Bonsouaaaar :D

Deux chapitres en quelques jours, c'est la fête ! Disons que ces derniers temps, j'ai eu besoin d'écrire, alors j'espère que vous ne vous en plaindrez pas p

Si le chapitre précédent était volontairement calme, celui-ci sera un peu plus mouvementé, émotionnellement, mais pas que ! J'ai beaucoup aimé l'écrire, j'espère que vous aimerez le lire !

Charlie, Amandine, GinnyMarion, merci beaucouuuup pour vos reviews qui me vont droit au cœur ! un vrai bonheur de lire vos retours !

Bonne lecture et reviews please )

Lorsque Ron arriva en Australie, la première chose qui le frappa fut la luminosité. Il n'y avait pas autant de lumière en Angleterre, même au plus fort de l'été. Il plissa les yeux, ébloui, et regarda autour de lui tandis qu'un vent chaud balayait les cheveux de son front. Il faisait si moite qu'il sentait déjà la sueur dégouliner dans son dos.

Devant eux, Brisbane s'étendait à perte de vue, les buildings flirtant avec le fleuve Brisbane et l'océan Pacifique. Ron avait le vertige devant l'étendue de la ville, il lui semblait impossible de retrouver qui que ce soit dans un tel étalage d'immeubles. Ils étaient bien loin du paisible comté de Loutry Ste Chaspoule… Fort heureusement, les Aurors en poste pour la protection de Mr et Mrs Granger devaient venir à leur rencontre. En attendant, ce fut l'émissaire du Ministre de la Magie Australien qui s'avança vers eux, un sourire chaleureux aux lèvres.

_Miss Granger c'est un honneur ! Vous devez être Mr Weasley ? C'est un honneur, un véritable honneur !

Il leur serra vivement la main et Ron s'essuya discrètement sur son pantalon, la moiteur devenait insupportable et cela faisait à peine quelques minutes qu'ils étaient arrivés. Hermione était étonnamment silencieuse et légèrement pâle. Ils étaient partis quelques jours après le mariage, alors qu'Harry et Ginny venaient d'emménager à Godric's Hollow, et allaient passer leur lune de miel en France. Ron sourit en pensant au visage surexcité d'Harry peu avant leur départ. Il n'avait jamais quitté l'Angleterre si ce n'était pas pour des missions d'Auror, alors ces premières vraies vacances l'avaient fait trépigner d'impatience comme un petit enfant.

L'émissaire les conduisit jusqu'au point culminant de la colline.

_Vos collègues devraient arriver d'une minute à l'autre, nous devons les retrouver ici, leur expliqua-t-il.

Hermione hocha la tête sans lâcher du regard la ville qui s'étendait au pied des collines. Ron passa un bras autour de sa taille et contempla avec elle le paysage.

_Ils sont quelque part juste là… souffla la jeune femme.

Elle avait choisi Brisbane car elle souhaitait qu'ils soient d'avantage protégés grâce à l'anonymat qui règne dans les grandes villes, mais aussi parce qu'un jour, sa mère avait raconté qu'une de leur voisine avait séjourné là-bas et avait été enchantée. Cette ville s'était alors imposée naturellement dans son esprit, et dans l'urgence de la situation, elle n'avait pas vraiment eu le temps de réfléchir d'avantage. Ron la serra contre lui et elle lui en fut reconnaissante. Elle n'avait plus senti son cœur battre normalement depuis qu'ils avaient pris le premier portoloin, le premier d'une longue série et elle se sentait légèrement nauséeuse. Le portoloin n'était pas son mode de transport favori, mais il demeurait relativement pratique et efficace pour les voyages longue distance.

Elle n'arrivait pas à réaliser qu'elle allait revoir ses parents. Après six longues années, allaient-ils seulement la reconnaître une fois le sort levé ? Elle n'avait pas imaginé un instant que les dangers persisteraient aussi longtemps après la fin de la guerre. Encore une chose à laquelle elle n'avait pas eu le temps de penser. Elle s'était concentrée sur l'urgence de les mettre à l'abri, elle avait soigneusement préparé leur départ en Australie, mais comment préparer l'après-guerre alors qu'elle n'était même pas sure d'y survivre ? Elle voulait juste la garantie qu'ils vivraient protégés et heureux quoiqu'il arrive…

_Et s'ils ne voulaient plus me voir, s'ils étaient trop en colère ?

Ses yeux s'embuèrent à cette idée et Ron l'embrassa avec tendresse sur la tempe.

_Tu es leur fille unique Hermione, ils ne te tourneront jamais le dos…

_Cinq ans, Ron, une demi décennie, j'ai changé, il s'est passé tellement de choses, est-ce que cinq ans ça peut se rattraper ?

_Hermione, tu leur as sauvé la vie, lui rappela Ron. Tu as fait un choix courageux, tu es la sorcière la plus courageuse que je connaisse, Hermione, ils comprendront, vous surmonterez tout ça…

Hermione se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa. Quand elle s'écarta, elle semblait toujours aussi fébrile, mais elle souriait.

_J'ai hâte qu'ils te connaissent…

Ron eut soudain la bouche sèche et le regard paniqué.

_Hum, techniquement, ils me connaissent déjà… fut la seule chose qu'il réussit à marmonner.

Hermione nota son malaise et ne put s'empêcher de rire.

_Mes parents sont adorables, tu verras !

Ron n'en doutait pas, mais être présenté comme le fiancé de leur fille unique sans qu'ils n'aient eu le temps d'assimiler que leur fille unique avait un petit ami, semblait être un mauvais départ en soi. L'idée d'affronter Mr Granger le terrifiait, l'idée qu'ils ne le trouvent pas assez bien pour leur fille unique réveillait ses vieux démons. Il se contenta d'hocher la tête en silence, alors Hermione prit son visage dans ses mains pour l'obliger à la regarder.

