Bonsoir !
Cora : mille merci pour ta review, ravie de voir que tu es toujours parmis les lecteurs-lectrices !
Charlie : c'est une des choses que j'aime dans l'écriture, pouvoir mettre sur papier des sentiments, et si j'arrive à les partager, à les transmettre, alors je dois dire que je suis comblée ! merci beaucoup !
GinnyMarion : tu es adorable ! tes reviews sont vraiment un bonheur à lire ! et ta review me touche, j'espère que si un jour je publie quelque chose, j'aurais des lectrices avec le même enthousiasme !
Bonne lecture et REVIEWS siouplé !
Harry ferma les yeux et se laissa aller sur le transat, étendu au soleil. Pour la première fois depuis longtemps, depuis toujours en fait, il se sentait libre. Depuis son plus jeune âge, il avait eu ce destin qui pesait sur ses épaules, puis une fois Voldemort détruit, il y avait eu son rôle d'Auror, la découverte de l'Héritier, la préparation de sa succession à Kingsley à la tête du département des Aurors… Mais ici, il pouvait ne se soucier de rien d'autre que de Ginny, sa femme. Ce mot sonnait merveilleusement bien, il avait peine à croire à son bonheur, il avait peine à croire que Ginny, sa Ginny, et la petite fille timide qui fuyait constamment sa présence en rougissant quelques années auparavant, étaient bel et bien la même personne.
Cet hôtel sorcier sur la côte d'azur leur avait été recommandé par Fleur, et c'était une véritable sinécure de profiter de vacances sans avoir à se cacher des Moldus. Dissimulé à leurs yeux, il disposait d'une plage privée indétectable. Ginny sortit de l'eau et se précipita vers Harry pour s'effondrer sur son transat, projetant des gouttelettes d'eau sur le jeune homme, qui protesta bruyamment. Ginny s'ébroua en riant et finit par se pencher pour l'embrasser.
_L'eau est si bonne ! Rien à voir avec la mer vers chez nous !
Harry lui rendit son sourire et ferma les yeux. Une espèce de torpeur régnait sur la plage, et c'était la première fois qu'il avait aussi chaud, mais il ne s'en plaignait pas.
Il se demanda si ses parents, Sirius, Lupin et Tonks avaient assisté au mariage, là où ils étaient. Il se demanda ce que ça aurait fait de marcher vers l'autel en tenant le bras de sa propre mère. Il était heureux d'avoir été accompagné par Mrs Weasley, qui avait fait de leurs noces une réussite. Jamais Harry ne s'était autant amusé et ce jour restait sans aucun doute le plus beau de sa vie.
Son emménagement à Godric's Hollow avait été une évidence, et il était heureux de pouvoir fonder une famille là où il avait vécu sa première année entouré de l'amour inconditionnel de ses parents. Il avait l'impression en quelque sorte de réparer les choses, de laver la désolation qui avait pesé sur ce lieu, de rendre hommage à ses propres parents.
Il se demanda quand aurait lieu le mariage de Ron et Hermione, maintenant que les parents de cette dernière étaient rentrés en Angleterre. Le retour avait été rapidement organisé, Mr et Mrs Granger avaient souhaité rentrer au plus tôt, pressés de fuir ce qui représentait désormais à leurs yeux la perte de leur fille et toutes les souffrances auxquelles elle avait eu à faire face seule. Du moins, sans eux… Si Mrs Granger passait du temps avec Mrs Weasley, à essayer de remeubler ces six années de vide en lui posant d'innombrables questions, Mr Granger s'était retranché dans une sorte de déni, que ce soit au sujet de la guerre, de ce qu'Hermione avait vécu ou au sujet de ses fiançailles avec Ron, lequel n'en menait pas large face à l'obstination de celui qui allait devenir son beau-père.
Il sourit, rêveur, en songeant au chemin parcouru par ses meilleurs amis et se demanda rétrospectivement comment il avait fait pour supporter leurs disputes pendant toutes ces années. C'était étrange de faire face à un couple désormais, quand lui-même avait envie de contrer Hermione quand celle-ci se mettait à bouillir de colère envers Ron, et de frapper Ron quand celui-ci pelotait Hermione d'un peu trop près. Les sentiments fraternels qu'il éprouvait pour les deux n'étaient pas toujours simple à concilier face à leur couple. Mais jamais il n'aurait pu être plus heureux pour eux… Lui avait tâtonné avant de tomber amoureux de Ginny, Ron et Hermione, c'était différent, ils avaient toujours eu ce lien particulier, ils avaient toujours appartenu l'un à l'autre, même s'ils avaient mis du temps avant d'oser l'admettre. Leur peur commune d'avouer leurs sentiments avait été finalement à la hauteur de l'amour qu'ils se portaient. Harry aimait profondément Ginny, elle était sa vie, mais Ron et Hermione étaient comme deux moitiés d'un même corps. Il se surprit à ressentir un pincement au cœur, ils lui manquaient, il faudrait encore quelques années avant qu'il ne s'habitue à ne plus les avoir avec lui en permanence. Lorsqu'il entrouvrait les yeux, il avait presque l'impression de les entendre, de les apercevoir.
