Oyez Oyez ! Je crois que je n'ai jamais été aussi longue à poster une suite, il faut dire que d'une, elle est assez longue, et de deux, j'ai l'esprit qui est également occupé par d'autres choses, mais c'est temporaire, disons que les délais seront plus longs jusqu'à novembre, après, ça devrait reprendre un rythme normal

En tout cas, même si beaucoup d'anonymes passent, merci de continuer à me lire, et croyez-moi, une petit review prend quelques secondes mais rebooste un « auteur » pour quelques jours, ça vaut le coup non ? :D

Charliee3216 : je suis vraiment heureuse de lire les impressions de « nouveaux(lles) lecteurs(rices) », tes compliments me vont droit au cœur, j'espère te relire souvent !

Light of Soul : ravie de te relire ! Et ravie de lire que je ne suis pas la seule fleur bleue dans le coin lol poursuivre l'aventure me tente de plus en plus ! merci encore de cette adorable review !

Alors à vous, lecteurs anonymes, moins anonymes et pas anonymes, je vous souhaite une bonne lecture !

Ron détacha son regard de l'écriture grossière et se leva, laissant Harry s'emparer de la lettre. Il entendit sans les voir les cris horrifiés et indignés au fur et à mesure qu'ils lisaient des menaces sans équivoque. Des mots, crus, violents, qui ravivèrent en lui un besoin viscéral de la sentir contre lui, en sécurité et bien vivante. Hermione était pelotonnée sur le canapé, et Ginny était agenouillée devant elle, il les entendait chuchoter sans parvenir toutefois à saisir un mot de la conversation. La jeune femme se tut en levant les yeux vers lui. Elle ne semblait pas en colère, juste lasse, et étrangement, Ron en fut encore plus effrayé. Ginny se redressa et retourna à la cuisine après lui avoir jeté un regard courroucé.

_Je suis désolé…

_Je sais…

_Je me suis comporté comme un crétin…

_Je sais… soupira la jeune femme.

_C'est plus fort que moi… Je ne supporte pas ce Viktor Krum, et je savais que ses intentions n'étaient pas claires !

Ron se frotta nerveusement la nuque et se mit à arpenter le salon de long en large devant Hermione.

_Je sais ce que tu vas me dire Hermione, tu vas me dire que c'est moi que tu as choisi… N'empêche, et s'il arrivait à te faire regretter ton choix ? Je veux dire, il est célèbre, il a tout de suite été attiré par toi alors que moi je refusais de l'admettre… Et s'il te séduisait ? Je ne crois pas que je le supporterais…

Ron se tut comme Hermione se levait et venait se planter devant lui. Il la regarda avec appréhension, avec cette peur viscérale de la perdre… Elle posa ses mains sur ses épaules et planta son regard dans le sien.

_Ron, je ne t'ai pas choisi…

Le jeune homme eut l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Il voulut se dégager mais c'était comme si son corps était frappé de tétanie. Hermione poursuivit en maintenant sa prise sur ses épaules.

_Je ne t'ai pas choisi parce que je ne me suis jamais posé la question de devoir choisir entre qui que ce soit et toi… Ca a toujours été toi, c'était comme une évidence Ron, même si nous avons mis le temps…

Ron expira brutalement l'air qu'il avait retenu sans s'en rendre compte, avec le sentiment que son cœur rebattait enfin… La jeune femme eut un petit sourire et Ron sentit son cœur s'emballer.

_Alors je t'en prie, crois-moi quand je te dis que Viktor et moi ne sommes qu'amis… La Gazette raconte n'importe quoi, mais quand bien même ce serait vrai, ce ne serait absolument pas réciproque… Tu dois me faire confiance…

Ron la serra brusquement contre lui. Hermione se mordit les lèvres pour retenir un gémissement de douleur et passa ses bras autour de la taille du jeune homme. Il était rassuré, même s'il savait pertinemment qu'à la prochaine évocation de Viktor, il ne manquerait pas de s'emporter. Il n'admettait tout simplement pas que ce soit Viktor qui ait emmené Hermione à son premier bal, et qu'il lui ait donné son premier baiser, et ce même des années après. Il savait que c'était absurde, Hermione l'aimait, elle vivait avec lui et avait accepté de l'épouser, lui, Ronald Weasley. Mais il savait aussi que dès qu'il s'agissait d'Hermione Granger, toute rationalité quittait son esprit.

