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Ils ne savaient vraiment pas à quoi s'attendre en fait. A vrai dire ils étaient juste intrigués par la réaction ou plutôt la non réaction de Cooper lorsque Sam lui avait annoncé la nouvelle. C'est donc pour ça qu'ils n'avaient pas attendu plus longtemps et étaient sortis de leur chambre direction celle du chasseur. Sam avait préféré frapper à la porte lorsque Dean visiblement peu respectueux de l'espace privé des autres avait proposé de l'ouvrir tout simplement.

Aucun bruit ne s'était fait entendre pendant plusieurs minutes avant que finalement Cooper ne décide de répondre par un « quoi » menaçant.

- Euh… est ce qu'on pourrait te parler ? demanda timidement Sam.

- Ecoutez les gars, vous êtes sympa mais je suis un peu occupé là !

Ne sachant que dire sur le coup, le cadet n'ajouta rien et regarda son frère comme s'il lui disait « vas-y à ton tour d'essayer ».

- Il faut qu'on parle Cooper ! Dit-l'ainé sur un ton autoritaire.

- C'est ouvert.

Etonnés quelques instants, ils ne perdirent pas plus de temps et tournèrent la poignée. Rien ne semblait suspect à première vue. Tout était à sa place, si ce n'est la petite boite de médicament qui trainait négligemment sur la table.

Dean avança un peu plus dans la pièce et lorsqu'il fut certain que rien ne menaçait sa vie ou celle de son frère dans l'immédiat il rangea l'arme qu'il tenait fermement dans sa main. De son côté, Sam qui avait tout de suite remarqué la présence de cette boite tâche dans le décor, l'avait attrapé avant d'analyser rigoureusement son contenu.

- Dean, regardes, la boite est vide…

Là ils tournèrent simultanément leur regard sur Cooper qui les ignorait royalement comme s'il était seul dans la pièce. Il était affalé sur son lit, buvant une bière. On pourrait pensé qu'il regardait la télé mais ce n'était pas le cas. Il fixait juste l'écran sans un mot comme s'il était complètement ailleurs.

- Flippez pas les gars, j'me suis pas envoyé toute la boite ! Dit-il soudain.

- Dans ce cas, pourquoi elle est vide ? Demanda Dean.

- Non, sérieusement ? Vous êtes là pourquoi ?

- Ça nous a paru étrange la façon dont t'as pris la nouvelle de la mort de Bobby donc on voulait…

- Vous vouliez quoi hein ? Vous auriez préféré que j'me mette à chialer ! Ça ne le ramènera pas !

- C'est pour ça que tu prends des antidépresseurs, pour t'empêcher de « chialer » ? demanda Dean à la limite du sarcasme.

- Je fais ce que bon me semble, je suis majeur et vacciné il me semble.

- Pas quand tu chasses avec nous. T'aurais pu le dire plutôt que t'étais sous médoc.

Pourquoi Dean avait cette fâcheuse manie de pousser les gens à bout dans des moments pareils se demanda Sam.

- Ah, c'est une blague, tu te fous vraiment de ma gueule hein. Rétorqua Cooper en se levant de son lit.

Ca s'annonçait mal !

- Et toi quand est ce que tu comptais me parler de ton séjour en enfer et d'un certain sceau, hein Dean ?

Les frères se figèrent en entendant cela.

- Et non je ne suis pas aussi stupide que tu le penses, je me suis renseigné sur toi…Ce qui m'a surpris par contre, c'est ce que j'ai trouvé sur toi Sam. J'te pensais le plus stable des deux mais… vous êtes pareil…

Il se massa les tempes comme pour l'aider à dire ce qui visiblement peinait à sortir de sa bouche.

- … Le pire dans tout ça c'est que je comprends les choix que vous avez fait. Mais comme visiblement vous me prenez pour un con, je ne vois pas pourquoi je devrais continuer à bosser avec vous.

- Cooper, on ne pouvait pas te mettre au courant.

- On ne voulait pas, rectifia Dean. Faut dire que t'es plutôt étrange dans ton genre. On ne t'a jamais vu, on n'a jamais entendu parler de toi ni par d'autres chasseurs ni par Bobby. Et d'un coup t'aurais voulu tout savoir. Ah et …tu sais la jolie petite histoire que tu m'as raconté l'autre jour, j'y crois pas une seconde !

Cooper de plus mal en point semblait avoir perdu le court de la conversation à présent. Il s'allongea lorsque les vertiges qui l'assaillirent se firent plus intenses.

- Cooper ? L'appela Sam.

Il n'y aucune réponse.

- Je croyais qu'il avait pas vidé la boite. Lâcha ironiquement Dean.

- Peut-être qu'il disait vrai, mais vu qu'il a mélangé les comprimés qu'il avait pris avec de l'alcool ça a dû décupler leurs effets.