_Mais… C'est Ron ?! Et Hermione ?! Et… Et des Aurors ! s'écria Ginny en s'asseyant soudainement.
Elle s'enveloppa dans une serviette tandis qu'Harry se redressait d'un coup. Il ne rêvait pas, c'étaient bien ses meilleurs amis qui venaient vers lui, avec toute une escouade d'Aurors. Les autres sorciers et sorcières les regardaient passer avec curiosité.
Ginny pâlit quand elle vit l'expression sinistre de Ron et affolée d'Hermione. Harry et elle se précipitèrent à leur rencontre.
_Ron, ne me dis pas que tu nous as suivi jusqu'ici parce que j'ai embrassé ta sœur ! lança Harry lorsqu'ils furent à portée de voix.
Mais Ron ne sourit pas. Son regard était nerveux, allant régulièrement se porter sur Hermione à ses côtés, puis sur les environs comme s'il craignait une attaque imminente.
Harry sentit son cœur se serrer. C'était trop beau pour être vrai… Il déglutit, se préparant au pire. Lorsqu'ils arrivèrent enfin à leur niveau, Harry fronça les sourcils.
_Ron, que se passe-t-il ?
Il vit qu'Hermione avait un bleu sur la joue et son inquiétude augmenta.
_Que s'est-il passé ? Que faites-vous là ?
_Harry, le Ministère a été attaqué, le Terrier aussi…
Ginny étouffa un cri de sa main et les dévisagea, les yeux ronds, terrifiée.
_Maman va bien, la rassura Ron, personne n'a été blessé… Mais Harry, ils ont trouvé les notes d'Hermione…Je… Il n'y a plus de lieu sûr pour l'instant, c'est pour ça qu'elle est avec moi… Nous sommes venus t'escorter jusqu'au Ministère, Kingsley cherche un endroit sécurisé en ce moment même…
Harry pâlit légèrement mais ne broncha pas. S'ils avaient trouvé les notes, alors ils allaient vouloir s'emparer de lui. Et avec les journaux qui ne parlaient que de son mariage, les Mangemorts auraient tôt fait de les trouver… Une désagréable impression de déjà vu le traversa. A la différence que sa cicatrice ne se manifesta pas et que cette fois ci, il exposait Ginny au danger, et cela, il ne pouvait pas l'accepter.
_Bien. Nous rentrons…
Ginny hocha précipitamment la tête et se mit à ramasser ses affaires, les entassant dans son sac de plage. Ses mains tremblaient et Harry, lui, se sentit soudain étrangement nu, en simple maillot de bain devant toute une équipe d'Aurors en uniforme. Il s'empressa d'enfiler les vêtements que lui tendit Ginny alors qu'elle-même faisait glisser une robe sur elle pour rouler la serviette en boule et l'enfoncer dans le sac. Au moment où elle se redressa, un sort fusa soudain près de son oreille, projetant le parasol à quelques mètres de là, provoquant des cris de panique. Harry regarda autour de lui tandis que Ginny lâchait tout au sol pour brandir sa baguette. Les sorciers et sorcières furent brutalement tirés de leur somnolence et bondirent sur leurs jambes, regardant autour d'eux sans comprendre. Ron jura et se plaça instinctivement devant Hermione alors qu'ils sortaient tous leurs baguettes. Des éclairs noirs se mirent à fuser dans les airs, et des Mangemorts apparurent, les encerclant. Les gens se mirent à pousser des cris de terreur et à courir vers l'hôtel, et transplaner.
Les sorts fusaient de toutes parts, envoyant des gerbes de sable dans les airs. Les vigiles de l'hôtel arrivèrent en courant, prévenus par les touristes, et se rangèrent aux côtés des Aurors, mais l'attaque était d'une violence inouïe, ils étaient nombreux mais trop mouvant pour pouvoir être dénombrés, et de nombreux éclairs vert étaient lancés. Lorsqu'un vigile s'effondra sans vie, Hermione poussa un cri aigu et voulut se précipiter vers lui mais un hurlement de Ron l'en empêcha.