_Ron, ils vont t'adorer, d'accord ? dit-elle sérieusement.

Il n'eut pas le temps de répondre. Deux Aurors venaient de transplaner à quelques mètres et approchaient d'eux à grands pas. Le plus grand leva le bras pour les saluer et les interpella.

_Ron ! Miss Granger !

Ils se saluèrent. Les deux Aurors semblaient extrêmement jeunes mais avaient l'assurance d'agents aguerris. Ils portaient tous les deux des vêtements Moldus et une casquette vissée sur la tête.

_Nous avons laissé deux Aurors en poste, notre mission prend fin demain, nous rentrons en Angleterre…

Il semblait plutôt ravi à cette idée et son collègue acquiesça en lançant un regard appréciateur à Hermione. Ron le foudroya du regard, ses oreilles prenant une teinte écarlate. Il attrapa Hermione par la taille et l'approcha jalousement de lui. La jeune femme haussa les sourcils et s'écarta avec un soupir.

_Nous allons directement transplaner là-bas… Il n'est que 6h du matin, ils sont encore chez eux, nous devons y aller avant qu'ils ne se rendent à leur cabinet de dentisse…

_Dentistes, corrigea machinalement Hermione.

L'Auror haussa les épaules. Ron et Hermione saisirent les mains qu'ils leur tendaient, Ron veillant à ce qu'Hermione ne soit pas du côté de l'agent qui semblait intéressé par elle… Il se promit d'avoir une petite conversation avec lui dès qu'ils seraient tous rentrés en Angleterre.

Quelques instants plus tard, ils se tenaient dans une petite ruelle étroite et déserte. Les Aurors leur firent signe de les suivre, ils sortirent de la ruelle et se mirent à marcher dans la rue.

_Nous avons installé notre campement dans le jardin de vos parents, expliqua l'un d'eux, avec suffisamment de sorts de dissimulation pour qu'ils ne s'en rendent pas compte. Deux autres Aurors sont installés dans le même immeuble où ils ont leur cabinet de dentisse…

_Dentistes, reprit Hermione.

_Nous avons repéré des mouvements suspects il y a quelques semaines, deux hommes étranges rôdaient aux alentours de la maison, puis ils n'ont plus donné signe de vie…

Hermione sentit son sang se glacer d'effroi. Ron acquiesça, il avait lu les rapports, mais ensuite, Hermione avait été kidnappée, et plus rien n'avait eu d'importance. Il était honteux d'occulter tant de choses quand il s'agissait d'Hermione, mais c'était plus fort que lui. Elle était de loin ce qui comptait le plus…

La rue était presque déserte en cette heure matinale. Les premiers rayons de soleil illuminaient le tout d'une douce lumière dorée. Plusieurs maisons s'alignaient dans ce qui semblait être un quartier résidentiel. Une voiture passa et Hermione sentit son cœur s'accélérer. Elle se sentait au bord des larmes et avait les jambes qui tremblaient. Sans la main de Ron dans la sienne, elle aurait probablement été incapable d'avancer.

_Nous y sommes… annonça l'Auror en s'arrêtant devant une maison recouverte de lambris blanc.

Hermione avait l'impression qu'elle allait s'effondrer sous le poids de son émotion. Toute sa poitrine était oppressée, elle avait le souffle court et du mal à déglutir. Elle tourna la tête vers Ron, cherchant le courage qui lui manquait dans son regard confiant et débordant d'amour. Il lui offrit un sourire rassurant.

_Viens avec moi, murmura la jeune femme.

Elle avança de quelques pas dans l'allée, sans lâcher la main du jeune homme. Une fois dans l'ombre du porche, devant la porte, elle sentit la main de Ron se détacher de la sienne. Il l'embrassa sur la joue.

_Je t'aime…

Il recula d'un pas, restant en retrait. Hermione hésita, puis leva le bras et sonna. Ils attendirent et comme rien ne venait, Hermione sonna de nouveau, le cœur battant.

_Ça vient ! lança une voix familière à l'intérieur.

Hermione lança un regard bouleversé à Ron. C'était la voix de son père… Elle l'aurait reconnu entre mille. Elle entendit des pas approcher de la porte, et enfin, celle-ci s'ouvrit sur un homme encore en pyjama et chaussons. Il avait l'air ensommeillé et regarda Hermione avec surprise.

_Bonjour, que puis-je faire pour vous ? demanda-t-il.

Hermione ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle était blême et le sang battait si fort dans ses oreilles qu'elle l'entendait à travers un bourdonnement incessant. Mr Granger regarda par-dessus l'épaule de la jeune femme en direction de Ron, avec un air interrogatif. Celui-ci, voyant qu'Hermione était figée, s'approcha.

_Hum, bonjour, nous cherchons Wendell et Monica Wilkins…

_C'est moi-même, répondit Mr Granger, intrigué, son regard allant du visage de Ron, à celui, bouleversé, d'Hermione.

_Heu… Est-ce que nous pouvons entrer ? demanda Ron avec hésitation.

_Il est très tôt, répliqua Mr Granger en fronçant les sourcils, mon épouse dort encore !

Ron rougit sous le regard mécontent du père d'Hermione. Mais comme celle-ci semblait toujours incapable de prononcer le moindre mot, il n'avait pas d'autre choix que d'insister.

_Je suis désolé, mais c'est vraiment important…

Mr Granger l'observa un instant, quelque chose dans son regard sembla troublé, il soupira et ouvrit en grand la porte pour les laisser entrer.

