Chapitre 14 :

Je courais aussi vite que je le pouvais, pourquoi ne m'avait-il pas encore rattrapé ? J'avais l'impression de courir depuis des heures. Mes poumons s'apprêtaient à sortir de mon thorax, je n'avais jamais été une grande sportive, ralentissant, je regardai autour de moi. Personne, pas de vampires sur le point de me bouffer, pas d'humain en guise de témoin, pas de sentier pour retrouver la ville. J'étais littéralement perdue.
Me laissant tomber à terre, je pleurai toutes les larmes de mon corps, mes muscles étaient douloureux et j'avais le souffle court, si mon médecin me voyait, il ne serait vraiment pas content. Me rappelant une énième fois que j'avais un souffle au cœur et que je devais faire attention, mon cœur était presque aussi fragile physiquement qu'émotionnellement, même si d'après lui j'avais encore de longues années à vivre sans m'inquiéter. Je devais faire attention et ne pas pousser au-delà des limites que m'imposait mon corps, ce qui évidement était raté aujourd'hui.
Ils étaient bien des vampires, des monstres. Je les avais vu de mes propres yeux et je ne pouvais plus avoir aucun doute maintenant. Qu'allais-je devenir ? Mon cerveau était totalement embrumé, je n'arrivai plus à réfléchir correctement, Edward…hier encore j'étais blottie contre lui, je ne m'étais jamais sentie autant en sécurité. Ouais, quoi de plus sécurisant qu'un chasseur assoiffé de sang ? Pourquoi ne m'avait-il pas encore tué d'ailleurs ? Je ne voulais pas être un rat de laboratoire que l'on observe par moment de haut stress. Non, je devais me reprendre et partir loin d'ici, sauf que…je ne savais pas du tout dans quelle direction aller.
« Mademoiselle, est ce que tout va bien ? ». Je sursautai à la voix de l'homme qui se trouvait près de moi. Il devait avoir la trentaine et au vu des vêtements qu'il portait, un survêtement bleu marine et des baskets usées, il faisait son jogging quotidien. Pouvait-il se douter un seul instant que je venais de frôler la mort, que peut-être il était aussi en danger, en voulant simplement m'aider ? Je voulu crier, lui dire de fuir, de s'éloigner de moi le plus vite qu'il puisse…mais, ma voix m'avait trahie, j'étais lâche et égoïste. Je ne voulais pas mourir, je n'étais pas prête à tout perdre, aussi pourrie soit ma vie, je ne voulais pas abandonner, pas maintenant.
« Oui, je…j'étais perdue et… ».
« Le sentier est à deux mètres, venez… ». Il m'attrapa par les épaules et je frissonnai à son contact, ce n'est pas ces mains-là qui auraient dû me toucher, ce n'est pas tant de douceur que j'aurai dû sentir, pourquoi n'étais-je pas encore morte ? Qu'attendait-il pour se débarrasser de moi ?
« Voilà, on y est …allez dans cette direction. Ca va aller ? ».
« Oui, merci beaucoup, je vais m'en sortir maintenant…au revoir. Merci encore. ». Je vais m'en sortir, je vais m'en sortir…oui, espérons-le.

Arrivée chez moi, je fermai la porte à double tour, fermai les fenêtres et les volets afin de m'enfermer entièrement. Tremblante, j'allais dans la salle de bain et allumai la lumière, mon reflet dans le miroir me fît gémir, j'avais le visage sale, les cheveux étaient emmêlaient et à peine retenus par l'élastique. Mon jogging était déchiré et tâché à plusieurs endroits, traficotant les lambeaux de tissus, je fixai mes mains ensanglantées. J'étais sûrement tombée à maintes reprises et pourtant je ne m'en souvenais absolument pas, seules les traces de mes mains abîmées prouvaient ce que je venais de vivre, mes pleures redoublèrent d'intensité.
N'ayant plus aucune force, je décidai d'aller me terrer sous ma couette quand je me souvenais que nous étions lundi et que j'avais cours dans environ trois heures. Je pouvais ne pas y aller, dire que j'étais malade mais on me poserait des questions et je n'étais pas certaine d'être capable de mentir, sans être certaine d'être capable d'avouer ce que je savais. Je retournai alors dans la salle de bain et commençai à me déshabiller, un bain allait me faire le plus grand bien. Soudainement, une douleur lancinante apparut à ma cheville gauche, je me l'étais probablement tordu en voulant sauver ma peau. Trottinant jusqu'à la baignoire, je m'asseyais et enlevai mes baskets pleines de boues ainsi que mes chaussettes complètement foutues. Elle n'avait pas trop enflée mais je me gardai bien de la reposer au sol, je terminai d'enlever mes vêtements et me couchai dans la baignoire qui se remplissait petit à petit, m'enveloppant d'une chaleur apaisante.