_Hermione, tu ne peux rien faire pour lui, pars ! Pars ! Va-t'en ! Prends Ginny et pars !
Son visage était déformé par la peur, mais Hermione ne pouvait se résoudre à les abandonner. Elle stupéfixa un Mangemort et, dos à dos avec Ginny, entreprit de repousser les assaillants.
_Ils sont trop nombreux ! cria un Auror avant d'être projeté dans les airs pour retomber dans le sable, inconscient.
Hermione n'avait pas le temps de ressentir sa propre peur. Ses geste relevaient du pur instinct, elle voulait vivre et elle se battait pour. Elle voulait que ses amis vivent, alors elle luttait, repoussant la peur dans un coin de sa tête.
Ron se battait férocement, Harry et lui manquaient rarement leurs cibles mais les assauts étaient trop nombreux, ils commençaient à reculer. Un autre Auror s'effondra juste sous les yeux de la jeune femme. Hermione désarma aussitôt le Mangemort responsable mais celui-ci se jeta sur elle alors qu'elle repoussait un énième assaut, il la saisit par le bras et la projeta dans les airs avec une telle force que la jeune femme se retrouva sonnée, allongée sur la plage. Ses oreilles bourdonnaient, elle avait le gout du sel dans la bouche et sentait la mer allait et venir sur elle.
_HERMIONE ! hurlèrent Ron et Ginny.
La jeune femme se releva avec peine tandis que le Mangemort venait vers elle après avoir récupéré sa baguette. Il la pointa sur elle, Hermione tituba dans l'eau et essaya de lever le bras. Le Mangemort ricana.
_Avada Keda…
_Endoloris ! hurla Ron, fou de rage, en courant vers eux, laissant Harry derrière lui.
Le Mangemort s'effondra avec un cri de douleur et Ron en profita pour prendre sa baguette et la glisser dans sa chaussure. Il se précipita vers Hermione qui reprenait ses esprits mais un hurlement de Ginny leur glaça le sang avant qu'il ne l'atteigne.
_HARRY ! NOOON !
Harry venait de se faire attaquer par derrière, il s'effondra sans un bruit, et, inconscient, il fut passé par-dessus l'épaule d'un Mangemort. Hermione se redressa, épouvantée, tandis que Ron se mettait à courir en direction des Mangemorts qui tenaient Harry.
_Stupefix ! Stupefix ! Expelliarmus !
Chaque sort était contré par des Mangemorts qui couvraient la fuite de leurs complices. Ginny n'arrivait pas à se défaire de deux Mangemorts particulièrement coriaces et les autres Aurors avaient fort à faire. Ils essayaient de poursuivre les Mangemorts qui avaient enlevé Harry, mais chacun de leur pas était ralenti par des assauts incessants.
Ron courait aussi vite qu'il le pouvait malgré le sable qui alourdissait ses pas, il entendait Hermione qui le talonnait et vit sa sœur pétrifier les Mangemorts en un seul sort. Alors que la bataille continuait à faire rage entre les Mangemorts restants et les Aurors, Ron, Hermione et Ginny se précipitèrent dans une course effrénée. Ils devaient esquiver les sorts, Hermione finit par stopper un instant pour viser.
_Petrificus Totalus !
Le Mangemort se raidit aussi et tomba au sol. Le Mangemort qui portait Harry se retourna brièvement. Il grimaça lorsqu'il vit Ron maîtriser le second et dernier Mangemort qui le couvrait. Il stoppa et leur fit face, Harry toujours inconscient sur les épaules.
Tout le reste se déroula en quelques secondes, mais Hermione avait l'impression que le temps était soudain passé au ralenti. Elle comprit immédiatement que le Mangemort allait transplaner en emmenant Harry avec lui et l'horreur de ce qui se passait devant elle la fit suffoquer. Elle vit Ron plonger en avant alors que l'image du Mangemort se brouillait. Elle vit sa main attraper de justesse la cheville du Mangemort, Hermione ne pouvait pas s'arrêter de courir, elle avait l'impression que son corps agissait de lui-même, tandis qu'elle était enfermée dans sa tête et hurlait de peur à n'en plus finir, des hurlements que son corps taisait, trop occuper à imiter le geste de Ron. Elle ne pouvait pas le regarder disparaitre, elle ne pouvait pas le perdre, elle ne pouvait pas perdre Harry, elle n'avait pas le temps de penser. Elle n'eut que le temps d'apercevoir Ginny plonger en même temps qu'elle. Elle sentit sa main agripper quelque chose et elle se sentit aspirée en avant.