_Hum…

George les regardait, les sourcils levés, un sourire amusé qui en disait long sur ses pensées. Ils se séparèrent à regret. Il était temps de faire un point sur ce qu'ils avaient appris des interrogatoires, tous se pressèrent sur les fauteuils et le canapé, Ron s'installa sur l'accoudoir du fauteuil dans lequel Hermione était assise, comme à son habitude. Et Ginny se laissa tomber sur le tapis usé, s'appuyant aux jambes d'Harry et entourant ses jambes de ses bras. Hermione nota les regards furtifs et angoissés que lui jetait Molly, mais sans en comprendre la raison. Elle leva les yeux vers Ron, qui lui sourit en retour mais reprit un air tendu dès qu'il crut qu'elle ne le regardait plus. Intriguée, elle dut cependant reporter son attention sur Kingsley.

_Nous avons donc arrêté Howard Kershaw, qui aurait participé à la…au traitement de Miss Granger…

Hermione vit les poings de Ron se serrer, elle posa sa main sur la sienne.

_Nous l'avons donc interrogé afin de connaître l'endroit où est caché l'Héritier… Il prétend évidemment ne rien savoir… Les Mangemorts sont préparés aux interrogatoires et il est très difficile de leur arracher des informations… Il a simplement admis être un Mangemort, il sait que nous disposons des preuves nécessaires… Nous reprendrons l'interrogatoire dans deux jours, nous espérons que ce délai lui aura permis de réfléchir…

Il fit une pause et promena son regard sur l'assemblée qui le regardait d'un air attentif.

_ Il y a autre chose. Ces informations sont normalement confidentielles… Mais vous êtes tous des anciens membres de l'Ordre, alors je pense que vous avez le droit d'être au courant… Narcissa Malefoy s'est présentée au QG cette nuit…

Des cris de surprise retentirent et Hermione dévisagea Ron, stupéfaite. Kingsley leva la main pour faire taire le flot de questions qui s'élevait.

_Elle aurait des informations sur l'endroit où se trouve l'Héritier, et est prête à coopérer à une condition : que nous libérions son fils…

_Qu'elle aille en enfer ! s'écria George.

_Ce n'est pas envisageable j'espère ! renchérit Ginny en se redressant.

_Les enfants, laissons Kingsley finir…

Kinglsey remercia Mr Weasley d'un regard et reprit.

_J'ai évidemment mon idée sur la question, mais il m'a semblé que la décision devait revenir à Harry et Ron…

Les deux concernés échangèrent un regard. Ils en avaient brièvement parlé à leur retour du QG, et étaient tombés rapidement d'accord. Pour l'un comme pour l'autre, la décision semblait évidente.

_Nous pensons accéder à sa demande, annonça Harry alors que tous les regards passaient de Ron à lui.

George bondit sur ses jambes, ébahi.

_Vous n'y pensez pas ! Ce petit avorton mérite la prison ! Et après tout ce qu'il vous a fait !

_Tu crois que je ne le sais pas ! répliqua Ron. Tu crois que je ne me rappelle pas de chacune de ses insultes à l'égard d'Hermione et au notre ? Mais si elle peut nous aider à retrouver la trace de l'Héritier, alors peu importe !

_Peu importe ? Ma parole, tu as perdu la tête ! C'est à cause de lui si Dumbledore est mort !

_ Je ferais tout, tu entends, TOUT pour la sécurité d'Hermione, rien n'est plus important, alors s'il existe une infime chance de retrouver le malade qui veut me l'enlever, je la saisis !

Ron était devenu écarlate et s'était mis debout, faisant face à son frère. Il tremblait, sa voix était cassée et son visage trahissait son désarroi face à l'absence de pistes qui permettrait d'éliminer enfin tout danger. Hermione avait les larmes aux yeux, voir Ron dans cet état la bouleversait. Elle avait parfois l'impression que sa vie avant Ron appartenait à quelqu'un d'autre, une vie sans saveur, sans sens, une vie que Ron avait éclairé avec son humour, sa capacité à l'agacer, son caractère colérique et possessif, cette même possessivité qui ne cessait de lui donner l'impression que des milliers de papillons parcouraient son corps. Elle avait désespérément besoin de lui, pour se sentir vivante en dehors des livres dans lesquels elle avait trouvé refuge avant de le connaître.

_La décision nous revient et ça s'arrête là. Rien ne m'empêchera de tout faire pour protéger Hermione ! ajouta Ron, en défiant son aîné du regard.

_Elle m'a sauvée la vie…dit doucement Harry pour couper court à la dispute.

