Bonjour tout le monde !
Va bien ?
Petite fic du bac blanc qu'il faut toujours que je révise ! =D
Et on ne rigole pas '
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OOOUUUUIII ! Vous n'y croyiez plus, vous voyiez cette fanfiction s'allonger de poste en poste sans pouvoir contenir son expansion effrénée ("c'est la fameuse tactique du Salami"), et pourtant... Pour vous, mesdames, mesdemoiselles et... euh... messieurs ? elle est enfin là :
La fin.
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Alors alors :
Qu'est-que-c'est ? (toujours la même chose) une fic en quatre chapitres, enfin finis d'écrire, enfin tous postés. A part si vous voulez un épilogue et que j'ai la motiv'. On verra. D'ailleurs, à ceux à qui j'ai déjà parlé d'un prologue au lieu d'un épilogue, je me suis lamentablement plantée de mot. Oui, je suis pitoyable, je n'ai plus de Français cette année et je sens les beautés de la langue s'enfuir loin de mon cerveau, remplacées par des statistiques, des flux de capitaux et des cycles de Kondratiefs. T-T Mea Culpa.
Persos : A Gundam & Cie, comme d'hab
Autres choses que j'ai prises à droite-à gauche : Sur la partie précédente, que j'ai oublié de préciser, une phrase récurrente de la série How I met your mother qui est "Have you met T. ?" et un petit bout du Roi Lion. Ici, encore un petit bout du Roi Lion, de La Belle au Bois qui dort, et de Back to the future (Non, Laurette la Vachette, pas de "Lnche ça !" =D ). Ah oui, et un bout de C'est la vie de Patrick Bruel.
Breffons.
Rating : Clairement T (allusions à peine suggestives (à peine) )
Résumé : Le blues de la chemise bleue. Il y a une chemise au fond de l'armoire de Duo, mais -arf- elle est bleue. Et elle ne vient pas de n'importe qui (chapitre 1). Tant pis, on la porte. Et on analyse nos sentiments. Fin non, c'est les autres qui analysent pour nous, et ça nous fait pas plaisir (chapitre 2). Et on se parle pour tout démêler, parce que bien sûr ça part en cacahuète, ça serait pas intéressant sinon. Puis on s'en prend quand même tout plein à la figure. (Chapitre 3) On rââââme ! Mais c'est marrant. Enfin pas pour ceux qui le vivent, mais pour nous, si ! ^^ (Chapitre 4 part 1) Et puis, heureusement, y'a un imprévu qu'arrange tout. Imprévu extérieur ou intérieur. (Chapitre 4 part 2 qui est aussi la fin)
Parce que : Si je finissais pas avant le bac blanc, je finissais pas tout court. Et pour découvrir que ''crevard'' peut être adapté à plusieurs situations différentes !
Merci : Aux gentilles qui m'ont reviewée sur les chapitres précédents !
PS personnel : Babel, j'espère que je t'ai bien répondu à toi. Sinon, ben... Tant pis hein, c'est tout ^^ Résumé de mon message de moi à toi au cas où :merci pour ta review, merci pour ton avis, j'ai fait spécialement attention au passage Heero/Duo pour pas te frustrer (en très très très gros ce que j'ai écrit dans mon message, mais je peux pas tout te renvoyer, c'était énorme...)
PS personnel 2 : Ben non en fait, Mithy, y'aura pas de ''retour de flamme'', ça s'est pas fait comme ça, mes doigts z'ont pas voulu le placer. Encore merci pour ta cace-Dédi (Gros) =) Biz biz !
Pour : Laurette la vachette, Candy l'orny, enfin qui qu'elle soit, elle connait ses noms, elle se reconnaîtra =)
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Chapitre 1 : Blue
Chapitre 2 : Blues
Chapitre 3 : Shirt
Chapitre 4 : No shirt any more (part one)
Chapitre 4 : No shirt any more (part two,qui pourrait
aussi s'appeler Easy as a kiss we'll find an answer)
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Bon lecturage !
Chapitre 4, partie 2 : No shirt any more
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Quatre et Trowa, vous en étiez là :
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Quatre n'avait rien vu venir. Il s'attendait à un plan foireux quand il avait vu les grands signes de Réléna, puis que Trowa était avec elle.
Mais là, ça dépasse tout ce qu'il imaginait. Et en plus, elle l'a pris complètement par surprise, la fourbe. Sa petite déclaration, marrante, attendrissante et normalement étonnante pour qui n'avait espionné ses conversations lui avait complètement fait baisser la garde.
Très forte, reconnaît Quatre. Excellente stratège. Pas étonnant qu'elle soit une figure montante de la faune politique régionale, femme comme elle est qui ne lâche rien et qui compte bien monter le plus haut possible. Tout en restant relativement intègre, bien entendu.
C'est qu'elle a de l'ambition la demoiselle. Et la tactique, la fourberie et le « je cache la vérité pour que tu voies ce que je veux que tu voies sans que tu puisses m'accuser en disant que je t'ai menti » tout comme le charisme (quand elle est sobre pour de vrai tout du moins) nécessaire pour atteindre son but.
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Enfin bref. Toujours est-il que, là, il est coincé, le blond.
Il s'est fait avoir en beauté. Comme un bleu. Bleu turquoise très exactement.
Et ce qu'il voit dans les yeux verts qui le regardent en silence, c'est que son vis-à-vis pense exactement la même chose pour lui-même.
L'un comme l'autre sentent que la suite de la soirée risque d'être silencieuse et longue.
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« Bon, eh bien... Voilà voilà. Hum. »
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Très, très looongue.
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Occuper ses mains, pour ne pas perdre contenance.
Quatre prend un verre, peu importe ce qu'il y a dedans, pour ne pas avoir les mimines vides, pour ne pas laisser ses bras ballants le long de son corps, dans une posture qui indiquerait clairement qu'il est mal-à-l'aise.
C'est plus simple d'être mal-à-l'aise avec un verre d'alcool entre les doigts. Ca fait plus détendu. Et que personne ne vienne lui dire le contraire.
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Ca fait très exactement trois minutes et vingt-six secondes que Réléna-la-Fourbe a embarqué Sally et Wu Fei à l'intérieur, et ni Quatre ni Trowa n'a décroché une parole digne d'intérêt depuis. Euh... même pas une parole tout court, en fait.
Pitoyable, songent-ils chacun d'eux-même, en eux-même.
Vous me direz qu'ils peuvent bouger.
Vous me direz qu'ils peuvent éventuellement aller rejoindre les autres pour soutenir et rire de et avec Réléna, qui doit être joliment gaie à cette heure-ci.
Vous me direz que, pour l'un, il est possible d'aller consulter ses mails.
Que, pour l'autre, rien ne l'empêche d'aller quelques minutes dans sa chambre, ou même simplement se coucher parce qu'il est un peu fatigué de sa semaine et qu'il est 23h30, ce qui n'est pas tard en soi, mais pas tôt non plus.
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Ils vous répondront, l'un comme l'autre, qu'il est de ces moments où tu sens que, s'il doit se passer quelque chose, c'est maintenant que ça doit se faire.
Comme un point de non-retour, que si tu le dépasses, si tu le casses en allant ailleurs, ce n'est plus possible d'y revenir.
Ils le savent tous les deux.
Ils le sentent tous les deux.
Et pourtant, aucun des deux ne dit quoi que ce soit. Ils ne se regardent même pas.
Ils n'y arrivent pas.
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Pour Quatre, c'est à Trowa d'engager la conversation. Duo a dit au roux ce qu'il doit faire, il n'a aucune raison de ne pas entamer la discussion dans le sens qu'elle doit prendre.
Pour Trowa, c'est difficile d'engager cette discussion. Comment avoir l'air naturel en balançant un « Et au fait, comment ça va avec ton père ? » sans que rien dans la conversation précédente (inexistante, plutôt, dans ce cas-là) ne te pousse logiquement à penser ça ? Surtout lui qui ne parle jamais de ce sujet là avec lui. Ca serrait un peu comme demander à sa mère si elle sait où il peut acheter des préservatifs à la fraise. Impensable. Parce qu'il le sait, déjà, et puis surtout parce qu'il n'a jamais rien qu'effleuré le sujet avec sa mère.
Et ben là, c'est pareil.
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Enfin bref, résultat :
Point mort. Again.
Réléna est bien gentille, là, mais au lieu de les planter au milieu d'un no man's land except them doublé d'une no conversation area carabinée, elle aurait pu les aider à parler de quelque chose ensemble, quelque chose qui aurait pu éventuellement dévier vers la famille. Qu'ils auraient pu amener à dévier vers ça.
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Mais non. Sans doute la jeune femme avait-elle estimé avoir fait son boulot, et qu'ils devaient se débrouiller seuls, maintenant.
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Et elle n'a pas tort, songe Quatre, parce que s'ils sont là, présentement, incapables de trouver comment se parler alors qu'ils savent de quoi ils doivent se parler, ça prévoit une vie de couple pas très évidente.
Plus exactement, à ce train-là, pas de vie de couple du tout.
Juste un grand silence qui ne les fera jamais dépasser le stade d'amis.
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D'amis qui sont passés à côté de quelque chose. D'amis qui savent qu'ils ne devraient pas être qu'amis, mais qui sont l'un comme l'autre infoutus de parler.
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Cinq minutes et dix-sept secondes. C'est moche, comme nombre, tiens.
Quatre en est à invoquer l'intervention d'un Dieu (un supérieur à lui, bien sûr, ce qui n'est pas le cas de tous) pour qu'il se passe quelque chose. Il ferait la danse de la pluie pour qu'il arrive un événement qui brise le silence plus lourd que ses trente sœurs réunies. Pour qu'il se passe un truc, n'importe quoi.
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N'importe quoi ?
T'es sûr ?
Niark niark niark, songe quelqu'un, là haut. Enfin certainement, vu ce qui se passe après.
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En effet, ça tient en trois gros bruits presque instantanés :
SHPAF ! PIOOooouu...
« AIE, putain, c'est quoi ça ?
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Ne pas rire.
NE pas rire.
Ne PAS rire.
Ne pas RIRE.
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Bof, et puis après tout, pour quoi ne pas rire ?
Bon, rire un tout petit peu, tout en allant voir si l'autre n'a rien de cassé.
Il en est tombé, quand même.
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-Ca va Quatre ?
-Te marre pas, chacal. C'était quoi ?
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Trowa continue de glousser sans se contrôler, en regardant un Quatre avec une main sur une joue endolorie qui se relève, puis le regarde dans les yeux pour lui faire comprendre que c'est la situation qui le fait rire, et pas qu'il se moque de lui.
Avant que les yeux verts ne se posent sur une petite chose informe par terre.
Une petite boule avec des plumes. Qui ne bouge pas.
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Trowa, bien que fauve, la ramasse gentiment.
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-C'est bon, tu l'as pas tué. Il respire.
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Les grands yeux turquoises de Quatre sont outrés.
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-Je l'aurais tué ? Attends, c'est lui qui m'a esquinté la joue ! Je suis sûr que je suis défiguré, maintenant ! Et puis qu'est-ce qu'un piaf fout sur ma terrasse à minuit ? Ca dort pas ces machins-là ?
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Non, décidément, un Quatre indigné, c'est trop drôle.
Et la situation est tellement absurde, Trowa avec un petit piou-piou assommé dans les doigts, le blond avec son air de jeune demoiselle offusquée, la terrasse, minuit, le roux mort de rire alors que juste avant, ce qui était mort c'était l'ambiance...
Quatre ne peut pas résister au regard pétillant que le fauve lui envoie, et sourit aussi en pensant à ce que doit donner la scène vue de l'extérieur.
Trowa a un sourire des yeux communicatif.
Il reporte son attention sur les plumes.
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-Pauvre petit moineau. Tu l'as bien assommé dis-donc.
-C'est pas grave, t'es médecin, tu pourras le réparer.
-Je suis généraliste, Quatre. Je répare pas les gens et encore moins les oiseaux qui veulent se suicider en se jetant sur le premier fils de milliardaire venu. Si j'étais psychiatre, je dirais pas mais...
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Eclat de rire des yeux turquoises qui se ferment un instant pour apprécier la bonne blague.
Et qui ajoutent, quand même, pour préciser.
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-Mmh... Tu peux simplement parler du jeune-millionnaire-par-ses-propres-moyens au lieu de parler de son père.
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Ah.
Volontaire ou pas, ce subtil changement d'angle de la conversation ?
Une invitation pour Trowa à engager sur le sujet, ou une simple précision ?
Peu importe, Trowa la saisit. Il est pas trop pour le ''un pas en avant, trois pas en arrière''.
Il a un prétexte pour parler de père Winner, il ne va pas s'en priver.
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Mais il va tenter la subtilité, un petit peu. Histoire de dire.
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-Tu disais qu'on est sur ta terrasse, là ? Je croyais qu'on était dans une maison Winner ? Winner père, je veux dire.
-Voyons Trowa. On est tous des Winner dans la famille.