Ce fut le transplanage le plus éprouvant qu'elle ait eu à vivre. Elle avait l'impression d'avoir été enfermée dans une boite qu'on aurait secouée dans tous les sens, et au moment où elle eut le sentiment qu'elle allait vomir, elle se sentit projetée dans les airs et elle heurta durement le sol, face contre terre, alors qu'une grande bouffée d'air frais envahissait violemment ses poumons.
Elle se redressa douloureusement, recrachant la terre qui était entrée dans sa bouche à l'atterrissage. Elle sentait son cœur battre si fort qu'elle mit un moment à comprendre que le bruit qui résonnait dans ses oreilles venait de sa cage thoracique. Elle se mit à genoux et regarda autour d'elle. Elle était dans un bois, à flanc de montagne à en juger le terrain escarpé. Et elle était seule. Terrifiée, elle regarda de nouveau autour d'elle, à la recherche du moindre indice qui lui permettrait de se situer. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il faisait bien plus frais qu'en France, elle frissonnait dans l'humidité qui régnait sous les arbres. Soudain, un éclat de voix la fit sursauter. Au même instant, Ginny surgit devant elle, échevelée et essoufflée. Elle avait des feuilles et des branchages dans les cheveux et semblait terrifiée lorsqu'elle vit Hermione. Elle aussi avait entendu les éclats de voix, qui approchaient de leur côté. Hermione bondit sur ses jambes, les deux jeunes femmes se précipitèrent dans un fourré et retinrent leur souffle.
_S'ils t'ont suivi, ils devraient être dans le coin !
_Je te le dis, j'ai senti quelque chose m'attraper la jambe, c'est le rouquin, j'en suis sûr !
Ils étaient si près qu'Hermione pouvait distinguer les moindres détails de leurs vêtements. Ginny et elle étaient immobiles, comme pétrifiées par un sort. Mais Hermione ne pouvait s'empêcher d'être soulagée. Ils n'avaient pas trouvé Ron… Puis elle pensa à la fois où il s'était désartibulé et son soulagement s'éteignit aussitôt, remplacé par la peur. Et s'il gisait quelque part, perdu, blessé et incapable de se défendre ? Elle dut se mordre la lèvre pour ne pas laisser sa panique les trahir. Les deux Mangemorts s'éloignèrent et lorsqu'elles ne les entendirent plus, les deux jeunes femmes attendirent un moment qui leur parut une éternité avant de sortir du fourré.
Elles se regardèrent et se rendirent compte qu'elles partageaient le même sentiment de panique.
_Bon…
Hermione sursauta au son de sa propre voix tellement celle-ci lui sembla étrangère alors qu'elle brisait le silence.
_Bon, poursuivit-elle malgré tout, ils…ils venaient de ce côté, nous devrions aller par là…
Ginny hocha la tête, livide. La main fermement serrée autour de sa baguette, Hermione ouvrit la marche.
La forêt semblait plongée dans une espèce d'aura magique, les arbres étaient si hauts qu'on distinguait à peine leur feuillage, et la lumière filtrée donnait un air féerique à l'ensemble. Le silence était comme irréel, c'était comme si tous les animaux avaient déserté ces bois, aucun craquement, aucun cri, aucun oiseau, juste le silence. Malgré tout, Hermione éprouvait un étrange sentiment de familiarité dans ce lieu, comme si elle le connaissait déjà…
_Hermione, souffla Ginny, je dois te dire quelque chose…
La jeune femme ralentit tout en scannant nerveusement les alentours du regard.
_Je suis enceinte…
Hermione stoppa si brusquement que Ginny lui rentra dedans. Elle la regarda, stupéfaite, sans voix. Ginny hocha la tête devant l'interrogation silencieuse qu'elle lisait dans les yeux d'Hermione.
_Je…Je l'ai appris ce matin… Je… J'avais prévu de l'annoncer à Harry ce soir, nous devions sortir, il…Il devait m'emmener dans un restaurant Moldu pour la première fois… Hermione… Et s'il… s'il…
Sa voix se brisa. Hermione la prit par les épaules et regarda Ginny dans les yeux.
_Il ne lui arrivera rien, il n'a pas le choix ! Il est l'Elu, celui qui a survécu, ce n'est pas pour nous abandonner maintenant, Ginny, tu m'entends ?