Surpris, tous le regardèrent. Ginny se retourna, bouche bée.

_Harry ? Comment ça ? Quand ? demanda la jeune femme d'une voix légèrement tremblante.

Harry soupira. Cette histoire, il ne l'avait jamais racontée à qui que ce soit. Il ne savait pas pourquoi. L'urgence de passer à autre chose, la lassitude de faire face à la gratitude de tous ces gens, la fatigue d'être le centre d'attention. Il n'avait jamais parlé à qui que ce soit de ce qui s'était passé dans la forêt, en dehors de Ron et Hermione, sans toutefois mentionner le rôle de Narcissa Malefoy. Les Malefoy avaient fini par se volatiliser. Tourner la page était devenu un besoin vital, vivre enfin normalement, du moins aussi normalement que possible puisque les journalistes épiaient ses moindres faits et gestes. Mais cette fois, il avait pu partager cette encombrante notoriété avec ses meilleurs amis, ce qui avait allégé considérablement son fardeau. Il n'avait jamais autant ri que le jour où Ron s'était mis à courir, soudain suivi par une horde de journalistes, tandis qu'il l'observait de l'intérieur des Trois Balais où ils s'étaient donné rendez-vous. Il sourit brièvement à ce souvenir, puis dut revenir aux regards inquiets et surpris qui le dévisageaient.

_Dans la forêt, lorsque Voldemort m'a lancé l'avada kedavra… Il a ensuite envoyé Narcissa Malefoy vérifier si j'étais bien mort… Elle s'est approchée de moi, elle a vu que je vivais encore, et elle m'a alors demandé si Drago était encore en vie… Je lui ai répondu, et au lieu de me donner à Voldemort, elle lui a confirmé que j'étais mort… Sans elle, je ne serais probablement pas ici… Je pense qu'elle voulait que nous battions Voldemort…

Un lourd silence s'abattit dans le petit salon douillet des Weasley. Hermione se mordillait nerveusement la lèvre, et Ginny fixait Harry, légèrement plus pâle que d'habitude.

Ce fut George qui rompit le silence en premier.

_Bon, admettons qu'elle ait eu un sursaut de bonté… Comment être sûr qu'elle dit vrai quand elle dit avoir des informations ?

_Parce qu'elle est sa mère… Elle est la mère de l'Héritier…

Hermione porta une main à sa bouche en étouffant une exclamation de surprise tandis que tous avaient les yeux écarquillés et regardaient Kingsley, Ron et Harry avec le même air d'incompréhension.

Harry entreprit alors de raconter l'échange qu'ils avaient eu avec Narcissa Malefoy. Au fur et à mesure du récit, Hermione se décomposait. Elle imaginait à peine vivre une telle horreur, qu'on lui impose un enfant, qu'on lui vole le bonheur d'une première grossesse, qu'on la force à… Elle sentit des larmes lui piquer les yeux et prit une profonde inspiration pour l'aider à les contenir. Elle imagina ce bébé innocent qui n'avait jamais connu l'amour d'une mère, élevé dans les idées perverses et démoniaques de son géniteur. Son cœur se serra à cette idée, elle n'était pas mère, elle n'imaginait pas ce que pouvait ressentir une mère, mais elle voyait tant d'amour dans le regard de Mrs Weasley, dans celui de sa propre mère… Elle éprouva de la peine pour Narcissa Malefoy, et pour cet enfant, ce nourrisson qui était devenu un monstre…

Ron lui prit fermement la main et la serra. Lorsqu'Harry eut fini, Mrs Weasley semblait sous le choc, Ginny ouvrait de grands yeux ronds, Mr Weasley et George semblaient sans voix.

_Potter, Weasley, je vous laisserais donc le soin d'informer Mrs Malefoy de notre arrangement…

Les jeunes Aurors hochèrent la tête. Puis Kingsley se tourna vers Hermione.

_Miss Granger… Le Ministre tient à vous faire savoir que tout est prêt pour votre retour au Ministère, votre bureau a été sécurisé, les Aurors seront toujours chargés de votre protection et vos courriers sont filtrés, d'ailleurs la même chose sera mise en place ici…

Il lança un regard appuyé à Ron. Le jeune homme faisait un effort considérable pour se contenir.

_Est-ce bien nécessaire ? finit-il par dire d'une voix maîtrisée, avec précaution comme s'il craignait de se mettre à hurler sans s'en rendre compte. Ne peut-elle pas continuer à travailler d'ici ?

