Merci Charlène, ça fais toujours plaisir de savoir qu'on perds pas trop la main xD !
Au fait, moi aussi ze veux la suite lol
Chapitre 3 :
« Jennifer, viens voir s'il te plaît… ».
« J'arrive !! ». Je pris la dernière caisse nécessaire dans la réserve et revins à l'avant du bar. Francis m'attendait un sourire aux lèvres qui en disait long sur ce qu'il comptait me dire, en compagnie d'un homme qui devait avoir le même âge que lui. Il était moins séduisant que mon patron et semblait plus fatigué mais quelque chose dans son regard disait qu'il était capable de vous compter des histoires pendant des heures sans s'essouffler et sans perdre l'intérêt qu'il susciterait. Je le saluai poliment et me tournai vers celui que je considérai un peu comme mon père.
« Que se passe-t-il ? ».
« Je te présente Alfred, c'est un ami de longue date et un excellent professeur… ». J'acquiesçai aux informations ne sachant pas trop en quoi cela pourrait m'intéresser outre mesure.
« Cet ami que tu vois là est en plein désarroi face à un problème de taille auquel je pense avoir trouvé la solution… ».
Ils me regardèrent alors avec une insistance presque mal saine, et si je n'étais pas dans une confusion totale, j'aurai probablement été mal à l'aise. Seulement, les soirées avec ma bande de joyeux lurons se faisant toujours plus arrosées ces derniers jours –enfin soirs-, j'étais en proie à une fatigue presque perpétuelle et mon cerveau semblait continuellement endolori par le manque de sommeil cuisant et certainement aussi un peu par l'alcool.
« Si tu m'expliquais clairement ce que j'ai à voir dans cette histoire, qui soit dit en passant m'est totalement passée au-dessus car si tu en doutais encore…je n'ai absolument rien compris. ».
« En fait, chaque année trois ou quatre étudiants français viennent, pendant quelques mois, partager les secrets de leur langue natale avec les classes de Terminal dans le lycée où j'enseigne… ». Je ne voyais toujours pas en quoi ça me concernais mais quelque chose en moi m'intimait que je n'aimai pas du tout la tournure que prenait cette conversation.
« Ok… ». Fut la seule réponse que je pu donner à cet instant, redoutant sûrement inconsciemment l'échéance de cette révélation. Alfred qui soudain ne semblait plus autant déterminé à m'expliquer le fond du problème, reprit non sans difficulté sa tirade.
« Et bien,…l'un…l'un des étudiants s'est désisté au dernier moment, il nous faut quelqu'un pour le remplacer rapidement… ».
« Et vous pensiez à moi, correct ? ».
« C'est bien ça… ».
« Non…désolée, je …enfin qu'est ce que je pourrai leur apporter sérieusement ? Je n'étudie plus depuis belle lurette alors…non vraiment. Distribuez les élèves aux autres étudiants…je sais pas moi… ».
« Il y a deux classes…et c'est impossible avec les horaires…et puis tu n'aurais qu'à parler avec eux en français…de tout, de rien…de simples échanges pendant deux heures pour chaque classe par semaine…le lundi et le jeudi. ».
« Je travaille ! ». Quel argument de choc, Francis va me balayer ça en deux temps trois mouvements.
« T'inquiète pas pour ça…tu seras payée normalement aussi. ». Voilà, merci du soutien…
« Tu leur ferais lire ce que tu veux, des devoirs ou non, à toi de voir. Tu pourras leur faire regarder des films, les faire discuter entre eux…tu seras leur prof un peu en fait…ça pourrai être amusant ! ». Ah ! Ah ! J'm'amuse déjà…Et comment dire non ? Cela sentait le service personnel à plein nez et avec tout ce que Francis avait déjà fait pour moi depuis mon arrivée, difficile de lui dire non…j'étais piégée.
Un combat intérieur faisait rage et triturant mes longs cheveux noirs, je les voyais pendus à mes lèvres comme si leurs destins se jouaient maintenant et que j'étais la détentrice de la clé qui les libérerait d'un fardeau trop lourd à porter…Priez pour moi.
« C'est d'accord. ». Murmurai-je persuadée que je faisais une connerie monumentale. Après tout, me retrouver seule face à une vingtaine de loustics contrôlés par leurs hormones et poussés par une envie inexplicable de faire chier le monde parce que « je suis en dernière année de lycée et que je suis adulte et responsable, merde ! ». Ce n'est pas ce que j'appellerai une idée de génie. Non, vraiment j'avais sûrement dû être une horrible personne dans une autre vie et aujourd'hui je payai pour tous mes crimes…
« Fantastique ! ». Francis, Francis, Francis…
« Excellent ! Bien tes séances avec eux commenceront début octobre…le temps que tout le monde prenne ses marques et que l'on s'assure du niveau de chacun, etc.». J'hochai la tête, un peu dépitée par la situation dans laquelle je venais de m'embarquer…prochaine station : L'Enfer.
« Non mais t'es sérieuse là ? Prof de français ?? ». Frédérique rigolai tellement qu'il tomba de sa chaise et entraina avec lui le reste de la bande dans un fou rire incontrôlable.