Il les conduisit dans le salon et au passage, Hermione nota à quel point l'intérieur ressemblait à leur maison en Angleterre. Cosy, chaleureux, pleins de petits bibelots, d'étagères recouvertes de livres… Ils s'installèrent sur le canapé tandis que Mr Granger prenait place dans le fauteuil qui leur faisait face.

_Puis-je vous proposer une tasse de thé ?

_Non, non merci, répondit Ron en lançant un regard inquiet vers Hermione. Mr Granger lui-même semblait considérer son silence comme étrange.

_Vous disiez vouloir me parler de quelque chose d'important ? demanda ce dernier.

Hermione sembla sortir de son état second. Ron voyait ses yeux briller de larmes et il avait envie de l'enlacer mais ce n'était pas le moment et la présence de Mr Granger le dissuadait d'esquisser le moindre geste.

_Nous… Nous souhaitions vous parler de votre fille… dit la jeune femme avec une petite voix.

Mr Granger eut l'air stupéfait.

_Vous devez faire erreur, Miss, nous n'avons pas de fille, nous n'avons pas d'enfants…

Hermione sortit sa baguette de l'arrière de son pantalon.

_Qu'est-ce que c'est ? demanda Mr Granger en fixant le bout de bois, intrigué.

Hermione la pointa vers lui, la main tremblante. Mr Granger eut un mouvement de recul.

_Qu'est-ce que vous faites ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que c'est ?

Il bondit sur ses jambes pour s'éloigner mais Hermione fut plus rapide, elle se leva soudain et pointa sa baguette plus fermement.

_Revellio memoria adnullare subvenire

Mr Granger se figea, et eut l'air complétement absent, le regard dans le vide, pendant quelques minutes. Hermione attendait, les mains tremblantes, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Ron était apeuré, il ne savait pas comment il pourrait soutenir Hermione si tout tournait mal…

Mr Granger sembla brusquement s'éveiller. Son regard se promena avec surprise autour de lui, avant de se poser sur Hermione, qui tremblait d'émotion.

_Hermione ? Chérie ? Où sommes-nous ?

Hermione éclata soudain en sanglots. Elle se jeta dans les bras de son père, qui, surpris, la serra contre lui.

_Poussin, que se passe-t-il ? Où sommes-nous ? Est-ce que tu vas bien ? Hermione, ma puce, pourquoi est-ce que tu pleures ? Est-ce que c'est encore à cause de ce garçon ?

Ron sembla se ratatiner sur le canapé. Mr Granger ne l'avait pas encore vu et il aurait voulu disparaître. Seulement, Hermione avait besoin de lui, il ne pouvait pas partir, pas cette fois.

_Oh, papa… Tu m'as tellement manqué ! sanglota Hermione.

Mr Granger l'écarta légèrement pour la regarder, inquiet.

_Ma chérie, tu as mauvaise mine, et on dirait que tu as grandi tout à coup ! Où sommes-nous ?

_Wendell ? Que se passe-t-il ?

Hermione sursauta. Sa mère venait d'entrer dans le salon, enveloppée dans sa robe de chambre. Elle non plus n'avait pas vu Ron, mais elle regardait son époux et Hermione avec un air perdu.

_Wendell ? Qui est Wendell ? demanda Mr Granger, son regard allant de son épouse à sa fille.

Hermione s'essuya rapidement ses larmes, incapable de parler.

_Qui est cette jeune fille, Wendell ?

Hermione pointa sa baguette sur sa mère, qui fit un bond en arrière.

_Hermione, que fais-tu ? s'exclama son père en voulant s'interposer.

_Papa, fais-moi confiance… Je… Je vais tout vous expliquer…

Il fixa un instant sa fille, apeuré, puis finit par s'écarter.

_Mais que faites-vous ? Wendell, que…

_Revellio memoria adnullare subvenire

Mrs Granger eut soudain l'air absent. Quelques secondes plus tard, elle regarda son mari et sa fille avec stupéfaction.

_Thomas ? Hermione ? Que… Où sommes-nous ?

Les sanglots d'Hermione redoublèrent alors qu'elle se jetait dans les bras de sa mère. Ron, voyant à quel point elle était bouleversé, se sentit gagné par l'émotion. Elle avait tant sacrifié pour le monde magique, le monde auquel elle appartenait depuis sa naissance sans même le savoir. Elle avait toujours tant sacrifié pour être présente pour Harry et lui, renonçant peu à peu au monde de ses parents, essayant de jongler entre ces deux univers. Il prenait conscience du courage qu'il lui avait fallu pour éloigner ses parents de sa vie aussi longtemps et il n'en ressentit que plus d'amour et d'admiration pour la jeune femme.

Mr et Mrs Granger soutenaient leur fille, sans comprendre. Ils semblaient dévorés par l'inquiétude devant les larmes intarissables d'Hermione.

_Allons, ma petite chérie, que se passe-t-il ? Où sommes-nous ? Viens, allons nous asseoir… dit doucement Mrs Granger en entrainant sa fille vers le canapé.

C'est alors qu'ils aperçurent Ron, lequel rougit et se tortilla à sa place, mal à l'aise.

_Mais…

Hermione renifla en s'essuyant les yeux, puis dit d'une voix chevrotante.

_Maman, Papa, c'est…

_Ron Weasley, acheva Mrs Granger sans cesser de fixer le jeune homme.

Elle s'avança et lui tendit la main.

_Ron, je suis ravie de vous revoir, mais seigneur, vous êtes devenu un véritable jeune homme, la dernière fois que je vous ai vu, vous aviez douze ans, tout au plus !