Hermione soupira. Il s'agissait d'un éternel débat. Elle était toujours convalescente, bien entendu, mais même si le Terrier était devenu un foyer pour elle depuis toutes ces années, il lui tardait de rentrer chez elle, de retrouver son bureau, de voir d'autres murs que ceux-ci.

_Ron, j'ai besoin de travailler…

Le jeune homme prit une profonde inspiration et ils retinrent leur souffle, prêts à le voir éclater de colère. Mais il n'en fit rien. Il planta son regard dans celui d'Hermione.

_Nous en reparlerons plus tard…

Hermione leva les yeux au ciel pour seule réponse.

_Est-il possible de…de rentrer chez nous ? demanda la jeune femme en rougissant. Elle craignait de froisser les Weasley en ayant l'air de refuser leur hospitalité, eux qui avaient risqué leur vie en l'accueillant pour la protéger.

_C'est exclu pour l'instant, votre maison est sous surveillance, et pour le moment, trop de visites suspectes nous amènent à penser qu'elle est également surveillée par les Mangemorts… Le Terrier est indétectable, incartable, vous êtes en sécurité ici…

Ron lança un regard lourd de sens à Hermione. La jeune femme avait insisté pour vivre dans une maison qu'elle qualifiait de normale, hors d'un quartier sécurisé, refusant la présence d'Aurors, elle disait vouloir enfin vivre normalement après des années de guerre. Ron n'avait eu gain de cause que sur les sortilèges de protection les plus basiques. Elle ignorait encore à cette époque que les Mangemorts résistants la prendraient pour cible…

_Pour vous rendre au Ministère, poursuivit Kingsley, il vous faudra transplaner, nous craignons également que le réseau de Cheminée soit infiltré… Mais pour cela, il faut vous remettre, ce que vous avez vécu, Miss Granger, peu de personnes s'en seraient remises… Vous avez l'admiration du Ministre…et la mienne…

La jeune femme rougit sous le compliment. Elle ne savait pas si elle le méritait, elle avait l'impression de flotter entre deux univers, entre deux Hermione, une Hermione prostrée, blessée, terrifiée, anéantie, et une Hermione indéniablement Gryffondor, qui présentait un visage calme et sûr à ses proches. Elle ne savait pas de quel côté elle allait finir par atterrir, dans quel univers elle allait finalement échouer… Elle déployait tant d'effort à essayer de concilier ces deux Hermione, espérant que la seconde aiderait la première, qu'elle s'en sortirait la tête haute, fière et forte. Mais la douleur était encore là… Ainsi que cette peur, sournoise, insidieuse, qui était tapie au plus profond d'elle-même.

Ron passa un bras autour de ses épaules. Il y avait encore tant de choses dont ils n'avaient pas parlé tous les deux, elle n'avait qu'une hâte, se retrouver seule avec lui.

Kingsley se leva.

_Potter, Weasley, je vous attends au Ministère avec Mrs Malefoy. Arthur, Molly, merci de votre accueil encore une fois…

Mr Weasley raccompagna le directeur des Aurors à l'extérieur. Mrs Weasley entraîna George avec elle dans la cuisine, et le bruit caractéristique de la poudre de cheminette les informa qu'il avait certainement rejoint son épouse avant de se rendre à la boutique.

_Pourquoi tu ne m'as pas racontée tout ça ? questionna Ginny en croisant les bras. Elle avait l'air blessée et Harry éprouva un profond sentiment de culpabilité. Tout raconter à Ron et Hermione lui avaient paru évident, ils avaient tout traversé avec lui sans ciller, sans faiblir, sans le trahir. Ginny était alors devenu une sorte de refuge, préservé des détails sordides de cette guerre qui leur avait déjà tant coûté. Et égoïstement, il avait voulu garder intact son refuge.

Hermione se leva et glissa sa main dans celle de Ron en lui faisant signe de la suivre. Elle dut tirer sur son bras à plusieurs reprises avant qu'il ne réagisse.

_Ah…heu… Je t'attends devant mon vieux… balbutia Ron en jetant un regard compatissant à son ami.

Une fois à l'extérieur, il poussa un soupir de soulagement et s'exclama avec un sourire moqueur.

_Je n'aimerais pas être à sa place !

Hermione lui mit un coup d'épaule, même si son épaule atteignait tout juste la moitié de son bras.

_Ce n'est pas drôle ! Et ta place ne vaut pas beaucoup mieux Ronald Weasley ! s'exclama-t-elle en plissant les yeux avec un air menaçant.

Ron écarquilla les yeux et leva les mains en signe d'apaisement.

_Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

_Ron, tu ne peux pas m'enfermer à vie ici ! Je dois reprendre mes activités, et je dois vous aider à le retrouver…

Elle vit le bout de ses oreilles devenir rapidement rouge vif mais elle ne détourna pas le regard lorsqu'il planta ses prunelles bleues dans les siennes.

_La seule chose que tu dois faire, c'est rester en vie…

_Ron, je serai protégée !

Le jeune homme balaya l'argument d'un geste de la main.

_Tu étais protégée jusque-là, et pourtant, le seul endroit où il ne t'est rien arrivé, c'est ici, au Terrier !

_Ron, sois raisonnable, je ne…

_Raisonnable ?

Le visage du jeune homme était à présent presque aussi rouge que ses oreilles.

_Tu me dis à moi d'être raisonnable ? Par Merlin, Hermione, tu as été blessée à plusieurs reprises, tu as été enlevée sous mes yeux pour être torturée, et j'apprends ensuite que tu avais prévu de mourir si ça arrivait, alors non, ne me dis pas d'être raisonnable !

Il s'éloigna d'elle à grands pas. D'abord figée par la surprise, elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Puis elle se précipita à sa suite, boitillant, haletant à cause de la douleur qui irradiait dans ses côtes.

_Ron, attends ! Ron, attends-moi s'il te plait !

Il dut entendre la douleur dans sa voix puisqu'il s'immobilisa tout à coup et se tourna vers elle. Elle arriva enfin à son niveau et dut prendre quelques minutes pour reprendre son souffle, tandis que Ron refusait obstinément de regarder dans sa direction, même si son regard glissait de temps en temps furtivement vers la jeune femme avec inquiétude.

_Ron… Je ne voulais pas mourir… Je voulais vous protéger… J'ai eu un mauvais pressentiment, j'ai eu peur, peur de vous trahir… Je n'ai jamais oublié la douleur de l'endoloris…

Elle avait fini dans un murmure en baissant la tête. Ron plaça alors ses mains de chaque côté de son visage et lui releva doucement la tête. Il avait un regard si douloureux qu'Hermione dut contenir une nouvelle vague de larmes.

_Est-ce que tu as pensé à moi ? Hermione, est-ce que tu as pensé à moi ? Tu crois que j'aurais pu continuer sans toi ?

Sa voix tremblait, Ron s'était retenu tout le temps de la guérison de la jeune femme, se montrant fort et rassurant, mais à présent, il ne pouvait plus tricher avec ce qu'il avait ressenti depuis l'enlèvement d'Hermione.

_Je ne voulais pas vous trahir, répéta Hermione, j'avais si peur de ne pas tenir, de leur donner des informations sur vous, je m'étais préparée… Je… Je suis désolée…

_Hermione, je sais que je suis souvent maladroit, je ne suis pas très doué pour exprimer ce que je ressens, mais je pourrais mourir pour toi, je pourrais mourir pour chacun de vous, mais si tu devais disparaitre de ma vie, alors je n'aurais plus aucune raison de vivre… Jamais je ne pourrais m'en remettre…

Hermione déglutit et sentit les larmes couler sur ses joues.

_Tu es devenu très doué pour exprimer tes sentiments…dit-elle dans un souffle. Je t'aime, je suis désolée…Je ne pourrais pas vivre sans toi non plus…

Elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa avec tendresse. Ron se laissa d'abord faire puis il l'enlaça et lui rendit son baiser.

Le bruit d'une porte s'ouvrant attira leur attention. Toujours enlacés, ils regardèrent Harry et Ginny venir vers eux, main dans la main.

_Est ce que tu dois vraiment y aller ?

Ron embrassa Hermione sur le front et s'écarta d'elle avec un sourire.

_Je serai de retour le plus vite possible…

Harry et lui s'éloignèrent de quelques pas puis transplanèrent.

…..

Narcissa Malefoy regardait ses doigts pianoter nerveusement sur la table devant laquelle elle était assise. Ron lui lançait de temps en temps un regard irrité, ce bruit lui tapait sur les nerfs, mais il savait aussi qu'il devait mettre son impulsivité de côté pour le bien d'Hermione.

Ron tendit l'oreille en percevant un bruit de pas. Harry revenait…Et fit son entrée, suivit de près par Drago Malefoy, qui avait les poignets enchainés par un sort et était encadré par deux Aurors. Sa mère bondit sur ses jambes, les yeux soudain pleins de larmes.