La jeune femme hocha faiblement la tête, les larmes aux yeux. Hermione la serra soudain dans ses bras.
_Je suis si heureuse pour vous… Vous serez des parents formidables… souffla la jeune femme en refoulant ses propres larmes.
Puis elle s'écarta.
_Ginny, je vais te demander une chose et s'il te plait, fais ce que je te demande… Tu dois partir…
Ginny fronça les sourcils.
_Tu plaisantes ? J'espère que c'est une blague parce que je n'irai nulle part !
_Ginny, tu es enceinte et…
_Je ne repartirai pas sans Harry et sans mon frère ! rétorqua Ginny, mains sur les hanches. Et je ne te laisserai pas seule dans une forêt on ne sait où, infestée de Mangemorts… Je suis enceinte, mais je sais toujours me battre !
_Ginny, tu dois partir, je t'en conjure, tu n'es pas seule, tu n'es plus seule, tu dois penser à ton bébé…
Ginny secoua farouchement la tête. Hermione releva brutalement la manche qui recouvrait son bras et montra sa cicatrice à la jeune femme, qui blêmit en se rappelant le jour où Harry, Ron et Hermione leur avaient raconté ce qui s'était passé pendant leur expédition à la recherche des Horcruxes. Lorsqu'ils étaient arrivés à leur passage dans le Manoir des Malefoy, Ron avait dû sortir. Hermione avait baissé la tête et poursuivi son récit, devant des Weasley médusés et en larmes. Puis Ginny était allée dehors à la recherche de Ron, qu'elle avait trouvé sanglotant, les poings en sang après avoir visiblement cogné à plusieurs reprises sur un tronc d'arbre. Elle savait que son frère était hanté par ce souvenir et le serait sans doute jusqu'à la fin de sa vie…
_Cette cicatrice agit comme la marque des ténèbres, l'Héritier sait probablement déjà que je suis là, tu dois fuir, c'est notre seule chance d'avoir du renfort et de sauver Harry… Je sais que tu sais te battre, et je ne te l'aurais pas demandé dans d'autres circonstances, mais tu es enceinte, tu portes une vie qui dépend de toi, et ce n'est qu'une question de minutes avant qu'ils ne me repèrent !
Ginny détacha son regard des lettres gravées dans la peau blanche et regarda son amie avec horreur.
_Tu dois venir avec moi alors…dit-elle, la voix tremblante. Je ne te laisserai pas !
Hermione secoua la tête.
_Je ne peux aller nulle part sans mettre en danger ceux qui m'accueilleront, Ginny pars, préviens Kingsley, le temps presse…
Hermione était pâle mais déterminée. Ginny finit par acquiescer. Elles s'étreignirent et Ginny s'éloigna à reculons, le visage tendu dans un effort surhumain pour ne pas pleurer, ce n'était pas son genre, elle ne pleurerait pas. Elle n'avait pas pleuré quand Harry avait rompu avec elle pour la protéger, elle n'avait pas pleuré quand Hermione, Ron et lui avaient disparu après le mariage de Bill et Fleur… Elle ne pleurerait pas… Elle fit volte-face et se mit à courir, mettant le plus de distance possible entre les Mangemorts et elle afin de pouvoir transplaner en toute discrétion.
Hermione la regarda disparaitre entre les arbres et poussa un soupir de soulagement. Le cœur battant, elle entreprit d'avancer le plus silencieusement possible. Le terrain devenait de plus en plus pentu et accidenté, une pierre roula sous ses pieds et elle se retint de justesse à une branche d'arbre. Elle mit sa baguette entre ses dents et s'aida de ses mains pour continuer à progresser.
Soudain, sur sa droite, alors qu'elle semblait toucher au but, elle entendit des ricanements. Elle se jeta à plat ventre et rampa tant bien que mal hors du sentier. Ce qu'elle vit la fit gémir de stupeur, d'horreur. Deux Mangemorts avançaient, avec des rires gras, poussant devant eux Ginny. La jeune femme gardait la tête haute mais Hermione savait qu'elle devait être aussi effrayée qu'elle-même. Ils passèrent devant Hermione sans la voir et poursuivirent dans le chantier, exhortant Ginny à avancer plus vite.
Lorsqu'ils furent suffisamment loin, Hermione se mit à les suivre, à moitié baissée pour être sure de rester dissimulée par les hautes herbes et buissons. Elle respirait à peine, terrifiée à l'idée de faire rouler une nouvelle pierre, attirant ainsi l'attention des Mangemorts.