« Rigolez pas putain…j'suis dans la merde là… ». Dis-je difficilement, ne voulant pas les suivre dans leur délire mais il fallait avouer que c'était compliqué. Après tout, il valait peut-être mieux en rire, qui aurait cru que celle –donc moi- qui a évité consciencieusement l'école tout ce temps, y retournerai pour enseigner.
« Tu vas en chier ma belle… ». Me dit Thomas, ce mec était vraiment adorable, un caractère génial et un physique à faire pas mal de jaloux. Grand, un corps de rêve genre baraqué, sportif, des yeux bleus tellement magnifiques qu'on souhaiterait qu'ils ne regardent que nous et des lèvres si bien dessinées qu'on passerait son temps à les embrasser par vénération. Toujours compatissant à mon égard, il était peut-être le seul à cette table à vraiment comprendre l'enjeu de ce bordel. Jennifer Vesal, 22 ans, héritière incontestée de la connerie humaine va enseigner à des jeunes de 17 ans environ, une langue dont ils se moquent éperdument pour la plupart. En essayant vainement, cela va sans dire, de leur montrer que la langue –autre qu'un jouet sexuel des plus excitants- est un instrument utile dans le monde impitoyable dans lequel nous vivons.
« Je sais…faudrait que je me prépare non ? Je sais pas ce que je devrais leur faire faire moi…c'est un truc à te coller une migraine… ».
« Ne joue pas la tyrannique dès le premier cours, c'est un conseil ! ». Plaisanta Judith qui ne lâchait toujours pas Fred du regard depuis qu'il nous avait rejoints.
« Des devoirs, non mais vous imaginez ? Je peux pas leur faire ça sérieux…surtout venant de moi…celle qui faisait JAMAIS ses devoirs…c'est du foutage de gueule, j'vous le dis moi !! ».
« Hey calme toi ma poule, ils en savent rien de ta vie scolaire…du boulot un minimum…des discutions, de l'entrainement quoi…Ils veulent apprendre sans galérer… ».
« Alors quoi ? J'fais comme avec les petits en maternelle ? j'leur apprends des trucs sans qu'ils sans rendent compte ? ».
« C'est pas bête…tu pense à quoi ? ». Je me tournai vers Charlène dubitative.
« Mais j'en sais rien moi…j'suis pas prof. ». Elle me souriait frottant doucement mon épaule pour me montrer qu'elle compatissait mais qui disait aussi qu'elle ne pouvait pas m'aider sur ce coup.
Je les abandonnai quelques instants pour m'occuper d'un client qui venait de s'installer au comptoir. Je l'examinai rapidement avant de m'approcher de lui, il semblait épuisé, ses yeux étaient tirés, entourés par d'énormes cernes noirs et ses joues creusées n'arrangeaient rien. Il portait un gros manteau qui cachait au trois quart son corps mais l'on devinait facilement qu'il n'était pas très large malgré sa carrure imposante.
« Bonsoir, qu'est ce que je vous sers ? ».
« Un café s'il vous plaît… ». Souffla-t-il, l'homme semblait…désespéré.
« Mauvaise journée ? ». Lui demandai-je en posant la tasse en face de lui, non pas que je m'en soucis réellement mais j'avais appris avec les années que les gens avaient souvent besoin de parler de leur soucis avec des inconnus puis repartir d'où ils venaient sans demander leur reste. Un moyen d'évacuer tous ce qu'ils avaient accumulé sans inquiéter leur famille ou leurs amis, ils ne reverraient jamais l'inconnu et pouvaient donc exprimer le fond de leur pensée, ou presque.
« Vous n'avez pas idée…mais je ne veux pas vous assommer avec mes histoires… c'est gentil quand même de demander. ». Il me sourit tristement et j'eu de la peine pour lui, d'habitude les gens aiment me parler, je ne sais pas pourquoi, ma tête leur donnait toujours envie de se confier et parfois même contre ma volonté.
« Pas de problème, appelez moi si il vous faut autre chose ! ». Il me scruta un instant, fixant un peu trop longuement mon cou et acquiesça nonchalant. Je l'abandonnai à sa solitude déprimante et rejoignais les autres qui pariaient à qui mieux mieux, combien de temps je tiendrai dans la classe, le premier jour de cours avant de paniquer…merci les copains.
Ce soir, je fermai le pub seule, Francis et Mélinda s'étaient accordés une petite soirée en amoureux et m'avaient timidement demandé de m'occuper de la fermeture, ce que j'avais accepté sans sourciller. Je m'imposai le célibat, pas la peine d'entrainer toute la ville avec moi dans ma balade. Une fois que j'eu tous fini, je sorti les poubelles dans l'impasse qui longeai le bâtiment, une odeur pas très ragoutante s'imposait en maître et me soulevai le cœur dès que j'inspirai. Jetant le dernier sac dans la benne, un bruit sourd éclata à quelques mètres de moi, un sentiment étrange m'envahit, j'avais l'impression d'être dans une série B et que j'allais bientôt me faire agresser par un connard cagoulé…oui ma fin était proche d'après les statistiques télévisuelles.
Alors d'après vous, qu'est qui va se passer ? Hein ? xD