_Drago ! Mon chéri ! Tu vas bien ? Est-ce qu'ils t'ont fait du mal ?

Ron claqua la langue, agacé. Drago osait à peine regarder sa mère, il fixait résolument le sol et marmonna un vague « ça va ». Narcissa se tourna vers Ron et Harry, courroucée.

_Pourquoi a-t-il les mains attachées ? Que pourrait-il faire sans baguette ? s'écria-t-elle en montrant d'un doigt tremblant les poignets de son fils.

_C'est la procédure, répliqua sèchement Ron.

_Libérez le, nous avons un marché !

Harry et Ron échangèrent un regard. Drago avait levé la tête un court instant, intrigué, avant de précipitamment contempler ses pieds lorsque sa mère se tourna de nouveau vers lui.

_Il y a des conditions à ce marché, annonça Harry d'un ton très calme. Drago sera relâché, mais pas maintenant…

Narcissa Malefoy se mit à trembler d'indignation.

_Alors notre marché ne tient plus ! Libérez mon fils, où vous ne le trouverez jamais !

Cette fois ci, Drago leva la tête.

_Maman ? Tu sais où est l'Héritier ?

Il semblait abasourdi. Sa mère pâlit d'avantage et se figea sans répondre.

_Elle a des informations oui, intervint Harry, mais nous avons besoin de toi Malefoy, tu le sais…

Drago fronça les sourcils, ses yeux allant d'Harry à sa mère, qui cette fois était celle qui fuyait son regard.

_J'ai failli mourir la dernière fois…finit par dire Drago sans cesser de regarder sa mère.

_On a failli finir griller comme de vulgaires poils de Nargoles en sauvant tes fesses, Malefoy !

Harry haussa un sourcil en regardant son ami.

_Des poils de Nargole ?

_Luna… dit Ron en haussant les épaules, comme si le simple nom de leur amie suffisait à tout expliquer.

Narcissa Malefoy sembla reprendre ses esprits.

_Drago, il n'est pas question de risquer ta vie ! Je refuse de vous aider dans ces conditions ! Vous avez déjà mis la vie de mon fils en danger, comment avez-vous osé ? Drago, pourquoi es-tu parti comme ça ? Ton père et moi étions si inquiets !

Drago eut alors une moue méprisante. Ron était intrigué, Drago avait toujours été un fervent admirateur de son père.

_Ah oui, répondit-Il sur un ton sarcastique, où est-il alors ?

Narcissa Malefoy secoua frénétiquement la tête.

_Ne fais pas ça Drago, ne rejettes pas ton père, il a toujours voulu ton bien, tu es ce qu'il y a de plus précieux pour nous, tu l'as toujours été !

Drago l'ignora et reporta son attention sur Harry.

_Je vous suis…

Ron crut avoir mal entendu mais les cris de Narcissa Malefoy lui confirmèrent qu'il avait très bien compris.

_Drago enfin, tu n'y songes pas, ce ne sont pas tes amis, tu ne peux pas…

_Ramenez moi dans ma cellule…

Il tourna le dos à sa mère qui semblait sur le point de défaillir. Harry adressa un signe de la tête aux Aurors qui escortèrent Drago hors de la pièce.

_Qu'avez-vous fait… murmura Narcissa Malefoy, livide, en fixant la porte qui s'était refermée sur son fils.

_Il a fait son choix… Notre proposition tient toujours…

Elle se tourna furieusement vers les deux jeunes hommes et pendant un instant, ils crurent qu'elle allait se mettre à hurler, à les insulter… Mais elle n'en fit rien. Elle sembla se dégonfler et se laissa tomber sur la chaise, le visage dans ses mains. Elle demeura un instant silencieuse, puis elle releva la tête.

_L'Albanie… C'est là qu'il était caché pendant toutes ces années…

Harry et Ron échangèrent un nouveau regard. Une nouvelle mission se profilait…

….

Ron part en Albanie. Il part en mission en Albanie.

Hermione se mit à se mordiller le pouce. Cette phrase tournait en boucle dans sa tête depuis que Ron et Harry étaient rentrés leur annoncer leur départ pour le lendemain, suite aux indications données par Narcissa Malefoy. Elle aurait dû avoir l'habitude, il partait souvent en mission, elle restait alors sans nouvelles pendant des jours, elle le savait, rien ne devait filtrer pendant une mission et les Aurors n'avaient pas le droit de contacter leurs proches. Et pourtant, à chaque fois, à chaque départ, elle avait l'impression que son estomac était lesté d'une chape de plomb, une boule d'angoisse si lourde qui semblait grossir avec chaque respiration. A chaque bruit, elle sursautait, tendait l'oreille, terrifiée à l'idée de voir un Auror venir lui annoncer que le pire était arrivé.