La marche dura de longues minutes, Hermione n'avait plus la notion du temps, tout en suivant les Mangemorts, elle essayait de trouver un indice qui lui permettrait de se repérer. Plus elle avançait, plus elle avait l'impression de connaître les lieux.
Soudain, tout lui revint en mémoire. La tente, Harry prononçant le nom de Voldemort, les Rafleurs… C'était la forêt où ils avaient été capturés… Ils n'étaient pas loin du Manoir des Malefoy…
Ses craintes se confirmèrent lorsqu'elle aperçut à travers les arbres les murs sombres et douloureusement familiers du Manoir. Elle n'était jamais revenue dans cet endroit, pas depuis ce jour. Une peur irrationnelle oppressa sa poitrine, elle avait presque l'impression de sentir l'haleine de Bellatrix Lestrange, et son corps se crispa instinctivement.
Elle détacha son regard du manoir pour voir les Mangemorts et Ginny en franchir les portes. Elle s'assit au sol et respira profondément. Elle devait penser à un souvenir heureux, à quelque chose qui pourrait chasser ses pensées les plus sombres, ses souvenirs les plus obscurs. Elle le voyait… Les obsèques de Fred avaient eu lieu quelques jours auparavant… Hermione n'avait pas quitté Ron d'une semelle, le guidant au travers de son chagrin. Elle avait mis de côté ses propres fantômes, elle partageait la peine des Weasley, mais elle devait être forte pour eux, elle devait les aider, alors elle était restée forte, taisant ses nuits où elle était trop terrorisée par ses cauchemars pour fermer l'œil, taisant ses larmes de douleur quand soudain, les effets du Doloris se faisaient encore sentir, taisant le froid qu'elle sentait grandir en elle, dans sa poitrine, parce que ce qu'elle avait vécu était juste trop. Puis un jour, elle n'avait plus eu la force. Ce jour-là, à l'aube, elle était sortie du Terrier, elle avait marché longtemps, passant devant la stèle blanche fleurie, passant devant l'atelier, devant l'étang, marchant à travers les champs, et lorsque ses jambes ne l'avaient plus portée, elle s'était effondrée et s'était mise à pleurer, à crier, à hurler… Elle ne savait pas combien de temps elle était restée comme ça, mais ensuite, deux bras forts, chauds, réconfortants, s'étaient enroulés autour d'elle, la soutenant alors qu'elle pleurait tout son soûl. A travers ses larmes, elle avait vu le visage blême et triste de Ron. Elle s'était excusée, d'être partie, de craquer, d'être si faible… Ron l'avait embrassée alors, un baiser qui ne ressemblait pas aux autres, comme s'il avait essayé de communiquer tout ce qu'il n'arrivait pas à exprimer, en l'embrassant… Puis il avait souri et lui avait dit ces mots, ces mots qu'elle avait espérés et attendus tant d'années. Je t'aime. Quelques jours après, leurs baisers les entrainaient plus loin, et jamais elle ne s'était sentie aussi heureuse, aussi complète, de toute sa vie.
_Expecto Patronum !
Une vague argentée surgit de sa baguette et une loutre de lumière se mit à tournoyer dans les airs.
_Trouves Kingsley Shacklebolt, il doit venir au Manoir des Malefoy avec du renfort, Harry et Ginny sont prisonniers des Mangemorts, l'Héritier est là j'en suis sure, et Ron… Ron, j'ignore ce qui lui est a…arrivé… Vas, vite !
La loutre opina de la tête et tournoya à nouveau avant de s'élever dans les airs. Hermione déglutit, elle espérait que son patronus arriverait à temps, elle se releva et observa les alentours, essayant de trouver le meilleur moyen de pénétrer dans le château sans se faire prendre… Où était Ron ? Ne pas savoir s'il allait bien était sur le point de la rendre folle d'inquiétude.
_Je me disais bien que ça sentait mauvais…
Le cœur d'Hermione se glaça. Elle se retourna lentement. Quatre Mangemorts étaient sortis de nulle part et pointaient leurs baguettes sur elle.
_Ton odeur de Sang de Bourbe nous a guidé, ricana l'un d'eux, poses ta baguette au sol, lentement… Lentement j'ai dit !
Hermione obtempéra, sans les quitter des yeux. Lorsque sa baguette fut au sol, un Mangemort se précipita pour s'en saisir. La jeune femme grimaça. Au fil du temps, la baguette devenait le prolongement du sorcier qui la possédait, comme un membre à part entière du corps, alors voir les mains d'un criminel dessus lui donnait la nausée. Un Mangemort lui tordit les bras dans le dos mais Hermione demeura muette.