Ron, surpris par le ton chaleureux de Mrs Granger, lui serra maladroitement la main sans bouger du canapé.

_Oui Mrs Granger, c'était sur le chemin de Traverse…

_Que faites-vous ici ? demanda Mr Granger d'un ton cinglant.

_Thomas ! s'exclama Mrs Granger avec désapprobation.

Hermione n'eut pas le temps d'intervenir.

_Et bien quoi ? s'écria Mr Granger, Loïs, ne me dis pas que tu trouves ça normal ! Ce garçon a rendu Hermione malheureuse trop de fois !

Ron sentit le remord le gagner tandis qu'Hermione réagissait enfin.

_Papa, c'était il y a longtemps, Ron est…

_Je n'oublierais jamais Noël dernier ma chérie ! Jamais je n'oublierais l'état dans lequel tu étais ! la coupa Mr Granger en fusillant Ron du regard.

Le jeune homme se gifla mentalement, si seulement il pouvait revenir en arrière et repousser Lavande à temps, s'il pouvait seulement réparer toutes les erreurs qu'il avait commises avec Hermione.

Celle-ci ouvrit la bouche, et la referma, l'air contrit.

_Quoi ? demanda son père, sourcils froncés.

_Ce n'était pas Noël dernier…

Ses parents se regardèrent sans comprendre.

_Mais si ma chérie, c'était l'an dernier, le Noël de ta sixième année, je m'en souviens parfaitement…

_Papa, Maman…

La jeune femme prit une grande bouffée d'air.

_C'était il y a six ans…

Ses parents devinrent livides et durent s'asseoir, en fixant leur fille avec un air à la fois incrédule et paniqué.

_Comment ça ? demanda Mr Granger d'une voix blanche.

_Où… Où sommes-nous ? balbutia Mrs Granger en regardant autour d'elle.

_En Australie…

Ils écarquillèrent les yeux et Mr Granger se précipita vers la fenêtre pour soulever le rideau et essayer d'apercevoir un indice qui lui confirmerait ce que leur annonçait Hermione.

La jeune femme poursuivit tandis que son père revenait s'asseoir sans un mot. Elle leur raconta tout. Les conditions de la mort de Dumbledore, les menaces qui pesaient sur eux, le sort qu'elle leur avait lancé, modifiant leur mémoire et les envoyant loin de tout danger, la chasse aux horcruxes, en omettant volontairement le départ provisoire de Ron et le passage par le manoir des Malefoy, puis la grande bataille de Poudlard, la victoire d'Harry, la reconstruction du monde sorcier, et leur retour en Angleterre sans cesse repoussé en raison des Mangemorts qui demeuraient actifs et déterminés à se venger. Elle raconta l'Héritier, en passant son enlèvement sous silence. Tandis qu'elle parlait, les larmes roulaient sur son visage et Ron frissonnait, revivant tous ces évènements au fur et à mesure qu'elle les évoquait. Sauf que son esprit n'occultait aucune partie et les cris de douleur d'Hermione fusaient, toujours aussi présents.

Mr et Mrs Granger écoutaient sans l'interrompre, hébétés, sous le choc. Lorsqu'elle eut fini, Hermione les regarda avec appréhension. Le silence se fit, pesant et lourd de sens. Ils étaient littéralement choqués.

_Six…Six ans… Ca fait six ans que nous vivons ici, sans te voir, sans savoir que tu existes ? demanda Mr Granger.

Hermione hocha timidement la tête.

_Papa, je suis désolée, je n'avais pas le choix, s'ils vous avaient trouvés, je…

_Six ans Hermione ! Nous avons perdu six ans de nos vies ! s'écria son père en bondissant sur ses jambes.

Il se mit à faire les cent pas, puis finit par donner un coup de poing rageur dans un mur. Hermione et Mrs Granger, aussi pâles l'une que l'autre, sursautèrent. Ron était tendu, il ne voulait pas voir Hermione souffrir, et c'était pourtant ce qui se passait.

_Six ans, répéta Mr Granger, la voix brisée. Comment as-tu pu nous faire ça ?

Il sortit en trombe de la pièce, ils entendirent la porte d'entrée claquer, et Hermione fondit en larmes. Ron passa un bras autour de ses épaules et la serra contre lui, la gorge serrée. Mrs Granger les regarda. Elle pleurait en silence, elle se leva et vint s'agenouiller devant sa fille. Hermione releva la tête, Mrs Granger posa une main sur sa joue.

_Ma chérie, ma petite fille, si brillante, si jolie…

Elle la serra brutalement contre elle en sanglotant et Ron ôta son bras, laissant Hermione dans l'étreinte de sa mère.

_Maman, je suis…je suis tellement…tellement désolée…gémit Hermione, Je n'avais pas le choix…et…et vous m'avez tellement manquée…mais j'avais trop peur….trop peur que Voldemort vous….vous trouve, maman, pardon, pardon…

_Je sais, mon ange, je sais…

Elles se séparèrent et Mrs Granger embrassa tendrement sa fille sur le front.

_Laisses ton père digérer la nouvelle, c'est un choc pour nous… Six ans…Oh seigneur, six ans…

Ses yeux s'emplirent à nouveau de larmes.

_Ma puce, pendant six ans tu as été livrée à toi-même…

Puis son regard se porta vers Ron et elle essuya ses yeux du revers de la main.

_Enfin, j'imagine que les Weasley ont pris soin de toi…

Hermione acquiesça. Mrs Granger prit la main de Ron et la serra.

_Merci, merci d'avoir veillé sur notre fille pendant que nous ne pouvions pas…

Sa voix se brisa. Ron, la gorge nouée, hocha la tête.