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Sourire de requin, qui ferait peur à ses concurrents en affaires, aussi débile que soit le jeu de mot. Qui en plus est plus de l'opportunisme réchauffé et reréchauffé qu'un vrai jeu de mot.
Mais Trowa n'est pas un concurrent.
Et il ne peut que remarquer que sa question a été détournée. Légèrement, hein.
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-Rolala. C'est bas, Quatre Winner. J'imagine même pas le nombre de personnes qui t'ont fait des blagues vaseuses sur ton nom, et tu t'y mets aussi.
-Je fais ce que je peux. Il est minuit, et moi aussi j'ai ma semaine dans les pattes.
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Prise de conscience commune, que Trowa traduit à voix haute.
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-Waouh. On se met à parler comme des vieux. On se fatigue pour rien, on récupère plus aussi bien, on supporte plus un repas sans pain ou sans eau, on se met à préférer le vin rouge à la vodka...
-Eh, oh ! J'en suis pas à ce point là, moi quand même ! Parle pour toi s'teu plait !
-C'est qui qui vient de se plaindre de sa fatigue, dis-moi ?
-...L'oiseau ? C'est lui qu'est en train de pioncer.
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Leur paire d'yeux respective converge vers la petite chose qui respire toujours doucement dans la main de Trowa.
Quatre hésite.
Puis avance doucement un doigt et caresse timidement le petit duvet tout doux du ventre.
Il adore la sensation sur sa peau. Il n'a jamais eu l'occasion avant de toucher un petit oiseau encore vivant.
C'est tout chaud, tout doux, tout tendre.
Tout fragile.
Ca respire sous ses doigts, il peut même sentir les battements du cœur.
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Et Trowa intercepte le regard émerveillé d'un des jeunes héritiers de la plus grosse fortune du monde, alors qu'il regarde la petite bête et la caresse, celle-là même qui lui a fait une entaille sur la joue.
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-Tu saignes, Quatre.
-Quoi ? Oh.
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Quatre voudrait ramener ses doigts sur la coupure par automatisme, mais il se rend compte au même moment qu'ils sont prisonniers.
L'oiseau dans sa main gauche, Trowa a profité de l'absence émerveillée de Quatre pour couvrir et caresser le dos de la main du blond avec sa main droite. Enfin, plus exactement, c'est la main de Trowa qui a pris cette décision pour lui.
Parce que si le psychique n'arrive pas à se décider à déclarer sa flamme ou à poser les questions qu'il faut, le corps, lui, en a marre d'attendre le contact.
Trowa retient donc captifs à la fois le petit oiseau et la main droite de Quatre entre les deux siennes, sans avoir pris en toute conscience cette décision.
D'un autre côté, le but n'étant pas d'écrasé le volatil, Trowa n'a que la paume posée sur les doigts de Quatre, il ne le retient pas du tout de force. Il recouvre simplement la main du blond.
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-Tu m'as eu.
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Simple constat de l'homme aux yeux turquoises.
Ni heureux, ni triste, ni énervé, ni surpris, ni... rien.
Quatre n'essaie pas d'enlever sa main, mais il ne montre pas non plus qu'il se trouve bien, comme ça.
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-Oui. Non. Je sais pas : à toi de me le dire... Et puis c'est de ta faute.
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Haussement de sourcil turquoise. La phrase ne veut pas dire grand chose, et en même temps, le seul sens qu'on peut lui donner déplaît un peu à Quatre.
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-Qu'est-ce qui est ma faute ? C'est toi qui m'a pris la main par surprise.
-Oui mais c'est toi qui m'a surpris en premier en regardant la boule de plume comme si c'était la plus belle chose que t'avais jamais vu.
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Il n'y a pas vraiment de joie, pas vraiment d'excitation. Pas du tout, en fait.
Et tous les deux savent pourquoi.
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Ça ne s'est pas passé comme prévu.
Le problème, c'est que, comme prévu, ça voulait dire en discutant.
Parce qu'ils ont des choses à se dire. Des choses dont ils doivent discuter.
Que ce n'est pas possible qu'ils se mettent ensemble s'ils n'en parlent pas.
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Tous les deux en sont conscients.
Ils sont conscients aussi qu'ils sont ensemble, là, maintenant. Physiquement présents sur la même terrasse, mais également sentimentalement, que cette main que Trowa n'a pas lâchée est la preuve qu'ils sont officiellement plus qu'amis.
Et que vu les circonstances – leur conversation avortée, leurs non-dits qu'ils doivent dire – ces premiers instants durant lesquels tout doit paraître parfait, parce que c'est le début, parce que c'est le bonheur, parce que c'est ça être un couple, ces premiers instants d'intense bonheur sont eux aussi avortés.
Et c'est triste.
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Trowa tente de justifier le gâchis.
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-Tu m'as séduit avec tes yeux. C'était pas volontaire, mais tu m'as séduit. Et puis y'avait ta main. Et le piaf qu'est arrivé, pile au moment là, et toi qui le regardais comme la huitième merveille du monde... Je sais pas, je crois pas au destin, mais des fois y'a des signes et tu réfléchis pas avant de les interpréter... ?
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D'abord, Quatre le regarde comme s'il ne comprenait pas tout ce qu'il venait de dire. Ou comme s'il ne comprenait pas que son vis-à-vis puisse dire quelque chose comme ça.
Son ''vis-à-vis'', parce que Trowa n'a plus de statut aux yeux de Quatre là, maintenant : il est en équilibre sur la ligne qui sépare la case ami et la case amant dans l'échiquier de son cerveau. L'échiquier rationnel. Parce que l'échiquier sentimental, qui est plus un plateau télé à compartiments où les choses se mélangent plus facilement et peuvent plus ou moins se répandre dans plusieurs compartiments à la fois, le plateau télé sentimental donc a déjà placé Trowa dans la place amoureux depuis longtemps, même s'il était aussi encore dans la place ami. Juste avant.
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Puis, après l'incompréhension du message au premier degré, vient l'interprétation de ce que ça peut vraiment vouloir dire.
La capacité de séduire un grand chat avec un regard d'émerveillement adressé à un oiseau, ça doit être réservé à ceux qui sont déjà profondément incrustés dans le cœur dudit grand chat.
C'est pas pour n'importe qui, quoi.
Faut être un winner. Un Winner.
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Et puis, ok, ils n'ont pas parlé. Enfin pas encore, parce qu'elle viendra, cette conversation, ils ne peuvent pas y couper, et peut-être même que maintenant que leur relation à eux deux est un peu plus claire, ils pourront avoir plus de facilités à parler de la relation de Quatre avec son père.
Alors, ok, ils n'ont pas parlé avant, alors que c'était censé être la solution miracle, mais après tout, c'était toujours Trowa qui s'était retenu de sortir avec le blond avant, alors si l'initiative vient de lui, pourquoi la refuser ?
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Et puis, en plus, la fatalité, le destin, tout ça, c'est pas trop le truc de Quatre.
Même si Trowa interprète ça comme ça, pour Quatre c'est plus le contraire :
La solution que Duo comme Trowa comme lui-même pensait unique pour se sortir de leur relation mi-amis-mi-plus-mais-y'a-des-obstacles-bien-sûr, et rentrer dans une vraie relation qui leur conviendrait à tous les deux, eh bien cette solution miracle, c'était pas la seule qui existait.
C'était la plus simple, la plus à leur portée, la seule qu'ils voyaient possible, et pourtant ils ne sont pas passés par celle-là pour se mettre – enfin – ensemble. Parce qu'il faut pas se leurrer : ils sont ensemble.
Et Quatre est fier d'avoir fait la nique au destin.
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Son destin qui le destinait à être soit le digne successeur de son père, soit un jeune rebelle irresponsable et irrespectueux.
Et bien, paf, dans les dents, il n'est ni l'un ni l'autre.
Il s'est assagi, s'est ouvert au monde des adultes d'une part.
Mais, d'un autre côté il est loin de se considérer comme le successeur de son père.
Non mais oh ! Il n'est pas assis sur le siège en cuir de Papa Winner en train de sourire en pensant à l'argent que Papa Winner a gagné et que lui-même n'aurait fait qu'hériter, dans le bureau du siège de la firme multinationale de Papa Winner.
Non, Quatre ne bosse même pas dans une filiale de son père, c'est dire à quel point il se détache de lui, même si ce n'est que symbolique.
Alors, Quatre est heureux de dire ''Et vlan, ramasse tes dents !'' à la fatalité.
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Sur tous les plans.
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Alors Quatre sourit à Trowa, tout simplement.
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-Non. C'est pas ma faute. C'est celle de l'oiseau.
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Il a bon dos, le petit oiseau assommé, ce soir. Tout il est de sa faute.
Gentil petit oiseau, certainement envoyé par un dieu pile au bon moment, même s'il a failli éborgner Quatre. Et même s'il a failli en mourir (l'oiseau hein, pas Quatre).
Tiens, d'ailleurs, ça bouge entre la main de Quatre et celle de Trowa qui soutient la petite bestiole.
Heureusement qu'ils n'ont pas resserré l'étreinte de leurs doigts, et heureusement que le piaf se manifeste maintenant parce que c'est ce que Quatre allait faire.
Pour faire comprendre à Trowa que ça lui va, cette situation, qu'il est content que les choses soient telles qu'elles sont.
Mais ils sont contraints de rompre le contact pour regarder la boule de plume piou-piouter en se mettant debout sur ses petites pattes de piaf, sauter en criant-chantant tout fort et battre désespérément des ailes pour s'éloigner de ses kidnappeurs.
Trowa et Quatre le regardent faire une chute-libre de cinquante centimètres avant de réussir à rétablir son vol, faire deux trois virages un peu improvisés, pour reprendre un vol normal en disparaissant dans la nuit.
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-Si tu veux mon avis, celui-là, tu le reverras plus dans les coins. T'es tranquille au moins pour un oiseau.
-Génial. Je devrais inviter plus souvent des félins chez moi pour faire peur aux volatiles qui envahissent ma tranquillité.
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Ce disant, le blond se glisse contre le ventre de Trowa, dos à lui, et s'appuie un peu contre lui.
Contact. Chaleur.
Trowa le fait se retourner délicatement face à lui, prend son menton dans sa main et amène ses lèvres aux siennes.
Avant de les embrasser, il chuchote contre elles :
-Non. Pas des félins. Un seul. T'as pas besoin d'autres félins. Je t'accorde un glaçon, une fouine, un dragon et sa phœnix, à la rigueur celui qui donne des leçons et qu'a un peu trop raison à mon goût, peut-être deux ou trois autres, mais pas d'autres félins.
-D'accord, Tigrou, d'accord. Mais va falloir venir souvent alors, parce que sinon les oiseaux ils vont revenir.
-Aussi souvent que tu voudras.
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Quatre goûte les lèvres de Trowa. Ca sent la sangria, les petits-fours.
Ca sent le ''enfin'', le ''ça y est''.
Ca sent le ''reste là'' et le ''t'inquiète pas, je compte pas partir''.
Quatre aime bien le goût des lèvres de Trowa, alors il se ressert.
Testé et approuvé, élu saveur de l'année 2011.
Mais Quatre ne veut pas tout essayer tout de suite, il veut en garder un petit peu pour plus tard.
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-Mmh... Non Trowa, ôte tes main de sous ma chemise, s'il te plait, c'est pas le moment.
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Murmure sensuel d'un chacal qui sait ce qu'il veut contre l'oreille de Quatre, tout en continuant de lui caresser les reins :
-Moi je pense que c'est justement le moment : Heero est allé se faire régler son compte par Duo en croyant très naïvement qu'il va réussir à s'en sortir indemne, Réléna a décidé d'arrêter de jouer à la dame-marieuse et s'est lâchée sur les fruits traitres de la sangria et sur le champ', le parfait petit couple est allé la baby-sitter pour se préparer à son futur statut de parents... Je te propose même de prendre une de ces bouteilles de champagne dans leur seau de glace, et qu'on aille le boire tous les deux dans ma chambre... de le téter à même le goulot.
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Tentant, force est de le reconnaître.
Mais Quatre est loin d'être un bleu, en dehors de ses beaux yeux.
Il prend les mains de Trowa et les sort de sa chaleur corporelle, puis l'assassine de ses paroles avec une voix innocente.
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-Mh... Non. J'ai mes invités, je m'en occupe. Je pense qu'on doit aller remercier Léna, au moins en l'aidant à atteindre sa chambre si elle est plus bonne qu'à ça, ce dont je doute quand même. Et puis on va pas laisser Sally et Wu Fei la gérer tous seuls, ce serait pas sympa. Et, pour finir... Je crois que tu as reproché à un moment à Duo d'avoir couché avec Réléna dans l'après-m' alors qu'on était à une journée retrouvailles, sachant qu'ils avaient la nuit, quand tout le monde serait couché, pour le faire. On ne va pas faire ça nous-même, quand même. Ce serait mesquin. Irrespectueux.
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Il est fort, songe Trowa.
Petite leçon mérité, ajoute-t-il en lui-même.
Soit, il comprend que Duo reste le meilleur ami de Quatre, donc que ce dernier lui fasse ''payer'' ce qu'il lui a dit. D'accord.