- Allez-vous…en. Ordonna Cooper.

- C'est ce que j'aurais fait si l'expression non assistance à personne en danger n'avait pas existée. Marmonna Dean, assez fort pour que son frère l'entende et lui lâche un regard noir.

Puis mettant, ses ressentiments par rapport à Cooper, de côté, il aida Sam à l'emmener jusqu'à la petite salle de bain où il pourrait vider le contenu toxique de son estomac.


Castiel savait que l'opération qu'il avait projeté de réaliser avec l'aide des Winchester était risquée mais au vu des circonstances, ça demeurait la meilleure solution qu'ils aient eue.

Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de douter et surtout de s'en vouloir d'avoir osé accepter une telle chose de la part de simples humains. Comment les anges avaient pu devenir si peu nombreux en l'espace de si peu de temps au point de ne pouvoir compter que sur les créatures dont ils avaient la charge ?

Encore une question auquel il n'avait pas de réponse.

Il quitta le poste d'observation qu'il tenait depuis plusieurs heures maintenant et décida d'aller à la rencontre des chasseurs que les autres anges avaient sélectionné pour le « grand voyage ».

Il en avait persuadés la plupart mais certains néanmoins restaient réticents lorsqu'il arrivait à la partie où il leur expliquait qu'ils devraient mourir pour les aider. Mais il n'insistait pas dans ce cas là parce qu'il comprenait leur réaction au fond de lui.

S'étaient il finalement laisser envahir par son côté humain si absent jusqu'à présent ? Il en était encore loin mais une chose était sure, il s'en rapprochait de jour en jour.

Ce n'est qu'après en avoir fini avec tous ces chasseurs, qu'il rendit visite à celle qui était sorti vivante de sa rencontre avec Towmuss, l'un des démons les plus malsains qu'ait connu ce monde.

- Bonjour, Helen, je suis Castiel.

- Je sais qui vous êtes. La question est qu'est ce vous fichez là ?

Il sentait en elle une immense colère mêlée à une douleur physique et morale mais ce qu'il percevait d'une manière beaucoup plus intense, c'était la culpabilité grandissante qui la consumait. Pourtant sa présence en ces lieux lui montraient à quel point, cette femme était forte.

- Si vous avez quelque chose à dire, dites-le parce que j'ai des chasseurs à contacter. Lâcha t- elle d'un ton sec en se levant du fauteuil qu'occupait son ami, il y a encore quelques jours.

L'ange se rapprocha d'elle et de son regard perçant scanna son esprit à la recherche d'éventuelles informations sur ceux qu'ils l'avaient visiblement torturés mais ne trouva rien.

Comment-était ce possible ?

- Si vous voulez savoir… commença t- elle devinant que l'ange essayait de lire en elle… je ne me rappelle pas les cinq derniers jours. Tout ce que je sais c'est que Bobby n'est plus là. Expliqua t- elle d'une voix plus douce cette fois-ci.

L'être ailé la contempla un instant, rassuré car il savait que sa fille Jo la rejoindrait bientôt.

- Vous avez fait de votre mieux, ne vous sentez pas coupable. Dit-il avant de disparaitre en un battement d'ailes.

Pourquoi ne se rappelait-elle plus rien ? Lui avait on délibérément effacer la mémoire afin qu'elle ne révèle pas d'informations cruciales ?

Surement pensa l'ange puisqu'il n'avait rien obtenu en lisant directement dans son esprit. Pourquoi aurait-on fait ça alors ?

C'est là qu'une chose le frappa.

Si Towmuss l'avait libéré, c'est qu'il avait eu satisfaction d'une manière ou d'une autre, or il n'avait pas eu les Winchester, alors que restait il ? Bobby ? Mais dans ce cas, pourquoi le tuer ?

C'est là qu'un autre détail le frappa.

L'image du corps sans vie de Bobby. Il était allé sur place dès qu'il l'avait sentit à nouveau et cela sans se poser la moindre question mais…

Et si on l'avait attiré là bas justement pour ça, pour qu'il constate la mort du chasseur ?

Admettons que ce soit possible, pensa l'ange, quel en serait l'intérêt à part pour lui cacher le fait que le dit chasseur est en fait vivant.

D'accord mais ça ne tenait pas la route étant donné qu'il avait vu le corps du chasseur et sentit des effluves de son âmes s'en échapper.

Il resta planté au même endroit quelques minutes avant de réaliser qu'il ne saurait jamais la vérité en se contentant d'hypothèses. Il fallait qu'il sache…


De retour dans cette maison abandonné, quelle ne fut pas la surprise de Castiel lorsqu'il vit que le corps sans vie étendu sur le sol, était recouvert d'une fine couche de cendre d'un noir charbon sinistre.

Qu'est ce que ça voulait dire ?