Et cette fois ci ne faisait pas exception. La différence était qu'elle mesurait pleinement le danger, elle savait ce dont l'Héritier était capable, et imaginer Ron ou Harry entre ses mains l'emplissait d'effroi.

Sa peur était si vivace que le cauchemar qui l'avait réveillée était différent des autres. Jusque-là, elle revivait des scènes de torture, jusqu'à avoir l'impression de sentir la douleur. Mais cette fois ci, elle n'était plus torturée, elle était comme un témoin invisible de sa pire crainte : Ron, torturé, battu, entre les mains des Mangemorts, Ron, inerte au sol, Ron, frappé par une brusque lueur verte, Ron sans vie…

Elle sentit les larmes déborder et se mordit la lèvre. Ron dormait paisiblement, un bras autour de sa taille. Elle le repoussa délicatement, lui arrachant un grognement. Lorsqu'elle fut sure qu'il dormait toujours, elle se leva le plus silencieusement possible, enfila une robe de chambre et sortit de la pièce.

Le Terrier était plongé dans le noir, elle pouvait entendre Ginny ronfler, et la maison craquer de temps en temps. Pieds nus, elle descendit rapidement l'escalier jusqu'à la porte d'entrée.

L'air était frais, mais il ne faisait pas froid. L'herbe lui caressait les pieds, et elle aperçut un gnome la menacer de son petit poing avant de disparaitre dans le premier trou dès qu'elle fut trop proche à son goût. Mais la vue embrumée par les larmes, elle n'y prêta guère attention. Elle finit par se laisser tomber dans l'herbe et se rouler en boule, les bras autour de ses jambes, laissant enfin ses sanglots résonner. Les images qu'elle avait vues étaient insupportables, l'idée de voir Ron partir sans savoir quand il allait revenir était insupportable. Elle avait si peur, et si mal encore, elle voulait voir ses parents, elle voulait épouser Ron, elle voulait partir loin d'ici, oublier tout ça, mais c'était impossible.

Parfois, elle avait envie de détester Ron, pour ne plus sentir cette dépendance, pour ne plus souffrir de ses absences. Elle avait toujours été raisonnable, mesurée, mais Ron avait tout bouleversé, la faisant rire, la provoquant, éveillant chez elle des sensations nouvelles, et une vraie confiance qu'elle puisait dans le regard admiratif qu'il lui portait depuis tant d'années, une confiance qui allait au-delà de la façade d'érudite dont elle se servait pour masquer son sentiment permanent d'insécurité. Elle ne pouvait plus se passer de ça, de lui, elle ne pouvait pas imaginer un seul instant une vie sans lui.

_Hermione ?

Il était inquiet, comme toujours. Hermione se tourna légèrement vers lui après avoir essuyé furtivement ses larmes, et elle ne put s'empêcher de rougir. Il ne portait que son vieux caleçon usé, orange vif, à l'effigie des Canons de Chudley, son caleçon fétiche comme elle l'appelait. Et malgré ses yeux fatigués, elle ne pouvait pas s'empêcher de l'admirer.

_Par Merlin, j'ai cru mourir quand j'ai senti que tu n'étais plus à côté ! Qu'est-ce que… Hermione, tu pleures ?

En une fraction de seconde, il était assis à côté d'elle, un bras autour de ses épaules, l'autre main lui caressant tendrement les cheveux.

_Hermione, tu as mal ? Tu veux que j'aille réveiller Ginny ? On doit aller à Sainte-Mangouste ?

Hermione s'en voulut de le faire angoisser, elle secoua la tête.

_Non, je n'ai pas mal, pas trop…

_Alors qu'est-ce que tu fais là ? Ce n'est pas très prudent !

Hermione n'eut pas envie de répliquer que la maison était sous protection et incartable. Elle avait juste envie de se blottir d'avantage contre lui.

_Un cauchemar…finit-elle par murmurer.

Ron resserra sa prise autour d'elle.