Mais il est déçu. Il va devoir attendre son dessert. Si c'est pas triste. Déjà qu'il est passé à côté d'un boulotage de petit oiseau, le grand chat, il va en plus devoir patienter avant de pouvoir passer au menu Quatre.
Bon, c'est un mal pour un bien. Il a déjà attendu plusieurs années, il peut encore ne pas manger le blond tout de suite.
Il fait quand même un peu semblant de bouder. Pour dire.
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-Bon, d'accord.
-Bien. On rejoint les autres ? Réléna parlait de la cuisine, tout à l'heure, non ? »
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Quatre prend la main de son fauve à la puérile et boudeuse expression de ''j'ai pas eu ma glace ! Je veux ma glace !'' et l'entraîne à l'intérieur à la recherche de ses invités.
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Heero et Duo, vous en étiez là :
« Tu... Tu veux du champagne ?
Est-ce que Duo veut du champagne ? Ca non plus, il ne le sait pas.
Ce ne serait pas raisonnable. Il devrait attendre un peu.
Oui. C'est ce qu'il va faire.
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Et puis il ne faut pas que Heero croie que c'est si simple que ça. Faut pas qu'il rêve, le jeune.
Si Duo accepte son verre maintenant, Heero y verra certainement un encouragement. Or, Duo refuse de l'aider. Il l'a déjà fait involontairement avec un sourire qui l'a fourbement pris par surprise, alors il ne va pas continuer.
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Il secoue donc lentement la tête, sans lâcher Heero de ses yeux redevenus noirs.
Et le Nipo-suèdois se prend une douche froide.
Ah bah non en fait, se dit-il. C'est pas gagné.
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Depuis une trentaine de secondes, un silence... silencieux. Lourd. Pesant, pour être précis.
Qui devient rapidement insoutenable. Alors pour casser la tension, Duo craque et parle en premier.
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-T'as quelque chose à me demander ou tu viens juste décorer encore un peu plus ma chambre à l'étalage de luxe suffisamment insupportable pour pas que tu sois là en plus ?
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Il parle, pas forcément gentiment.
Heero se demande s'il doit se sentir flatté que Duo l'ai associé au luxe environnant ou s'il doit juste retenir la partie « suffisamment insupportable pour pas que tu sois là en plus » de la phrase.
Que répondre ?
Il ne sait pas trop comment amener la conversation là où il voudrait la voir, et le ton hostile ne l'oriente pas beaucoup.
Alors il essaie de trouver une excuse autre que la vérité à sa présence ici.
Courage, fuyons.
Parce que des fois, plutôt que d'essuyer un refus, on préfère ne pas essayer.
Oui, il est dangereusement en train de se dégonfler.
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-Tu... euh... T'as du... dentifrice, par hasard ?
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T'as du dentifrice par hasard ? T'as du dentifrice, par hasard ?
C'est vraiment lui qui vient de parler ?
Comme c'est glamour, comme c'est sexy de parler de dentifrice. Et par hasard, qui plus est. ''T'as une couverture en plus, parce que j'ai froid ?'', ça aurait pu être un peu plus mignon, ça fait penser à un homme frileux avec rien et surtout personne pour lui tenir chaud. Ca aurait pu donner à Duo l'envie de le réchauffer, ou au moins un peu de compassion.
''T'as du gel douche ?'' ou mieux, ''t'as une serviette propre ?'', ça aurait pu faire imaginer à Duo qu'il compte prendre une douche, qu'il va être nu tout ce temps (sans blague ?) et éventuellement lui donner envie, même s'il ne l'aurait certainement pas dit ni fait, de venir avec lui.
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Mais non. La spontanéité/lâcheté de Heero l'a puni en choisissant de donner à Duo l'image follement sympathique et attrayante de l'homme avec de la mousse blanche à la commissure des lèvres et un bâton en plastique jaune, vert ou orange qui en sort, à l'haleine de dentifrice qu'est bien agréable à sentir par rapport à d'autres odeurs, mais que la dernière chose que t'as envie de faire sur le moment, c'est l'embrasser, parce que y'a un petit mélange dentifrice-salive qu'il va bientôt cracher quand il aura fini de se grattouiller l'émail avec les poils en plastique dans sa bouche.
Sexy, quoi.
Heero essaie de ne pas avoir l'air trop décomposé quand il prend conscience de ce qu'il vient de demander à un homme qu'il voudrait éventuellement faire sien.
Plus qu'éventuellement, soit.
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Et il y arrive bien : Duo, sur le lit, se retient, lui, de fermer les yeux de déception.
Il est content, d'un côté, parce que comme il l'avait prévu, il n'a pas reconsidéré ses sentiments avant d'être sûr de ceux de Heero. En d'autres termes, il est déçu, mais ça lui évite d'avoir mal comme il aurait pu l'avoir s'il s'était découvert amoureux d'un Heero nouveau.
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Oui, mais voilà. Il y a quand même eu des faux espoirs, aujourd'hui. Jusque même il y a quelques secondes, jusqu'à ce que Heero lâche sa bombe au dentifrice mentholé.
Quand on te récapèpète toute la journée que ce qui fut un long crush dont tu t'es enfin débarrassé est enfin intéressé par toi, tu as beau soutenir aux autres que c'est trop tard, ça fait toujours un petit quelque chose qui ressemble à un pincement au cœur de te rendre compte qu'en fait il n'y a rien. Rien que du dentifrice.
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Du dentifrice, quoi. Duo songe très rapidement à la fausse excuse du « je ne sais pas comment aborder la question avec toi alors je te sors n'importe quoi », mais il la met immédiatement de côté : quand tu es intéressé par quelqu'un, tu lui demandes pas du dentifrice, sérieusement... C'est une question de bon sens, sauf si ton but est de le repousser par l'image que ça peut lui inspirer. Même si Heero, dentifrice ou non, ça lui plaît à Duo, au moins physiquement. Hey ! C'est pas parce qu'il ne l'aime plus qu'il a les yeux bouchés, hein !
Mais le dentifrice c'est... c'est anti-sexy.
Et puis, de toute façon, la tête du Japonais est parfaitement neutre, avec juste le petit regard de celui qui attend sa réponse en sachant déjà que, oui il a du dentifrice, non ça ne le dérange pas de lui en passer, c'est pas comme s'il lui demandait de la bouffe ou quelque chose qu'il ne sait pas partager, crevard qu'il est. Avec sa face de mec qui ne veut que du dentrifice, Duo voit bien (ou du moins pense bien voir) que Heero n'attend pas plus que la pâte à dent.
Bon, soit.
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Il ne peut pas le lui reprocher.
Il voudrait lui crier que, non, il ne veut pas lui donner de dentifrice, ni quoi que ce soit d'autre. Il voudrait lui hurler qu'on ne vient pas voir quelqu'un dans cette situation, avec du champagne à la main, après la journée qu'il vient de passer, juste pour demander du dentifrice.
Mais il est aussi conscient que ce n'est pas Heero qui lui a monté le bourrichon toute la journée.
Il y a certes eu la froideur dans le regard bleu-gris à un moment de la soirée, mais Duo songe aussi que c'est juste lui qu'est un peu paranoïaque. Que les autres l'ont rendu comme ça à lui parler de Heero toute la journée, que du coup il a pris le coup de froid de Heero pour lui, alors que c'était peut-être juste une mauvaise nouvelle qui venait de tomber et que le regard de tueur du Japonais à ce moment-là ne lui était pas forcément destiné.
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Duo aimerait ne pas être en train de se poser toutes ces questions.
Duo aimerait bien être détaché de tout ça, ne pas ressentir une petite boule désagréable dans sa gorge en songeant qu'en fait Heero ne vient que déclarer sa flamme à son dentifrice.
Duo aimerait bien tout ça, mais il ne peut que reconnaître que ça lui fait mal.
Et que ce qui lui fait le plus mal, c'est qu'il se croyait débarrassé de cette sensation difficile de ne pas être calculé par le mec qui lui plaît.
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Et il l'était, débarrassé de ça, jusqu'à ce que le Jap' force l'entrée de sa chambre.
Sérieux, pourquoi c'est à lui qu'il est venu demander du dentifrice ? Qu'est-ce que Duo a fait à qui que ce soit pour que ça tombe sur lui ?
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On inspire, on expire, finalement, on se permet de fermer un peu les yeux de dépit, discrètement.
Au pire si l'autre le voit, ça peut lui faire croire qu'on est fatigué, qu'on voudrait se reposer, être seul.
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Duo redresse sa serviette sur ses cheveux, parce qu'elle menace de tomber, puis se lève pour aller chercher ledit dentifrice.
Il essaie de reconstruire sa petite forteresse qu'il avait érigée autours de ses sentiments jusqu'à il y a peu, pendant toute cette période où il essayait de paraître indifférent à Heero.
Cette forteresse qui a eu le temps de se déconstruire toute la journée, puisque devenue inutile. Enfin il croyait.
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-Oh ! S'cuse.
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Duo est dans la salle de bain. Il a pris le tube convoité par l'autre abruti – en le serrant plus que nécessaire dans sa main, mais il n'y a personne pour le voir – s'est retourné et s'est pris de plein fouet un Heero qui l'avait suivi sans qu'il le calcule.
La serviette en est tombée sous le choc et les longs cheveux encore humides se répandent sur le torse du châtain. Un léger tressaillement, parce que c'est froid et désagréable sur la peau de son ventre que sa chemise ouverte ne recouvre pas.
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-Putain, ça va encore être la misère...
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Duo aime ses cheveux, on vous l'a déjà dit. C'est même ce qu'il préfère chez lui, avec depuis peu ses yeux.
Mais c'est toujours galère de les laver et de les récupérer pas trop en bordel après.
Et encore plus quand la serviette a la bonne idée de partir en cacahuète.
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Encore quelque chose qui serait pas arrivé sans Heero.
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Heero, de son côté, n'arrive pas à détacher son regard des abdos couleurs miel titillés par les mèches à moitié sèches. Ces abdos bien trop près de lui. Si l'espace personnel n'est pas entièrement envahi, l'espace vital, lui, est bien entamé.
Pourquoi il l'a suivi dans la salle de bain ? Par réflexe. Parce qu'il s'est rendu compte que, si Duo lui donnait le dentifrice tout de suite, il n'aurait plus de raison de rester dans sa chambre. Et que le suivre lui permettrait de le voir encore un petit peu.
Heero se sent bête.
Il n'aime pas se sentir attaché à quelqu'un, au point de vouloir le voir, juste le voir, avec ses yeux.
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Il se rend compte que sa petite discussion avec Réléna l'a marqué un peu plus que ce qu'il pensait.
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''Il ne t'est peut-être pas indispensable. Tout comme tu ne lui es pas.''
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Heero ne veut pas ne pas être indispensable à Duo, surtout que, d'après Réléna, il a été très important pour lui pendant bien longtemps et qu'il ne l'avait même pas remarqué.
Heero veut être de nouveau important pour Duo.
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Duo est toujours en train de râler pour ses cheveux, il s'éloigne un peu de Heero, il n'a pas remarqué le regard insistant du Japonais sur sa peau nue.
Il se baisse pour ramasser la serviette blanche tombée derrière lui, offrant inconsciemment une vue superbe à Heero sur son popotin moulé ce qu'il faut par le jean noir.
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Détourner les yeux. Ne pas déglutir.
Missions impossibles.
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Heero commence à se poser des questions.
Et si c'était peine perdu de tenter de (re ?)conquérir Duo ?
C'est vrai : il vient dans sa chambre, demande du dentifrice, et tout ce que fait Duo, c'est lui en passer.
Bon, en même temps, quoi que veuille Duo, il n'allait pas le mettre dehors sans lui en donner. Mais... ça n'aide pas à se décider. C'est pas clair.
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Les cheveux de Duo sont enfin de nouveau ordonnés sous la serviette.
Le tube est tendu vers Heero, dans sa main droite. Heero voit le regard qui a l'air de lui en vouloir.
Ce n'est pas la même hostilité que tout à l'heure. Tout à l'heure, Duo semblait lui faire la gueule. Là, il semble s'en vouloir de lui en vouloir.
Lui en vouloir de quoi ?
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Heero prendrait le dentifrice, s'il le pouvait.
Oui, mais voilà, les flûtes de champagne ne se sont pas volatilisées. Elles ont eu la chance de ne pas se renverser dans le petit choc des deux corps.
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Duo en prend une, fout fort peu galamment la requête de Heero dans sa main nouvellement libre.
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Heero n'est plus du tout dans l'espace vital de Duo. Le ramassage de serviette a changé leur position dans la salle de bain aussi grande que peut l'être une salle de bain de chambre d'ami dans une des maisons secondaires des Winner, ce qui signifie plus grande que la taille moyenne de la salle de bain du Français moyen.
Y'a de l'espace, quoi.
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Heero est un opportuniste qui ne peut que voir qu'ils ont tous les deux une coupe de champ' à la main.
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-Tchin ?
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Quitte à ne pas avoir de Duo, autant profiter du champagne.
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Coté Duo, la réflexion est à peu près la même.