_Nous veillerons toujours sur elle… Elle est un membre à part entière de notre famille…Je… Je l'aime…

Sa soudaine confession les prit de court. Le jeune homme s'empourpra, ce n'était ni le lieu ni le moment, cela lui avait échappé, mais Mrs Granger sourit avec tendresse.

_Je le sais, je pense que nous étions beaucoup à le savoir bien avant vous…

Ron sourit timidement et Hermione eut envie de se blottir dans ses bras. Il pouvait être si adorable parfois…

Le bruit de la porte d'entrée les réduisit au silence. Mr Granger entra dans le salon. Il avait visiblement pleuré, il regarda sa fille avec une profonde tristesse et tendit ses bras vers elle. Hermione s'y précipita en pleurs.

_Pardon, ma puce, pardon, je comprends, je suis juste…je ne sais pas où j'en suis, et furieux, je suis ton père, c'est à moi de te protéger, mais je ne suis pas un sorcier alors je me sens si…si inutile, et six ans, six ans de ta vie qui nous ont échappé, c'est juste si dur…

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Hermione s'endormit sur le canapé dans le courant de l'après-midi. Les Granger n'étaient pas allés travailler et les Aurors se chargeaient de toute la logistique concernant leur retour en Angleterre, sur ordre du Ministère. Depuis la fin de la guerre, les autorités avaient œuvré pour faciliter le retour des familles de sorciers Nés Moldus qui s'étaient exilés. Ron caressait les cheveux de la jeune femme, plongé dans ses pensées. Mr et Mrs Granger avaient beaucoup de mal à assimiler le fait que ce qui leur avait semblé être une année, en était en réalité six. Ils ne cessaient de regarder les infos pour se mettre à jour, tout ce qui concernait leur fausse identité avait été comme effacé de leur mémoire, ce qui leur donnait l'impression d'un énorme trou noir dans leurs souvenirs. Ils avaient déjeuné en silence, Hermione n'avait pas très faim et le décalage horaire ainsi que le trop plein d'émotions avait eu raison d'elle. Ron, lui, se sentait à la fois épuisé et énervé, comme s'il enfermait un trop plein d'énergie. Mr Granger n'arrêtait pas de lui lancer des regards chargés d'animosité et Mrs Granger soupirait en levant les yeux au ciel d'une manière très hermionienne. Mais lorsqu'elle monta à l'étage pour se reposer, Mr Granger se leva aussitôt et vint s'asseoir en face de Ron, lequel se tendit immédiatement. Mr Granger regarda sa fille avec tendresse, puis Ron avec méfiance. Ron se racla la gorge.

_Hum, écoutez Mr Granger, je sais ce que vous pensez de moi…

_Tiens donc ? répliqua ironiquement Mr Granger.

Ron essaya de ne pas se laisser impressionner, du moins en apparence.

_Je sais que j'ai fait des erreurs avec Hermione…

_Vous lui avez brisée le cœur ! rétorqua férocement Mr Granger, en veillant toutefois à ne pas réveiller sa fille.

Ron se retint de répliquer qu'il avait agi comme un idiot car il croyait avoir le cœur brisé sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, mais il se dit, à juste titre, que ce serait une mauvaise idée.

_Ecoutez, je ne peux pas réparer ce que j'ai fait… Mais… Mais j'aime Hermione, ça a toujours été elle, je l'aime plus qu'il n'est possible de le dire, et je ferai tout pour la rendre heureuse…

Il hésita puis poursuivit.

_Chez les sorciers, il est de tradition de demander la main aux deux parents, mais étant donné les…circonstances, je n'en ai pas eu l'occasion… Elle a déjà dit oui, mais…mais…

_Ça suffit ! s'écria Mr Granger en se levant.

_Je veux vous demander la main de votre fille ! protesta Ron.

_Je refuse de vous écouter !

Mr Granger semblait terrifié. Il fixait à présent la main d'Hermione, où brillait la bague de fiançailles.

_Mr Granger…

_TAISEZ VOUS !

Hermione sursauta et ouvrit les yeux. Lorsqu'elle vit son père debout, pâle et tremblant, et Ron assis auprès d'elle, écarlate et désemparé, elle s'assit aussitôt, son regard allant de l'un à l'autre.

_Papa ? Ron ? Que se passe-t-il ?

_J'ai demandé ta main à ton père… marmonna Ron.

Hermione fronça les sourcils.

_Tu as fait quoi ? Mais enfin, Ron, j'ai déjà dit oui !

Ron grommela quelque chose qui ressemblait au mot « tradition » et fixa ses genoux avec insistance. Hermione se tourna vers son père, qui la dévisageait.

_Tu…Tu as dit oui ?

Hermione soupira.

_Papa, je l'aime…

_Mais…Mais…Mais tu es trop jeune !

_Papa… Je n'ai plus 17 ans, tu te rappelles ? dit tristement la jeune femme.

_Tu… Tu as…Bon sang, je ne sais même plus ton âge… Mais quand bien même, tu es trop jeune… Hermione, tu ne peux pas !

La jeune femme regarda son père avec tendresse.

_Papa, je vais me marier avec Ron, ça a toujours été lui et ce sera toujours lui…

Mr Granger eut l'air désespéré.

_Mais… Mais il ne te mérite pas, il a mal agi avec toi !

_Papa, ne dis plus jamais qu'il ne me mérite pas ! s'écria Hermione, soudainement en colère.

_C'est la vérité, tu es brillante, tu pourrais aller loin, et lui, il a toujours été lamentable avec toi !

_C'est faux !

Ron sentait son cœur battre la chamade. Entendre le père d'Hermione formuler à voix haute ses propres craintes n'était pas une expérience agréable.

