ami et poursuivit.

_L'avenir semble enfin sourire à l'Elu, qui est également pressenti à la succession de Kingsley Shacklebot, actuel directeur du bureau des Aurors, sur le point de prendre sa retraite et…Quoi ?!

Tous les regards se tournèrent vers Kingsley, qui sirota une gorgée de thé et finit par leur sourire.

_Et bien, je pensais l'annoncer en personne dans quelques jours, mais il semblerait que je me sois fait coiffer au poteau…

_Vous ? A la retraite ? s'exclama Harry, incrédule.

_Pas tout à fait… Il semblerait qu'ils n'aient pas réussi à avoir toutes les informations… Vous savez que j'ai provisoirement occupé le poste de Ministre de la Magie au lendemain de la Grande Bataille… Et bien, l'actuel Ministre arrive à la fin de son mandat et j'ai été nommé à sa place…

Cette annonce fut saluée par une pluie de félicitations.

_Il nous fallait donc quelqu'un à la tête du département des Aurors… ajouta Kingsley en regardant Harry.

_Moi ? Mais… protesta le jeune homme.

_Potter, vous avez vaincu Voldemort, vous êtes tout indiqué pour ce poste ! le coupa Kingsley.

_Mais je n'étais pas seul ! Il y avait aussi Ron et Hermione, et…

Ron éclata de rire et donna une tape dans le dos de son ami.

_Ce sera sans moi mon vieux ! Etre préfet à Poudlard m'a largement suffit !

_Harry, je ne suis pas Auror, et TU as vaincu Voldemort, il faut quelqu'un qui fédère, quelqu'un que les Aurors suivront les yeux fermés… ajouta Hermione avec un sourire.

Harry ne savait plus quoi dire. Il avait du mal à réaliser qu'il allait bientôt diriger le département des Aurors. Il n'en espérait pas tant… Ginny l'embrassa tandis que Mrs Weasley le prenait dans ses bras.

_Oh mon chéri, tu le mérites, je suis si fière de toi !

Harry regarda Ron par-dessus l'épaule de Mrs Weasley.

_J'aurais besoin de toi, tu voudras bien être mon directeur adjoint ?

Ron hocha la tête avec un sourire enjoué alors que Mrs Weasley se jetait sur lui pour l'étreindre de toutes ses forces.

_Oh, Ron, mon petit garçon chéri directeur adjoint du bureau des Aurors, je suis tellement tellement fière de toi mon garçon ! s'écria-t-elle d'une voix larmoyante.

Ron eut l'impression d'être aux prises avec un Strangulot et souffla de soulagement quand sa mère le lâcha enfin. Hermione lui prit la main en souriant.

_Tu seras parfait à ce poste Ron…

Soudain, les flammes vertes de la cheminée s'animèrent et dans une gerbe d'étincelles, George apparut, la Gazette à la main.

_Alors vieux, tu as fixé une date ? lança-t-il en brandissant le journal et en s'installant à la table.

_Le 31 juillet, répondit tranquillement Ginny en se servant une nouvelle part d'œufs brouillés.

Mrs Weasley se figea et son regard alla frénétiquement de sa fille à Harry. Puis elle poussa un cri de joie et les serra tous les deux dans ses bras. Ginny posa précipitamment sa tasse de thé.

_Maman, attention, tu me fais renverser !

_Oh, ma petite fille va se marier, oh je suis si heureuse ! Mais par Merlin, il reste quelques semaines à peine !

_Relax, maman, nous avons la situation en main, soupira Ginny en levant les yeux au ciel et en tamponnant la tache de thé sur la table.

_Oh, répéta Mrs Weasley, au bord des larmes, ma fille va se marier, avec le directeur du Bureau des Aurors, ma petite Ginevra…

_Maman !

Mrs Weasley ignora ses protestations.

_Et mon petit garçon qui devient directeur adjoint des Aurors, oh vous avez tous tellement grandit !

Elle laissa échapper un sanglot tandis que George dévisageait Ron et Harry avant de se tourner vers Kingsley qui hocha la tête.

_Ca alors ! Félicitations les gars ! s'écria-t-il. Alors Hermione, tu n'as pas perdu au change hein, il parait que Krum en pince toujours pour toi ?

Hermione demeura impassible alors que Ron semblait enfler et sur le point d'exploser.

_La Gazette aime les articles à sensation pleins d'informations non vérifiées et parfois inventées de toute pièce…déclara la jeune femme. Viktor et moi sommes simplement amis…

_Ah ouais ? Et est-ce qu'il est au courant au moins que vous n'êtes que des amis ? demanda Ron.

_Il l'est, répondit calmement Hermione, aux dernières nouvelles, il l'est…

_Et de quand datent les dernières nouvelles ?

La jeune femme commença à perdre patience. Elle dévisagea Ron et fronça les sourcils.

_Ron, tu sais que tu n'as aucune raison d'être jaloux, n'est-ce pas ?

Ron ne répondit pas, le visage toujours rouge. Harry décida qu'il était temps de changer de conversation, sentant le malaise le gagner avec une drôle d'impression de déjà-vu.

_Alors, qu'a donné l'interrogatoire du Mangemort ?

_Pouvons-nous en parler après le déjeuner, intervint Mrs Weasley, j'aimerais vraiment…Oh par Merlin, encore un hibou, décidemment !

Elle se leva et alla ouvrir au grand-duc qui tendit sévèrement la patte.

_Vous vous écrivez toujours ?

_Ron, pour l'amour du ciel ! Tu sais très bien que oui !

_Et c'était quand la dernière fois ? Est-ce qu'il te demande de le rejoindre ?

Hermione se leva et posa brutalement sa fourchette.

_Ron par Merlin, vas-tu cesser de te comporter comme un enfant ! Mais enfin qu'est ce qui te prend, Viktor est un ami, point, et tu le sais ! C'est toi que j'aime et toi seul !

Elle tourna les talons et disparut vers le salon. Ginny eut un soupir désapprobateur et alla rejoindre son amie tandis que George haussait les épaules.

_C'était juste une question comme ça…

_Foutu Bulgare… marmonna Ron alors que sa mère revenait s'asseoir avec le courrier.

_Tiens, une invitation pour l'inauguration de la nouvelle Tour à Poudlard… Oh, et une lettre pour Hermione…

Harry, Ron et Kingsley échangèrent un regard. Ron tendit la main et s'empara de la lettre. Il n'y avait rien d'écrit sur l'enveloppe, mis à part « Granger ». Il fronça les sourcils.

_Qui pourrait lui écrire ici ?

Kingsley pointa sa baguette sur l'enveloppe pour détecter tout piège mais rien ne se produisit. Ron la décacheta sous les regards attentifs de tous, et déplia le papier qu'elle contenait. Il poussa un juron et blêmit.

_Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry en se levant précipitamment.

_Une nouvelle lettre de menaces…