Quitte à ce que Heero ne veuille de lui qu'un tube de dentifrice, autant profiter d'avoir un verre d'alcool, accessoirement du Champagne, dans la main.
Alors oui : tchin.
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Les yeux bleu-gris pas sûrs d'eux dans ceux bleu-mauve qui sourient mélancoliquement.
Il règne une joie assez singulière dans cette pièce. Oui, c'est ironique.
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Puis les lèvres fines du Japonais sur le verre en cristal.
Duo devrait regarder autre chose. Mais c'est aussi ce que regarde chez lui son vis-à-vis, alors aucun des deux ne remarque ce qui attire les yeux de l'autre.
C'est dommage, ça faciliterait les choses s'ils n'étaient pas aussi aveugles tous autant qu'ils sont.
Mais bon. C'est la vie. Y'a des moments où on espère plus.
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-On a oublié de trinquer.
-Boarf, pour ce que c'est utile. Mais bon, si ça te fait plaisir...
Heero réfléchit à quoi trinquer.
Un détail lui revient.
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-A tes 27 ans ?
-...Tu veux trinquer à ma vieillesse galopante ?
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Un grand sourire, quand Duo réplique.
Mais Heero jurerait avoir vu un léger trouble sur son visage. Il ne s'attendait surement pas à ce qu'il sache que c'est son anniversaire. En même temps, la dernière fois qu'ils l'ont fêté tous ensemble c'était...
Tiens, ça aussi ça rappelle quelque chose à Heero.
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-Non, je veux trinquer à tes 27 ans parce que ce sont aussi les neufs ans de cette chemise que tu portes.
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Duo est content de ne plus avoir de champ' dans la bouche, là, maintenant, parce qu'il aurait parfumé Heero au parfum Champlive, nouvelle création de Duor (fragrances d'alcool de raisin pétillant et musc de salive) si ça avait été le cas.
Il se contente donc d'avaler sa salive de travers.
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Je t'ai eu, songe Heero.
Content, Heero.
Mais il continue de savourer la réaction qu'il provoque chez l'enturbanné qui cherche encore à dégager sa trachée (mmh, quelle belle image...).
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-Bon, que tu la portes ou pas, ç'aurait toujours été ses neufs ans, j'y aurais certainement pas pensé si je l'avais pas vue sur toi aujourd'hui. Surtout que, si je m'attendais à la voir portée par quelqu'un, ce n'aurait pas été toi... Tu l'avais échangée, non, si je me souviens bien ?
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Bien sûr que tu souviens bien, fumier, pense Duo.
Pourquoi il lui parle de sa chemise maintenant ? Pourquoi il lui a parlé de son anniversaire ?
Pourquoi maintenant, alors que le renouveau d'espoir que Duo ne savait pas avoir venait juste d'être réduit en miettes ?
Il veut tuer ses nerfs ou quoi ?
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Et, du côté de Heero, alors qu'avant aujourd'hui il avait oublié rien que l'existence de cette chemise, les circonstances du jour où il l'avait donnée à Duo lui reviennent en tête. Ce qu'il lui avait dit, ce qu'il lui avait répondu.
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« ...Une chemise ?
-Elle te plait pas ?
-Euh... Elle est bleue.
-Oui, comme tes yeux ? Si tu veux je peux te passer le ticket de caisse pour que tu la changes, je l'ai gardé au cas où... Mais je me suis dis qu'elle irait bien avec tes yeux. »
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Tiens, il connaissait déjà la couleur des yeux de Duo à l'époque ? Il ne s'en souvenait même pas. Pourtant c'est vrai que cette chemise a exactement la/les mêmes couleurs que les yeux si bizarres de Duo.
Il se souvient aussi de la chemise noire que Duo avait mise quelques jours plus tard en disant que c'est contre ça qu'il avait échangé son cadeau.
Et puis à partir de ce moment là, ils se sont beaucoup moins vus : ils fêtaient l'anniversaire de Duo, mais surtout la fin du bac, du lycée...
Ils étaient partis chacun de son côté en ne se perdant pas vraiment de vue mais suffisamment pour oublier la couleur des yeux des autres quand ils ne les voyaient pas.
C'est triste, songe Heero, et ça lui fait penser à une chanson. Il commence à fredonner les quelques vers dont il se rappelle.
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-On s'est quittés c'était fin juin,
On s'est embrassés, serré la main
Un pour tous et tous pour un
Puis chacun a pris son train...
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Et Duo de continuer, avec la voix enrouée de celui qui vient de s'étouffer avec sa salive mais qui s'en est presque sorti dignement.
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-On avait tous un peu peur
On s'est juré la main sur le cœur
Qu'on s'reverrait avant dix ans
On s'est revus, et maintenant...
De temps en temps on s'invite
Le plus souvent on s'évite
On s'dit bien sûr j'm'en souviens
Mais on s'rappelle de moins en moins... Oh non, on arrête avec cette chanson, elle est trop triste.
-Elle est surtout trop vraie.
-Justement.
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Heero aime la voix rauque de Duo, à ce moment là.
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-Je me souviens pas de t'avoir vu porter cette chemise avant.
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Duo rit.
Il se dit que, de toute façon, si ses amis l'ont briefé toute la journée sur "qu'est-ce que ce serait bien d'être avec Heero, non ?", ils ont dû faire la même chose avec le Japonais. Même s'ils se sont visiblement plantés. Donc que ledit Japonais doit être au courant du fait qu'il l'a aimé si longtemps. Même s'il n'est plus censé l'aimer maintenant.
Alors il lui dit la vérité. Du moins la partie la moins gênante de la vérité.
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-Normal, eh, patate ! Officiellement je l'avais pas gardée. J'allais pas la porter. Et puis en plus, t'avais eu le bon goût de la prendre en bleue alors que ça fait plus de dix ans que j'en porte plus du tout.
-C'est un tort.
-On a tous des torts qui ne nous ont pas tués. Je vis très bien avec le fait de ne pas porter de bleu.
-Mais là tu l'as. Pourquoi tu l'as portée aujourd'hui ? Tu savais très bien qu'on allait se voir.
-Parce que j'avais plus rien d'autre que ça et ce jean pourri ce matin, je suis en retard dans mes lessives.
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Petite déception visible chez Heero. Ca fait rarement plaisir de s'entendre dire qu'on a utilisé un de vos cadeaux parce que pas le choix.
Au passage, Heero se fait la remarque que, sculpté par les fesses et les cuisses de Duo, ce jean n'a rien de pourri.
Mais de toute façon, le châtain a déjà repris.
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-J'avais plus rien dans mon armoire et puis je me suis rendu compte qu'elle m'allait pas si mal que ça. Et puis...
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Pente glissante. Duo plisse des yeux : il finit sa phrase, ou pas ?
Il ne sait pas ce que veut Heero, au final, puisque dès qu'il a l'impression qu'il l'intéresse, tout lui démontre le contraire, et vice-versa.
Hésitation.
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-Et puis... ?
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Duo aimerait bien pouvoir interpréter le regard de Heero. Ca lui faciliterait grandement les choses.
Boarf, de toute façon, maintenant qu'il en est à ce point... Il n'a qu'à continuer sur la lancée de la vérité. Au pire, Heero l'interprétera, lui, comme il veut.
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-Et puis je savais que j'allais te voir aujourd'hui. Je voulais voir ta réaction.
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Duo n'aime pas mettre ses sentiments à nu. Pas du tout. Il y a des fois où ça peut paraître agréable, quand on sait que ceux de l'autre sont en accord avec les siens.
Mais là, Duo a l'impression d'être sur une terrasse de trente centimètres de côté à 10 kilomètres au dessus du sol, avec tout plein de vent. C'est pas une pente glissante, parce qu'à la rigueur dans ces cas-là tu peux plus ou moins contrôler ta descente. Non, là il est plus dans la situation de l'équilibre plus que précaire où, si tu tombes à cause d'un coup de vent plus fort que les autres, tu t'arrêtes pas.
Qu'en bas.
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Alors il complète rapidement ce qu'il vient de dire, pour que Heero ne se sente pas obligé de répondre quoi que ce soit à ce qui ressemble fortement à une perche.
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-Mais c'était avant que je te revoie aujourd'hui.
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Wala, démerde-toi avec ça maintenant.
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Heero essaie de faire 2 + 2 dans son cerveau.
Duo est rosse en énigme : ça peut vraiment être interprété de deux façons différentes ce qu'il vient de dire.
Et, dans la situation présente, se planter d'interprétation serait dramatique pour eux deux.
Alors Heero essaie de se dire que, que Duo déballe ses sentiments devant lui, là, comme ça, ça doit quand même être pour lui dire qu'il y a encore plus que de l'amitié.
Oui, mais jusqu'à aujourd'hui, ça veut dire quoi ?
Duo n'est pas rosse en énigme, il est une énigme.
Réléna lui a dit qu'il acceptait de reconsidérer ses sentiments. Ca non plus, ça veut rien dire.
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''Il ne doit reconsidérer absolument rien en ce moment, si tu veux mon avis.''
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Ca aussi, c'est elle qui le lui a dit.
Misère de misère.
Un pas en avant, trois pas en arrière. C'est horrible.
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Heero voit les lèvres de Duo se reposer sur le rebord du verre, boire une petite gorgée de champagne. Ca lui rend la bouche sèche, à lui, cette image.
Heero voit la fameuse chemise toujours ouverte sur son torse caresser la peau tout propre-tout sèche. Et les abdos, quoi, les putains d'abdos musclés pile ce qu'il faut. Ca le fait déglutir difficilement.
Heero voit aussi les yeux bleu-mauve qui ne le regardent plus, soit parce qu'ils n'attendent pas de réponse de sa part, soit parce que, s'ils attendent une réponse, ils doivent commencer à désespérer. Il voit les pieds nus, les jambes croisées parce que leur propriétaire s'est appuyé contre le lavabo, les yeux toujours toujours fixement accrochés au le carrelage immaculé, comme s'ils voulaient retenir les moindres imperfections de chaque carreau dans sa mémoire de Duo.
Heero voit le doute chez Duo.
Mais ce n'est pas ça qui le décide.
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Il vient d'avoir une illumination.
Stupide. Pas particulièrement réfléchie, mais certainement juste :
Ils pensent trop.
Lui comme Duo pensent trop, lancent trop de perches tout en assurant leurs arrières par peur du vide. Parce qu'ils n'ont plus le même goût du risque qu'avant.
Et pourtant, Heero se souvient de ses quelques conquêtes, celles avec lesquelles il se lançait les yeux fermés, sans être sûr que c'était ce qu'elles attendaient. Alors que, parfois, ce n'était vraiment pas ce qu'elles attendaient.
La petite poussée d'adrénaline quand il se demandait si ça allait passé. Les fois où il avait bien senti les choses et senti les lèvres de l'autre lui répondre.
Les fois où il s'était planté en beauté, mais que l'autre, après un moment stressant d'hésitation, s'était quand même laissé aller. Avant de vraiment répondre oui ou non.
Les fois, aussi, où l'autre s'était écarté direct avec un « Nan mais tu fais quoi là ? »
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Quand il y réfléchit, Heero se dit qu'aucune de ses relations précédentes n'avait été véritablement planifiée. Qu'il s'était lancé, à un moment où il le sentait, comme on jette en aveugle une pierre de l'autre côté d'un mur en espérant qu'elle ne va blesser personne. Voilà tout.
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Et là, qu'est-ce qui lui arrive ? Parce que c'est Duo, il devrait changer ses habitudes ?
Okay, y'avait deux-trois questions qui le taraudaient. Sa relation avec Quatre, Réléna...
Mais les paroles de la future mariée viennent de faire mouche. Et quand bien même elle lui aurait menti (et il ne voit pas pourquoi elle l'aurait fait en y réfléchissant), le Duo qu'il voit là, quelques soient ses intentions par rapport à lui, ne colle en rien avec l'image du mec qui se tape tout ce qui bouge.
Et, dans un sursaut mégalo, Heero se dit que s'il était vraiment comme ça, le jeune Duo, il l'aurait déjà à son cou essayant de le chauffer. Parce que si le physique ne fait pas tout, il faut bien quand même avoir été attiré par quelque chose en premier lieu avant de parler à quelqu'un. Et Duo a quand même été amoureux de lui douze ans, non mais ho !
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Bref. Heero, se disant qu'il pense trop et réfléchissant tant et plus, décide que, là, c'est le moment où il faut déconnecter le cerveau et où il le sent pour se rapprocher de Duo.
Pour approcher Duo.
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Regard étonné bleu-mauve quand il envahit l'espace vital, puis l'espace personnel de feu l'observateur de carrelage.
Regard étonné qui oblige son propriétaire à lever les yeux vers celui qui envahit.
Qui oblige à tourner le visage complètement vers celui qui le regarde avec des grands yeux bleu-gris qui n'ont rien de mer-de-glace, là.
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Et, dans le mouvement, comme celui qui envahit fait bien son boulot, leurs lèvres sont toutes proches.
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Heero hésite un tout petit peu, le temps de laisser à Duo la possibilité de s'éloigner, mais pas trop quand même.