_Papa, Ron a toujours été mon meilleur ami, et l'amour de ma vie… Oui, nous nous disputons, parce que c'est ce que nous sommes ! Ron est la personne la plus courageuse, la plus gentille et la plus généreuse que je connaisse ! Il est loyal et il m'a sauvée la vie tant de fois, sans lui, je ne serais pas là en train de te parler !

_Que se passe-t-il ? Je vous entends depuis l'étage !

Mrs Granger entra dans la pièce. Son époux pointa le jeune couple du doigt.

_Ils… Ils sont fiancés ! Et je refuse de laisser notre fille commettre une telle erreur !

Mrs Granger regarda le jeune couple, alla vers sa fille et l'embrassa devant le regard stupéfait de Mr Granger.

_Je suis si heureuse pour vous… murmura son épouse à l'oreille de sa fille.

_Ne me dis pas… Ne me dis pas que tu cautionnes ça ?

_Thomas, voyons, nous savions tous qu'il y avait de bonnes chances pour que ça finisse comme ça un jour, Hermione est amoureuse de lui depuis presque toujours… Et je crois que Ron l'aime depuis aussi longtemps…

Ron eut l'impression que des milliers de papillons déferlaient dans son corps. Mr Granger secoua la tête en regardant son épouse comme si elle avait perdu l'esprit.

_Loïs… Nous venons juste de la retrouver, elle ne peut pas se fiancer… Pas avec lui !

Hermione eut l'air d'hésiter, puis elle remonta lentement sa manche, exposant son bras nu à ses parents. La cicatrice brillait sur sa peau blanche, et Ron en eut la gorge nouée.

Ses parents déglutirent. Hermione leur avait déjà parlé de l'animosité qu'il existait envers les Nés Moldus de la part de certains sorciers, elle leur avait aussi parlé de la fois où Malefoy l'avait insultée. Ils savaient pertinemment ce que le mot « Sang de Bourbe » signifiait…

_Qui… Qui t'a fait ça ? demanda Mr Granger sans quitter la cicatrice des yeux.

_Bellatrix Lestrange, répondit Hermione, la voix étranglée. Elle est morte maintenant… Pendant qu'elle me faisait…ça… J'ai cru mourir… Mais Ron m'appelait et c'est grâce à sa voix que je m'en suis sortie… C'est lui qui m'a sauvée et emmenée loin… Ron a toujours été là pour moi, pour me défendre, il a craché des limaces pour moi, il a affronté des araignées, sa famille et lui n'ont jamais considéré le statut de sang comme un critère, Ron m'a toujours protégée… Il a commis des erreurs, nous en avons commis tous les deux, mais nous nous aimons profondément, et rien ni personne ne changera ça… Cette cicatrice me rappelle juste pourquoi nous nous sommes battus, pour que plus personne n'ait à se cacher, et elle me rappelle à quel point je suis aimée malgré tout… Parce que pendant qu'elle… qu'elle me torturait, Ron n'a jamais abandonné, il a tout fait pour me sauver et il a réussi…

Ron sentit des larmes couler sur ses propres joues. La dernière fois qu'Hermione avait parlé de sa cicatrice, elle était bouleversée et haïssait cette partie d'elle-même. La voir l'exposer ainsi le touchait. Elle semblait alors si vulnérable et si forte à la fois, toutes ses blessures n'étaient pas guéries, et elle ressentait encore du dégout vis-à-vis de ces marques, mais elle allait mieux…

_Tor… Torturée ? dit Mr Granger dans un souffle, toute couleur ayant soudain déserté son visage.

Hermione acquiesça faiblement.

_Oh mon dieu, murmura Mrs Granger, blême.

Elle se précipita vers sa fille et releva l'autre manche, dévoilant plusieurs petites cicatrices, elle souleva le menton d'Hermione et vit la cicatrice causée par le couteau de Bellatrix, elle souleva le tee-shirt et Hermione ne protesta pas. Mrs Granger eut le souffle coupé. Elle regardait les dizaines de cicatrices qui recouvraient le ventre de la jeune femme.

_Mon bébé…

Mrs Granger éclata en sanglots et serra sa fille contre elle.

_C'est… C'est cette sorcière qui t'a fait ça ?

Hermione secoua la tête.

_Un chandelier m'est tombé dessus…

Elle ne souhaitait pas parler de l'endoloris, ses parents étaient déjà bien trop horrifiés et bouleversés.

_Elle… Elle est morte ? demanda Mr Granger, les poings serrés tremblant de fureur.

_Ma mère l'a tuée pendant la bataille… intervint Ron, l'air sombre.

Lui et Mr Granger échangèrent un regard, à cet instant, ils pensaient à la même chose, ils partageaient la même envie insatiable de faire souffrir celle qui avait osé faire du mal à Hermione.

Soudain, un bruit attira leur attention. Quelque chose toquait et le son venait d'une des fenêtres. Ron sortit sa baguette et s'approcha prudemment. Les Aurors étaient toujours postés à l'extérieur, mais la prudence restait de mise. Il vit lors qu'une chouette effraie s'impatientait derrière la vitre. Il ouvrit la fenêtre et le volatile s'engouffra dans le salon avec un grand battement d'ailes, arrachant un cri de surprise aux Granger. Hermione n'avait jamais pris de hibou pour éviter ce genre de déconvenues, de plus, vivant alors dans le quartier Moldu de ses parents, la discrétion s'imposait.

Hermione se leva, intriguée, tandis que Ron refermait la fenêtre et s'empressait de détacher le message. La chouette lissa son plumage d'un gris teinté de blanc, elle semblait épuisée. Ron déroula le parchemin et parcourut rapidement les quelques lignes qui y étaient inscrites.