_Il ne te fera plus jamais de mal, plus personne ne te fera jamais de mal, je sais que j'ai déjà manqué à cette promesse, mais je te jure que je ferais tout ce que je peux pour ta sécurité…

_Ron, tu n'as pas manqué à ta promesse…

_Ils t'ont enlevée sous mes yeux et je n'ai rien fait…

_Tu ne pouvais rien faire, je t'en prie, ne t'en veux pas, tu n'es pas responsable…

Ron ne répondit pas tout de suite. Il la serrait contre lui, faisant le plein de sa chaleur avant de partir avec Harry pour une durée indéterminée. Elle allait tellement lui manquer…

_Tu es en sécurité Hermione, et à mon retour, nous reparlerons de…de notre mariage…

Même s'il faisait nuit et que le faible croissant de lune éclairait à peine le jardin, Hermione pouvait deviner aisément le rouge cramoisi des oreilles de Ron.

_Si tu n'as pas changé d'avis, ajouta-t-il précipitamment.

Hermione s'écarta légèrement pour pouvoir le regarder.

_Ron, jamais je ne changerais d'avis, mais disons que…enfin…J'ai peur de t'avoir forcé la main…

C'était à son tour de rougir. Ron semblait stupéfait.

_Me forcer la main ? Hermione, ça fait des mois que je veux te demander en mariage, j'ai même la bague, enfin… Accio bague

Un éclat de lumière scintilla à la lueur de la lune et ils virent foncer vers eux non pas une, mais une dizaine de bagues. Hermione faillit éclater de rire devant l'air dépité de Ron.

_Heu… J'aurais peut-être dû préciser en effet, grommela-t-il, gêné, en se frottant la nuque.

Il tendit la main vers une des bagues, un petit anneau aux entrelacs savamment forgés et ornés d'un petit diamant, pour s'en saisir, puis il aida Hermione à se mettre debout avant de s'agenouiller devant elle. Hermione sentit son cœur s'emballer et ses jambes se mettre à trembler.

_Hermione Jean Granger, je rêvais de fleurs, d'une belle tenue, d'un moment magique, au lieu de quoi il fait nuit et froid, un gnome m'a mordu l'orteil et je suis en caleçon… Mais par Merlin, Hermione, je t'aime, chaque instant passé avec toi me semble trop peu, et je veux que le monde entier, spécialement Viktor Krum, sache que tu es à moi, que tu es ma femme, une Weasley, pour toujours… Alors veux-tu épouser un rouquin trop grand, grognon, jaloux et maladroit ? Je sais que je ne suis pas riche comme George, ou beau comme Bill, mais je travaille dur, et je t'aime plus que quiconque ne pourra jamais t'aimer, George te dirait surement de fuir et de changer d'identité et…

_Oui…

_Oui ?

Malgré ses yeux rouges de fatigue et d'avoir pleuré, Hermione était rayonnante et souriait à travers ses larmes d'émotion. Ron avait beau avoir déjà eu un oui lors de sa première demande dans le cachot, cette fois ci, cette demande lui semblait enfin réelle, ni désespérée, ni précipitée, juste réelle alors il avait du mal à se dire que oui, Hermione allait l'épouser.

Ron passa la bague autour de son doigt tremblant et embrassa sa main avant de se relever pour l'étreindre.

_Je t'aime, je me mets souvent en colère après toi, mais ça fait parti de nous, et je t'aime, et c'était magique Ron, et tu es beau, et tu es parfait, et…Oh Ron, ne pars pas !

Elle enfouit son visage contre lui, honteuse. Plus que quiconque, elle devrait comprendre l'importance de cette mission. Mais c'était plus fort qu'elle.

_Hermione, je ne pars que demain matin, en attendant, on devrait rentrer…

_Je voudrais partir avec vous… Ca me manque, de vivre tout ça avec Harry et toi…

Elle garda sa tête contre lui mais se mouva avec lui quand il l'entraîna vers la maison.

_Ça me manque aussi, parfois, confessa le jeune homme, mais… Mais en réalité, je suis heureux de te savoir sauve… Je crois que je serais un bien piètre Auror si tu avais finalement décidé de nous rejoindre…

Hermione n'imaginait que trop bien ses raisons et si la plupart du temps, elle en était frustrée, elle devait reconnaitre qu'il avait raison. Certaines choses avaient changé depuis la chasse aux Horcruxes, ils ne pouvaient pas le nier… Alors prétendre qu'elle pouvait partir en mission avec eux sans que ça ne les affecte était un leurre. Il la souleva et la porta dans les escaliers jusqu'à la chambre.

_Dors, je veille sur toi… murmura Ron.

Hermione était déjà à moitié endormie, agrippant la main de Ron, dans un besoin désespéré de s'accrocher à lui en sachant que le lendemain, il ne serait plus là.