Puis il se jette à l'eau.
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Il préfère fermer les yeux : la flotte dans les mirettes, c'est jamais agréable. Et puis, ne pas voir, c'est plus simple. Il préfère attendre.
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D'abord, il sent la peau un peu sèche et irrégulière de la lèvre supérieure de Duo sous les siennes. C'est juste une caresse superficielle, qui peut encore vouloir dire « tu peux te sauver, si tu veux ».
Après, comme il n'y a toujours pas de réaction négative, Heero approfondit le contact. Plus qu'effleurer, il pose ses lèvres sur celles de Duo. Il ne bouge pas, quelques secondes.
Toujours pas de réaction. Il ne veut pas rouvrir les yeux. Certains sont plus longs que d'autres à se décider de s'ils vont te jeter ou pas, mais souvent tu vois la réponse dans leur regard avant qu'ils ne se décident. Et Heero veut vivre les choses, pas les deviner.
Alors il entrouvre légèrement la bouche, saisit les lèvres de Duo entre les siennes.
C'est dur d'embrasser des lèvres inertes. Mais on lui a toujours dit qu'il embrassait bien.
Alors, comme Duo n'a encore fait aucun geste ni pour le repousser ni pour l'inviter à continuer, Heero continue à ne pas se poser de questions. Et ça lui fait du bien.
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Alors que seules leurs lèvres étaient en contact, le Nipo-Suédois pose ses mains sur les reins de Duo. Directement sur la peau, ses doigts ont automatiquement évité les pans de la chemise ouverte.
Et alors qu'il commence à caresser tout doucement cette peau qui devient terriblement tentante, il sent enfin une réaction, en face.
Un frissonnement, une contraction des abdos-gaah.
Puis une tension dans le corps souple et musclé.
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En même temps que l'embrasser, Heero se mord rapidement la lèvre, réflexe quand il est sur le chemin du désir charnel. Et là, il l'a plus que bien pris, le chemin. Et la réaction du châtain n'y est pas pour rien.
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Finalement, Heero ouvre les yeux en rapprochant son corps un peu plus, au même moment qu'il sent enfin la réponse de Duo à son baiser.
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Ca aurait pu être timide.
Ca aurait pu être hésitant.
Mais non. Heero voit dans le regard de Duo une excitation grandissante, et le baiser est devenu chaud dès que le châtain est rentré dans la partie.
Un baiser gourmand, le baiser de quelqu'un qui a faim d'une religieuse au chocolat depuis très longtemps mais qui n'a pas pu y goûter contre son gré pendant tout aussi longtemps.
Au hasard, douze ans.
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Et leur étreinte, à partir du moment où les mains de Duo s'en mêlent, se mêlent à celles de Heero, s'y emmêlent, n'a rien de religieuse, chocolat ou pas. Les frissons, les respirations qui s'accélèrent, tout ça passe soudainement la barrière du déconseillé au moins de seize et bientôt dix-huit si ça continue comme ça. Et c'est sans parler de leurs mains-caresses, de leurs mains-je-te-cherche, de leurs mains-tu-vas-vite-me-trouver.
Heero se colle entièrement au corps en face de lui, il s'appuie complètement contre Duo qui appuie ses fesses sur le rebord du meuble du lavabo, obligé de contracter tout son corps pour que la pression de Heero ne le fasse pas tomber en arrière dans ledit lavabo.
Qu'à cela ne tienne, Heero passe ses mains sous ses fesses, le soulève et l'assoit sur le meuble. Il s'insère entre ses jambes en l'embrassant toujours.
La langue de Duo a un goût de punch sans hésitation, même s'il vient de s'enfiler une flûte de champagne.
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La serviette finit une nouvelle fois par tomber, on ne sait pas où, on s'en fiche à la limite, et les cheveux retombent en corolle sur les épaules du châtain.
Heero en saisit une poignée à pleine main, son autre main dérivant elle plus bas sur l'anatomie de Duo que ce qu'il n'a été pour l'instant.
Le dit Duo le laisse s'attaquer à sa ceinture.
Mais quand il la déboucle, il casse l'étreinte.
Il dégage sa bouche de celle de son prédateur et tourne le visage sur la droite, en reprenant son souffle.
Il repousse les lèvres de Heero qui se sont déposées sur son cou dès lors qu'il n'avait plus sa bouche à portée. Crevardes, les lèvres. Tout comme leur propriétaire.
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Oui mais voilà. Quand il ne réagissait pas au baiser de Heero, Duo, lui, réfléchissait.
Il est vite passé du « Il fait quoi, là ? » au « Je rêve ? », au « Miracle ? », puis au « Il se fout de ma gueule ? ».
Il a conclu que, finalement, ok, il intéresse peut-être Heero. Auquel cas, celui-ci lui faisait bien la gueule tout à l'heure.
Que Heero avait des raisons, peut-être fausses, mais des raisons quand même pour lui faire la gueule.
Et qu'on joue pas comme ça avec les humeurs de Duo.
Quand on lui fait la gueule, le châtain aime bien savoir pourquoi. Il est pas très adepte des lunatiques qui t'en veulent pour rien puis se comportent comme si de rien était.
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Alors il s'est dit okay, va pour un bisou. Okay, va pour un bisou avec prolongation. Après on parle, espère pas qu'on va passer au dessus de ça. C'est hors de question. Pas de tir au but.
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Du coup, là, les mains posées sur les poignets du Japonais et les repoussant de sa ceinture débouclée, prenant sur lui autant que ce qu'il frustre Heero, il lui sourit.
Un sourire... sadique.
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-Y'a... quelque chose qui va pas ?
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Rame, Heero, rame pour trouver la raison pour laquelle vous n'irez pas plus loin ce soir.
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-Non non, tout va bien.
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Tenter Heero en se laissant à portée de ses lèvres, en le laissant même y goûter encore un peu, en fermant les yeux comme si Duo allait vraiment se laisser aller cette fois...
Puis le repousser pour de vrai. Pas brusquement, mais assez fermement pour qu'il s'éloigne quand même un peu, rien que par surprise.
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-Pourquoi tu fais ça ?
-Parce que je m'amuse, Heero.
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Un moment de flou.
Là encore, la phrase est à double sens. Et Heero ne sait pas.
Peut-être Duo s'amuse-t-il de le voir le désirer.
Mais peut-être aussi Duo s'amuse-t-il avec lui, se joue-t-il de lui, peut-être qu'il n'a vraiment plus de sentiment, et qu'il se comporte avec lui comme il l'a peut-être bien fait en fin de compte avec Quatre, Réléna et Trowa cette après-midi.
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-Tiens, Heero, tu doutes ?
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C'est peut-être malsain de s'amuser comme ça avec lui. Parce que Duo s'amuse avec lui, là, même si ce n'est pas dans le sens qu'imagine Heero.
Duo s'amuse de ses réactions, du doute qu'il peut mettre dans son esprit avec une simple phrase.
Oui mais voilà, Duo a été bouffé par le doute aujourd'hui, à cause de Heero, alors il se venge. Il profite un peu avant d'emmener vraiment la question où il le veut.
Et puis cette petite phrase à double tranchant lui montre à quel point les doutes de Heero à son propos sont proches.
Alors il saute dessus.
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-Alors vas-y, dis-moi pourquoi tu doutes, de quoi t'as peur, là, quand tu m'entends dire un truc comme ça ? Manque de confiance ? Quelque chose à me reprocher ? À me demander ?
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Heero se demande s'il ne vient pas de se faire avoir.
Non. Heero sait qu'il s'est fait avoir, qu'il a sauter à deux pieds et sans hésitation aucune dans le panneau déguisé de Duo.
Que quelqu'un qui n'avait aucun doute n'aurait jamais pu imaginer que Duo s'amusait de lui, et non pas de son désir.
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Alors il choisit de ne pas répondre, même s'il se doute que ça va pas passer comme ça.
Heero n'aime pas se faire avoir. Même s'il se dit que c'est de bonne guerre.
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-Heero. On sait tous les deux que ça ira pas plus loin si tu me dis pas ce que je veux entendre et ce que tu voulais me dire, j'en suis sûr, tout à l'heure. Du moins moi je le sais, et comme pour être un couple il faut être au moins deux, si je veux pas, ça s'arrête là pour toi aussi.
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Coincé.
Voie sans issue ?
Lui dire ? Ne rien lui dire ? Il n'a pas l'air aussi soûl et violent que ce qu'avaient pronostiqué leurs amis communs.
Et puis Heero cherchait un moyen d'aborder la question, autant qu'il en profite, non ?
Oui, mais dans cette situation, ses doutes lui semblent stupides, ridicules, complètement infondés.
Ils ont fondu, les doutes.
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-Non, c'est bon. J'ai aucun doute.
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Passera, passera pas ?
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Nan mais tu l'as rêvée celle-là ?
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-Ouais, et mon cul c'est du far breton ? Je me suis tapé tes humeurs toute la soirée, alors on va en parler, maintenant.
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Si son cul est du far breton ? Heero ne sait pas, il en doute, mais il veut bien vérifier.
Après, il n'est pas sûr qu'il va aimer la suite de la conversation.
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De toute façon, s'il y a quelque chose qu'il sait de Duo, c'est qu'il a de la détermination, et que s'il veut quelque chose, il l'obtiendra, même si ça doit passer par le chantage... charnel, dirons-nous.
Et Heero sait très bien qu'il ne résistera pas au chantage charnel.
Alors il se jette à l'eau. Encore. Pour quelque chose qui lui fait plus peur que tout à l'heure, parce qu'il y a peu de chance qu'il en ressorte quelque chose de bien, alors qu'avant d'embrasser Duo, il pouvait avoir le bénéfice du doute. Raah, il a l'impression de penser tout le temps à ce mot, doute, maintenant !
Quelle connerie, ça serait tellement plus simple si Duo oubliait !
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Oui, mais il ne faut pas rêver.
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-Oui, j'ai eu des doutes, tout à l'heure. En même temps, pour ma défense, tout me portait à croire que c'était vrai, tu peux pas me dire le contraire.
-Avant de te défendre, dis-moi au moins sur quoi ça portait. J'ai ma petite idée mais bon...
-Euh... Dis-moi ce que tu sais déjà... ?
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Grand éclat de rire de Duo. Ce mec est un phénomène, songe Heero, il vous envoie des éclairs avec les yeux et l'instant d'après il vous balance un rire franc à la gueule.
Avant de redevenir sérieux, limite accusateur.
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-Tu me prends pour un bleu, Heero ? Je vais te dire ce que je sais, tu vas te dire ''ouf, il sait pas ça, ni ça, ni ça'' et tu vas me dire que ce que je sais, y'a rien d'autre à savoir ? Espère mon grand, espère !
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Oui, Heero espérait. Mais Duo ne perd pas le Nord.
Duo, tout en chair, tout en homme en face de lui. Duo, toujours assis sur son meuble à lavabo, toujours la chemise ouverte sur ses abdos-gah, dans le miroir derrière lui la même chemise qui se tend sur ses muscles saillants, penché en avant qu'il est avec ses mains sur ses cuisses en position d'attente, en position de « je sais ce que je veux entendre, alors t'as pas le choix ». Ses grands yeux bleu-mauve à la fois trop proches et trop éloignés : trop proches parce que signifiant que ses lèvres son presque à portée de celles de Heero, trop éloignés parce que, justement, toute la nuance est dans le ''presque''.
Duo ne perd pas le Nord, et ça soûle profondément Heero.
Heero, qui avait entendu dire que Duo était déterminé, ne peut que le constater. Le fait que le châtain ne lui parlait pas beaucoup avant aujourd'hui ne pouvait absolument pas lui faire penser que c'était le cas, même si les remarques à ce sujet de leurs amis communs étaient unanimes.
Et ben là, la détermination de Duo se charge de se rappeler à lui.
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Il faut savoir qu'on attribue plusieurs choses à Heero.
Déjà, la classe naturelle. Et bien pan, dans les dents : l'élégance et le raffinement n'ont par essence rien de naturel. C'est peaufiné. C'est travaillé, en tout cas chez lui. Du coup, forcément, y'a des moments où il se comporte vraiment normalement, souvent quand il est seul, et où il n'est plus classe du tout. Là, par exemple, il ne sait pas exactement comment le décrirait Duo, mais il sait en tout cas qu'il ne pourrait pas le dire classe. Parce que Heero est frustré, parce qu'il veut quelque chose qu'il ne peut pas avoir, parce qu'il ne veut pas dire autre chose. Et dans les cas là, le raffinement, il part bien loin.
Ensuite, on dit souvent que Heero est adroit. Agile. Futé. Eh bien tout dépend du point de vue. Réléna adolescente, par exemple vous aurait affirmé que Heero est la Souplesse et la Grâce et l'Intelligence incarnées et qu'il est trooooooooop sex. Ce qui n'a rien à voir avec le reste d'ailleurs. La Réléna actuelle rirait gentiment mais fermement, si vous associiez Heero aux mots agile, adroit et surtout futé. Elle vous dirait que, oui, du point de vue scolaire à une époque, professionnel aujourd'hui, Heero est une bête intellectuelle. Après, se servir de sa tête dans sa vie intime, c'est quelque chose qu'il est loin de savoir faire. Et que, c'est bien beau d'avoir une image publique de bourreau du travail, mais quand y'a pas de vie privée derrière, ben ça sert pas à grand chose. Parce que pour avoir une vie publique, il faut par opposition avoir une vie privée, et que sans l'une des deux, l'autre devient votre vie tout court. Et c'est triste, rajouterait-elle.