Installée à mon bureau, j'attendais que les élèves me rejoignent dans la salle, hésitante, angoissée. Mes mains moites tremblaient, gribouillant des formes incompréhensibles sur le calepin que je fixai avec une vivacité inquiétante. Pourquoi j'étais venue faire cours aujourd'hui ? C'était jouer avec le feu, dire à cette créature que je la défiais…et c'était totalement stupide. J'étais paniquée à l'idée de croiser son regard, pourquoi étais-je dans cette pièce vide ? Il pouvait surgir de nulle part, me tuer et sans aller en quelques secondes, personne n'en saurait jamais rien, il ne serait jamais soupçonné. Non je ne devais pas rester là, partir loin était la meilleure solution. Je me levai fébrile et tentai de rassembler les feuilles sur mon bureau quand les premiers élèves rentrèrent dans la salle en plaisantant. C'était trop tard, le peu de courage que je m'étais donné pour fuir d'ici, venait de fondre comme neige au soleil, j'étais face à mon destin…ma fin était proche.
Tout le monde était installé, discutant, rigolant, lui n'était pas là. Alors il était simplement parti ? Ils avaient réellement l'intention de me laisser vivre ma vie, espérant que je ne dévoilerai jamais leur secret ? Regardant à travers la fenêtre, je le cherchai, il était là, il m'observait, j'en étais certaine…jamais ils ne me laisseraient. Je me tournai vers mes élèves, ne voyaient-ils pas la détresse dans mes yeux ? Non ils étaient jeunes et innocents, inconscients de la réalité des choses, ils côtoyaient la mort et le danger, chaque jour sans s'en préoccuper une seule seconde.
« Bon-Bonjour…Aujourd'hui, je voudrais que vous réfléchissiez au monde qui vous entoure, la vie, la mort, l'amour, l'amitié, le danger, la liberté…toutes ces choses qui font de notre vie, une chose si précieuse…et qu'à partir de ça, vous choisissiez un poème. Vous le commenterez chez vous et si le devoir est bon, il sera le sujet principal de mon appréciation pour votre professeur. ».
« Peut-on en parler entre nous ? ».
« Bien sûr, n'hésitez pas à vous concerter, la communication est la base de tout… ». Tous se levèrent pour se regrouper à différents endroits de la salle de classe. Je n'aurai plus vraiment à parler le reste du temps et ça me rassurer, je sentais encore la boule au fond de ma gorge qui semblait sur le point de surgir. J'avais envie de pleurer, encore, rien ne me paraissait plus beau qu'aujourd'hui, je me rappelai à quel point j'avais souffert à mon adolescence, ma tentative de suicide. Je ne voulais plus affronter la vie, j'étais fatiguée, mais il m'avait sauvé et aujourd'hui, je me rendais compte que je n'étais pas aussi courageuse que je le croyais. Car quoi qu'on en dise, la lâcheté ce n'est pas de mourir, la lâcheté c'est de ne pas le faire alors qu'on le voudrait. La lâcheté c'est de vivre parce qu'on n'a pas le choix, parce que nous sommes impuissants face à la réalité, pas le courage de mettre fin à ses jours et pas le courage de remonter la pente.

Après la classe, je rentrai directement au bar finir ma journée de travail, avec de la chance, ça me ferai oublier ma matinée. J'aurai voulu éviter mes amis, j'aurai voulu éviter les gens, mais la vie continuai comme elle le pouvait, peu importait que j'allai bientôt mourir ou non, là je devais affronter toutes ces personnes qui viennent boire un verre entre amis, parler de leur soucis d'argent, de la dernière bêtise de leur enfants ou de la tâche que leur chien avait faite sur le tapis du salon. Mon dieu, imbéciles ignorants !!
Il était très tard quand je rentrai enfin chez moi, je m'y enfermai aussitôt, il y faisait noir, la lumière extérieur s'y infiltrant à peine et l'atmosphère était étrange, sans allumer la lumière, je jetai mon sac à main et ma veste sur le canapé. J'avais besoin de dormir, oublier cette monstrueuse journée, demain irait sûrement mieux, de toute façon, je n'avais pas le choix, demain devait être un meilleur jour quoi qu'il arrive.
« Bonsoir Jennifer… ».