Ils l'entrainèrent sans ménagement avec eux. Plus Hermione voyait le Manoir approcher, plus les souvenirs se faisaient violents, présents, comme si en tendant le bras elle pouvait toucher du doigt le passé et y replonger.
Ils franchirent les hautes portes en fer forgé et avancèrent dans le chemin plongé dans une brume qui n'avait rien de naturel.
L'intérieur n'avait pas changé, Harry lui avait dit que le château semblait avoir été pillé mais apparemment, quelqu'un avait pris le soin de le remettre en état. Les pièces étaient toujours aussi froides, et la lumière toujours aussi crue. Aucune humanité ne se dégageait de cet endroit.
Ils arrivèrent dans la pièce principale et Hermione retint son souffle. Il lui semblait encore entendre les échos de ses hurlements et des cris désespérés de Ron. Mais soudain, elle le vit, Ron, à genoux à terre, la tête baissée, le visage dans l'ombre. Son cœur manqua un battement. Il était là et il était en vie. Horrifiée, elle vit qu'une stèle en pierre siégeait désormais au centre de la pièce, juste sous le chandelier en cristal qui avait été remplacé. Sur cette stèle gisait Harry, inconscient, pieds et poings liés. Hermione se rappela avec horreur des cours d'histoire de la magie, sur les rituels de sacrifices humains que certains sorciers maléfiques perpétraient. Cet autel était un autel de sacrifice, elle sentit la bile remonter de son estomac, et dut respirer de toutes ses forces pour ne pas s'effondrer. Elle aperçut Ginny assise dans un coin, pâle et immobile, les yeux fixés sur Harry, et avec stupeur Drago et Narcissa, recroquevillés près d'elle. Drago avait été finalement libéré, conformément au marché que sa mère avait passé avec les Aurors, mais elle ignorait qu'ils s'étaient réinstallés dans leur Manoir. Ils semblaient toutefois aussi apeurés que Ginny ou elle même.
_Je dois dire que je suis déçu, Miss Granger…
Ron releva brusquement la tête. Hermione retint un cri lorsqu'elle vit son visage tuméfié. Il avait été passé à tabac et elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Ron la regardait avec une expression de pure terreur. Mais Hermione dut détacher son regard du sien, l'Héritier venait vers elle. Il portait toujours son masque, il stoppa à quelques centimètres.
_Je vous pensais plus futée que ça, Miss Sang de Bourbe, dit-il d'une voix doucereuse qui lui arracha un frisson. Vous jeter ainsi dans la gueule du loup…
_Vous… Vous savez que cette marque que j'ai sur le bras vous mènera toujours à moi de toute façon… répliqua Hermione en essayant de maîtriser tant bien que mal les chevrotements dans sa voix.
L'un des Mangemorts qui la tenait la secoua brutalement.
_Ne parles pas si le maître ne te l'autorise pas ! gronda-t-il.
_LACHEZ LA ! cria Ron, incapable d'en supporter d'avantage.
L'Héritier ricana.
_Quelle drôle d'idée tu as eu Weasley de t'enticher d'une Sang de Bourbe…
_Vas au diable !
L'Héritier ricana de plus belle. Hermione le savait, la situation était critique, Ron était prisonnier, Harry était toujours inconscient, et elle aurait craint le pire si elle n'avait pas vu sa poitrine se lever et s'abaisser.
_Que… que voulez-vous de nous ? demanda Hermione dans une tentative désespérée de gagner du temps.
_J'ai vos notes, Miss Granger, et vous allez m'aider à ressusciter le Seigneur des Ténèbres…
_C'est… C'est impossible…
L'Héritier éclata de rire.
_Il ne reste rien de mon père, mais lui et moi partageons le même sang… C'est mon rôle, c'est pour cela que je suis là, pour le ramener, c'est la dernière mission qu'il m'a confié avant que vous ne vous mettiez sur son chemin, et je vais l'accomplir…
_C'est de la folie ! s'écria Ginny.
_Vous ne pouvez pas le ramener, c'est impossible ! renchérit Hermione.
_TU VAS M'Y AIDER ! hurla soudain l'Héritier.
Hermione se tut. Il était fou, fou à lier, c'était inutile de chercher à le raisonner. Il ôta brusquement son masque et Hermione dut se mordre la langue pour ne pas pousser de cri de terreur.