On dit également de Heero qu'il est so sex. Bon, ben là, comme pour tout ce qui relève du physique, même si les pré-pubères sont toutes attirées par le même genre de gars, arrive un moment où la beauté devient subjective, et où un mec objectivement pas mal ne sera pas au goût de certain(e)s. C'est la vie.
Enfin, à Heero, on attribue la détermination. Oui oui, à lui aussi. Vous vous direz ''mais si Heero et Duo sont tous les deux déterminés, comment allons-nous sortir de ce pétrin qui duuuuuure ?'' Et bien il faut savoir quelque chose. Chers enfants, parfois le chien aboie plus fort qu'il ne mord. En d'autres termes, cette rumeur qui le suit donne de lui l'impression qu'il est un être redoutable et inflexible. Son visage sûr de lui, ses yeux glacés et patients, bien qu'implacables, et sa posture généralement plus sur l'offensive tranquille que sur la défensive dérangée abondent en ce sens également, bien entendu. Oui, ça, c'est Heero. Sur le papier. Et du coup, ses opposants abandonnent directement leur avis pour se plier au sien, ne voulant pas perdre de temps ni d'argent à essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Et pourtant, Heero est loin de l'image qu'on donne de lui. A vrai dire, sans cette rumeur opportune, Heero se serait certainement fait marcher sur les pieds dans la vie. Si si, parce que Heero est faible. Cependant, si les gens avec qui il travaille suivent sans trop réfléchir la rumeur, ses amis, eux, arrivent parfois à titiller sa non-détermination et risqueraient de découvrir la vérité. Pour parer à cela, Heero est devenu buté. Non, buté et déterminé ne sont pas des notions identiques. On est buté sur une idée, on est déterminé dans ses actions.
En d'autres termes, avec sa tête d'âne bâté, Heero n'aurait jamais admis devant Réléna que Duo n'était peut-être pas le chaud-lapin qu'il soupçonnait, tout à l'heure. Mais là, face à un Duo qui attend ce qu'il veut, qui, lui, est véritablement déterminé, intraitable et inflexible quand il l'a décidé, un Heero buté va vite se faire écraser.
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Heero en est plus que conscient. Il est faible sur certains plans, notamment sur le peu de vie privée qu'il a.
Mais Heero n'aime pas avoir tort.
C'est vrai que c'est rare quand ça lui arrive, et c'est aussi pour ça qu'on ne remet pas son avis en question et qu'on le suit sans réfléchir, mais chaque fois qu'il n'a pas raison, il en éprouve un cuisant sentiment de honte.
Et là, même s'il ne peut pas en être certain, il s'est visiblement planté sur toute la ligne.
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-Oui, bon, d'accord, je me suis trompé. Wala, t'es content ?
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Ah ce rire, Heero aimerait tellement l'entendre encore et encore !
C'est chaud, communicatif, ça résonne, c'est grave, c'est... dans la situation présente, c'est aussi moqueur.
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-Heero. Tu l'as dit toi-même, tout te portait à croire ce que tu as cru, tu te serais surement pas amusé à inventer ça.
-Euh... Mais... ? Parce que y'a un mais, hein ? Ca serait trop simple sinon, non ?
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Un grand sourire plein de dents qui se redresse sur son meuble et qui croise les jambes négligemment.
Parce qu'il sait qu'il a gagné. Et ça l'étonne, Duo, de gagner aussi facilement. Ce n'est pas une facette de Heero qu'il connaissait, de se laisser avoir comme ça. Elles sont où son adresse et son agilité d'esprit qu'il lui a toujours vues, du moins sues ? Et sa mythique capacité à ne pas se laisser dépasser par la volonté de quelqu'un d'autre ?
Tiens, Duo préfère qu'il soit un peu faible sur les bords, en fait, et pas que dans la situation présente : le châtain connaît parfaitement son propre caractère bien trempé et vivre avec quelqu'un d'aussi obstiné que lui, ça ne lui plairait pas, mais alors pas du tout à y réfléchir. Trop corrosif. Trop usant.
N'empêche, ça l'intrigue, Duo, mais là il en profite jusqu'au bout de cette petite faiblesse.
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-Mais tant que tu me diras pas les crimes dont tu m'accusais, je saurai pas dans quelle mesure tu doutais quand tu es venu ce soir. Et j'avoue que j'ai très envie... de savoir.
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Duo joue avec lui. Heero ne peut que le voir.
Le châtain sourit des yeux quand il voit Heero déglutir alors qu'il parle sur un ton sensuel.
Il a le coin des lèvres qui se creuse de petites fossettes quand il voit les prunelles de Heero s'accrocher à ses lèvres au moment où il prononce le mot ''envie'' d'une voix suave et rauque.
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Duo maîtrise très bien ses émotions dans l'ensemble, du moins ce qu'il veut en montrer aux autres. Ce qui lui permet aussi de facilement suggérer en avoir sans que ce soit le cas.
A vrai dire, Duo n'a pas envie de savoir. Ca lui fait peur, ce que l'homme qui l'a rejoint dans sa chambre peut avoir penser d'à ce point insultant pour lui. Ca lui fait peur. Mais il est certain que Heero ne peut pas la lire sur son visage, cette peur, et ça lui épargne d'en avoir honte.
D'un autre côté, comme il le lui a dit, il veut savoir à quel point doutait Heero avant de rentrer. Combien de temps il a pu hésiter avant de venir, est-ce qu'il a stationné devant la porte en se demandant s'il devait rentrer... Et plus ce qu'il croyait est gros et désagréable, plus Duo devrait avoir confiance l'attirance qu'il exerce sur Heero, non ? Quand on est très déçu par quelqu'un sans être sûr de ce qu'on lui reproche, il faut du courage pour vouloir affronter la vérité, pas vrai ?
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Tiens, il ouvre la bouche, le Japonais, il va parler.
Ses yeux plongent dans le regard de Duo, s'y cramponnent.
Il y a dans ce regard une intensité dingue, et Duo se laisse un peu dérouter, alors qu'il était complètement certain de son contrôle sur Heero.
Il est dérangé par le regard parce qu'il a l'impression de ne plus voir que les grands iris bleu-glace en face de lui. Et ça l'étonne, parce qu'alors même qu'il était sûr de son pouvoir sur Heero juste avant, il se fait balayer par un regard surprise qui n'a même pas l'air d'être volontairement déroutant.
Et le temps qu'il se ressaisisse, un sourire est apparu sur les lèvres de Heero.
Un sourire doux, un sourire caresse.
Un sourire qui dit ''je sais quelque chose que tu ne voulais pas que je sache, mais je n'ai pas envie de l'utiliser contre toi''. Un sourire bavard, donc, qui a une signification précise et facilement compréhensible pour celui à qui il est adressé. Un sourire silencieux pour quiconque d'autre.
Alors Heero, parce qu'il a cette nouvelle information piochée dans les yeux de Duo, choisit de ne pas s'y prendre comme il le comptait. Au lieu de sortir ce qu'il reprochait à Duo d'un coup en attendant la tempête, il change de stratégie.
Il compose avec cette information, il l'utilise.
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-J'ai d'abord cru que tu avais couché avec Réléna dans l'après-midi. Parce que je venais de parler avec Quatre qui m'avait assuré que vous n'étiez pas ensemble et il m'avait convaincu d'aller un peu parler avec toi parce que je m'étais rendu compte que j'avais envie d'en savoir plus sur toi. Et j'ai entendu que tu étais avec Réléna dans ta chambre. Du bruit, des rires, des gémissements. Réléna qui parlait de sport de chambre, toi qui répondais que ça devait pas arriver aux oreilles de son futur mari.
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Ca, Duo le savait déjà.
Oui, mais pas comme ça. Pour lui, Heero pensait que Réléna et lui s'étaient envoyé en l'air simplement parce qu'ils étaient ensemble dans une chambre dans l'après-midi. Duo ne s'était pas dit que Heero était peut-être arrivé au mauvais moment, et avait entendu les seules paroles mal-interprétables entre Réléna et lui. Qu'il avait entendu ça alors qu'il venait pour approfondir sa relation avec quelqu'un qui commençait à lui plaire.
Duo se dit qu'à la place du Japonais, il l'aurait eu mauvaise. Et que la frustration empire souvent une situation et fait encore plus interpréter les choses.
Duo sent son sourire, jusqu'à maintenant resté sûr de lui, couler de son visage, petit à petit.
Surtout quand Heero reprend.
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-Après, Trowa voulait te parler, ou parler à Quatre, ou aller chercher à manger, je sais pas, 'fin bref il vous a vu ensemble sur la terrasse, proches, intimes. Vous serrer dans vos bras. Vous embrasser. Il était vert, il est venu m'en parler, plus pour lui que pour moi, il a pas réfléchi que ça compliquait encore plus les choses de mon côté d'avoir cette info. Tu vois, Quatre avait l'air un peu dèg' avant votre conversation, et il est reparti plus heureux après. Trowa l'a très – très – mal pris. Et puis moi j'ai retenu la partie qui te concernait plutôt toi. J'aurais pu imaginer que t'étais juste proche de Quatre comme un meilleur ami. J'en avais déjà parlé avec Quatre dans la journée, et même avant il m'avait déjà parlé de ses rapports avec Trowa et avec toi, de la différence entre vous deux, de ce que chacun lui apportait et comment... Mais sur le coup...
-Sur le coup tu t'es surtout rappelé de Réléna et moi dans l'après-midi, et que j'ai embrassé quelqu'un d'autre juste après t'a paru coller au reste de l'image.
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Le ton de Duo est neutre. Il a complété la phrase de Heero parce que c'est exactement la façon dont il aurait réagi à la place du Japonais dans l'après-midi, en toute objectivité.
Heero acquiesce.
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-Et après...
-Et après y'a eu Trowa, Trowa que j'ai monopolisé sur la terrasse alors qu'il y avait tout le monde, Trowa que j'ai emmené dans les jardins sans que tu saches où ni pourquoi, à part que quand tu nous a retrouvés il me serrait dans ses bras. Sachant qu'on parle de Trowa qui est tout sauf démonstratif et qui n'apprécie pas le contact. Et je peux te dire que moi aussi ça m'a gêné ce rapprochement. Y'a des gens dans les bras de qui on s'imagine pas, même quand ça arrive.
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Heero a un bref rire amusé.
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-Hé, c'est pas à toi de te justifier, t'as pas à me démontrer par a+b que t'y es pour rien dans ton câlin avec Trowa.
-J'arrive encore pas à croire que Trowa a pu me prendre dans ses bras. Je conçois pas, c'est un truc qui devait pas arriver dans notre dimension.
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Duo sent le sourire de Heero plus qu'il ne le voit, perdu dans cette pensées qu'il est.
-Hey... Duo...
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Le sourire est revenu sur le visage de Duo aussi.
A l'interpellation de Heero, il a levé le regard vers ses grands yeux bleu-gris alors qu'il était juste avant perdu dans le souvenir de la sensation bizarre qu'il avait ressenti quand Trowa lui avait un peu trop démonstrativement montré sa gratitude.
Le châtain attend que Heero pose la question qu'il semble encore hésiter à laisser sortir.
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-Mmh ?
-Moi, ça t'a pas dérangé que je te prenne dans mes bras tout à l'heure ? On a jamais eu de vrai contact physique avant. Poignées de main, claques dans le dos, jamais plus.
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Duo réfléchit. Non, ça l'a pas choqué. Après tout, quand on vient de se faire embrasser par l'objet de tous nos désespoirs alors qu'on ne s'y attendait plus, on ne se formalise pas du rapprochement du reste du corps.
Et il y a des intentions et des façons de faire pour tout.
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-Non, t'y as été progressivement. Tu m'as pas brusqué, tu t'es pas imposé. Si tu m'avais pas embrassé avant et que j'aurais pu interpréter ça comme une marque d'amitié, alors si, j'aurais été mal-à-l'aise je pense. Là, c'était clair comme signification. Et puis c'est pas comme si j'attendais pas ça depuis douze ans.
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Il ajoute cette dernière phrase avec une expression amusée.
Mais Heero corrige.
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-Non, ça fait que depuis que je suis rentré dans ta chambre tout à l'heure que tu attends ça. T'as plus attendu ça pendant... au moins 4 heures.
-Quatre heures, ça change rien... C'est ridicule, je me sens midinette follement éprise depuis sa rencontre avec le preux chevalier qui date de y'a perpèt' et à qui elle a juré un amour éternel même s'il ne lui rend pas.
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De nouveau, Heero laisse échapper son rire bref, en même temps qu'il se rapproche de Maître Duo sur son meuble perché et pose les mains sur ses cuisses.