_Qu'est-ce que c'est ? demanda Hermione en caressant distraitement la chouette, tandis que ses parents demeuraient immobiles, le visage encore marqué par toutes les révélations qu'ils avaient eu depuis le lever du jour.

_Kingsley a demandé au Ministère Australien de la Magie de nous prévenir… Le corps a été retrouvé…

Oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo

Ron lut et relut le rapport tant de fois qu'à la fin, il n'arrivait plus à se concentrer sur les mots qui s'alignaient devant lui. Il se massa les yeux et regarda autour de lui. Ses collègues allaient et venaient, Harry était encore en lune de miel, il avait été prévenu comme Ron mais Kingsley lui avait dit de ne pas écourter sa lune de miel. Les recherches pour l'identification formelle du corps retrouvé sous les décombres étaient encore en cours et Ron n'arrivait pas à se débarrasser d'une désagréable sensation, un pressentiment qui persistait.

Ils avaient ré-emménagé dans leur maison, ce dont il était satisfait, mais chaque nuit, il se réveillait plusieurs fois et ne pouvait s'empêcher de se lever pour vérifier les protections. Hermione avait repris son poste au Ministère, ses parents avaient réinvesti leur maison, que les sorts d'Hermione avaient dissimulé aux yeux des Mangemorts, la gardant intacte pour leur retour. Ils avaient du mal à recréer une relation normale, Mr Granger avait encore beaucoup de ressentiment, en revanche, Mrs Granger semblait mieux accepter les choses. Elle avait même rendu visite à Mrs Weasley à plusieurs reprises.

Il pensa à Hermione, qui travaillait à quelques étages de là… Elle allait beaucoup mieux depuis qu'elle retravaillait, elle ne travaillait plus sur le livre noir et se consacrait enfin à son poste. Grace à elle, la paix était revenue dans la forêt Interdite, pour le plus grand contentement d'Hagrid.

_Weasley, un courrier urgent pour toi ! lança un Auror.

Ron, tiré de ses pensées, tendit le bras pour attraper la note qui voletait au-dessus de sa tête.

L'enveloppe était cachetée et portait les armoiries du Ministère de la Magie d'Albanie. Le cœur battant, il s'empressa de l'ouvrir et se mit à pâlir au fur et à mesure qu'il lisait la lettre. Seamus, assis à quelques bureaux du sien, le regarda, intrigué.

_Ron, tu es tout pâle, de mauvaises nouvelles ?

_C'est… C'est un courrier du Grand Gardien albanais… Il a formellement reconnu le corps qui portait le masque de l'Héritier… C'est un criminel albanais…

_Comment ça ? demanda Seamus, sans comprendre.

_C'est un criminel albanais qui était encore en prison quand Hermione a été enlevée, ce n'est pas l'Héritier, il court toujours, par Merlin, il est toujours en liberté ! s'écria Ron, totalement affolé, en se redressant.

_Mais Ron, il n'aurait pas pu sortir de là, c'était…

Une déflagration les interrompit et fit trembler les murs autour d'eux. Le sang de Ron se glaça tandis que les Aurors bondissaient sur leurs jambes, complétement stupéfaits.

_Que se passe-t-il ? s'écria l'un deux.

Une seconde déflagration, plus violente, lui répondit. Ils se ruèrent à l'extérieur de leurs quartiers, Ron avait le cœur qui battait si vite qu'il en avait la nausée. La peur, la panique, coulaient dans ses veines. Dans les couloirs, c'était le chaos. Des gens couraient tous dans la même direction, semblant fuir quelque chose. Ils hurlaient de peur, certains parvenaient à transplaner malgré la panique et d'autres déflagrations firent trembler les murs et trébucher certains sorciers. Les Aurors se mirent à courir en contre-sens, vers ce qui semblait terroriser les employés.

_Le Ministère est attaqué ! Ils sont nombreux ! leur cria un sorcier avant de transplaner.

Ron eut l'impression d'avoir reçu un coup. Les images de son cauchemar lui revinrent en tête avec tellement de netteté que ses jambes faillirent se dérober sous lui, sous le poids de l'effroi. Hermione…

Une sirène se mit à retentir, donnant l'alerte générale. Le son discontinu ne fit qu'augmenter la panique générale et le sentiment d'urgence.

Il se mit à courir dans la même direction que ses collègues, et lorsqu'il remarqua qu'il allait en direction du département dans lequel elle travaillait, son cœur manqua un battement. Il accéléra le pas, revoyant le corps sans vie d'Hermione, le plancher s'effondrant sous ses pieds, l'emportant avec lui, il refusait d'arriver trop tard, il refusait de voir son cauchemar prendre vie. Il le savait, il savait que c'était trop beau pour être vrai, rien n'avait jamais été simple, il savait que cette fois ci ne ferait pas exception, il aurait dû écouter son instinct au lieu de se voiler la face.

_Ils sont là-haut ! s'écria Seamus.

Certains employés se mirent à suivre les Aurors, baguettes en avant, prêts à se battre. Pour eux, il ne faisait aucun doute que cette attaque était l'œuvre des Mangemorts, et ils avaient trop perdu pour se laisser faire cette fois-ci.

_Ron ! Ron !

Ron aperçut son père alors que celui-ci essayait de le rejoindre à travers la cohue générale.

_Papa ! C'est une attaque !

_Je sais fiston ! Je viens avec vous !

Ron ne protesta pas, il poursuivit sa course. Neville apparut à ses côtés, il rentrait de mission et avait découvert la scène de panique en arrivant au Ministère.