Le visage de l'Héritier était totalement mutilé, comme si quelqu'un avait cherché à lui donner l'aspect d'un reptile. Une partie du visage avait été brûlée, son nez était quasi inexistant sous les cicatrices. Hermione comprit alors que Voldemort n'avait pas supporté que son fils puisse être beau alors que lui-même était déformé par la magie noire. Tom Jedusor, avant de devenir Voldemort, était beau, Narcissa était une belle femme, leur fils devait forcément leur ressembler, mais Voldemort avait décidé de modeler son enfant à son image en lui infligeant d'horribles mutilations. L'Héritier n'était qu'un objet de plus dans ses mains et il en avait fait un monstre, s'assurant de pouvoir renaître de ses cendres et de se voir vengé.
Soudain l'Héritier pointa sa baguette sur Drago.
_Imperium !
Drago n'eut pas le temps de réagir, il se leva, les yeux vides de toute expression, et s'approcha d'eux tandis que sa mère gémissait de peur. Hermione, affolée, les regarda tour à tour.
_Ma propre famille ne veut pas de moi, c'est drôle vous ne trouvez pas ! s'exclama l'Héritier, ma propre mère…
Il désigna Narcissa avec un mépris apparent.
_...et mon propre frère ne veulent rien à voir avec moi… Que dirais-tu, Weasley, si ton ennemi juré s'amusait un peu avec ta chère Sang de Bourbe ?
Hermione sentit ses jambes se dérober sous son poids, mais les Mangemorts la maintenaient de force.
_NON ! hurla Ron, terrorisé. NON ! Ne faites pas ça !
L'Héritier éclata de rire et Drago s'avança vers Hermione comme un automate. La jeune femme suffoquait, elle était forte, elle le savait, et elle était prête à l'être, mais pas si on lui volait son honneur, sa dignité, sous les yeux de l'homme de sa vie…
_Non, gémit la jeune femme alors que les Mangemorts la jetaient à terre aux pieds de Drago.
_NON ! Je vous en supplie ! Tuez-moi, faites ce que vous voulez de moi, mais laissez-la, laissez-la ! Ne la touchez pas je vous en supplie ! hurla Ron.
Il pleurait et tremblait, en se débattant avec les liens magiques qui l'entravaient et le maintenaient agenouillé.
_Tu me supplies ?
L'Héritier rit de plus belle. Il semblait possédé et son sourire sadique donna la chair de poule à Hermione.
_Mon frère a refusé de m'aider, c'est un traitre, et ta Sang de Bourbe est une putain ! Qu'est-ce que ça te ferait de la voir entre ses mains, de la voir souffrir et te supplier ?
Ron ne savait que trop bien ce que ça lui ferait. Il avait l'impression qu'on lui enfonçait lentement un poignard dans le cœur.
Les yeux écarquillés de peur, Hermione vit Drago ôter sa veste. Elle poussa un cri terrifiée.
_Tuez-moi, tuez-moi, mais pas ça, pas ça… s'écria la jeune femme en essayant de s'éloigner avant d'être de nouveau poussée en avant.
_DRAGO SI TU TOUCHES A UN SEUL DE SES CHEVEUX JE TE TUE ! TU ENTENDS, JE TE TUE ! hurla Ron, le visage déformé par la fureur.
Mais Drago ne semblait pas l'entendre. Il se pencha vers Hermione et lui attrapa un bras. Ginny poussa un cri de colère et de désespoir, tandis que Narcissa Malefoy sanglotait hystériquement, le visage dans ses mains.
_Regardes mère, s'écria l'Héritier avec un air dément, regardes ton fils adoré s'accoupler avec une traitre à son sang, regardes !
Drago commença à essayer d'ôter le tee-shirt que portait Hermione. Celle-ci hurla en se débattant.
_NON ! LAISSEZ-LA ! HERMIONE ! NON !
Ron sanglotait et essayait d'atteindre avec ses poings liés la jambe dans laquelle il avait glissé la baguette du Mangemort. Il était indifférent aux Mangemorts qui l'entouraient, peu importait qu'ils le voient faire, il ne pouvait plus penser, plus réfléchir, il devait agir, faire quelque chose, il en mourrait s'il ne tentait rien pour la sortir de là.
Soudain, un gémissement attira leur attention. L'Héritier se tourna vers Harry et Drago stoppa sa tentative. Hermione, à bout de souffle, le visage recouvert de larmes, en profita pour échapper à sa poigne et s'éloigner de lui. Harry se réveillait doucement et commençait à remuer.
_Nous reprendrons cela plus tard, annonça l'Héritier, nous allons devoir commencer la cérémonie…