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-Quatre heures, ça change rien ? En quatre heures t'as éprouvé plus de sentiments différents pour moi qu'en douze ans, je suis sûr ! Bon, quand on était plus ou moins potes, en plus de l'attirance de ton côté, y'a dû y'avoir des moments d'exaspération quand tu voyais à quel point j'étais aveugle, peut-être un peu d'envie de temps en temps parce que y'a toujours un moment où on voudrait avoir la vie d'un de nos potes...
-Mmh, je voulais ton physique, ta discrétion qu'en imposait, l'admiration qu'on te montrait...
-Y'a peut-être eu deux-trois coups de sang quand on était pas d'accord pour un truc, le genre de conflit d'ado que t'oublies en changeant de conversation... Alors que là, en une après-midi, t'as ressenti de la simple amitié, de l'intérêt pour ma vie, sans gêne et sans avoir peur de te faire caler... Y'a eu de l'énervement, de la remise en question, carrément un truc qui devait se rapprocher de la haine quand tu t'es rendu compte que je te foutais ta soirée en l'air, y'a eu de l'indifférence... Y'a eu la possibilité de réapprendre à me connaître, parce qu'au lieu de suivre mes dialogues avec les autres, tu les a vécus directement avec moi. Et il y a forcément des choses que tu ne connaissais pas.
-Euh... Du genre ?
-Que j'ai pas la classe naturelle quand je suis frustré, que y'a des moments où j'assure pas du tout, que ma ''discrétion qui en impose'' comme tu dis m'évite surtout de dire des conneries plus grosses que moi et que la détermination qu'on me prête est une énorme supercherie à laquelle tout le monde croit alors qu'elle a été balayée en un coup de vent par la détermination de celui que, moi, je prenais pour quelqu'un qui m'aimait pas particulièrement en plus d'être timide. Quelqu'un qui est plein de ressources, qui sait ce qu'il veut et comment y parvenir, qui n'a pas de scrupule quand il sait que ce qu'il demande ne fera de mal à personne à part peut-être à lui-même, alors qu'avant aujourd'hui je le croyais effacé parce que pas sûr de lui. Quelqu'un qui a su me manipuler d'un bout à l'autre ce soir alors que j'ai quand même un minimum d'instinct de survie d'habitude quand je dialogue. Quelqu'un qui, à un tout petit moment, s'est laissé avoir par mes yeux, juste mes yeux, et qui a mis à nu un tout petit bout de sa peur de la vérité, avant de vite se reprendre. Quelqu'un qui jouait vraiment avec moi, tout en le faisant pour nous, et parce qu'il avait besoin de se rassurer, quelqu'un qui m'a semblé particulièrement fragile juste à ce petit moment là et qui avait parfaitement réussi à cacher cette fragilité jusque là.
-Euh... T'as fini ?
-Sois pas gêné Duo, apprends à entendre et à voir tes qualités de temps en temps, au lieu de toujours faire remarquer les leurs aux autres. Avant de faire remarquer le joli grain de sable chez ton voisin, regarde la perle que tu as dans l'œil. Et je sais déjà ce que tu vas dire alors je te réponds tout de suite : certains talents comme la manipulation sont considérés comme des défauts ou alors comme malsains, parfois, mais dans une certaine mesure c'est simplement un instinct de survie. Donc je reprends. Quelqu'un qui s'est occupé toute l'après-midi des histoires de cœur de son meilleur ami et de mon meilleur ami, quelqu'un sur qui c'est retombé en pas positif et qui s'en veut encore à lui-même au lieu d'en vouloir à ceux qu'il a aidés, ce qui aurait été la réaction de beaucoup de monde dans ces cas là...
-T'en fais pas, je t'en ai voulu à toi aussi.
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Heero esquisse un sourire plus appuyé en glissant ses doigts sur le dos des mains de Duo toujours posées sur ses cuisses.
Il les caresse gentiment, tout doucement, entremêle ses doigts aux siens.
Duo rend caresse pour caresse sans regarder, juste en ressentant les effleurements, ses yeux bien trop captivés par leurs aller-retours entre les yeux devenus vortex de Heero et ses lèvres par lesquelles sortent tout un tas de compliments ou de choses censées être positives mais qu'il n'est pas prêt à entendre.
Seulement, il ne veut pas que la voix grave de Heero se taise, alors il n'écoute que le son sans s'attacher au sens des mots, en les oubliant au fur et à mesure avant même de les analyser, un peu comme quand en cours ou pendant une réunion inintéressante les yeux regardent l'interlocuteur ou la prof, que les oreilles entendent la rumeur de la voix, sans que le cerveau soit branché derrière.
Tout ce que sait Duo, c'est que c'est gentil ce que Heero lui dit, et savoir ça lui suffit. Contrairement à ce que pense Heero, Duo n'est pas sûr de lui, suffisamment peu en tout cas pour se sentir gêné et détester qu'on lui répète ses qualités qu'il est parfois conscient d'avoir mais qu'il n'aime pas entendre dans la bouche de quelqu'un d'autre.
Pourtant, quelque chose l'interpelle à un moment.
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-Attends, tu viens de dire quoi juste avant ?
-Euh... Que tu donnes envie qu'on te réconforte quand t'as l'air d'avoir peur ?
-Ah, t'as dit ça à un moment ? Nan, c'est pas ça que je te demandais, c'était autre chose...
-Que tu croyais que je serais pas capable de lire dans tes yeux alors que je l'avais déjà fait ?
-Oui, c'est ça. Quand est-ce que t'as lu dans mes yeux avant aujourd'hui ? M'en souviens pas... Me souviens pas d'avoir été proche avec toi au point que t'aies deviné quelque chose que je voulais te cacher.
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Les mains de Heero quittent celles de Duo et s'accrochent au col d'une certaine chemise de la même couleur des-dits yeux. Elles tirent un tout petit peu Duo en avant en même temps que Heero se replace entre les jambes décroisées depuis peu.
Heero colle son front à celui de du châtain, un peu chatouillé au passage par les petits cheveux du devant qui sont secs, eux, et qui partent dans tous les sens.
Il ne voit plus que les yeux bleus et violets toujours aussi étranges et toujours aussi attrayants et toujours aussi insaisissables et saisissants que ce qu'il avait remarqué quand il est arrivé chez Quatre tout à l'heure. Tout à l'heure ? Il a l'impression que ça fait plusieurs jours qu'ils sont chez le jeune héritier et déjà millionnaire avant de toucher le magot paternel.
Il ne voit plus que les yeux bleu bizarre, mais surtout bleu beau de Duo, tout comme Duo ne peut que voir les yeux bleu vortex, les yeux bleu infini, les yeux bleu-lagon-de-Russie. Bleu-lagon-foncé.
Intensité.
Chacun sent plus fort le battement de son cœur, pas parce qu'ils vont plus vite, mais parce que dans le regard qu'ils échangent et qui les unit, tout est plus intense, ils ressentent tout leur corps et le corps de l'autre bien plus qu'ils ne sentent les mains de l'autre sur leur peau.
Les mots sont murmurés, eux aussi, avec une puissance impressionnante, qui les aurait certainement rendus assourdissants, prononcés à voix haute.
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-Il y a neuf ans et quelques heures, j'ai réussi à voir – à très bien voir – que la chemise que je t'offrais pour ton anniversaire ne te plaisait pas. Ca m'a étonné de pouvoir le voir parce que d'habitude t'avais toujours un regard neutre avec moi. Et puis ça m'a intrigué parce que t'étais pas difficile en fringue, mais je savais aussi que ce qui ne te plaisait pas ne te plaisait irrévocablement pas d'habitude. Et puis quand tu m'as pris le ticket, j'ai été encore plus étonné parce que j'avais cru que t'avais changé d'avis toujours en regardant tes yeux. J'avais vu ton regard changer un petit peu quand tu observais ta chemise. J'avais cru voir de l'affection pour ce bout de tissu. Et pourtant t'as pris le ticket de caisse. Quand j'ai vu ta pseudo nouvelle chemise noire après, j'avais déjà oublié tes yeux tout en me disant que, le noir, ça va à tout le monde alors que l'avantage de mon cadeau était qu'il allait avec tes yeux. J'avais oublié ce que m'avaient dit tes yeux même si je voyais encore leur couleur, tu comprends ? Et jusqu'à tout à l'heure, j'avais même oublié leur couleur.
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Duo écoute attentivement.
Puis rigole en rejetant la tête en arrière et en plissant les paupières, rompant le contact de leur front et de leur regard.
Heero ne comprend pas trop pourquoi, il attend que le châtain s'explique.
Duo reprend sa respiration, puis prend un petit ton contrit nuancé par un sourire, comme s'il se trouvait idiot :
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-Donc j'ai essayé de te cacher mes émotions aujourd'hui alors que tu m'avais déjà démasqué à l'époque où il y a avait des gros carreaux de plus-myope-tu-meurs entre nous... Tu m'étonnes que ça a dû être facile de deviner ce que je pensais maintenant que j'ai mes lentilles.
-J'ai réussi parce que tu a laissé tomber la barrière toi-même à un moment.
-Oui, comme à un moment y'a neuf ans je l'ai laissée tomber en pensant surement que tu me regardais pas.
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Duo se penche sur les lèvres de Heero et les embrasse tendrement. C'est joli et c'est triste de se rendre compte qu'un homme qu'on a cru connaître sans qu'il nous connaisse nous connaissait en fait bien plus qu'on ne le pensait et qu'il ne le pensait lui-même.
Il se redresse, fait comprendre à Heero qu'il veut descendre de son perchoir et l'entraîne derrière lui en le prenant par la main. Ils sortent de la chambre et Duo commence à marcher dans le couloir mais Heero ne suit pas le mouvement.
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Regard bleu-violet interrogatif jusqu'à ce que son homme commence à refermer la chemise toujours ouverte tout en le poussant petit à petit vers le mur.
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-Mmh... Je peux pas te laisser sortir comme ça... Je suis déjà obligé de leur laisser voir tes nouveaux yeux, alors tu me caches ces muscles s'il te plait.
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En même temps qu'il dit ça, il rapproche son visage du cou de Duo, l'effleure de ses lèvres au rythme de ses mots.
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-Et puis t'as les pieds nus, tu vas être malade.
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Le torse de Heero se colle contre celui du châtain qui est appuyé contre le mur, pose ses lèvres contre son cou et embrasse la peau toute chaude entre chaque mot. Duo tend son cou un peu plus à chaque baiser.
Il a bien plus de sensations que tout à l'heure, quand il calculait le moment exact où arrêter Heero pour avoir ses réponses. Il ne réfléchit plus à comment gérer son envie du Japonais tout sachant qu'il ne devait pas se laisser aller.
Non, là, il n'a aucune raison de ne pas se laisser aller, de le repousser.
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-Et tes cheveux ne sont pas tout à fait secs et si on ne s'en occupe pas tout de suite ils vont être durs à coiffer.
-Mmh... Je suis pas sûr que les empoigner comme ça... va arranger les choses.
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Voix alanguie par les baisers papillons dans le cou et sur le bord de la mâchoire.
Mais cerveau qui réfléchit encore un peu.
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-Heerrrro, je croyais que ça t'avais choqué quand tu as cru que j'avais couché avec Léna pendant les retrouvailles.
-Moui, et pourquoi tu me demandes ça ?
-Parce que si tu continues comme ça, 'va mmh... falloir finir ce que tu commences...
-J'y compte bien.
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Duo s'écarte un peu en fronçant les sourcils.
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-Mais je croyais que...
-Duo, je n'ai pas été choqué, ça m'a contrarié. On est ensemble, les autres doivent penser qu'on a consommé ou que je suis mort depuis longtemps, en tout cas ils s'attendent surement pas à ce qu'on revienne ce soir. Et puis arrête de parler de ça. Arrête de penser à ça, on s'en fout, c'est fini.
-D'accooord...
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Petite victoire par capitulation. Petite victoire qui n'en est pas une car ni l'un ni l'autre ne joue, ni l'un ni l'autre ne se bat.
Alors c'est un consentement commun.
Un consentement qui motive Heero à soulever Duo en lui prenant les fesses (avec ses mains, bandes de pervers) comme il l'a fait pour le percher sur le meuble du lavabo tout à l'heure, attacher les cuisses du châtain autour de ses hanches, et le séquestrer dans la chambre de laquelle ils viennent de sortir.
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-Ca valait bien la peine de la fermer...
-Mmh... Oh que oui ça valait la peine, rien que pour le plaisir de la rouvrir...
-Fais attention, l'abime pas avec tes dents, j'y... mmh... j'y tiens, moi à cette chemise.
-Ryoukai, je vais y aller avec la langue dans ce cas.
-Mmhh... C'est quoi le bruit qu'on... mmhentend contre le mur ?
-On s'en fout, c'est dehors... Ce qui compte c'est ce que je te fais... dedans.
-Mmmh... !
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Le séquestrer avec son consentement, bien entendu.
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WALA !