Ils entendirent des hurlements et virent un corps tomber dans l'escalier qu'ils s'apprêtaient à emprunter, les ascenseurs étant pris d'assaut par les employés qui étaient trop terrorisés pour transplaner sans risquer de se désartibuler. Ron regarda avec horreur le corps mais son père pointa sa baguette et le corps inconscient se posa avec douceur au sol, quelques étages plus bas.

Ils surgirent dans le couloir où se trouvait le bureau d'Hermione. Une épaisse fumée flottait dans les airs et les murs étaient en partie effondrés. Deux corps jonchaient le sol et Ron eut l'impression que le sol se dérobait sur ses pieds, jusqu'à ce qu'il réalise qu'il ne s'agissait pas d'Hermione.

_Où sont-ils ? s'écria Seamus.

Ils entendirent des hurlements et ils reprirent leur course, et lorsqu'ils tournèrent dans le couloir, le chaos était tel que Ron faillit ne pas la voir. Mais elle était là, au milieu de la foule paniquée, courant dans le sens opposé, en direction des Mangemorts.

_Hermione ! hurla le jeune homme.

Les cris de terreur recouvraient sa voix. Les Aurors essayèrent d'avancer, mais la foule était si dense et agitée qu'ils avaient du mal à remonter le couloir. Ron essayait tant bien que mal de se frayer un passage, l'adrénaline fusait à chaque pulsation, il essayait de ne pas perdre de vue la masse brune des cheveux d'Hermione. Elle n'était pas seule, deux employés lui avaient emboité le pas. Mais lorsqu'elle disparut de sa vue, Ron eut l'impression que son cœur allait exploser, la peur devenait paralysante, il ne pouvait que hurler.

_Laissez-moi passer, laissez-moi passer !

Une nouvelle déflagration retentit et plusieurs personnes se jetèrent au sol avec des hurlements. Ron en profita pour accélérer sa course, talonné par ses collègues et son père.

Mais la cohue reprit et bientôt, Ron se retrouva seul, ses collègues toujours derrière.

_Ron ! Attends ! s'écria son père.

Mais il ne pouvait pas se résoudre à attendre, Hermione était quelque part devant… Il poursuivit son avancée, la foule se faisant moins dense, il finit par pouvoir courir, ne croisant plus qu'une ou deux personnes.

Il stoppa net quand il vit un corps passer devant lui, projeté par un sort de stupéfixion. Il tourna la tête et il la vit. Elle était au sol mais elle bondit sur ses jambes pour se mettre à l'abri dans un recoin. En face, une dizaine de Mangemorts. Ron se plaqua au mur, à l'abri de leurs regards. L'autre employé se leva en pointant sa baguette.

_Expelliarmus ! rugit-il.

Les Mangemorts ricanèrent en esquivant le sort avec facilité. Une déflagration retentit et le plafond au-dessus de l'employé s'effondra sur lui. Hermione poussa un cri horrifié et Ron bondit alors.

_Hermione !

La jeune femme tourna la tête vers lui, alors qu'il esquivait un sort en roulant jusqu'à un pan de mur effondré. Elle saignait de la lèvre et sa joue était bleue, son regard écarquillé par la peur et assombrit par l'adrénaline. Ron sentit la rage refaire surface.

L'un des Mangemorts éclata de rire.

_Weasley et Granger dans la même journée, c'est mon jour de chance !

Mais à cet instant, les Aurors déboulèrent et la bataille reprit violemment. Hermione bondit sur ses jambes. Ron réussit à l'atteindre, il lui prit la main mais ils étaient entourés par un combat sans merci. Il sentit la main de la jeune femme lui échapper alors qu'elle se lançait dans la bataille, maîtrisant un Mangemort et en désarmant un autre.

Terrifié, il ne pouvait qu'essayer de la protéger, contrant chaque Mangemort qui tentait de la maîtriser. Il vit alors son père aux prises avec deux Mangemorts et se précipita pour lui prêter main forte. Lorsqu'ils se tournèrent de nouveau, il vit Hermione projetée dans les airs.

_HERMIONE !

Son hurlement lui vrilla les tympans. Il sentit la colère l'aveugler et il brandit sa baguette, mais alors qu'il s'apprêtait à lancer un sort, les Mangemorts se mirent soudain à transplaner et ils se volatilisèrent en quelques secondes. Stupéfaits, les Aurors se regardèrent, le silence soudain devenant aussi assourdissant qu'inattendu.

_Bon sang, qu'est-ce que ça veut dire ! s'écria Neville, essouflé.

Ron se précipita vers Hermione, qui se relevait avec difficulté. Il l'aida à se tenir debout, livide.

_Hermione, par Merlin, tu es vivante, j'ai cru…j'ai cru…

Il l'écrasa contre sa poitrine dans une étreinte qu'elle lui rendit.

_Je vais bien, Ron, je vais bien…

Il posa une main sur sa nuque, entremêlant ses doigts dans ses boucles brunes et attira son visage vers lui, écrasant ses lèvres sur les siennes. Lorsqu'ils se séparèrent, à bout de souffle, la sirène s'était tue et un bruit de course attira leur attention, ils tenaient tous fermement leur baguette et étaient prêts à agir. Mais ce fut Kingsley qui surgit. Il semblait sortir d'une bataille lui aussi, sa robe était brûlée à divers endroits et il portait une entaille sur l'arcade sourcilière. Son regard trouva Arthur et Ron.

_Le Terrier… Il y a eu une attaque au Terrier… L'attaque au Ministère était une diversion… Ils ont trouvé le Terrier, Molly va bien, elle a pu s'enfuir, mais… Ils ont volé vos notes Miss Granger…