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Et non, c'était une feinte ! (''roooh, c'est toujours pas fini ?'') Et bien non. Pour les adeptes de Trowa et Quatre, y'a quand même une petite friandise de fin aussi.
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On remonte cinq minutes dans le temps (dans une Do Lorean, quitte à avoir une machine à voyager dans le temps, autant qu'elle ait de la gueule !).
Couloirs de la résidence secondaire Winner, occupée actuellement par le fils de la grande famille et quelques uns de ses sans scrupule d'amis.
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Deux ombres dans la nuit d'un couloir, une qui cherche où on allume de sa patte agile de grand fauve, l'autre qui s'apprête à toquer à une porte.
Mais ne toque pas.
Non, il se penche plutôt vers le panneau, écoute, concentré puis amusé.
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-Trowa, viens donc voir, et dis-moi ce que t'entends.
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Ledit Trowa abandonne la quête du Graal de la lumière qu'on nomme communément ''interrupteur'' et colle lui aussi son oreille à la fine ouïe féline contre la même porte.
Il prend soin ce faisant de coller son torse au dos de l'autre.
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-J'entends un « Ca va être la... bonne, cette fois, mmhma puce... À la longue... mmh ! ...lignée des Chang ! », gémissements et pauses compris, ponctué par un ''aïe'' de la même voix après un bruit de coup. Pas violent, le coup, je précise.
-Auquel répond un « Pense à moi et... pas à ta famille quand on... mmh... baise ! » féminin. De voix féminine, je veux dire.
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Deux rires discrets qui suivent les chuchotements dans ce grand couloir silencieux.
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-Sexy, Wu Fei qui invite mentalement tous ses encombrants aïeuls dans le lit conjugal.
-Glamour, vraiment. Sally est le prototype même de la fleur bleue féminine, tu ne trouves pas ? Elle ne fait pas l'amour, elle baise... Et après on dit que c'est les mecs qui ne respectent pas ces choses que sont les sentiments et le sexe entre amoureux.
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Amis moqueurs, mais pas voyeurs, ils s'éloignent de la porte et repartent à l'aventure, dans le noir parce que, détourné de son objectif et Quatre le guidant par la main dans le labyrinthe qu'il connait par cœur au tableau d'auteur près, Trowa a complètement zappé de chercher un interrupteur.
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Mais quand le blond manque de trébucher sur un porte-parapluie moche, hors de prix, et surtout particulièrement inutile à cet emplacement de la maison puisque près d'aucune issue en dehors des quelques fenêtres de ce deuxième étage de l'aile droite, ce porte-parapluie moche obtenu par son père il y a deux mois, donc pas encore rajouté à la mémoire à rallonge du jeune héritier, celui-ci décide qu'il est grand temps de ne plus marcher en aveugle. Que la lumière soit.
Quelle idée, en plus, de priver Trowa du spectacle de son beau visage. Ha ha ha.
Trowa, lui, a bien remarqué qu'ils sont arrivés à destination : la chambre d'ami octroyée à Réléna.
Il lève la main pour frapper.
Ne le fait pas.
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-Quatre ?
-Mmh ?
-Tu savais que Réléna ronfle comme un bucheron ?
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Quoi ça ?
Et la lumière jamais ne fut.
La lumière peut bien attendre, Quatre est trop curieux : la vraie midinette, la future mariée, la Blanche-Neige croisée Cendrillon, la princesse de Walt Disney en plus cul-cul, ronflant quand elle dort ?
Ah bah oui, en effet.
Et c'est tout à fait bruyant : même pas besoin de se pencher sur la porte pour l'entendre.
Bon, on va mettre ça sur le compte de l'alcool.
Mais Quatre ne la regardera plus jamais de la même manière.
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Une princesse est morte aujourd'hui.
RIP. Ronfle In Peace.
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Deux nouveaux rires dans le noir, moins silencieux.
Wu Fei et Sally ont dû la déposer ici après le trajet par la cuisine.
Oui, parce que Trowa et Quatre les ont cherchés à la cuisine, et si c'était plus ou moins rangé, il restait de nombreuses traces de la fille bourrée qui renverse ou fait tomber des objets sans que les autres la voient, occupés à lui chercher à manger, et qui préfère les cacher sous la table avec le pied ou sous le tapis tout fin (si si, ils ont retrouvé un verre, intact mais par terre, qui faisait une grosse bosse sous le tissu du tapis et que ç'aurait été encore plus discret de le laisser simplement au sol sans tenter de le dissimuler comme ça) plutôt que prendre le risque de se pencher pour les ramasser.
Ils avaient déjà bien ri.
Mais les autres n'étaient plus là.
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Après avoir couché la Belle-au-Bois-qui-Ronfle (où c'est la Belle qui ronfle, tout comme La Belle au bois dormant sous-entend que c'est la Belle qui dort et non le bois. Véridique.), les mariés ont dû se dire que plus personne ne les attendaient et vouloir tenter de passer de deux à trois.
Ou alors ils sont retournés sur la terrasse où ils avaient laissé les deux hommes au moment où eux allaient les chercher, et comme il y a deux chemins d'égale longueur pour passer de la chambre de Léna à la terrasse ils ont pu se croiser.
Ou bien encore, ils avaient juste une envie soudaine et ils sont allés l'assouvir ensemble sans se poser plus de question. C'est envisageable aussi.
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Bon, bref. Trowa et Quatre sont toujours amis moqueurs, toujours, mais pas amateurs de la retransmission audio en directe de la déforestation de la forêt amazonienne.
Alors ils s'en vont encore.
Encore, ils oublient la lumière.
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Ils comptent bien sûr aller voir où en sont Heero et Duo.
Ils sont déjà près à sortir la trousse médicale que Trowa a emmenée avec lui puisque étant venu chez Quatre depuis le boulot.
Trowa n'est pas un maître de la chirurgie, même s'il a eu un stage dans un service de chir' en tant qu'externe. Mais il se dit qu'il pourra toujours extraire les morceaux de verre de sous la peau de Heero et arrêter l'hémorragie.
Comment ça, pessimiste ? Il n'a même pas parlé de perfusion ni d'amputation !
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Pourtant, alors qu'il cherche encore une fois un interrupteur, et que Quatre réfléchit dans son coin à où s'allume la lumière dans ce foutu couloir (quelle idée de faire une galerie longue comme ça ?), ils entendent du bruit.
En même temps, sans concertation.
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Oui, ils approchent de la chambre, n'ont pas encore tourné l'angle du couloir sur lequel donne la porte de Duo, mais déjà des bruits étouffés leur parviennent.
Se battent-ils si fort qu'on les entend d'ici ?
Non, le bruit à l'air de venir du couloir.
Dans ce cas, ça voudrait dire qu'ils parlent vraiment pas fort.
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Bien sûr, le blond et le brun-roux tendent l'oreille, sans plus chercher à allumer, se félicitant même de ne pas avoir trouvé avant, ce qui les aurait empêché d'entendre les bruissements plus loin, certainement.
Alors ils se mettent en position d'écoute, concentration extrême pour n'en rien rater. Comme tout à l'heure, Trowa colle son torse au dos de Quatre, et l'entoure de ses bras, ses mains reposant sur le ventre du blond.
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Ils ne peuvent qu'entendre le dialogue de plus en plus saccadé, de plus en plus entrecoupé, avec de plus en plus de bruissements de tissus qui se froissent, qui se frottent.
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-Mmh... Je peux pas te laisser sortir comme ça... Je suis déjà obligé de leur laisser voir tes nouveaux yeux, alors tu me caches ces muscles s'il te plait.
Tissu touché et manipulé. Bruits de pas synchrones qui ne semblent pas s'approcher de Quatre et Trowa mais plus faire du surplace.
-Et puis t'as les pieds nus, tu vas être malade.
Bruit d'un dos contre un mur, d'un tissu qui n'est plus manipulé mais froissé.
-Et tes cheveux ne sont pas tout à fait secs et si on ne s'en occupe pas tout de suite ils vont être durs à coiffer.
-Mmh... Je suis pas sûr que les empoigner comme ça... va arranger les choses.
Tissus qui se frottent
-Heerrrro, je croyais que ça t'avais choqué quand tu as cru que j'avais couché avec Léna aux retrouvailles.
-Moui, et pourquoi tu me demandes ça ?
-Parce que si tu continues comme ça, 'va... mmh... falloir finir ce que tu commences...
-J'y compte bien.
-Mais je croyais que...
-Duo, je n'ai pas été choqué, ça m'a contrarié. On est ensemble, les autres doivent penser qu'on a consommé ou que je suis mort depuis longtemps, en tout cas ils s'attendent surement pas à ce qu'on revienne ce soir. Et puis arrête de parler de ça. Arrête de penser à ça, on s'en fout, c'est fini.
-D'accooord...
Vrais bruits de pas, une porte qu'on ouvre, une porte qu'on ferme.
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Trowa ne peut que sentir les adbos de son homme se contracter au fur et à mesure du dialogue et sa température monter sensiblement.
Il rompt le contact entre leurs deux corps pour ne pas céder à la sensation de désir qui se répand petit à petit dans son corps, et s'éloigne de deux-trois mètres, dos à Quatre. Parce que Quatre a dit pas ce soir, il doit s'occuper de ses... de ses sans scrupules d'invités, d'amis, de profiteurs qu'ont le droit de s'envoyer en l'air, eux. Euh... et de dormir pour certain(e). En ronflant. Mouhahaha !
Oui, mais les deux autres abrutis lui ont donné une putain d'envie, et sentir les muscles de Quatre sous ses doigts là... Résister, fermer les yeux.
Ne pas écouter son imagination florissante, qui semble se débrider toute seule.
Il en imaginerait presque des baisers sur la nuque et les épaules et des doigts qui lui caressent les reins.
Il en imaginerait presque une chaleur toute homme envahir son espace vital.
Il en imaginerait presque une langue avide lui chatouiller les cervicales et des mains baladeuses se glisser sous son tee-shirt noir puis caresser ses fesses à travers son treillis.
Puis sous son treillis.
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Par contre Trowa ne peut plus s'imaginer être à la fois fermement et tendrement retourné et tout aussi tendrement et tout aussi fermement plaqué contre le mur.
Non, ça il le vit en en ayant parfaitement conscience.
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Il rouvre les yeux, plongent dans ceux de Quatre qui, dans la pénombre du couloir toujours éteint, sont bien sombres. Sombres comme ''j'ai envie de toi''. Comme ''Maintenant, tout de suite, ici et pas ailleurs''.
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Trowa savoure les caresses, les rend.
Il pourrait faire remarquer à Quatre qu'il avait dit pas ce soir et lui demander le stupide ''Alors pourquoi... ?'', comme Duo a fait remarquer à Heero qu'il se comportait exactement comme il le lui avait reproché.
Oui, mais Trowa n'est pas Duo, et il prend bien son parti du ''faites ce que je dis, faites pas ce que je fais''. Alors, dans son propre intérêt, il ne va certainement pas dire à Quatre qu'il se contredit. Non non.
Il préfère susurrer, tentant de joindre l'agréable au très agréable.
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-Mmh... Tu te rappelles qu'il y a toujours un magnum de champagne sur la terrasse ?
-Plus le temps... Pas besoin du champagne pour avoir un magnum.
-Prétentieux, Quatre ?
-Réaliste.
-Mmh... Oui, je sens ça...
-Me souviens plus, ta chambre elle est loin ?
-... A côté de la tienne. C'est toi qui nous a placés.
-Raah... Trop loin, on va prendre la première qui vient.
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Dont acte.
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-Mmh... Deux magnum (magna ?) pour le prix de pas un litre de champagne...
-Viens ici boire un coup, Blondie, tu vas te déshydrater à transpirer comme ça.
-Moui, au mmh... goulot...
-Aaah, tu me rends ivre.
-Oh oh oh... Qu'est-ce qu'elles sont faciles, celles-là, on est capable de mieux quand même, en jeux de mots...
-On t'a jamais dit qu'il faut pas parler la bouche pleine ?
-J'ai pas la bouche pleimhph !
-Ah ? »
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Deux parents en devenir dans leur lit.
Deux amants dans la chambre de l'un d'entre eux.
Deux crevards dans la première pièce vide qu'ils ont pu trouver.
Une future mariée qui dort du sommeil du juste (où ''juste'' signifie ''bourré'') et qui va se réveiller avec une petite barre au front demain.
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Une future mariée qui finit sa soirée toute seule alors qu'elle a fortement aidé les deux tiers des copulateurs actuels à se tomber dans les bras.
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Conclusion : y'a aucune justice.
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WALA (véritable et définitif)
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Enjoy les copains !
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J'espère vraiment que la fin vous plait, parce que j'ai eu du mal à m'y mettre. ^^
Mais une fois que je me suis lancée (euh... y'a deux jours pour la partie Heero/Duo), c'est sorti tout seul, donc tout va bien.
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Dites-moi vos impressions, et si ça mérite un épilogue ou non...
Ca sera selon ce que vous me dites pour ça ! =)
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Sur ce, à plus sous l'bus, les amis, et à dans pas trop longtemps j'espère...
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Naus (pitchoune à ses heures perdues)
